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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. J'anime aussi le groupe d'opposition municipale de gauche "Vivons Bezons" et je suis membre du groupe d'opposition de gauche ACES à la communauté d'agglomération Saint-Germain/Boucle-de-Seine.
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Gauche Républicaine & Socialiste

24 septembre 2021 5 24 /09 /septembre /2021 14:06

Un conseil de rentrée à l’ordre du jour peu fourni.

Sur l’assainissement, notre groupe a demandé des précisions et un calendrier sur la stratégie retenue, notamment sur l’élaboration du schéma d’assainissement qui est une obligation et permet de déterminer une ambition commune. Il nous a été répondu que ce schéma ne pourrait pas survenir à court terme car l’intercommunalité est en train d’acquérir des compétences en interne pour pouvoir élaborer ce document et répondre aux enjeux.

De la même manière, nous avons redemandé à l’intercommunalité de revoir sa copie pour avoir une politique de compostage à bas tarif, voire gratuite, compte tenu de l’immensité des besoins sur notre territoire et de l’impératif écologique. Mon collègue de Carrière étant intervenu en notre nom pour expliquer en détail l'atout de cette mesure dans une politique sérieuse de réduction des déchets, le président et maire de Sartrouville, Pierre Fond, nous refit le même sketch que quelques séances plus tôt sur la sagesse d'un de ses prédécesseurs communistes pour qui en toute chose la gratuité indiquait que rien n'avait de valeur... il n'avait même pas écouté mon collègue François-Charles Cuisigniez. Une vice président très bourgeois et d'un certain âge nous explique à quel point il fallait s'appuyer d'abord et avant tout sur la responsabilité individuelle. J'ai repris ces deux caciques pour pointer la faiblesse de leurs propos : ne pas écouter l'opposition et radoter sans réfléchir la même réponse qu'à une séance précédente sans se rendre compte que la question avait changé ; oublier qu'en la circonstance, la nécessité d'une réduction massive des déchets imposait un effort collectif, car institutions, entreprises et activités de production étaient plus responsables du problème que les individus, que la gratuité (si elle est accompagnée d'une sensibilisation) permettrait ensuite au collectif et à chacun de s'engager dans une démarche vertueuse qui paraît encore aujourd'hui hors de portée.  Faute d’une réponse à la hauteur, nous avons voté contre.

Autre sujet et même difficulté : l’intercommunalité déploie un cadre pour le télétravail sans même prévoir une petite indemnité pour les salariés (dans la fonction publique cette indemnité est plafonnée annuellement à 220€). Ce forfait télétravail - déjà ouvert depuis plusieurs années aux salariés du privé dans des conditions bien plus généreuses que celles offertes aux agents publics - bénéfice depuis le 1er septembre aux agents des fonctions publiques d'Etat et Hospitalière ; malheureusement, dans les collectivités territoriales et les intercommunalités les assemblées peuvent décider de ne pas le faire. La majorité conservatrice du conseil communautaire (sans aucune réaction de la part de la maire de Bezons, prétendument de gauche) a choisi ici de mépriser les agents de sa propre collectivité, niant les frais induits par le télétravail, que nous avons souvent pour nombre d'entre nous pu constater ces derniers 18 mois avec les confinements plus ou moins serrés. Non le télétravail n'est pas toujours un libre choix : les derniers mois l'ont démontré et ce forfait télétravail marquait une forme de reconnaissance. Il est dommage que le rapporteur de cette décision, semblant partagé nos arguments, se soit caché derrière un supposé problème de délais pour la consultation des représentants des salariés le 31 août (le décret créant ce forfait date pourtant du 26 août et ne sortait pas de nulle part, les DRH des collectivités l'attendaient) pour expliquer cette absence. La réalité nous l'avons bien perçue c'est que la majorité communautaire y est hostile. Aussi, faute de dialogue et d’ouverture, nous ne cautionnons pas le dispositif et nous nous sommes abstenus.

Nous n’avons voté pas voté les aménagements financiers qui répartissent des fonds de péréquation entre l’intercommunalité et les communes car cela nous semble traduire une absence d’ambition commune et le dispositif reste assez opaque.

Nous avons voté pour un nouveau dispositif « Cité de l’emploi » destiné à soutenir des populations fragiles dans les quartiers politique de la ville à Carrières-sur-Seine et à Sartrouville.

Nous avons voté pour des services réguliers locaux d’un transport en navette électrique à Saint-Germain-en-Laye mais également pour la concertation préalable au réaménagement du pôle d’échange multimodal de Marly-le-Roi.

Plusieurs délibérations ne posant pas de difficultés, nous les avons votées dans l’esprit constructif qui caractérise notre groupe : statuts de syndicats, dispositifs d’attractivité et d’aide à l’entrepreneuriat.

Frédéric FARAVEL
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste
Membre du groupe communautaire de l'Alliance citoyenne, écologiste & solidaire
Président du groupe municipal "Vivons Bezons"

Conseil d'agglomération du 23 septembre 2021
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13 septembre 2021 1 13 /09 /septembre /2021 20:11

L'annulation de la foire de Bezons est une triste nouvelle. Cette foire déjà annulée l'année dernière est un moment fort de rencontres et de vie commune. Cette décision est une portée grave : si on peut comprendre la complexité du dossier, les arguments invoqués par la nouvelle municipalité sont un peu courts ! Vous trouverez en image ci-dessous la publication postée par la Ville à la mi-journée.

Mme Menhaouara et son équipe appliquent depuis la mise en place du Pass Sanitaire ce dispositif avec une rectitude avancée: l'exiger pour accéder au "verre de l'amitié" offert après la cérémonie de commémoration de la Libération de Bezons ne lui a pas posé de problème alors qu'il n'est obligatoire qu'à partir de 50 personnes (ce qui n'était pas le cas de cette cérémonie), mais là tout d'un coup, voilà que cette équipe trouve que cela ne correspond plus à sa conception du "vivre ensemble" ?! L'argument est purement opportuniste.

La loi élargissant la portée du Pass Sanitaire a été votée fin juillet 2021 : Mme Menhaouara et son équipe connaissent donc depuis un mois et demi les conditions dans lesquelles allait se tenir la foire. Plusieurs communes ont obtenu des dérogations pour éviter les problèmes invoqués aujourd'hui par la municipalité, comme à Courbevoie.

De deux choses l'une :

  • soit la ville a demandé une dérogation et le Préfet du Val-d'Oise est terriblement plus sévère que celui des Hauts-de-Seine,
  • soit elle n'a rien demandé du tout parce que l'équipe de Mme Menhaouara avait déjà décidé que l'organisation de la Foire était de toute façon trop lourde à porter.

J'ai mon avis sur la question.

Il est ainsi particulièrement dommageable que, sachant probablement déjà qu'elle annulerait in fine l'événement, l'équipe municipale ait cherché à donner l'illusion que celui-ci aurait lieu, mettant en scène l'idée qu'elle aurait tout fait (on a vu que ce n'était vraisemblablement pas le cas) pour maintenir, méprisant ainsi les actions engagées par associations et particuliers pour participer à ce grand moment qui nous manque...

Frédéric FARAVEL
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste
Président du groupe "Vivons Bezons"

publication facebook de la Ville de Bezons, le lundi 13 septembre vers midi

publication facebook de la Ville de Bezons, le lundi 13 septembre vers midi

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5 septembre 2021 7 05 /09 /septembre /2021 14:54

Le 25 août 1944, alors que l’armée allemande signait sa reddition à Paris, notre commune était également libérée par les FTP. Prenaient fin ainsi 4 années d’occupation, de destruction des Libertés et de la République. Pour y mettre un terme, plusieurs bezonnais donnèrent leur vie encore dans les jours qui précédèrent. Il suffit de regarder le monument aux morts pour mesurer l’importance du nombre de victimes de la barbarie nazie, du militarisme et de la complicité des fascistes et pétainistes, à l’échelle de notre petite commune d’alors.

Le Conseil National de la Résistance rassemblant toutes les forces qui travaillaient à la renaissance de la République et de la Nation avait bâti un programme « Les Jour Heureux » de progrès social et de justice, qui dans une France en ruine fut intégralement mis en application et participa de manière déterminante à la reconstruction de notre pays. Depuis 35 ans, cet acquis pourtant consensuel - la sécurité sociale et le fait que les biens communs appartiennent à la Nation - est systématiquement remis en cause. Encore aujourd’hui, Emmanuel Macron et ses affidés travaillent à le détruire. Certains qui usurpent le beau nom de socialiste collaborent avec eux jusque dans notre commune. Nous mobiliser pour restaurer et renforcer l’héritage du programme du CNR sera le plus bel hommage que nous rendrons aux Résistants qui ont à Bezons et ailleurs donné leur vie pour la République, les Libertés, la Démocratie et la Justice sociale !

Je déposais dimanche 5 septembre matin une gerbe au nom de la Gauche Républicaine & Socialiste. Étaient aussi présents les amis de la section PCF Jacky-Leser de Bezons.

Frédéric FARAVEL
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons

📸 merci à Malik Benidir pour les photos

[nous sommes le 5 septembre mais la municipalité n’a pas jugé bon d’organiser cette cérémonie dans les temps : sûrement pour ne pas déranger les vacances de là maire.]

Libération de Bezons : un devoir de mémoire qui doit rester actif !Libération de Bezons : un devoir de mémoire qui doit rester actif !Libération de Bezons : un devoir de mémoire qui doit rester actif !
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30 août 2021 1 30 /08 /août /2021 15:00
Depuis le 16 juin 1881, l’école publique est gratuite. Depuis le 28 mars 1882, elle est obligatoire et laïque (10 et 11 ans après les décisions de la Commune de Paris, réprimée dans le sang par les Versaillais).
Ces trois conditions sont un pilier de la République, une nécessité pour son existence.
 
Or depuis trop longtemps, la gratuité est remise en cause ! Les établissements scolaires et les équipes enseignantes réclament aux élèves et à leurs familles une longue liste de fournitures scolaires parfois coûteuses indépendamment de la réalité sociale de la ville ou du village.

À Bezons, certains groupes scolaires réclament même des ramettes de papier et des mouchoirs ce qui devrait être fourni par le Ministère de l’Education nationale ! Je demande donc que l’Éducation nationale assume ses responsabilités en donnant le matériel nécessaire au travail des enseignants. Je demande aussi que la Ville de Bezons prenne en charge les fournitures scolaires de tous les élèves des écoles maternelles et élémentaires !
Cette mesure est mise en œuvre dans de nombreuses communes communistes ou socialistes (j’ai en tête par exemple la Ville de Guyancourt, dont j’ai été directeur de cabinet de 2010 à 2014), mais il est vrai que l’équipe municipale de Bezons n’est pas socialiste, pas même de gauche, mais divers droite… elle pourrait cependant faire un effort !

Frédéric FARAVEL
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste
Président du groupe municipal "Vivons Bezons"
affiche publiée par la Commune de Paris le 28 avril 1871 instaurant la gratuité de l'école publique... mesure qui ne sera reprise par la Troisième République que 10 ans plus tard

affiche publiée par la Commune de Paris le 28 avril 1871 instaurant la gratuité de l'école publique... mesure qui ne sera reprise par la Troisième République que 10 ans plus tard

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29 juillet 2021 4 29 /07 /juillet /2021 11:00

J'ai répondu, comme représentant du syndicat CGT des collaboratrices et collaborateurs parlementaires, hier midi à Florent Le Du, journaliste à L'Humanité, sur l'état de la situation après qu'aient été révélées plusieurs affaires de harcèlement moral au travail mettant en cause plusieurs sénatrices en poste. Je vous reproduis ci-dessous cet entretien publié ce matin 29 juillet 2021 dans l'édition papier du quotidien et sorti hier soir en ligne.

Frédéric FARAVEL

Afin d'améliorer la protection des assistants victimes de harcèlement moral, la CGT appelle à témoigner anonymement. Entretien.

Au début du mois, la sénatrice écologiste Esther Benbassa a été accusée par huit anciens collaborateurs de harcèlement moral, manifesté par des fortes pressions, des chantages et des humiliations. Des révélations qui ont rappelé le calvaire que vivent de nombreux assistants d'élus, alors que les parlementaires Frédérique Espagnac (PS) et Joëlle Garriaud-Maylam (LR) font aussi l'objet d'accusations. Pour faire bouger les lignes et rendre compte de cette réalité, la CGT collaborateurs parlementaires a lancé un appel à témoignages.

Vous avez lancé la semaine dernière un appel à témoignages de victimes de harcèlements moraux à destination des collaborateurs parlementaires du Sénat. L'objectif est d'ainsi libérer la parole ?

Il est nécessaire de trouver un moyen de briser l'omerta, d'avoir un espace pour que les collaborateurs puissent s'exprimer, raconter les abus dont ils ont été ou sont encore victimes. Cela doit nous permettre de mesurer l'ampleur du phénomène. Nous ne pensons pas que ce soit massif, mais on ne peut pas non plus en rester au discours qui consiste à dire qu'il s'agit de cas isolés ou d'accidents. Il faudra envisager une forme de publication des témoignages recueillis afin de rendre compte auprès du grand public et des responsables politiques de cette réalité. Cette première démarche, faite de manière anonyme, pourra aussi convaincre certaines victimes de sauter le pas et d'engager une procédure avec notre soutien.

Espérez-vous que ces témoignages permettent à terme une meilleure protection ?

Une meilleure prise en compte des cas de harcèlement moral au Sénat doit notamment permettre de faire avancer la cellule de prévention du harcèlement de la Chambre haute. Celle-ci nous a reproché de nuire à son travail [il y a eu ici une confusion de la part du journaliste : ce n'est pas la cellule, mais la présidente de l'Association de Gestion des Assistants de Sénateurs (la vice présidente du Sénat et sénatrice RDSE de Gironde ex UDI, Mme Nathalie Delattre) qui a fait ce reproche à la CGT-CP lors de la réunion de l'instance de dialogue social le 20 juillet 2021] avec notre appel à témoignages, mais c'est tout le contraire, nous allons la nourrir. Cependant, encore faut-il ensuite une volonté politique politique de la faire fonctionner, de lui donner des moyens, et d'établir une procédure claire qui permette de garantir la protection des collaborateurs. Les responsables politiques doivent d'ailleurs se saisir de cette question. Comment protéger leur santé mentale mais aussi leur avenir professionnel car, aujourd'hui, il leur est de fait impossible de continuer à travailler pour leur employeur et aucune réaffectation n'est possible.

Pourquoi l'omerta est-elle particulièrement difficile à briser dans ce milieu professionnel ?

C'est un petit monde où le poids symbolique du pouvoir vous muselle sans doute encore plus qu'ailleurs. Comme dans d'autres milieux, la difficulté consiste d'abord à se rendre compte que l'on est victime de harcèlement moral, de sortir d'une certaine emprise exercée par l'élu. Un ancien collaborateur qui a souhaité témoigné nous a expliqué qu'il a dû être alerté par ses proches et finalement prendre vraiment conscience de ce dont il était victime dans le bureau d'un psychologue. Mais il n'a pas voulu engager une procédure, de peur que cela lui cause davantage de torts. Les pouvoirs de nuisance d'un élu sur son collaborateur sont potentiellement très forts. Politiquement et professionnellement, l'employeur peut briser la carrière de son assistant, en lui bouchant l'horizon, en pourrissant ses réseaux professionnels et politiques. Finalement, c'est une autre forme d'emprise qui se poursuit. Par ailleurs, les sanctions sont rarement prononcées ou très faibles, ce qui n'encourage pas non plus les victimes à porter plainte. Ce n'est qu'en libérant la parole que cette situation peut évoluer.

fac simile de l'entretien dans L'Humanité du jeudi 29 juillet 2021

fac simile de l'entretien dans L'Humanité du jeudi 29 juillet 2021

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23 juillet 2021 5 23 /07 /juillet /2021 08:33

Lundi 12 juillet, le Président de la République a pris solennellement la parole pour annoncer des mesures supplémentaires et contraignantes pour augmenter notre réponse à la crise sanitaire qui frappe notre pays et l’ensemble de l’humanité depuis 18 mois. Un projet de loi reprenant l’essentiel de ces annonces est examiné depuis le 20juillet par le Parlement.

Je suis pour ma part évidemment très favorable à la vaccination contre le COVID19 et à sa généralisation, mais il convient de regarder si les mesures proposées répondent correctement au défi que nous devons relever et dans quel contexte elles s’inscrivent.

Un échec des réponses et de la communication politiques de l’exécutif

Au moment à l’explosion des contaminations par le variant delta en France et à ce qui ressemble de plus en plus à 4ème vague épidémique, analysons les raisons pour lesquelles un trop grand nombre de nos concitoyens manifeste des doutes face aux décisions publiques, à la gestion de la pandémie et traînent des pieds pour se faire vacciner.

L’allocution d’Emmanuel Macron d’abord l’échec des politiques successives mises en œuvre depuis le début de l’année 2020. L’exécutif a trop souvent menti et les discours ont trop souvent varié ; la dernière allocution d’Emmanuel Macron ne fait pas exception :

  1. Un triomphalisme « hors sol » : Si l’action conduite avait été aussi couronnée de succès que le racontait Emmanuel Macron, alors la nécessité de durcir la réponse à la crise ne serait pas justifiées. Les Français n’ont pas vécu la crise sanitaire et les privations qu’il leur a imposées d’une manière qui supporte un tel lyrisme. Les résultats parlent : la France enregistre aujourd’hui environ 166 décès recensés pour 100.000 habitants, parmi les 20 pays les plus touchés au monde, alors qu’elle était censée avoir l’un des meilleurs systèmes de santé, derrière le Danemark (45), l’Allemagne (113), les Pays-Bas (105) mais aussi l’Irlande (100), le Portugal (159) ou la Grèce (119) ;

  2. La dureté du ton et des mesures égrainées (notamment sur l’élargissement et le renforcement du Pass sanitaire dès le 1er août aux adolescents) ont dû être compensés dès le lendemain car en partie déconnectés de la réalité quotidienne des Français. L’exécutif faisait constamment fi de cette dernière, rendant les mesures imposées difficilement ou pas applicables, préparant le coup de menton de l’intervention suivante.

Au delà des mensonges explicites bien connus (masques, tests, etc.), au-delà des défaillances que nous avons longuement dénoncées et qui sont apparus criantes (abandon de l’hôpital public, pénurie de médicaments, dépendance industrielle et pharmaceutique à l’étranger lointain), il y a également une incapacité chronique à mettre en œuvre les politiques annoncées.

Aucun contrôle du « tester, isoler, tracer »… Insuffisance des campagnes de tests dans les établissements scolaires… Insuffisance des contrôles aux aéroports.. Difficultés inexplicables faites aux collectivités (en nombre insuffisants) qui souhaitaient accueillir un centre local de vaccination anti-COVID ou encore le refus initial de mettre en place des vaccinodromes (tout cela pour des raisons peu avouables, à savoir la pénurie initiale de doses de vaccins)… Retard des dispositifs pour entrer en contact, convaincre et vacciner toutes les populations fragiles, en particulier les personnes âgées qui vivent seules chez elles… ou encore les personnes les plus pauvres, isolées ; nous le payons encore !

Le gouvernement n’a pas donné l’impulsion nécessaire pour obtenir une mobilisation suffisante afin de permettre la vaccination quasi-totale des personnes fragiles et vulnérables, pour rapprocher lieux de vaccination et d’information des habitants que ce soit en milieu rural ou dans les quartiers populaires de nos banlieues. Croit-on qu’il soit suffisant pour convaincre et rassurer de limiter les campagnes d’information publique à des spots mettant en scène le rêve d’une grand-mère de retrouver ses petits enfants ou celui d’un rugbyman de retrouver ses camarades de jeu grâce au vaccin ?

Faute d’arriver aux objectifs fixés car il a failli à en donner les moyens à la puissance publique, l’exécutif décide désormais brutalement d’accroître et de généraliser les contraintes, les interdits… sans pouvoir répondre à la question qui reste en suspens au regard des expériences précédentes : si tant est que cela soit souhaitable et adapté, la puissance publique sera-t-elle plus efficaces pour faire appliquer l’élargissement du périmètre du Pass sanitaire alors que les précédents dispositifs ont été approximatifs… ?

Cette forme de contrainte relative apparaît de prime abord comme un outil potentiellement puissant pour inciter certains de nos concitoyens à sauter le pas de la vaccination – plus de 3 millions de personnes ont en effet pris RDV pour se faire vacciner dans les 3 jours qui ont suivi l’allocution présidentielle –, il conviendrait désormais de garantir que les infrastructures et les doses soient au rendez-vous : pour vacciner entièrement l’ensemble des soignants qui ne le sont pas encore d’ici le 15 septembre ainsi que les millions de Français qui prennent RDV désormais dans la perspective de la généralisation du Pass Sanitaire, il faudrait mettre les bouchées doubles. Rien ne serait plus détestable que le fait de créer un embouteillage dans la vaccination des soignants jusqu’ici hésitant, alors que – faute d’avoir mis en place jusqu’ici les dispositifs nécessaires pour emporter leur conviction – l’exécutif vient de fortement les stigmatiser. Si les pouvoirs publics viennent à manquer de doses ou que les locaux ne sont plus adaptés à un tel afflux de patients, certains de concitoyens pourraient avoir à patienter de nombreuses semaines avant de bénéficier du Pass sanitaire espéré ; les Français concernés le vivraient alors comme une punition, une nouvelle forme d’infantilisation collective à laquelle la gestion de la crise sanitaire en France nous a trop souvent habitués. Or des signes inquiétant de manque de doses, la suspension pendant quelques jours de la possibilité de prendre RDV, la capacité à trouver ensuite des créneaux disponibles démontrent que l’exécutif a une nouvelle fois annoncé des mesures sans s’être réellement préoccupé de la capacité à les assumer correctement !

Par ailleurs, le projet de loi sur la mise en place de ces mesures implique des effets graves sur le code du travail avec la possibilité pour un chef d’entreprise de licencier un de ses salariés au motif de sa situation vaccinale : voilà un précédent particulièrement dangereux et explosif. L’effet serait contre-productif et dévastateur pour la cohésion nationale.

Emmanuel Macron fustige constamment le désordre que pour une large part il a produit pour faire oublier ses propres carences… et chaque jour qui passe la parole et l’action publiques sont un peu plus dévalorisées aux yeux des Français qui pour certains finissent par considérer que le respect des mesures doit être tout autant approximatif que leur mise en œuvre.

Vaincre le COVID19 doit nous conduire à rassembler et non à diviser

Désertion de la rationalité

Pour bon nombre de nos concitoyens, plus rien n’est clair, tout se vaut. Il est vrai que depuis trop longtemps l’influence de l’industrie pharmaceutique dans les agences publiques ou auprès des experts est importante et dans certains cas influent sur les décisions publiques au profit de leur intérêt. Bref l’éthique de l’intérêt général, de l’intérêt public, a pris de sérieux coups depuis que l’État est affaibli, technocratisé, et que certaines de ses missions sont confiées au privé.

Certains domaines de la stratégie vaccinale mise en place par le gouvernement ont été confiés au cabinet de conseil américain McKinsey, ainsi qu'à plusieurs autres cabinets (Accenture, Citwell et JLL). Ces prestations extérieures s'élèveraient à 2 millions d'euros par mois pour McKinsey, selon l'enquête du Point, et 1,2 million d'euros pour Accenture, d'après Mediapart. Interrogé sur ce sujet en commission à l'Assemblée nationale le 12 janvier dernier, le ministre de la santé Olivier Véran a balayé d'un revers de main la question : « Il est tout à fait classique et cohérent de s'appuyer sur l'expertise du secteur privé », fermez le ban ! Certains libéraux sincères diront qu'en théorie le recours à des cabinets de conseil n'est pas choquant en soi au regard de l'urgence et de la crise, mais le recours à des cabinets privés ne concerne pas seulement la politique de santé publique, mais bien d'autres domaines depuis le début du quinquennat et la fréquence et l'accélération de ces méthodes en disent long aujourd'hui sur l'état d'esprit de l'exécutif et l'état de notre administration. Car la question aujourd'hui est de savoir s'il est normal qu'une administration comme celle de la santé ne soit plus en capacité d'assurer un certain nombre de missions ! Sans compter qu'Emmanuel Macron entretient des liens anciens avec McKinsey et certains autres cabinets sollicités et que cela ne pouvait susciter que suspicion et polémique ce dont n'avait pas besoin l'action publique pour la mise en œuvre de la stratégie vaccinale.

Il y a aussi des discours des scientifiques, confus, contradictoires, venant de médecins d’inégales compétences sur le sujet, dont les déclarations ne se sont jamais confrontées avec des arguments rationnels, permettant de mieux cerner ce qui est acquis, confirmé, ce qui est plus incertain mais peut se confronter à une certaine réalité… Bref rendre public et abordable les enjeux des choix scientifiques. Mais cela aucune chaîne d’information – pas plus que le gouvernement – ne s’est astreinte à une pédagogie précise et à ces échanges d’analyse, préférant mettre en scène des empoignades.

Qui rappellera quelques faits concernant les vaccins et la vaccination ? Lorsque les vaccins ont atteint la phase 3 – dans laquelle sont ceux qui sont autorisés dans l’Union Européenne –, les effets secondaires attendus ont toujours été conformes à ceux détectés dans les phases précédentes. L’argument sur le « manque de recul » avancé par nombre de nos concitoyens inquiets ou réticents ne tient pas : « Il n'y a aucun exemple de vaccin qui a induit des effets indésirables à long terme qui ne s'étaient pas manifestés dans les 2 mois après la vaccination », a rappelé le Pr Mathieu Molimard, chef de service de pharmacologie médicale au CHU de Bordeaux.

Depuis l'ouverture de la campagne de vaccination en décembre 2020, 36 millions de personnes ont reçu au moins une dose d'un des quatre vaccins homologués en France ; à l'échelle mondiale, plus de 2 milliards de premières injections ont été recensées, touchant un quart de la population de la planète, selon la base de données Our World in Data (en anglais : https://ourworldindata.org/covid-vaccinations?country=OWID_WRL). « On a déjà un recul de l'ordre d'une année pour les personnes qui ont été dans les essais cliniques », indique Daniel Floret, vice-président du Comité technique des vaccinations, rattaché au Haut Conseil de la santé publique. Dans le cas des vaccins contre le Covid-19 autorisés en France, les effets indésirables graves ont été identifiés rapidement : après quatre jours en moyenne pour les très rares myocardites identifiées après une injection du vaccin Pfizer-BioNTech, en moins de dix jours pour les rares thromboses liées au vaccin d'AstraZeneca et « quelques semaines après la vaccination » avec le vaccin Janssen pour le syndrome de Guillain-Barré, lui aussi très rare ; or les seuls effets secondaires réellement établis en lien avec une vaccination se sont toujours déclarés peu de temps après l'injection. Ces effets secondaires indésirables ont été communiqués dès l’origine de manière transparente et ils sont statistiquement insignifiant. Pourtant leur exposition médiatique a été suralimentée pendant des semaines, au point que les parlementaires sont ensevelis sous les courriels leur expliquant qu’Israël ferait face aujourd’hui à une épidémie d’embolies pulmonaires, ce qui est faux.

La communication gouvernementale de plusieurs pays occidentaux – dont le nôtre – a ainsi été désastreuse : la décision de suspendre durant deux jours, en mars dernier, les injections avec le vaccin AstraZeneca, après l'identification de plusieurs cas de thromboses (dont on n’est toujours pas arrivé à démontrer le lien avec le vaccin) a cassé une campagne de vaccination qui avait déjà du mal à démarrer du fait du public concerné bien trop limité et des pénuries. Personne ne niera un risque de complications, bien que statistiquement infime (et inférieur à celui existant pour la « pilule »), mais cette suspension était inutile dans le sens où si un doute réel avait existé il n’aurait pas été levé en deux jours d’études : en définitive, cela a simplement jeté l'opprobre sur le vaccin, l’AstraZeneca et les autres. Désormais la défiance à l’égard de ce vaccin n’a abouti qu’à deux choses : des stocks non utilisés par dizaines de milliers qui vont être périmés et perdus ; un sentiment de mépris social dans une partie de la population médicale (nous y reviendrons), puisque ce vaccin était alors proposé en priorité aux infirmiers et aides-soignants alors même que médecins et chefs de service se voyaient proposer du Pfizer ou du Moderna…

Qui rappellera également que l’ARN messager ne sort pas du chaudron d’une sorcière ? Selon certains de nos concitoyens, les scientifiques manqueraient de recul sur la technologie employée par les vaccins, à savoir l'ARN messager pour Pfizer-BioNTech et Moderna et les vecteurs adénoviraux pour Janssen et AstraZeneca. Or l'ARN messager est une technologie connue depuis les années 1990, utilisée en immunothérapie et contre le cancer. Cette découverte scientifique permet d'aller beaucoup plus rapidement pour proposer une solution : avec des vaccins classiques, on en serait encore à faire des tests pré-cliniques. Les travaux sur les vaccins ont également été accélérés grâce aux recherches sur le premier syndrome respiratoire aigu sévère (Sars) identifié au début des années 2000. L'ARN messager disparaît de la cellule très rapidement après son introduction, donc il ne persiste pas ; même chose pour les particules lipidiques, vecteurs de l'ARN messager. Quant aux vaccins à vecteurs adénoviraux Janssen et AstraZeneca, là aussi, les spécialistes certifient leur fiabilité : de tels vaccins existent depuis de nombreuses années, pour lesquels on n'a pas eu de problème particulier, notamment contre Ebola.

Avec les préventions actuelles et les théories ou argumentations fantaisistes qui circulent aujourd’hui abondamment, l’éradication de la variole ou de la polio aurait été impossible. Pourtant la protection de la société en ces temps de pandémie passe par la vaccination. Au-delà du risque individuel posé par une absence de vaccination, se pose aussi un risque collectif : continuer à laisser circuler le virus lui permet de continuer de se diversifier, avec le danger de nouveaux variants, qui pourraient être capables de résister davantage aux vaccins ou de contourner le système immunitaire. La vaccination est la seule réelle alternative : on ne saurait confier utilement notre avenir à la seule responsabilité individuelle de la prudence, de la limitation des interactions sociales et du respect des gestes barrières, car non seulement notre société ne tiendrait pas longtemps à ce régime déshumanisant et désocialisant mais elle n’empêcherait pas la diffusion et les mutations multiples du virus. À ce titre, la vaccination mondiale est indispensable et les réticences de l’exécutif français et de l’UE à la levée des brevets est coupable ! On ne saurait répondre à l’urgence sanitaire dans les pays en voie de développement par la seule charité ou le programme de don COVAX : il faut pouvoir produire partout et massivement sans se préoccuper des intérêts privés des industries pharmaceutiques.

Le mépris social contre notre bien-être collectif

Le rapport entre insuffisance de la vaccination et milieu social a été démontré à grand renfort de cartes et de statistiques. Cela vient couronner des années d’abandon social et géographique d’une partie de nos concitoyens : déserts médicaux et détresse éducative s’ajoutent à la détresse économique… Dans une société où l’expression est devenue minimale au point parfois de faire disparaître la nuance et la précision du langage, dans une société où l’éducation à la pensée scientifique, à la rationalité du doute a fortement régressé, un effort redoublé était nécessaire pour se rapprocher de nos concitoyens des territoires qui subissent une forme de ségrégation territoriale, des catégories populaires qui sont les plus exposées au virus car occupant des logements plus exigus, ou inadaptés à la taille du foyer, et qui n’ont pas les capacités de télétravailler ou les moyens de tenir avec le chômage partiel. Cet effort n’a pas été fait !

Pire ! Emmanuel Macron a annoncé le déremboursement des tests PCR pour le mois de septembre ! Cette mesure est invraisemblable !L’argument est simpliste : la cherté des tests incitera les catégories populaires à se faire vacciner… voilà une autre démonstration de la déconnexion macroniste du pays réel ! Les tests PCR ne sont pas une solution de facilité pour nos compatriotes, personne ne se précipite dans les pharmacies qui les proposent par effet d’aubaine selon un « principe de marché ». Les tests PCR sont un dispositif médical qui nous permet collectivement de lutter contre la pandémie. Sans effort supplémentaire pour aller au plus près de nos concitoyens dans les quartiers populaires pour faciliter l’accès à la vaccination et donc convaincre de sa nécessité et de son innocuité – et rien de ce type n’a été annoncé depuis le 12 juillet !? Pis, l’étude d’impact du projet de loi se félicite qu’il n’aura « aucun impact budgétaire notable » ce qui indique que le choix a été fait de ne rien changer –, nous n’aurons pas plus de vaccinations… mais nous aurons assurément moins de tests et nous perdrons la mesure de la diffusion de l’épidémie, un outil pour réagir à l’évolution de la situation sanitaire.

Le cas des soignants est là-aussi particulièrement emblématique. Alors que les médecins, infirmiers et aide soignants ont tenu à bout de bras face à la pandémie – dans des conditions dégradées, après des dizaines d’années de politiques libérales en matière de santé publique –, le pouvoir a cru pouvoir répondre au profond malaise (qu’il avait encore accru avec Agnès Buzyn) de ces professions et aux immenses besoins de moyens et de changement de l’hôpital public par le « Ségur de la Santé ». C’est peu de dire que cette grand messe de communication politique n’a pas convaincu la plupart des personnes concernées : versement de primes au lieu de la revalorisation des salaires et des métiers, poursuite des fermetures de lits, de postes et de services. Comment le gouvernement a-t-il pu imaginer que celles et ceux qui avaient affronté la pandémie vêtus de sacs poubelles l’en auraient tenu quitte alors que la logique suicidaire qu’il subissait était maintenue.

La pénurie de vocations s’aggrave ; les démissions et les postes non pourvus se multiplient de façon alarmante et ce bien avant l’annonce de l’obligation vaccinale. La situation est similaire dans les EHPAD. Il est urgent de renouer un dialogue sérieux, en répondant aux propositions de ceux qui font vivre notre système de santé. Sans doute, si ce dialogue avait été noué, si ces professionnels avaient ressenti de l’attention et du respect, la confiance serait bien meilleure. Si dans chaque EHPAD, dans chaque hôpital ou dans chaque clinique avaient été organisées des rencontres sur la vaccination, sans doute la conviction aurait été mieux acquise. Mais le pouvoir préfère engager une épreuve de force avec ceux qui doutent… Si la vaccination était malgré ces démarches restée insuffisante, l’obligation vaccinale aurait pu être envisagée, mais nous aurions fait l’économie de la séquence actuelle vécue par des nombreux soignants comme une forme de stigmatisation. Et cela laissera des traces alors même que notre système de santé doit être remis sur pied. Il n’est cependant pas trop tard pour faire ce qui n’a pas été fait avant et, dans toutes les structures concernées, il y a urgence à mettre en place des cellules de paroles et d’échange pour combattre les réticences, rassurer et convaincre.

Vaincre le COVID19 doit nous conduire à rassembler et non à diviser

La confiance naît du contrôle et de la coopération démocratiques

Les défaillances importantes qu’a connues notre pays dans sa réponse à la crise sanitaire vient des pouvoirs excessifs accordés au président de la République. C’était déjà contestable dès les débuts de la Vème République, cela l’est plus encore aujourd’hui. Emmanuel Macron a commencé son quinquennat en trahissant son engagement de mettre fin à l’état d’urgence consécutif aux attentats de novembre 2015 (il a duré 719 jours !) : en effet, si nous sommes formellement sortis de ce régime exceptionnel, ses principales dispositions ont été intégrées dans le droit commun. Face à la crise sanitaire et à la pandémie, la France vit dans un régime exceptionnel, qu’il soit nommé état d’urgence sanitaire ou « sortie de l’état d’urgence sanitaire » comme aujourd’hui, depuis la mi mars 2020 ; le projet de loi sur la vaccination obligatoire des soignants et l’élargissement du Pass sanitaire prolongeant le régime de « sortie de l’état d’urgence sanitaire » jusqu’au 31 décembre 2021 (il devait s’achever au 30 septembre), les 18 mois d’état d’urgence gaulliste seront à nouveau dépassés. Les régimes d’exception semblent particulièrement convenir à Emmanuel Macron.

Or dès l’instauration du premier état d’urgence sanitaire permis par la loi du 23 mars 2020, nous avions dénoncé et alerté, par la voix de nos parlementaires, les abandons excessifs concédés par le Parlement à l’exécutif. L’Assemblée nationale et le Sénat se sont bien facilement et malheureusement volontairement délestés de leurs (rares) capacités de contrôle : le gouvernement a pu agir plus librement encore que par le passé avec des obligations cosmétiques en matière d’information et de consultation du Parlement.

Les décisions sont donc prises par un homme presque seul, avec son « conseil de défense », sorte de creuset où se concocte ce que sera notre destin… Les consultations en direction des parlementaires – par l’intermédiaire de leurs présidents de groupes –, des partis politiques ou des Associations de collectivités territoriales ou d’élus locaux sont toujours purement formelles, les décisions étant déjà prises avant celles-ci. Aucune délibération collective réelle, notamment du Parlement avec transmission de toutes les informations disponibles – dans les dispositifs d’état d’urgence antérieurs, le gouvernement avait obligation d’informer le Parlement de toute décision prise dans ce cadre de leurs motivations, sous l’état d’urgence sanitaire c’est au parlement de demander précisément ce qu’il ne connaît pas et le gouvernement apprécie seul du niveau de réponse.

Il est faux de croire que la voie solitaire choisie par l’exécutif aurait le mérite de l’efficacité car il ne serait retenu par aucune pesanteur ; l’expérience nous a démontré que la présidence et le gouvernement tardaient souvent à faire preuve de réactivité quand toutes les données scientifiques indiquaient une remontée des contaminations, le renforcement des restrictions intervenant souvent au pied du mur. Une concertation et une collaboration réelle avec le parlement aurait au contraire sans doute permis une stratégie plus graduée, entraînant d’avantage d’adhésion et au final plus d’efficacité. Mais là, le parlement va être à nouveau amené à ratifier sous pression ce que le Prince Président a décidé, dans des conditions de débats indignes d’une démocratie.

Si au nom de l’intérêt général, de l’intérêt public, il convient que des restrictions ou contraintes nous soient imposées, elles ne peuvent procéder du choix d’un homme mais des représentants du peuple ! Cette pandémie ne doit pas nous habituer à ce que nous devions subir des décisions régaliennes.

* * * *

Le gouvernement doit revenir à la raison : s’il paraît nécessaire pour faire face de passer au stade supérieur pour la vaccination des soignants, il ne saurait être question d’abandonner définitivement le nécessaire travail d’information et de conviction. C’est la même chose quant aux mesures excessives qui accompagnent le Pass Sanitaire, notamment pour les adolescents et en matière de déplacements (le RER et le métro ne sont pas plus anti-COVID que le TGV ou les intercités) ; les conséquences catastrophiques que son projet de loi implique en matière de droit du travail doivent être purement et simplement abandonnées. Il en va de même de l’idée saugrenue de dérembourser les tests PCR.

Enfin, le gouvernement doit enfin engager un véritable travail d’information et de conviction au plus près de nos concitoyens, notamment dans les quartiers populaires et les communes rurales, là où la vaccination a aujourd’hui le plus de mal à convaincre, en multipliant les sites de vaccination. Plutôt qu’une logique de sanctions visant à masquer les défaillances macronistes, cet effort est indispensable et doit être engagé quoi qu’il en coûte !

Frédéric FARAVEL
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons
Coordinateur national des pôles thématiques de la GRS

 

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13 juillet 2021 2 13 /07 /juillet /2021 15:48

Quelques réflexions sur les annonces d'hier soir par le Prince Président...

Attention je commence par la violence sociale car le choc de la proposition qui attire l'attention sert aussi à masquer des annonces économiques et sociales brutales :
1️⃣ l'application dès le 1
er octobre de la réforme de l'Assurance-Chômage pourtant sanctionnée par le Conseil d'Etat - et les raisons pour lesquelles elle a été sanctionnée n'ont pas disparu puisque la crise sanitaire impose selon Emmanuel Macron de reporter l'application du 2e coup de latte social - juste histoire de mettre ceux de nos concitoyens frappés par la crise économique un peu plus dans la merde ;
2️⃣ l'annonce que "sa" réforme des retraites d'une violence inouïe sera reportée après la maîtrise de la pandémie (donc pour la campagne de l'élection présidentielle). Il s'agit de mobiliser le cœur de ses électeurs mêlant centre et droite qui rêvent de châtier ceux qu'ils pensent être des profiteurs. Il s'agit donc qu'un axe de campagne électorale. L'invocation de la maîtrise de la pandémie ne tient évidemment pas car elle ne suffit pas à reporter la réforme de l'assurance chômage. L'argument de la dette non plus car le conseil d'orientation des retraites a clairement indiqué qu'à long terme il n'y avait pas de problème d'équilibre, alors même que c'est ce que veut en bon néolibéral faire croire Emmanuel Macron.

Je suis convaincu par la nécessité de la vaccination, il me paraît indispensable que les soignants soient largement vaccinés pour des questions de santé collective mais nombre de mesures annoncées hier me paraissent peu applicables, ce qui va mettre (encore) l’État en porte-à-faux. Je comprends le principe de l'obligation vaccinale pour les soignants : la réalité c'est qu'en arriver là démontre l'échec de l'action gouvernementale durant toute la crise sanitaire. Qui a été exposé plus que les autres aux risques sans moyens pour y faire face ? Qui a été méprisé par le Gouvernement lors du "Grenelle de la Santé" ? à qui a-t-on proposé de l'AstraZeneca pendant que les médecins et chefs de service bénéficiaient de Pfizer ou de Moderna, au même moment où le gouvernement et Emmanuel Macron lui-même a jeté le doute sur la fiabilité de l'AstraZeneca ? Ce sont ces catégories de personnels à qui on a tant menti qui aujourd'hui rechigne tant à faire confiance aux autorités sur la stratégie vaccinale. L'obligation vaccinale est l'aveu d'échec, la démonstration des fautes et défaillances du gouvernement par lequel il a aggravé dans le pays le climat de défiance dont nous faisons aujourd'hui tous les frais.

Au moment où le président de la République annonce des sanctions prochaines sur les soignants et de fait des sanctions rapides (dès le 1er août) sur les familles qui n'auront pas avant un moment un pass vaccinal, on aurait aimé comprendre quelles actions allaient être engagées sur le terrain pour informer et convaincre, pour aller vers les publics les plus démunis de nos concitoyens, pour aller vers ceux qui n'ont pas accès à la vaccination (marginaux, SDF, etc.). La géographie de la vaccination en atteste : le Pass Sanitaire revient à reconfiner les plus modestes de nos concitoyens sans annoncer aucun effort de reconquête. Dès lors, plutôt qu’une attitude martiale, on a aurait préféré des solutions concrètes et une stratégie de planification. Qu'on ne nous dise pas que seul la menace fonctionne en arguant des 926.000 inscriptions sur DoctoLib hier soir : ce sont là encore dans les catégories sociales moyennes supérieures qui mettent d'abord en avant une supposée liberté de conviction sur les questions sanitaires qui sont sur-représentés dans ces programmations. Les catégories populaires sont laissées à elles-mêmes. Imaginons que l'intervention du résident de la République aient été anticipées, que les équipes soient d'ores et déjà sur le terrain pour convaincre et vacciner des centaines de milliers d'enfants et d'adolescents de plus de 12 ans (à qui on a longtemps interdit cette même vaccination), la réalité est que ces mêmes enfants n'auront donc pas de pass vaccinal avant 5 ou 7 semaines au plus tôt : de fait, Emmanuel Macron les a condamnés à ne pas avoir accès à certaines activités estivales essentielles, alors qu'ils ont été durement affectés par les confinements successifs ; c'est de la maltraitance !

Comment justifier que l'on supprime la gratuité des tests PCR quand c'est un outil essentiel pour suivre l'évolution de l'épidémie ? Croyez-vous qu'on fasse un test naso-pharyngé par plaisir en se disant que c'est pris en charge par la sécurité sociale ? La réalité c'est que, si rien n'est fait pour convaincre, dès l'automne des pans entiers de la population choisiront ne plus se tester et nous perdrons le contrôle de l'épidémie ! Rien n'a été dit des cas contacts desquels, notamment dans les écoles élémentaires, on exige un test à l'entrée d'une semaine d'isolement et un test de sortie ! Ma fille a été 2 fois cas contact, j'ai les moyens de payer, une grande partie des habitants de ma commune ne l'ont pas... ils choisiront donc de déclarer sur l'honneur avoir fait les tests, puisque c'est la seule que peut demander l'éducation nationale et renverront au bout de 6 jours leurs enfants non testés en classe.

Que dire du contrôle dans les supermarchés, en terrasse, dans les restos, etc. Je mets ma main à couper que les contrôles ne seront pas systématiques, voire seront inexistants... le jour où nos concitoyens auront constaté cela ils en déduiront à nouveau que la parole de l'Etat ne vaut rien. Le jour où l'on cherchera à invoquer leur raison et leur mobilisation, on ramera plus encore ! Merci Macron !

Malgré Macron et les conneries de ses groupies, allez quand même vous faire vacciner : il n'y a pas de risques, c'est cela le message principal ! Plus nous serons vaccinés, plus nous nous protégerons les uns et les autres.

Frédéric FARAVEL
conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons
Coordinateur national pour les pôles thématiques de la GRS

 

Emmanuel Macron se mettait en scène le 12 juillet le regard sévère dans le palais éphémère sur fond de Tour Eiffel pour ajouter le ridicule à la violence du propos

Emmanuel Macron se mettait en scène le 12 juillet le regard sévère dans le palais éphémère sur fond de Tour Eiffel pour ajouter le ridicule à la violence du propos

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9 juillet 2021 5 09 /07 /juillet /2021 14:03

Je choisis de publier ici en accès facile l'enquête conduite par Mediapart sur les cas de harcèlement au travail reprochés à la sénatrice EELV Esther Benbassa. En effet, de nombreuses personnes ne sont pas abonnées à ce média et souhaitent comprendre sincèrement ce qu'il se passe... d'autres tentent désespérément de défendre la parlementaire, défenseure autoproclamée des opprimés, en jouant sur la difficulté d'accéder au contenu de l'article, multipliant les sous-entendus et tenant de jouant sur ce qui apparaît comme des approximations si l'on se contente de lire les résumés d'articles sur Facebook ou Twitter.

Je connais bien le dossier pour en être l'un des acteurs - pas l'une des victimes - au travers de mes activités syndicales au sein de la CGT-CP, aux côtés d'Yseline Fourtic, Barbara Gomes, Julien Garcia ou Albin Toubiana Faure, et d'autres encore syndiqués ou non qui ont accompagné amicalement ou syndicalement les victimes tous ces longs mois... J'ai eu l'occasion de mesurer à quel point le personnage est manipulateur et à quel point le dossier est lourd. Il est important qu'un média aussi important que Mediapart (dont la ligne éditoriale est assez proche politiquement des positions de la sénatrice "écologiste" - je dis ça pour les tenants de la théorie du complot qui voient dans cette enquête une opération montée de toute pièce en période pré-électorale) car il était urgent de briser l'omerta, que j'ai vu plusieurs personnes souffrir et être terrorisées. J'ai vu également trop de responsables politiques se planquer derrière une cécité volontaire, camouflant des petits intérêts politiques, Esther Benbassa étant toujours dans les charnières qui peuvent faire ou défaire les groupes parlementaires à la gauche de la Haute assemblée. Je dois dire qu'à ma connaissance seule la présidente du groupe CRCE a pris ses responsabilités, a entendu les salariés d'Esther Benbassa avant de signaler la situation aux plus hautes autorités du Sénat. Comme nous la CGT, les salariés ayant trop peur alors pour porter plainte, elle ne put faire plus.

Je dois dire aussi que comme beaucoup de monde j'ai eu du mal à croire toutes les rumeurs qui couraient depuis longtemps sur la sénatrice... jusqu'à ce que des gens que je connaissais bien, et qui ont eu le courage de relever la tête ensuite, soient eux-mêmes victimes de la tourmente et que je vois de mes yeux leur santé décliner. Il en faut du courage pour briser l'omerta dans un petit monde où le poids symbolique du pouvoir politique vous muselle plus facilement encore. Je ne saurais que trop leur conseiller d'aller désormais au bout de leur démarche et de porter plainte, car sinon leur ancienne patronne s'en tirera trop facilement. Vous trouverez également les réponses apportées à Mediapart par la parlementaire qui ne peut pas dire donc (comme elle le prétend dans le communiqué de presse pathétique qu'elle a publié dans la soirée du jeudi 8 juillet 2021) que l'article n'ait été qu'à charge ; il se trouve qu'elle nie cependant des faits établis par écrits et joints par le média.

Je prends sur moi de rendre accessible et gratuit un article payant ; vous pouvez le lire en dessous ou télécharger le PDF. Cela me paraît une nécessité car il en va de la justice et du secours à apporter à des gens qui ont été en danger pendant plusieurs mois (et certains plusieurs années).

Frédéric FARAVEL
membre du bureau du syndicat CGT des collaboratrices et collaborateurs parlementaires
conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons
coordinateur national des pôles thématiques de la GRS

Enquête de Mediapart sur Esther Benbassa publiée le 08/07/2021

Esther Benbassa, sénatrice EELV du Val-de-Marne puis de Paris, dans l'hémicycle du Sénat

Esther Benbassa, sénatrice EELV du Val-de-Marne puis de Paris, dans l'hémicycle du Sénat

enquête conduite par David Perrotin et publiée dans Mediapart le jeudi 8 juillet 2021

Huit anciens collaborateurs de la sénatrice EELV Esther Benbassa et six de ses anciens étudiants qu’elle employait à l’École pratique des hautes études dénoncent, documents à l’appui, des menaces, humiliations et pressions à répétition. L’élue, qui conteste l’intégralité des faits, est aussi accusée d’avoir fait pression sur une salariée pour qu’elle décale une opération chirurgicale.

« Quelle véritable joie de retrouver les terrasses ! Un premier moment que j’ai choisi de partager avec mes collaborateurs », tweete la sénatrice Esther Benbassa le 19 mai dernier, lors de la réouverture des restaurants.  Un mois plus tard, elle poste de nouveau une photo, supprimée depuis, pour le marteler. « Anciens et actuels collabs, fêtant ensemble, hier soir, au restaurant du Sénat l’anniversaire d’A., qui a travaillé trois ans au cabinet. Un peu de joie partagée... » 

Ces messages, a priori anodins, ne sont sans doute pas le fait du hasard. La vice-présidente du groupe écologiste au Sénat sait que Mediapart enquête sur les relations qu’elle peut avoir avec ses collaborateurs. Elle tente depuis de prouver que c’est un plaisir de travailler pour elle et n’hésite pas à le mettre en scène. 

Depuis plusieurs mois, Mediapart a recueilli le témoignage de huit anciens assistants de la sénatrice EELV qui décrivent un climat de « terreur » où la professeure d’histoire « humiliait en permanence ses assistants ». Plusieurs étudiants qui l’ont côtoyée à l’École pratique des hautes études (EPHE) - elle y est directrice d’études - tiennent les mêmes accusations. Surtout, Mediapart révèle comment, à plusieurs reprises, l’élue choisit de faire passer son travail avant leur santé quitte à les mettre en danger.

Tous ont souhaité conserver leur anonymat pour « préserver leur carrière » et parce qu’ils craignent « des représailles ». Près de 20 personnes confirment avoir été témoins directs ou indirects des agissements de la sénatrice. Cette dernière, longuement interrogée par Mediapart, dément l’intégralité des accusations.

Esther Benbassa, 71 ans, est élue depuis 2011. D’abord sénatrice du Val-de-Marne, elle représente Paris depuis 2017. Elle a aussi une brillante carrière universitaire avec un passage au CNRS avant de devenir directrice d’études à l’EPHE, où elle a créé le centre Alberto-Benveniste pour étudier l’histoire socioculturelle des juifs. Cette médiatique membre de la commission des lois défend des idées progressistes et se veut en pointe dans la lutte contre toute forme de harcèlement. 

Pourtant, d’après de nombreux témoignages mais aussi des centaines de documents (mails, SMS, courriers et enregistrements), son management est vivement décrié depuis 2006. Tous décrivent « la méthode Benbassa » faite « d'humiliations, de menaces et de harcèlement ».

Des pressions pour faire repousser une opération chirurgicale 

« Au début, il y a une sorte d’état de grâce avec elle. Elle est adorable, tout ce que je faisais était exceptionnel », confie Jérôme* qui a été son assistant parlementaire pendant un an. « Et très vite, c’est un véritable enfer. » Même constat pour Grégoire*, qui a travaillé pour l’élue jusqu’à 2020. Rapidement, il note chez elle « des changements d’humeur assez violents ». « Elle pouvait être adorable et subitement devenir exécrable et humiliante », rapporte l’ancien assistant de 29 ans. « Ça a été très vite compliqué, je ressentais une angoisse permanente à l’idée d’aller au boulot et je craignais le moment où elle pouvait être détestable », confirme un autre ex-salarié de l’élue.  

En février dernier, un épisode particulier marque les trois assistants et suscite même l’indignation au-delà du bureau d’Esther Benbassa. Le 1er janvier 2020, Dany*, la vingtaine, sa collaboratrice parlementaire, se rend aux urgences après d’importantes douleurs au thorax. Les médecins lui annoncent qu’il s’agit d’une récidive d’un pneumothorax et qu’il faut qu’elle se fasse opérer rapidement du poumon pour subir un talcage pleural. En clair, on doit lui coller le poumon à la plèvre. 

« Lorsque j’ai vu la chirurgienne, j’ai exprimé mes réticences à me faire opérer immédiatement. Je lui ai expliqué que je vivais une relation professionnelle très compliquée, que j’étais en période d’essai et que la sénatrice faisait peu de cas des gens malades. Je craignais que ma période d’essai ne soit pas renouvelée », explique Dany. Elle repousse finalement la date pour arrêter l’opération au 10 février 2020, période lors de laquelle les travaux parlementaires sont suspendus au Sénat. 

« La semaine suivante, alors qu’elle savait mon état fragile, Esther m’a demandé de l’accompagner à une manifestation tout un après-midi, se souvient Dany. On est ensuite allés dans un café et c’est là qu’elle m’a annoncé qu’elle ne souhaitait plus me garder dans son équipe », explique l'ex-assistante parlementaire. Lors de cette discussion, Dany assure que la sénatrice lui aurait notamment reproché sa « fragilité », ce qu’Esther Benbassa conteste.  

La sénatrice l’avait pourtant déjà déploré dans un mail envoyé à toute son équipe quelques jours avant. « Je regrette profondément l’état de santé en constante fragilité de Dany », écrivait l'élue le 5 janvier. « Il était très clair que le fait que je doive me faire opérer lui posait problème. Elle me disait vouloir un cabinet pleinement mobilisé sur la réforme des retraites et m’a dit que cela n’arrangeait pas “son calendrier parlementaire” », ajoute la salariée. Un message consulté par Mediapart montre que l’assistante parlementaire en avait fait part à une amie dans la fouléeLa sénatrice dément avoir voulu la licencier et dit lui avoir « seulement » demandé de « décaler aux vacances de février ou de mars ». 

« Ne me donnez pas des réponses de syndicaliste »

Dany dit avoir finalement cédé et décidé de reporter son opération au 11 mars 2020 pour « contenter la sénatrice ». « Ma chirurgienne était très surprise et m’avait précisé que c’était la première fois qu’on lui demandait une chose pareille », témoigne l’assistante. 

Deux jours avant cette hospitalisation, le 9 mars, Esther Benbassa contacte Dany pour tenter une nouvelle fois de la convaincre de décaler l’opération. On est à quelques jours du premier confinement et la sénatrice s’est mise en tête que l’acte serait sûrement reporté avec l’arrivée dans les hôpitaux des malades du Covid. Elle craint que cela soit décalé en avril par exemple, en pleine réforme des retraites programmée avant l’arrivée de la pandémie. 

D’après des échanges consultés par Mediapart, Esther Benbassa demande donc si l’opération ne peut pas plutôt être planifiée en juillet, quatre mois plus tard. « On a des priorités au bureau, voilà je vous le dis, s’agace la sénatrice. J’ai mon mot à dire aussi comme employeur, c’est pas vous qui décidez pour mon bureau. Votre médecin vous dira, c’est vrai, c’est pas moi qui décide de la partie médicale, néanmoins je vous parle des problèmes qu’on aura au bureau », insiste-t-elle en reprochant à son assistante « de lui prendre la tête ».

Dany explique qu’elle va tenter de voir si un report est possible mais partage son inquiétude à l’idée de faire traîner son opération. « Si je dois me faire opérer avant juillet, je me ferai opérer avant juillet c’est tout. Pour l’instant je me fais opérer cette semaine donc tout va bien », explique t-elle pour la rassurer. « Ne me donnez pas des réponses comme ça de syndicaliste », rétorque Esther Benbassa lorsque Dany précise qu’elle s’en remettra à la décision de son médecin. « Vous n’êtes pas ronde du tout, immédiatement vous dites “oui c’est mon médecin qui décide”. Oui votre médecin décide je suis d’accord, et moi je vous parle des problèmes qu’on peut avoir dans notre bureau parce qu’on aura la loi sur la réforme des retraites », insiste la sénatrice. 

Quelques minutes plus tard, Esther Benbassa revient à la charge et, mécontente de cet échange, envisage de se séparer de sa salariée. « Je crois qu’on ne s’entend pas toutes les deux. Ça me sera très difficile de faire un chemin commun. Vous m'angoissez,  j’ai envie de travailler dans le calme », justifie-t-elle.

Comme vous y en a des dizaines ! Des dizaines qui ne savent pas écrire une lettre et qui n’ont pas leur place au Sénat.

Esther Benbassa, citée par Mediapart

Elle reproche à Dany son ton - pourtant très poli -  lors de ces discussions, prétexte des erreurs commises dans une lettre que la collaboratrice devait rédiger quelques jours avant et la menace une nouvelle fois de rompre sa période d’essai. « Vous savez je peux encore aujourd'hui annuler votre contrat de CDI puisque c’est jusqu’à ce soir », avance la sénatrice qui poursuit : « Comme vous y en a des dizaines ! Des dizaines qui ne savent pas écrire une lettre et qui n’ont pas leur place au Sénat (...) Moi je n’aime pas votre façon de me parler. Voilà. On n’est pas ici dans l’usine en train de se syndiquer contre le patron (..) Pourquoi vous me répondez que “c'est mon médecin qui décide, c’est mon médecin qui décide” ? Enfin je sais pas, votre médecin ce n’est pas lui qui gère mon cabinet. »

Malgré les échanges consultés par Mediapart, Esther Benbassa assure « n’avoir jamais pu dire ça »

Après ces vives discussions, Dany dit avoir été « dans un état d’anxiété et d’incompréhension ». « Je ne comprenais pas qu’elle pense à son bureau avant tout et qu’elle ne se soucie pas de mon état de santé », explique-t-elle. L’Agas, l’association pour la gestion des assistants de sénateurs, est aussi alertée par la CGT et conseille à Dany « de saisir la cellule harcèlement ». « Votre alerte sera comme une main courante », lui précise l’un des membres le 2 mars par SMS. 

Après l'hospitalisation (qui a donc bien lieu du 11 au 16 mars) et la convalescence de Dany décidée par son médecin, Esther Benbassa reprend contact avec elle le 23 avril. « Elle m’a annoncé qu’elle voulait se séparer de moi. Elle voulait absolument que ce soit une rupture conventionnelle et promettait de me faciliter les choses. J’ai dit que j’allais réfléchir et j’ai fini par accepter, car il était hors de question pour moi de retravailler pour elle », explique la salariée. 

Un élément encore une fois nié par la sénatrice. Les messages consultés par Mediapart montrent pourtant que cette discussion a bien lieu alors que Dany était encore en arrêt maladie. La collaboratrice accepte cette proposition le 25 avril et signe une rupture conventionnelle le 12 mai 2020. Elle démissionnera finalement le 26 mai après avoir trouvé un autre emploi. 

La CGT des collaborateurs du Sénat alertée 

Lors de cet épisode, les collaborateurs d’Esther Benbassa avaient saisi dès janvier Barbara Gomes, collaboratrice au Sénat et syndicaliste à la CGT. Face à leur détresse, elle avait tenu à leur envoyer un courrier le 30 janvier 2020 pour résumer la situation et laisser une trace écrite dans le cas où ils entameraient une procédure. 

« Dany semble être victime de ce que je qualifie de chantage à l’emploi par le recours à des éléments relevant d’une discrimination en raison de l’état de santé », peut-on lire dans ce document également envoyé à d’autres membres de la CGT.  

Barbara Gomes, aujourd’hui conseillère de Paris, rend aussi compte d’un événement dont elle a été directement témoin. Lorsque Esther Benbassa aurait refusé que Dany aille à son rendez-vous médical. « Elle expliquera à l’anesthésiste ce qu’elle fait, qu’elle est collaboratrice, il comprendra qu’avec ce métier son agenda est chargé », avait déclaré la sénatrice selon la syndicaliste. « Je ne m’en souviens pas », affirme aujourd'hui l’élue. 

Barbara Gomes évoque aussi différentes humiliations proférées au téléphone par la sénatrice à propos de son assistante et conclut : « Je suis très inquiète pour votre état de santé, psychique et physique. (...) Il faut vous sortir de là, il faut que tout cela cesse. » 

Sollicitée par Mediapart, Barbara Gomes confirme avoir constaté la « détresse quotidienne » des trois assistants d’Esther Benbassa. « Je craignais beaucoup pour leur santé. Ils semblaient terrorisés par la sénatrice et craignaient constamment ses réprimandes et même ses récompenses », témoigne-t-elle. Yseline Fourtic-Dutarde, ancienne secrétaire générale de la CGT-CP, dit avoir « accompagné » quatre collaborateurs : « Ils étaient en souffrance avec un stress aigu. Cela avait des répercussions sur leur santé, et ils étaient en hyper vigilance constante », décrit-elle. 

Des menaces et des reproches réguliers 

D’après les anciens collaborateurs, leur souffrance était entretenue par des dizaines de mails aux « reproches presque systématiques ». « À la lire, on ne comprenait plus pourquoi elle nous avait embauchés. On était des gens incapables selon elle », dénonce Dany. 

Extrait d'un sms envoyé par Esther Benbassa où elle menace de se séparer de l'un de ses collaborateurs. © Mediapart

Extrait d'un sms envoyé par Esther Benbassa où elle menace de se séparer de l'un de ses collaborateurs. © Mediapart

Dans ces dizaines de mails consultés par Mediapart, les reproches de la sénatrice sont en effet massifs et récurrents et concernent l’ensemble de ses collaborateurs, qui ont tous bac + 5. Elle s’agace de coquilles laissées par l’un de ses assistants, reproche leur utilisation du téléphone personnel, un problème d’agenda, l’incapacité de l’un de ses assistants à modifier sa photo Wikipédia ou des miettes non ramassées dans son bureau. Les écrits sont parfois violents. Sa spécialité : envoyer des mails-fleuves et dénigrer le travail d’un des collaborateurs devant tous les autres. Son obsession : reprocher des fautes d’orthographe ou de syntaxe à ses assistants, via des messages contenant eux-mêmes de nombreuses fautes. 

« Bonjour Grégoire, avez-vous relu votre newsletter ? Je suis tellement choquée que je ne souhaite même pas faire de commentaires. Les fautes de français, la pauvreté du langage, la méconnaissance des lois...», s’agace Esther Benbassa le 26 avril 2020. En novembre 2019, Grégoire a le malheur d’introduire un mail par « Madame, Monsieur », au lieu du traditionnel « copines, copains » de rigueur quand on s’adresse à des écologistes. « Tant de travail pour autant de fautes », lâche-t-elle. « Elle ne cessait de nous dénigrer, se souvient Grégoire. Je le vivais très mal mais une partie de moi pensait qu’il y avait une part de vrai. » 

Sms envoyés par Esther Benbassa à Grégoire. © Mediapart

Sms envoyés par Esther Benbassa à Grégoire. © Mediapart

Lors de chaque échange, les collaborateurs d’Esther Benbassa font profil bas. Cette docilité n’empêche pourtant pas les coups de sang de la sénatrice. Le 9 juillet 2019, Cédric*, un autre assistant parlementaire, annonce par SMS qu’il a terminé toutes les tâches qu’il lui restait à effectuer. « Je quitte le bureau et suivrai la (courte) séance depuis chez moi si vous le permettez. Bonne soirée », envoie-t-il à 19 h 17 d’après des échanges qu’il avait transmis à ses collègues de l’époque. « Très bien, merci ! », répond-il, lorsqu’elle lui précise qu’il n’a finalement pas besoin de suivre la séance. 

Quelques heures plus tard, Esther Benbassa envoie un long SMS de reproches et fustige notamment la forme de ses messages. « Cédric, je vous prierai de m’épargner vos mots et commentaires et vos points d’exclamation. Je tiens à vous rappeler que je suis sénatrice et pas vous », écrit-elle. « De même lorsque vous quittez le bureau, vous me demandez comme il est d’usage si vous pouvez quitter et pas utiliser des formules abruptes du genre “je quitte le bureau” », ajoute-t-elle.

Le 16 janvier de la même année, la sénatrice reproche à Lise* et Cédric de ne pas être restés jusqu’au bout d’une audition. « Vous ne travaillez pas dans un bureau de poste », écrit-elle avant d’enchaîner : « Vos questions n’étaient pas de niveau (...) Vous êtes dans un enfantillage qui moi, m’insupporte (...) Vous donnez jamais un travail bien fini, il faut toujours passer derrière vous (...) Vous arrêtez !!! » Elle menace ensuite l’une de ses collaboratrices : « Si vous ne pouvez pas me seconder, je pense que la présence de deux personnes au bureau (qui compte trois assistants) est largement suffisante... »

« Les menaces de licenciement sont quotidiennes avec elle », souffle Grégoire. En effet, la sénatrice ne cesse de laisser entendre à ses collaborateurs qu’elle ne va pas les garder à l’issue d’une période d’essai ou qu’elle va s’en séparer. Le 25 novembre 2019, elle lui reproche une erreur d’agenda : « Deux bourdes déjà le lundi. Pensez-vous continuer de cette façon-là ? En tout cas pour moi ce sera difficile de continuer à travailler dans ces conditions. Je vous aurai averti. A bon entendeur salut ! »

« S’il faudrait s’époumoner pour avoir du bon travail, je ne crois pas que j’ai envie d’en faire l’expérience en vous recrutant », envoie-t-elle à Dany le 6 décembre 2019 alors qu’elle est en période d’essai. « Vous me mettez en difficulté, un de ces jours je vais perdre patience », écrit-elle à Grégoire en avril 2020. Et d’ajouter un mois plus tard : « Chaque chose que vous faites devient un fardeau pour moi. (...) Je désespère. » 

Mail envoyé par Esther Benbassa à trois collaborateurs parlementaires. © Mediapart

Mail envoyé par Esther Benbassa à trois collaborateurs parlementaires. © Mediapart

Interrogée par Mediapart, Esther Benbassa dément tout « climat de terreur » ou toute situation de « harcèlement ». « Quand ils écrivent correctement ça va, sinon je les corrige. Je leur fais des remarques c’est vrai, mais je ne les dénigre pas. » Elle dit ne pas se souvenir de les avoir menacés. « Peut-être dans un moment de colère mais mon objectif n’était pas de les menacer. J’en ai gardé certains 7 ans, 5 ans ou 3 ans », insiste-t-elle avant de nous envoyer quelques marques d’affection reçues par d’anciens salariés. 

Ces menaces sont pourtant nombreuses et régulières tout au long de son mandat selon les nombreux messages consultés. « Je n’aime pas ce genre de remarques de jeunes gâtés. Si ça se reproduit, et ce n’est pas la première fois, je risquerai de me fâcher pour de bon, ce qui serait préjudiciable à notre collaboration », écrivait-elle par exemple le 12 novembre 2013 à l'un de ses salariés. 

La sénatrice voulait empêcher le télétravail pendant le confinement 

En 2020 encore, Cédric, son salarié depuis plusieurs années, a également dû batailler avec la sénatrice qui souhaitait qu’il interrompe son confinement pour venir travailler au Sénat. D’après plusieurs témoignages, Esther Benbassa ne souhaitait pas qu’il télétravaille depuis sa maison familiale. « Esther me demande de rentrer à Paris (...) Elle m’a dit que le Parlement allait se réunir pour l’annulation du deuxième tour et qu’elle aura besoin de moi », déplore le salarié dans un message qu’il avait envoyé à ses collègues le 15 mars 2020 et qui a été consulté par Mediapart. Il pourra finalement travailler confiné. 

Mais lors du déconfinement, Esther Benbassa revient à la charge et exige qu’il rentre à Paris. Les consignes officielles du Sénat sont pourtant claires : le travail en présentiel doit être exceptionnel et consenti par le salarié. Une fois encore, les syndicats sont saisis par les collaborateurs et finissent par publier un guide pour rappeler les consignes. La sénatrice se résout finalement à le laisser télétravailler.  Auprès de Mediapart, Esther Benbassa dément encore et précise s’être « conformée aux règles exactes du Sénat ». Un membre de la CGT confirme pourtant ces témoignages. De retour quelques mois plus tard au Sénat, Cédric a par ailleurs contracté le covid et dû être hospitalisé. 

Face à ces « mises en danger », le syndicat propose de les accompagner dans leur démarche, mais les trois salariés craignent « des représailles ». « C’était un sujet de préoccupation pour nous à la CGT. On se demandait s’il ne fallait  pas passer outre leur avis et qu’on sollicite la justice ou une autre instance, explique l’ex-syndicaliste Barbara Gomes. On avait peur d’être à la limite de la non-assistance à personne en danger et on s’est posé la question de notre propre responsabilité face à cette situation de harcèlement. Mais cette simple idée les effrayait tellement, qu’on ne l’a pas fait. » 

Barbara Gomes raconte aussi le « flicage permanent » mis en place par Esther Benbassa pour surveiller ses assistants. « C’est de notoriété publique que les communistes (qui appartenaient au même groupe que les écologistes) mangent à midi à la cantine du Sénat. Mais Esther Benbassa demandait à ses collaborateurs qu’ils n’aillent pas manger à la cantine avant 13 heures », explique-t-elle.

Extrait d'un sms envoyé par Esther Benbassa. © Mediapart

Extrait d'un sms envoyé par Esther Benbassa. © Mediapart

Une information confirmée par l’ensemble des collaborateurs. « Elle semblait vouloir les isoler pour exercer un pouvoir », ajoute-t-elle. Un isolement et des règles qui concernent la plupart des assistants de la sénatrice depuis le début de son mandat. « Entre 2012 et 2014, ils n’étaient même pas autorisés à venir à la réunion hebdomadaire du groupe. C’était absurde », renchérit une autre salariée du groupe EELV. 

La sénatrice vérifiait aussi régulièrement que ses collaborateurs respectent bien cet horaire de déjeuner en passant des appels à 12 h 50 ou 14 h 10 par exemple pour s’assurer de leur présence au bureau. Huit autres salariés du Sénat confirment ces éléments.  Faux, rétorque l’élue qui assure que ses assistants ne lui « ont jamais demandé de déjeuner à midi ».

Des pressions sur une salariée en deuil 

Les anciens collaborateurs contactés dénoncent un véritable « système d’emprise » mis en place par Esther Benbassa qui aurait sérieusement affecté leur santé. Que ce soit au début de son mandat en 2011 ou en 2020, les procédés seraient identiques. Beaucoup pointent le turnover « très important » de son cabinet, comme un indice éclairant le malaise des salariés. D’après notre décompte, plus de dix-huit assistants parlementaires sont passés par son bureau en seulement deux mandats. Contactée, l’Agas a refusé de nous donner le chiffre exact, qui pourrait être plus élevé. Esther Benbassa, elle, affirme qu’elle a pu avoir « 8 ou 10 salariés ».

Esther Benbassa n’hésite pas non plus à embaucher des étudiants dont elle dirige la thèse et accentuer ainsi encore davantage la dépendance qu’ils pourraient avoir vis-à-vis d’elle. C’était le cas de Sarah* par exemple qui a travaillé pour elle entre septembre 2011 et avril 2014. « Au début, je me suis dit que si Esther m’engueulait et me criait dessus, c’est parce que je devais m’améliorer », explique celle qui dit avoir été « en partie détruite » par cette collaboration. Elle relate aussi ces mails « énormes, bourrés de fautes et de reproches » du dimanche soir. Plus étonnant encore, des courriers montrent que le mari d’Esther Benbassa, historien et philosophe, pouvait lui aussi envoyer aux assistants de son épouse des tâches à effectuer. 

En juillet 2012, le père de Sarah, malade d’un cancer, est sur le point de mourir. « Son état de santé empirait et ma mère m’a demandé de revenir en Tunisie, car les médecins avaient dit qu’il en avait pour quelques jours seulement », se souvient-elle. Elle dit être allée voir Esther Benbassa pour lui demander si elle pouvait prendre un congé et partir rapidement, ce que la sénatrice n’aurait d’abord pas autorisé. Esther Benbassa accepte finalement qu’elle parte quelques jours et l’assistante prend un billet d’avion pour le lendemain, le 6 juillet. 

Trois jours plus tard, Sarah renvoie un mail à la sénatrice pour lui annoncer devoir prolonger son séjour. « Non seulement l’état de santé de papa s’aggrave, mais maman, épuisée physiquement et psychiquement, craque », justifie-t-elle en s’excusant et en espérant « compter sur sa compréhension ». Le courrier est accompagné de justificatifs médicaux prouvant l’état de santé déplorable de son père. 

Réponse de la sénatrice : « Je comprends Sarah et je suis très triste, mais moi je n’ai personne au bureau à part Anaïs* puisque Asma est en congé maladie. Je n’ai même pas quelqu’un pour me préparer mon dossier pour l’hémicycle. Vous auriez dû m’avertir ce matin pour que je m’organise (...) Bon courage ». Le père de Sarah décédera trois jours plus tard, le 12 juillet. 

« Je vivais un vrai calvaire en travaillant avec elle. Elle pouvait être adorable le matin, nous offrir des cadeaux et devenir subitement exécrable », décrit l’assistante. 

« Ce qui était très dur était sa manière de diviser l’équipe en nous prenant à part pour dénigrer les collègues ou révéler des choses très personnelles sur chacun de nous », ajoute l’ex-assistante. Et ce, même lorsque cela concernait leur santé.

Le 25 juillet 2012, de retour de Tunisie, Sarah a rendez-vous avec Esther Benbassa. L’élue demande de ses nouvelles, puis lui annonce qu’elle souhaite la conserver tout en renouvelant le reste de son équipe. 

Lors d’échanges avec Sarah consultés par Mediapart, elle précise vouloir se « débarrasser » de ses « employés » et s’en prend à Assma*, son autre collaboratrice, car la sénatrice « n’en peut plus ». Elle déplore son manque de communication et le fait qu’elle soit « sous anxiolytique » pour justifier sa décision de vouloir se séparer d'Assma. Après son départ, plusieurs salariés du Sénat partagent leur stupeur et une sénatrice lui propose même de témoigner en sa faveur en cas de besoin. 

Des rumeurs se propagent autour de cette séparation et Esther Benbassa est contrainte d’envoyer un mail à tous les sénateurs de son groupe pour s’expliquer. Contrairement aux échanges que nous avons pu vérifier, elle affirme à ses collègues que c’est Assma qui a souhaité partir. « J’ignore la source d’une rumeur selon laquelle je l’aurais maltraitée, envoie-t-elle le 30 juillet 2012. J’ai été profondément blessée que quelqu’un – qui vient tout juste d’arriver – ait pu ici évoquer même la simple possibilité d’un “harcèlement”. » Aucun membre du parti EELV ne réagira. 

Sarah continue à travailler pour la sénatrice encore deux ans et doit composer avec ses humeurs. « Elle était capable de me reprocher d’avoir réservé un hôtel qui avait un matelas trop dur pour elle, mais j’acceptais tout. Je voulais finir ma thèse et je me disais que cela pouvait être trop préjudiciable que je change de directrice », explique-t-elle. 

Décidément, elle n'a pas trop envie de travailler aujourd'hui.

Esther Benbassa citée par Mediapart

Parfois, Esther Benbassa ne cache même pas le rapport conflictuel qu’elle entretient avec ses employés. En 2013, lors du vote de la loi sur le mariage pour tous, elle envoie une tribune à publier sur le Huffington Post. Dans son billet, modifié depuis, elle reprenait heure par heure ses activités avant et après le vote.

Elle livrait aussi cette étonnante description : « Ma collaboratrice, plutôt de mauvaise humeur depuis ce matin, n'arrête pas de parler au téléphone. Décidément, elle n'a pas trop envie de travailler aujourd'hui. Un autre imprime des textes. Le bruit m'empêche de suivre, mais ils n'en ont que faire. »

« Qu'y a-t-il de mal à ça ? C’était humoristique », plaide la sénatrice. 

En février 2014, Sarah annonce qu’elle va quitter le cabinet à l’été et qu’elle compte préparer de manière sérieuse la transition pour son successeur. Début avril, elle se rend chez la généraliste pour un rhume. « Elle m’a dit que je ne pouvais pas reprendre le travail tout de suite et que j’étais en souffrance et m’a prescrit deux semaines d’arrêt maladie », explique-t-elle, documents à l’appui. À l’issue de cet arrêt, le médecin le prolongera de quinze jours.

Mise au courant, la sénatrice décide d’abréger sa collaboration et de la faire partir avant l’été. Son message d’au revoir est lapidaire : « Veuillez svp passer le 28 avril pour nous déposer votre téléphone et les clés et bien sûr prendre des affaires qui vous appartiennent. Bien à vous. » 

« Je me suis effondrée en larmes à la lecture de ce mail. Après deux ans et demi de travail, c’est comme ça qu’elle m’a dit merci », indique Sarah.  « Je lui ai juste épargné son préavis pour qu’elle puisse préparer sa soutenance de thèse », se défend l'élue. 

Des salariées femmes parfois moins payées que les hommes

« Benbassa dit défendre les indignés et des idées progressistes, mais c’est la première à les bafouer », lâche Benoît, un autre ancien collaborateur. Les huit ex-assistants parlementaires dénoncent notamment la répartition des rémunérations. « Cela lui arrivait de moins bien payer les femmes que les hommes à compétences égales, accuse Carine*, qui a travaillé pour elle en 2019. J’étais payée 200 euros de moins que mes collègues hommes. » Esther Benbassa jure n’avoir « jamais moins payé les femmes que les hommes»

Grâce aux fiches de paie consultées, Mediapart a toutefois pu constater que les salaires étaient parfois inégaux. La même année par exemple, Dany était payée environ 1 870 euros net quand Grégoire et Cédric recevaient 2 282 euros de rémunération. Ils étaient pourtant tous juniors avec cinq ans d’études après le bac et seul Cédric avait une plus grande ancienneté. 

En avril dernier, la sénatrice avait d’ailleurs pris la parole dans l’hémicycle pour défendre l’augmentation du salaire des enseignants. Et laissait penser, au passage, qu’elle payait correctement ses salariés : « Quand on voit qu’un étudiant agrégé gagne 2 000 euros en début de carrière alors que les collaborateurs parlementaires au Sénat commencent à un taux beaucoup plus élevé. » Sa sortie a immédiatement suscité l’indignation de la section CGT des collaborateurs qui s’est fendue d’un communiqué pour dénoncer des propos « choquants ».

D'autant que les rémunérations de la sénatrice pouvaient parfois être faibles. En 2013 par exemple, l’un de ses collaborateurs était payé environ 1 580 euros net par mois. Si Esther Benbassa affirme que c’est parce qu’il était « à temps partiel », ses fiches de paie indiquent qu’il travaillait bien à temps complet. 

Esther Benbassa perd un procès contre deux étudiants 

Ce mode opératoire serait identique à l’École pratique des hautes études, lorsque Esther Benbassa n’était pas encore sénatrice. Six étudiants, qui ont également collaboré avec elle en tant qu’assistants, pour certains de 2006 à 2011, décrivent auprès de Mediapart « les pressions quotidiennes » qu’elle pouvait aussi exercer sur eux.  

Des étudiants ont même rédigé un roman à clé qu’ils ont tenté de faire publier en 2010. Sur 300 pages, ils brossent un portrait déflagrateur d’Esther Benbassa et publient même des mails qu’elles pouvaient leur envoyer. Les accusations sont les mêmes que celles des assistants parlementaires. 

« Elle alterne les compliments et les cadeaux avec des humiliations et des menaces », témoigne Pauline*, qui était son étudiante en plus d’être son assistante au centre Alberto-Benveniste. « Elle avait aussi l’habitude de nous envoyer des mails assassins dès qu’on était en vacances. Elle ne le supportait pas », ajoute Yvan* qui a travaillé avec elle entre 2005 et 2008. Encore une fois, la sénatrice jure n’avoir « jamais harcelé personne »

Mail envoyé à l'un de ses assistants également doctorant. © Mediapart

Mail envoyé à l'un de ses assistants également doctorant. © Mediapart

« Yvan, il n’est pas possible de travailler avec vous, vous avez tous les défauts des chercheurs de pays dits émergents », lui envoie-t-elle par exemple le 25 décembre 2006 entre autres dizaines de courriers du même genre. Le 3 septembre 2007, elle lui reproche de ne pas lui avoir répondu pendant ses congés et le 22 février 2008, alors que Yvan est encore en vacances, elle lui envoie un mail pour dénigrer une autre étudiante qu’elle emploie également : « Marina* continue à envoyer des trad torchon et les remarques glissent sur elle. Je suis furieuse, moi qui travaille tant et qui se tue à la tâche. Je commence à la haïr et cela m’arrive très rarement. »

Le 11 octobre 2007, Pauline est hospitalisée d’urgence pour une hémorragie interne. « J’étais en congé donc je n’ai rien dit, mais elle m’a harcelée d’appels. J’ai fini par lui écrire que je ne pouvais pas répondre, étant hospitalisée », témoigne Pauline. « Là c’était fou. Elle a été très intrusive et a contacté l’hôpital pour tenter de savoir ce que j’avais exactement et dans quelle chambre j’étais », ajoute-elle. Esther Benbassa et son mari finissent par se rendre dans sa chambre le lendemain. Lors de la convalescence de Pauline, Esther Benbassa lui aurait reproché son arrêt maladie qu’elle jugeait trop long. « Je ne lui ai jamais reproché ça, je suis même allée la voir », rétorque l’élue, malgré plusieurs témoignages disant l’inverse. 

D’après notre décompte, au moins six étudiants qui l’avaient choisie pour diriger leur thèse ont finalement renoncé entre 2007 et 2011. 

Mail envoyé par Esther Benbassa à l'un de ses étudiants. © Mediapart

Mail envoyé par Esther Benbassa à l'un de ses étudiants. © Mediapart

« Lessivés », Pauline et Yvan avaient quitté le centre en 2008, « mais son comportement problématique n’a pas cessé », explique Yvan. Les deux étudiants avaient en effet travaillé pendant plusieurs années avec Esther Benbassa pour écrire les notices d’un dictionnaire « des racismes, de l’exclusion et des discriminations » pour les éditions Larousse. Esther Benbassa a tenté de les évincer de la couverture alors qu’ils avaient signé un contrat de co-auteurs. 

D’après nos informations, Esther Benbassa, qui avait attaqué en justice ses deux étudiants et Larousse, a été condamnée le 31 mars 2009 à payer 2 000 euros chacun aux étudiants et à la maison d'édition. « L’attitude intransigeante et irrespectueuse des règles protectrices du Code de la propriété intellectuelle de Mme Esther Benbassa (...) justifient l’allocation de la somme de 2 000 euros à chacun des défendeurs », précise notamment le jugement. Le dictionnaire a finalement été publié et les deux noms des étudiants ont été conservés. 

Des alertes ignorées au Sénat et chez EELV

Alors comment comprendre que ces agissements aient pu durer tant d’années ? D’après les étudiants d’Esther Benbassa contactés, la direction de l’EPHE avait été alertée sur son comportement comme le montrent plusieurs mails. Même chose au Sénat où la majorité des personnes jointes affirment que « tout le monde savait »

« On entendait très souvent Esther hurler sur ses collaborateurs quand on passait dans leur couloir », témoigne d’ailleurs le collaborateur d’un autre sénateur. La sénatrice balaie les accusations. « Il arrive qu’on s’énerve entre nous car on a beaucoup de travail, explique-t-elle. Pour les hommes, les femmes crient tout le temps quand elles demandent des choses. Et moi je suis une femme étrangère avec un accent, donc selon eux je crie. » Un élément pourtant confirmé par cinq autres salariés du Sénat présents à proximité du bureau de la sénatrice. 

En 2020, Éliane Assassi, la présidente du groupe communiste au Sénat, dont Esther Benbassa faisait partie, est alertée et reçoit l’ensemble de ses assistants. « À l’époque où Esther était dans mon groupe, ses collaborateurs m’ont fait part de nombreux dysfonctionnements. Ils évoquaient de nombreux propos ou actes dégradants, confirme-t-elle à Mediapart.  Je leur ai dit qu’il fallait en parler et que des structures existaient pour signaler les faits. » Sans vouloir détailler les mesures qu’elle a pu prendre, la sénatrice assure « avoir pris ses responsabilités » et en « avoir parlé à qui il fallait ».

Grégoire, lui, a alerté la commission anti-harcèlement du Sénat, mais n’est pas allé jusqu’au bout des démarches. « J’ai été en arrêt maladie, complètement déprimé », explique-t-il. Une attestation médicale confirme que son « état de santé a nécessité un suivi médical régulier entre septembre et décembre 2020 ».  « Je n’avais plus la force de m’engager là-dedans. Ma priorité était de trouver un autre boulot », justifie-t-il. Plusieurs élus ont en effet aidé certains collaborateurs à trouver un autre poste. « On a passé leurs CV à beaucoup de gens », rapporte un membre du groupe écologiste au Sénat. 

Joint par Mediapart pour savoir pourquoi aucune mesure n’a été prise par le groupe EELV au Sénat, le tout récent président Guillaume Gontard n’a pas souhaité nous répondre. 

D’après nos informations, enfin, Esther Benbassa s’est entretenue avec Gérard Larcher le 22 avril 2020. Quelle était la teneur de ce rendez-vous ? Sollicité par Mediapart, le cabinet du président du Sénat a choisi de se murer dans le silence. La sénatrice, elle, affirme qu’on ne lui a « jamais » parlé du traitement qu’elle réservait à ses collaborateurs. 

Les ex-assistants parlementaires et les anciens étudiants contactés par Mediapart disent tous parler aujourd’hui pour « faire en sorte qu’il n’y ait plus d’autres victimes ». Deux d’entre eux songent à porter plainte contre l’élue écologiste.

Esther Benbassa, la sénatrice EELV qui piétine la santé de ses assistants

Les prénoms avec un astérisque ont été modifiés.

Les  assistants parlementaires et les étudiants qui ont accepté de témoigner, soucieux de leur vie privée et de leur carrière professionnelle, ne souhaitent pas apparaître sous leur vrai nom dans l’article. Ils craignent aussi des « représailles » d’Esther Benbassa.

Cinq d'entre eux ont cependant accepté, au cas où la sénatrice attaque Mediapart en diffamation, de témoigner auprès du tribunal des propos et des faits détaillés dans l’article.

Cette enquête, débutée il y a plusieurs mois, s’appuie sur des centaines de documents (SMS, mails, enregistrements, courriers, certificats…).

Esther Benbassa a été longuement contactée par téléphone le lundi 5 juillet 2021. Elle a ensuite envoyé à Mediapart un dossier contenant plusieurs messages de remerciements envoyés par d'anciens collaborateurs. 

Plusieurs fois sollicité, le président du groupe EELV au Sénat, Guillaume Gontard, avait précisé à Mediapart qu’il nous rappellerait le 6 juillet 2021, ce qu'il n’a finalement pas fait. 

Entretien avec Esther Benbassa le lundi 5 juillet 2021 
  • Plusieurs de vos anciens assistants parlementaires évoquent un « climat de terreur » en travaillant avec vous. Qu’avez-vous à dire ? 

Non je ne vois pas. Je suis peut-être quelqu’un d'exigeant car lorsqu’on écrit, je corrige. Mais quand mes collaborateurs sont partis, ils sont partis car je n’avais pas assez d’argent étant donné qu’on a des points que nous partageons entre les trois collaborateurs, donc ça fait peu d’argent. J’ai un collaborateur qui a travaillé 5 ans avec moi et qui est encore mon étudiant, il finit sa thèse. Il occupe mon bureau à la fac. 

  • Plusieurs ex-collaborateurs évoquent aussi des « humiliations à répétition » et « des changements d’humeur récurrents » et parfois violents. Qu’avez-vous à répondre ? Vos relations ont pu parfois être compliquées avec certains ? 

J’ai eu un collaborateur qui s’est mis en congé maladie, son profil ne correspondait pas, il m’a dit qu’il avait trouvé du travail. Cela a pu arriver, mais ceux qui partaient étaient en CDD et d’autres partent car ils trouvent du travail. J’ai même une ancienne collaboratrice qui est revenue travailler au groupe aujourd’hui. J’ai des gens qui m'envoient des fleurs pour mon anniversaire même depuis qu’ils sont partis. 

  • Vous arrivait-il de crier sur vos collaborateurs lorsque vous étiez dans votre bureau au Sénat ? 

Il arrive qu’on s’énerve entre nous car on a beaucoup de travail. On discute à haute voix. Pour les hommes, les femmes crient tout le temps quand elles demandent des choses. Et moi je suis une femme étrangère avec un accent, donc selon eux je crie. Je ne crie pas sur eux et personne n’a entendu dans les couloirs que je crie sur quelqu’un. J’ai une voix de prof mais je ne crie pas. 

  • Certains ex-collaborateurs évoquent des remarques violentes , du dénigrement, lorsque vous leur reprochiez d’avoir commis des fautes dans le travail qu’ils avaient à rendre. Est-ce exact ? 

Quand ils écrivent correctement ça va, sinon je les corrige. Je leur fais des remarque c’est vrai, mais je ne les dénigre pas et dire qu’il faut faire les choses de telle façon, ce n’est pas du dénigrement. Au contraire, j’essaie de leur apprendre le métier et je suis exigeante, c’est vrai, mais cela ne m’empêche pas de leur dire quand c’est très bien et de faire des fêtes, des déjeuners et dîners avec eux. 

  • Tous évoquent des menaces de licenciement récurrentes. Est-ce exact ?

Je ne me souviens pas, peut-être dans un moment de colère. On est souvent dans le rush, il se peut que j’ai pu dire un mot de trop. Mais ils savent que je les ai toujours soutenus. 

  • Vous pouvez envisager que ces menaces aient pu créer un climat de peur pour eux ? 

Mon objectif n’était pas de les menacer. J’en ai gardé certains 7 ans ou 5 ans, 3 ans. Chez nous le turn-over est de 3 ans. 

  • En janvier 2020 avez-vous annoncé à l’une de vos collaboratrices, qui devait se faire opérer d’un pneumothorax que vous souhaitiez vous séparer d’elle après qu’elle vous a annoncé devoir se faire opérer ? 

Non, je ne lui ai pas dit que je voulais me séparer d’elle. Je lui ai seulement demandé, parce qu’elle avait un pneumothorax je crois qu’elle avait depuis un moment je suppose, si elle pouvait faire cette opération en février car comme ça elle pouvait prendre un long congé. Elle m’a dit non et j’ai accepté qu’elle se fasse opérer en janvier. Je ne lui ai pas du tout dit que je voulais me séparer d'elle, surtout que je l’aimais bien. Je lui ai seulement demandé de reporter un peu mais elle s’est fait opérer au moment où elle l’a demandé. Elle m’a d’ailleurs envoyé un mail de remerciement lors de son départ. 

  • Avez-vous demandé à votre collaboratrice, deux jours avant son opération, le 9 mars, si elle pouvait décaler l'hospitalisation à juillet 2020 ?

Non, je ne lui ai pas demandé pour juillet, je lui ai dit de décaler aux vacances de février ou de mars. Elle m’a dit non et s’est fait opérer à la date qu’elle avait convenu. 

  • Lui avez-vous précisé lors de cette même discussion que son « médecin avait son mot à dire », mais que vous aussi et que vous aviez un « calendrier parlementaire » ? 

Non, je lui ai dit gentiment puisqu’elle a cette maladie depuis un moment si elle peut faire ça en février ou avril. 

  • Lui avez-vous reproché de livrer « des réponses de syndicaliste » lorsqu’elle vous a répondu qu’elle agirait selon la décision de son médecin ? 

Je ne me souviens pas de ça. Peut-être en rigolant. 

  • Lui avez-vous ensuite dit que vous souhaitiez vous séparer d’elle en lui reprochant de vous avoir répondu qu’elle privilégiait la décision de son médecin et en lui reprochant la rédaction d’une lettre que vous n’aviez pas appréciée ?

Non, je ne lui ai jamais dit ça. Elle a démissionné mais c’est vrai que si je lui ai dit de reporter un peu c’est qu’elle était très souvent malade. Elle était stagiaire, je lui ai fait un CDI après car elle avait des problèmes d’argent et je l’ai titularisée avant les fêtes de Noël pour qu’elle ait un salaire. 

  • Lui avez-vous précisé que comme elle, « il y a des dizaines qui ne savent pas écrire une lettre et qui n’ont pas leur place au Sénat » ?

Non, je n’ai jamais pu dire ça. 

  • Lui avez-vous annoncé vouloir vous séparer d’elle via une rupture conventionnelle le 23 avril 2020, pendant sa période d’arrêt maladie  ?

Non, on s’est séparés bien plus tard, en juin. J’ai attendu que le confinement soit levé avant de me séparer d’elle. 

  • Avez-vous exigé en janvier 2020 qu’elle vous accompagne lors d’un déplacement avec le média Konbini alors qu’elle avait un rendez-vous chez un anesthésiste pour préparer son opération ? 

Je ne m’en souviens pas. Elle a dû aller chez l’anesthésiste, c’est tout. 

  • Est-il exact que vous avez demandé, avant de vous raviser, à l’un de vos collaborateurs de ne pas se confiner en famille et de revenir travailler à Paris le 15 mars ? 

Jamais de la vie. Je les ai tous mis en télétravail surtout que moi-même j’ai attrapé le covid. 

  • Est-il exact que vous avez demandé à ce même collaborateur de ne plus télétravailler à partir du 11 mai 2020, jour du déconfinement, ce qu’il aurait refusé ? 

Moi je me suis conformé aux règles exactes du Sénat. Ils ont télétravaillé et ils venaient peut-être un jour ou deux. J’ai respecté le règlement du Sénat. Je n’aurais jamais fait ça, j’ai veillé à leur santé. L’un de mes collaborateurs a d’ailleurs eu le covid plus tard et a été hospitalisé, je l’ai aidé.  

  •  Est-il exact que vos collaborateurs avaient le droit de prendre leur pause déjeuner uniquement entre 13 h et 14 h et qu’il vous arrivait régulièrement de le vérifier en les contactant par téléphone au bureau avant ou après ? 

Non, je suis une des rares sénatrices à ne jamais appeler le soir. Je ne surveille pas l’heure d’arrivée ou de départ. Ils ne m’ont jamais demandé d’y aller à midi. Je leur donne 9 semaines de vacances. 

  • Est-il exact que certaines femmes, aux compétences égales, étaient moins rémunérées que les hommes au sein de votre bureau ? 

Non, j’ai toujours, quand j’avais 165 points, partagé équitablement. Je n’ai jamais payé moins les hommes que les femmes. Ma collaboratrice actuelle est payée comme les autres 3400 euros brut. Les personnes plus anciennes perçoivent un peu plus. 

  • Est-il exact que l’un de vos collaborateurs de 2012 était rémunéré 1 580 euros net par mois pour un temps complet ? 

C’était un temps partiel. 

  • Combien d’assistants parlementaires avez-vous employés depuis 2011 ? 

Je ne sais pas, 8 ou 10, je ne saurais pas vous dire. Certains sont restés longtemps. 

  • Est-il exact que votre mari, Jean-Christophe Attias, pouvait demander à vos assistants d’effectuer des tâches précises ? 

Non, c'est lui qui m’aide surtout à tenir mon site. Il n’a jamais demandé à qui que ce soit de l’aide.  

  • Avez-vous exprimé votre regret qu’il n’y ait « personne dans votre bureau » pour vous aider et « préparer vos dossiers » lorsque votre collaboratrice a dit devoir prolonger son séjour en Tunisie pour être au chevet de son père malade ? 

Je ne me souviens pas de toutes mes phrases, mais je suis connu pour être très humain. Surtout, cette personne était mon étudiante. Je ne lui aurais jamais dit ça. 

  • Avez-vous écrit ce passage, supprimé depuis, dans une tribune publiée dans le Huffington Post en 2013 : « Je file dans mon bureau exigu pour suivre par écran interposé les explications de vote qui précèdent le scrutin, à l'Assemblée nationale(...)  Ma collaboratrice, plutôt de mauvaise humeur depuis ce matin, n'arrête pas de parler au téléphone. Décidément, elle n'a pas trop envie de travailler aujourd'hui. Un autre imprime des textes. Le bruit m'empêche de suivre, mais ils n'en ont que faire. Je m'accroche pour saisir chaque mot. L'émotion monte.»

Oui et qui y a t il de mal à ça ? C’était humoristique. C’était de l’ironie. Si j’ai écrit ça avec humour, c’est un peu la vérité, je racontais un moment. Nous sommes très nombreux dans le même bureau.  

  • Est-il exact que vous avez abrégé votre collaboration avec votre collaboratrice lorsque vous avez été informée qu’elle avait prolongé un arrêt maladie en avril 2014 ?

Pas du tout, elle devait partir. Je lui avais fait une rupture conventionnelle. Je lui ai juste épargné son préavis pour qu’elle puisse préparer sa soutenance de thèse. J’étais un peu chagrinée qu’elle parte. 

  • Plusieurs anciens étudiants de l’EPHE que vous avez employés au centre Alberto Benveniste, dénoncent des pressions et humiliations à répétition…

Pressions en quoi ? Cela n’a rien à voir avec ma vie sénatoriale. Je n’ai jamais harcelé ces personnes. 

  •  Vous arrivait-il de leur reprocher de ne pas être assez joignable même sur des temps de congés ? 

Jamais. Je ne les appelle jamais ni le samedi, ni le dimanche, ni pendant les vacances. 

  •  Avez-vous reproché à l’une de vos étudiantes d’avoir un « arrêt maladie trop long » après son hospitalisation pour une hémorragie le 11 octobre 2007 ? 

Je suis allée la voir à l’hôpital. Je n’ai jamais reproché ça. Je comprends plus, vous faites mon histoire à l’EPHE aussi ? 

  • Avez-vous été condamnée par la justice pour avoir voulu retirer deux étudiants de la couverture de votre dictionnaire « des racismes, de l’exclusion et des discriminations » chez Larousse alors qu’ils avaient signé un contrat de co-auteur ? 

Ce n’est pas ça. Ils avaient fait du copier-coller de dictionnaires existants et nous avons avec mon mari réécrit une grande partie des notes qu’ils avaient faites. On a réglé le problème sans qu’il y ait de soucis. J’ai été condamnée, on avait perdu en première instance. On a pas fait appel et cela a été réglé. Les noms ont été conservés. On a passé un accord au final qui est confidentiel. 

  •  Avez-vous eu un rendez-vous avec Gérard Larcher le 22 avril 2020 ? Quel était l’objet de ce rendez-vous ? 

Je le vois de temps à autre. Il ne m’a jamais parlé de mes relations avec mes collaborateurs . 

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7 juillet 2021 3 07 /07 /juillet /2021 17:01

J'ai rédigé cette courte note sur l'échec prévisible du projet de loi référendaire porté par le gouvernement sur l'inscription de la lutte contre le dérèglement climatique dans la constitution. Une affaire cousue de fil blanc qui montre que c'est pas parce qu'on se proclame écologiste qu'on l'est... [on a l'habitude à Bezons]

Frédéric FARAVEL
conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons
Coordinateur national des pôles thématiques de la GRS

Climat : Jeu de dupes entre le Président, le Sénat et la « convention citoyenne »

Comme prévu, le premier ministre, Jean Castex, a annoncé mardi 6 juillet 2021 l’abandon du projet de loi visant à inscrire à l’article 1er de la Constitution la préservation de l’environnement et la lutte contre le dérèglement climatique. En effet, la veille, la majorité sénatoriale conservatrice avait rejeté pour la seconde fois la formulation du texte proposée par l’Assemblée nationale et « issue » des 149 propositions de la convention citoyenne pour le climat. L’utilisation du terme « garantir » était le principal point d’achoppement entre les deux Chambres. Tout cela était mis en musique dès le départ car l’exécutif connaissait dès l’origine, et dès l’annonce par Emmanuel Macron lui-même aux « conventionnels » de la reprise de cette proposition, que les sénateurs LR et centristes bloqueraient le processus. C’est donc de manière théâtrale que Jean Castex a exposé la situation créée de toute pièce devant sa majorité de droite libérale à l’Assemblée nationale : « Cette main tendue en faveur de la protection du climat n’a pas été saisie par le Sénat. Ce vote met hélas un terme au processus de révision constitutionnelle ».

Évidemment, la navette sur cette procédure aurait pu continuer indéfiniment entre l’Assemblée nationale et le Sénat. Emmanuel Macron a choisi d’y mettre un terme car la démonstration qu’il attendait était faite : la méchante droite conservatrice avait bloqué la concession « sublime » que la gentille droite libérale avait accordé aux membres de la convention citoyenne pour le climat. Démonstration faite alors que le débat parlementaire sur le projet de loi climat-résilience avait mis en évidence le mépris politique de l’exécutif à l’égard des rares propositions de la convention reprises dans ce texte ; mais démonstration faite alors que l’ouest canadien, le nord-ouest états-uniens, l’Arctique et la Scandinavie subissent des températures caniculaires… l’équation politique voulue par Emmanuel Macron lui paraît ainsi suffisante : alors que le dérèglement climatique nous saute à la figure, j’ai fait ce que j’ai pu pour agir, mais l’archaïque Sénat m’en a empêché. Le Président peut aller se laver les mains.

Évidemment, la majorité de droite sénatoriale a rejeté le projet de loi référendaire pour de mauvaises raisons. Elle a cherché un prétexte « idéologique » pour asseoir son argumentation politique, justifier son rejet et envoyer un message à son électorat : les sénateurs LR rejetaient ainsi la formulation selon laquelle la République française « garantit la préservation de l’environnement et de la diversité biologique et agit contre le dérèglement climatique » ; par là, ils prétendaient infliger un échec aux « tenants de la décroissance ». S’il est effectivement juridiquement hasardeux d’insérer le verbe « garantir » sur un tel sujet, la réalité des conséquences juridiques et constitutionnelles étaient peu mesurables et vraisemblablement faibles. L’important pour la droite conservatrice était de démontrer qu’elle s’opposait à une décroissance fantasmée ; l’important pour le macronisme était de donner des gages aux électeurs écologistes centristes et de démontrer que LR était conservateur.

Peu de gens rappellent les faits : cette réforme constitutionnelle morte-née était inutile. Depuis le second mandat présidentiel de Jacques Chirac, la Charte de l’environnement est annexée à la constitution de la République ; elle a valeur constitutionnelle et porte les mêmes effets que ceux qu’espéraient les membres de la convention citoyenne sur le climat. Et c’est là qu’il faut tordre le coup à un autre jeu de dupe : l’idée selon laquelle le tirage au sort des citoyens – jusqu’à utiliser cette méthode pour remplacer les chambres représentatives (proposition de Thomas Guénolé à nouveau ce mercredi 7 juillet 2021) – serait l’avenir et la renaissance de notre démocratie. Selon le « politologue », une assemblée tirée au sort aurait adopté le projet de loi référendaire contrairement à la chambre haute actuelle. Peut-être… mais est-ce bien le sujet ? En réalité, le fait que les « conventionnels » tirés au sort aient fait de cette proposition constitutionnelle un des axes marquant du débouché de leurs débats démontre malheureusement que – malgré des heures et des semaines de travail, malgré l’audition forcenée d’experts variés – ces « citoyens » remplis de bons sentiments ont éludé la réalité juridique et constitutionnelle du pays pour aboutir à une proposition inutile. Pire, ils sont tombés dans le piège de la manipulation et de l’instrumentalisation voulu par le Prince Président qui dispose de pouvoirs excessifs dans le régime actuel. Le tirage au sort n’est pas préférable à la démocratie représentative. Sachons nous en souvenir !

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30 juin 2021 3 30 /06 /juin /2021 16:35

J'ai travaillé avec Mathieu Pouydesseau et Catherine Coutard à ce texte que vous trouverez ci-dessous dans lequel nous tentons pour la Gauche Républicaine et Socialiste de tirer les leçons des deux tours des élections élections régionales et départementales des 20 et 27 juin 2021. Nous essayons de ne pas tomber dans ce qu'Emmanuel Todd a appelé dans une vidéo sur Marianne les "pitoyables sketchs" des plateaux TV post électoraux. Il est vrai que la démocratie républicaine ressemble depuis quelques années à une sorte de pièce de théâtre tant a été organisée une forme d'impuissance publique et politique volontaire.

Frédéric FARAVEL
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons
Coordinateur national des pôles thématiques de la GRS

20 ET 27 JUIN : UN GRAND CRASH DE LA DÉMOCRATIE

Les deux tours de scrutin des élections départementales et régionales ont représenté un crash démocratique. Au moins sur cela, nous pourrons nous accorder avec tout le monde. Pour le reste ce sera bien difficile. En effet l’importance même de l’abstention rend fragile toute analyse et extrapolation sur l’état d’esprit de nos concitoyens et les conséquences éventuelles sur les scrutins nationaux de l’année prochaine.

Pourtant travailler à comprendre est une tâche essentielle.

Il ne s’agit pas d’un coup de tonnerre dans un ciel bleu mais plutôt d’un point culminant dans une évolution longue sur 20 à 30 ans. La cause première est celle de l’impuissance des politiques tout particulièrement ressentie à travers les volte-face des derniers présidents de la République (Chirac et la fracture sociale, Hollande et « mon ennemi c’est la finance » ou Macron et son monde nouveau…) même si le contexte n’est pas seulement français avec la victoire idéologique du discours sur la « seule politique possible ».

Nous retenons quelques enseignements nécessaires.

PAS DE GRANDE BASCULE GÉNÉRALE

On peut retenir du second tour des élections régionales une carte de France des exécutifs quasi-inchangée. Mais c’est oublier un peu vite des mouvements dans les Régions et Collectivités d’Outre Mer : la Réunion, la Martinique et la Guyane basculent en effet à gauche. Deuxièmement, c’est également passer par pertes et profits des changements significatifs dans les conseils départementaux : le Tarn-et-Garonne, la Charente et les Côtes-d’Armor reviennent à gauche, quand plusieurs départements longtemps très ancrés à gauche basculent à droite, comme le Finistère, l’Ardèche, le Puy-de-Dôme, les Alpes-de-Haute-Provence, et surtout le plus emblématique, le Val-de-Marne, dirigé depuis 1976 par le Parti communiste français et l’union de la gauche.

Malgré tout il n’est pas exagéré de considérer que la « prime au sortant » a fonctionné : dans le contexte d’une très faible participation la mobilisation des réseaux d’élus locaux et d’animateurs locaux fidélisés a fonctionné à plein. Et pour les départementales, les sortants quand ils sont élus de terrain peuvent échapper au « tous pareils, tous impuissants ».

UNE ABSTENTION MASSIVE MAIS NON HOMOGÈNE

Les chiffres accablants (66,7% le 20 juin) cachent des réalités diverses : ce sont les jeunes et les catégories populaires qui ont boudé le plus fortement les urnes.

Depuis le soir du 20 juin 2021, journalistes et responsables politiques dissertent trop souvent entre eux des conditions accessoires qui permettraient le retour de l’esprit civique. Ainsi, la solution à l’abstention, notamment celle des « jeunes », serait le numérique. Le problème serait le caractère désuet des bureaux de vote et évidemment les millenials et leurs prédécesseurs immédiats se seraient précipités pour faire leur devoir civique s’il avait existé une application pour smartphone… Pour les « moins jeunes », il faudrait donc se replier sur le vote par correspondance (interdit – rappelons le – en 1975 en France car il y était une cause massive de fraude électorale) ou le vote obligatoire… en fonction des périodes, certains trouvent chez nos cousins ou chez nos voisins des grâces qu’ils considéraient jusqu’ici avec mépris. Le malaise est bien plus profond et la tendance ancienne.

Il existe plusieurs raisons à la fois conjoncturelles et structurelles qui participent de l’échec de ce scrutin comme de la dépression civique de notre pays et de nos concitoyens.

DES RAISONS CONJONCTURELLES … TRÈS POLITIQUES !

Choix des dates (deux week-ends de juin juste après la « libération » et en début d’été), absence inédite de campagne civique télévisée et sur les réseaux sociaux, confusion de deux scrutins très différents, nationalisation sans frais des enjeux, scandaleuse désorganisation de l’envoi des documents officiels… Tout a contribué à l’échec de ce scrutin et au doute (pour dire le moins) sur la légitimité des résultats.

En les listant on a le sentiment soit d’un sabotage volontaire soit d’une grave incompétence : dans les deux cas le ministre de l’intérieur doit être démis de ses fonctions. L’absence de principe de responsabilité des soit disant responsables politiques aggrave, épisode après épisode, la crise de confiance des électeurs et électrices.

Confier, pour partie, la distribution des professions de foi et des bulletins de vote à une entreprise privée est l’événement le plus grave et le plus marquant dans les défauts d’organisation de cette élection. Elle dénote un imbécile aveuglement idéologique : « plus efficace et moins cher, le privé » ! A contrario, elle valide l’attachement réitéré du peuple français à ses services publics et à leur qualité.

UNE DÉCENTRALISATION EN SOUFFRANCE

La démocratie locale est fortement impactée par les conséquences problématiques des réformes de la décentralisation engagées depuis 2004 et surtout depuis 2012.

La régionalisation excessive et la fusion souvent absurde des régions a ainsi déstabilisé notre édifice territorial : les électeurs peinent à saisir la pertinence des choix qui leurs sont proposés, des enjeux qu’il faut arbitrer, des compétences qui sont concernées. Plus personne ne comprend bien ce qui relève du département ou de la région, plus personne ne comprend bien dans quelle région il est et pourquoi le pays basque pourrait être géré avec la Haute-Vienne. L’absence d’information civique avant le scrutin n’a pas aidé.

Le mal s’étend à l’échelle communale car il faudrait être fou pour croire que seule la crise sanitaire avait fait fuir l’électeur au moins pour le second tour de juin 2020 : malgré l’inscription de la décentralisation dans la constitution, les simples communes ont vu leur pouvoir être de plus en plus contraint et limité par le développement de l’intercommunalité, la métropolisation, la complexification de l’action locale ou le saccage de la fiscalité locale. Les élections municipales n’attirent plus que des publics restreints et parfois motivés par les seuls enjeux de personnes ou de combats très spécifiques du type NIMBY [« not in my backyard », « pas dans mon jardin » en bon français].

Les déçus d’une action publique de plus en plus empêchée et ceux qui ne maîtrisent plus les enjeux ne se déplacent plus.

On peut tenter de résoudre certains de ces problèmes par des correctifs : séparation des scrutins, correction des excès de l’intercommunalité et de la métropolisation, abrogation des fusions régionales absurdes…

ÉVITER LES EXPLICATIONS SIMPLISTES

À ce titre, attention aux interprétations hâtives que certains, à l’orée du congrès de leur parti, sont tentés de présenter comme l’explication de la réussite de certains présidents de région… Ainsi, si dans le sud-ouest Alain Rousset et Carole Delga ont pu se payer le luxe de rejeter toute alliance à gauche au second tour, c’est peut-être moins parce que la gauche écologiste ou radicale serait un repoussoir que parce que le maillage des territoires par les élus locaux, les militants, les réseaux associatifs « amis » y a été moins atteint que dans le reste de la France.

A fortiori, dans une élection marquée par une très faible participation, la mobilisation optimum de ses réseaux est plus que jamais déterminante. Si cela n’explique pas tout, on peut croiser la carte de France des cantons au soir du 27 juin pour constater à quel point le réseau politique dans le sud-ouest du pays est resté puissant et relativement monocolore, alors qu’il est plus diffus partout ailleurs.

LE PROBLÈME PRINCIPAL OU QUAND « L’OFFRE POLITIQUE » NE RÉPOND PAS À LA DEMANDE

Pardonnez nous cette incursion dans un langage marketing. Depuis une grosse trentaine d’années, le débat politique s’enfonce dans la médiocrité intellectuelle et idéologique. La montée de l’extrême-droite et de l’abstention en sont en partie la conséquence. Depuis toutes ces années, si l’abstention s’élève inexorablement c’est que les partis politiques de droite comme de gauche ne parlent plus aux électeurs, ne parlent plus aux préoccupations concrètes mais aussi « imaginaires » des citoyens.

Il y a pour expliquer cela des raisons de structures qui vont de pair avec une forme de dépossession de la souveraineté populaire au travers d’une mondialisation supposée « heureuse » et d’une technocratisation ordo-libérale dans laquelle a dérivé la construction européenne. Les partis n’ont plus rien de conséquent à proposer aux Français car ils ont largement capitulé face à cela. Mais il y a aussi une médiocrité du discours politique et de la réflexion : il n’est qu’à regarder la faiblesse des propositions programmatiques à droite (qui se réfugie sans réflexion sur l’immigration et la sécurité car LREM lui a volé le libéralisme technocratique) ou à gauche. Déficit de réponses concrètes aux aspirations matérielles des Français, déficit de discours permettant de comprendre le monde et la direction qu’on veut lui donner ou capable de (re)construire un imaginaire collectif.

Que la gauche française se soit volontairement laissée submerger ces derniers temps par des concepts politiques anglo-américains (qui répondent essentiellement à la réalité sociologique des États-Unis d’Amérique) en dit long sur la médiocrité de l’état de réflexion idéologique et la paresse intellectuelle à gauche en France aujourd’hui. Une bonne partie de nos concitoyens nous regardent éberlués et il ne faut pas leur demander de faire le tri en cherchant ceux qui à gauche relèveraient le niveau s’ils ne sont pas invités sur les plateaux TV. L’emploi, la localisation, la nature et l’avenir de l’activité économique, les salaires, les conditions de travail, la garantie d’un logement décent et d’une santé publique accessible … mais aussi d’une tranquillité publique et d’une justice pour toutes et tous, voilà des sujets qui paraissent correspondre aux préoccupations quotidiennes et essentielles de nos concitoyens : il serait peut-être temps d’y répondre !

Personne ne viendra voter si les électeurs ne perçoivent pas les enjeux et s’ils considèrent qu’il n’y a pas de propositions politiques qui s’adressent à eux. Ce n’est pas le smartphone et des techniques de scrutin qui pallieront ces défaillances. Dans ce contexte, l’élection présidentielle est la seule dont les citoyens perçoivent encore les enjeux ; mais sans proposition politique de qualité le choix qu’ils feront sera par défaut. Alors que les scrutins des 20 et 27 juin n’ont mobilisé que le tiers le plus politisé des Français, il serait bien prétentieux de tirer des éléments signifiants sur l’évolution nationale des rapports de force politiques et sur l’ouverture de la campagne des élections présidentielle et législatives à venir.

QUELQUES DONNÉES TERRITORIALES

La carte des départementales : la gauche renforce ses positions dans le Sud-Ouest et entame la reconquête de plusieurs cantons du Nord, la droite domine de plus en plus en région parisienne, Centre, PACA et Est.

Notons que partout où au sein de la gauche la stratégie consistait pour une composante à attaquer l’autre, c’est la droite qui s’empare des départements, le basculement du dernier département communiste de la petite couronne en étant l’illustration. Le PCF connaît depuis les années 1980 une décrue politique largement analysée, qui a des causes internes et internationales… Mais il faut convenir qu’il a existé également depuis 15 ans une stratégie du PS en Île-de-France visant à accélérer cette chute en espérant remplacer le PCF. La décrue a donc été hâtée, mais on sait aussi que souvent le remplacement ne fut que superficiel. En définitive, cette logique de confrontation et de concurrence aura été un désastre pour toutes les gauches. Cette élection régionale francilienne, qui a démontré que l’électorat était bien plus unitaire que ce que prévoyaient sondages et certains états majors, marque surtout la fin de la chute, le début d’une reconstruction. Parallèlement, dans un certain nombre de cantons de centre ville, comme à Lille ou Rennes, par exemple, les candidats écologistes remplacent désormais les candidats du PS auprès des catégories professionnelles moyennes et supérieures.

Pour LREM, comme pour le RN, et ses alliés, la défaite des élections régionales est amplifiée aux départementales. LREM entraîne le MoDem dans cette déroute, et le RN perd un nombre important de cantons. C’est autant de moyens de structuration qui disparaissent. Il serait également faux de dire que LREM partait d’une page blanche : depuis 2017, le parti présidentiel pouvait compter sur le ralliement de conseillers départementaux issus du centre gauche et du centre droit. Si la majorité présidentielle prétend aujourd’hui avoir accumulé une centaine de conseillers régionaux et départementaux, il est un peu facile d’oublier qu’une bonne moitié de ces transfuges a été sanctionnée par les urnes et que le MODEM va perdre la présidence des Pyrénées-Atlantiques. Enfin, la majorité présidentielle comptait quelques 120 conseillers régionaux LREM-Modem-Agir-divers Centre sortants : ils n’en ont plus que 76.

* * * * *

En réalité, le gros des classes et milieux sociaux qui formaient la base des succès historiques de la gauche est resté à la maison. C’est aussi une des causes du recul du Rassemblement National, victime majeure et pour lui inédite de l’abstention… Il y a un potentiel considérable à mobiliser les abstentionnistes, et il sera faux de croire que cette mobilisation sera garantie par la résolution d’une simple « équation personnelle », homme ou femme. Nous restons convaincus que nos concitoyens attendent que l’on réponde à leurs préoccupations réelles et non une mise en scène de détestations réciproques et de débats hors sol. La gauche doit donc s’atteler de manière urgente à un travail de fond et démontrer ensuite qu’elle peut proposer une alternative crédible aux différentes nuances de droite, libérale, conservatrice ou extrême.

Cela vaut pour l’élection présidentielle comme pour les élections législatives qui la suivront. Sans cela, qu’elle puisse se maintenir ou non au second tour de l’élection présidentielle, il y a fort à parier que c’est toute la gauche, dans toutes ses sensibilités, qui aura des difficultés à maintenir des groupes parlementaires à l’Assemblée Nationale. La reconduction d’exécutifs départementaux ou régionaux en 2021, avec des taux de participation allant de 25 à 36 %, ne garantit pas contre la Berezina en 2022 si nous ne prenons pas le sujet à bras le corps.

La Gauche Républicaine et Socialiste n’a jamais pratiqué un discours d’exclusive, interdisant à une partie de la gauche en soi de discuter avec les autres ; elle a participé avec volontarisme à toutes les rencontres visant à engager la gauche dans l’échange, avec une priorité, travailler aux convergences d’idées pour construire le socle possible d’une unité. La GRS a gagné des cantons, obtenu des élus régionaux. C’est bien sûr le propre des soirées électorales de voir aussi des camarades échouer, parfois de peu, et cela paraît toujours injuste quand on connaît leurs engagements et leur sincérité. Mais les scores sont encourageants, ils progressent. La GRS poursuit donc son ancrage dans les territoires et nous continuerons à plaider pour la construction d’une plateforme gouvernementale des gauches. La France et les Français le méritent et surtout l’attendent.

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