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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 16:19
Paul Magnette, ministre-président socialiste de Wallonie © BELGAIMAGE

Paul Magnette, ministre-président socialiste de Wallonie © BELGAIMAGE

Paul Magnette fait partie de ces responsables socialistes européens qui nous permettent de porter avec fierté notre idéal socialiste, quand tant d'autres dirigeants ont depuis longtemps jeté le bébé avec l'eau du bain en abdiquant devant le libéralisme et en cédant face à l'institutionnalisation européenne de l'ordolibéralisme allemande.

Il a commencé à être connu par le grand public en s'opposant frontalement aux dérives du CETA (traité de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada) et en obtenant des corrections majeures du point de la région Wallonie, dont il est le ministre-président.

Dans l'entretien qu'il donnait le 3 février à L'Echo (Belgique) et que je reproduis ci-dessous, il parle clair et fort ; il traduit très exactement l'état de ma réflexion vis-à-vis de la dérive actuelle de la construction européenne. Cette lecture est de salubrité publique.

Frédéric FARAVEL

entretien donné à L'Echo, recueilli par Frédéric Rohart et publié le 3 février 2017 à 22h30

Vingt-cinq ans après le traité de Maastricht qui a lancé l’aventure de l’euro, où va l’Union européenne ? L’Echo a demandé à plusieurs personnalités de se projeter dans le quart de siècle à venir pour imaginer comment l’Union pourrait évoluer. Aujourd’hui, l’avis d’un "fédéraliste meurtri", un homme politique wallon qui mène un bras de fer obstiné avec les institutions européennes. Et qui est convaincu qu’il faut des cendres pour permettre au phœnix de renaître.

Après avoir consacré l’essentiel de sa carrière à étudier l’Europe, Paul Magnette se demandait en mai dernier s’il n’était pas en train de devenir "le premier des eurosceptiques socialistes". Mais si le ministre-président wallon est en guerre contre l’Europe "libérale-conservatrice", il n’en reste pas moins un Européen convaincu. Un Européen "meurtri" d’assister à la désintégration de l’Europe, mais convaincu qu’elle permettra l’indispensable renouveau.

L’euro, vous le voyez plutôt comme une réussite ou un échec ?

C’est une monnaie mal pensée. Elle a été conçue selon une logique monétariste: créons une monnaie et l’économie suivra. Cela n’a pas marché. La convergence économique ne s’est pas réellement produite par l’effet de l’euro. Cela n’a pas non plus amené à créer une vraie politique économique européenne : il n’y a pas de vrai budget, pas de vraies ressources propres. Une union monétaire sans union économique a pour seul effet de neutraliser la variable monétaire dans les ajustements entre les Etats membres. Du coup, l’ajustement se fait sur des législations sociales et fiscales qui n’ont pas convergé. Cela a produit ce qu’on pouvait craindre : l’euro a accéléré une dérégulation sociale et fiscale, il a inversé la logique de l’Union européenne.

C’est-à-dire ?

Toute la logique de l’Union européenne est une logique de convergence et de protection. Aujourd’hui, il y a une asymétrie fondamentale : la monnaie est contraignante ; la libéralisation se décide à la majorité absolue des États membres ; mais l’union sociale et l’union fiscale, c’est l’unanimité. Donc il y a quelque chose de bancal dans le système. Ce sont une vingtaine d’années qui ont complètement retourné le sens de l’Union européenne. Parce que jusqu’alors, la logique des traités fondateurs, l’idée c’était toujours : je dé-régule au niveau national mais je re-régule en même temps au niveau européen.

Cette période est aussi celle qui mène aux élargissements de l’Union européenne, une erreur ?

D’un point de vue géopolitique, il fallait faire ces élargissements. Le problème, ce sont les conditions qu’on y a mis qui étaient très faibles. Il aurait fallu dire : il faut un jour entrer dans l’euro, on va vous aider — et vous forcer — à atteindre les conditions économiques, à faire de la convergence. Au lieu de ça, on s’est dit : les travailleurs (roumains, bulgares, polonais, hongrois…) vont aller là où on manque de travail, en Europe occidentale. Et le capital (français, allemand…) va aller là où on manque de capital, en Europe centrale.

C’est précisément ce qui s’est passé.

Oui, du point de vue de l’économie abstraite, c’est formidable : les facteurs s’allouent naturellement là où ils doivent aller. C’est la magie de la main invisible. Sauf que pour les gens, c’est brutal. Dans nos pays, ça déstructure complètement les systèmes de sécurité sociale. Et pour les pays d’Europe centrale, c’est une catastrophe : la Roumanie a perdu les 15% les plus jeunes et les plus costauds de sa population ! Et les conséquences politiques sont dramatiques. On est dans un moment de désintégration politique complet. Jusqu’ici l’Europe n’avait jamais reculé, là elle recule. Et ce n’est pas fini à mon avis.

L’Europe recule : vous ne parlez pas seulement du Brexit ?

Non, qui croit encore en l’Europe aujourd’hui ? Moi qui suis un fédéraliste meurtri et un peu désespéré, quand je parle à des étudiants, l’Europe ne représente plus rien pour eux. Par contre elle représente pour tous les perdants de la mondialisation, la cause de tous les problèmes. Donc elle est en train de se désintégrer. Les gens ne le voient pas encore, mais c’est comme un feu de cheminée : ça a pris, c’est invisible, mais à un moment donné, on le verra. Et le Brexit en est le premier symbole.

"J’espère que le Brexit sera suivi par un Polxit, un Hongrexit, un Bulgxit, un Roumaxit…"

À qui la faute ?

Je crois qu’il y a une responsabilité énorme dans le tournant libéral-conservateur. Sans faire tout remonter à Maastricht, le Six Pack, c’est la mort de l’Europe.

Le Six Pack, c’est notamment la menace de sanctions pour les Etats qui ne respectent pas les règles du Pacte de stabilité. Pourquoi était-ce une telle erreur selon vous ?

Parce qu’il a poignardé la catégorie sociale qui avait soutenu le projet européen : la classe moyenne d’Europe occidentale. Le Six Pack a comprimé leur pouvoir d’achat, a prolongé la récession, a aggravé les inégalités. L’Europe s’est privée elle-même de ce qu’était son soutien historique.

Vous visez Angela Merkel, qui l’a porté ?

Merkel a été logique : elle a défendu les intérêts de l’Allemagne. Ce sont ceux qui n’ont pas résisté à Merkel qui sont responsables. José-Manuel Barroso et Herman Van Rompuy d’abord. Et puis François Hollande, qui n’a rien corrigé alors qu’il avait promis qu’il allait renégocier les traités. Plus largement, ces années-là, 2008-2015, sont tragiques: moins parce qu’on a fait que ce qu’on n’a pas fait. Il y a une crise fiscale, il y a des "leaks" partout et on ne fait rien d’ambitieux. On a une récession et on fait un plan Juncker minimaliste. C’est la crise des réfugiés et on confie le problème à Erdogan. On fait démonstration de l’impuissance, de l’inutilité de l’Union européenne telle qu’elle est aujourd’hui. Mais je reste un Européen convaincu.

À condition que l’Europe soit sociale, donc. La recette porteuse pour la gauche, c’est la confrontation, comme vous l’avez faite avec le CETA : montrer aux gens le rapport de force ?

Ce n’est pas la confrontation pour le plaisir : il faut renvoyer la balle à l’Europe. C’est quand même dingue : à la Commission, ils font de l’ingérence dans les matières nationales qui sont extrêmement sensibles. Et ils ne sont pas capables de lutter contre la fraude fiscale ou de gérer le problème des réfugiés.

La Commission s’en prend à Apple, pousse à plus de transparence fiscale, à ce que les profits soient taxés où ils sont produits…

Oui mais c’est mou ! On doit récupérer 1.000 milliards d’euros par an qui nous sont volés. Pour faire avancer la convergence fiscale, il ne faut pas dire : "Bon, je mets une proposition sur la table, qui est d’accord ?" Évidemment qu’il y en aura toujours un qui sera contre, puisque c’est à l’unanimité. La seule manière de faire, c’est de faire de la conditionnalité : "Bon l’Irlande, vous voulez encore des fonds de cohésion ? La condition, c’est que vous acceptiez une norme sociale supérieure." Et il faut faire pareil avec le commerce extérieur. "Bon le Canada, vous voulez faire un accord avec nous ? Alors on met un chapitre fiscal dans le traité commercial." Il faut faire du régime fiscal un objectif absolu. C’est quand même comme ça que Delors arrivait à négocier : il faisait des packages : "Tu veux ça, eh bien tu prends ça."

Depuis votre confrontation sur le CETA, est-ce que vous avez vu un changement d’attitude de la part de la Commission européenne ?

Elle a mis en place un vrai travail sur les mécanismes d’arbitrage. Mais pour le reste, quand je lis Cécilia Malmström encore récemment dans un grand quotidien, le journal me tombe des mains. C’est de l’autisme politique. Il n’y a rien qui change dans son discours et son attitude. Et c’est hallucinant parce qu’il n’y a rien qui va changer dans la nôtre non plus. Donc on va vers de nouvelles confrontations, et je pense qu’on sera de moins en moins seuls.

Trump, Erdogan, Poutine : l’Europe est entourée de leaders qui lui cachent peu leur hostilité. Que peut faire l’Europe à court terme pour reprendre pied ?

À court terme, rien. Que Federica Mogherini ne se fâche avec personne, c’est la moindre des choses qu’on puisse faire pour le moment. Laissons faire le Brexit, après on pourra discuter.

Quel scénario pour l’Europe après le Brexit, dans un horizon de 25 ans ?

J’imagine bien le Brexit être suivi par un Polxit, un Hongrexit, un Roumaxit, un Bulgxit… Si on arrive à négocier un accord dur mais équilibré entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, certains pays se diront qu’un modèle à la britannique est enviable. Donc la Pologne, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie – et peut-être le Danemark et la Suède – sortent de l’Union et nouent des accords commerciaux ou de partenariat.

C’est souhaitable, selon vous ?

Oui, ça permet d’arrêter un peu la concurrence interne : on se retrouve alors avec des pays beaucoup plus proches en termes de niveau de PIB et de modèle socio-économique. L’Union regroupe quand même encore 400 millions d’habitants, on est encore plus nombreux que les États-Unis. On en profite pour signer des accords d’association avec des pays de la Méditerranée. Et avec un peu de chance – c’est horrible ce que je vais dire – mais les Etats-Unis décident d’une intervention unilatérale au Proche-Orient, et les Européens disent NON. Il y a des manifestations un peu partout en Europe : c’est la naissance d’une conscience civique européenne qui ne naîtra que dans l’affrontement. Il faut un "nous contre eux". Et il vaut mieux que ce soit nous Européens, multilatéralistes, légalistes, contre les États-Unis isolés et agressifs. Par la même occasion, on arrête toutes les négociations des traités multilatéraux et bilatéraux et on fait des accords commerciaux purs et on en profite pour renforcer le développement endogène de l’Union européenne.

Comment ?

L’Europe réinvestit massivement, elle mutualise une partie des dettes, et elle finance des grands travaux. Pas des grosses infrastructures type TGV mais des grands chantiers comme la rénovation de l’ensemble du parc énergétique des logements sociaux. On explique aux classes moyennes et populaires que grâce à l’Europe leur facture d’énergie va baisser. On commence doucement à réconcilier les citoyens avec l’Union européenne, on crée de l’emploi, on assure notre indépendance énergétique. Et on redevient les leaders du combat climatique mondial de manière crédible. On doit se donner des objectifs. Mais en mettant de l’argent. Sans quoi ça n’est pas attractif.

"La naissance d’une conscience civique européenne ne naîtra que dans l’affrontement. L’Europe multilatéraliste, légaliste, contre les États-Unis isolés et agressifs."

Dans votre scénario, il faut donc revoir à la hausse le budget de l’Union européenne, qui plafonne à 1% du PIB…

Oui, il faut au minimum le tripler. L’Europe doit rester un cheval léger, garder une administration légère, par contre elle doit avoir un vrai budget d’investissement : un plan Juncker puissance 100. Alors les gens vont commencer à voir des résultats… L’Europe ne fonctionne plus sur la mémoire de son héroïsme, elle ne fonctionne pas sur un patriotisme européen, elle ne fonctionne qu’en démontrant qu’elle est efficace, or elle ne l’est pas.

Le rêve que vous exposez, vous y croyez ? C’est un euphémisme de dire que ce n’est pas un discours dominant…

Je pense que ces élites européennes, qui vivent complètement déconnectées du monde, finiront par être obligées de comprendre. On va aux devants d’une désintégration politique, des pays qui vont devenir ingouvernables, gouvernés par des dingues comme les États-Unis aujourd’hui. Et il y aura des mobilisations civiques massives. Je crois que l’Europe n’échappera pas à une forme de grande désintégration politique, un réveil de la société civile, et l’apparition d’une nouvelle génération politique qui sera plus en phase avec la société civile.

En réponse au Brexit, les États planchent sur une Europe de la défense, ce n’est pas une bonne piste ?

Il faut plus d’Europe sur un pacte énergétique, plus d’Europe des investissements, plus d’Europe des législations sociales, de lutte contre le dumping fiscal, de présence aussi sur la scène étrangère. Mais je crois plus en des accords de partenariat avec les pays du Maghreb, et demain les pays africains qu’en une Europe de la défense. Avec les moyens militaires un peu dérisoires qu’on a sans les Britanniques, l’Europe de la défense, c’est la France…

Manque-t-il aussi une scène politique européenne ? Une circonscription fédérale comme la demande Guy Verhofstadt ?

Il met tout à l’envers. C’est typique des gens qui ne comprennent pas la société. Dire qu’on va changer les institutions pour changer le monde, ça ne marche pas : c’est la société qui bouge. Benoît Hamon, Antonio Costa et même Alexis Tsipras – malgré tout le mal qu'on a pu dire de lui – l'ont compris, eux.

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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 18:31

Manuel Valls, François Hollande ou Emmanuel Macron confondent "culture de gouvernement" et la "culture de LEURS gouvernements" : ceux qui ont conduit à l'échec du fait du renoncement à leurs engagements devant les citoyens, renoncements qui ont nourri une nouvelle et forte progression de l'extrême droite, renoncements qui ont créé une situation politique qui risque de conduire tout candidat étiqueté "socialiste" a une défaite massive en juin prochain... et donc condamner la gauche à ne plus gouverner, et à ne plus gouverner avant longtemps si cette revendication de la "culture de LEURS gouvernements" continue d'empêcher la gauche de se retrouver, de se rassembler.


Je ne connais pas - quelle que soit leur sensibilité - de socialistes qui n'aspirent pas à gouverner parce que - contrairement aux "mouvementistes" - gouverner c'est agir sur le réel et donc potentiellement le transformer, transformer la société (pour ceux qui en ont l'ambition et la conviction).
Par contre, j'en connais des centaines de "responsables" dits socialistes qui ont arrêté de penser et qui nous expliquent que les nécessités de la gestion justifient leur abdication en faveur de l'immobilisme (pour les moins atteints) ou trop souvent en faveur du libéralisme.


"On est socialiste à partir du moment où l'on a considéré ce fait essentiel : le patronat et le salariat s'engendrant l'un l'autre et s'opposant l'un à l'autre, à partir du moment où l'on se refuse à accepter ce fait comme nécessaire et éternel, à partir du moment où l'on a cessé de dire : « Bah ! c'est l'ordre des choses ; il en a toujours été ainsi, et nous n'y changerons rien », à partir du moment où l'on a senti que ce soi-disant ordre des choses était en contradiction flagrante avec la volonté de justice, d'égalité, de solidarité qui vit en nous." Ces mots de Léon Blum rédigés en 1919 à l'attention des nouveaux adhérents du Parti Socialiste SFIO devraient résonner en nous et nous bousculer à nouveau.


En 2008, les inénarrables Jean-Noël Guérini et Gérard Collomb avaient rédigé pour le congrès de Reims une contribution générale intitulée "La ligne claire" qui expliquait qu'un programme socialiste serait l'addition des expérimentations locales des collectivités dirigées par le PS, en tout cas de celles qui étaient les plus raisonnables et les plus "gestionnaires"... c'était l'affirmation par excellence de la défaite de la pensée et du volontarisme, l'abandon de la transformation de la société.
C'est un peu ce qui est arrivé de 2012 à 2017 et qui risque donc de nous conduire pour longtemps à ne plus gouverner si nous ne redressons pas la barre rapidement.

Merci à Claude Askolovitch d'avoir déconstruit dans l'article qui suit l'interprétation absconse portée par les Valls, Hollande, Macron et consorts de leur culture de gouvernement.

Frédéric FARAVEL

Vous pouvez lire son analyse ici sur le site Slate.fr

 

Benoît Hamon et Manuel Valls, lors du débat du second tour de la primaire de gauche le mercredi 25 janvier 2017

Benoît Hamon et Manuel Valls, lors du débat du second tour de la primaire de gauche le mercredi 25 janvier 2017

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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 16:46


"Dimanche prochain je voterai pour Benoît Hamon et vous invite à faire de même"

Dimanche 29 janvier, j'utiliserai moi-même le bulletin Benoît Hamon pour mettre un terme à la dérive libérale qu'a représenté le quinquennat de François Hollande, incarnée dans cette primaire par Manuel Valls.

Je regrette que les électeurs de gauche n'ait pas entendu le message et le projet porté par Arnaud Montebourg, qui sur les questions européennes et économiques me paraissaient correspondre aux besoins du pays et de nos concitoyens.

Il faudra poursuivre le combat pour porter à nouveau ces orientations qui ont rendu au socialisme français ses lettres de noblesse, dans un débat que certains ont parfois rendu caricatural.

Frédéric FARAVEL

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 14:16
Emmanuel Maurel et Arnaud Montebourg le mercredi 4 janvier 2017 au Comptoir Général pour la présentation du Manifeste économique du projet France

Emmanuel Maurel et Arnaud Montebourg le mercredi 4 janvier 2017 au Comptoir Général pour la présentation du Manifeste économique du projet France

Les dimanche 22 et 29 janvier 2017, le Parti Socialiste et les organisations politiques qui lui sont directement accolées inviteront le Peuple de gauche à venir désigner leur candidat commun pour l'élection présidentielle du printemps prochain.

Après une primaire de la droite et du centre qui a mobilisé près de 4,5 millions électeurs et débouché sur la très large désignation (66,6%) de François Fillon, ce rendez-vous citoyen souffrira tout à la fois de la comparaison avec le scrutin de la fin novembre et des dégâts politiques générés par la politique des gouvernements de François Hollande depuis l'automne 2012 (voire même depuis juin si on prend en compte sa renonciation européenne dès les premières semaines de son mandat) et donc des divisions profondes de la gauche.

Pourquoi faut-il réussir la primaire ?

Pourtant le résultat de cette primaire de la gauche – même avec un périmètre plus restreint que celui que nous étions nombreux à souhaiter – reste déterminant pour sortir la gauche et la France de l'impasse dans laquelle François Hollande (au point que celui-ci a renoncé à se représenter) les a conduites. Soit la primaire de la gauche confirme (même d'une courte tête) les tenants de la ligne libérale qui a présidée à la politique gouvernementale et la fracture de la gauche sera aggravée avec pour conséquence une longue glaciation politique et la condamnation à l'impuissance de la gauche pour de nombreuses années ; soit elle débouche (même d'une courte tête) sur la résurgence d'une gauche socialiste et s'ouvre une opportunité (même ténue et sans garantie de résultat) pour ressouder le camp progressiste en engageant le débat sur un projet et un candidat commun avec les écologistes et les communistes pour tenter de conjurer la défaite annoncée au soir du premier tour de l'élection présidentielle.

Car il faut être bien clair sur l'enjeu de la séquence politique : si la gauche reste fracturée et divisée, comme l'ont voulu François Hollande et Manuel Valls, si elle s'éclate face à un FN à 25% et une droite rassemblée en plusieurs candidatures (un candidat socialiste, Mélenchon, Jadot et l'imposture libérale Macron – qui n'est pas de gauche), aucune d'entre elles ne sera en mesure de réunir au soir du premier tour suffisamment de suffrages pour être qualifiée pour le second. Déjà historiquement affaiblie en termes d'intention de vote et la tripartition du paysage politique, la gauche s'affaiblirait plus encore collectivement, au bord du suicide. Il ne suffit plus de faire jouer la menace de l'extrême droite dans cette élection pour réussir à rassembler les morceaux épars du camp de la transformation (les gens ont bien compris que la droite et les sociaux-libéraux ont créé les conditions politiques qui ont permis la nouvelle progression du FN et « l'impératif moral » invoqué par une certaine « gauche » à cet égard en est devenu ridicule). Il y a nécessité à apporter une alternative à la victoire « annoncée » par les médias et les instituts de sondage de François Fillon, dont le projet (casse de la sécurité sociale et des services publics, austérité aggravée) ou certains aspects de sa personnalité (la revendication de son identité chrétienne « ce qui signifie que je ne prendrai jamais une décision qui soit contraire à la dignité humaine », annexant sans leur demander leur avis ceux de nos concitoyens qui sont chrétiens, récusant aux candidats qui ne seraient pas chrétiens la volonté à respecter la dignité humaine) ne convainquent pas les Français. La position dominante de François Fillon ne l'est que par défaut et sa victoire n'est pourtant pas assurée par la déconfiture actuelle de la gauche, tant son programme social inquiète beaucoup de nos concitoyens qui en désespoir de cause pourraient alors se laisser séduire par Marine Le Pen.

Quatre Français sur dix disent s'intéresser à la primaire de la gauche. Certains parient sur une faible mobilisation, qui inévitablement profiterait à ceux qui ne veulent voir se déplacer que les derniers soutiens indéfectibles de la politique gouvernementale. Nous avons besoin que le peuple de gauche – à tout le moins une fraction importante de celui-ci – se mobilise pourtant en masse pour permettre tout à la fois de créer une dynamique de rassemblement et offrir une légitimité citoyenne suffisante pour affronter la droite et l'extrême droite. Fin novembre 2016, les Français ont démontré qu'ils savaient se saisir des occasions qui leur étaient données de donner leur avis. Il faut espérer qu'ils le fassent aussi les 22 et 29 janvier prochains ; je me risque à un objectif : vu l'état de la gauche, atteindre ou dépasser 1,5 millions électeurs serait un résultat encourageant. Mais pour l'atteindre il faut convaincre les Français de la qualité de nos débats, de nos propositions, de notre éthique collective. Ce qui est difficile à réaliser si les débats s'enlisent encore comme ces dernières semaines sur les thématiques identitaires ou sur des considérations tactiques dignes de congrès du PS.

Un débat politique... pas un champ de foire

Je vais donc, après avoir peigné un tableau de la situation et des enjeux politiques de cette primaire, m'attacher à définir ce qui motive mes choix politiques de fond dans cette primaire.

Chacun sait que j'étais engagé intensément dans la campagne de Marie-Noëlle Lienemann ; elle a souhaité renoncer pour des raisons qui lui sont personnelles – bien que je considère toujours que son projet était le plus pertinent – au premier rang desquelles se trouve la volonté de ne pas en rajouter dans l'éparpillement des candidatures et de permettre le rassemblement de la gauche socialiste. Il me semble donc que pour atteindre l'objectif qu'elle pointait en se retirant, il n'est pas possible de rester silencieux : il faut s'engager et tâcher de faire gagner dans les urnes le projet qui s'en rapproche le plus.

C'est le choix que j'ai fait en rejoignant avec mes camarades de Maintenant la Gauche la campagne d'Arnaud Montebourg. Je ne prétendrai pas que j'ai toujours partagé la démarche du candidat du made in France – sinon je n'aurais pas préféré à l'origine Marie-Noëlle Lienemann – mais pour un certain nombre de sujets essentiels, sa démarche et son projet répondent à mes attentes, bien plus que tout autre candidat.

D'abord et avant tout construire un véritable rapport de force sur la construction européenne

Je crois que la question de la construction européenne est déterminante et qu'elle atteint aujourd'hui un point de non retour. Le projet d'unification européenne est une entreprise inédite, qui pouvait prétendre offrir un dépassement pacifique des nationalismes – pas des nations et du patriotisme – ; pour un militant socialiste, donc internationaliste, cette dimension est enthousiasmante... à condition qu'elle se réalise par et pour la souveraineté populaire, qu'elle la renforce même. Or depuis 1995, depuis le Traité d'Amsterdam et les suivants, la construction européenne s'est enlisée dans un modèle a-démocratique, parfaitement décrit par Emmanuel Todd dans son essai intitulé Après la Démocratie (2008), soumis tout entier au concept technocratique de l'ordo-libéralisme.

Ce refus de la souveraineté populaire s'opère d'abord par la contrainte de règles financières et budgétaires atemporelles dont l'inefficacité face aux crises économiques est désormais évidente ; ces règles inscrites dans les traités empêchent les États de choisir leurs politiques économiques, financières et budgétaires, donc interdisent aux citoyens des différents États membres de l'Union Européenne de choisir librement des politiques qu'ils veulent voir mise en œuvre. Votez pour la gauche française, la gauche italienne, la gauche néerlandaise ou la gauche radicale grecque et vous écopez de la politique de la droite allemande (tout ou partie des trois premières étant par ailleurs convaincues qu'il n'y a plus d'autre politique possible). L'échec économique, la régression sociale, l'aggravation de la situation sociale qu'induisent ces politiques aboutit à l'assimilation par les peuples de la construction européenne à l'ordo-libéralisme et donc à son rejet progressif, de plus en plus au travers de réflexes nationalistes, xénophobes, identitaires. Ce refus de la souveraineté populaire s'est incarné enfin à plusieurs reprises dans le contournement ou la négation des scrutins démocratiques : contournement du rejet du TCE par référendum en France et aux Pays-Bas en 2005 par l'adoption d'un projet identique 3 ans plus tard par voix parlementaires ; affirmation lamentable par le président de la commission européenne qu'« il ne peut y avoir de choix démocratiques contre les traités européens » pour disqualifier par avance les résultats du référendum grec contre l'austérité en juillet 2015. Les citoyens européens comprennent ainsi peu à peu que la construction européenne serait un moyen de les priver de leur capacité à décider de leurs destins. La construction européenne file ainsi peu à peu vers la falaise et menace d'emporter le bébé avec l'eau du bain.

Réagir est donc une nécessité absolue. Briser la fatalité de la dérive ordo-libérale de la construction européenne est la condition essentielle pour réaliser trois objectifs qui devraient être au cœur de n'importe quel projet de gauche :

  • mener une politique économique qui promeuve le bien-être collectif, l'égalité et l'émancipation économique et sociale ;

  • restaurer la souveraineté populaire et une démocratie efficiente ;

  • réorienter la construction européenne dans un sens plus démocratique, et pour plus de pragmatisme économique.

C'était le mandat donné par le peuple Français à François Hollande ; il y a failli dès juin 2012. Cela reste une urgence vitale, aujourd'hui plus que jamais, après le Brexit, alors que la crise des migrants se poursuit, qu'une crise politique se profile en Italie, que la crise grecque n'en finit pas et que la crise bancaire menace l'Allemagne. Pour cela, il n'est plus possible de faire preuve de naïveté devant nos partenaires. François Hollande a abdiqué dès juin 2012 – et a encouragé Tsípras à le faire en juillet 2015 – car il avait de longue date « accepté » l'idée que les conceptions de la gauche française seraient ontologiquement minoritaires en Europe. S'en tenir à cette analyse nous condamne à l'échec, au marasme démocratique et économique, donc aux pires perspectives politiques. Manuel Valls et Vincent Peillon ne proposent pas grand chose de mieux.

Benoît Hamon propose de travailler à la construction d'une coalition des gauches européennes. C'est une proposition importante, nécessaire, mais terriblement insuffisante. Il est absolument nécessaire de s'employer à substituer à la coalition de fait entre social-démocrates et conservateurs (ex- démocrates chrétiens) une alternative rassemblant la gauche radicale dans sa diversité, les écologistes et les membres du PSE. Mais si tant est que les social-démocrates engagent réellement ce débat sur un changement de stratégie – en l'état cela prendra très longtemps avant qu'il ne s'ouvre et soit tranché –, le temps que cette nouvelle coalition soit majoritaire au Parlement européen et également parmi les gouvernements européens, l'Union européenne aura eu le temps de se suicider à plusieurs reprises à coup d'austérité et d'ordo-libéralisme.

La proposition d'Arnaud Montebourg est à la fois plus réaliste, plus potentiellement efficace, et donc plus à gauche au bout du compte. La France doit assumer la confrontation avec les conservateurs allemands et leurs alliés en Europe sur un certain nombre de questions majeures comme la suspension de la directive « travailleurs détachés » ou la réfutation pratique des principaux points du pacte de stabilité. C'est en assumant cette confrontation, en provocant le rapport de force que d'autres États membres sortiront de l'attentisme et de la soumission dans laquelle l'abdication de François Hollande les avait figés – l'Espagne, la Belgique, le Portugal, l'Italie, la Grèce, potentiellement aussi l'Irlande (pour laquelle l'eurogroupe avait contraint les partis au pouvoir à renier tous leurs engagements avec des conséquences politiques désastreuses pour eux).

Assumer le rapport de force permettrait aussi d'accélérer le nécessaire débat dans la social-démocratie européenne pour s'engager vers la constitution d'une coalition des gauches européennes qui viendrait ainsi renforcer en dynamique l'offensive française pour la réorientation de la construction européenne. Sur l'Europe, Arnaud Montebourg – comme Marie-Noëlle Lienemann – est le seul à avoir la tête sur les épaules.

Rompre avec l'austérité, relancer l'économie

Voilà quatre ans qu'avec Emmanuel Maurel, Marie-Noëlle Lienemann et Jérôme Guedj, nous dénonçons les effets pervers d'une politique de rigueur budgétaire découlant directement des principes austéritaires inscrits dans les traités européens et une politique de l'offre libérale indifférenciée, donc peu efficiente. Sans compter la politique fiscale erratique et illisible qui les a accompagnées.

Personne n'ira expliquer ici ou ailleurs, qu'il est pertinent de présenter en permanence des budgets en déficit, mais force est de constater que la politique de réduction des dépenses publiques à marche forcée initiée depuis la fin du mandat de Nicolas Sarkozy a produit des effets ambivalents du point de vue des objectifs attendus avec de graves conséquences sociales : la dette a continué à exploser ; les déficits publics commencent tout juste à se réduire mais au prix d'un effondrement de l'investissement public et des carnets de commandes des PME ; la France, comme la zone euro, est aujourd'hui dans une situation de quasi-déflation ; les recettes fiscales de l’État ont au mieux stagné ; le chômage a continué de progresser durant tout le quinquennat et ne baisse depuis un trimestre que par le recours aux CDD très courts, aux stages et aux formations, en réalité le chômage toutes catégories confondues à continuer de progresser ; la pauvreté s'est accrue comme jamais depuis des décennies.

La politique économique et budgétaire menée par les gouvernements de François Hollande a entretenu l'atonie de l'activité ; les entreprises n'ont pas réinvesti les milliards d'euros qui leur ont été offerts dans l'économie, faute de conditionnalité du CICE et du pacte de responsabilité, formes renouvelées de la TVA sociale. En terme de politique de l'offre, ce qui aurait pu être tenté – comme des nationalisations partielles temporaires afin de préserver des secteurs industriels stratégiques (ex. Florange) – a été écarté ou est resté en deçà des besoins (soutien à la modernisation de l'outil de production). La politique de baisse du coût travail pour retrouver de la compétitivité a été un échec cuisant, alors que rien de sérieux n'a été engagé pour développer des politiques de compétitivité hors coût (recherche-développement, innovation, modernisation).

Prenant acte de l’échec du laissez-faire pour sortir de la crise, Arnaud Montebourg souhaite renouer avec le volontarisme économique, et propose – comme l'avait fait Marie-Noëlle Lienemann – un plan de redémarrage de économique par l’investissement dans les transformations écologique et numérique d’un montant de 20 milliards d’euros en trois ans.
[la totalité du programme économique chiffré d'Arnaud Montebourg est disponible en pièce jointe PDF en fin d'article]

Cet effort d’investissement suit les recommandations pressantes de deux organisations internationales que personne ne peut suspecter de « surmoi marxiste », le FMI et l’OCDE qui demandent aux États membres de la zone Euro de reprendre les dépenses publiques notamment dans les investissements et les infrastructures afin de relancer la croissance mondiale. Une étude du FMI publiée en 2014 montre ainsi qu’une politique de grands travaux menée aujourd’hui bénéficierait de conditions « anormalement favorables » en raison des taux d’intérêts quasiment nuls. Cette étude montre que 1 % de PIB investi conduit à trois points de croissance supplémentaire au bout de 4 ans. C’est un effet vertueux qui permet un remboursement rapide de la dette contractée. Cinq pays du G8 ont annoncé des plans de relance budgétaire. Dix pays du G20. Aucun pays de la zone Euro n’a engagé un processus de relance budgétaire rejoignant ce mouvement international salutaire destiné à sortir de la crise. La France serait, si Arnaud Montebourg était élu président de la République, le premier de la zone euro à s'engager sur cette voie nécessaire, qui répond également à la nécessité de construire le rapport de force pour la réorientation de la construction européenne, dont j'ai longuement parlé plus haut.

Ce plan d’investissement développera les emplois non délocalisables, car il bénéficiera aux PME et à l’économie locale, suivant en cela le plan des mille projets de la Fédération Nationale des Travaux Publics, actuellement dormant dans les cartons des collectivités locales, faute de financements.

Il faut donc parfaitement assumer la nécessité d'accroître la dépense publique en terme d'investissements productifs, d’autant que les conditions de financement de l’État n’ont jamais été aussi favorables. Son impact sur l’économie, calculé par les économistes qui m’entourent, est très positif, tant sur la croissance, que sur la dette et le chômage, donc in fine permettra de susciter un retour des recettes de l’État et remettre en dynamique les comptes publics.

Ce plan d’investissement sera écologique en assumant l’objectif d’une économie décarbonée et circulaire : développement des circuits courts, des transports en communs comme alternative sérieuse au transport individuel, transition vers la voiture électrique et la voiture consommant 2 litres aux 100 km, investissements publics-privés dans les batteries et le stockage, dans les technologies de recyclage ; c'était l'un des points forts du projet de Marie-Noëlle Lienemann pour engager la transition écologique. A ce plan d’investissement public s’ajoutera un programme de rénovation thermique des bâtiments à hauteur de 100 milliards d’euros en cinq ans, assuré par des financements publics et privés, pour permettre des logements consommant moins d’énergie, selon les plans de Nicolas Hulot.

Enfin, ce plan d’investissement sera aussi numérique, afin de connecter au plus vite les villages ruraux et de réduire la fracture technologique.

Au demeurant ce qui explique le redressement « spectaculaire » de l'économie allemande intervenu après 2009 sont des mesures visant à soutenir l'activité et le pouvoir d'achat (soutien au chômage partiel, relance par l'investissement) et non les mesures Hartz IV anti-chômeurs décidées sous Gerhardt Schröder. Celui-ci est intervenu après le plan de relance ciblé décidé suite à la crise financière de 2008 par Angela Merkel, complété plus tard par la création d'un salaire minimum allemand exigé par le SPD. Sans s'aligner sur la politique de la Chancelière conservatrice, on pourrait tout de même tirer quelques enseignements de la réalité économique plutôt que célébrer aveuglèment la mythologie schrödèrienne comme le fit François Hollande en 2013 au 150ème congrès du SPD.

Compléter la relance de l'investissement par la relance du pouvoir d'achat

On a vu que la politique de l'offre a échoué en France, comme elle avait échoué ailleurs. Aujourd’hui, c’est bel et bien la demande qui crée l’emploi et non l’inverse, comme le supposent à tort les initiateurs du Pacte de responsabilité. Aujourd'hui c'est bel et bien un problème de demande, de consommation populaire, de remplissage des carnets de commandes que nous devons résoudre.

Venir en aide aux plus modestes, victimes d’une conjoncture défavorable, et soutenir la demande pour regarnir le carnet de commandes des entreprises procède donc d’une même démarche. Car ce dont ont besoin nos entreprises ce sont des carnets de commandes pleins, donc une relance de la consommation (la droite prétend la créer – à une moindre ampleur – par la demande des plus aisés avec une baisse généralisée de l’impôt sur le revenu ; on a vu ce qu'il en est de la théorie du ruissellement, elle n'apporte rien à l'économie, quand soutenir le pouvoir d'achat des plus modestes se traduit immédiatement par une hausse la consommation de biens majoritairement produits en France).

Une société du travail doit être organisée autour de la juste rétribution du travail. Sur ce point également, le laissez-faire a conduit, à côté de l’explosion des hautes rémunérations, à la stagnation du salaire médian, c’est-à-dire des revenus du « Français moyen ». Cette situation ne peut plus durer, parce qu’elle est non seulement injuste, mais aussi inefficace pour l’économie dans son ensemble. Pendant que les salaires stagnaient, les budgets publics soutenant le pouvoir d’achat diminuaient, et les impôts sur les classes moyennes et populaires, augmentaient. Le pouvoir d’achat a donc reculé de 350 euros en moyenne par ménage depuis 2010.

La politique économique que soumet Arnaud Montebourg au peuple de gauche sera concentrée sur la reprise des gains de pouvoir d’achat, en particulier pour les classes moyennes et populaires, très marquées par des années d’austérité et de stagnation salariale.

Les gouvernement Hollande ont fait le « choix des entreprises » avec le CICE, avec les résultats qu'on connaît, il est temps de rendre du pouvoir d'achat aux classes moyennes et populaires. Arnaud Montebourg propose donc remodeler le pacte de responsabilité afin de rendre 10 milliards d’euros en réduction d’impôts aux ménages sur les 40 milliards alloués aux entreprises. Le CICE devra être également mieux ciblé afin de favoriser les secteurs créateurs d’emplois ; lorsqu'il était ministre du redressement productif, Montebourg avait demandé que le dispositif soit orienté, ciblé vers les secteurs réellement soumis à la concurrence internationale, il avait à l'époque perdu les arbitrages face au Président de la République et à Pierre Moscovici. Il faut espérer que s'il est élu, il mettra donc en œuvre ce qu'il avait plaidé vainement en 2012.

Longtemps promise par la gauche, la réforme fiscale a en effet souvent été réduite à des « mesurettes » techniques qui ont d'abord alourdi la charge fiscale des classes moyennes puis sapé la progressivité de l'impôt sur le revenu (et donc d'une certaine manière atteint son acceptation sociale et in fine sa légitimité). La question fiscale est donc devant nous ; Montebourg propose d'utiliser les 10 milliards d’euros du CICE réformé pour rendre la CSG progressive pour les catégories dont les revenus sont les plus faibles. Concrètement, tous ceux qui gagnent moins de 2000€ brut par mois auront un gain de pouvoir d’achat : 400€ par an pour ceux qui gagnent 1700€ ; 1200€ par an pour ceux qui gagnent le SMIC. Cette réforme fiscale douce, portée par l’économiste et député Pierre-Alain Muet, formera la base d’une imposition plus juste. Pour les salariés au SMIC cela représente un 13ème mois par la baisse de CSG. Rendue progressive la CSG – Pierre-Alain Muet a tiré les enseignements de la censure du conseil constitutionnel suite à l'adoption de l'amendement Ayraut/Muet à la loi de finances pour 2016, la mesure proposée ne devrait plus être censurable – pourra alors plus tard être fusionnée avec un impôt sur le revenu désormais prélevé à la source. C'est une étape donc vers ce grand impôt citoyen progressif que nous appelions de nos vœux avec Marie-Noëlle Lienemann. Ces réformes ne nous exonèrent pas à terme d'un travail sur le barème et les tranches d'imposition, mais il paraît raisonnable que le quinquennat 2017-2022 offre un peu de stabilité fiscale aux Français et aux entreprises.

Arnaud Montebourg reprend enfin une idée que Michel Rocard a popularisée il y a quelques années, consistant à indexer les salaires dans chaque entreprise sur les gains de productivité effectivement réalisés grâce aux efforts de la communauté des salariés.

Arnaud Montebourg se présente donc avec sincérité comme le candidat de la feuille de paie, le candidat de la feuille de soin et de la quittance de loyer, autre axe de campagne précédemment développé par Marie-Noëlle Lienemann. Il suffit pour cela de regarder ses propositions pour le logement et l'assurance-maladie.

* * *

Ces questions me paraissent prioritaires au regard de toutes les autres. Elle sont à la fois stratégiques et suffisamment concrètes au regard de la vie quotidienne et des priorités de nos concitoyens (emploi, rémunération, santé...) pour prévaloir sur d'autres considérations et assurer les fondements d'une discussion indispensable sur un programme commun de la gauche et des écologistes : dès le 30 janvier 2017, s'il était désigné par les électeurs de la primaire de gauche, Arnaud Montebourg s'est engagé à travailler avec les écologistes, les communistes et Jean-Luc Mélenchon pour résoudre l'impasse politique qui menace toute la gauche. Emmanuel Macron est sorti – depuis longtemps – du champ de la gauche, et il paraîtrait invraisemblable de rouvrir des fractures que ce dernier a largement contribuer à élargir tout au long du quinquennat aux côtés de François Hollande et de Manuel Valls.

Pour ceux de nos concitoyens qui espèrent encore qu'une politique conséquente, cohérente et ambitieuse de gauche soit mise en œuvre, ce qui suppose d'accéder au pouvoir, on voit bien que l'enjeu de la primaire est déterminant. Tous ceux qui ont été déçus par les reniements de François Hollande, choqués par la brutalité et la rhétorique identitaire de Manuel Valls, mais aussi tous ceux qui - comme de nombreux socialistes rassemblés autour d'Emmanuel Maurel, Marie-Noëlle Lienemann et Jérôme Guedj - ont dénoncé dès l'origine les errements puis les trahisons du quinquennat Hollande en matières économique, sociale et européenne ont intérêt à se mobiliser les 22 et 29 janvier prochains. C'est là à gauche que la clarification politique se fera ; nous avons l'occasion de clore une fois pour toute la parenthèse libérale insensée imposée par François Hollande, Manuel Valls et Emmanuel Macron (alors même que son échec avait été consommé bien avant en Grande-Bretagne et en Allemagne).

Quelle que soit l'issue de la présidentielle, tous ceux qui souhaitent que la gauche gouverne pour transformer le pays ont intérêt à venir voter Arnaud Montebourg les 22 et 29 janvier pour remettre le Parti Socialiste au cœur de la gauche (non pas pour qu'il y soit hégémonique mais pour qu'il offre ce qu'il reste de sa force à la gauche), permettre un gouvernement de la gauche unie qui applique un programme cohérent ou en cas de défaite permettre une recomposition offensive de la gauche qui ouvre des perspectives pour l'avenir. Une désignation de Manuel Valls serait l'assurance d'une défaite de la gauche dès avril prochain et d'une fracture durable en son sein, car elle donnerait les clefs du PS de manière artificielle aux libéraux exacerbant la rupture avec les écologistes et la gauche radicale.

Frédéric FARAVEL
membre du conseil national du Parti Socialiste
membre du bureau fédéral du PS Val-d'Oise

Manifeste économique d'Arnaud Montebourg pour la société du travail

Humeur primaire...
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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 21:03
Débat à la salle Gavroche samedi 26 novembre 2016
Débat à la salle Gavroche samedi 26 novembre 2016
Débat à la salle Gavroche samedi 26 novembre 2016
Débat à la salle Gavroche samedi 26 novembre 2016

Débat à la salle Gavroche samedi 26 novembre 2016

Diversité, difficultés et richesse du Front Populaire.
Qu'en reste-t-il ?

Soirée débat organisée par Le Lab' de Bezons – samedi 26 novembre 2016 19h00 - Maison de Quartier Gavroche - 35 rue des Barentins

J'intervenais aux côtés de Frédérick Genevée, Président du Musée d'Histoire Vivante à Montreuil et directeur des archives nationales du Parti Communiste Français.

Avant-propos :

Je suis membre du Conseil National du Parti Socialiste. J'y siège au titre de la motion B « à gauche pour gagner ! » qui réunit les « frondeurs » et l'aile gauche du PS et qui a rassemblé 30% des suffrages à son dernier congrès ; je suis le mandataire départemental de cette motion qui a reçu le soutien de 25% des adhérents valdoisiens du PS.

Mon intervention sera forcément partielle au regard du temps imparti ; elle sera également évidemment partiale, car j'assume parfaitement d'avoir sur le sujet un point de vue politique orienté.

Nous nous attacherons ici à traiter des conditions politiques qui ont permis la création du Front populaire, les conditions politiques dans lesquelles s'est accomplie sa victoire électorale, « l'exercice du pouvoir » et enfin celle qui ont présidé à son délitement (rapide).

en fin d'article vous trouverez tableaux électoraux et panoramas des Chambres de 1924 à 1936

Introduction :

L'historiographie traditionnelle veut que le Front Populaire soit né le 12 février 1934 lorsque les manifestants socialistes et communistes ont fait converger à la stupeur des organisateurs leurs cortèges respectifs, appelant à l'unité contre le fascisme, après la manifestation des Ligues d'extrême droite du 6 février 1934 contre le gouvernement Daladier empêtré dans l'affaire politico-financière Stavisky.

S'il est vrai que des comités contre la menace fasciste se créent spontanément dès le lendemain de la manifestation d'extrême-droite, il faut introduire quelques éléments de relativisme :

  • l'appareil du PC ne souhaite pas à ce moment l'unité et dénonce de la même manière un régime corrompu. Les cadres du PC envoyés dans la manifestation avaient consigne de se poster devant le cortège socialiste pour convaincre les militants de rejoindre leur parti ;

  • il n'y a à ce moment pas réelle menace d'extrême-droite pour la IIIème République, le gros des manifestants – c'est-à-dire les Croix-de-Feu du Colonel de La Rocque – du 6 février 1934 n'ont pas traversé la Seine, contrairement à quelques centaines de militants des Camelots du Roi et de l'Action Française ;

  • sans minimiser l'événement et le nombre des morts, il faut comprendre cette manifestation et ses conséquences comme une instrumentalisation de la droite parlementaire pour obtenir la chute du gouvernement Daladier – ce qu'elle obtiendra...

Les facteurs de la création du Front Populaire dépassent donc largement la spontanéité militante du 12 février 1934. Ils découlent tout à la fois d'une prise de conscience des menaces fascistes à l'échelle internationale et d'une volonté de répondre à la crise économique qui frappe durement le pays après avoir mis un certain temps avant de traverser l'Atlantique.

On peut étudier donc les conditions politiques en plusieurs étapes :

  1. le changement de stratégie du Komintern et une coalition de type nouveau au service de la mobilisation anti-fasciste ;

  2. une coalition qui ne peut masquer de profondes divisions ;

  3. la question du pouvoir et la dynamique du mouvement social ;

On verra ensuite quel bilan en tirer...

Congrès de Tours de décembre 1920, Cartel des Gauches, Léon BlumCongrès de Tours de décembre 1920, Cartel des Gauches, Léon BlumCongrès de Tours de décembre 1920, Cartel des Gauches, Léon Blum

Congrès de Tours de décembre 1920, Cartel des Gauches, Léon Blum

I- le changement de stratégie du Komintern et une coalition d'un type nouveau au service de la mobilisation anti-fasciste

C'est le PCF qui permet la création du Front Populaire. Sans changement de stratégie politique des Communistes, cette construction politique eut été impossible.

Après le ralliement des deux-tiers des adhérents socialistes à la IIIème Internationale en décembre 1920, la SFIC puis le PC a connu plusieurs phases :

  1. une lutte entre fractions pour construire l'identité communiste française, une organisation politique d'un type nouveau, où se dénoue les quiproquos entre les nouveaux militants révolutionnaires et certains chez les plus anciens qui pensaient que les 21 conditions d'adhésion à la 3ème étaient une vaste blague... Dans la bascule instable entre les différents groupes, les scissions et les exclusions se multiplient ;

  2. une lutte entre Trotskystes et ceux qui défendent la ligne portée par le Kremlin pour le contrôle de l'organisation ;

  3. une reprise en main complète à partir de 1927-1928 par le Komintern lui-même dans la main de Staline depuis qu'il a définitivement écarté tous ses concurrents du Kremlin (Trotsky, puis Boukharine, puis Kamenev et Zinoviev). À partir de cette date, le PC qui va s'incarner à partir de 1930 (qui s'est repenti de ses supposées sympathies trotskystes) dans la personne de Maurice Thorez, va être un élève appliqué des consignes du Komintern.

Or, durant toute la période et plus encore à partir de la dernière phase, l'ennemi politique principal désigné est la social-démocratie et son équivalent en France : la SFIO et sa principale figure, Léon Blum. En 1929, le PC maintiendra son candidat au 2nd tour à Paris dans la circonscription de Blum dans le but avoué de le faire perdre... C'est pourquoi Blum atterrira dans l'Aude quelques mois plus tard à la demande des socialistes locaux pour revenir à la Chambre des Députés.

La stratégie du Komintern se traduit en Allemagne par l'aveuglement complet du KPD, qui conduit des grèves dans le métro de Berlin avec les syndicats nazis et refuse l'alliance avec le SPD en 1932 et 1933 pour empêcher l'arrivée d'Hitler au pouvoir : il sera le premier à en faire les frais.

Pourtant, la situation ne change pas tout de suite : la coopération militaire entre l'URSS et l'Allemagne – établie sous la République de Weimar – se poursuit jusque début 1934.

Le pacte germano-polonais du 26 janvier 1934 est la première alerte pour Staline, rendant tangible dans son esprit qu'Hitler a bel et bien pour stratégie politique d'étendre « l'espace vital » de la race aryenne vers la Russie en réduisant les « sous-hommes slaves » en esclavage. La mort d'Hindenberg et la purge des SA sont des éléments supplémentaires démontrant qu'Hitler en concentrant tous les pouvoirs devient une menace réelle.

La priorité désormais pour l'URSS et Staline sera de conclure des alliances de revers avec les Démocraties occidentales : Staline a besoin de budgets militaires croissants à l'ouest et les partis communistes qui le peuvent doivent être mis au service de cette stratégie.

Donc lorsque Maurice Thorez appelle le 26 juin 1934 les socialistes à l'unité avec le PCF se conjuguent plusieurs éléments :

  • une aspiration unitaire à la base face à la menace fasciste et aussi aux échecs politiques de la stratégie précédente (le PCF a perdu de nombreux électeurs entre 1928 et 1932, contrairement aux périodes précédentes) ;

  • une validation politique du Komintern dont la priorité géopolitique change et qui tire les enseignements de la tragédie allemande.

À Compter de ce moment et jusqu'à la fin de 1937 (si tant est qu'on puisse considérer que le Front Populaire dura jusque là), le PCF peut être considéré comme l'un des meilleurs élèves de la stratégie d'unité.

Ainsi la Victoire d'une coalition de gauche, où serait partie prenante le PC, est perçue par le Komintern et par l'URSS comme une garantie supplémentaire et un renforcement des engagements du pacte franco-soviétique conclu par le cabinet Laval le 2 mai 1935.

Le « Front Populaire », l'expression est trouvée par Eugen Fried, représentant du Komintern en France, est d'abord formé le 27 juillet 1934 par le Pacte d'unité d'action entre deux partis marxistes, la SFIO et le parti communiste, qui devient officiellement PCF à cette époque.

Le Front Populaire rassemble donc des partis politiques : SFIO et PCF, d'une part, mais aussi le Parti d'unité prolétarienne (issu de deux scissions du PC), le Parti frontiste (scission de gauche du Parti Radical), mais également la CGT (socialisante) et la CGT-U (communisante) – qui vont se réunifier en mars 1936 au congrès de Toulouse après 15 ans de scission –, le Comité de Vigilance des Intellectuels Anti-fascistes (Paul Rivet, Paul Langevin et le philosophe Alain), la Ligue des Droits de l'Homme mais également de nombreuses associations de jeunesse, paysannes et d'anciens combattants.Au-delà de la presse nationale et locale des partis socialiste et communiste le Front Populaire bénéficie également du soutien d'un journal de gauche indépendant : Le Canard Enchaîné.

Edouard Herriot, président du Part Républicain Radical et Radical-Socialiste - Paul Faure, secrétaire général de la SFIO - Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste françaisEdouard Herriot, président du Part Républicain Radical et Radical-Socialiste - Paul Faure, secrétaire général de la SFIO - Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste françaisEdouard Herriot, président du Part Républicain Radical et Radical-Socialiste - Paul Faure, secrétaire général de la SFIO - Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste français

Edouard Herriot, président du Part Républicain Radical et Radical-Socialiste - Paul Faure, secrétaire général de la SFIO - Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste français

II- Une coalition qui ne peut masquer de profondes divisions

Malgré cette mobilisation sociale et politique sans précédent, cette coalition ne peut à elle seule créer une dynamique majoritaire. Maurice Thorez prend donc l'initiative de déborder la SFIO par la droite en appelant le 10 octobre 1934 à Nantes à « l'alliance des classes moyennes avec la classe ouvrière » et à la constitution d'un rassemblement non seulement ouvrier mais « populaire » ; clairement il appelle le Parti Radical d’Édouard Herriot à rejoindre le Front Populaire, ce qu'il refuse d'abord mais qu'il finira par accepter à l'été 1935 pour trois raisons :

  • la pression des « Jeunes Turcs » du Parti Radical – c'est-à-dire son aile gauche (Pierre Cot, Jean Zay, Pierre Mendès France, Jean Moulin) – qui sont en désaccord avec les alliances de droite et la politique de déflation, mais aussi d’Édouard Daladier qui veut récupérer l'espace politique qu'il a perdu au lendemain du 6 février 1934 ;

  • la conclusion du pacte franco-soviétique de Mai 1935, qui fait de l'URSS l'alliée de la France, permet au PCF de voter les budgets militaires (Maurice Thorez n'aura de cesse d'ailleurs de rassurer le parti radical en s'adressant à son électorat : c'est le sens de la main tendue aux artisans, aux commerçant, aux anciens combattants et même... aux catholiques) ;

  • le parti radical n'a plus le luxe de refuser l'alliance avec la SFIO, comme il l'a fait en 1932, les élections municipales de mai 1935 ont sanctionné un nouveau recul du parti radical sauf là où il était allié aux socialistes.

Le Part Radical adhère donc à la dynamique unitaire antifasciste, mais la nécessité de sa présence va limiter fortement la portée du programme du Front Populaire qui sera donc défensif, modéré et ambigu :

  1. défense de la démocratie :

    1. désarmement et dissolution des Ligues ;

    2. publication des bilans financiers des organes de presse pour permettre au public de connaître leurs commanditaires ;

    3. promotion des droits syndicaux et de l'école laïque ;

  2. défense de la paix :

    1. désarmement relatif ;

    2. promotion de la sécurité collective ;

    3. négociation dans le cadre de la SDN ;

    4. nationalisation des industries d'armement ;

  3. programme économique :

    1. réformer la Banque de France ;

    2. réduction de la semaine de travail sans réduction de salaire ;

    3. plan de grands travaux d'utilité publique ;

    4. création d'un fonds national de chômage et d'un régime de retraite pour les vieux travailleurs ;

    5. création d'un office national des céréales.

La modération de programme s'explique par les profondes divisions du Front populaire entre ces membres, la volonté du PCF de ne surtout pas froisser le Parti Radical, et des divisions au sein même des deux piliers de la coalition [sans compter que plusieurs partis rejoignant peu à peu le Front Populaire et sa dynamique politique sont des scissions du Parti Radical (Parti frontiste ou PRS Camille-Pelletan), de la SFIO (PSdF-UJJ) ou du PCF (PUP)]...

Une lutte à mort oppose en fait Parti Radical et la SFIO. Dans les votes populaires, la SFIO dépasse depuis plusieurs scrutins le parti radical en voix.

Les socialistes ont été très déçus par le soutien au gouvernement de « Cartel des Gauches » en 1924-1925 (listes communes et soutien sans participation). Le Canard Enchaîné tire la conclusion de cette expérience à sa chute en avril 1925 : « Quelle que soit l'opinion que l'on porte sur le gouvernement de M. Herriot force est bien de reconnaître que les questions essentielles de son programme, il les a respectées... Respectées au point de ne pas vouloir même y toucher. » (toute ressemblance avec des situations politiques actuelles n'est pas purement fortuite).

La SFIO avait publié en 1932 un programme minimal baptisé « Cahiers de Huyghens » pour négocier avec le Parti Radical après coup, ce dernier avait rejeté tout ce qui est surligné en jaune :

  1. réduction des crédits militaires ;

  2. Nationalisation des fabrications d'armement ;

  3. Équilibre des budgets sans réduction des crédits sociaux ;

  4. Protection de l'épargne par un contrôle des banques ;

  5. Contre la spéculation, création d'offices publics du blé et des engrais ;

  6. Déchéance des compagnies de chemins de fer et création d'un réseau unique d'intérêt général ;

  7. Création de l'assurance-chômage et de l'assurance contre les calamités agricoles, avec nationalisation des assurances privées ;

  8. semaine de 40 heures sans réduction du salaire hebdomadaire ;

  9. Amnistie...

Léon Blum en avait conclu une opposition de vue complète.

L'échec des négociations post-électorales de 1932 va d'ailleurs créer une crise grave dans la SFIO. Le 14 juillet 1933, le congrès de la Mutualité est le théâtre de l'offensive des « Néos », conduite par l'aile droite parlementaire (Pierre Renaudel, Barthélemy Montagnon, Adrien Marquet) et certains jeunes loups eux-mêmes parlementaires (Marcel Déat). La crise naît des frustrations gouvernementales et de la dénonciation de la pusillanimité de Blum. Mais au-delà des débats sur la politique économique – qui auraient pu être fructueux –, la violence des propos, l'appel au modèle mussolinien « Ordre-Autorité-Nation » (Marquet) pour séduire les classes moyennes et les détourner du fascisme, tend évidemment le congrès.

La scission aura lieu plus tard : en novembre 1933, le conseil national de la SFIO constate que 7 députés ont rompu la discipline en soutenant un cabinet radical/droite et les exclut. 28 députés, 7 sénateurs et 20 000 adhérents partiront en dissidence en fondant le Parti Socialiste de France – Union Jean-Jaurès.

Les élections vont mal se passer car le Parti Radical est lui-même divisé : son aile droite accepte difficilement ou pas du tout le Front Populaire. Aucun candidat radical ou presque ne fera campagne sur le « programme commun ». Très souvent, les fédérations départementales du Parti Radical susciteront des candidats radicaux indépendants, ce qui aboutira à l'absence de député de gauche dans le Doubs, le Parti Radical faisant élire contre la SFIO en accord avec la droite plusieurs candidats comme François Peugeot dans la circonscription de Montbéliard. Dans le Puy-de-Dôme, les Radicaux en feront les frais au profit de la SFIO. Dans l'Aude les radicaux tentent de faire battre Léon Blum... On pourrait prendre des exemples nombreux département par département.

Le PCF fait campagne sur le programme du Front Populaire, la SFIO fait campagne sur son programme et celui du Front Populaire...

Les résultats sont « étonnants » : la Gauche n'augmente pas en suffrages, ceux-ci ont été redistribués, avec un gain de 6 points pour le PCF, une stagnation de la SFIO, un chute pour le Parti Radical et une bonne tenue de tous les petits partis de gauche liés au Front Populaire.Les règles de désistement de 2nd tour ayant joué correctement la majorité est acquise et la SFIO devance largement le Parti Radical pour la première fois de l'histoire.

Marcel Déat, Adrien Marquet, Pierre Cot, Jean Zay, Pierre Mendès FranceMarcel Déat, Adrien Marquet, Pierre Cot, Jean Zay, Pierre Mendès France
Marcel Déat, Adrien Marquet, Pierre Cot, Jean Zay, Pierre Mendès FranceMarcel Déat, Adrien Marquet, Pierre Cot, Jean Zay, Pierre Mendès FranceMarcel Déat, Adrien Marquet, Pierre Cot, Jean Zay, Pierre Mendès France

Marcel Déat, Adrien Marquet, Pierre Cot, Jean Zay, Pierre Mendès France

Front Populaire : campagne et victoire électoralesFront Populaire : campagne et victoire électorales
Front Populaire : campagne et victoire électoralesFront Populaire : campagne et victoire électorales

Front Populaire : campagne et victoire électorales

III- La question du pouvoir et la dynamique d'un mouvement social inattendu

Léon Blum a longtemps fait son possible pour écarter son parti du pouvoir, jugeant que l'unité de la SFIO n'y résisterait pas.

Il a théorisé un distinguo entre conquête et exercice du pouvoir :

  • conquête du pouvoir : les partis ouvriers disposent de la majorité absolue – ou le prenne à l'issue d'un épisode révolutionnaire – et de tous les leviers, ils engagent la transformation sociale et le changement du régime de la propriété ;

  • exercice du pouvoir : les partis ouvriers sont dans une coalition qu'ils ne dominent pas, mais en position de force, ils engagent des réformes profondes mais pas la transformation sociale.

La menace fasciste – et la crise interne à la SFIO de 1933 (éviter le pouvoir n'a pas préservé l'unité du parti) – l'amène à concevoir l'idée d'une occupation défensive du pouvoir, à laquelle la SFIO ne saurait se dérober. Dans le cadre d'une occupation défensive, on fait des compromis et on est un gestionnaire loyal du système capitaliste, on n'engage pas la transformation de la société par surprise.

Le « pari » des responsables socialistes, c'était qu'une fois de plus le Parti Radical arriverait en tête en nombre de sièges (malgré son retard de suffrages) et que la SFIO n'éviterait pas cette fois-ci la participation au gouvernement mais comme junior partner. Ce qui explique que la SFIO n'ait pas choisi de demander un programme plus offensif à partir du moment où le PCF n'y poussait pas non plus pour rassurer le parti radical. Or le discrédit du Parti Radical explique le transfert d'une partie de son électorat vers la SFIO, une partie des électeurs de la SFIO votant pour la première fois communiste rassurés par la dynamique unitaire.

Le programme de la SFIO est beaucoup clivant : nationalisations massives, congés payés, délégations ouvrières, conventions collectives, etc. plus tout ce qu'il y a dans les « Cahiers Huyghens » ; certains pensent qu'une partie des parlementaires modérés de la SFIO ont lâché la bride à l'aile gauche, convaincus que ce programme n'avait aucune chance d'être appliqué.

C'est donc totalement surpris que Léon Blum constate les résultats : 72 PCF (+62), 6 PUP (-3), 149 SFIO (+17), 110 Parti Radical (-50), 40 divers gauche (dont 29 apparentés socialistes). Il se voit contraint d'accepter le pouvoir dans des conditions très particulières. C'est ainsi qu'il faut comprendre que le soir de la victoire Bracke ait dit « Les difficultés commencent » ce qu'il retraduira de manière plus positive le 10 mai 1936 devant le conseil national de la SFIO « enfin, les difficultés commencent pour nous ».

Blum se conçoit donc dans la posture de l'occupation défensive du pouvoir. C'est ainsi qu'il faut comprendre le légalisme de Léon Blum, celui-ci refusant d'anticiper la prise de fonction du nouveau cabinet, bien que le patronat le lui ait demandé. Tout juste a-t-il accepté de recevoir pendant ce délai constitutionnel le délégué général du Comité des Forges, Lambert-Ribot, par l’intermédiaire de Paul Grunebaum-Ballin. En effet, la pratique institutionnelle de l'époque impliquait que la nouvelle Chambre et le nouveau cabinet ne se réunissent pas avant début juin alors que le 2nd tour avait lieu le 3 mai 1936.

Or le mouvement social débute le 11 mai et prend une ampleur inédite, qui rendra enfin sa dignité à la classe ouvrière aux yeux du monde.Au regard du programme de Front Populaire, le mouvement social donne à Léon Blum une force inattendue et donc une voie de passage entre l'occupation et l'exercice du pouvoir : les acquis sociaux et économiques sont donc d'abord une victoire des travailleurs en lutte et une rencontre avec un programme politique qui n'aurait jamais dû être mise en œuvre.

Front Populaire : grèves et gouvernement
Front Populaire : grèves et gouvernement
Front Populaire : grèves et gouvernement
Front Populaire : grèves et gouvernement

Front Populaire : grèves et gouvernement

IV- Quel bilan ?

Le Front Populaire n'a pas résisté à ses contradictions internes et aux soubresauts internationaux.

La priorité du Komintern est de sécuriser l'alliance française, pas les progrès sociaux. Donc le PCF va devoir tenir les deux bouts en terme de stratégie :

  • soutenir et amplifier la mobilisation sociale, mais sans pouvoir agir directement sur le pouvoir car Staline refuse que le PCF entre au gouvernement ce que souhaitait Maurice Thorez ;

  • profiter de cette situation de « ministère des foules » pour demander la fin des grèves, car il est temps notamment que les usines d'armement (nationalisées) recommencent à tourner.

La SFIO, comme s'en doutait Léon Blum, n'était pas prête à gouverner (il y aura d'ailleurs une nouvelle scission avec les amis de Marceau Pivert qui partiront créer le Parti Socialiste Ouvrier & Paysan avec le renfort d'une partie de trostkystes qui avaient rejoint la SFIO). Non pas qu'elle et ses ministres n'en aient pas les compétences ou des idées sur la forme et la conduite d'un gouvernement (Blum avait largement théorisé la question après son expérience de chef de cabinet de Marcel Sembat durant la guerre et il a initié des innovations majeures dans la machine gouvernementale), mais :

  1. Blum n'avait pas les moyens d'aller au bout de la politique qu'il aurait sans doute voulu mener car les partis « prolétariens » n'étaient pas majoritaires, et donc Blum n'a de fait pas voulu renverser le système. Encore une fois, il y du vrai et du faux dans ce qu'on lui reproche mais Le Canard Enchaîné résume bien l'affaire :
    « Léon Blum, vous êtes trop chic. Vous jouez le fair-play avec les tricheurs. Vous leur prêtez une honnêteté, une franchise, un courage dont ils sont dépourvus. Or, vous avez charge d'âmes.
    Si vous ne renoncez pas à votre charmante gentillesse, si vous n'enfermez pas à double tour les 200 familles dans leur caveau, les 200 familles vous grignoteront et la vieille France deviendra quelque chose comme une nouvelle Espagne. Qui commande ? Vous avez la parole.
     »
    Henri Jeanson, Le Canard Enchaîné – 5 août 1936

  2. Les socialistes n'étaient pas armés en terme de théorie économique pratique. Les théories de Keynes ont plus facilement franchi l'Atlantique que la Manche. Elles commencent tout juste à être mises en œuvre par Roosevelt. Il n'y a pas encore de retour d'expérience. Dans cette logique et pour satisfaire le Parti Radical, les membres du Front Populaire se sont engagés à ne pas dévaluer le Franc : c'était idiot et il fallut le faire dans le pire moment alors qu'on eut pu le faire dès juin 1936. Enfin, dégât collatéral de la crise des « Néos », la question du planisme (théorisé par le socialiste belge Henri de Man) et donc la planification démocratique n'a pas été débattue et intégrée, faisant prendre plus de 10 ans de retard aux outils disponibles pour une politique de gauche.

La première conséquence des soubresauts internationaux impliquent une rupture avec la vulgate socialiste de l'époque : la SFIO, traumatisée par la Guerre, sa participation à l'Union Sacrée et la scission de 1920 qui en découle, est pacifiste jusqu'à l'irrationnel. Elle prône le désarmement unilatéral la baisse des crédits militaires. Or Blum découvre une armée française dans un tel état de dénuement et de désorganisation (conséquences des conceptions de Pétain comme ministre de la défense) qu'il doit engager un plan quinquennal de réarmement, une relance de l'industrie militaire, une réorganisation de l'armée... il auditionnera avec intérêt le Colonel De Gaulle sur sa théorie de la guerre de mouvement. Mais par contre un de ses proches qui a le tort d'être « belliciste anti-fasciste » se verra interdire d'être ministre de la défense pour rassurer les socialistes et les radicaux ; il s'agit de Léo Lagrange dont vous connaissez le bilan comme secrétaire d’État à la jeunesse et aux sports chargé de gérer les premiers congés payés. Le pacifisme de la gauche explique également le manque de réaction face au réarmement de la Ruhr par Hitler qui est intervenu en février 1936.

Sur le terrain du pacte franco-soviétique, il faut noter un changement de posture de l'état-major français qui ne tarissait pas d'éloges sur l'Armée Rouge avant le Front Populaire et commence à contester la pertinence de cette stratégie dès l'installation du cabinet Blum : les purges staliniennes n'ont pourtant pas commencé et n'ont pas encore affecté l'état-major soviétique, ce n'est donc pas la raison de ce changement de pied. Il faut croire que l'idée d'un cabinet socialiste soutenu par les communistes refroidit les généraux et, sur le moyen terme, les conceptions militaires de Pétain vont peu à peu reprendre le dessus. Ce manque de confiance entre Occidentaux et Soviétiques explique en partie le revirement du Pacte Germano-Soviétique d'août 1939.

Au pacifisme profond de la gauche française s'additionnent l'hostilité affirmée des Radicaux et des Britanniques au soutien à la République Espagnole. Blum se sachant incapable de soutenir la République proposera la démission de son gouvernement, celui du Frente Popular lui demandera de rester malgré tout en poste, préférant un gouvernement neutre mais bienveillant à Paris que des Radicaux hostiles. Avec Vincent Auriol (ministre des finances et des douanes) et Jean-Pierre Cot (ministre de l'air, dont le directeur de cabinet est Jean Moulin), Blum organisera le passage en contrebande d'un maximum de matériel. La « non intervention » faisait un pari (insensé ?) sur le fait que Britanniques et Radicaux constateraient la perfidie de l'Allemagne et de l'Italie et comprendraient qu'il fallait agir. Malheureusement, il aura quitté le pouvoir entre temps et le soutien ouvert des fascismes à Franco n'aura jamais fait bouger Britanniques et Radicaux.

La somme de ces contradictions a conduit à la chute du gouvernement Blum. Il essuie un vote de défiance du Sénat, dominé par les Radicaux, sur les questions financières ; en soi, cela n'obligeait pas à la démission du cabinet, mais Léon Blum ne pouvait que constater qu'il n'avait plus de marges de manœuvre avec un Parti Radical redevenu ouvertement hostile et dont les principaux responsables jugeaient déjà que les concessions faites étaient excessives. Le Radical Sarraut reprend la présidence du conseil, refuse la participation des communistes que Thorez avait été autorisé à lui proposer. Les Radicaux vont gérer majoritairement les affaires courantes avec des ministres socialistes.

Dès le début 1938, après l'Anschluss, et l'échec de la formation d'un deuxième gouvernement Blum – qui voulait se donner les moyens financiers et militaires que la situation exigeaient –, les Radicaux et Daladier en tête vont retrouver leurs alliances à droite, déconstruire les acquis du Front Populaire, signer les accords de Münich...

Il est peu pertinent de dire que le Front Populaire existait encore fin 1937...

Conférence sur les 80 ans du Front Populaire à Bezons - Samedi 26 novembre 2016Conférence sur les 80 ans du Front Populaire à Bezons - Samedi 26 novembre 2016
Conférence sur les 80 ans du Front Populaire à Bezons - Samedi 26 novembre 2016Conférence sur les 80 ans du Front Populaire à Bezons - Samedi 26 novembre 2016Conférence sur les 80 ans du Front Populaire à Bezons - Samedi 26 novembre 2016

Tableau de l'évolution électorale des élections législatives de 1924 à 1936

Panoramas des Chambres des Députés de 1924 à 1936

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18 novembre 2016 5 18 /11 /novembre /2016 17:55

Dimanche prochain aura lieu le premier tour de la primaire de la droite et du centre, qui doit désigner le candidat du parti Les Républicains et de l'UDI.

La confusion étant totale à gauche, je sais que nombreux sont les électeurs de gauche qui s'interrogent sur la pertinence d'aller participer à cette consultation, jusque dans les rangs du Parti Socialiste et pourquoi pas parmi les militants de la motion B "à gauche pour gagner !" [qui rassemble l'aile gauche du PS et ceux qu'on appelle les "frondeurs"].

Je comprends que beaucoup s'interrogent sur la situation politique, que vous soyez nombreux à être dépités par l'état dans lequel le quinquennat de François Hollande a plongé la gauche et le pays, que vous soyez nombreux à douter que la gauche puisse encore être présente au second tour de l'élection présidentielle… mais d'ici dimanche, je souhaitais rappeler que la stratégie du « moindre mal » – s'assurer la désignation de Juppé pour éviter un candidat pire – n'a jamais rien donné de bon, que cette réalité est valable aussi bien pour la primaire de droite que pour la recomposition de la gauche.

Je me permets d'insister sur quelques points :

  1. Il n'y a pas eu de déplacements massifs d'électeurs de droite en 2011 pour les primaires citoyennes qui justifieraient « moralement » qu'on s'autorise à faire de même en 2016 pour le camp adverse. Au-delà de quelques provocations gratuites et marquantes (comme Madame Mothron à Argenteuil), ces votes n'ont jamais pesé sur les résultats, tout porte à considérer (si on prend du recul sur les consultations similaires aux États-Unis ou en Italie, ou si on regarde les enquêtes d'opinion) que le nombre d'électeurs de gauche allant voter à cette primaire ne sera jamais assez significatif pour peser sur les résultats. Si donc il n'y a aucune capacité à perturber un jeu qui sera déterminé par les électeurs de la droite et du centre, pourquoi s'exposer aux désagréments qui suivent ;

  2. On participe à une primaire lorsque l'on partage des valeurs avec le camp qui les organise. C'est le sens de la charte que nous avions publiée en 2011 et que nous demandions de signer aux votants ; c'est celui de celle que Les Républicains ont éditée pour leur propre consultation. Stricto sensu, ce qui sera à signer « ne casse pas trois pattes à un canard », puisque les « valeurs de la droite et du centre » n'y sont pas définies. Mais vous avez pu constater quelles étaient aujourd'hui – après trois débats télévisés – les valeurs de la droite et du centre au regard des déclarations de chacun des sept candidats. Le fait même que les six autres candidats acceptent de débattre avec M. Jean-Frédéric Poisson en dit long sur les valeurs qui leurs sont communes. On a constaté à quel point les débats volaient haut par ailleurs, abordant finalement peu leurs programmes tous plus réactionnaires les uns que les autres. Et en écoutant bien les uns et les autres, je suis de moins en moins convaincu que nous partagions quoi que ce soit de commun avec eux ;

  3. Plus la participation à cette primaire sera importante, plus le candidat qui sera désigné en tirera de la légitimité. Plus il sera difficile de lui contester d'être présent au second tour à sa place, plus la dynamique électorale sera importante, plus son élection « probable » au second tour de l'élection présidentielle pourra devenir écrasante. Si nous devions revenir dans l'opposition, nous nous serions encore plus affaiblis – comme si nous en avions besoin avec les quatre années et demi que nous venons de subir – pour contester le programme de régression du nouveau président et reconstruire une gauche digne de ce nom ;

  4. Les Républicains n'ont pas exactement copié le dispositif que nous avions mis en place en 2011 pour les primaires citoyennes. En effet, aucun engagement n'a été pris pour détruire les listes électorales ainsi réalisées (au-delà des gens qui avaient « volontairement » accepté d'être recontactés). Vous vous exposeriez donc à recevoir leur propagande à l'issue de la consultation ad vitam aeternam... Personnellement j'évite le masochisme.

* * *

Mais au-delà de toutes ces considérations, je veux réaffirmer que pour ma part je ne me résigne pas à ce que la gauche soit morte et que d'ici l'élection présidentielle rien ne puisse être fait pour éviter le naufrage et la débandade.

S'il faut participer à une primaire, c'est à celle de la gauche. C'est celle-là qu'il faut faire réussir, y compris malgré tous ceux qui cherchent encore à la faire trébucher. Cela passe par nous assurer qu'il y aura suffisamment de bureaux de vote : il n'est pas nécessaire d'être membre du PS pour être assesseur ou même président d'un bureau de vote.

Cela passe aussi par nous mobiliser en faveur des candidats qui portent une alternative à la politique de François Hollande et Manuel Valls ; et au second tour pour le candidat représentant cette alternative. Nous devons convaincre tous ceux qui ont été déçus par le quinquennat – que ce soit des électeurs socialistes, écologistes ou du Front de gauche – de venir s'exprimer pour mettre en échec une ligne politique qui a affaibli le pays, aggravé les divisions sociales, fracturé la gauche comme jamais auparavant. Seule la victoire d'une alternative à gauche à cette primaire peut encore créer une dynamique qui rebatte les cartes à gauche et permette à notre camp politique de déjouer le fatalisme d'un nouveau 21-Avril qui serait plus encore déflagrateur que le précédent.

Au-delà de l'agitation médiatique, ne nous laissons pas abuser : il n'y a pas de différences notables, sauf des postures et de nouvelles impostures, entre François Hollande, Manuel Valls et Emmanuel Macron, qui ont défendu ensemble les mêmes choix gouvernementaux néo-libéraux, qui les ont imposés au forceps (avec le recours au 49.3) en dépit de notre programme, de nos valeurs et des engagements très modérés de François Hollande lors de la précédente campagne présidentielle.

Et si jamais malgré cette primaire, nous n'arrivions pas à conjurer la défaite, seule la victoire d'une alternative à gauche dans cette primaire nous permettra d'avoir une base suffisante pour reconstruire une gauche de transformation sociale qui s'assume.

Camarades, je vous appelle au sursaut.

Camarades, je vous appelle à l'espoir.

Frédéric FARAVEL
mandataire fédéral de la motion B « à gauche pour gagner !

#Gauche : ne pas se tromper de Primaire !
#Gauche : ne pas se tromper de Primaire !
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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 12:56

J'assistais hier soir au conseil fédéral de la fédération du Val-d'Oise du Parti Socialiste.

Chacune de ces réunions débute par un débat d'actualité politique et nous avons engagé ensuite la discussion sur le contexte dans lequel les primaires de la gauche vont être organisées.

Il me paraissait nécessaire de revenir sur les semaines passées et la colonisation du débat public par le thème de l'identité, porté par la droite et l'extrême droite. Tout le mois en effet fut occupé par la polémique sur les arrêtés anti-burkini à laquelle l'arrêt du conseil d'Etat ne semble pas voir mis fin, la droite et l'extrême droite demandant désormais à modifier la loi pour l'interdire, l'invocation du "trouble à l'ordre public" ayant été - logiquement - déboutée. On notera cependant que cette perspective se heurte à des écueils juridiques difficilement dépassables (comment interdire à des citoyens de se vêtir "librement" dans l'espace public ?), puisque même la loi sur le niqab n'avait pu se fonder sur l'argument de la laïcité mais avait dû s'appuyer sur des considérations d'ordre public en interdisant les pratiques visant à empêcher l'identification d'un individu dans l'espace public.

Que la droite cherche à chasser sur les plates-bandes xénophobes du Front National n'étonnera personne... Que cette posture tacticienne n'aboutisse qu'à légitimer un peu plus le discours de l'extrême droite est déjà assez dangereux en soi, mais il est plus que regrettable que le Premier Ministre ait cru bon d'apporter son soutien aux maires de droite - mais aussi certains de gauche - qui avait publié ces arrêtés.

De fait, depuis plusieurs années, la gauche se fait dicter le tempo et le thème du débat politique par une droite radicalisée - qui n'a plus grand chose de républicain - et le Front National. Les défenseurs de la ligne de Matignon ont rétorqué à cela que la gauche avait eu tort de laisser la thématique identitaire à la droite et au FN et qu'il était indispensable d'investir ce débat pour apporter une réponse de gauche, une réponse républicaine (comme si tous ceux qui s'autodéfinissent "républicains" y donnaient le même contenu) à la recherche de l'identité nationale. Si c'était cela qui était fait - et parfois c'est le cas comme lorsque le Premier Ministre fut contraint de répondre aux outrances de Laurent Wauquiez lors du débat sur le prorogation de l'état d'urgence à l'Assemblée Nationale ou lors du discours de François Hollande, salle Wagram (qui au passage mit à jour les divergences flagrantes existant sur ce sujet entre le Président de la République et son Premier ministre) -, on pourrait leur donner quitus. Malheureusement, l'exécutif et ses soutiens n'apportent pas de réponse offensive aux interrogations sur l'identité mais acceptent les termes et la logique du débat tel qu'il est imprimé par ce que le Premier secrétaire du PS appelle le bloc réactionnaire. Pour preuve l'instrumentalisation catastrophique du débat initié par François Hollande et Manuel Valls sur l'inscription dans la constitution de la déchéance de nationalité lor de la tentative avorté de réfome constitutionnelle.

Est-on vraiment obligé de se faire constamment dicter - sur les réseaux sociaux et dans les médias - le tempo et les "thèmes de campagne" par la droite et l'extrême-droite ?
N'a-t-on pas des sujets plus urgents pour la vie quotidienne de nos concitoyens (notamment économiques et sociaux) que de dire "la droite c'est des méchants, ce sera pire avec eux" ou "la droite réécrit l'Histoire de France" ou "quelle est la véracité du récit national ?" après la sortie de Sarkozy sur "nos ancêtres les Gaulois" à Franconville...?

Le problème est évidemment plus profond et dépasse le cadre hexagonal... En abandonnant sa mission de transformation sociale, la gauche occidentale – dont la plupart des dirigeants se sont convertis au social-libéralisme version Clinton-Blair – a perdu son audience auprès des classes populaires, qu'elle était censée  - au moins dans l'imaginaire collectif - représenter, défendre, auxquelles elle avait vocation à apporter l'émancipation sous toutes ses formes (économique, sociale, culturelle et personnelle). Le socialisme démocratique n'est pas un économicisme, il porte une vision du monde et ne peut transformer la société qu'à la condition qu'il ait mené et remporté la bataille culturelle : l'ouverture sur le monde, l'acceptation des différences, la prédominance de la science sur la croyance, mais aussi la solidarité et l'échange appartiennent à son message. En oubliant la question sociale, les sociaux-libéraux ont ouvert un espace particulièrement évident pour que les nationaux-populistes imposent la question identitaire comme le cœur du débat politique. Jean-Marie Le Guen - tout à la fois secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement (en mode pompier pyromane) et animateur des "réformateurs" (les amis de Manuel Valls -, d'ailleurs, a validé cette analyse en affirmant que la question identitaire avait désormais remplacé pour de bonnes raisons (selon lui) la question sociale. En France, la question de l'identité ne peut se résoudre qu'à la condition d'être liée à la République. Aujourd'hui le doute républicain s'insinue parce que l'égalité recule ; nous ne pourrons donc engager la reconquête de l'hégémonie culturelle - nécessaire à notre mission de transformation sociale - qu'à la condition de remettre l'égalité et la République sociale au coeur de nos priorités. Car la République ne sera convaincante qu'adossée à la justice sociale. Jaurès disait qu'une fois devenue laïque la République devait devenir sociale et qu'elle ne resterait laïque qu'à la condition d'être sociale...

La crise de la gauche, au sortir de ce quinquennat, et dans un contexte international de désorientation profonde de la social-démocratie est donc multiforme. Les primaires devront à ce titre apporter quelques réponses à cette crise et ne pas se contenter d'être un simple mode de sélection de candidats. En 2011, le facteur essentiel de distinction entre les candidats à l'investiture socialiste pour les Présidentielles s'était concentré sur ce que les médias et les enquêtes d'opinion disaient de la capacité des uns et des autres à l'emporter au second tour contre le candidat sortant. Les électeurs des primaires avaient fait relativement abstraction des propositions des uns et des autres se déterminant en faveur de François Hollande car celui-ci était identifié comme ayant le plus de chance de gagner l'élection présidentielle.

La primaire de 2017 ne s'engage pas de la même manière. D'abord parce qu'à ce stade aucun des candidats à l'investiture ne semble être en mesure de garantir la présence de la gauche au 2nd tour de l'élection présidentielle (on y reviendra) - ce ne peut donc être une donnée discriminante entre eux, même si la dynamique que nous devons créer doit rompre le plafond de verre que François Hollande a construit au-dessus de tous ces remplaçants potentiels. Ensuite parce que le Parti Socialiste a choisi de ne pas préparer de programme pour l'élection présidentielle, considérant qu'un candidat à l'élection n'en tient de toute façon pas compte. Quand on connaît l'implication de la direction du PS en faveur du Président de la République sortant cela permet de mesurer le niveau de confiance qu'elle lui porte en réalité, de ce qu'elle pense de sa capacité de tenir ses propres engagements ou de tenir compte des propositions du principal parti qui le soutient.

En l'absence du programme du PS, l'enjeu autour de la vision et des propositions programmatiques de chacun des candidats va devenir essentiel. Chacun des candidats fera la différence dans sa capacité à imposer sa vision et ses propositions dans l'électorat de gauche aux primaires. Dans ces conditions, l'expression de plusieurs candidatures à gauche de François Hollande n'est donc pas illégitime, à condition qu'elle se fondent sur des propositions différentes et que les candidats alternatifs gardent à l'esprit que l'objectif est d'offrir à la gauche un "véhicule" lui permettant de sortir de l'impasse politique dans laquelle nous ont enfermés François Hollande et Manuel Valls. Cela suppose que ces candidats alternatifs ne se détruisent pas les uns et les autres et privilégient des logiques de convergences et de rassemblement au premier et au second tours des primaires, un gentleman agreement bien compris qui n'a que faire des potentielles querelles d'ego et du crétinisme présidentialiste.

Enfin, si l'on s'en tient aux sondages électoraux actuels, tout en espérant qu'une dynamique soit engagée au sortir des primaires pour lesquelles plus d'un million d'électeurs se seraient déplacés, les primaires citoyennes de la Belle Alliance Populaire pourraient ne pas suffire à sortir de l'impasse. C'est pourquoi, plutôt que moquer l'appel de La Rochelle à des primaires de toute la gauche, les soutiens de la direction du PS devraient plutôt remercier les militants et responsables de la motion B pour avoir affirmer la nécessité d'un candidat de rassemblement de toute la gauche. Si aucune dynamique de rassemblement n'est engagée en dépassant les préventions d'une direction frileuse du PCF et d'un parti écologiste en déshérence, l'accumulation des candidats signficatifs de gauche ou dits de gauche conduit à l'élimination de chacun d'entre au soir du premier tour de l'élection présidentielle et nous condamne à assister à un second tour droite radicalisée/extrême droite. Si Jean-Luc Mélenchon avait une quelconque volonté de conquérir le pouvoir d'Etat, de recomposer la gauche et de permettre à une gauche recomposée d'agir, il viendrait battre François Hollande dans des primaires de toute la gauche. Si le PCF et EELV avaient eux-mêmes cette intention, ils participeraient à ces primaires pour faire battre François Hollande et cornériser Jean-Luc Mélenchon afin d'offrir à la gauche une chance d'être présente au 2nd tour de l'élection présidentielle.

* * *

Le chemin est encore long avant de dépasser de sortir de la seringue dans laquelle les sociaux-libéraux ont emprisonné la gauche. Il y a loin de la coupe aux lèvres avant d'en finir avec cette stratégie suicidaire de "deux gauches irréconciliables". Dans ces conditions, je privilégie donc le choix de la cohérence dans la vision politique, les propositions et les axes stratégiques déployées : la candidature de Marie-Noëlle Lienemann me paraît aujourd'hui - à 4 mois des primaires - la seule à faire preuve de cette cohérence et de ce serieux. C'est pourquoi je défendrai sa candidature afin qu'elle pèse le plus possible dans rendez-vous difficiles que la gauche a devant elle.

Frédéric FARAVEL

 

Benoît Hamon, Marie-Noëlle Lienemann, Gérard Filoche et Arnaud Montebourg, candidats alternatifs à François Hollande pour les primaires, avec Christian Paul responsable de la motion B du PS, à La Rochelle le dimanche 11 septembre 2016

Benoît Hamon, Marie-Noëlle Lienemann, Gérard Filoche et Arnaud Montebourg, candidats alternatifs à François Hollande pour les primaires, avec Christian Paul responsable de la motion B du PS, à La Rochelle le dimanche 11 septembre 2016

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17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 21:54
logo de la campagne de Marie-Noëlle Lienemann pour les primaires de la gauche en 2017

logo de la campagne de Marie-Noëlle Lienemann pour les primaires de la gauche en 2017

Si les primaires de gauche avalisées - malgré les obstructions de son appareil - par le Parti Socialiste ont bien lieu, je m'engagerai pour Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice socialiste.

Pour des raisons simples :

- Alors que certains se sont égarés, pour des ambitions personnelles, à soutenir des politiques qu'ils savaient mauvaises et surtout en contradiction avec nos engagements, elle a fait partie de ceux qui dès juillet 2012 ont porté une analyse lucide sur l'orientation que prenait dès le départ le quinquennat de François Hollande.

- Comme Bernie Sanders et Jeremy Corbyn, Marie-Noëlle Lienemann a toujours été fidèle à ses convictions socialistes, y compris quand cela la "condamnait" à être durablement dans la minorité alors que le socialisme français cédait trop souvent aux sirènes du social-libéralisme, dont on mesure aujourd'hui l'irrémédiable échec. Cette constance et cette cohérence, alliées à une action permanente pour faire dialoguer entre elles toutes les forces de gauche, me paraissent de nature à favoriser leur rassemblement.

- Depuis plus d'un an, elle n'a pas caché son intention déterminée d'être candidate aux primaires de gauche. Elle a fait avec d'autres depuis 3 ans des propositions économiques, sociales et écologiques solides pour une alternative à la politique libérale de l'offre incarnée par le CICE et le pacte de responsabilité, quand certains qui ont redécouvert leur gauche une fois viré du gouvernement les défendaient encore...

- Elle n'est pas atteinte du crétinisme présidentialiste qui tue une gauche française malade de la 5e république. 2017, dans un contexte on ne peut plus dramatique, démontre que la présidentielle monte à la tête des candidats putatifs et fait enfler leurs ego. A 65 ans, Marie-Noëlle Lienemann n'a pas d'autres ambitions que de servir une restauration de la souveraineté populaire en redonnant son lustre à la démocratie réelle. Avec elle, les engagements pour un changement de République ne seront pas de vains mots.

Je vous laisse découvrir ci-dessous ces premières propositions programmatiques pour les présidentielles de 2017.

Frédéric FARAVEL

 

Décidons ensemble de la France que nous voulons

Les primaires citoyennes ont l’obligation de permettre au peuple de gauche de se faire entendre et de peser sur les prochaines élections. Nous devons affirmer une nouvelle offensive politique, qui doit se construire avec trois priorités :

  • La justice sociale, clé de voûte de la force de la France, de son redressement et de la création d’emplois ;
  • Un nouveau souffle pour le pacte républicain et notre démocratie ;
  • Une France plus indépendante sur la scène internationale.

Premières propositions pour le programme Lienemann 2017

Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice de Paris, ancienne ministre, membre du bureau national du Parti Socialiste, candidate aux primaires de gauche pour l'élection présidentielle de 2017

Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice de Paris, ancienne ministre, membre du bureau national du Parti Socialiste, candidate aux primaires de gauche pour l'élection présidentielle de 2017

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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 07:12

Jeudi 7 juillet 2016, à 10h00, j'ai assisté à la cérémonie d'adieux pour Michel Rocard, organisée dans le Temple de l'église protestante unie de l'étoile à Paris.

J'ai toujours évité de m'épancher publiquement sur des considérations confessionnelles car je considère qu'elles sont d'ordre privé et qu'il ne sied pas en France qu'un responsable politique (socialiste de surcroît) expose ce qui pourrait être pris pour des préférences exclusives et communautaires alors qu'il ne s'agit que d'affaires profondément intimes et personnelles.

Néanmoins, ce jeudi matin, si je me rends au Temple de l'étoile, c'est tout à la fois parce que, d'une part, je sais que je comprendrai ce qui s'y passera, parce que cela correspond à une large partie de mon éducation personnelle (d'un point de vue culturel et non sociologique, j'ai assez peu d'accointance avec la HSP prout-prout qu'on y croise...) et, d'autre part, sachant que Michel Rocard a préparé dans le moindre détail (il a souhaité que la cérémonie s'y tienne car c'était le Temple que fréquentait sa mère), lui le Protestant mais agnostique, cette cérémonie, seules la famille et l'Eglise prendront la parole ce qui nous évitera les tentatives douteuses de récupérations et de détournements politiques qui ont ensuite immanquablement eu lieu aux Invalides pour l'hommage national, puis à Solférino pour l'hommage socialiste. Par ailleurs, vous trouverez en fin d'article les explications du cadre cérémoniel de ce jeudi matin.

Dans les moindres détails, la cérémonie a donc été cadrée par le défunt : cantiques, psaumes, jeux d'orgue, textes profanes et lecture des évangiles (le riche aura plus de mal à entrer au royaume de Dieu que le chameau à passer par le chat d'une aiguille ; la parabole de la graine de moutarde)... Je suis, il faut le dire - malgré la HSP et le défilé d'anciennes gloires politiques venues pour contempler la dépouille de celui qu'ils ont combattu ou travesti, mais qui sont réduits au silence -, parfaitement en terrain connu et à mon aise au milieu de cette liturgie "rocardienne".

Puis vient le moment de la prédication du Pasteur Laurent Schlumberger (président de l'Eglise Protestante Unie de France - communion luthérienne et réformée), lumineuse et puissante... Je choisis ici de la publier, non pour faire office de prosélytisme confessionnel (j'y suis absolument réticent), mais parce que, d'un point de vue culturel, elle me paraît expliquer précisément ce qui a pu construire, sur le temps long de l'éducation, la motivation morale et intime de l'homme Michel Rocard pour agir en politique et en société, puis structurer son éthique de conviction. Elle me paraît également valable pour bien d'autres personnes, et pour ma part je m'y retrouve.

Dépouillez donc cette lecture de toute signification religieuse excessive et considérez la de son point de vue éthique et philosophique.

Je remercie Michel Rocard d'avoir, par delà la mort, permis que nous puissions vivre un tel moment.

Frédéric FARAVEL

* * *

Texte intégral de la prédication prononcée par le pasteur Laurent Schlumberger

Le jeune Michel Rocard, comme tout responsable des éclaireurs protestants, avait la charge d’ouvrir la Bible avec les enfants qui lui étaient confiés, d’en lire un passage et de le commenter. Il fut profondément marqué par cet épisode de la rencontre de Jésus avec cet homme qui se met en travers de son chemin pour l’interroger, un homme dont on découvre au fil du récit qu’il est riche.

J’ignore ce qui, au fond, a frappé Michel Rocard dans cet épisode. Lui-même, qui faisait un lien entre cette histoire et ses options socialistes, disait n’en garder qu’un souvenir très imprécis. Mais je sais que cet homme riche, qui a entendu parler de Jésus, qui a eu connaissance de ses gestes et de son enseignement étonnants, cet homme joue le tout pour le tout. Lui qui a un solide capital financier, social et culturel, il sort de chez lui, il court et il ose se jeter aux pieds de Jésus devant tout le monde, sans craindre le qu’en-dira-t-on. Car il est poussé en avant par une question qui le brûle et à côté de laquelle tout le reste paraît finalement de peu d’importance : qu’est-ce qui donne son sens à ma vie ?

Il le dit à sa manière, avec ses codes et dans le cadre qui est le sien : « que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? » Autrement dit : comment faire pour que ma vie ne soit pas vaine ? Comment atteindre la vie en plénitude ? Qu’est-ce qui lui donnera son sel, son poids, sa valeur ? Qu’est-ce qui justifiera pleinement mon existence ?

Et pour cela, précise-t-il, que dois-je faire ? Car, n’est-ce pas, nous sommes ce que nous faisons. La valeur de notre vie dépend ce que nous parvenons à accomplir. Son sens se déploie avec les réussites qui sont les nôtres. Sa valeur est liée aux objectifs que nous atteignons…

Comme cet homme est manifestement très religieux, Jésus le rejoint dans son cadre et lui rappelle les dix commandements : ne commets pas de meurtre, pas d’adultère, pas de vol… Mais l’homme ose l’interrompre : j’observe tout cela depuis mon plus jeune âge. Ce n’est pas de cela que je te parle ! Ce que je veux, c’est plus ! Ce que je te demande, c’est un objectif supérieur, pour une vie supérieure ! Ce que j’attends de toi, puisque tu es ce maître fameux, c’est un but d’exception, pour une vie d’exception ! Quel sera le défi qui donnera à ma vie une saveur inoubliable, un bilan impressionnant, une plénitude ultime ?

Jésus regarde l’homme et il l’aime. C’est la seule fois où les évangiles donnent cette précision. C’est dire que ce que Jésus va répondre procède d’une profonde prise au sérieux, d’un amour intense pour cet homme tel qu’il est. « Tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, puis viens et suis-moi ». Le voilà ton défi ultime, puisque tu cours après un défi ultime.

Que va faire cet homme, dont on nous précise alors qu’il a de grands biens ? Nous n’en savons rien. Le récit n’en dit pas un mot. Il s’en va tout triste, mais pourquoi ? Peut-être parce qu’il se découvre ligoté par ses biens, alors même qu’il se croyait prêt à tout sacrifier pour cette vie en plénitude que lui indiquerait le maître. Mais peut-être aussi va-t-il vendre tout ce qu’il a et le donner aux pauvres, puis suivre Jésus. Après tout, il est sincère dans sa quête, et on ne renonce pas à toute une vie, à tout un acquis, sans considérer ce passé avec un moment de nostalgie.

Nous pouvons bien imaginer ce qui nous convient, mais le texte est muet et nous ne savons pas ce que cet homme va faire. Ce qui est sûr, c’est que, quoi qu’il fasse, sa démarche l’a déjà enfermé dans un piège de tristesse.

S’agit-il d’un problème de riches ? Certes, « il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu ». Mais le dialogue qui se poursuit élargit la question à tout être humain.

Penser que nous sommes ce que nous faisons nous voue à la tristesse. Mesurer la valeur de notre vie à l’aune de nos réussites et de nos échecs, nous condamne un jour ou l’autre à l’insatisfaction et à l’amertume. Cette logique du chiffre tue la vie. L’indexation de notre existence sur nos performances est un enfer. L’enfer du toujours plus, du toujours mieux, dont le piège se referme au jour de l’échec.

Peut-être est-ce la raison pour laquelle nous admirons ceux qui ne sacrifient pas tout à leurs ambitions.

Pour qui la fin ne justifie pas tous les moyens. Pour qui certes l’engagement est important, pour qui bien sûr il faut faire de son mieux, pour lesquels mille combats valent la peine, mais sans que la réussite ou l’échec décide finalement et de manière ultime de la valeur de leur vie.

Si j’en crois les hommages publics et privés qui pleuvent, sans doute est-ce aussi et peut-être d’abord cela qui nous frappe chez celui que nous quittons aujourd’hui : un engagement sans faille, multiforme et animé d’une énergie qui force l’admiration. De la dénonciation des camps de regroupement en Algérie au sort des océans, ou de l’évitement d’une guerre coloniale en Nouvelle-Calédonie à plus de justice sociale et fiscale, ou bien encore de la décentralisation au désarmement nucléaire, et pardonnez-moi de ne pas prolonger une liste que chacun connaît. Mais ces engagements furent vécus sans la peur paralysante de l’échec, sans être durablement accablé par les faibles scores électoraux quand ils survenaient, sans la crainte de ne pas voir soi-même les résultats, sans les compromissions proposées pour atteindre tel objectif mais qui aurait été au prix du renoncement à soi-même. Une existence en somme qui donnait à percevoir qu’elle était animée par autre chose que par les réussites acquises ou espérées.

Mais alors si ce ne sont pas mes réussites qui donnent à ma vie sa valeur ? Et si ce ne sont pas mes échecs qui lui retirent son prix ? Si je ne suis pas, de manière ultime, ce que je fais, qu’est-ce qui légitime mon existence ?

La réponse de Jésus ce jour-là devant ses disciples, et qu’à vrai dire il n’a cessé d’énoncer et de manifester, c’est ceci : ce n’est pas ce que tu atteindras qui justifiera ta vie, c’est ce qui la précède. Ce n’est pas ce que tu acquiers, c’est ce qui t’est donné.

Ce qui t’autorise à être pleinement au monde, c’est un appel : un appel qui t’est adressé et que tu reçois. C’est un nom : un nom qui t’est donné et que tu reçois. C’est une confiance : une confiance qui t’est faite et que tu reçois.

C’est ce que Jésus dit en substance ce jour-là à qui veut bien l’entendre : l’amour que Dieu vous porte vous libère de tout autre besoin de légitimation ultime de votre vie. La reconnaissance que Dieu vous adresse est première, sans condition, avant même que vous vous en trouviez digne ou pas.

Et Jésus n’a cessé de le manifester. En relevant le paralysé tenu à l’écart. En honorant le collecteur d’impôt considéré comme impur. En embauchant au même salaire que les autres l’ouvrier de la onzième heure oisif et délaissé. En fréquentant les prostituées méprisées. En touchant le lépreux repoussant. C’est ce qu’il montre en rejoignant les derniers des réprouvés par la mort sur la croix, signe de malédiction, et en traversant même cette mort-là.

En révélant cette confiance première et totale qui nous est faite, quoi que nous ayons par ailleurs à faire valoir ou pas, l’Evangile de Jésus-Christ libère en quelque sorte du souci de soi. Et il rend ainsi disponible. Disponible pour soi, tel que l’on est. Disponible pour les autres, tels qu’ils sont.

Disponible pour s’engager au service de tous.

Cette confiance première que l’on reçoit, qui ouvre les possibles et que l’on peut dès lors s’attacher à transmettre, Michel Rocard en a fait une expérience toute particulière dans les mouvements de jeunesse qu’il a fréquentés. Là, on me fait confiance, à ma mesure, à ma hauteur, et dès lors, j’existe !

Jusque-là, je pouvais bien être vivant, je n’avais pas encore vraiment ma place dans le monde, parmi les autres et devant eux. Mais c’est le fait même qu’un autre me donne sa confiance qui, de manière performative, m’autorise à exister. Son attitude signifie qu’il me reconnaît, qu’il légitime ma vie. Sa confiance me met au monde.

C’est pourquoi il est si important de recevoir une confiance fondamentale : la confiance qui nous est faite nous libère pour des engagements libres et féconds. C’est pourquoi il est si important de devenir à notre tour de patients et concrets semeurs de confiance, là où nous sommes, dans les responsabilités qui sont les nôtres, car le monde se meurt de confiances retenues, confisquées, ravagées.

Les témoignages le manifestent, Michel Rocard était porté par une confiance qui venait d’en-amont.

Une confiance qui le traversait et qui le rendait libre de faire confiance à ses proches, à ses collaborateurs. Une confiance qui le rendait capable de confiance – donc aussi de dire non ! – dans l’action politique, passionné pour un avenir qu’il s’agissait de préparer bien au-delà de ce qu’il en verrait – « un fou d’avenir » a-t-il été dit de lui tout récemment.

C’est pourquoi je vous ai proposé d’entendre cette fameuse et si simple parabole de la graine de moutarde. La plus petite des graines, dit Jésus, qui semble dérisoire mais qui grandit sans commune mesure, jusqu’à accueillir les oiseaux du ciel.

Cette graine de moutarde qui s’épanouit et offre son ombre à tous ceux qui veulent s’y abriter me parle de l’action politique telle que Michel Rocard la comprenait : portée par une vision de l’avenir, conduite dans une rigueur lucide, épanouie dans le temps long et portant ainsi des fruits pour tous.

Cette graine de moutarde me parle de notre vie, dans laquelle une simple et authentique parole de confiance première peut ouvrir tous les possibles. Elle me parle de notre vie, qui trouve son sens ultime non pas dans nos réussites, pas plus qu’elle ne le perd dans nos échecs.

Notre vie reçoit son sel, sa lumière, sa raison d’être, de la confiance qui nous est faite, qui nous libère pour le service des autres et nous fait ainsi, à notre tour, semeurs de confiance.

* * * * *

La prédication se référant à deux textes issus de la Bible, vous les trouverez ci-dessous pour votre compréhension

Comme il se mettait en chemin, un homme accourut et se mit à genoux devant lui pour lui demander :
– Bon maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ?

Jésus lui dit :
– Pourquoi me dis-tu bon ? Personne n'est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre ; ne commets pas d'adultère ; ne commets pas de vol ; ne fais pas de faux témoignage ; ne fais de tort à personne ; honore ton père et ta mère…

Il lui répondit :
– Maître, j'ai observé tout cela depuis mon plus jeune âge.

Jésus le regarda et l'aima ; il lui dit :
– Il te manque une seule chose : va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens et suis-moi.

Mais lui s'assombrit à cette parole et s'en alla tout triste, car il avait beaucoup de biens.

Jésus, regardant autour de lui, dit à ses disciples :
– Qu'il est difficile à ceux qui ont des biens d'entrer dans le royaume de Dieu !

Les disciples étaient effrayés par ses paroles. Mais Jésus reprit :
– Mes enfants, qu'il est difficile d'entrer dans le royaume de Dieu ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu.

Les disciples, plus ébahis encore, se disaient les uns aux autres : « Alors, qui peut être sauvé ? »

Jésus les regarda et dit :
– C'est impossible pour les humains, mais non pas pour Dieu, car tout est possible pour Dieu.

(Evangile selon Marc, chapitre 10, versets 17 à 27)


Jésus disait : A quoi comparerons-nous le règne de Dieu ? Par quelle parabole le représenterons-nous ? C'est comme une graine de moutarde qui, lorsqu'on la sème en terre, est la plus petite de toutes les semences de la terre ; mais une fois semée, elle monte, devient plus grande que toutes les plantes potagères et donne de grandes branches, de sorte que les oiseaux du ciel peuvent habiter sous son ombre.

(Evangile selon Marc, chapitre 4, versets 30 à 32)

* * * * *

Au début de la cérémonie, il a été rappelé le sens d’un tel culte dans la tradition protestante ainsi que les raisons qui avaient conduit Michel Rocard à souhaiter une telle cérémonie.

Extraits

« Michel Rocard est décédé dans sa 86ème année. Le conjoint, le père, le parent et le proche, l’ami et le compagnon, l’allié et parfois l’adversaire, le dirigeant et l’inspirateur, nous a quittés. Maintenant, c’est à nous de le quitter, c'est à nous de faire ce chemin ; le quitter non pas dans notre coeur, notre mémoire, nos sentiments, mais apprendre à vivre avec cette place qui restera vide.

Alors même qu’il se disait depuis longtemps agnostique, Michel Rocard a souhaité que nous soyons réunis ici, dans cette Eglise protestante, avant l’hommage national aux Invalides. Nous avons tous en quelque sorte répondu à cette invitation. Soyons donc les bienvenus, quelles que soient nos convictions, nos itinéraires, nos choix.

Michel Rocard a pris soin d’expliciter ses souhaits quant aux principaux aspects de cette cérémonie, dont il a dit le sens qu’elle avait à ses yeux.

Il s’agit d’abord d’exprimer une gratitude, en indiquant une source. Cette source, c’est celle du protestantisme et tout particulièrement de ses mouvements de jeunesse. Il y a grandi, il a beaucoup reçu d’eux : ce qu’il a appelé son « intransigeance éthique », le goût du collectif, ou encore la découverte de la nature – « c’est là que je suis né écolo » a-t-il dit. Il a aussi beaucoup apporté à ces mouvements.

Plus encore, Michel Rocard a souhaité appeler celles et ceux qui se rassembleraient à l’occasion de son décès à un questionnement éthique fondamental. Le mieux est de citer un large extrait d’une lettre qu’il a récemment écrite à ce sujet : « J'aurais largement vécu le siècle de la honte. La boucherie de 14-18, la Shoah, le Goulag, les génocides du Cambodge, du Rwanda et de Bosnie, l'acquiescement tacite de la communauté internationale à l'assassinat de la nation palestinienne, l'échec répété de la même à entreprendre le dur combat nécessaire contre l'effet de serre, contre les catastrophes crées par la spéculation financière et contre l'impuissance à sortir l'Afrique et l'essentiel de l'Asie du sous-développement... Derrière tous ces drames, l'immoralité aussi bien humaine que financière.
« La référence première à la raison n'a pas produit d'éthique. Même les socialistes, dont pourtant l'espoir découle d'une morale, n'ont pas su produire un code respecté de références collectives. Ils acceptent même que la raison couvre toujours la plus criminogène de nos valeurs collectives, la souveraineté nationale.

« Je ne crois plus à aucune transcendance et suis devenu agnostique. Mais je constate que l'humanité n'a pas su trouver en elle-même les sources d'une morale de la vie. Empiriquement, cela ne se transmet qu'avec l'acceptation du mystère et l'évocation d'un ailleurs. Certaines religions font encore cela mieux que la raison. Toutes ont erré, et péché, comme elles disent. Celle qui m'accueillit, le protestantisme, m'est souvent apparue comme l'une des moins coupables dans l'asservissement des hommes et notamment, critère majeur, des femmes. C'est cela qu'il me paraît nécessaire de rappeler. »

Avant d’aller plus loin, il faut donc préciser, car beaucoup n’en sont pas familiers, le sens d’un service tel que celui que nous vivons à présent, dans la tradition protestante.

Il ne s’agit pas d’un rite religieux destiné au défunt ou à ses proches. Dieu n’attend pas que nous accomplissions des rites, ni que nous nous montrions dignes de lui, pour se tourner vers nous ; au contraire, lui le premier, il se fait proche de nous, gratuitement, pour rien, oui : par grâce.

Il ne s’agit pas non plus d’une cérémonie d’hommage à un homme exceptionnel, pour lequel nous éprouvons de l’affection, du respect, de l’amour, de l’admiration, de la gratitude, d’autres sentiments encore. La tradition protestante réformée aime à rappeler depuis le XVIème siècle, ce mot d’ordre : Soli Deo Gloria, A Dieu seul la gloire. Michel Rocard y a lui-même insisté, dans la perspective de ce culte.

Certes, il est bon de rendre hommage, et le temps de l’éloge, comme celui de la prise de parole politique, sont venus et viendront encore – mais pas maintenant.

Ce service nous réunit pour chercher ensemble des chemins de sens et d’espérance. En nous souvenant avec reconnaissance de la vie que Dieu a donnée à Michel Rocard. En cherchant dans l’affection et dans l’amitié, la force et le courage dont nous avons besoin. En nous appuyant sur la Bible pour y chercher une lumière pour notre vie.

Dans notre peine, Dieu ne nous abandonne pas. On dit parfois que la souffrance ou le deuil sont des épreuves envoyées pour nous faire grandir ou nous purifier. Je n'en crois rien. Au contraire, Jésus-Christ s'est toujours battu contre ce qui fait souffrir l'homme et ce qui l'écrase. Il est avec nous dans la  vie comme dans la mort, pour nous accompagner et nous soutenir. »

Portrait de Michel Rocard en 1968 - Salle du Temple de l'étoile le 7 juillet 2016

Portrait de Michel Rocard en 1968 - Salle du Temple de l'étoile le 7 juillet 2016

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Published by Frédéric FARAVEL - dans Coup de Coeur
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4 juillet 2016 1 04 /07 /juillet /2016 15:25
Michel Rocard à la tribune d'un meeting pour la campagne de l'élection présidentielle de 1969

Michel Rocard à la tribune d'un meeting pour la campagne de l'élection présidentielle de 1969

Michel Rocard nous a quittés samedi 2 juillet 2016. Pour beaucoup d'entre nous, l'émotion est immense, tant il avait pu motiver notre entrée en politique, portant haut ce que certains appellent l'éthique de convicition. Ce qui est certain c'est que Michel Rocard a toujours eu chevillé au coeur et au corps l'idéal socialiste, quels qu'aient pu être ses confrontations avec de nombreux camarades ; tous d'ailleurs lui témoignent encore aujourd'hui et désormais pour l'éternité une grande estime et un immense respect. Débattre avec un homme comme Michel Rocard, que l'on partage ou non ses orientations, c'était finir plus intelligent une fois l'échange terminée. Il représentait l'honnêteté intellectuel et élevait toujours le débat politique.

Au soir de sa vie, il avait continué à nourrir les débats du Parti dont il souhaitait profondément qu'il reste socialiste. ce fut fait notamment à l'occasion des états généraux du socialisme organisé par le nouveau premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis. Que cette initiative ait débouché sur un texte vide et sans saveur intitulé "Charte des socialistes pour le progrès humain", que la direction du PS a déjà oublié (bien qu'elle ait imposé son inscription en préambule des statuts du Parti Socialiste au même rang que notre déclaration de principes, sa référence affirmée à l'écosocialisme est déjà battue en brèche tous les jours par le sous-titre "social-écologie" imposé au PS, qui n'a été validé par personne et n'a pas la même signification qu'écosocialisme), ne fait que souligner plus encore la hauteur de la réflexion de celui qui fut premier ministre et premier secrétaire du PS.

Le texte ci-dessous est sa contribution rédigée en novembre 2014 : elle bat en brèche tout ce que l'on aura pu dire sur le fait qu'il ait introduit le social-libéralisme en France ; elle démontre que tous ceux qui revendiquent son héritage - que ce soit François Hollande, Manuel Valls ou Emmanuel Macron - sont de fait désavoués vertement par sa réflexion et sa vision profondément socialiste et anticapitaliste, là où ils ne proposent qu'une absorption par le néo-libéralisme.

On n'est pas rocardien pour avoir été collaborateur de Michel Rocard, on l'est parce que l'on veut poursuivre et prolonger l'aventure du socialisme démocratique, parce que la vision politique que l'on défend s'ancre dans l'internationalisme et vise à l'émancipation complète de la personne humaine.

Oui, Michel Rocard nous a quittés, sa voix va cruellement nous manquer.

Frédéric Faravel

* * *

Réorienter le PS pour le redresser, une urgence, une nécessité

Le Parti Socialiste de France, vieux de cent dix ans au moment de ses états généraux, vit assurément l'une des crises les plus profondes de sa longue histoire.

Pourtant quel énorme paradoxe. Né du refus de la cruauté sociale inhérente au capitalisme, ce Parti s'est formé et développé autour de la certitude longtemps bruyamment affirmée, puis oubliée sans être pour autant démentie, que le capitalisme, au-delà de sa brutalité intrinsèque, était tout aussi profondément caractérisé par son instabilité structurelle, une instabilité qui mettait en cause sa pérennité et finirait par l'emporter. Or le capitalisme esttoujours là. Le PS a vu s'estomper puis disparaître les raisons de son ancienne conviction.

Pire, la Russie, la Chine et quelques autres ont abandonné l'espoir d'une économie sans marché après l'avoir poursuivi au-delà du crime, car le marché, à l'instar de l'homme lui-même, ne peut vivre sans liberté.

Or, depuis qu'il a survécu à deux méga-massacres appelés guerres mondiales, et aux deux crises les plus gigantesques de son histoire (1929, 2006) le capitalisme semble entré dans une période de convulsions, de drames, et de contradictions dont cette fois-ci, à la différence des précédentes, on ne voit guère comment il pourrait sortir.

Cette multi-crise a trois dominances. La première est que dans tous les pays avancés le système accuse l'usure et la fatigue. La croissance s'est arrêtée. Le capitalisme ne sait plus assurer l'emploi ni le revenu des hommes qui y vivent. Entre le tiers et la moitié de la population y survit dans la précarité et le chômage, 10 à 15 % dans la pauvreté.

La seconde est que la finance est devenue folle. Proliférant sans mesure et sans rapport à l'économie réelle, elle la fuit et se désintéresse de l'investissement pour se replier vers la spéculation au point d'y provoquer des bulles qui explosent quasiment chaque décennie.

La troisième est qu'après des millénaires de silence devant les prédations des hommes la nature se rebelle. Saturée à l'excès de pollutions et de déchets elle nous menace de mourir de chaleur d'ici un siècle ou deux, faute de pouvoir endiguer l'aggravation de l'effet de serre que nous provoquons.

Faut-il voir là les prodromes de cette longue phase chaotique qu'il nous arrivait autrefois de baptiser crise finale ? Faut-il pressentir que le pronostic initial était juste même si les formes de l'évolution sont autres que celles que nous attendions ?

Et voilà que faute d'avoir été fidèles aux intuitions de nos fondateurs nous ne sommes pas prêts.

L'écrasante victoire du capitalisme dans la deuxième moitié du XXème siècle a détruit les formes que nous voulions rationnelles de notre colère et de notre volonté de changement, elle a tué jusqu'à ce qui faisait notre identité (la propriété collective des moyens de production et d'échange), et nous a laissés sans voix comme sans remède efficace contre les injustices et les dysfonctionnements de ce système vainqueur… Nous vivons dans l'impression de n'avoir plus de projet, sinon celui de protester.

Pourtant un examen plus attentif de ce tragique XXème siècle aurait dû nous maintenir réveillés. Mais nous n'en avons pas pris le loisir, préférant préserver et cultiver l'intransigeance pourtant impuissante de nos premières convictions.

Le XXème siècle a battu tous les records historiques de la violence et de l'horreur parmi les hommes : entre 150 et 200 millions de morts violentes, moitié par la sauvagerie des totalitarismes internes (Allemagne, Russie, Chine à titre principal) et moitié par faits de guerre. Il s'agissait d'un conflit de trois quarts de siècle entre quatre coalitions politiques mondiales, trois grandes et une petite : fascisme, communisme, capitalisme pur et dur, et la petite dernière, la nôtre, la social-démocratie.

Dès que la nature des régimes fut claire, le socialisme se voulant démocratique - son nom de baptême est d'ailleurs social-démocratie - et se voyant incapable de renverser le capitalisme, préféra s'y rallier plutôt que de se compromettre en quoi que ce soit avec fascisme ou communisme. Ce fut son honneur, car la liberté était en cause, mais aussi l'appauvrissement de son identité.

Les régimes les plus brutaux et les plus rigides commencèrent par s'entretuer - Allemagne - puis disparurent ou changèrent par implosion - Portugal, Espagne, Russie, Europe de l'Est - ou par mutation - Chine.

Sur la longue période, le socialisme démocratique fut emporté par la tourmente. Déjà pendant l'entre deux guerres, en Europe, en France notamment, puis un peu plus tard en Amérique latine, en Asie du Sud et de l'Est, plus rarement en Afrique, il s'épuisa à vouloir préserver la perspective d'une révolution moins militarisée, plus authentiquement populaire et démocratique. Il n'y parvint et ne fut vainqueur nulle part.

Ce n'est que dans quelques rares pays, en général petits et développés, que la voie élective permit aux socialistes d'arriver au pouvoir et, intelligence, modestie et ténacité aidant, d'y rester longtemps. Le rapport des forces mondial n'y était pas. Un capitalisme agressif, permis et appuyé par le marché, qu'il défendait de manière flamboyante en le pervertissant profondément, avait gagné et imposa ses règles, notamment financières. Dans leur terre de refuge, la Scandinavie, nos amis social-démocrates, sans faire grand bruit, et en un demi siècle, parvinrent pourtant à préserver ce qui pourrait bien être l'essentiel, et que nous serions
heureux aujourd'hui d'avoir su préserver aussi chez nous : la liberté d'abord, le meilleur niveau d'emploi et de bien être pour tout le peuple connu en pays de marché, un haut niveau d'éducation générale et la plus forte protection sociale pratiquée au monde.

Nous autres français avons affecté de dédaigner ces résultats. Nous en voulions plus ; un plus que d'ailleurs nous n'avons su ni définir, ni décider, ni imposer. Nous avons préféré rester attachés à nos propres visions : que la moitié ou quasi des forces produisant pour le marché soit de propriété et de nature publiques, que les entreprises obéissent au commandement politique au moins en matière d'emplois, de prix et de traitement des hommes, que la protection sociale fut étatique plutôt que négociée entre syndicats et patrons… Tout cela n'a guère fonctionné : trop puissant, et à détermination internationale, le marché a tout emporté.

Il en reste tout de même que dans les combats sauvages du XXème siècle, la sociale-démocratie est bien la seule des quatre forces en affrontement qui ne se soit ni dénaturée ni déshonorée. Elle est même arrivée, par la pratique, à établir une sorte de liste des priorités qu'un gouvernement démocratique se doit d'assurer à son peuple et que le capitalisme n'assure plus. C'est un fanal qui est parfaitement de nature à nous éclairer aujourd'hui.

Car le grand capital qui avait su se parer du drapeau de la liberté, au service de qui se sont mobilisés, les peuples, les gouvernements et les armées de toutes les grandes démocraties, a gagné si puissamment et si complètement qu'il s'est senti seul vainqueur. Il n'a plus ressenti le besoin de s'accompagner de contrepoids ni de contrepouvoirs, ni même d'alliés en qui il ne voyait que des empêcheurs de s'enrichir.

Il décida formellement et mobilisa même pour cela des hommes de savoir - le monétarisme, 14 prix Nobel - de se débarrasser désormais de toute entrave à l'édification de fortunes personnelles. Le marché ne saurait avoir ni limites ni règles ni entraves. Et le capitalisme est tombé dans la perversion que nous lui devinions, mais qu'il avait tenu sous contrôle pendant un siècle et demi, celle de mourir asphyxié par le goût du lucre.

Ne même plus croître, ignorer le chômage et la précarité pour les renvoyer à la charité publique et à la police, encourager l'aggravation la plus intolérable des inégalités, nier l'importance et même l'existence de biens publics et d'un secteur public (école, santé, transports), ne plus accepter que l'Etat serve de régulateur aux dérèglements financiers quitte à s'accommoder d'un retour des crises décennales, inciter les états, les entreprises et surtout les particuliers à s'endetter vertigineusement pour continuer à consommer et pour constituer au profit des manieurs d'argent, les banquiers, une rente inutile mais dévastatrice, voilà en quoi consiste le capitalisme financiarisé d'aujourd'hui.

En outre il est tellement affaibli qu'il est totalement incapable de penser et d'entreprendre le sursaut nécessaire pour réconcilier l'humanité et la nature et permettre par là notre survie à long terme.

A l'évidence tout cela n'est guère soutenable, comme l'on dit aujourd'hui, et risque de finir dans des conflits dramatiques. Tout est à inventer ou à réinventer, les objectifs comme les forme de lutte. Tout ce que l'on sait est que la lutte pour la survie de l'espèce, est fatale et qu'elle s'annonce.

C'est dans ce moment et dans cette situation, que certains, y compris dans nos rangs, et faute d'avoir vu le PS de France porteur de solutions pour la période précédente, veulent déclarer sa désuétude et programmer sa disparition. Ce serait pire qu'une folie, une faute et sans doute un geste suicidaire pour la France. Et cela pour bien des raisons. D'abord les forces de progrès et de changement ont toujours besoin d'un emblême,

d'un drapeau, d'un nom qui soit un signe de rassemblement. Dans cette péride inquiétante où s'effondrent nos anciennes convictions et nos savoirs, la seule certitude qui demeure et que la réalité confirme, est que la somme des intérêts individuels qui constitue le marché est incapable de définir et de défendre l'intérêt général. Certes la liberté fut si menacée au XXème siècle qu'il ne faut transiger en rien sur sa priorité. Elle est la respiration des hommes. Mais l'histoire a fait que le nom de la sociale démocratie porte toujours la trace et l'honneur de ces combats. Et ce qui est menacé aujourd'hui est l'intérêt général. Il faut assurer leur compatibilité. Le nom du socialisme, s'il n'a plus guère de contenu concret, dit au moins cela, et ne dit même que cela. Transiger là-dessus serait une concession stratégique dramatique.

Deuxièmement la France n'est pas seule dans cette affaire et il ne s'agit pas que de nous. Si le PS français est beaucoup plus affaibli et déliquescent que beaucoup d'autres, cela ne nous donne en rien le droit de les y entraîner. Plus fortement encore la disparition du sens de l'international est une des causes majeures de l'affaissement du PS français, dimension européenne comprise. Or à peu près tous les objectifs qu'il faut poursuivre maintenant sont internationaux sinon mondiaux : réguler la finance, endiguer l'effet de serre, écologiser nos modes de vie, réconcilier chrétiens et musulmans, assurer la transition énergétique, recommencer la construction européenne, établir avec le milliard de chinois ces rapports d'amitiés complices dans la société civile qui dépassent le commerce comme la diplomatie et que nous savons conduire avec des latino américains et bien des africains, tout cela est transnational. Préservons une affiliation qui peut nous y aider, notre nom compris.

C'est le militantisme qu'il faut réinventer, le recréer moins électoral, plus social territorial, environnemental et international. Nous ne le ferons pas seuls. La terre des ONG est en friche pour nous. Il n'y a aucune raison de les y laisser seules. L'affiliation internationale est ici la clé.

Troisièmement, dans un monde où tous les repères se diluent ou s'estompent, les traditions prennent de ce fait un poids croissant. En crise intellectuelle, la tradition socialiste au moins ne s'est pas déshonorée. Elle demeure, Jaurès n'a pas quitté les mémoires. Et puis regardez les conservateurs de France : ils changent de nom tous les cinq ou dix ans, et ne savent même plus raconter leur histoire. Quant à l'espoir de recréer de l'émotion et du rassemblement autour d'une tradition il est hors de portée pour eux. Pourquoi nous affaiblir ?

Quatrièmement l'essentiel, le sens de la longue durée. L'un des drames les plus profonds de la période et la raison de l'impuissance des autorités de toute nature à y faire face est la disparition du temps long dans nos objectifs, nos réflexions et nos actions. Depuis que l'écran a remplacé l'écrit pour nos informations mutuelles, notre communication et notre culture, tout ce qui est complexe comme tout ce qui se situe et se comprend dans la longue durée a disparu de nos façons de réfléchir. C'est un suicide de civilisation. Les médias le leur demandant, les politiques d'aujourd'hui jouent à l'instantané (effet d'annonce…) ce qui est stupide et inefficace, et contribue à tuer leur beau métier qui consiste à planter des cèdres -des institutions, des procédures, des règles - en évitant de tirer dessus pour qu'ils poussent plus vite quand ils sont petits…

Sauf le cas fort improbable où l'école saurait nous apprendre à utiliser l'écran de façon critique - mais où est la culture nécessaire à cela ? - l'école ne suffira jamais à nous sortir de là.

Le temps long ne peut être défini, défendu et protégé que par des outils qui le servent en priorité. Tel est l'usage des partis politiques.

Camarades je vous le demande, quelle honte et quelle impossibilité y aurait-il pour les socialistes français à dire ceci ?
"Chers concitoyens.

Nous sommes parmi vous les socialistes, nous avons cent dix ans. Nous nous battons de manière continue contre l'injustice et pour une vie meilleure. C'est difficile, le rouleau compresseur capitaliste est cruel, puissant et efficace. Nous avons raté, à l'origine, le projet de révolution démocratique alternatif à la consolidation du capitalisme.

Mais lorsqu'il l'a réussie nous avons su inventer, mettre en place, défendre et longuement protéger cet état de bien être dont nous regrettons tous l'érosion aujourd'hui, sans d'ailleurs jamais comprendre pourquoi certains en France avaient eu l'idée folle et dangereuse de mêler le ciel à cette affaire en le baptisant "Etat-providence".

Ce fut notre plus beau succès, celui au nom duquel nous nous rappelons à vous aujourd'hui. Car nous avons aussi raté l'étape suivante, celle où nous sommes, celle des débuts de la mise en cause du capitalisme acquisitif.

Mais la longue histoire de nos combats nous a fait découvrir les formes nécessaires de la société de demain, réconciliée tant entre les hommes qu'avec la nature.

Sachant le nombre des hommes excessif par rapport aux ressources de la vie, elle sera moins soucieuse des quantités. A croissance lente ou nulle, n'utilisant que de l'énergie renouvelable, elle sera pour cela moins inégalitaire. Hommes et femmes y trouveront davantage leur dignité leur épanouissement et leur plaisir de vivre dans les émotions intenses qu'apportent la culture, la fierté de créer, et la jubilation qu'il y a à maintenir en permanence son corps dans la beauté et la santé. Plus encore elle tirera sa cohésion de la joie profonde que l'intensification, grâce à plus de temps libre, des relations interpersonnelles et familiales permet d'éprouver à la découverte de la richesse de l'autre et de ses différences porteuses d'identité. C'est le projet de la société des hommes pour les hommes. On y redécouvrira le sens perdu de la fête et du chant.

Son émergence sera progressive. Le Parti Socialiste, rénové, s'en veut le gardien. A ne s'occuper que du court terme on risque des écarts et l'éloignement de l'objectif. Les duretés et les échecs de la période récente nous ont servi de leçon : il ne faut jamais, dans les tempêtes du présent, perdre l'essentiel de vue. Or l'essentiel se joue sur la longue durée.

Chers concitoyens, partagez-vous la vision que nous vous en proposons ?"

Si le consensus se fait sur la vision, il vaudra aussi pour la méthode : c'est progressivement, à petits pas, que se mettront en place les éléments de la nouvelle société, dans l'ordre l'énergie, le temps, la culture puis l'art de vivre. La machine devra continuer à marcher tout au long, ses cruautés et ses injustices ne s'effaçant que progressivement.

Cela appelle une dernière réflexion nécessaire, concernant celle-ci le gauchisme.

Qu'est-ce que le gauchisme sinon l'attitude consistant à refuser parce que disqualifié le discours politiquement correct auquel se sont ralliés les institutions et les chefs en place. Il est des moments où une cure de gauchisme est nécessaire pour briser un consensus étouffant. Le gauchisme, je connais, j'en sors, j'en suis, c'est ma famille. J'avais seize ans, mon pays tout juste libéré baignait dans la joie de la liberté retrouvée.

Il tomba d'accord, tout entier, socialistes compris et même dirigeant, pour entreprendre en Indochine la reconquête militaire de son empire colonial perdu. Je dénonçai cette honte, et me découvrit gauchiste. Moins de dix ans après, rebelote, à propos de l'Algérie. L'accord était général, communistes compris et socialistes de nouveau dirigeant. De nouveau je fus gauchiste, et moins seul dès le début. Nous sauvâmes au moins l'honneur de la gauche.

Et puis un bref moment - Mai 68 - je fus un chef gauchiste, estampillé extrémiste par le ministère de l'Intérieur, pour avoir osé réclamer le droit à la parole dans la société hiérarchisée.

Franchement, n'y avait-il pas aussi quelque gauchisme à proclamer dix ans plus tard que l'accord général et solennel de toute la gauche autour du programme commun de gouvernement puis des 110 propositions du candidat ne préparaient pas la vraie transformation sociale dont la France et le monde avaient besoin, et ont d'ailleurs de plus en plus besoin ?

Une cure de gauchisme n'est donc ni pour me surprendre ni pour me déplaire.

Mais, mais… le fondateur du gauchisme, au fond, est un camarade à nous qui s'appelait Karl Marx.

J'ai grand crainte, une inquiétude aux limites du mortel, que nos gauchistes d'aujourd'hui, ne soient en train d'oublier sa première et plus forte leçon. Il ne l'a pas écrite comme telle, c'est sa vie qui la donne. Mais elle est évidente à résumer :

"Camarades, c'est bien de vouloir changer le monde. Mais vous n'y arriverez que si vous commencez, comme je l'ai fait, à travailler comme des forcenés à longueur de vie pour comprendre comment il marche…".

En l'absence d'une soudaine explosion générale, aussi peu probable que souhaitable, ce sera lent. Le peuple que nous défendons aura toujours besoin de ses salaires et de ses emplois, c'est-à-dire que la machine marche. Or elle ne peut marcher que dans ses règles, qui certes ne sont pas les nôtres, mais sont celles dont elle a besoin. Si nous avons ensemble une vraie confiance et une vraie unité autour de notre vision de l'avenir long, nous n'avons pas le droit de dérégler la machine par des brutalisations de court terme qui peuvent l'affaiblir. Il n'y a de gauchisme utile que pertinent et cohérent.

Voilà la vraie raison qui nous fait obligation de renouveler, renforcer, réunir notre parti socialiste, dans la France d'aujourd'hui, le seul outil de demain, si nous savons le préserver des pièges de la gestion du capitalisme avant de l'avoir changé. Ce faisant nous pourrions même contribuer au réveil de quelques partis frères, renforçant par là la chance de voir éclore la société des hommes à la place de celle de l'argent.

Michel ROCARD
Reykjavik, le 2 novembre 2014

La dernière contribution de Michel Rocard aux débats socialistesLa dernière contribution de Michel Rocard aux débats socialistesLa dernière contribution de Michel Rocard aux débats socialistes
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Published by Frédéric FARAVEL - dans PS gauche Parti Socialiste
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