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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 14:21
Répondre à la lettre ouverte de Jean-Christophe Cambadélis à la gauche

Le Premier secrétaire du Parti Socialiste a donc - comme il l'avait annoncé lors de l'université d'été du PS à La Rochelle - envoyé une "lettre ouverte à la gauche et aux écologistes". Ce vocable large et imprécis permet de jouer sur l'ambiguïté concernant les destinataires réels de cette missive : parler aux électeurs de gauche et écologistes en général ou s'adresser aux organisations politiques, syndicales et associatives qui s'identifient à la gauche...? Il est peu probable que nos électeurs se précipiteront pour lire ces trois pages et demi, tout comme personne n'avait lu l'adresse du PS aux Français qui enterraient déjà les engagements de la motion majoritaire du congrès de Poitiers ; et il n'est pas sûr que les organisations que Jean-Christophe Cambadélis souhaite pouvoir dépasser (à plusieurs reprises lors du congrès du PS, les responsables de la motion A ont affirmé leur volonté de squizzer les dirigeants écologistes ou du Front de Gauche pour parler directement à leurs électeurs et les mettre face à leurs responsabilités) apprécient forcément le ton et fond de ce courrier.

Pourtant, cette démarche aurait pu être utile, après tant de mois sans dialogue à gauche.

S'adressant à la gauche et aux écologistes dans son ensemble, le premier secrétaire me permettra donc d'avoir un avis sur son propos.

Mon premier sentiment fut de noter le caractère hors sol et particulèrement tactique de cette lettre : s'il s'agissat de parler aux électeurs de gauche, c'est raté, car il y a peu de chances que ceux-ci se laissent émouvoir ou appeler à la réflexion par des considérations qui oublient leurs conditions de vie concrètes.

Le principal sujet n'est pas de savoir ce que la gauche peut faire ensemble au service des Français mais d'en appeler à une réaction de défense contre le "bloc réactionnaire", qui allierait la droite sarkoziste et l'extrême droite. Inventant de nouveaux vocables comme "arabophobie", qui semble remplacer le racisme, villipendiant l'europhobie du bloc réactionnaire - alors même que Les Républicains avouent eux-mêmes que la dernière chose qui les distinguent encore du FN et du Rassemblement Bleu Marine est la politique européenne, les premiers dénonçants la volonté des seconds de quitter la zone euro et l'union européenne -, Jean-Christophe Cambadélis interpèle donc organisations et électeurs "que croyez-vous qu'ils feront de la République et de l'Etat social ?"

Cette stratégie est suicidaire et défaitiste : elle entérine l'irrésistibilité de la montée de l'extrême droite, plutôt que d'envisager la reconquête de ceux des électeurs de gauche qui ont voté Marine Le Pen aux élections européennes et/ou sont tentés de le faire aux élections présidentielles. Il est vrai que le Premier secrétaire du PS s'est convaincu que la principale motivation des électeurs qui renforcent aujourd'hui les suffrages du FN l'ont fait par préoccupation identitaire, alors que tout démontre qu'ils l'ont fait par la déception que la gauche au gouvernement a suscité chez eux au sujet de la question sociale, cette même question sociale que Jean-Marie Le Guen considérait comme accessoire ou secondaire dans sa tribune publiée par Le Point le 21 juin dernier.

De fait, poser le débat en ces termes évite aux dirigeants actuels du PS et du gouvernement d'affronter une question plus gênante : qu'est-ce qui a provoqué la montée du FN au-delà des 20%, et jusqu'à s'approcher des 30% aujourd'hui, depuis 2012 ? A cela, la majorité des électeurs de gauche ont déjà répondu à plusieurs reprises par voie électorale et cela est rappelé par tous les sondages auprès des sympathisants de gauche : ils considèrent que le PS et l'action du gouvernement qu'il soutient ne sont pas assez à gauche. Qu'importe qu'ils ne votent pas pour une alternative à gauche, on sait que l'inertie des institutions de la Vème République et la nature de la gauche française - que nos électeurs considèrent comme un seul bloc et non comme scindée entre des pôles irréconciliables (ce qui invalide depuis le départ la thèse de Jean-Luc Mélenchon et du PG) - ne permettent pas l'émergence d'une alternative à gauche lorsqu'elle est au pouvoir. Ainsi quand le PS perd des électeurs, tous les autres partis de gauche et écologistes en perdent aussi, dans des proportions différentes comme si les électeurs leur reprochaient également les politiques conduites bien qu'ils ne les soutiennent pas. Ceux qui accusent d'ailleurs les "Frondeurs" de s'insurger contre le gouvernement pour sauver électoralement leur peau souffrent d'une grave myopie, puisque l'étiquette PS qu'ils souhaitent conserver leur inflige la même opprobe qu'à ceux qui soutiennent les choix qu'ils dénoncent.

Or tant que le PS n'aura pas analysé sereinement les raisons dans son action gouvernementale qui ont provoqué une profonde déception et nourri l'abstention massive et la croissance du vote FN, l'appel à se rassembler derrière lui pour y faire barrage sera perçu par ses partenaires politiques comme une tartufferie détestable.

Il n'est pas possible de demander à des électeurs et des partis politiques de soutenir un parti qui soutient des politiques gouvernementales qu'ils considèrent comme cause du problème politique dont le FN est le symptôme, le véhicule. Plus le PS jouera sur une tactique de culpabilisation, plus il provoquera des réflexes d'opposition de plus en plus violents.

Comment d'ailleurs ne pas se pâmer quand on demande aux militants écologistes du Nord-Pas-de-Calais/Picardie de rallier des listes conduites par le PS, lorsque dans la même semaine on voit les manoeuvres présidentielles pour faire imploser de l'intérieur EELV grâce à Jean-Vincent Placé et François de Rugy et la ministre de l'écologie annoncer le report de la fermeture de Fessenheim à 2018 ! on aurait voulu les pousser dans les bras du Front de Gauche qu'on n'aurait pas su faire mieux : c'est d'ailleurs ce qui s'est passé, alors qu'il aurait fallu réunir toutes les conditions pour faciliter l'union dans cette région !

Jean-Christophe Cambadélis rappelle "Dans les années 1970 ou bien 1936, les désaccords au sein de la gauche étaient plus graves puisqu'ils portaient sur le modèle de société. Et pourtant la gauche s'est unie." Sauf qu'en 1936 comme en 1970, la gauche ne cherchait pas à dépasser des divergences idéologiques mais avait fait le choix de s'accorder sur un programme politique ; c'était d'ailleurs la grande innovation de François Mitterrand à Epinay en 1971, abandonner l'idée illusoire de refaire le congrès de Tours à l'envers pour afficher la perspective de gouverner ensemble pour transformer la société. Aujourd'hui le premier secrétaire du PS voudrait donc faire croire à nos électeurs et nos partenaires que nous n'avons plus de divergences idéologiques et que rien n'empêche donc d'agir ensemble, alors même que nous avons été incapable de respecter nos engagements économiques et sociaux et que le Président de la République a confié à François Fressoz à quel point il était conscient de tromper ses électeurs et qu'il avait sciemment changé de programme. Comment instaurer la confiance à gauche pour agir ensemble si nous ne tenons pas nos engagements, si nous ne respectons pas les accords politiques (celui conclu avec EELV en 2011) avec nos partenaires.

Guillaume Balas, député européen, a également répondu à notre premier secrétaire ; je me permets ici de le citer : "Un projet qui serait fondé sur l’égalité politique sans prendre en compte les inégalités sociales, la citoyenneté sans sa traduction en droits concrets, l’appel aux valeurs de la République de manière purement théorique, le rassemblement incantatoire face au « bloc réactionnaire » sans autre projet que d’éviter sa prise du pouvoir est condamné à l’échec, un échec électoral mais pire encore, un échec moral."

De fait, le premier secrétaire fait régresser les socialistes au niveau de l'aveuglement de Lamartine en 1848 qui professait alors qu'"avec l'instauration du suffrage universel, il n'y a plus de prolétaires"... Jean-Christophe Cambadélis vient ainsi d'effacer 150 ans d'histoire sociale et politique !

Frédéric FARAVEL

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