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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 23:28

En ce dimanche 24 avril 2016, les électeurs autrichiens ont placé le candidat du FPÖ en tête du premier tour de l'élection présidentielle à 37%, loin devant les partis habituels de gouvernement - SPÖ, sociaux-démocrates et parti du Chancelier, et ÖVP, conservateurs et partenaires du Chancelier, chacun à 11% - ou son désormais challenger écologiste à moins de 20%.

Le SPÖ a refusé de donner des consignes de vote pour le second tour.

Évidemment, les réseaux sociaux s'enflamment et s'indignent. Décidément, pour les uns, les Autrichiens seraient indécrottables et pour les autres ce qui le disent seraient de dangereux naïfs.

Je lis ainsi des commentateurs "autorisés" nous expliquer que la raison de la victoire relative de l'extrême-droite au premier tour de l'élection présidentielle autrichienne est "l'insécurité culturelle"... Insistant sur le très faible taux de chômage (5,8%), ils font à nouveau du piège identitaire la nouvelle boussole de "leur gauche" (peut-on encore l'appeler comme cela ?).

Pourtant en Autriche, pas d'immigration massive non plus pour justifier les obsessions des identitaires à la sauce Valls/Le Guen. Donc où serait le problème ?

Depuis 60 ans, le compromis gouvernemental permanent entre conservateurs et sociaux-démocrates a effacé le clivage droite-gauche (sans oublier l'ultime brouillage de l'alliance régionale SPÖ/FPÖ), éteint toute alternative politique réelle et sous l'effet de la pression néolibérale et ordolibérale il a mis sur la défensive classes populaires et moyennes. Encore une fois, ce sont les questions économiques et sociales et celle de la souveraineté populaire qui produisent la montée du national-populisme. Sans message émancipateur conséquent la gauche socialiste ne peut pas lutter. Reprendre le message national-identitaire ne fait qu'aggraver le problème ! Cette analyse est évidemment valable pour d'autres pays européens, et notamment la France.

Considérer que la mise en cause de l'émancipation républicaine, du progrès social et de la souveraineté populaire soit un problème identitaire serait la seule manière de faire le lien : on a bien compris que ce n'est pas là le fond de la thèse de "l'insécurité culturelle". C'est là où il y a eu dérapage dans l'initiative du Printemps Républicain, dont le manifeste (que j'ai signé, donc qu'on ne me fasse pas le coup de me tromper d'adversaire et d'être aveugle à ces sujets) prétendait défendre une vision combattante généreuse de l'identité républicaine pour une expression de l'identité républicaine qui définit un ennemi intérieur : islamistes, islamo-gauchistes, gauche soixante-huitarde laxite et naïve. La République vivra si elle émancipe et si elle rassemble, sans rien négliger de tous ses adversaires, mais tout réduire comme cela a été fait n'est pas plus efficient en terme électoral. Ce n'est qu'en améliorant les conditions de vie des gens, en redonnant un rôle et une centralité à la majorité sociale du pays (tant du point de vue démocratique que social) que nous reprendrons du poil de la bête. Toute autre stratégie, celle suivie par Manuel Valls, Jean-Marie Le Guen, et même François Hollande, ne conduira qu'à opposer entre eux des concitoyens qui partagent les mêmes difficultés et les mêmes peines, en offrant un boulevard au FN qui profite de cette confusion pour remplacer dans le débat politique et dans l'imaginaire des électeurs la question sociale par la question identitaire en recevant de fait caution et crédibilité par l'exécutif et ses soutiens.

Que la crise des réfugiés attise encore plus des situations instables où l'extrême-droite joue sur les angoisses de populations fragilisées est assez évident. Que la réalité migratoire soit présente ou lointaine par ailleurs. Le fait que la question des réfugiés aient dominé la campagne présidentille ne change rien au raisonnement. On peut même se dire que dans certains pays la machine à fantasme fonctionne d'autant mieux que l'immigration est absente ou quasi (Autriche, Slovaquie... Quant à la Hongrie, Orbán aurait pu rassurer ses électeurs : personne ne veut y rester) mais la réalité est qu'à force de voter sans que rien ne change, à force de voter et que la situation concrète se dégrade dans la vie quotidienne depuis que la machine à déstructurer les modèles de protection sociale s'est mise en marche, il apparaît légitime aux électeurs de se demander à quoi cela sert de voter ÖVP ou SPÖ (ou à quoi cela sert de voter tout court) et qu'il est plus facile pour les nationaux-populistes de remplacer la question sociale par la question identitaire.

Cela devient consternant quand des "responsables" de "gauche" valident ce remplacement et crédibilisent les thèses de l'extrême-droite plutôt que de reconstruire des perspectives émancipatrices et démocratiques concrètes.

Frédéric Faravel

résultats du premier tour de l'élection présidentielle autrichienne du dimanche 24 avril 2016 (infographie TV autrichienne)

résultats du premier tour de l'élection présidentielle autrichienne du dimanche 24 avril 2016 (infographie TV autrichienne)

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commentaires

Roger TROPEANO 25/04/2016 10:30

Bonjour Frédéric,
En fait je ne comprends pas bien ton papier ainsi que certaines allusions.Tu y dénonces, à juste titre selon moi, les méfaits des coalitions qu'on ( le PS ) nous prépare en France , mais sans donner des perspectives à la social-démocratie qu'elle n'a peut-être pas! Mais alors , quel dépassement? Je trouve par ailleurs que tu balayes trop rapidement les vrais défis que posent à la société française des questions "identitaires" ( le mot ne convient pas ) qui risquent de fazire basculer les classes moyennes vers le mauvais côté. Je ne sui spas pour ma part insensible aux analyses d'Elisabeth Badinter ou Gilles Kepel . Bien amicalement. Roger.

FARAVEL 25/04/2016 10:38

Ne pas être insensible à Kepel ou Badinter ne veut pas dire qu'il faille abandonner la mission émancipatrice de la République sociale. Tout réduire à l'identité revient pour ceux qui disent être du côté des Républicains à réduire la République à une notion d'Ordre et d'Autorité, alors que cet Ordre et cette Autorité finiront par être considérés comme illégitimes s'ils ne garantissent pas l'émancipation.