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Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

12 février 2018 1 12 /02 /février /2018 14:41

Avec le soutien de plusieurs camarades socialistes, j'ai pris l'initiative de déposer une contribution thématique au congrès du Parti socialiste à Aubervilliers, dont la conclusion se déroulera le week-end du 7-8 avril 2018.

Il s'agit dans ce texte de rappeler les structures historiques et spécifiques du mouvement ouvrier français (au sens large) qui rendent impossible la transposition du "modèle social-démocrate" en France, de déconstruire la mythologie de la "Charte d'Amiens" et d'en tirer quelques enseignements pour proposer de nouveaux axes d'action, afin de renforcer tout à la fois la place du syndicalisme et la pertinence des propositions socialistes.

Vous trouverez à la fin de cet article le lien sur le site du Parti socialiste.

    Les premiers signataires sont : Geneviève Wortham (BN, 77), Bertrand Vasnier (membre titulaire du CN, 75), Frédéric Faravel (suppléant au CN, 95), Sébastien Lombard (BNA, 95), Gabriel Richard-Molard (suppléant au CN, FFE), Stéphane Mukkaden (Conseiller consulaire Islande-Norvège, FFE), Géraldine Gay (membre titulaire du CN, 11), Bruno Crinon (Trésorier de section, 95), Denis Février (CF, 95)

    Conjuguer à nouveau Socialisme & Syndicalisme - contribution thématique pour le congrès du Parti socialiste

    Les relations entre le socialisme français et le mouvement syndical ont toujours été complexes.

    L'industrialisation lente (en comparaison de l'Allemagne ou de la Grande Bretagne), la faiblesse relative des effectifs ouvriers et l'unification tardive des organisations politiques et syndicales qui prétendaient représenter le mouvement ouvrier en France expliquent à bien des égards une situation structurelle dont notre pays porte encore largement la trace.

    D'abord, déconstruire une partie de la « mythologie historique » du mouvement ouvrier

    La CGT, issue notamment de la fusion de la Fédération nationale des syndicats (créée en 1886, d'inspiration guesdiste) et de la Bourse du travail de Paris (créée en 1887), n'est créée qu'en 1895 et parachèvera son unité avec la fédération des bourses du travail qu'en 1902. Très tôt, elle subira la concurrence du syndicalisme chrétien (bien que la CFTC ne soit officiellement créée qu'à la Toussaint 1919) et de son mot d'ordre de « Paix sociale » ou encore de la Fédération nationale des Jaunes de France (officiellement créée en 1902), organisation corporatiste, antisémite et pré-fasciste.

    À cette difficulté évidente de pouvoir prétendre représenter le monde ouvrier dans son intégralité, la CGT naissante est le fruit d'une époque et d'une histoire politique bien française : en son sein se perpétue des conflits sur la forme d'action sociale qui existaient au sein de l'Association Internationale des Travailleurs entre coopératistes, marxistes et libertaires et que l'écrasement sanglant de la Commune n'a pourtant pas éteints.

    Ainsi lorsque le Parti socialiste aboutit enfin à son unité en 1905, une bonne partie des militants CGT considère avoir quelques raisons de se défier de la nouvelle organisation politique révolutionnaire :

    • sa déclaration de principes guesdiste qui soumet théoriquement l'action syndicale à l'action politique ;

    • la pratique de fait d'insertion dans les institutions républicaines de la SFIO qui découle du fait que dans notre pays la démocratie aient précédé l'organisation du mouvement ouvrier et la conquête des droits sociaux et économiques.

    De là découle l'adoption par le congrès de la CGT de 1906 (un an après la création de la SFIO) de la désormais célèbre « Charte d'Amiens » sous l'influence des anarcho-syndicalistes : rejet de toute soumission au parti, évidemment, mais au-delà de toute coopération réelle... pour les anarcho-syndicalistes, c'est le syndicat qui le moment venu transformera la société et l'organisera politiquement après avoir renversé la bourgeoisie au moyen de la « grève générale ».

    On retrouvera cette conception dans les puissants mouvements anarchistes d'Italie et d'Espagne (comme la CNT-FAI).

    Pourtant, il serait bon de rappeler que ce contrôle de la CGT par les anarcho-syndicalistes fut un épisode particulièrement bref ; dès 1909, la confédération repassait sous le contrôle des amis d'Édouard Vaillant, pilier essentiel de la SFIO et de son groupe parlementaire, héritier du blanquisme. S'établit alors ce que Léon Blum décrira dans son discours du congrès de Tours en 1920 de la manière suivante : « On était arrivé péniblement, après bien des tâtonnements, à une conception qui, somme toute, avait pratiquement donné satisfaction à tout le monde : autonomie des deux organisations, communauté de buts, mais avec différenciation des moyens, et possibilité, à chaque instant, par des croisements et des rencontres, d'action commune sur des objets déterminés. »

    Cet équilibre se maintiendra jusqu'en 1946, au-delà de la réunification de la CGT en 1936 (les partisans de l'Internationale Communiste et de l'Internationale syndicale rouge avait créé en 1921-22 la CGT-Unitaire), face à la conception communiste de courroie syndicale de transmission.

    La scission définitive et durable du syndicalisme français s'opère donc quand le PCF rompt avec l'alliance politique de la Libération pour contrer le plan Marshall : la CGT-Force Ouvrière et la Fédération de l'Éducation Nationale (le syndicalisme enseignant refusera de choisir entre la CGT contrôlée par les anciens « unitaires » et FO) surjoueront dès lors l'indépendance syndicale supposée naître de la « Charte d'Amiens » pour s'opposer à la toute puissante CGT communiste. Mais d'ores-et-déjà la CFTC, revivifiée par sa participation à la Résistance et l'unité d'action dans la clandestinité avec la CGT, occupait une place à part avec 26% des votes.

    La CFTC suivra une voie autonome, s'éloignant de l'Église Catholique, puis se déconfessionnalisant pour devenir en 1964 la Confédération Française et Démocratique du Travail. C'est sans doute le syndicat qui comprit le mieux les aspirations du monde ouvrier autour de 1968 et dans les années 1970, portant les combats sur les conditions de travail, le pouvoir ouvrier, l'autogestion, tout en se référant au socialisme dans sa charte, participant même aux Assises du Socialisme en 1974. Longtemps partenaire privilégiée du PSU puis du PS, la CFDT prendra cependant ses distances lentement à partir de 1978. La référence au socialisme sera officiellement abandonnée en 1988. De fait la CGT, quant à elle, choisit de ne plus être la courroie de transmission d'un PCF en déshérence dès le début des années 1990.

    En parallèle avec l'évolution politique, économique et sociale, de la construction européenne, de la mondialisation, de la chute plus ou moins rapide des grandes « forteresses ouvrières », de la transformation de la composition du salariat, l'histoire du syndicalisme français n'est plus depuis qu'une longue histoire de divisions ; scissions venant de la CFDT et de FO, implosion de la FEN, accompagnant et accélérant également la baisse des effectifs syndiqués. Ce qu'il y a de plus étrange dans cette histoire, c'est que désormais toutes les organisations syndicales françaises se réfèrent avec fermeté à la « Charte d'Amiens » alors que celle-ci ne correspond qu'à un très court moment de l'histoire de la CGT (ou de FO si on conçoit que cette centrale soit l'une des deux branches du syndicat historique).

    On conçoit donc combien notre histoire politique et syndicale est éloignée des modèles dont on nous rabâche constamment l'exemple :

    • le Labour party, émanation parlementaire des syndicats britanniques, ce qu'il tend en partie à redevenir depuis sa conquête par Jeremy Corbyn, et qu'il ne cessa jamais totalement d'être malgré les réformes internes imposées par Tony Blair avant qu'il ne devienne Premier ministre ;

    • la DGB, héritière des syndicats ouvriers créés par le SPD dans une conception « parfaitement » marxiste, et qui continue malgré quelques distances d'avoir des liens étroits avec le parti allemand ;

    • les liens étroits de la FGTB et du Parti Ouvrier Belge, puis du Parti socialiste wallon ; les liens organiques entre les partis social-démocrates et travaillistes et les centrales syndicales scandinaves...

    Aujourd'hui, que faire ?

    Osons le dire les conditions d'une social-démocratie « à la française » n'ont jamais existé et elles n'existent toujours pas. Elles se sont même à notre sens éloignées. Cela tient tant à notre histoire politique qu'à des structurations syndicales profondément différentes : oublie-t-on qu'une des conditions de la puissances des grands syndicats nordiques est que le bénéfice des accords collectifs qu'elles signent ne va qu'à leurs adhérents ? Pour en profiter un scandinave est obligé d'adhérer au syndicat, ce qui explique largement le taux de syndicalisation et leur audience au-delà même des rangs de la gauche...

    Doit-on cependant s'en tenir là et ne pas chercher à faire évoluer la situation ? Considérer que les syndicats sont condamnés par la mondialisation comme semble l'être la social-démocratie ? Nous pensons le contraire.

    Avec l'exercice durable du pouvoir par les socialistes, à partir des années 1980, une transformation culturelle et sociologique est intervenue dans notre parti. Elle a été largement décrite par Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki dans leurs travaux de recherche et leur ouvrage commun La société des socialistes. Le militantisme politique s'est « professionnalisé » : son recrutement s'est concentré sur les élus, ceux qui aspiraient à l'être, et ceux qui travaillaient pour eux. En parallèle, et de manière pas tout à fait fortuite, une vieille obligation statutaire est tombée progressivement mais rapidement en désuétude, avant d'être abandonnée dans le courant des années 1990 : l'adhésion à un syndicat professionnel... Aujourd'hui ne subsiste plus qu'une vague incitation à l'article 2.1.1.2.3 : « Les membres du parti sont encouragés à appartenir à une organisation syndicale de leur profession et au moins à une association, notamment de défense des droits de l’Homme, de solidarité, de consommateurs, d’éducation populaire, de parents d’élèves ou d’animation de la vie locale. » Le déclin du secteur entreprises du Parti et des GSE complète le tableau.

    Nous préconisons donc plusieurs mesures et orientations qui doivent permettre tout à la fois de ressourcer un parti socialiste et de renforcer le rôle des syndicats de salariés.

    1. Parce que nous pensons qu'un parti socialiste ne saurait s'enfermer dans l'action politique mais doit pouvoir avoir prise sur l'action économique :
      Les adhérents d'un parti socialiste doivent avoir l'obligation d'adhérer à un syndicat de salariés. Ironiquement, on pourrait presque dire que la diversité de la palette syndicale répond à la diversité des opinions permises dans un parti socialiste de rassemblement.
      Un parti socialiste doit encourager par tout moyen la recréation de groupes socialistes d'entreprise, capables de le nourrir sur la réalité du travail et de l'activité économique.

    2. Parce que nous voulons retrouver un équilibre perdu « autonomie des organisations, communauté des buts, différenciation des moyens, capacité d'actions communes » :
      Le Parti socialiste plaide autant que faire se peut pour l'unité d'action syndicale ; c'est louable et dans bien des cas c'est même nécessaire, comme l'a montré l'échec des mobilisations contre les ordonnances travail. Mais un parti socialiste cohérent ne saurait désormais se replier derrière une attente qui ne sera sans doute jamais satisfaite, au regard de la diversité « politique » existante entre les différentes organisations syndicales (bien que le mécontentement de toutes les centrales soit aujourd'hui palpable contre ces mêmes ordonnances). Sans aller jusqu'à doubler les syndicats comme a semblé le vouloir (sans succès) la FI, un parti socialiste doit être capable de prendre l'initiative et de proposer au débat des réflexions et des actions communes, tout comme il est capable de répondre à la sollicitation syndicale. Ne soyons pas naïfs : tout comme un parti socialiste doit être écosocialiste et n'a aucune raison de sous-traiter l'écologie à un parti écologiste, la question du travail et de l'entreprise dans sa réflexion ne peut totalement dépendre de de la réflexion et de l'absence de réflexion des syndicats de salariés. Le plus tôt ce parti socialiste sera capable de se redonner un
      corpus idéologique sur ces sujets – en dialogue avec les syndicalistes – le mieux cela sera. D'autre part, cela nous permettra de déterminer comment nous extraire de l'impuissance dans laquelle nous jette l'attente toujours reportée de l'unité syndicale : si nous avons une réflexion propre, alors nous pourrons déterminer avec quelles organisations syndicales nous sommes en mesure, dans le respect de leur autonomie, de mener des combats communs, voire de faire évoluer toute la gauche sociale et politique, de reconquérir le pouvoir et de transformer la société.

    3. Parce que nous considérons qu'il faut, malgré les contes libéraux, renforcer le rôle du syndicalisme dans la société :
      Contrairement aux différentes formes de bonapartisme auxquelles nous sommes parfois confrontées, nous croyons au rôle des corps intermédiaires. Nous considérons que les syndicats de salariés sont utiles pour représenter les travailleurs, pour défendre leurs intérêts et le cas échéant agir concrètement. Nous refusons donc la mort progressive du paritarisme qui sous-tend la politique d'Emmanuel Macron.
      Nous considérons que si l'obligation d'adhérer à un syndicat pour bénéficier des accords collectifs heurte la conception républicaine du droit et de l'intérêt général, il existe d'autre voie pour renforcer le syndicalisme. Un parti socialiste doit reprendre à son compte la réflexion sur le pouvoir salarié et même des formes d'autogestion. Nous considérons que les socialistes doivent porter absolument des propositions favorisant les coopératives salariés, contraignant à la reprise d'une entreprise par ses salariés, lorsque les propriétaires refusent les rachats ou défendent des solutions qui vont ouvertement contre les intérêts de l'établissement. Nous pensons enfin, que les salariés et leurs représentants disposent d'une expertise professionnelle et économique souvent supérieures à celles des actionnaires.

      Nous défendons une montée en puissance conséquente des représentants des salariés au sein des conseils d'administrations. Les négociations collectives devront systématiquement se dérouler avec les syndicats de salariés, que les représentants du personnel désignés y soient désignés en son sein ou que les organisations syndicales mandatent au sein de la branche un de leur représentants pour assister les salariés d'une entreprise qui en serait dépourvue.

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