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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

28 décembre 2017 4 28 /12 /décembre /2017 17:00
Socialisme & écologie

ce texte a été initialement publié le 12 décembre 2017 sur le site "Nos Causes Communes" : https://bit.ly/2GsCPeZ

Contrairement à la vulgate qui nous est quotidiennement soumise depuis la Révolution bolchévique, le socialisme – même celui qualifié de « scientifique » – n’est pas irréductiblement productiviste et indifférent à la problématique écologique.

On peut retrouver dans les écrits de Marx et de Engels nombre de références invalidant cette interprétation. Marx suivait attentivement les travaux de Justus Von Liebig à partir des années 1860. Ce chimiste analysait de façon très critique la façon dont l’agriculture intensive volait littéralement les nutriments des sols vers les villes, sans se soucier du retour de ces nutriments vers les terres. Cela brise les cycles naturels et pollue les villes. Marx parlera d’une grave rupture dans le métabolisme entre l’homme et la nature causée par l’aménagement capitalisme : « Chaque progrès de l’agriculture capitaliste est un progrès non seulement dans l’art de dépouiller le travailleur, mais encore dans l’art de dépouiller le sol… La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épuisant simultanément les deux sources d’où jaillit toute richesse : la terre et le travailleur. » Karl Marx, Le Capital, Livre 1

Engels écrivait en 1876 que le mode de production capitaliste générait toute une série de retours de bâton écologiques à cause de la logique de profit à court terme : « Là où des capitalistes individuels produisent et échangent pour le profit immédiat, on ne peut prendre en considération au premier chef que les résultats les plus proches, les plus immédiats. Pourvu qu’individuellement le fabricant ou le négociant vende la marchandise produite ou achetée avec le petit profit d’usage, il est satisfait et ne se préoccupe pas de ce qu’il advient ensuite de la marchandise et de son acheteur. Il en va de même des effets naturels de ces actions. Les planteurs espagnols à Cuba qui incendièrent les forêts sur les pentes et trouvèrent dans la cendre assez d’engrais pour une génération d’arbres à café extrêmement rentables. Que leur importait que, par la suite, les averses tropicales emportent la couche de terre superficielle désormais sans protection, ne laissant derrière elle que les rochers nus ? Vis-à-vis de la nature comme de la société, on ne considère principalement, dans le mode de production actuel, que le résultat le plus proche, le plus tangible ; et ensuite on s’étonne encore que les conséquences lointaines des actions visant à ce résultat immédiat soient tout autres, le plus souvent tout à fait opposées. ».1

Dans le cadre de leur analyse de la rupture métabolique, Marx et Engels ne s’en sont pas tenus au cycle des nutriments de la terre, ou aux relations entre villes et campagnes. À divers moments de leur travail, ils ont évoqué des problèmes comme ceux de la déforestation, de la désertification, du changement climatique, de la disparition des cerfs des forêts, de la marchandisation des espèces, de la pollution, des déchets industriels, du relâchement de substances toxiques, du recyclage, de l’épuisement des mines de charbon, des maladies, de la surpopulation et de l’évolution (ou de la coévolution) des espèces. Par ailleurs, même si cela restait assez méconnu, dès 1861, l’effet potentiel du CO2 sur l’effet de serre planétaire était présenté par John Tyndall, dont les travaux étaient suivis avec attention par Marx.

De façon plus théorique, Engels a élaboré sur la vision dialectique du progrès et de ses effets sur la maîtrise de la nature, dans Dialectique de la Nature, publié à titre posthume. Il y écrivait : « Ne nous flattons pas trop de nos victoires sur la nature. Elle se venge sur nous de chacune d’elles. Chaque victoire a certes en premier lieu les conséquences que nous avons escomptées, mais, en second et en troisième lieu, elle a des effets tout différents, imprévus, qui ne détruisent que trop souvent ces premières conséquences. Les gens qui, en Mésopotamie, en Grèce, en Asie Mineure et autres lieux essartaient les forêts pour gagner de la terre arable, étaient loin de s’attendre à jeter par là les bases de l’actuelle désolation de ces pays, en détruisant avec les forêts les centres d’accumulation et de conservation de l’humidité. » – Dialectique de la nature, 1883

Les modes de production industriels et agricoles, sous régime capitaliste ou industriels, nous ont conduit aux effets que nous connaissons aujourd’hui : changement climatique, pollution de l’air, de l’eau, des sols, épuisement de ces derniers… Alors que sous l’influence du positivisme et d’une culture qui faisait du productivisme industriel la solution absolue pour répondre aux besoins de l’humanité dans le sens du progrès. Il est temps de retrouver cette intuition des premiers socialistes, qu’ils soient « utopiques » ou « scientifiques », qui permettaient de concilier écologie et progrès humain. Il est d’ailleurs intrigant de constater que les programmes du Parti socialiste dans les années 1970 faisaient plus de place aux enjeux environnementaux – avec une vision très critique (excepté le CERES) des risques inhérents à l’énergie nucléaire – que cela ne fut le cas dans l’exercice des responsabilités gouvernementales dans les années 1980, alors même que les socialistes au gouvernement ont d’une certaine manière accompagné le processus de désindustrialisation de la France. Les questions environnementales vont refaire leur apparition (timidement) dans les années 1990 sous l’effet de la concurrence politique de l’émergence tardive des écologistes.

Mais il ne s’agit pas de sombrer dans la caricature : le progrès de l’humanité ne se situe par selon nous dans l’abandon de l’activité industrielle et dans une « décroissance » qui condamnerait nos concitoyens à la paupérisation plutôt qu’à la « frugalité ». La lutte contre les inégalités sociales et économiques est évidemment inséparable du combat écologique ; nous n’avons qu’une planète, personne ne nous transfèrera de la Terre vers des lunes de Jupiter que l’on aurait préalablement terraformées. Au risque de désastre écologique et climatique que nous voyons à l’œuvre – et dont on ne sait pas aujourd’hui si nos efforts collectifs pourront l’éviter ou le circonscrire – peut également être substituer un autre risque : celui d’une confiscation par une caste ou une oligarchie d’une mode de vie « confortable » et hédoniste quand l’immense majorité de l’espèce humaine serait condamnée aux privations et à ne pas avoir accès en suffisance et en qualité aux « biens communs ».

Nous devons donc nous interroger sur la manière ou de sauver l’Humanité ou de limiter la casse ; dans les deux cas, cela impose tout à la fois de faire évoluer notre système de production, de le moderniser pour qu’il soit plus économe, moins prédateur, et en aboutissant à un objectif qui apparaît aujourd’hui comme la quadrature du cercle : réussir à faire vivre 9 milliards d’êtres humains de manière digne, alors qu’aujourd’hui seuls un à deux milliards sur sept vivent bien et que quelques millions bénéficient d’un mode de vie moralement indécent. Cela interroge à nouveau tout à la fois la question des outils de production et de création de richesses et la question de leur répartition, deux questions sur lesquels les socialistes devraient avoir quelque chose à dire mais ne sont vraisemblablement pas outillés aujourd’hui. Le temps est venu de reprendre le chemin qui avait été ouvert au XIXème siècle, et oublié entre temps, par Karl Marx & Friedrich Engels ou par les frères géographes libertaires Élie et Élisée Reclus afin de donner un véritable sens et contenu à l’écosocialisme. Il conviendrait au minimum de travailler à toutes les échelles sur la question de la planification écologique, qui représenterait une véritable révolution tant du point de vue la production et de son organisation que de celle de nos sociétés elles-mêmes.

Frédéric Faravel

(1) Friedrich Engels, Le rôle du travail dans la transition du singe à l’homme, 1876

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