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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

5 février 2020 3 05 /02 /février /2020 08:57
La jeune Mila lors de l'émission Quotidien le lundi 3 février 2020

La jeune Mila lors de l'émission Quotidien le lundi 3 février 2020

Depuis le déclenchement de l'affaire Mila, c'est-à-dire la révélation par quelques médias d'un mouvement de harcèlement cybernétique violent et haineux à l'égard de cette jeune femme, la presse écrite ou audiovisuelle - chaines d'information en tête - tentent de rattraper le temps perdu (pour elles) en posant le débat dans des formes caricaturales : on devrait adhérer ou rejeter ce que dit Mila et la façon dont elle le dit et malheureusement des responsables politiques (ou plutôt des has been en mal de couverture) alimentent cette dérivation. Il faut remettre les choses en place.

Personne ne demande de partager le point de vue de Mila, personne non plus ne dit que c’est de cette façon dont il faut s’exprimer... là n’est pas le sujet ! Pour ma part, je n'aurais pas dit ce qu'elle a dit, je n'aurais pas choisi ses mots, pourtant cette jeune femme a droit à tout mon soutien en tant citoyenne dont les droits doivent être respectés et la sécurité physique garantie. Ce devrait d'ailleurs être la mission et le seul discours des pouvoirs publics sur cette affaire.

Rappelons au demeurant que Charlie Hebdo, qui est certes un hebdomadaire satirique mais qui aborde sérieusement ses dossiers, exprime régulièrement sur les religions, les réacs et les bigots des propos parfois similaires à ceux de la jeune fille. Le fait que la publication soit satirique ne diminue pas la portée des arguments qu'ils développent à côté des caricatures, avec esprit, talent, réflexion... parfois avec outrance... Cela ne diminue pas non plus le fait que c'est bel et bien leur pensée qui est exprimée. Charlie avait été attaqué devant les tribunaux pour "les caricatures de Mahomet" : l'hebdomadaire avait tout à fait logiquement remporté le procès et heureusement. On sait ce que depuis ont donné les menaces de mort, c'est pour cela qu'il ne faut pas prendre à la légère les propos qui sont tenus contre Mila.

Pour ma part, je considère de plus que son entretien dans l'émission Quotidien fut grandement utile. On y voit une jeune femme posée, sans haine, qui sait que son mode d'expression était outrancier et qu'elle aurait dû argumenter son propos ; je trouve que cette jeune fille n'est pas une folle dangereuse inconsciente en pleine crise d'adolescence comme voudraient le faire entendre certains. Disons lui donc que malgré l'outrance de ses propos initiaux, elle n'est pas pour autant en tort.

En réalité, ce qui est en jeu c’est que cette jeune femme n’a fait qu’exprimer vertement un point de vue sur une idée, une croyance... et non sur des personnes... elle n’a appelé à la haine contre personne. FIN DE L’HISTOIRE : elle n’enfreint aucune loi... des gens peuvent exprimer des choses qui nous choquent ou nous indignent et ça arrive tous les jours dans le débat intellectuel, on accepte c’est exactement la même chose ici.

Rappelons les faits : cette jeune fille a d’abord été insultée, elle, pour sa personne, parce qu’elle avait repoussée des avances un peu insistantes et parce qu’elle était lesbienne, tout cela à grand renfort d’arguments pseudo religieux... C’est dans ce contexte qu’elle explique que « la religion c’est de la merde ». Donc les insultes ont commencé avant les propos qui lui sont reprochés par certains, ces propos ne pouvant justifier à un quelconque moment qu’elle soit menacée de viol ou de mort !

Le problème politique c’est que les gens qui sont censés défendre la liberté en République (sauf quelques uns comme la Gauche Républicaine & Socialiste) ont réagi tard ou pas du tout, que des personnalités comme Mme Belloubet ou Mme Royal donnent à penser qu’on pourrait rétablir le délit de blasphème en dénonçant une « atteinte à la liberté de conscience » et en confondant attaque sur les personnes et critique d’une idée... Il y a ici un réflexe surannée de personnalités, surtout Madame Royal qui cherche aussi à faire du Buzz, marquées par une forme de conservatisme bourgeois (et catholique, pour Mme Royal c'est évident).

Dans ce contexte évidemment la droite conservatrice et l’extrême-droite y voient un moyen supplémentaire de taper sur « les » musulmans (heureusement tous les Français de confession musulmane n’ont pas à être comptables des propos des abrutis qui ont menacé Mila ou du représentant du CFCM)...

Ajoutons à cela ce qui est décrit dans la tribune publiée par Le Monde sur l’influence de la jurisprudence de la CEDH concernant les rapports entre religions et société (https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/02/04/gwenaele-calves-avec-l-affaire-mila-un-vent-mauvais-s-abat-sur-la-liberte-d-expression_6028318_3232.html). En quelques mots : la position du droit français dans ce type d'affaire est d'une clarté parfaite comme l'illustre le classement sans suite de la demande d'instruction pour provocation à la haine ; la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l'Homme de Strasbourg influence des responsables politiques dont la réflexion idéologique a disparu.

Tout cela a évidemment des implications politiques dont il faut tirer les conclusions mais pas de la manière dont la presse le traite : il ne s’agit pas de savoir si on est d’accord avec les propos de Mila mais d’assurer qu’il n’y ait pas de tutelles religieuses explicite ou implicite sur les libertés publiques, la liberté d’expression et la règle républicaine en général... Lors du procès des caricatures de Mahomet, le président Chirac avait appelé Charlie à être un journal responsable ; plus personne n'aurait après les attentats de 2015 tenir les mêmes propos, mais dans une classe politique et un gouvernement largement décérébrés il semble que l'appel à l'autocensure ne suffise plus quand il s'agit des citoyennes et des citoyens.

Frédéric Faravel

Ségolène Royal et Nicole Belloubet, les vieilles bourgeoises contre Mila

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