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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 11:00

Nous avons du fait de la crise sanitaire en cours le "nez dans le guidon"... y compris pour les questions économiques qui sont posées, la visibilité et les débats du grand public se font à une échéance maximum de deux mois. Pourtant l'entrée franche dans une récession rarement vue impose de regarder à moyen et long terme les conséquences économiques de la crise sanitaire sur notre pays et l'Union européenne. C'était l'objet d'un long entretien donné par l'économiste atterré, David Cayla, Maître de conférence à l'université d'Angers et auteur de plusieurs essais, au média indépendant Le Monde Moderne.

J'ai essayé d'en traduire ci-dessous ce que j'en ai compris : nous allons devoir sortir des sentiers battus et sortir mettre fin au carcan ordo-libéral qui nous faisait déjà du tort avant la crise sanitaire.

Frédéric FARAVEL

De la crise sanitaire à la crise bancaire en Europe - Sortir du cadre pour s'en sortir

Le sommet européen du « Vendredi Saint » a donc débouché sur un plan de quelques 540 Mds d'euros qui pourrait être porté dans l'avenir au double. Trois principaux axes :

  • un appui européen de 100 Mds d'euros aux programmes de mise au chômage partiel ;

  • 25 Mds d'euros de fonds de la Banque Européenne d’Investissement (BEI), destinés à garantir 200 Mds d'euros de prêts des entreprises, mais il est bien évidemment que ces prêts ne seront accordés qu'aux entreprises rentables dont la BEI pourra prédire la solvabilité probable à l'issue de la crise, car sinon ses pertes seraient relatives à l'effet de levier qu'elle attend des 25 Mds garantissant les 200 ;

  • Enfin l'utilisation du Mécanisme européen de solidarité (MES créé en 2011 à la suite de la crise de l'euro) pour financer les services sanitaires et hospitaliers à hauteur de 2% du PIB, soit environ 240 Mds d'euros maximum. Seuls les pays subissant des taux d'intérêts élevés sont concernés, pouvant ainsi emprunter à des taux inférieurs à ceux du marché, car on ne voit pas ce qu'aurait à y trouver des États membres qui empruntent déjà à taux négatifs sur les marchés.

Le risque de fracture nord-sud de l'Union européenne toujours prégnant

La crise a été révélée de manière exacerbée au grand jour en 2011. Elle existait évidemment avant et n'est jamais redescendue réellement depuis. La crise pandémique renforce cette fracture : les États membres ne sont pas touchés de la même manière ; Italie, Espagne et France sont aujourd'hui plus affectées par l'épidémie que l'Allemagne ou l'Autriche, qui sont déjà des « pays créanciers ». La raideur des pays du nord se reproduit donc, ceux-ci craignant que l'aide accordée aux pays les plus touchés par le CoVid-19 déjà fortement endettés ne soit jamais recouvrée.

La réalité de la dette publique des pays du sud de l'UE n'est pas contestable (quelle qu'en soit la raison ou la légitimité) ; celle-ci va évidemment s'accroître après la crise sanitaire, leurs activités économiques étant à l'arrêt depuis plusieurs semaines. Aussi à ces dettes publiques s'ajouteront (quoi qu'en dise Macron) les dettes des entreprises et de très nombreuses faillites ; cela entraînera une fragilisation du secteur bancaire qui ira au-delà des États fortement atteints par le CoVid-19.

Nous sommes donc face à une sorte de répétition de la crise de 2008 avec des faillites bancaires pour lesquelles les États seront appelés à la rescousse afin de garantir le financement de l'activité économique et les comptes des particuliers. Si nous nous trouvions dans la situation d'un trop grand nombre de faillites bancaires, l'obligation pour les États de garantir aux particuliers à hauteur de 100 000 € leurs dépôts bancaires ne serait pas tenable, d'autant que l'endettement d'un très grand nombre d'États européens est important. L'Irlande avait ainsi sur un an accru son ratio dette/PIB de 60 points, passant de 30 à 90%, pour sauver son système bancaire, ce que n'avait pas pu faire l'Islande car le secteur bancaire équivalait 300% de son PIB ; elle n'avait sauvé l'épargne que de ses propres citoyens (ce furent les épargnants britanniques et néerlandais qui en firent les frais perdant de nombreux procès).

Le risque – à court et moyen termes – d'insolvabilité des États en difficulté est réel et inquiète évidemment les États du nord, qui auront par ailleurs de grandes difficultés à le faire accepter à leurs opinions publiques.

La fragilité systémique des banques du nord

À titre d'exemple, Deutsche Bank (DB) est à la fois l'une des plus grandes banques européennes et l'une des plus fragiles. D'une manière générale, les banques des États du nord de l'UE ne sont pas dans une santé plus éclatante. Cela est lié à la nécessité du recyclage de l'épargne. Allemagne, Pays-Bas ou Autriche ont de très forts excédents et dégagent une très forte épargne, qui doit se réinvestir dans des pays emprunteurs plus risqués.

Dans une crise telle que nous la subissons aujourd'hui, la faillite des entreprises italiennes, françaises ou espagnoles reviendra donc en boomerang sur les institutions financières « germaniques », qui sont les « premiers prêteurs ». Ainsi de manière contre-intuitive pour l'opinion publique allemande, l'Allemagne aurait largement intérêt à sauver l'économie italienne pour « sauver la DB ».

Ainsi si la crise bancaire s'étendait des pays du sud à l'ensemble de la zone euro, ce qui est une probabilité, l'épargne des ménages serait en danger.

La répétition du supplice grec ?

Les pays du nord veulent donc tout à la fois poser des conditions censées leur :garantir le recouvrement de leurs fonds, mais l'expérience a préalablement démontré que les cures d'austérité terriblement violentes imposées à la Grèce ne lui avaient pas permis de retrouver une solvabilité. Il y a même eu un défaut partiel de l'État grec puisqu'une partie (très insuffisante) de sa dette a été restructurée. Le remède a été pire que le mal : les violences imposées au peuple grec par la baisse de toutes les dépenses sociales, des salaires des retraites, la hausse des impôts, ont également provoqué une dégradation de l'activité économique bien plus forte que la réduction attendue des déficits, augmentant ainsi le ratio dette/PIB et dégradant la solvabilité du pays.

Si de telles mesures (déjà immorales pour la Grèce) étaient appliquées simultanément (de fait) à des économies nationales bien plus importantes que celle de la Grèce, nous aurions les mêmes résultats très fortement aggravés par un phénomène cumulatif qui provoquerait une dépression menaçant d'emporter le continent.

Cette incertitude à trouver une résolution à cette probabilité d'insolvabilité des États du sud de l'UE renforce dans un modèle ordo-libéral les réticences des États du nord à prêter.

L'Europe peut-elle éviter une crise bancaire ?

Le problème n'est pas tant la question de la dette publique ; la France va passer vraisemblablement de 98% à 120 voire 140% (au plus mal) de dette publique, avec les taux d'intérêts actuels, c'est malgré les intuitions du « bon sens » de nos concitoyens encore gérable.

Le principal problème est celui de la faillite des entreprises. Ces dernières années, elles ont beaucoup emprunté profitant des taux faibles, pour investir notamment dans le rachat d'autres entreprises (plus que dans le développement réel de leur « outil de production »). Les faillites dûes à la crise sanitaire se répercuteront sur leur créanciers, que sont les banques soit directement soit indirectement par les marchés financiers. Or les banques se prêtant entre elles des sommes importantes, une faillite bancaire causera des pertes à de très nombreuses autres banques. La difficulté actuelle et à venir est d'autant plus forte que l'arrêt ou le fort ralentissement de l'activité touchent tous les secteurs économiques et ce dans de très nombreux pays ; il n'y a donc pas de moyens pour une banque d'être à l'abri.

Le système bancaire est donc vulnérable à l'explosion de la dette privée et des faillites, menaçant l'épargne des ménages en bout de ligne. Comment éviter l'effondrement total ? Les États ne pourront pas payer pour tout le monde : 140% du PIB de dette publique pour la France c'est gérable, mais la seule BNP a un total d'actifs de 2000 Mds d'euros, ce qui est proche du PIB français, les montants atteints par une crise importante de plusieurs grandes banques ne sera pas gérable par la puissance publique qui ne pourra pas garantir tous les comptes.

Jusqu'ici l'État communique sur la sauvegarde des entreprises, afin tout à la fois de protéger l'emploi et en bout de chaîne d'éviter la crise bancaire. Il s'agit plus ici des déclarations sur la sauvegarde d'entreprises comme Air France que des dispositif de soutien aux TPE/PME qui nous l'avons déjà vu dans le décryptage des ordonnances sont totalement insuffisants. Les aides accordées aux TPE/PME ne compenseront jamais la perte d'activités actuelle qui se répercutera sur toute l'année. Nous risquons donc d'avoir des milliers de commerces notamment qui vont mettre la clef sous la porte dont l'effet cumulé sera important pour les banques. Le fonds de garantie de l'État mis en place pour inciter les banques à financer l'économie ne couvrira évidemment pas l'intégralité de ces pertes.

La nationalisation du secteur bancaire n'est pas une solution en soi, car le problème persisterait de savoir comment recréditer les comptes bancaires des particuliers et des entreprises. Nous serons donc confrontés au même dilemme que l'Islande : qui sauve-t-on, qui abandonne-t-on ? L'Islande y avait répondu par l'abandon des comptes des entreprises et ressortissants étrangers, les deux tiers des comptes correspondant à ces dernières catégories.

Cette solution ne peut être évidemment déclinée par la France, ces comptes étrangers n'étant pas suffisamment nombreux. Sauver les comptes des entreprises et les petits comptes sera sans doute indispensable, mais la barre des 100 000 euros paraît aujourd'hui extrêmement ambitieuse voire inatteignable.

Les banques sont aujourd'hui en capacité d'éponger 8 à 9% de leurs pertes par leurs capitaux propres ; si 10 ou 15% des créances qu'elles ont accordé disparaissent, elles seront de fait en faillite. La stratégie de déconfinement est donc très directement liée à cette capacité à faire redémarrer progressivement l'économie pour éviter que les faillites soient trop importantes pour être épongées par les banques, ce qui impacterait également durablement la consommation des ménages.

Imaginons un restaurant (cas qui n'est même pas encore envisagé en terme de reprise progressive le 11 mai 2020) de 50 couverts à qui l'on imposera probablement des restrictions pour respecter des distances entre clients : il passe à 20 couverts. Son chiffre d'affaire baissera, ses coûts de ressources humaines auront baissé sans doute (chômage à la clef) mais ses coûts fixes de capital (loyers, crédits...) vont perdurer avec des difficultés qui vont durer au moins un an jusqu'à la découverte d'un vaccin. La presse écrite et audiovisuelle sera confrontée à la chute des recettes publicitaires. Tout le secteur du tourisme et du transport ferré et aérien sera affecté durablement. Sans compter le fait que la France avait connu une croissance négative au dernier trimestre 2019.

L'annulation des dettes

Les États européens vont donc être confrontés immanquablement à la nécessité de l'effacement des dettes. L'annulation partielle ou totale des dettes publiques posant in fine moins de problèmes que celles de dettes privées, qui supposent la suppression des créances, or l'épargne des ménages dans les banques est une créance qu'elles ont sur les banques. Donc il faut trouver un moyen d'effacer les dettes en sauvant tout ou partie de l'épargne des ménages : théoriquement, la seule solution est le rachat par la Banque centrale de toutes les créances et qui n'en exige pas le remboursement. C'est en l'état interdit par les traités européens (on n'est plus à ça près) et surtout ce n'est pas vraiment le rôle d'une banque centrale qui est censée surveiller le système bancaire et non éponger les dettes des ménages, des entreprises et des États, mais cela aurait l'énorme intérêt de préserver l'épargne.

Cependant une question reste pendante : cette énorme monétisation des dettes engendrera-t-elle automatiquement une très forte inflation ? Les économistes sont en désaccord sur le sujet. Mais si les salaires n'augmentent pas excessivement, il n'y a pas de raison que l'inflation explose. La Fed et la BCE le font déjà en partie : la BCE s'est engagée ainsi à racheter les titres obligataires publiques à hauteur de 750 Mds d'euros, ce qui n'est pas si important mais a permis de relâcher la pression en faisant baisser les taux d'intérêts, notamment pour l'Italie qui voyait ses taux augmenter. C'est cette diminution de la pression qui permet aujourd'hui au gouvernement français de verser des aides sociales supplémentaires ou des garanties (faibles) aux entreprises. Le problème n'est pas temps sur l'action économique (attention on ne parle pas ici des mesures prises concernant le droit du travail) qui est menée aujourd'hui – on débat du curseur – mais de ce qu'il faudra faire dans 6 mois. L'expérience de 2008 nous a démontré qu'après un élan keynésien de quelques mois, les gouvernements ont tout de suite imposé des tours de vis austéritaires, en partie découlant des systèmes intellectuels et juridiques dans lesquels nous nous sommes contraints avec les traités européens.

Plus que jamais la question politique de l'effacement des dettes et du fonctionnement de la BCE va être posée, qui posera la question du carcan juridique dans lequel nous sommes coincés. La question du long terme, de l'écologie, de la relocalisation des activités et de la production fait également partie des solutions à imaginer

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