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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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11 juin 2007 1 11 /06 /juin /2007 08:58
Institutions et modes de scrutin
La logique des institutions de la Vème République vient de jouer à plein lors du 1er tour de l'élection législative ce dimanche 10 juin 2007. Renforcée par l'inversion du calendrier électoral décidée par Lionel Jospin (on ne refera pas l'histoire ici), les élections législatives font figure de formalité et de confirmation de l'élection présidentielle qui la précède d'un mois. Le régime qui en sort est donc plus fortement présidentialisé et la concentration des pouvoirs et de toutes les institutions nationales dans les mains d'une seule et unique formation politique - Présidence, Assemblée nationale, Sénat, CSM, CSA, Conseil constitutionnel - crée une situation inédite et probablement assez dangereuse.
On pourrait au regard de la logique institutionnelle et pour redonner un minimum de respiration au débat démocratique, s'il ne vaudrait pas mieux in fine que les élections législatives soient finalement programmées le même jour que l'élection présidentielle ; cela pourrait éventuellement ouvrir le jeu et éviterait peut-être le facteur amplificateur que nous connaissons aujourd'hui. Car paradoxalement le score du PS et de ses alliés immédiats n'est pas déshonorant (entre 28 et 29%), il est même meilleur qu'en 2002, mais les projections actuelles en siège donnent une marge d'incertitude importante allant de 60 à 180 sièges (soit du simple au triple !?!) pour le Parti socialiste, le Parti Radical de gauche et les Verts - les législatives venant sans doute de signer l'acte de décès du Mouvement républicain & citoyen de Chevènement. Mais on se gardera de construction d'agenda électoral au regard des expérimentations hasardeuses précédentes et de l'absence totale de contrôle quant aux conséquences de tels réagencements.
Par contre la question du mode de scrutin reste entière car on ne voit pas très bien vers où avance l'UMP et Nicolas Sarkozy quant à l'introduction d'une dose de proportionnelle pour les prochains scrutins. Maurice Leroy appelait de ses voeux hier soir à limiter à 477 le nombre de circonscriptions territoriales et à élire 100 députés à la proportionnelle sur une liste nationale ; cette solution semble simple mais elle comporte l'écueil de rendre plus complexe encore l'équilibre des circonscriptions territoriales dont la légitimité souffre de n'avoir pas été redécoupées de 1986 ! J'avais proposé lors de mon adhésion au PS en 1993 que l'on fasse une distinction entre départements denses et départements moins peuplés, par exemple en proposant le scrutin proportionnel à la plus forte moyenne (avec un seuil minimal de 5%) pour les départements au-delà de 250 habitants au km² et en gardant le scrutin de circonscription majoritaire à deux tours pour tous les autres. Cette solution me paraît concilier à la fois le besoin de s'appuyer sur une majorité parlementaire et de représenter plus fidèlement les choix politiques des citoyens.

Ce que dit le premier tour des législatives sur la Gauche et la campagne des présidentielles
Passons maintenant aux conséquences politiques du scrutin et aux conséquences des petits jeux des uns et des autres dans ce scrutin.
Je ne ferai pas de commentaires sur l'UMP et ses vassaux centristes ; ils ont joué leur partie, celle du soutien indéfectible au président nouvellement - et bien - élu, l'appel à lui donner une majorité et l'annonce que l'on allait enfin changer les choses dans ce pays. C'était leur rôle, ils l'ont tenu.
La défaite de la gauche au niveau où elle est annoncé ou le niveau de difficultés que rencontrent aux lendemains du premier tour un certain nombre de personnalités éminentes du Parti socialiste et de ses alliés (Bianco, Dray, Menucci, Peillon, Montebourg, Chevènement) démontrent s'il en était encore besoin que les projections réalisées en tenant compte des résultats par circonscription des élections présidentielles étaient irréalistes et décalées. Le fait que Ségolène Royal soit arrivée en tête dans 200 circonscriptions ne permettaient pas de préjuger de la capacité de la Gauche à y faire élire des députés. En effet, on sent bien là combien les votes en faveur de Ségolène Royal les 22 avril et 6 mai derniers se sont faits selon une logique défensive : l'électorat de gauche s'est mobilisé au premier tour de l'élection présidentielle en faveur de Ségolène Royal pour éviter l'élimination du second tour et une répétition du 21-Avril ; tandis qu'une partie de l'électorat de centre gauche était tenté par la candidature Bayrou, nombres d'électeurs communistes, écologistes, altermondialistes ou trotskystes ont voté dès le premier tour pour Mme Royal. Le second a vu quant à lui fonctionner à plein la logique Anti-Sarkozyste pour permettre à Ségolène Royal de se hisser à 47% des suffrages exprimés avec une forte participation ; Jérôme Jaffré notait que si l'on retirait les suffrages des électeurs motivés par le rejet de l'un ou l'autre candidat, Nicolas Sarkozy l'aurait emporté avec 61% des suffrages exprimés. Ségolène Royal a donc été portée au premier comme au second tour par une logique défensive et négative, il n'y a pas eu d'adhésion à sa candidature, il n'y a pas eu d'adhésion au projet de la gauche - le projet du Parti socialiste ayant peu à peu été largement déformé au court de la campagne par la candidate qui multipliait les annonces nouvelles non préparées -, tandis que la campagne de Ségolène Royal portait insuffisamment sur les préoccupations majeures de l'électorat (emploi, pouvoir d'achat, éducation, logement) pour emprunter des thématiques dont l'interprétation générait une ambiguité politique peu engageante (ordre juste, refus de l'assistanat, autorité, nation, drapeau, "valeur travail" dont rapidement on a vu la droite réussir à en imposer l'interprétation dans un sens réactionnaire, sans que ne vienne clairementde Mme Royal la revendication du plein emploi, du bon emploi...). Outre le fait qu'il était assez évident qu'une partie des électeurs de Mme Royal au premier tour retournerait sur les candidatures plus traditionnelles (communistes et écologistes...), la forte mobilisation des jeunes de banlieues, des précaires et des minorités pour maintenir la gauche au premier tour des présidentielles et rejeter Sarkozy au second tour s'est logiquement tarie lors des législatives. L'abstention qui a ainsi augmenté parfois de 25 à 30 points dans certaines circonscriptions entre les deux scrutins n'a été que faiblement compensé par le retour d'une très légère partie de l'électorat de centre gauche bayrouiste. Cette situation explique le score à la fois honorable du Parti socialiste mais également les projections incertaines en sièges pour le second tour. Lors des présidentielles il ne s'est en fait rien levé, il n'y a pas eu d'enthousiasme, il n'y a pas eu d'adhésion, malgré l'illusion de cette grande fraternité qui s'était incarnée lors du concert de Charléty le 1er mai 2007 ; on ne mobilise pas dans un second scrutin des personnes qui fondammentalement n'adhère pas au projet  qu'on leur a soumis aux présidentielles, encore moins à un projet qu'ils ne connaissent pas... La question de la prise de conscience et de la formation politique de cet électorat Royal défensif est primordiale si la Gauche veut reconstruire une dynamique dans les années prochaines.
J'ajouterai pour conclure que l'image donné par le Parti socialiste - ou plus exactement par certains  de ces responsables - n'a rien fait  - au contraire - pour créer une quelconque volonté de rééquilibrer quelque peu la défaite du 6 mai 2007. L'appel unilatéral à la non concentration des pouvoirs n'était pas mobilisateur, il eût sans doute mieux valu le compléter par un appel à soutenir un rebond et une reconstruction, mais cette posture était finalement rendue impossible par l'attitude de nombre de nos leaders.
Depuis le 6 mai 2007 au soir, Dominique Strauss-Khan, Ségolène Royal et Manuel Valls - entre autres - se sont complus à stigmatiser devant les médias les handicaps et les errements des socialistes, compliquant par là même la tâche aux militants et aux candidats sur le terrain : comment voulez-vous faire voter socialiste quand vos responsables parcourent radio et télés pour dire que le PS est en dessous de tout. Leur appel à la refondation ou à la rénovation - qu'ils ont par ailleurs rejeté pendant 5 ans - a été développé selon un mode négatif et leur portée médiatique oblitérait toute autre vision et discours dynamique et positif de la refondation de la gauche.
Ces trois responsables ont par ailleurs donné à penser aux électeurs de gauche que le combat était perdu d'avance et qu'il n'y avait donc plus lieu de le mener, que l'essentiel était ailleurs, notamment dans la nuit des longs couteaux, le nettoyage du Parti socialiste qui suivrait une défaite, nettoyage qui finalement serait d'autant plus efficace que la défaite serait écrasante. Quelques soient les tords, la responsabilité accablante et les erreurs de François Hollande, l'ambiance de règlement de compte à son égard, la déloyauté systématique vis-à-vis du Parti, a fatalement accentué les faiblesses électorales de la gauche.
Enfin, une fois de plus, il y a eu multiplication des incohérences et des chassés-croisés dans la manière de mener campagne. Le premier secrétaire paraissait isolé ; l'ancienne candidate revenue tardivement dans la campagne a multiplié les déclarations sans concertation avec le Parti, annonçant sa future candidature pour la conquête de l'appareil (on vous l'a dit les législatives étaient finalement accessoires), promettant à de nombreuses équipes de campagne un déplacement qu'elle ne pouvait toujours honorer (démobilisation et désorganisation de campagne assurées) et initiatives stratégiques décalées comme cette annonce qu'elle rencontrera François Bayrou entre les deux tours (des législatives cette fois-ci) alors que le président du MoDém vient d'être lessivé par la droite (il n'a donc plus rien à offrir et reste sans colonne vertébrale politique et culturelle) et que la tentation du Centre est de nature à gêner aujourd'hui le rassemblement de la gauche au second tour pour sauver les meubles.

Les perspectives à Gauche sont inquiétantes, loin de ramer dans la même direction, une partie des leaders socialistes tirent leurs équipes dans des directions différentes. Les élus et responsables communistes peinent à digérer et intégrer la bérézina complète et définitive du PCF et pourraient être tentés par le repli identitaire et suicidaire.
Au-delà de ce constat très noir, il reste nécessaire et vital que partout où c'est encore possible de mobiliser les abstentionnistes pour maintenir le maximum d'élus socialistes crédibles et refondateurs, afin d'engager dès l'été le long processus de préparation de l'alternative avec toutes les composantes de la Gauche.

Frédéric FARAVEL

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Published by FARAVEL - dans Parti Socialiste
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