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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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13 juin 2007 3 13 /06 /juin /2007 15:55
"Avec la TVA sociale, il y a bien une perte de pouvoir d'achat"
LEMONDE.FR | 07.06.07 | 12h52  •  Mis à jour le 13.06.07 | 16h38

L'intégralité du débat avec Xavier Timbeau, directeur du département Analyse et Prévision de l'OFCE, centre de recherche en économie de Sciences Po. En partenariat avec l'OFCE., mercredi 13 juin, à 15 h .

enoit : Quels sont les éléments objectifs qui permettent de penser que l'inflation pourrait être de retour et quels sont les principaux arguments des tenants de cette thèse ?

Xavier Timbeau : Les éléments objectifs sont assez peu nombreux.

Il y a 1) les indices de prix à la consommation publiés chaque mois. Pour faire un panorama rapide, en gros, ils sont stables et bas en Europe, ils sont, après avoir légèrement accéléré à la fin de l'année 2006, aux Etats-Unis, revenus à des niveaux très contrôlés ; ils ont tendance à accélérer légèrement au Royaume-Uni, et un tout petit peu dans les pays d'Asie en développement.

En revanche, au Japon, les indices de prix caractérisent toujours une situation de déflation. De ce côté-là, les développements récents (depuis le début 2007) ne sont pas porteurs d'inquiétudes.

2) Deuxième indicateur : les prix de l'énergie, des matières premières.

Là, effectivement, on assiste à des tensions sur les prix qui sont liées à des demandes de matières premières et de pétrole très importantes.

Mais ce qui avait été un des facteurs de la cause de l'inflation dans les années 1970 ne paraît pas se transmettre en spirale inflationniste.

3) Troisième élément : le développement des stocks de monnaie, de la masse monétaire, en particulier le développement des crédits, qui se vérifie dans pratiquement toutes les économies du monde.

Et pour un monétariste acharné, il y a là effectivement un signe particulièrement fort de risque inflationniste. La masse monétaire en Europe, par exemple, croît à plus de 10 % par an.

Cela étant dit, le développement d'outils financiers très sophistiqués et l'accès à des instruments de liquidité par l'ensemble des agents rend les mesures de la masse monétaire complètement illusoires et désavouent cette mesure en tant qu'indicateur d'inflation.

4) 4e élément : les développements récents sur les taux d'intérêt longs, et en particulier leur remontée récente. On pourrait penser que celle-ci est due à des craintes inflationnistes. On n'a pas beaucoup d'éléments pour étayer cette thèse.

Si la hausse des taux est indéniable, elle peut être liée à d'autres facteurs que l'inflation. D'autre part, si l'on regarde les obligations indexées qui sont censées révéler dans l'évolution des taux la partie liée à l'inflation, on s'aperçoit qu'elles ne révèlent pas d'élément notable d'accélération de l'inflation.

5) dernier élément, souvent avancé par la BCE : l'amélioration de la situation du marché du travail en Europe, qui pourrait à moyen terme conduire à des augmentations de salaires, ce qui pour la BCE porte le germe d'une inflation.

Ce dernier élément pourrait être discuté longuement, mais jusqu'à maintenant, les évolutions salariales ont plutôt été un facteur de déflation en Europe, il est donc toujours réjouissant de voir la BCE voir, de ce côté-là, un risque d'inflation.

toto : Il fut un temps (années 1970) où l'inflation finançait notamment les crédits contractés pour le logement. L'inflation résorberait aussi le poids de la dette. Alors pourquoi la craindre ?

Xavier_Timbeau : C'est une remarque excellente, et c'est la raison pour laquelle aujourd'hui, justement, il faut craindre l'inflation. On hérite de 15 ans de lutte avec succès contre l'inflation. Cette lutte a été coûteuse en termes de croissance, de chômage.

Mais cette période d'inflation très basse a permis un développement spectaculaire des relations financières, et donc le développement du crédit, que ce soit pour un ménage, pour des entreprises ou pour des Etats.

Mais l'équilibre bien compris de ce développement financier est que le créancier y trouve aussi son compte.

Aujourd'hui, donc, un retour de l'inflation se traduirait principalement par un formidable retour en arrière en matière de développement du crédit et des relations financières.

Un retour de l'inflation induirait aussi, puisque les niveaux d'endettement sont très élevés, des transferts de revenus considérables entre ceux qui sont endettés à taux fixe, qui y gagneraient fortement, ceux qui ont prêté à taux fixe, qui y perdraient énormément, ou ceux qui ont prêté à taux variable, qui y perdraient.

Un point par exemple de taux d'inflation induirait des transferts entre agents économiques comparables à une augmentation du prix du pétrole de 30 dollars. Il y a là matière pour un séisme dans l'équilibre actuel de l'économie mondiale tout à fait important. Il y aurait des gagnants, mais aussi beaucoup de perdants.

Et à moyen terme, on y perdrait la confiance dans le système financier.

Moubarack : Quel est le bon niveau d'inflation pour l'Europe, tenant compte de ses besoins en créations d'emplois?

Xavier Timbeau : C'est une question importante parce que le bon niveau d'inflation est un niveau bas, mais en même temps ce bas niveau d'inflation doit autoriser des variations de l'inflation, et donc il doit être bas en moyenne (si le prix du pétrole s'accélère, pourquoi ne pas avoir une accélération de l'inflation ?).

Par ailleurs - thèse développée aux Etats-Unis -, le niveau de l'inflation ne doit pas être trop bas pour ne pas risquer de tomber dans la déflation.

Et l'argument est assez simple : quand on entre en déflation, il est très difficile d'en sortir, comme le montre tous les jours le cas de l'économie japonaise.

Donc en résumé, il faut un taux d'inflation bas, mais avec une règle souple et une grande prudence pour ne pas tomber dans la déflation. Cela conduit à une inflation souhaitée pour la zone euro probablement supérieure à celle que la BCE a en tête.

clo : Pourquoi la BCE augmente encore son taux directeur (4 %) alors que le taux d'inflation annuel reste proche de 2 % ?

Xavier Timbeau : L'argument de la BCE est de dire : la politique monétaire met du temps à produire ses effets, donc ce qui compte, ce n'est pas l'inflation aujourd'hui, mais l'inflation dans neuf mois.

Or, en Europe, le chômage a baissé, donc il va y avoir des tensions sur les salaires et il faut au moins remettre la politique monétaire à la neutralité.

Evidemment, cela pose un lourd problème qui est : est-ce que cette anticipation d'un lien entre baisse du chômage et inflation à 9 mois est fondée ou pas ?

Ou est-ce que le taux de chômage de la zone euro peut descendre en dessous de 7 % sans que pour autant il y ait inflation ? La réponse à cette question de la BCE est non.

Et ce n'est pas très réjouissant pour les perspectives d'évolution du chômage en Europe.

La BCE a une stratégie aujourd'hui qui est l'exact opposée de la stratégie de Greenspan dans les années 1990, période où le chômage aux Etats-Unis est passé de 8 % à 4 % et où la croissance y est passée de 2 % à 4 %.

Dans cette période, Greenspan a choisi la voie du pragmatisme absolu et avait décidé de ne pas croire aux prévisions d'inflation. Avec le recul, il a eu raison.

t : L'euro fort est-il le meilleur moyen de lutter contre l'inflation en Europe?

Xavier Timbeau : Oui, c'est un des moyens pour lutter contre l'inflation en Europe. Mais il faudrait qu'il y ait de l'inflation en Europe.

L'euro fort a des avantages : il nous permet d'acheter à bas prix ce qui est fabriqué ailleurs dans le monde ; et il a un coût : nous perdons en compétitivité, en attractivité, et nous localisons de moins en moins de productions sur le territoire européen.

Donc à un moment donné, il faut faire un choix entre ces deux éléments, le positif et le négatif. Et on est probablement aujourd'hui dans un coin : on a choisi à outrance davantage de pouvoir d'achat au détriment de davantage de compétitivité.

josy : La hausse des matières premières est là ! L'immobilier est déjà une bulle en Espagne... et vous ne croyez toujours pas à une reprise de l'inflation ?

Xavier Timbeau : Je ne vois pas aujourd'hui, dans ces éléments-là, matière à craindre l'inflation.

Il y a un risque inflationniste qui existe, mais il est lié à un élément beaucoup plus subtil : les politiques monétaires menées dans chaque pays voient leurs effets dilués sur l'ensemble du monde, et poussent les banques centrales, soit à de l'insouciance ou à l'indifférence, soit à surréagir, en luttant trop fort contre l'inflation ou en se battant désespérément contre la déflation.

L'inflation étant devenue un phénomène essentiellement global, il faudrait, pour la maîtriser complètement, une politique monétaire globale. Or aujourd'hui, la politique monétaire est tout sauf globale.

C'est ce qui porte un risque d'instabilité de l'évolution des prix mondiaux, un risque à la fois d'inflation ou de déflation. Et, du fait des interdépendances financières, c'est un risque qui aurait des conséquences considérables sur l'économie réelle.

La bulle immobilière en Espagne ne fait qu'illustrer le découplage entre les conditions locales et les phénomènes globaux. Mais il n'y a pas de raison de penser que l'inflation immobilière en Espagne va gonfler jusqu'à devenir une inflation mondiale.

coassak : Comment s'explique l'affirmation selon laquelle les prix ne grimperont pas malgré l'instauration d'une TVA (sociale !) supérieure ?

Xavier Timbeau : Si l'on fait une TVA sociale pure, c'est un schéma dans lequel on augmente d'un côté la TVA et de l'autre on baisse les cotisations sociales employeurs.  Pour chaque milliard de recettes de TVA en plus, on abaisse le coût des entreprises d'autant.

Donc si tout se passe bien, d'un côté les prix de production baissent, et de l'autre côté les prix TTC compensent cette baisse des prix de production.

Cela n'est pas vrai pour les produits exportés, qui ne font que baisser, et pas vrai pour les produits importés, qui, eux, augmentent.

Donc l'affirmation selon laquelle la TVA sociale n'augmentera pas les prix est vraie si tout se passe bien et si on fait la moyenne entre le prix des produits importés et celui des produits exportés.

En revanche, la TVA sociale conduit bien à prendre du pouvoir d'achat au consommateur, car il va payer plus cher les produits importés, pour favoriser la compétitivité des entreprises. Du côté du consommateur, il y a bien une perte de pouvoir d'achat.

Asimov : En cas d'instauration de la TVA sociale, ne pensez-vous pas qu'il y a un risque que les entreprises, pour ne pas être accusées de favoriser l'inflation, ne la répercutent sur les produits en jouant sur la qualité ou la quantité, ce qui leur permettrait de donner l'illusion que les prix restent inchangés tout en conservant leurs marges ?

Xavier Timbeau : C'est un risque. Les entreprises ont tout un tas de stratégies pour manipuler leurs prix.

A cela, a priori, une remarque s'impose : si la concurrence est grande entre les entreprises, qu'elles jouent sur leurs prix ou sur la qualité des produits, la sanction du marché finit par arriver.

Donc en conclusion, ce phénomène est d'autant plus probable que les entreprises ont un pouvoir de marché, et en revanche, il est d'autant moins probable qu'elles sont exposées à une concurrence féroce.

Renault aujourd'hui aura beaucoup de mal à jouer de cet effet, car ses produits sont scrutés dans toutes les dimensions, de la qualité et du prix.

Par contre, dans le secteur des télécoms, le pouvoir de marché est plus grand, donc la capacité de manipulation est aussi plus grande.

doudou : La TVA sociale est censée pénaliser les importations. L'Allemagne, notre plus grand partenaire européen, a mis en place cette TVA. Sait-on si nos exportations là-bas en ont pris un coup ? Et dans quelle mesure ? Peut-on alors penser que, petit à petit, si chaque pays met en place cette taxe, tous nos produits seront pénalisés ?

Xavier Timbeau : La TVA sociale joue comme une dévaluation, elle accroît la compétitivité.

Quand un pays la fait, il gagne en compétitivité, mais la contrepartie automatique, c'est que ses voisins perdent en compétitivité. C'est un jeu à somme nulle.

Donc c'est tout le débat autour de la TVA sociale : doit-on la faire parce que les Allemands l'ont fait, pour regagner la compétitivité qu'ils ont gagnée sur nous ?

Et les avantages de cette TVA sociale ne seront-ils pas perdus quand les Espagnols ou les Italiens feront pareil ?

Aujourd'hui, en tout cas, les effets sur le commerce extérieur sont tout à fait caractéristiques, puisque l'Allemagne a un commerce extéieur florissant, alors que la France, l'Espagne, l'Italie ont un commerce extérieur très dégradé.

On peut même montrer que l'Allemagne a perdu des parts de marché hors de la zone euro, subissant comme les autres l'appréciation de l'euro, mais qu'elle a gagné des parts de marché à l'intérieur de la zone euro.

nil : Peut-on craindre une spirale inflationniste en Chine ? Aurait-elle des impacts au niveau mondial ?

Xavier Timbeau : On peut craindre beaucoup de choses en Chine : une spirale inflationniste, du surinvestissement, qui conduirait à une spirale déflationniste, une accumulation de mauvaises créances par le système financier, donc des mécanismes de récession à la japonaise.

On peut craindre soit une crise de change, soit que la Chine soit l'acteur d'une crise de change sur le dollar, car la Chine possède des réserves phénoménales. Et l'économie chinoise a un poids aujourd'hui dans l'économie mondiale qui est de moins en moins marginal.

Donc une crise massive en Chine aura des conséquences sur le reste du monde.

Cela étant dit, imaginons qu'il y ait une déflation ou une crise inflationniste en Chine, la globalisation, et en particulier la globalisation de la production, conduira à une réallocation de la production, non plus du monde vers la Chine, mais de la Chine vers le reste du monde.

Donc, assez rapidement, la crise chinoise serait contenue dans le territoire chinois. L'exemple du Japon est encore frappant à cet égard, puisqu'au début des années 1990 le Japon est entré dans une crise de déflation très grave, et qui finalement n'a pas eu beaucoup de conséquences, sauf peut-être l'émergence de la Chine.

Donc une crise en Chine serait probablement absorbée par l'économie mondiale.

Il y a encore une profonde différence à cet égard entre les Etats-Unis et la Chine. Une crise dont le point de départ serait les Etats-Unis serait plus lourde de conséquences qu'une crise dont le point de départ serait la Chine.

Pignouf : Une exonération fiscale des intérêts pour l'achat d'immobilier en France ne risque-t-elle pas d'augmenter le demande de logements sans augmenter l'offre, et donc de faire augmenter les prix (alors que l'on commence à voir un ralentissement de la hausse des prix) ?

Xavier Timbeau : Le mécanisme est très bien décrit : la déduction des intérêts d'emprunt va augmenter le pouvoir d'achat des ménages qui souhaitent emprunter ; en gros, au maximum, pour un couple, cela correspond à une augmentation du pouvoir d'achat de 7 500 euros, soit, si on prend une transaction moyenne à 150 000 euros, un gain de pouvoir d'achat de l'ordre de 5 %.

Le gain de pouvoir d'achat est instantané, le marché immobilier met beaucoup de temps à ce qu'il y ait de nouvelles constructions, donc le pouvoir d'achat a tendance à se matérialiser sous forme de hausse des prix.

Comme là le pouvoir d'achat augmente de 5 %, l'ordre de grandeur de l'augmentation des prix sera de 5 %.

e chiffre est à relativiser. Ces dernières années, on a connu des hausses de l'ordre de 15 % par an. Le chiffre de 5% reste donc modéré tout en restant significatif.

nil : Est-ce qu'il existe toujours une relation significative entre l'inflation et les anticipations des agents (ménages et industriels) en matière d'inflation?

Xavier Timbeau : On ne peut malheureusement pas répondre à cette question. C'est le problème pour la conduite de la politique monétaire. Les anticipations d'inflation sont aujourd'hui bloquées sur les cibles d'inflation des banques centrales.

Et les anticipations aujourd'hui ne reflètent que la confiance qu'ont les agents dans les banques centrales.

Tant que les agents ont confiance dans les banques centrales, ils sont convaincus que l'inflation ne dépassera pas, par exemple 2,5 %, donc ils situent leur anticipation d'inflation en dessous de ce plafond. Du coup, leur anticipation d'inflation ne fait que révéler leur confiance dans la Banque centrale.
 
En revanche, les anticipations d'inflation, si cette confiance venait à disparaître, ferait un bond rapide, montrant un profond changement de nature dans la façon dont les agents se mettent à anticiper l'inflation.

Mais jusqu'à maintenant, rien n'est venu perturber cette confiance.

pascal : Pensez-vous qu'il y a un écart important entre l'inflation telle qu'elle est perçue et l'inflation réelle ? Quels facteurs expliquent ce décalage ?

Xavier Timbeau : Il y a une différence entre l'inflation perçue et l'inflation mesurée, en tout cas en zone euro, et ce phénomène est très développé depuis l'introduction de l'euro.

Il y a une part de facteur psychologique qui a été largement avancée et argumentée par les banques centrales de la zone euro, qui ont beaucoup insisté sur ce caractère psychologique de cet écart de perception.

En revanche, il y a peut-être un peu plus d'attention à accorder à cet écart et il faut en chercher la signification. Probablement ce que les économistes appellent l'inflation ne correspond pas exactement à ce que les consommateurs appellent l'inflation.

Pour ceux-ci, c'est plus une notion de pouvoir d'achat que le concept beaucoup plus étroit d'inflation des banques centrales.

Cela peut expliquer aussi ce hiatus croissant qui existe entre, d'un côté, une situation économique dans laquelle on avance souvent une inflation faible, voire un risque de déflation, et de l'autre, un sentiment de pouvoir d'achat très dégradé.

Les deux ne sont pas incompatibles, mais aujourd'hui, probablement, les banques centrales refusent l'interpellation

Chat modéré par Pauline Schatz

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