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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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4 juillet 2007 3 04 /07 /juillet /2007 10:21
Après sa deuxième défaite électorale consécutive (ce qui dans l'histoire politique des 30 dernières années au Québec reste relativement normal), le Parti Québécois traverse une crise profonde. Celle-ci est avant tout dû au fait d'avoir été devancé par un petit parti néo-libéral et populiste emmené par un certain Mario Dumont - l'Action Démocratique du Québec -, chez qui certains de nos compatriotes ne manqueraient pas de reconnaître Nicolas Sarkozy (en moins petit).
Le gouvernement sortant mené par le libéral québécois Jean Charest - mais conservateur canadien (oui je sais c'est compliqué) et au demeurant le plus mauvais premier ministre que la province ait connu - s'est amintenu de justesse, constituant un gouvernement minoritaire qui n'a dû sa survie qu'à l'abstention du PQ sur le budget provincial après que ce dernier eût fait monter les enchères. Le Parti Libéral Québécois s'interroge lui-même sur les erreurs qu'il a commises alors que la conjoncture économique le portait tout seul. Et il est sûr que le défi lancé par l'ADQ ne concerne pas seulement le traditionnel parti de la gauche francophone, mais le mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour et le découpage des comtés assurent au PLQ grâce au vote des anglophones d'une trentaine de circonscriptions de Montréal et de l'Ouest du Québec une assurance-électorale et lui évitent des interrogations trop criantes.

Le PQ a pour la première fois depuis longtemps subi une légère concurrence sur sa gauche : devant l'affadissement de son projet économique et social - du moins celui présenté dans la campagne électorale menée par André Boisclair - il a aidé à l'émergence du groupuscule Québec Solidaire et du parti des Verts, permettant également au Nouveau Parti Démocrate - aile canadienne et plutôt anglophone de l'internationale socialiste - de se faire un peu entendre au Québec. Cette concurrence dans un système électoral conçu pour favoriser et aggraver le bipartisme était fatale - puisque les 5 points qui manquaient aux candidats du PQ face à l'ADQ et au PLQ dès le 1er tour n'étaient plus rattrapables ensuite ; mais comme en France en 2002, il n'est pas ici question d'expliquer que la faute réside dans l'existence de la concurrence, car si la concurrence a eu une audience qu'elle n'avait pas auparavant c'est le parti dominant n'a pas su se faire entendre de son électorat traditionnel ou qu'il a abandonné pour de nouvelles lunes des priorités désormais prises en charge par de nouveaux éléments.
Ainsi donc le Parti Québécois vient de découvrir qu'il n'est plus le seul parti de la gauche québécoise et francophone, mais qu'il n'est plus non plus le seul parti des autonomistes et des indépendantistes, car en atténuant son discours sur l'indépendance du Québec il a crédibilisé la nouvelle option autonomiste, défendue sans beaucoup de convictions pourtant par l'ADQ. Autant en 2003, les péquistes pouvaient croire que l'alternance après 8 ans et demi de gouvernement avait logiquement porté les libéraux au pouvoir ; ils pouvaient croire aussi que l'antifiscalisme portait l'ADQ dans une population francophone qui s'en retournerait au PQ après quelques années de gouvernement libéral - qui se serait chargé au passage de baisser les impôts - , ainsi l'ADQ sans s'ancrer durablement dans le paysage politique (5 députés seulement en 2003) avait pour principale conséquence  d'amplifier la victoire libérale en permettant aux libéraux de passer devant des péquistes dont ils avaient subtilisé une partie de l'électorat.
Voilà ce que pouvait se dire encore en 2003 un PQ soucieux avant tout de ne pas se poser trop de questions douloureuses et de porter trop loin l'inventaire des trois gouvernements péquistes entre 1994 et 2003. Mais voilà ce qu'aujourd'hui il ne peut plus se dire à moins de renouveller l'erreur d'analyse qui l'a  conduit à devenir le troisième parti de l'Assemblée nationale à Québec en 2007. Et il ne faudra pas qu'il se réjouisse trop vite des erreurs commises dans l'épisode du budget libéral 2007 par Mario Dumont - le statut minoritaire du deuxième gouvernement Charest, la bêtise de celui-ci et l'exaspération des québécois vis-à-vis de ce gouvernement pourraient bien conduire à des élections anticipées à court terme (à moins que le PQ ne se sacrifie dans le silence pour maintenir ce gouvernement quitte à brouiller un peu plus son image), et l'ADQ bénéficiant de l'aura de la nouveauté puisqu'elle n'a jamais exercé les responsabilités pourraient sortir vainqueur d'un prochain round anticipé.
La Parti Québécois s'est cherché des hommes providentiels pour gagner les élections. L'environnement anglo-saxon joue par ailleurs à plein dans la Belle Province sur le mimétisme dans les comportements politiques, car désormais comme dans le Parti démocrate américain c'est le chef ou le candidat qui fait le programme plutôt que le Parti et les militants qui choisissent le candidat en cohérence avec le projet qu'ils ont bâti. Le Parti Québécois ne semble jamais ne s'être remis du décès de René Lévesque (comme le PS de Mitterrand), son fondateur et son premier Premier Ministre. Après l'élection d'une nouvelle majorité péquiste sur son projet défendu par Jacques Parizeau, l'échec serré du 2nd référendum sur l'indépendance a conduit ce dernier à quitter le pouvoir, le péquistes appelant à la rescousse Lucien Bouchard, chef du Bloc Québécois à Ottawa, mais introduisant une incohérence grave entre le projet social-démocrate porté par le parti et les sensibilités conservatrices du chef. L'air du temps et cette incohérence ont sérieusement attaqué la lisibilité du programme économique péquiste, même si Bernard Landry, successeur de Bouchard en 2000, a redonné quelques feus à un néo-keynésianisme nord-américain. Soumis à de fortes pressions, la doctrine économique du parti s'est évanoui pour sombrer dans un libéralisme matiné de solidarité. Et quand il s'est agi de désigner le chef, André Boisclair semble avant tout avoir gagné sur sa jeunesse, sa "branchitude" et sa modernité que sur l'examen raisonnable de ses propositions : résultats le programme du PQ déjà bien affadi a été rangé dans un placard et il ne fut plus question de durant la campagne. La sociale-démocratie était atone et l'indépendance nationale fort peu revendiquée : les deux fondammentaux du PQ disparaissaient du paysage.

Nos camarades du SPQ libre ont publier un note détaillée dans l'édition du 19 mai du Devoir (cliquer ici) sur ce qui a mené selon eux à l'échec et c'est assez intéressant à lire. Mais avec la désignation de Pauline Marois comme chef du PQ par défaut (personne d'autre ne s'est présenté), ce n'est pas simplement la récompense de la persévérence d'une femme à conquérir le parti de René Lévesque ("la troisième fois c'est la bonne" lisait-on), mais c'est surtout la confirmation d'une erreur politique ici commise par tout le parti, puisque personne ne s'est levé pour s'opposer : Mme Marois appelle en effet à mettre en veilleuse le discours indépendantiste du Parti Québécois et demande à revisiter la conception social-démocrate du parti dans un sens plus moderne et donc plus libéral (relire le dossier de presse ad hoc en cliquant ici)... En France, Dominique Strauss-Khan devrait méditer cela lui qui appelle à une rénovation social-démocrate du PS pour y imposer le social-libéralisme, il a un train de retard sur le vocabulaire.
Je rappelerai tout de même à nos camarades québécois que les erreurs de leurs cousins français pourraient peut-être les aider à repérer les leurs : nous avons désigné sur des critères de renouvellement et de comportement supposé face à la société une candidate prometteuse dans les sondages, nous avons mis de côté notre programme (peut-être un peu bancal mais toujours social-démocrate) pour nous faire imposer un pacte présidentiel dont les fondammentaux du socialisme étaient toujours plus édulcorer au fur et à mesure qu'avançait la campagne, nous avons fait le plus mauvais score du PS au second tour de la présidentielle. Nous ramons depuis 2002 pour rattraper les morceaux de notre électorat et nous devons absolument aujourd'hui rassembler notre camp : la gauche. Nous n'y réussirons pas en cédant au présidentialisme, au culte de l'image et au libéralisme compassionnel. Le Québec comporte en plus la difficulté de la question nationale ; doit-il donc mettre à la corbeille tous les éléments de son identité ?

Frédéric FARAVEL

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Published by FARAVEL - dans Francophonie
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