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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. J'anime aussi le groupe d'opposition municipale de gauche "Vivons Bezons" et je suis membre du groupe d'opposition de gauche ACES à la communauté d'agglomération Saint-Germain/Boucle-de-Seine.
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Gauche Républicaine & Socialiste

3 septembre 2007 1 03 /09 /septembre /2007 08:40
Les socialistes et l’économie de marché
Intervention de Henri Emmanuelli à La Rochelle | 31 août 2007

Je me réjouis de la tenue de cet atelier intitulé « Les socialistes et l’économie de marché » que j’ai souhaité à l’occasion d’une réunion préparatoire de notre Université.
 

Pourquoi l’ai-je demandé ?

 

- Parce que depuis 24 ans déjà, je suis exaspéré par une exhortation rituelle et hypocrite lancée sans relâche à l’adresse des socialistes pour les sommer d’en finir avez les vieilles lunes et d’accepter enfin, comme l’ont fait les socialistes allemands à «Bad-Godesberg», l’économie de marché.
- Parce que, depuis le 6 mai je vois ressurgir avec force cette exhortation dont l’acceptation, la mise en oeuvre enfin consentie serait à elle seule la solution miraculeuse qui ouvrirait la porte de la «modernisation» de la «rénovation», de la «refondation» et autres épithètes destinés à des postures médiatiques plutôt qu’à éclairer le contenu d’une véritable réflexion.

Pourquoi suis-je exaspéré ?

 

- Parce que c’est une fausse question et qu’une fausse question régulièrement posée en cache d’autres que l’on n’ose pas poser.

 

Pourquoi est-ce une fausse question ?

 

Parce que pour autant que je sache, ayant adhéré au PS en 1972 à l’époque où j’étais directeur adjoint de la Compagnie Financière Edmond de Rothschild, je n’avais pas remarqué que les socialistes étaient censés être partisans du Gosplan. Il est vrai qu’au congrès de Metz l’un des nôtres avait lancé la fameuse phrase : entre le Gosplan et le Marché, il y a le Plan. Mais à la vérité nul ne peut ignorer que c’est l’un ou l’autre et que le Plan tel qu’il était conçu alors, était là pour éclairer le long terme et non pour se substituer au marché en tant que système de production et d’échange.

 

En toute hypothèse, parvenus au pouvoir, les socialistes ont bel et bien accepté l’économie de Marché.

 

Ils l’ont fait très précisément - que nos contempteurs prennent note - le vendredi 23 mars 1983 à 11 heures du matin- en acceptant, après un vif débat au plus haut niveau, en choisissant de rester dans le Système Monétaire Européen, matrice du futur Euro, et en mettant en oeuvre un plan d’austérité sévère destiné à prendre en compte, justement, les contraintes monétaires et européennes de l’Economie de Marché. Je le dis et je le répète depuis longtemps mais apparemment sans succès. Il est vrai qu’à l’époque le Premier Secrétaire du PS a dit qu’il s’agissait d’une parenthèse. Mais comme il ne l’a pas refermée en arrivant lui même au pouvoir en 1997, les experts devraient être rassurés depuis longtemps et trouver d’autres arguments pour instruire leur procès permanent contre le PS.

 

Qu’ils aillent demander à J.C. Naouri, à l’époque directeur de cabinet du ministre des finances Bérégovoy, et aujourd’hui patron d’un groupe important de distribution si la modernisation de notre système financier ne s’est pas faite à l’époque. Et à tous nos ministres des finances successifs s’ils n’ont pas géré l’économie de marché. N’est ce pas la gauche, qui héritant du plus grand économiste de France d’inflation de près de 13% l’a ramené aux normes européennes ? N’est ce pas sous un gouvernement de gauche que notre commerce extérieur - baromètre incontournable de notre compétitivité - est redevenu positif dans les années 80 après avoir été déficitaire pendant plus de 20 ans ? Rocard, devenu premier ministre a-t-il géré le gosplan ou l’économie de marché ? Comment ose-t-on demander, sans crainte du ridicule, a un parti dont est issu le DG de l’OMC et demain peut-être celui du FMI d’accepter «enfin» l’économie de marché ? N’est ce pas sous le gouvernement de Lionel Jospin que la France a affiché un taux de croissance régulièrement supérieur de 1 point à la moyenne de l’Eurogroupe alors que depuis 2002 nous sommes régulièrement en dessous de un point ? Et que dire de ce qu’elle va être cette année !

 

Oui mes camarades, pour celles et ceux qui ne s’en seraient pas encore aperçu, il y a longtemps que nous avons accepté l’Economie de Marché et dans l’ensemble, nous l’avons plutôt bien gérée.

 

Nous avons accepté l’économie de marché mais nous lui avons toujours fixé des limites :

 

- la première, c’est le refus de la marchandisation de certains biens et services : la vie, la culture, l’éducation, le logement social, etc, bref tout ce qui constitue la place du service public et qui n’est pas intangible.
- la seconde c’est que nous avons toujours affirmé que l’économie de marché devait être régulée. Nul ne le conteste d’ailleurs : les ultra libéraux eux-mêmes sont favorables à la régulation par l’Etat d’un certain nombre de chose. Mais nous y ajoutons, nous socialistes, un minimum de justice et de dignité pour l’être humain. La justice minimum c’est la redistribution. La dignité minimum, c’est, par exemple la législation sociale et le Code du Travail...
- la troisième c’est que nous pensons que le marché n’exclut pas l’action publique pour orienter ou combler les déficiences du marché. Sur ce troisième point je constate que les prétendus libéraux ne s’en privent pas non plus lorsqu’il s’agit d’injecter des sommes astronomiques, comme l’ont fait les Japonais et parfois même les américains, lorsqu’il s’agit de venir au secours de leur système bancaire. Là, il ne s’agit pas d’assistanat au système bancaire...

 

Si donc on nous pose une fausse condition, une fausse question - en l’occurrence l’acceptation de l’économie de marché - c’est que nos contempteurs n’osent pas nous poser les vrais questions, celles qui auraient un véritable objet.

 

Sauf à penser qu’ils ne savent pas ce qu’ils disent - il y en a - je n’ai pour ma part aucun doute sur le véritable sens, sur le véritable contenu de l’offensive idéologique puissante qui nourrit ces fausses exhortations. Ce qu’il veulent nous dire, en réalité, c’est qu’ils attendent de nous l’ultime renoncement et l’acceptation salvatrice pour entrer, enfin, non pas dans la modernité, comme ils le proclament, mais dans la norme de l’époque : celle du libéralisme économique triomphant.

 

Ce qu’ils attendent de nous, c’est que nous renoncions définitivement a toute forme de régulation, à toute prétention de redistribution. Ce qu’ils attendent de nous, c’est que nous acceptions une marchandisation de tous les biens et services sans exclusives.

 

Quand on a compris ça, tout s’éclaire, tout s’enchaîne. Y compris les débats techniques les plus abscons.

 

Seul un éditorialiste parfois vindicatif, Renaud Dely de Libération, a eu le courage de pointer le sujet en nous exhortant à «abandonner la redistribution». C’est-à-dire à rompre avec le concept d’égalité et de justice sociale. Au moins c’était clair.

 

Mes chers camarades depuis un an je me tais et je supporte.

 

J’ai subi, comme beaucoup de militants et d’électeurs et électrices, une campagne déroutante dont la cohérence et l’inspiration étaient parfois surprenantes, pour ne pas en rajouter.

 

Je subis comme vous le triste spectacle qui accompagne toujours les défaites. Les insultes injustifiées, l’opprobre que l’histoire réserve aux vaincus. Je vois le désolant spectacle des bassesses que génère l’opportunisme apeuré. J’entends les rancoeurs de la vanité offensée, le craquettements des ambitions libérées. Et j’en passe.

 

J’en passe, parce que, au risque de surprendre, je voudrais vous dire, à vous qui avez fait l’effort de venir, que tout cela est certes très désagréable mais qu’en définitive ça n’a pas beaucoup d’importance. Les tristes spectacles et ceux qui les animent n’ont pas vocation à durer.

 

En revanche, ce qui me préoccupe, ce qui me paraît, et de loin, le plus important c’est l’ampleur de l’ offensive idéologique qui se développe contre le socialisme, contre la gauche, contre les valeurs de progrès, de justice et d’égalité qui fondent son identité et justifient son existence et ses combats. Un véritable ouragan venu d’en face mais aussi, malheureusement de nos rangs. L’attaque contre la redistribution et tout ce qu’elle implique constitue l’oeil de cet ouragan.

 

Cette offensive puissante, qui seule compte, je la mesure dans toute sa dimension mais elle ne m’effraie pas. Non seulement elle ne m’effraie pas mais elle me donne l’occasion de dire, avec beaucoup de force et de détermination, à toutes celles et ceux qui aspirent à construire leur destin personnel sur un renoncement collectif ou a ceux qui croient que la gauche s’en est allée, que la bataille sera beaucoup plus dure qu’ils ne l’imaginent. Les procès en sorcellerie ou les anathèmes éculés ne suffiront pas. Pas plus que les petites phrases creuses ou les hypocrisies savantes.

 

Je le dis aux adversaires comme aux faux frères : qu’ils ne comptent pas sur un forfait. Le match aura lieu, dedans comme dehors.

 

Dedans parce qu’il nous faut retrouver un minimum de cohérence si nous voulons être compris et crédible.

 

Dehors, parce que pour notre pays, pour notre démocratie il nous faut tenir notre rôle d’opposant. Dans une opposition qui ne soit ni «frontale» ni «complaisante», mais tout simplement compétitive. Une «opposition- compétition» pour relever le défi.

 

Ce défi,mes camarades, nous allons le relever Nous en avons le devoir et la capacité. Car il n’est pas vrai, même si beaucoup en rêvent que la gauche n’ait plus rien à dire.

 

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