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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 16:05

Analyse du texte présenté par Bertrand Delanoë et 90 signataires

Bertrand Delanoë sortira le 22 mai prochain un livre d'entretien avec Laurent Joffrin, directeur de Libération, que d'aucuns annoncent être une confirmation du ralliement du Maire de Paris à une vision sociale-libérale de l'action politique.

Dans l'attente de cette œuvre sans doute magistrale pour le socialisme français, nous devons nous en tenir au texte de 10 pages intitulé « Clarté, courage, créativité : pour un grand congrès socialiste », que ce dernier a présenté le 6 mai 2008 – date anniversaire de l'élection de Nicolas Sarkozy – avec quelques dizaines d'autres signataires.


Première remarque, ce texte, qui veut trancher par une réflexion de fond, apporter des pistes de réflexion plutôt que « poser des questions » - cherchant par là à se distinguer médiatiquement de la démarche entamée par Ségolène Royal -, se distingue essentiellement par son manque d'originalité et de lignes de force marquées. Je passerai sur les passages obligés de la première partie, série de constats d'une France en panne après 6 années de gouvernements UMP. Il est cependant nécessaire de pointer quelques difficultés d'analyse qui apparaissent dès les trois premières pages :

  • une vision de la réforme du système éducatif axé essentiellement sur l'enseignement supérieur quand c'est l'ensemble de la stratégie éducative française qui est mise à mal années après années, éducation nationale et éducation populaire ;

  • une absence de discours sur le déficit criant en terme d'investissements publics et privés et de politique industrielle ;

  • une vision idyllique de la présidence Chirac-Jospin de l'union européenne en 2000 qui occulte l'échec qu'a été le traité de Nice et les fourvoiement de l'agenda de Lisbonne, cette illusion sur l'action du gouvernement socialiste dans la construction européenne étant à la source des désaccords qui existent dans le PS sur la méthode à mettre en œuvre depuis 2004-2005 ;

  • une absence de déconstruction de la réelle portée réactionnaire du discours et de l'action de Nicolas Sarkozy, un refus de caractériser la synthèse des droites que le Président de la République à réaliser et la cohérence de sa politique, et malgré cela quelques lignes plus loin la définition d'un « bonapartisme néo-libéral » ;

  • une vision illusoire du rôle des collectivités face à la politique du gouvernement. Illusoire car elle pourrait induire en erreur nos concitoyens sur les capacités des collectivités de gauche (désormais largement majoritaires) à résister au démantèlement de notre système de solidarité et de nos services publics, et donc à terme les décevoir car nous n'aurons pas su réellement les protéger.

Le texte aligne ensuite les pistes de réflexion qui pourraient parfaitement s'inscrire dans ce que l'on a appelé la « stratégie de Lisbonne » ; une ambition minimaliste en terme d'action publique, enrôbée de quelques grands sentiments généreux pour camoufler une adaptation aux standards néo-libéraux des sociaux-démocrates européens (ce qui ne les a pas empêché d'être peu à peu écarter du pouvoir presque partout en Europe).


La partie sur l'économie de la connaissance et le développement durable (page 4) insiste avant tout sur la libéralisation de l'enseignement supérieur français, son alignement sur les standard internationaux, autonomie accrue et opérationnalité directe de la recherche dans le développement économique. Mais elle fait l'impasse sur le défaut de politique industrielle en France et sur le défaut d'investissements économiques conséquents de la puissance publique et des grandes entreprises privées. Les étudiants pourront toujours être incités « à créer des PME innovantes », ces PME ne se développeront pas et n'atteindront jamais la taille critique pour s'insérer dans le marché mondial si l'investissement reste en panne et donc leurs carnets de commande restent désespérement vides.


La partie sur la refondation du pacte social pose de nombreuses questions.

En défendant « plus d'emplois et une meilleure qualité du travail » (page 5), le texte ne dit pas quelles sont les pistes de création d'emplois nouveaux ; la question du temps de travail est absente alors même qu'elle continue d'être idéologiquement harcelée par la droite, la baisse du chômage constatée aujourd'hui n'est pas interrogée dans sa composition ce qui signifie implicitement qu'on donne acte à la droite de « ses résultats ». Les conditions de travail, la souffrance au travail, alors même qu'on aborde dans le cadre du débat sur la réforme des retraites la question de la pénibilité, n'est pas même évoquée.

Face à cela, la priorité est donnée à l'emploi des seniors pour résoudre à la fois les retraites et le chômages mais sans jamais dire comment l'on s'y prend. Sans que soit discuté non plus quelle est la priorité la plus pertinente : faut-il s'acharner à faire travailler les plus de 55 ans et valider ainsi l'idée de l'inéluctabilité de l'allongement des durées de cotisation (travailler plus longtemps pour gagner la même retraite) ? Ou faut-il rechercher une entrée précoce dans l'activité professionnelle effective, sortir les jeunes du chômage à un âge où la productivité du travail est maximale ?

Autre choix discutable, l'affirmation de la priorité à l'immigration de travail, même si 2 pages plus loin on rappelle l'attachement à l'immigration familiale. Cette immigration de travail est répétée à plusieurs reprises, elle s'inscrit dans la continuité du refus de l'abrogation des lois Debré, dans la réflexion sur les quotas d'immigration portée en son temps par la Gauche Socialiste. Faut-il comprendre que sous prétexte de combattre les réseaux d'immigration clandestine, la France poursuivra sous direction socialiste une politique d'expulsion massive ?

Enfin, une nouvelle fois la prime pour l'emploi est affirmée comme moyen d'améliorer le pouvoir d'achat au même niveau que la revalorisation salariale. C'est oublier un peu vite que la PPE engendre comme effet pervers une véritable déresponsabilisation des employeurs quant à la valeur marchande du travail et à la juste rémunération des salariés, puisque l'État arrive avec la PPE comme une roue de secours. Il n'est pas dit que la PPE ne fasse pas partie des facteurs qui encouragent la stagnation salariale actuelle ; par ailleurs, il eût été utile de rappeler que les études faites lors des négociations sur les 35h démontraient un besoin de modération salariale pour 4 années avant que le rattrapage de la productivité horaire du travail soit réalisé ; L'UMP ne peut donc plus accuser les 35h d'être responsable de la stagnation salariale depuis 2003-2004.

Sur le vieillissement et la protection sociale (page 6), on ne peut que s'étonner de la position prise pour faciliter le cumul emploi-retraite quand on connaît les difficultés d'embauche des jeunes. On comprend également difficilement l'acceptation de principe de l'allongement inéluctable de la durée de cotisation tant que n'est pas résolu la question de l'accès réel à l'emploi et d'un abaissement de l'âge de la première cotisation. In fine, la jeunesse est la grande oubliée de ce texte, évoquée seulement dans une formule passe-partout à la moitié de la page 6.


La définition d'un État stratège (page 6) constitue un appel du pied à peine masqué aux positions extrêmement décentralisatrices de Jean-Paul Huchon, donnant la part belle aux Régions sans qui l'État ne pourrait plus rien faire aujourd'hui. Mais outre, que cet État stratège est présenté comme défenseur et rénovateur du service public à la française, n'est-ce pas ici un discours pour camoufler le désengagement de l'État de toute une série de responsabilités majeures dans la mise en œuvre de l'égalité républicaine ?

Dans le même registre, on s'étonnera que perdure le discours sur les « trésors d'imagination et d'audace dans l'élaboration de nouvelles politiques publiques et de la démocratie territoriale » dont recèleraient les collectivités ; j'ai déjà dit quelle impasse pouvait générer le discours sur les collectivités protectrices face à un État réactionnaire, mais il est frappant de lire ici comme une réminiscence des discours de Ségolène Royal sur « l'intelligence des territoires ». Car tout ce qui a été développé jusqu'ici il est vraissemblable que pas une ligne ne puisse être désavouée par l'ancienne candidate à l'élection présidentielle. Et si synthèse de fond il devait y avoir dans le prochain congrès de nombreux jalons permettent de soutenir que cette synthèse pourrait rassembler Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, même si les différences existent.

En effet, si on conçoit assez bien que les amis de Bertrand Delanoë soient en délicatesse avec le concept d'ordre juste porté par Ségolène Royal que Bernard-Henri Lévy - un de ses principaux supporteurs - définit pourtant comme le « fantasme d'une société transformée en une sorte de pensionnat généralisé », on aura pourtant du mal à distinguer concrètement leur séparation dans le domaine des valeurs tel qu'il est présenté page 7.


Non les différences fondamentales entre Ségolène Royal, Bertrand Delanoë et leurs partisans respectifs sont ailleurs : dans la forme et la méthode de la conquête politique et bien sûr dans la rivalité de leurs ambitions personnelles.

Mais il faut dire encore un moment des pages « propositionnelles » du texte coordonné par Bertrand Delanoë. La perspective européenne dessinée par le texte est extrêmement décevante, elle remet en première ligne le concept de Fédération d'Etats-Nations chers à Lionel Jospin, qui a démontré son manque de prise politique et d'entraînement. La conférence que le Premier ministre d'alors avait mené après la négociation désastreuse du Traité de Nice portait en germe un projet confédéral, repris en quelques mots dans la page 8. Un tel projet acte la fin de la perspective fédérale européenne sur laquelle avait pourtant fini par s'accorder les socialistes (mêmes s'ils ont divergé sur la méthode pour y parvenir), il ne peut susciter aucun effet d'entraînement politique sur des ambitions minimalistes que défendraient fort bien un Pierre Moscovici.

La page 8 nous présente un projet purement technique, digne de « l'Europe par la preuve » chère à Ségolène Royal (encore une convergence), pas un projet politique pour relancer la construction européenne.


La partie intitulée « un parti socialiste reconstruit pour toute la gauche » est ambivalente. D'une part, elle cherche à se démarquer d'entrée de Ségolène Royal, dénonçant les tentatives « d’extériorisation et de contournement des lieux de débat et de décision collective qui se sont développées, particulièrement pendant et après l’élection présidentielle. » Elle situe ainsi Delanoë et ses amis dans la tradition du socialisme français, en y préférant la « régénération du fonctionnement démocratique de l’ensemble de nos instances », mais dès la fin de la page 8 on sent le même appel aux mânes de Gérard Collomb et « des élus considérés qui puissent apporter la richesse de leurs expériences à l’ensemble du parti ».

Au regard de tout ce qui a été dit auparavant, si les amis de Bertrand Delanoë souhaitent procéder à des rassemblement sur des choix clairs et « non sur de fausses synthèses », il y a tout lieu de penser que la synthèse de fond pourra être élaborée avec la motion de Ségolène Royal (à condition de dépasser les enjeux personnels).

Cependant le discours sur la relation à la société du Parti socialiste paraît moins artificiel que celui de Ségolène Royal, bien qu'il ne reste qu'au niveau du constat : « Un parti n’est pas qu’un acteur électoral, mais aussi un acteur idéologique, culturel. Aujourd’hui, les capteurs ne fonctionnent plus, donc les émetteurs ne sont plus alimentés. Nous perdons en anticipation, en créativité, en lien avec les mouvements sociaux. » Avoir accepté d'afficher un tel constat est un grand pas, reste à voir la traduction concrète des mesures nécessaires à la recréation de ce lien social perdu du PS.

La forte différenciation stratégique que l'on avait cru déceler au moment des municipales entre Delanoë et Royal semble même s'atténuer. Autant on lit la réaffirmation des alliances stratégique à gauche, autant on trouve une forme d'appel du pied au Modém par le « rassemblement le plus large [...] de toutes les forces qui veulent ouvrir une alternative durable à la droite ».

Bref on passe du chaud au froid constamment, puisque les intentions générales sont là : « faire grandir l’exigence en donnant au parti socialiste la capacité d’organiser le débat politique, de renouer les liens distendus avec la société, de travailler à une nouvelle dimension de nos relations avec les forces progressistes à l’échelle européenne et mondiale », « Nous ne gagnerons pas 2012, quelles que soient les qualités du candidat, si les années 2008 - 2011 sont gelées. C’est pourquoi, elles ne peuvent pas être abordées comme celles d’un intérim, mais d’un travail indispensable de modernisation des idées, de clarification des choix et de remise en ordre de marche du parti », autant le portrait du premier secrétaire potentiellement présidentiable que fait le texte ressemble tellement à un autoportrait de Bertrand Delanoë (page 10) qu'on peut légitimement de toute sincérité stratégique de ce document.


En définitive, nous retrouvons une géographie politique assez connue au PS depuis novembre 2006. Il y a à la droite du Parti deux sensibilités sociales-libérales, le départ de Dominique Strauss-Kahn n'étant in fine qu'une péripétie politique. D'un côté des sociaux-libéraux autoritaires plus ou moins rangés derrière « l'ordre juste » de Ségolène Royal, de l'autre côté des sociaux-libéraux libertaires qui trouveraient désormais en Bertrand Delanoë leur leader naturel. Ces deux sensibilités sont engagées dans des dynamiques concurrentes, à la fois pour dépecer l'organisation des proches de Dominique Strauss-Kahn « socialisme & démocratie », arguant d'une certaine cohérence idéologique, mais également tenter d'attirer des éléments militants déboussolés et plus à gauche par la dynamique qu'ils espèrent créer l'un et l'autre. Dans tous les cas, c'est - si nous n'y prenons pas garde - un nouvel affrontement délétère auquel se prépare le Parti socialiste. L'initiative des Renconstructeurs pêche par le manque de cohérence idéologique entre rescapés du straus-kahnisme, fabiusiens et aubrystes ; il est possible de proposer une offre politique cohérente et dynamique ancrée à gauche qui dépasse les dissensions de méthode apparues autour du référendum sur le TCE, c'est la seule manière d'éviter ce face-à-face ridicule entre les deux personnalités les plus médiatiques du PS et de permettre des années utiles à la construction d'un projet alternatif de gauche dans ce pays.


Frédéric Faravel

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Published by FARAVEL - dans Parti Socialiste
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commentaires

yoman 19/05/2008 09:03

Delanoë est-il trop sur de lui pour sous estime rles attaques ?http://delanoe-illusionniste.hautetfort.com/