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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

30 septembre 2008 2 30 /09 /septembre /2008 09:31
Médiapart titrait ces derniers jours qu'avec le dépôt des 6 motions soumises au vote des militants socialistes pour le congrès de Reims, ces derniers pouvaient commencer à y voir plus clair. Rien n'est moins sûr...
En effet, bien que grosso modo, 4 textes majeurs soient en lice qui dessinent un éventail assez lisible des débats du parti socialiste - avec une droite plébiscitaire, un centre-droite providentiel, un centre-gauche accommodant, et une gauche réunifiée - plusieurs zones d'ombres importantes rendent l'issue du congrès incertaine ; l'une tient à des défauts d'organisation, l'autre aux postures adoptées par plusieurs protagonistes de ce congrès.

On ne dira jamais assez l'incertitude suprême qui pèse sur le vote du 6 novembre (puis sur celui du 20, avec l'élection des premiers secrétaires). A-t-on jamais vu à ce point une organisation politique européenne, un parti de gauche gouvernementale, être aussi peu sûr du corps électoral qui sera en mesure de se réunir le soir du vote ? Aujourd'hui, seuls moins de 150 000 adhérents sont à jour de leurs cotisations (ils devront de toutes celles précédant l'année 2008, celle-ci comprise). Mais c'est presque une centaine de milliers supplémentaire qui sont en capacité de venir payer jusqu'au soir du 6/11 leurs cotisations 2007 et/ou 2008 pour voter sur les motions. On comprendra aisément qu'entre 150 000, 200 000 ou 230 000, nous n'avons plus le même corps électorale et plus le même parti, en tout cas des résultats assez aléatoires ou difficilement prédictibles.
Plusieurs dizaines de milliers d'adhérents "low cost", comme certains les ont surnommés, ont été radié ces derniers mois ; il s'agit de tous ceux qui avaient adhéré lors des 3 premiers trimestres de 2006, qui sont juste venus pour la désignation présidentielle en novembre et que les autres militants n'ont plus vu nulle part depuis (pas même parfois durant la campagne présidentielle). Parmi les "nouveaux adhérents", certains ont eu une apparition par épisode dans les sections et constituent ce volant incertain qui pourraient modifier profondément le corps électoral ; parmi ceux des nouveaux adhérents qui ont décidé de s'impliquer dans la vie de leur section, il semblerait qu'ils se soient assez bien intégrés et qu'ils se posent les mêmes questions que les autres militants, chez eux comme chez les "vétérans", Ségolène a perdu une bonne partie de son aura ; mais chez les nouveaux adhérents nomades il est fort probable que cette aura soit restée entière, que les débats corrosifs des sections, que la formation militante en somme, n'aient eu aucun effet sur leur réflexion politique. Le fait de remplir le Zénith n'est pas anodin ; on voit bien que cet évènement qui tenait plus de lieu de grand messe que d'un rendez-vous politique n'est pas un rassemblement de militants mais de groupies : ce sont ces groupies qui peuvent aujourd'hui revenir par milliers pour se mettre à jour le 6 novembre et modifier de 1 à 5 ou 6 points les résultats du congrès, pour peu que les réseaux Désirs d'avenir relaient efficacement un nouvel appel à la mobilisation de la madonne du Poitou.

Plus grave, à mon sens, c'est le bal des hypocrites auquel redonne lieu cette phase cristallisée du congrès. Les clivages d'avant les motions semblaient se dessiner clairement ; le dépôt des motions présente dans cette logique, des attelages qui finalement ne tiennent pas tant de la "carpe et du lapin" que l'on pourrait le défendre.
Sur le temps, quand on regarde les positions défendues par les uns et par les autres dans le parti et devant l'opinion, les rapprochements sont assez évidents :
  • "La Ligne Claire" rejoint Ségolène Royal, donnant ainsi corps à une aile droite assez puissante dans le PS, bien que les soutiens de la présidente du conseil régional du Poitou-Charentes soient plus hétéroclites (et parfois motivés par ce que certains pensent être un accélérateur de carrière politique). Mais rien d'incohérent aujourd'hui à voir se rassembler Gérard Collomb, Julien Dray, François Rebsamen, Manuel Valls, Ségolène Royal ou Jean-Louis Bianco : ils défendent tous des positions libérales, sécuritaires et proposent bon an mal an l'instauration du centralisme démocratique au sein du PS ;
  • l'attelage construit derrière Bertrand Delanoë restaure peu ou prou l'axe jospino-rocardien, post-congrès de Rennes, dans une optique sociale-libérale libertaire, mais qui manque sacrément de cette nécessité de rénovation au sein du Parti socialiste. Cela se traduit par le ralliement de François Hollande, marque de la continuité et de l'immobilisme portés par cette motion A, alors même que le futur ex-premier secrétaire se découvre un défenseur d'un politique de l'offre en matière d'économie ;
  • Derrière Martine Aubry, se rassemblent ceux que la présidentialisation du parti, l'abandon des valeurs généreuses de la gauche par la majorité des responsables du PS rebutent, mais qui rechignent à franchir le pas d'une véritable rupture politique ;
  • Enfin, la motion menée par Benoît Hamon présente aujourd'hui une cohérence forte dans le développement de sa réflexion économique, politique et internationale, propose effectivement de réancrer à gauche l'orientation du PS, d'influence pour cela la future majorité du parti. Sur ce projet pour la première fois, c'est toute la gauche du parti qui s'est rassemblée et s'organise autour des orientations et de la candidature de Benoît Hamon (ce qui nous évite au passage certaines postures excessives de Jean-Luc Mélenchon).
Pour autant, plusieurs éléments viennent brouiller le débat du congrès socialiste. La force et la brutalité de la crise financière internationale, ses inévitables conséquences économiques et sociales, imposent une révision profonde des dogmes néo-libéraux jusqu'ici acceptés au coeur de la gauche. Ainsi depuis plusieurs semaines, Ségolène Royal développe un discours entre populisme et gauchisme, redécouvrant les bienfaits d'une "lucidité radicale", mais qui ne peut cacher ses prises de positions contre la généralisation des 35 heures ou contre le fait d'agir sur le levier du smic, ou encore sur des positions sociétales plus inquiétantes (carte scolaire ou délinquance...) ; il serait malheureux que cette posture pragmatique masque les positions de fond de l'ancienne candidate à l'élection présidentielle qui partage dans les grandes lignes les propositions autoritaires, sécuritaire, féodales et néo-libérales des barons locaux de la "Ligne Claire", déjà rassemblées dans ce que BHL avait qualifié conception de "la société comme une sorte de pensionnat généralisé".
La même hypocrisie habite les manoeuvres de la motion A ; Bertrand Delanoë prône voici quelques mois un socialisme forcément libéral, il met en oeuvre à Paris le service d'accueil minimum en temps de grève des enseignants, François Hollande prône une politique économique de l'offre, Dominique Lefebvre défend régulièrement des positions extrêmement libérales économiques et socialement, Michel Rocard en appelle à la collaboration entre gauche réformiste et "droite intelligente"... mais Harlem Désir prônait le 19 septembre à Auvers-sur-Oise - et je suppose dans toutes les réunions de présentation de contribution et de motion - qu'il faut renforcer la régulation financière et restaurer le rôle de la puissance publique !?! quelle imposture !
Enfin, la posture qui m'inquiéte c'est le choix stratégique opéré par les fabiusiens dit de recentrage. Les proches de Laurent Fabius ont cherché en priorité un accord avec les amis de Jean-Christophe Cambadélis, derrière la candidature de Martine Aubry, plutôt que de tenter cette même opération avec le soutien de responsables et militants proches de leurs positions politiques, à savoir les contributions "reconquêtes" et "changer!". Visiblement pour les lieutenant de Laurent Fabius, il ne fallait pas se laisser enfermer à gauche ; selon "la gauche doit être le centre du parti" : résultat ils font du centrisme plutôt que remettre la gauche au centre du parti. Ils ont préféré un accord avec des camarades récemment convertis aux bienfaits de la régulation plutôt que se renforcer derrière Martine Aubry (qui a fait le même calcul) avec Benoît Hamon et Marie-Noëlle Lienemann. Ce choix tactique risque de leur coûter cher et de permettre à Bertrand Delanoë d'arriver en tête des motions du congrès. Elle fait également reculer la crédibilité de ceux qui disaient vouloir un congrès sur le fond et sur les idées.

Frédéric Faravel

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