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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 14:26
Analyse
Le chemin du postcapitalisme, par Hervé Kempf
LE MONDE | 14.01.09 | 13h40  •  Mis à jour le 14.01.09 | 13h40

st-ce que le capitalisme peut survivre à la crise ? C'était la question posée en filigrane lors du colloque organisé par le secrétariat d'Etat chargé de la prospective, en partenariat avec Le Monde et le Financial Times, jeudi 8 janvier à Paris, sous le titre "Nouveau monde, nouveau capitalisme". Tout avait été organisé pour rester dans les rails de l'ordre économique établi, comme le soulignait ironiquement Pascal Lamy, directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) : "L'ordre du jour ne comporte pas l'examen d'alternatives au capitalisme - par parenthèse, ce n'est pas pour autant que j'adhère à l'idée qu'il n'y a pas d'alternative -, je ferme la parenthèse, pour rester politiquement correct."

Mais la journée s'est déréglée, et, sous les apparences policées d'un colloque officiel, la gravité de la crise a imposé la remise en cause des idées reçues. Certes, M. Sarkozy tentait d'isoler le virus, accablant la finance pour sauver l'essentiel : "Le capitalisme financier a perverti la logique du capitalisme. (...) Le capitalisme, c'est l'effort, c'est le travail, c'est l'esprit d'entreprise, c'est la propriété privée, c'est l'investissement à long terme. (...) Mais la crise du capitalisme financier n'est pas la crise du capitalisme. (...) Elle n'appelle pas à la destruction du capitalisme, qui serait une catastrophe, mais à sa moralisation."

Michel Rocard, député européen socialiste, venait à l'appui du conservatisme de M. Sarkozy : "Il faut commencer par cela : nous voulons conserver le capitalisme !" Qu'elles étaient loin les paroles de Jean Jaurès dans son célèbre débat avec le marxiste Jules Guesde : "Le Parti socialiste est un parti d'opposition continue, profonde, à tout le système capitaliste." Mais l'unanimité de façade allait se lézarder grâce au rappel à la réalité opéré par Angela Merkel, la chancelière allemande : "Les pays industrialisés doivent absolument comprendre que nous avons vécu au-dessus de nos moyens. Nous avons fait un emprunt sur l'avenir sans en avoir produit la contre-valeur dans l'économie réelle, et à la longue, cela ne peut pas ne pas avoir de conséquences graves." Et pour ceux qui ne voudraient pas entendre, elle disait à nouveau par deux fois : "Nous avons vécu au-dessus de nos moyens", s'inquiétant de l'endettement sidérant que les marchés financiers, puis les gouvernements, ont accumulé.

Dès lors, il était clair que le problème n'était pas simplement dans un mauvais fonctionnement du système financier. Plusieurs experts allaient répéter ce que résumait Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie : "Ce n'est pas seulement une défaillance des marchés financiers, c'est beaucoup plus profond." En fait, observait l'économiste Jean-Paul Fitoussi, "le capitalisme est une forme d'organisation historique et située, née des décombres de l'Ancien Régime. Ce qui signifie que son destin n'est pas écrit dans le marbre".

UN NOUVEL ÉQUILIBRE

Il apparaissait ensuite qu'il faut chercher dans la question sociale les racines de l'expansion énorme de la bulle financière et de l'endettement. Les "rémunérations extravagantes et l'explosion des inégalités" ont conduit au dérèglement du système global. Selon M. Fitoussi, "la crise financière n'est que le symptôme d'une crise latente qui existait depuis les années 1980 - une crise de la répartition des revenus : pour pouvoir maintenir les niveaux de consommation, il a fallu que les ménages et les Etats s'endettent. Cet endettement était pain bénit pour le système financier, qui a prêté à ceux qui ne pouvaient plus consommer. Et c'est là que le déséquilibre financier s'est révélé : on ne peut pas prêter à ceux qui ne peuvent rembourser".

Mais il a fallu attendre l'intervention de Wouter Bos, le ministre travailliste des finances des Pays-Bas, pour que la conclusion soit tirée : la réduction de l'endettement, donc la baisse de la consommation globale, ne pourra se faire qu'accompagnée d'une réduction des inégalités. M. Bos résumait avec humour combien la crise a bouleversé le cadre de pensée : "La première chose que j'ai faite pour montrer combien j'étais un leader socialiste moderne a été, en 2003, de rédiger une déclaration de principes. La façon de montrer au monde que le leader socialiste est moderne était d'effacer la ligne disant que les sociaux-démocrates devraient nationaliser les banques. C'est ce que j'ai fait. Ainsi, j'étais moderne... Il y a deux mois, on a nationalisé les banques !"

Si M. Bos a redit ce qu'avaient dit de nombreux intervenants sur la nécessité de réguler les marchés financiers - au point que c'est un lieu commun dont on attend qu'il se traduise en actes -, il a été plus loin : "Nous ne devrions pas penser que nous allons sortir du système seulement en ayant plus de régulation du profit et une meilleure supervision. (...) La société capitaliste a besoin d'une discussion sur un nouvel équilibre entre "nous voulons toujours plus" et "nous avons assez", entre des gains excessifs pour quelques-uns et un énorme déficit pour les masses." M. Bos ne se contente pas de mots : aux Pays-Bas, où il y a une vraie réglementation sur la rémunération des dirigeants, il pèse pour plafonner ces rémunérations, c'est-à-dire pour le revenu maximal admissible.

M. Bos allait remettre une autre pendule à l'heure, en relativisant l'importance des troubles économiques : "La crise financière n'est pas le plus grave problème auquel fait face le système capitaliste. La crise climatique va progressivement devenir plus importante, et la crise alimentaire persiste, alors que nous n'avons toujours pas réussi à la régler. Ces deux crises sont bien plus fondamentales que la durabilité du capitalisme. Elles nous posent un défi moral immense, mais peuvent être intelligemment liées à la solution de la crise financière."

Au terme de ce colloque s'est ainsi dessiné ce que pourrait être le chemin du postcapitalisme, n'en déplaise aux "conservateurs" comme MM. Sarkozy et Rocard : réduction de la surconsommation par l'apurement de l'endettement ; justice sociale par réduction des inégalités ; internalisation des coûts environnementaux (évoquée par le député canadien Thomas Mulcair) pour parer au péril écologique. Il n'aura manqué que l'interrogation sur la propriété des moyens de production - les formes coopératives de production ne sont-elles pas plus efficaces que le modèle de l'entreprise privée ? - pour ouvrir la porte aux alternatives regrettées par M. Lamy. Mais au train où la réalité fait évoluer les esprits, on peut penser que cette question encore provocatrice pénétrera bientôt les cénacles officiels.

 


Courriel : kempf@lemonde.fr.

Hervé Kempf (Service Planète)

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