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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 11:00
Les Chars israéliens sont en train de se retirer de la bande de Gaza arpès 22 jours d'offensive sanglante. Les médias, outre le nombre de victimes - toujours effroyable -, retiennent aujourd'hui que ce retrait s'opère rapidement et dans le bon ordre afin que tout soit réglé avant 17h45 (heure de Paris) avant le discours d'investiture de Barack Obama comme 44ème président des Etats-Unis d'Amérique.

Je n'ai pas voulu écrire sur un sujet qui me tient à coeur, comme on put le constater ce qui me lisent de temps à autres, au plus fort du conflit, car je sentais bien que tout point de vue un peu tranché et argumenté (dans un sens ou dans l'autre) serait exposé à des torrents d'injures, d'autant plus fortes que l'internet semble désinhiber de nombreux imbéciles qui se croient protéger avec une distance virtuelle et un semblant d'anonymat cybernétique. Les bêtises lues ici ou là, sur FaceBook notamment (appels à la violence souvent à peine voilés) le disputaient à l'incohérence la plus totale : je ne sais plus quel camarade a été accusé pour avoir écrit un seul et même texte, à la fois d'être un "suppot du sionisme" et d'Israël et d'être un soutien inconditionnel du Hamas... Consternant...

Revenons au début...
La trêve établie voici un peu plus de 6 mois entre Israël et le Hamas, qui contrôle indûment la bande de Gaza depuis le coup d'Etat que ce mouvement islamiste a renversé dans le territoire le pouvoir officiel de l'Autorité Palestinienne, a connu une fin nébuleuse. De part et d'autres, il y a eu des violations de cette trêve et in fine, le Hamas a pris la responsabilité politique de refuser sa reconduction. Alors de deux choses l'une, soit le Hamas manque de l'intelligence (dans le sens de la réflexion et du renseignement) nécessaire pour avoir compris qu'Israël n'hésiterait pas à intervenir sur ce prétexte, soit il a délibérément parié sur l'automaticité d'une offensive israélienne recherchant à provoquer le martyr de la population gazaouie et un réflexe d'unité nationale autour de sa "résistance". Dans le second cas, on peut gloser sur le fait que l'Etat hébreux soit tombé dans un piège aussi grossier et qu'il ait par là-même renforcé le mouvement islamiste, l'avenir nous le dira ; mais surtout il démontre la véritable nature de ce mouvement qu'a donné en filigrane le président Mahmoud Abbas lors de l'une de ses interventions pendant les combats : "la résistance du peuple palestinien n'est pas une fin en soi, si la résistance devait signifier l'anihilation du peuple palestinien alors nous n'en voudrions pas".
Car fondamentalement qu'est-ce que le Hamas ? un mouvement islamique issu des Frères Musulmans égyptiens qui est près à risquer l'anihilation du peuple palestinien pour prouver que son point de vue totalitaire est le seul "véritable", à savoir la destruction de l'Etat d'Israël pour y reconstruire une Palestine islamique sur les ruines de 60 ans de guerre.
Personnellement je continue de penser aussi cynique que cela puisse paraître à tous ceux qui me fréquentent et qui s'étonnent de ma position qu'aucun Etat démocratique n'aurait toléré la situation militaire qu'engendrait les menaces du Hamas sur 1 millions d'Israéliens au sud de l'Etat hébreux. Confronté à une menace comparable, un président français ou un chancelier allemand, de droite ou de gauche, n'aurait pas hésité une seconde à mettre les mêmes moyens (tout aussi répréhensible en soi) dans la balance, et je ne doute pas qu'ils aient reçu dans cette confrontation le soutien unanime de leurs ressortisants.
Certains de mes amis m'ont engueulé durant tous les combats parce que je préférais défendre une position quelque peu à contre-courant de celle qu'on entendait partout ; l'intervention israélienne est d'autant plus illégitime, me disaient-ils, qu'elle s'attaque à un mouvement dont les Israéliens ont eux-mêmes favorisé le développement au cours des années 1980 pour contrecarrer l'OLP. Israël a donc fait le Hamas : c'est vrai en partie, comme il est vrai que les Occidentaux ont joué avec le feu dans les années 1970 et 1980 en instrumentalisant les mouvements islamistes partout dans le monde contre les soviétiques et leurs vassaux, et contre les nationalistes arabes (aussi peu recommandables les uns que les autres). Mais le Hamas doit-il aux faveurs d'Israël d'avoir obtenu une position éminente dans la population palestinienne ? les échecs du processus de paix (imputables aux deux parties), la perpétuation de la colonisation en Cisjordanie (imputables aux seuls israéliens) expliquent la montée des radicaux sans doute, mais la défaite du Fatah aux élections législatives puis lors du coup d'Etat à Gaza face au Hamas ne s'explique que par la corruption monumentale que le parti nationaliste traditionnel a laissé se développer dans ses rangs. Les faveurs que le peuple palestinien accode(ra) peut-être encore au Hamas ne s'explique que parce que le Fatah n'apparaît toujours pas crédible, c'est-à-dire proposant des débouchés politiques. Le Fatah aurait été désarmé de tous ses leviers du temps d'Arafat par Israël ? c'est vrai, mais cela justifiait-il la corruption généralisée qui a été la cause de son échec électoral ?
Tsahal n'a pas été une armée plus respectable qu'une autre ; les conflits propres ça n'existe pas. Des exactions et violations du droit international ont été commises, des crimes de guerres ont vraisemblablement été perpétrés, elles devront être jugés comme le réclame la ligue des droits de l'homme israélienne. Bien évidemment, la perspective des élections législatives israéliennes a pesé sur les choix militaires et stratégique du gouvernement Olmert-Livni-Barak, on notera cependant la remontée dans les sondage d'Ehud Barak qui éloigne le spectre d'une disparition du parti travailliste et - bien que le Likoud dénonce l'échec de l'opération militaire - devrait ouvrir comme perspectives au pire un simple gouvernement d'union nationale (Kadima-Likoud-Marakh) au mieux le renforcement des membres principaux de la coalition actuelle sous la direction de Tzippi Livni.

Je  veux souligner plusieurs choses du déroulement du conflit en lui-même :
  • la démonstration par la preuve de la capacité de frappe du Hamas qui démontre bien le niveau du trafic d'arme en provenance de l'Iran et de la Syrie (l'armement russe signe l'origine) ;
  • la volonté de faire monter la tension de la part des deux commanditaires du Hamas (Iran et Syrie) avant l'investiture de Barak Obama, qu'ils savent vouloir discuter avec eux et à qui ils pensaient ainsi rappeler leur puissance régionale (et le mettre sur la défensive), volonté accrue avec des tirs de roquettes depuis le Liban sud (qui n'auraient jamais été tirées sans autorisation iranienne), puis une positon de repli progressive des deux tuteurs de l'islamisme proche-oriental (le Hezbollah a rapidement démenti avoir été à l'origine des tirs de roquettes -  c'est peu crédible - en provenance du Liban sud) sans doute au regard des résultats militaires de Tsahal ;
  • la relative retenue des Palestiniens de Cisjordanie, que ce soit du point de vue gouvernemental - on en a déjà parlé mais on ne soulignera jamais assez à quel point Mahmoud Abbas a eu la position la plus noble de toutes les parties de ce conflit - que dans la population. En effet, les commentateurs craignaient que soumis à la poursuite illégale de la colonisation et la naturelle solidarité nationale vis-à-vis de leurs compatriotes gazaouis, les habitants de Cisjordanie ne se lancent dans une nouvelle Intifadah. On dira que le niveau de contrôle israélien sur la Cisjordanie explique cette "passivité", je ne le crois pas car Tsahal n'a jamais empêché par sa présence et son contrôle les révoltes. Je pense plutôt que 1- le contrôle du Fatah sur la Cisjordanie reste encore bien assuré, 2- les drames qu'ont connu précédemment les Palestiniens de l'Est les a durablement vacciné contre les flambées de violences sans perspectives politiques claires autres qu'une chimère. Il es fort probable que la conséquence des violences de Jénine (et des exactions commises par Tsahal) voici quelques années ait fini par convaincre que seule une solution politique - même laborieuse - était possible. Il est d'ailleurs consternant de faire ce constat et je dois dire que cela ne me fait pas plus plaisir que cela.
Verra-t-on les Gazaouis tirer dans les années à venir les mêmes conclusions que leurs compatriotes de Jénine ? Les verra-t-on rejeter in fine les options du Hamas parce que celui-ci les a volontairement entraînés dans une impasse mais surtotu à l'extrême limite de leur force, dans une espèce de recherche eschatologique du martyr collectif ?

Aujourd'hui, que faire ?
Après les élections israéliennes, il faut d'abord regarder si l'on aura un gouvernement d'union nationale ou la reconduction de la coalition de centre-centre gauche. La première option ouvre une incertitude : quelle sera la capacité des défenseurs du règlement pacifique du conflit à faire accepter à Benyamin Nethanyahou une négociation sur Jérusalem, les colonies et le droit au retour des Palestiniens dans les frontières du futur Etat palestinien ?
De même, Mahmoud Abbas devra proposer au Hamas la reconstruction d'un gouvernement d'union national, contre la reprise de contrôle de Gaza par l'Autorité palestinienne et la tenue d'élections générales palestiniennes. Le Hamas s'était engagé à laisser faire les négociations avec Israël pour peu que le résultat de ces négociations soient soumises à référendum populaire ensuite ; la leçon militaire qu'il a reçu à Gaza l'incitera-t-il à plus de concessions ? La reprise du dialogue régional, avec le retour sur le devant de la scène des Etats-Unis d'Amérique, sur fond de réussite militaire israélienne, incitera-t-il les tuteurs du Hamas, Iran et Syrie, à rechercher un modus vivendi ?
Car c'est de toute façon depuis le départ la clef du conflit : la communauté internationale doit réellement s'engager dans la résolution du problème et pas seulement deux ans avant le terme définitif du deuxième mandat d'un président américain (et si possible après les mid-terms, n'est-ce pas ?). Les Européens notamment doivent s'engager à entretenir des relations normales avec un gouvernement palestinien d'union nationale et ne pas reconduire l'erreur de 2004-2005.
L'internationale socialiste elle-même peut avoir un rôle d'accompagnement en aidant Mahmoud Abbas et les dirigeants du Fatah à nettoyer leur organisation (qui est membre de l'IS) de la corruption qui le mine.
Enfin il est probable qu'il faudra faire accepter à Israël,  à l'Egypte et aux forces politiques de la bande de Gaza qu'une force internationale d'interposition se poste le plus vite possible avant même la conclusion de nouvelles négociations sur les zones frontalières : je ne pense pas que cela soit d'une grande difficulté pour la Cisjordanie malgré la discussion qui s'ouvrira vraisemblablement sur la frontière israélo-palestinienne à l'Est, mais on connaît les difficultés que l'Egypte aura à accepter que l'ONU se poste à Rafah ou que le Hamas aura à accepter ce qu'il dénoncera comme une nouvelle forme d'occupation mais qui ne sera qu'une simple sécurisation des passages et sanction de la contrebande d'armes.

voilà en quelques lignes...
ci-dessous je diffuse l'interview croisée de Daniel Shek et Leïla Shaïd sur France Inter lundi 19 janvier au matin.
Frédéric FARAVEL

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Published by FARAVEL - dans Proche Orient
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