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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 15:16
Que faire de cette première mobilisation sociale réussie après la faillite du modèle néo-libéral ?


Le Jeudi 29 janvier 2009 restera comme une journée forte forte dans l'histoire récente des mouvements sociaux. 2 500 000 manifestants dans toute la France avec 195 cortèges recensés officiellement dans tout le pays (là où souvent on ne manifeste jamais) ; 300 000 manifestants à Paris entre République et Opéra, le cortège parisien s'est d'ailleurs lentement écoulé pendant plus de 4 heures sur les boulevards tant l'affluence était massive ; à ce niveau là, on pourra noter le ridicule des chiffres donnés par les préfectures, dont tout le monde reconnaît qu'ils n'ont plus rien à voir avec la réalité (20 000 à Marseille ou 65 000 à Paris !?).

Il est notable qu'à l'origine de cette mobilisation les huit grandes organisations syndicales aient non seulement lancé un texte commun mais également et surtout publié une plate-forme commune précisant les revendications essentielles des salariés :

1 – Donner la priorité au maintien des emplois dans un contexte de crise économique

2 – Politiques salariales : améliorer le pouvoir d’achat, réduire les inégalités

3- Orienter la relance économique vers l’emploi et le pouvoir d’achat

4 – Préserver et améliorer les garanties collectives

5 – Réglementer la sphère financière internationale

Que des syndicats aussi différents que SUD et la CFTC, en passant par la CFDT et la CGT, aient signé le même texte de fond est en soi un signe que quelque chose bouge dans le pays ; mais n'en déplaise aux responsables confédéraux, qui rappellent sans cesse - Charte d'Amiens oblige - que leur action n'est pas politique, ils ont ainsi donné une signification profondément politique à la mobilisation. Tout le texte est un long désaveu de la politique gouvernementale dans sa méthode comme dans le contenu des « réformes » mis en œuvre par les ministres de Sarkozy. Et qui a un tant soit peu écouté les échos des manifestations comprend bien que les manifestants eux-mêmes donnaient un contenu politique à leur participation : le rejet du sarkozisme comme régime politique était évidemment central, démontrant ainsi que la posture et les choix du président de la République continuent d'une part de diviser le pays mais crée aussi les conditions d'un rassemblement conjoncturel plus large que le seul peuple de gauche ; mais avant tout c'est la logique néo-libérale, dont chacun peut mesurer aujourd'hui la faillite, qui est mise en cause, avec l'idée au-delà que ce n'est pas aux salariés qui s'en sont toujours méfiés de payer pour cette faillite et qu'il ne s'agit plus aujourd'hui (outre le fait qu'il faut bien préserver les conditions de circulation du crédit pour faire fonctionner l'économie, et assurer les ratios de solvabilité des banques) de se contenter de discours lénifiant sur la moralisation du capitalisme ou de consentir au sauvetage d'un système capitaliste en échec, sans que les travailleurs n'obtiennent les garanties d'une véritable régulation et d'une justice sociale plus grande, c'est-à-dire le renversement de la tendance qui a fait que depuis 30 ans le capital a pris plus de 10 points à la rémunération du travail.

Nous en sommes à un point où les questions de fond ne peuvent plus être contournées ; les manifestants d'hier savent bien que c'est désormais à des choix de société que nous sommes confrontés. Que ces débats soient en train de s'ouvrir à leur manière aux États-Unis d'Amérique sous l'impulsion du président Obama indiquent de façon flagrante qu'on ne saurait encore moins les éluder en Europe et particulièrement en France. Il est particulièrement marquant de noter que les mobilisations sociales en temps de crise économique sont généralement inexistantes ou anémiées : nous sommes au début de l'une des pires crises financière, économique et sociale que nous ayons connu depuis près d'un siècle, et non seulement la mobilisation est forte mais en plus elle dépasse largement les contingents dénoncés comme des « secteurs protégés ». Les salariés du privé, voire même des artisans et des commerçants, s'étaient joints fortement aux manifestants, malgré la peur et l'angoisse des répressions patronales, des licenciements, du chômage technique, de la perte de salaire et des plans sociaux.

C'est dire si l'attente est forte, c'est dire si la nécessité d'un débouché politique est plus pressante que jamais.


Ne pas enterrer trop tôt l'UMP

Il serait pour conclure dangereux de s'accorder trop tôt sur l'annonce de défaite que signifierait le rabaissement momentanée de la morgue présidentielle. Cela nous fait plaisir qu'une grève soit visible ; nous nous sommes sans doute réjouis de la mine déconfite et décontenancée de Xavier Bertrand face à Martine Aubry jeudi 29 au soir sur France 2 ; vu l'aplomb du personnage c'est suffisamment rare pour le souligner, il n'avait sans doute pas mesuré les changements qui s'étaient produits à la tête du Parti socialiste depuis décembre. Mais cette situation n'aura qu'un temps.

N'oublions pas que Nicolas Sarkozy dispose de tous les leviers du pouvoirs et que ceux qu'il ne contrôle pas encore il s'emploie aujourd'hui à les confisquer peu à peu malgré l'opposition renouvelée de nos parlementaires.

N'oublions pas non plus que le président de la République reste maître du calendrier électoral et que les élections intermédiaires (sauf les européennes) sont d'autant plus incertaines que Nicolas Sarkozy n'aura sans doute aucun scrupule à en changer les règles du jeu quelques mois avant.

Par ailleurs, bien que Bernard Thibaud ait fait part du décalage probable qui existerait entre les organisations syndicales et le président de la République, si ce dernier s'avisait de ne parler que de l'agenda de ses réformes, n'oublions pas que certaines confédérations auront besoin pour justifier leur radicalité du 29 janvier 2009 d'avancées sociales - mêmes infinitésimale - qui ne peuvent attendre l'arrivée de la gauche au pouvoir. En France, l'unité syndicale est souvent plus prompte à se fissurer qu'à se consolider.

Enfin, prenons garde aux évolutions sémantiques instillées à l'occasion de la prise de fonction de Xavier Bertrand comme secrétaire général de l'UMP. L'UMP n'est plus, vive le « Mouvement Populaire »… Je ne crois pas que la droite française cherche aujourd'hui à refaire le coup de la campagne de 2007, avec un Sarkozy s'essayant au lyrisme en citant Jaurès, Blum ou évoquant les mânes de Guy Môquet ; par contre n'ayons aucun doute sur le fait que la conquête de l'électorat ouvrier soit un objectif essentiel du parti présidentiel. Il est d'ailleurs assez amusant que Brice Teinturier de la Sofres indiquait la forte présence des ouvriers dans les cortèges du 29 janvier quand voici quelques années certains socialistes annonçaient la disparition des ouvriers dans les débats du parti. Le vote ouvrier de droite a toujours existé en France, fait de pression patronale, d'appel au nationalisme et d'instrumentalisation de la valeur travail (on l'a déjà vu) : les réactionnaires n'ont jamais hésité à orienter les inquiétudes des ouvriers vers des dénonciations populistes. C'est le rôle confié au ministère de l'immigration et de l'identité nationale, sous la gouverne d'Éric Besson (également adjoint de X. Bertrand) - l'histoire du socialisme fourmillant d'opportunistes prêts à retourner leurs valeurs (Rochefort, Millerand, Péguy, Déat, Faure) de manière tout aussi radicale.

Et l'UMP compte aussi sur la division de la gauche, espérant qu'une stratégie gouvernementale d'exacerbation des tensions sociales pourrait finalement handicaper le Parti socialiste. En effet, si le PS ne parvenait pas à offrir un débouché à une certaine radicalité qui s'exprime aujourd'hui dans tous les milieux sociaux, c'est le NPA qui couperait définitivement les jarrets de la gauche. Mais ce scénario catastrophe nous pouvons encore l'éviter.


La responsabilité du PS et de la gauche

Les éditoralistes ont noté la mobilisation forte du « cortège » socialiste à l'occasion du mouvement. Le point fixe entre Alternative Libertaire et Lutte Ouvrière au Cirque-d'Hiver était effectivement assez marquant, mais n'oublions pas non plus la présence du PS dans de nombreux défilés en province, de manière plus massive qu'avant (car il faut bien dire que les socialistes manifestaient en général jusqu'ici plus facilement en province que dans la capitale).

Mais le simple retour du Parti socialiste dans la rue aux côtés des salariés n'est pas une fin en soi, elle est nécessaire pour rappeler que le Parti socialiste est l'héritier du mouvement ouvrier français et qu'il doit à l'avenir de nouveau se ré-ancrer dans les revendications sociales, alors que les catégories populaires souffrent déjà depuis longtemps de la dégradation de leurs conditions et que nous assistons au décrochage des classes moyennes. Mais enfin, le Parti socialiste doit avant tout être le moteur d'une dynamique qui peut mener enfin à une alternative politique.

Au regard de la plate-forme syndicale pour ce 29 janvier 2009, il n'est pas inutile de noter les correspondances avec le contre-plan de relance présenté le 21 janvier dernier par Martine Aubry et le secrétariat national du PS. Le Parti socialiste ne peut plus se voir opposer qu'il ne présente pas de propositions, et c'est déjà l'un des acquis majeurs de la nouvelle direction du Parti socialiste. La lutte engagée par ailleurs à l'Assemblée nationale prouve également que depuis décembre, les groupes parlementaires socialistes & apparentés mènent une opposition plus résolue au gouvernement et à la majorité UMP, rencontrant dans cette bataille les aspirations d'une partie de la population contre le régime sarkoziste ; et c'est le deuxième acquis majeur de l'équipe menée par la première secrétaire du Parti socialiste.

Mais il va falloir aller au-delà. Le contre-plan du PS vise à répondre à l'urgence de la crise, à de plus le mérite de démonter les faux-semblants de l'action gouvernementale, démontrant que dans l'immédiat une autre politique est possible pour relancer l'activité. Mais les 50 milliards d'euros proposés pour l'année 2009 (de manière virtuelle car nous ne sommes pas aux responsabilités) ne font pas une doctrine ou une politique durable ; nous pouvons souligner les convergences qui existent avec les plans britanniques, espagnols, américains et allemands comme le faisait Martine Aubry sur France 2 le soir du mouvement, mais cela ne sert pour le moment qu'à démontrer l'isolement, l'aveuglement et le ringardisme des conservateurs français.

Le dur est devant nous. Les débats qui ont commencé à s'ouvrir à l'occasion du congrès de Reims doivent impérativement être assumés : Quelle alternative à la logique néo-libérale ? Quel contenu donner à l'économie sociale et écologique de marché ? Comment sortir du libre-échange généralisé pour créer les conditions du « juste échange » ? Comment changer le cours de la construction européenne pour que l'union devienne un agent actif de l'économie mondiale et protège enfin ces citoyens ? Comment promouvoir une société d'émancipation collective et individuelle ?

Dans ces débats, rien ne sera évident : la dépolitisation du Parti socialiste a laissé des traces durables, la porosité du grand parti de la gauche française à l'air du temps libéral (sous prétexte de respectabilité gouvernementale) a durablement éloigné le Parti socialiste de sa base sociale, la présidentialisation des institutions ont créé des dégâts catastrophiques dans le Parti impliquant qu'aujourd'hui encore certains réservent leurs coups les plus durs leur camp alors que l'unité sociale et politique était au rendez-vous du 29 janvier. Le Parti socialiste doit se rassembler dans la construction d'un projet alternatif et il peut y être aidé par la déconfiture complète des vieilles lunes libérales.

À partir de là, il doit proposer à la gauche sociale et politique de se coordonner pour rendre efficace sa lutte contre l'action du gouvernement Sarkozy. Alors qu'à l'Assemblée nationale, la motion de censure socialiste a rassemblé à elle les voix des verts, des radicaux, des communistes et même du Modém, sur des orientations économiques et politiques, il vient de la responsabilité de tous les autres partenaires de la gauche de choisir désormais si le Parti socialiste doit être considéré comme un ennemi de classe. Et il ne suffira pas à Olivier Besancenot de dire que tolérer dans la rue les socialistes est l'alpha et l'oméga de sa conception de l'unité d'action : cette stratégie ne peut conduire à terme qu'à se constituer un petit fond de commerce tranquille fondé sur la protestation, en empêchant la gauche de devenir majoritaire et de lui redonner une possibilité de transformer le quotidien des gens.

Aujourd'hui toute la gauche est face à ses responsabilités ; elle a pour impérieuse obligation de rechercher ensemble les voies d'une alternative politique au néo-libéralisme. Que ceux qui veulent mettre les mains dans le cambouis le disent haut et clair. Déjà certains commencent à perdre leurs illusions sur les chances de créer un « front » à la gauche du PS : Jean-Luc Mélenchon et son Parti de Gauche en synergie avec le Parti communiste de Marie-George Buffet viennent de se voir rejetés par le NPA d'Olivier Besancenot qui ne semble « pas intéressé par un score à deux chiffres » aux élections européennes.

Nous ne pouvons pas nous satisfaire de ces discours de feux qui n'allument en définitive aucun espoir. Nous ne pouvons pas plus reproduire à l'avenir les rapports convenus entre les différentes organisations issues de la Gauche plurielle, qui bien que gérant ensemble la grande majorité des collectivités françaises se sont montrées incapables jusqu'ici (en 1981 et en 1997) de produire autre chose des accords entre les deux tours des élections nationales pour constituer une majorité et rédiger un programme de gouvernement. D'ici 2012, il nous faudra travailler ensemble à un programme commun de toute la gauche si nous voulons créer une dynamique, ce qui implique que nous créions les conditions d'un véritables dialogue politique entre organisations et ente militants de ces organisations.

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hugov 03/02/2009 12:30

Universitaires en grève!Passez lire les articles sur ce sujet, sur le site www.medipart.fr Le dossier sur les universités par Mediapart: - Universités: «Voter la grève à la Sorbonne, c'est tout un symbole» A la Sorbonne, lundi après-midi, entre 300 et 350 personnes réunies en assemblée générale par la coordination nationale des universités ont débattu pendant plus de quatre heures pour établir leur stratégie de lutte. Avant de voter une grève «générale et illimitée». La ministre des universités Valérie Pécresse doit tenter de leur répondre aujourd'hui. Reportage. - Les universitaires votent la grève illimitée. La coordination nationale des universités a voté lundi après-midi la grève «totale, reconductible, illimitée» à l'unanimité moins deux voix. La journée de grève de lundi a touché 45% des enseignements à l'université selon le syndicat Snesup. Au centre des revendications: le retrait des deux textes qui fâchent le monde de l'enseignement supérieur: le décret d'application de la LRU – votée en août 2007 – sur la «modulation des services», et la réforme de la formation des enseignants. -Grève à l'université: Mediapart en direct de l'AG des juristes Ce devait être une conférence de presse du collectif Défense de l'université sur les raisons de la grève des enseignants-chercheurs. Faute de journalistes – Mediapart est le seul média présent –, la réunion vire à l'AG. Lundi 26 janvier, pendant près d'une heure, la dizaine de juristes présents, dont une partie de professeurs d'université de premier plan et le directeur de l'institut Cujas, Guillaume Drago, expliquent pourquoi ils ont décidé de cesser le travail. C'est un fait rarissime dans l'univers habituellement peu contestataire des universitaires spécialisés en droit. -Modulation et masterisation: les réformes qui fâchent A l'origine de la mobilisation dans les universités, deux réformes indépendantes l'une de l'autre : la modification du statut des enseignants-chercheurs et le nouveau parcours de formation des enseignants du secondaire et du primaire. Dans les blogs, en accès libre: -Pour une réforme progressiste de l’université par Philippe Corcuff Maître de conférences de science politique à l’IEP de Lyon Paru dans Le Monde, vendredi 23 novembre 2007 A lire sur www.mediapart.fr & à faire partager!