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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

11 novembre 2006 6 11 /11 /novembre /2006 18:10
IL Y A 30 ANS, LE PARTI QUÉBÉCOIS PRENAIT LE POUVOIR - La souveraineté était au coin de la rue

Paul Roy

Québec - cyberpresse.ca - samedi 11 novembre 2006

Ce soir-là, le Canada anglais était tombé en bas de sa chaise. Le Parti québécois, un parti «séparatiste», venait de prendre le pouvoir à Québec. C'était le 15 novembre 1976, il y aura 30 ans mercredi.

De Hull à Gaspé, des militants jusque là abonnés aux «victoires morales» se trouvaient soudain frappés d'une même euphorie contagieuse.

«Le délire total, se rappelle Denis Vaugeois, élu dans Trois-Rivières. Les gens étaient très émus, une émotion qui a duré plusieurs jours. Impossible de me déplacer dans ma ville sans me faire sauter dessus par des gens au bord des larmes

À Montréal, les péquistes affluaient depuis le début de la soirée au centre Paul-Sauvé. Bientôt, ils allaient être des milliers. Dans une salle enfumée du centre sportif aujourd'hui démoli, René Lévesque jetait quelques idées sur papier en compagnie de son chef de cabinet Louis Bernard. Certains ont décrit le chef du Parti québécois comme tétanisé par la peur, ce soir-là. Louis Bernard n'est pas d'accord.

«Non, il était très heureux, je ne sentais pas d'anxiété chez lui, il n'était pas là à se demander: "On a le pouvoir, qu'est-ce qu'on va faire?"»

Dans l'aréna, les haut-parleurs répandaient la chanson thème de la campagne: À partir d'aujourd'hui, demain nous appartient! L'assistance le croyait, elle «touchait le pays».

Louis Bernard était plus sceptique. Pour lui, la victoire ne signifiait pas que la souveraineté était acquise. «On n'avait que 40% du vote», rappelle-t-il.

Bernard Landry, élu dans Fabre (aujourd'hui Laval-des-Rapides), s'était pointé à Paul-Sauvé un peu avant le discours de René Lévesque.

«À un moment, dit-il, on a vu arriver 2 hommes en imperméable. Lévesque leur a demandé ce qu'ils faisaient là -avec une certaine agressivité, parce qu'il ne les connaissait pas. Ils ont dit: "Monsieur le premier ministre, nous sommes vos gardes du corps."»

La débandade libérale était complète: le premier ministre, Robert Bourassa, battu dans sa propre circonscription de Mercier par le poète Gérald Godin!

Vers 22h30, René Lévesque était monté sur la scène. À ses côtés, Lise Payette, Camille Laurin, Claude Charron, Gilbert Paquette... Il essayait de parler: «Je pense que...» Mais la foule l'en empêchait. Essayait de le faire taire. Il arrivait à prononcer quelques phrases, dont celle-ci: «Je n'ai jamais pensé que je pourrais être aussi fier d'être Québécois que ce soir

Vers le milieu de la nuit, une demi-douzaine de sans-abri sont étendus sur les bouches d'air chaud du palais de justice de Montréal. Un homme est debout, grelottant. Il n'arrive pas à dormir. Débarqué de Terre-Neuve deux semaines plus tôt, il ne parle pas français. Mais il a entendu les résultats des élections et il est content. «Vous (les Québécois) méritez cette victoire», dit-il sobrement.

Un jeune parti

Le PQ, qui venait de prendre le pouvoir, était un tout jeune parti. Il avait vu le jour huit ans plus tôt, en octobre 1968.
Il résultait de la fusion du Mouvement souveraineté-association (MSA) de René Lévesque et du Ralliement national (RN) de Gilles Grégoire. Deux semaines plus tard, le Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) de Pierre Bourgault s'était sabordé, et ses membres avaient adhéré en masse au PQ.

Les péquistes étaient jeunes. Pour plusieurs, la souveraineté du Québec était au coin de la rue. Les prochains rendez-vous électoraux allaient leur enseigner la patience.

En avril 1970, leur parti recueille 23% des votes, mais ne fait élire que sept députés. Pendant ce temps, les libéraux de Robert Bourassa reprennent le pouvoir à l'Union nationale de Jean-Jacques Bertrand. René Lévesque est battu dans sa circonscription de Laurier.

Balayage libéral en 1973: Robert Bourassa remporte 102 des 110 circonscriptions. Et nouvelle défaite péquiste: avec 30% du vote, le PQ ne réussit à faire élire que six députés. René Lévesque est encore battu dans sa circonscription. Dorion, cette fois.

Puis arrive 1976. Le PQ propose un «bon gouvernement» aux Québécois. La souveraineté? Elle devra être précédée d'un référendum. C'est cette promesse de référendum, combinée bien sûr à d'autres facteurs, dont l'usure du pouvoir libéral, qui contribuera le plus au résultat de 1976. D'autant qu'en cours de route, la démarche référendaire sera assaisonnée à la sauce «étapiste». Un référendum gagnant ne donnera au gouvernement du Parti québécois que le mandat de négocier la souveraineté et l'association avec le Canada. La souveraineté, la vraie, ne pourra venir qu'après un deuxième référendum.
«Le référendum enlevait de la pression, explique le politologue Réjean Pelletier, professeur à l'Université Laval, de Québec. On pouvait se débarrasser d'un gouvernement qu'on n'aimait plus. Et pour la souveraineté, on verrait...»

Le bon gouvernement, ce sera l'assurance automobile, le zonage agricole, le financement des partis politiques, la loi 101. Et le référendum sera tenu le 20 mai 1980. OUI: 40,4%. NON: 59,6%. «Si je vous ai bien compris, dira M. Lévesque à des militants en larmes, vous êtes en train de dire: "À la prochaine fois"

Selon Bernard Landry, qui était au gouvernement pour ce premier référendum et qui deviendra chef du PQ et premier ministre en 2001, «pas grand monde pensait qu'on gagnerait en 80».
«Y compris Lévesque, y compris Lévesque. Il voulait le gagner, et on a travaillé comme des enragés pour le gagner, mais il l'a fait plus parce qu'il avait promis de le faire que parce qu'il pensait le gagner. D'ailleurs, le soir de la défaite, il a dit: "À la prochaine". Ça veut dire que c'était comme un coup d'essai. Il ne s'était pas trompé tellement, parce que "à la prochaine", on a eu 50% des voix (en fait 49,4%, en 1995), et vous connaissez tous les ouvrages sur l'éthique du gouvernement fédéral là-dessus..

Après la défaite référendaire de 1980, plusieurs militants souhaitent que leur chef déclenche des élections sur-le-champ. Il résiste, opte pour le printemps 1981 et gagne son pari.

Mais la décennie qui démarrait n'allait pas être particulièrement glorieuse pour le PQ. À commencer par ce deuxième mandat, assombri par une crise économique profonde qui s'étirera de 1981 à 1984.

Politiquement, le PQ et son option se trouvaient affaiblis. Pour le premier ministre du Canada, Pierre Elliott Trudeau, le temps était tout choisi pour rapatrier de Londres la Constitution canadienne et y enchâsser une Charte des droits et libertés.

Il s'entend avec les premiers ministres des neuf autres provinces au cours d'une «nuit des longs couteaux». Le Québec est isolé et refuse de signer le document. Un quart de siècle plus tard, cette situation n'a pas évolué.

Un beau risque

En 1984, une lueur d'espoir point. Pour René Lévesque à tout le moins. Brian Mulroney, le nouveau chef du Parti progressiste conservateur, devient premier ministre du Canada. Il veut créer les conditions pour que le Québec réintègre le giron constitutionnel canadien «dans l'honneur et l'enthousiasme».

René Lévesque accepte de courir ce «beau risque». Mais plusieurs de ses députés et ministres, dont les poids lourds Jacques Parizeau et Camille Laurin, refusent de le suivre et démissionnent. Contesté au sein du parti, lui-même démissionnera en 1985. Il mourra le 1er novembre 1987 à l'âge de 65 ans.

Son successeur, Pierre Marc Johnson, préconise l'«affirmation nationale». Battu par Robert Bourassa -revenu de sa retraite- en 1985, il se verra forcé de démissionner à son tour en 1987, quelques jours après le décès de René Lévesque. Avec Jacques Parizeau, le PQ revient à sa mission originale: réaliser la souveraineté.

En juin 1987, Brian Mulroney réunit ses homologues provinciaux -dont Robert Bourassa- au lac Meech. Ils y concluent des accords constitutionnels qui devront être ratifiés par les 11 parlements. Ils ont trois ans pour le faire.

Meech «chouchoute» le Québec, se plaint-on au Canada anglais. Alors que le délai de trois ans est sur le point d'expirer, tous les regards sont tournés vers Winnipeg et Saint-Jean (Terre-Neuve), les deux parlements qui n'ont pas encore ratifié l'entente. Les heures s'égrènent, les minutes...

Meech échoue en juin 1990. Au Québec, le sentiment de rejet est total. L'appui à la souveraineté-association grimpe jusqu'à 70%, rappelle le professeur Réjean Pelletier. «L'appui à la souveraineté tout court, sans association, est même monté jusqu'à 58%!»

Du jamais vu. Mais le PQ n'est pas au pouvoir. Et Robert Bourassa s'embarque dans de nouvelles discussions constitutionnelles qui mèneront au référendum de Charlottetown. Un référendum pancanadien qui sera battu, y compris au Québec, en 1992.

Jacques Parizeau prend le pouvoir en septembre 1994. L'homme n'a jamais été considéré comme un «tiède» face à la souveraineté. Il tiendra un référendum un an plus tard, le 30 octobre 1995.

Le match est serré, le taux de participation est à l'avenant: 93,48%! Le NON l'emporte avec 50,56% des votes; le OUI obtient 49,45%. Il lui manque 52448 votes.

M. Parizeau, dans son discours, attribue la défaite à «l'argent» et aux «votes ethniques». La réprobation est totale. Et injustifiée aux yeux de Bernard Landry. «La phrase était malheureuse, en soi, mais malheureuse aussi pour Parizeau, parce qu'il ne méritait pas ça (...) Je n'ai jamais vu chez Parizeau la moindre trace d'ethnocentrisme ou de racisme
L'homme en est ressorti éclaboussé, et le mouvement aussi, au dire de M. Landry. «Il y a même des gens archiconnus qui ont décidé de ne plus être souverainistes ce soir-là. C'est très injuste pour ce que Jacques a fait pour le Québec, pour la souveraineté et pour l'harmonie entre les Québécois. Mais c'est la vie, comme on dit...»

Le lendemain du référendum, Jacques Parizeau annonce sa démission. Le chef du Bloc québécois, Lucien Bouchard, s'amènera d'Ottawa à Québec. Il s'attaquera au «déficit zéro», envoyant à la retraite des milliers de fonctionnaires, de médecins et d'infirmières.

Il conservera le pouvoir aux élections de 1998, obtenant plus de sièges que le chef libéral Jean Charest, mais moins de votes. Difficile, dans ces conditions, de retourner en référendum, comme le réclament les «purs et durs» au PQ. Il choisira la voie des «conditions gagnantes». La souveraineté, oui, mais quand le fruit sera mûr.

Gruger vote par vote

L'aile militante du PQ n'a pas grand-chose à cirer de «conditions gagnantes». De guerre lasse, Lucien Bouchard tire sa révérence en 2001. Arrive Bernard Landry, qui perdra les élections de 2003 aux mains de Jean Charest. Et qui partira en 2005 à la suite d'un vote de confiance qu'il jugera insatisfaisant de la part des membres de son parti.

André Boisclair est le nouveau chef du PQ. Le sixième. Avant même son élection, à l'automne 2005, le programme du parti était tout tracé: un référendum sur la souveraineté le plus tôt possible au cours du prochain mandat.
Le fera-t-il? Certains en doutent.
Gagnera-t-il même les prochaines élections, qui doivent être tenues d'ici le printemps 2008?
Plusieurs observateurs sont sceptiques. «Les Québécois sont fatigués, ils ne veulent pas d'un autre référendum maintenant», disent-ils.

«S'il gagne les prochaines élections, je crois que Boisclair ne voudra pas attendre trop longtemps, dit le professeur Pelletier. Par contre, si la conjoncture est défavorable, il va devoir convaincre ses militants qu'aller à l'abattoir ne servira à rien.»
- Et la souveraineté?
- Ça va être difficile. La constante, c'est 42 ou 43% (en faveur de la souveraineté). Jusqu'à 45%, en campagne référendaire, c'est assez facile. Mais après, les votes, il faut les gruger un à un.

Et si le OUI devenait majoritaire, la majorité risquerait d'être faible, croit M. Pelletier. «Et 51 ou 52%, c'est faible pour faire l'indépendance.»

Jacques Brassard, un des péquistes élus le 15 novembre 1976 (il fut réélu cinq fois par la suite), dit ne plus être sûr de voir la souveraineté de son vivant. «Ce jour-là, j'ai pensé qu'on ferait la souveraineté et que je m'en retournerais enseigner au cégep. La souveraineté, j'étais entré en politique pour ça. J'ai fait 25 ans comme député, et 30 ans plus tard, le pays est encore à naître. Je continue d'y croire, mais je me fais moins d'illusions

Bernard Landry, lui, dit voir la souveraineté à court terme: «André Boisclair va gagner les prochaines élections, il va tenir un référendum sur la souveraineté, et il va le gagner».
«Je crois que le rêve de René Lévesque et de Bourgault, et de millions d'autres sera réalisé, dit-il. À cause de la force de l'idée d'indépendance, donc la force du PQ

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