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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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11 mars 2007 7 11 /03 /mars /2007 07:53

Img_9993_1Passionnant débat mercredi 28 février 2007 au Parlement Européen. Comme chaque année à l'initiative de la commission affaires économique et monétaire du Parlement européen, les parlements nationaux des 27 états membres étaient invités à discuter deux jours durant. Au menu hier et aujourd'hui : "comment améliorer la convergence des économies dans la zone euro ?"

Etaient donc appelés à plancher, pour commencer, plusieurs économistes dont le prix Nobel d'économie, l'américain Joseph Stiglitz, sur le modèle de croissance européen. Devaient leur succéder, les architectes de ce modèle, le patron de la BCE, Jean Claude Trichet et le Commissaire en charge des affaires économiques, Joaquin Almunia.

Là où le débat devait être compartimenté et cloisonné, Pervenche Beres, Présidente de la commission improvisa en demandant à Joseph Stiglitz de rester débattre avec Jean Claude Trichet et Joaquin Almunia. Bien lui en a pris !

Le temps annoncé à la grisaille s’est soudain éclairci.

Après les récitations auto satisfaites d'usage de messieurs Trichet et Almunia, sur les mérites incomparables de la politique de stabilité des prix, la nécessité de poursuivre les réformes structurelles et d'amplifier la flexibilité du marché du travail, Stiglitz a pris la parole.

La forme tranchait. L’homme est rond, jovial, souriant et sait combiner rigueur de la démonstration et clarté du discours. En outre, l’homme d’action et de pouvoir qu’il été durant ses années d’économiste en chef de la Banque Mondiale ou de conseiller économique de Bill Clinton n’a rien perdu des qualités de pédagogue appréciées par ses étudiants de l’Université de Columbia.

Le fond a été à la hauteur de la forme. Joseph Stiglitz a rappelé que les gens ne mangeaient pas de "stabilité des prix". Il a rappelé que celle ci comme la politique de concurrence ne sont pas une fin en soi mais qu'il s'agit d'outils ou d'objectifs intermédiaires qui doivent servir les objectifs majeurs que sont la croissance, le plein emploi, le pouvoir d'achat et le bien être des citoyens. Puis il est revenu sur les excès de la politique européenne de libéralisation, sur les dégâts des politiques de privatisation de la protection sociale. Il a rappelé à Jean Claude Trichet cette phrase d'un de ses confrères ancien patron de la banque fédérale américaine à propos de l'indépendance des banque centrale : "le Congrès nous a fait, il peut nous défaire". Il a souligné le caractère politique des décisions liées à la politique de change ou à la définition des objectifs d'inflation.

Bref, son Nobel d'économie sur le dos il est venu rejoindre la liste de ceux que Mrs Trichet ou Almunia observent parfois, tels des hérétiques, dés qu'ils évoquent la nécessité d’une réforme du mandat de la BCE et critiquent les orientations économiques libérales proposées par la Commission.

J'ai eu la chance d'intervenir dans ce débat. J'y ai critiqué l'interprétation restrictive du mandat de la BCE et répété qu'il était éprouvant d'entendre le patron de celle-ci s'opposer systématiquement à toute politique de hausse des salaires dans la zone euro comme il venait deux jours plus tôt de le faire. J’ai relayé la demande de nombreux parlementaires d’une définition de la politique de change par des institutions politiques.

Stiglitz m’avait fait entendre une musique qui m’avait fait oublier le mur d’orgueil des patrons de l’économie européenne. Trichet m’a répliqué en répondant à une question que je n’avais pas posée. En trois phrases, Almunia m’a dit que le mandat de la BCE était le bon, qu’il y avait pas de raison de modifier les règles en matière de contrôle politique de la politique des changes et m’a remercié pour avoir ouvert ce grand débat trop important pour être réglé là, sur la redistribution des fruits de la croissance et la hausse des salaires. Fermez le ban.

Pepite72gJe vous livre cette ultime pépite : Jean Claude Trichet citait hier à l’appui des résultats de sa politique de stabilité des prix, un sondage commandé par la Commission qui montrait que les consommateurs européens étaient favorables à la stabilité des prix !!! Quand je lui indiquais dans mon intervention plus tard, qu’on avait rarement vu un consommateur souhaiter la hausse des prix, surtout quand son pouvoir d’achat n’augmentait pas depuis des années et ceci conformément aux recommandations de la BCE elle-même, Jean Claude Trichet n’a pas jugé utile de répondre.

Merci à Joseph Stiglitz. Pendant deux heures, l’économie parlait aux hommes et parlait des hommes, l’orateur ne gonflait pas d’orgueil devant des tableaux statistiques et l’auditoire souriait d’être devenu plus intelligent.

A lire notamment :

La grande désillusion (Plon et livre de poche)

Quand le capitalisme perd la tête (livre de poche)

Un autre Monde (fayard)

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