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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 08:08

 

Notre pays connait une situation gravissime. Depuis 2007, l'ensemble de la planète financière a plongé l'économie réelle dans la crise - une crise durable qui met à vif tous les défauts du système, une crise du capitalisme financier dérégulé. Après quelques mouvements d'épaules et déclarations martiales en 2008 sur la fin des paradis fiscaux, sur le contrôle des banques d'affaires et la régulation des marchés financiers, force est de constater que ce sont les politiques et les États – dont tout le monde avait indiqué la renaissance en 2008 – qui se retrouvent le couteau sous la gorge.

Les troubles économiques et financiers ne sont pas totalement abstraits ; ils ont en tout cas des résultats très concrets : allez demander aux Grecs, aux Espagnols, aux Portugais ce qu'ils subissent depuis des mois... allez demander aujourd'hui dans les cortèges londoniens comment se sentent les centaines de milliers de grévistes britanniques face à l'énième attaque du gouvernement conservateur contre les services publics... allez demander aux 30.000 chômeurs français supplémentaires (la courbe vient de repasser au-dessus des 10 % d'actifs n'ayant pas du tout travaillé dans le mois) comment ils vivent la situation... allez même demander aux entreprises et aux collectivités comment elles vont boucler leurs trésoreries quand les banques expliquent qu'elles n'ont plus assez de liquidité pour prêter, y compris à des entités considérées comme financièrement saines...

Les marchés financiers spéculent sur les dettes souveraines, qui ont pour origine trois facteurs essentiels :

  • le choix fait depuis les années 1970 de financer les États sur les marchés et non par les banques centrales ;

  • le choix politique, volontariste, sous l'influence de la "révolution" reagano-thatchérienne, libérale et anti-fiscale, des gouvernements de couper dans les recettes fiscales ;

  • les milliards d'euros engagés en 2008-2009 pour sauver le système bancaire...

Les projets politiques de Sarkozy et Merkel mettent en péril la construction européenne

Aujourd'hui, les États sont dans une seringue aggravant les politiques d'austérité déjà mises en œuvre, sous l'influence des grands groupes financiers, des agences de notation et d'instances internationales dont les vieilles lunes libérales sont l'unique boussole. Il ne s'agit pas ici de dire qu'il faut supprimer les agences de notation - nous en auront toujours besoin - mais de dire que si les pressions sont fortes, il n'est pas encore interdit d'envisager des sorties de crise.

Les attaques contre la zone euro nécessitent une réponse. Les défauts des institutions européennes, tels qu'ils sont aujourd'hui dénoncés (BCE corsetée dans son action - rappellera-t-on assez que toutes les interventions de la BCE sur les marchés en ce moment sont totalement hors traité ? -, illisibilité politique, technocratie, démocratie anémiée), valident a posteriori les arguments des NONistes de 2005. Il est évident qu'un espace économique réuni au sein d'une même monnaie doit être régi par un gouvernement commun qui mène une politique économique, cette politique économique devant être validée par la souveraineté populaire, c'est-à-dire par des élections.

Mais voilà, Angela Merkel – en retrait sur ce point des propres positions de son parti politique, la CDU – a imposé dans le débat une révision des traités qui entérine une aggravation du déni démocratique de la construction européenne : renforcement d'un pacte européen d'austérité pourtant inapplicable et inefficient, sanctions automatiques pour les États "laxistes", et peut-être (ce n'est pas encore sûr) rachat des dettes des États par la BCE... Tout cela sans aucune intervention de la souveraineté populaire et de la démocratie. Nous assistons donc à un transfert de pouvoir d'une souveraineté nationale devenue inefficiente dans la mondialisation vers des institutions européennes toujours plus technocratiques, sans qu'à aucun moment la souveraineté populaire soit rétablie au niveau européen. Ce n'est pas un gouvernement économique qui va être mis en place, c'est une gouvernance technique de la zone euro, mot horrible.

Il paraît peu probable que Nicolas Sarkozy aurait plaidé avec les cadres de la CDU allemande auprès de la Chancelière pour une solution visant à restaurer une part de souveraineté populaire au niveau européen. La droite française vit et cultive pire qu'un déni de réalité, elle développe des mensonges. Le sauvetage de la zone euro par une gouvernance technocratique serait par le petit détour d'une perte de souveraineté nationale une restauration de la souveraineté amputée par nos dettes. La droite française ne veut toujours pas entendre parler d'un véritable fédéralisme démocratique européen. Et face au sentiment de perte de puissance de l’État-Nation, les portes-flingues de Nicolas Sarkozy - Claude Guéant, la droite populaire - développent une rhétorique nationaliste de bas étage. C'est ainsi qu'il faut entendre le discours du ministre de l'intérieur qui annonce qu'il y a "trop d'étrangers en situation régulière" en France.

Nicolas Sarkozy sait que la situation sociale, économique, que les évolutions européennes du moment nourrissent les arguments du Front National et d'une Marine Le Pen dont les niveaux dans les sondages n'ont jamais été aussi élevés à 6 mois de l'élection présidentielle. Le Président sortant veut rameuter pour lui-même au premier tour une partie radicalisée de son électorat et s'assurer pour le second un report de voix qu'il juge aujourd'hui insuffisant (un tiers pour le moment annoncé) en provenance de l'électorat frontiste. D'une certaine manière, Nicolas Sarkozy tente maladroitement copier la stratégie de Mitterrand, c'est-à-dire de rassembler son camp, mais il prend aussi le risque de légitimer le discours de l'extrême droite. Pour l'instant sa remontée dans les sondages – dûe à un rétablissement de sa parole médiatique, de manière mécanique après les primaires socialistes – semble interdire un 21-Avril à l'envers, mais n'oublions pas que le FN est rarement là où on l'attend.

Le rassemblement de la gauche - et lui seul - doit nous guider dans les campagnes de 2012

La situation est donc grave économiquement, elle est grave politiquement. La gauche aurait ainsi de quoi se mettre sous la dent pour enfoncer le clou et démontrer devant les Français l'impérieuse nécessité du changement. Le principal candidat de la Gauche – François Hollande – devrait utiliser son temps à rassembler son camp en s'appuyant sur la dynamique des primaires et un parti remis en ordre de marche par l'action de sa première secrétaire.

Mais le candidat socialiste ne profite pas de ses atouts. Depuis le 16 octobre 2011, d'abord parce que les médias sont « contraints » de rattraper le retard de temps de parole accumulé par la majorité présidentielle, François Hollande court derrière l'agenda médiatique du Président sortant. Ce fut le cas pour son intervention télévisée au journal de France 2, alors qu'il ne devait reprendre la parole que le 20 novembre devant les Jeunes Socialistes, indiquant qu'il voulait donner du sens à la rigueur. C'est le cas pour son rendez-vous à AREVA dans les jours à venir pour répondre aux attaques (par ailleurs fallacieuses) du président de la République sur le nucléaire.

Les difficultés sont surtout importantes dans la manière que son équipe de campagne et lui-même ont de gérer les relations avec les partis de gauche. Je ne reviendrai pas sur l'épisode désastreux de la signature de l'accord de majorité parlementaire et électoral entre le PS et EELV, qui fut « corrigé » après coup à la demande du candidat et de ses proches.

Mais le lundi 28 novembre 2011, François Hollande a fait sur BFM TV plusieurs déclarations qui n'ont pas manqué de provoquer la colère à gauche :

  • François Hollande ne serait « pas le candidat d'un parti » ;

  • François Hollande n'appliquera s'il est élu que les parties qu'ils jugent « essentielles » dans l'accord PS-EELV ;

  • François Hollande a clairement envisagé que François Bayrou, président du MODEM, appartienne à la majorité présidentielle si jamais ce dernier appelait à voter pour lui au 2nd tour.

Ces déclarations appellent donc trois commentaires.

François Hollande devrait comme ancien premier secrétaire du Parti Socialiste et comme concurrent victorieux des primaires citoyennes organisées par le Parti Socialiste être un peu respectueux du PS, dont les militants sont appelés à faire sa campagne, en tant qu'organisation mais aussi respectueux des engagements que prend celui-ci. Le projet du PS contient par ailleurs, avec le travail réalisé en commun dans le PSE, les pistes des solutions alternatives à la politique et aux projets de Merkel et Sarkozy. Plutôt que de mépriser ainsi le PS, son travail et donc ses militants, il conviendrait qu'il s'inspire du travail réalisé pour s'exprimer enfin sur un sujet sur lequel il est attendu.

François Hollande, nonobstant le triste épisode du MOX, a validé l'accord PS-EELV ; il devrait donc considérer également l'accord passé avec les écologistes avec un peu plus de respect sinon c'est sa parole qui sera entachée d'inconstance.

François Hollande sait parfaitement que la participation du MODEM à une majorité de centre-gauche est un casus belli au sein de la gauche française et même du PS. Casus belli dont s'est immédiatement emparé Jean-Luc Mélenchon. Quel intérêt avait-il à faire une telle déclaration, alors que François Bayrou présente des propositions politiques contraires au projet socialiste ? Si M. Bayrou préfère faire battre Nicolas Sarkozy en votant Hollande au 2nd tour, grand bien lui fasse, mais on ne bâtit pas une politique commune, une majorité commune sur le seul rejet d'un président sortant. Ces affirmations du candidat socialiste ne sont pas à la hauteur de l'enjeu.

Aujourd'hui, bien que François Hollande soit encore crédité d'une très forte avance au 2nd tour sur Nicolas Sarkozy, l'écart entre le principal candidat de droite et le principal candidat de gauche a fondu. Mais 47 % des Français déclarent aujourd'hui ne vouloir ni de Sarkozy ni de Hollande comme président de la République, c'est un signal inquiétant. François Hollande et ses équipes doivent se ressaisir ; le projet du PS permet de proposer des solutions pour sortir de la crise économique, de la crise sociale, de la crise démocratique et de la crise européenne ; le projet du PS peut être surtout la base du rassemblement de la gauche, seule garantie de sa victoire en mai et en juin 2012. Il est temps que de hauts dirigeants du Parti Socialiste lui rappelle ces faits incontournables... pour le bien du pays.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral aux relations extérieures du PS Val-d'Oise

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