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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 07:05

Un militant de gauche, Clément Méric, a été brutalement agressé mercredi 5 juin par des partisans de l'extrême droite qui appartiendrait au groupe Jeune nationaliste révolutionnaire (JNR). Laissé inanimé, il a été déclaré hier soir en état de mort cérébrale à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

haussman_st_lazare.jpgLe jeune syndicaliste âgé de 18 ans, venu de Brest pour ses études à Sciences Po Paris, sortait d'un magasin, près de la gare Saint-Lazare, lorsqu'il a été pris à partie. Selon une source policière, une vente privée de vêtements était organisée dans le quartier. Vers 18 heures, trois jeunes gens "de type skinhead", dont une femme, sont arrivés sur les lieux où ils se sont confrontés à un autre groupe de jeunes. Après des invectives et des bousculades, les skinheads, rejoints par "des renforts", ont attendu devant le magasin. Les agresseurs, qui se sont enfuis et n'ont toujours pas été interpellés, portaient "des bombers et des rangers", selon 20Minutes.fr. L'un d'eux aurait projeté le militant contre un poteau métallique. Un passant serait ensuite intervenu pour secourir la victime, placée en position latérale de sécurité avant d'être évacuée.

Les violences politiques mortelles sont des évènements rares et graves. Au-delà de l'indignation et de la colère légitimes et de la nécessité pour toute la gauche de se ressaisir contre les agresseurs et les fascistes assassins, il faut analyser la situation. Sans vouloir extrapoler sur un évènement qui pourrait être un acte isolé, on peut cependant réfléchir après cet assassinat à l'évolution récente de l'extrême droite française qu'elle soit groupusculaire ou partisane.

Les années 1960 et 1970 ont été marquées par de nombreux actes de violences politiques, régulièrement provoqués par des groupuscules d'extrême droite, nationalistes révolutionnaires, et parfois la réponse défensive des militants de gauche et d'extrême gauche, qui étaient régulièrement les victimes de ces "coups de poing". Les actes racistes, sur fond de décolonisation et d'une société qui était encore loin d'accepter la diversité en son sein, étaient également monnaie courante, même si elle était hyprocritement tue ou étouffée.

Le_Pen_bandeau.jpegLe processus, qui a mené à la création du Front National (FN) en 1972 à partir de divers groupuscules puis à son installation dans le paysage politique français, a été parallèle à une certaine pacification sociale.

Il n'en est évidemment pas la cause : la société a elle-même évoluée, la violence politique ou les barbouzeries qui étaient une pratiques régulières (rappelez-vous du SAC) ont cessé d'appartenir aux moeurs communément admises ; les réflexes racistes ont reculé dans la société même s'ils restent présents et répandus, mais de fait depuis la marche des beurs, et malgré la persistance des discriminations et des phénomènes de ségrégations territoriales et sociales, la France s'est découverte diverse et parfois métissée. C'est heureux.

Cependant, la prise en charge de la parole raciste et xénophobe par le FN a abouti à verbaliser dans le paysage politique des sentiments que l'on a un peu de mal à qualifier de politique et qui auraient pu se transformer en violence physique politique ou raciste, participant ainsi à la diminution de ces phénomènes dans les années 1980 et 1990. Attention, je ne dis pas que le FN a été utile à la société française, loin de là : la violence morale et culturelle qu'il a provoquée reste entière et tout autant pernicieuse, nous y reviendrons. Elle n'a d'ailleurs pas empêché certaines violences physiques, dont le pire fut l'assassinat de Brahim Bouarram en marge d'un cortège du FN à Paris le 1er mai 1995.

dominique_venner.jpgDe fait, le FN a - surtout depuis les années 1980 - appliqué une sorte de stratégie de banalisation de l'extrême droite. Dominique Venner, théoricien et essayiste völkisch tenant d'une vision paneuropéenne de l'extrême droite, qui s'est rappelé à notre souvenir en se suicidant en public devant l'autel de la Cathédrale Notre-Dame, a perdu depuis longtemps le pari qu'il avait fait en parrainant à distance la création du FN. Il pensait "présider" à la création d'une organisation politique plus solide (vision quasi léniniste) portant un nationalisme révolutionnaire, racialiste blanc et paneuropéen, mais le pantin "présentable" pour les bourgeois qui avait été choisi pour présider le parti, Jean-Marie Le Pen, a doublé tous ceux qui pensaient faire de lui un homme de paille, une vitrine.

Malgré ses outrances verbales et ses provocations régulières, Le Pen père a réussi à imposer dans l'espace public et dans son propre camp une extrême droite institutionnalisée, national-populiste et xénophobe, assez éloignée finalement des espoirs de ses parrains. Sa stratégie a été constamment dénoncée par leurs héritiers mais aucune scission (dès les années 1970, le Parti des Forces Nouvelles - PFN) n'a réussi à lui contester le pouvoir électoral tribunicien et protestataire qu'il a construit.

patrick_buisson.JPGLe Pen n'est pourtant pas un sauveur de la République, un rempart contre une extrême droite pire que lui-même. Avec son accès aux médias, avec son rôle d'amuseur public nauséabond, il a diffusé dans tout le pays un discours politique assumé qui ne l'était plus ouvertement depuis 1944. La Lepénisation des esprits débute dès les années 1980 ; associée à la pression que représentait ses résultats électoraux et à la disponibilité intellectuelle de certains responsables de la droite dite "républicaine", son discours a commencé à percoler dans toute la droite, jusqu'à la mise en place du tandem Sarkozy-Buisson.

La dédiabolisation comme stratégie mise en oeuvre par Marine Le Pen n'est de fait que l'étape supplémentaire sur le chemin entamé par son père. Elle rend le FN plus encore acceptable et d'autant plus désirable pour une partie de l'UMP, que ras-le-bol et lepénisation augmentent régulièrement les intentions de vote en sa faveur. Une partie croissante des responsables UMP réfléchit désormais à une alliance avec le FN, et si toutes les digues n'ont pas encore sauté, le FN n'a jamais été aussi prêt de pouvoir envisager un jour d'être associé au pouvoir.

bloc_identitaire.jpgLa dédiabolisation "mariniste" a cependant libéré sur sa droite un espace politique pour l'extrême droite radicale, tout en validant une partie de son discours qu'elle partage sous des formes plus soft : Bloc Identitaire, Génération identitaire, projet Apache, Jeunesses Nationalistes, JNR, etc. ne sont plus seulement des groupuscule néo-nazis ou des bandes de skins en goguettes, mais des organisations dont on a vu la capacité à se rendre visible et à structurer des actions de plus en plus solides, que ce soit en surfant sur le rejet de l'islam (occupation de la terrasse de la mosquée de Poitiers) ou dans le refus de la loi sur le mariage pour tous.

La dédiabolisation et la lepénisation des esprits désinhibent également une partie de ces militants radicaux qui se sentent désormais autorisés à passer à l'action violente, dont l'une d'elle a abouti hier soir à l'assassinat de Clément Méric. Les violences à caractères racistes ont d'ailleurs commencé à progresser à nouveau fortement dès la fin des années 1990 (documentation française ; ministère de l'intérieur).

printemps_francais.jpgCe qui est grave aujourd'hui c'est l'existence de passerelles entre cette extrême droite radicale qui fait mine de vomir le FN mariniste, le FN lui-même et y compris une partie de la droite classique.

Cette dernière n'a eu en effet aucun mal à participer à des défilés où se retrouvaient toutes les familles de droite, durant la mobilisation contre le mariage homosexuel. N'en déplaise aux hypocrites responsables de l'UMP, du PCD ou de la "manif pour tous". Le cordon sanitaire est par ailleurs parfaitement inexistant avec le "Printemps Français", coalition de sous-marins de l'extrême droite radicale qui s'est choisie comme porte-parole une transfuge du parti de Christine Boutin.

1489157 3 0fb0 marine-le-pen-a-lille-le-5-mars-2011Les liens sont évidents avec Marine Le Pen et son parti. Les déclarations légalistes de Florian Philippot condamnant l'assassinat de Clément Méric n'y changent rien. Au soir de la mort de Dominique Venner, Marine Le Pen elle-même saluait la mémoire de Dominique Venner dont nous avons parlé plus en des termes particulièrement attendris, soulignant ainsi sa volonté d'envoyer des messages à sa frange radicale et ses propres origines idéologiques.

La France vit une période délicate et l'évolution de l'extrême droite accroit aujourd'hui plus que jamais le danger qu'elle encourt.

Frédéric FARAVEL

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Published by FARAVEL - dans Carton Rouge !
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