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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 09:48

Pour inscrire son action dans la durée, la Gauche revenue au pouvoir doit faire preuve d'exemplarité en termes de morale publique et de rapport au pouvoir. Les Français ont soifs de justice et ne donneront crédit aux dirigeants qui prétendent la mettre en oeuvre qu'à la condition qu'ils aient confiance dans la probité et l'honnêteté de ceux-ci. C'est aussi là que se joue le sentiment d'être représenté correctement et la garantie du respect de la souveraineté populaire. La Charte de déontologie signée par les ministres du Gouvernement Ayrault 1 participe de cet effort ; il faut rendre vivant et concret ces symboles et être intransigeants, ne tolérer aucun pas de côté, quels que soient les élus mis en cause.

C'est pourquoi je partage pleinement le point de vue d'Edwy Plenel, directeur de la Rédaction de Médiapart, publié ce jeudi 31 mai 2012, dans la tribune qui suit.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral du PS Val-d'Oise en charge des relations extérieures

PLENELMediapart, la gauche et l’indépendance
31 mai 2012 | Par Edwy Plenel

Des lecteurs se sont étonnés de nos révélations récentes ayant mis dans l’embarras le Parti socialiste et certains de ses élus. Ils vont devoir s’étonner souvent tant Mediapart sera, sous la gauche au pouvoir, ce qu’il fut sous la droite : un journal d’information, indépendant et participatif, assumant sans états d’âme sa fonction de contre-pouvoir démocratique. L’inverse serait se renier nous-mêmes et, surtout, trahir votre confiance.

A travers l’exemple précis d'un parlementaire, Pascal Terrasse, député PS abonné à Mediapart et ayant nourri le Club de Mediapart de ses contributions, nous avons illustré, avec plus d’insistance, ce que nous avions déjà mis en évidence : l’usage largement privé, au bénéfice de leurs loisirs et de leur entourage familial, par les députés de l’enveloppe mensuelle de 6 412 € qui, sans contrôle ni imposition, leur est attribuée pour leur fonction publique d’élu de la nation. Notre enquête mettait en évidence la banalisation, auprès de parlementaires pourtant très avertis de la nécessité d’une République vraiment irréprochable, de ces pratiques qui lui sont totalement contraires.

Passer d’une réflexion générale à une démonstration incarnée est la vertu d’exemplarité de tout enquête aboutie. Posée depuis des années, la question de cette IRFM (indemnité représentative de frais de mandat) reste pendante grâce à l’indifférence intéressée de nombreux parlementaires, de droite comme de gauche. L’illustrer, preuves à l’appui à travers un cas particulier, grâce à des documents inédits démontrant cet usage privatif sans complexe d’un argent public, c’est bousculer cette torpeur parlementaire qui fait le lit des idéologies autoritaires et des démagogies anti-démocratiques. C’est dire à la prochaine Assemblée nationale que cela ne peut plus durer, tout comme ne peut plus continuer l’opacité financière des deux Chambres où sont faites et votées les lois supposées s’imposer à tous et n’être ignorées de personne (lire notre article récent sur les dépenses cachées de la présidence de l'Assemblée).

De ce point de vue, Mediapart n’a fait que suivre l’exemple de la presse britannique qui, révélant en 2009 le scandale des notes de frais des parlementaires (un résumé en anglais sur Wikipédia), a obligé la démocratie anglaise à être meilleure, plus vertueuse et plus transparente.

Loin de susciter des accusations de populisme ou des plaintes pour vol visant nos sources, les révélations de nos confrères londoniens débouchèrent sur une enquête indépendante nourrie par le droit d’accès aux documents d’intérêt public instauré en 2000, suivie de la radiation des parlementaires les plus gourmands et de poursuites judiciaires ayant même conduit l’un d’eux, un travailliste, pour quelques mois en prison. Les montants en cause (27 000 € pour le cas le plus lourd et le plus sévèrement sanctionné) sont du même ordre que ceux mis en évidence par nos enquêtes (au moins 15 000 € dans l'exemple que nous avons documenté).


Fonction démocratique et responsabilité professionnelle

Cette enquête sur les frais des députés n’est pas la seule, sur Mediapart, à avoir récemment bousculé le nouveau pouvoir. Nous avons aussi mis en évidence, dans le feuilleton Karachi, à travers des documents de 1998, combien les pesanteurs gouvernementales, ces mauvaises habitudes au prétexte d’une continuité étatique, pouvaient amener une nouvelle majorité (de gauche) à fermer les yeux ou à ne pas trop les ouvrir sur des faits de corruption avérés concernant la précédente (de droite).

De même, nous avons souligné le grand risque de conflits d’intérêts que prenait le nouveau pouvoir en nommant, dans le secteur de la communication et des médias, des personnalités ayant eu ou ayant toujours des liens avec les acteurs économiques concernés.

Tout comme nous avons dévoilé l'enquête interne sur les « irrégularités » de la section socialiste de Liévin et, surtout, révélé les attendus du renvoi devant le tribunal pour « détournement de fonds » d'une députée socialiste marseillaise, candidate à sa réélection – deux informations qui posent concrètement la question de la moralisation de la vie publique, jusqu'aux clientélismes locaux qu'abrite une politique professionnalisée, déconnectée des réalités sociales ordinaires.

Bref, nous avons d’ores et déjà commencé notre travail de lanceur d’alertes à l’attention des nouveaux gouvernants socialistes. Pour les habitués de Mediapart, il n’y a là rien de nouveau. C’est ce que nous avons toujours fait, et c’est même notre raison d’être : apporter des faits d’intérêts publics inédits ou inconnus dont la force d’évidence met en branle le débat public, oblige à des remises en cause, dessine les contours des réformes nécessaires. La seule nouveauté, c’est que la gauche a conquis le pouvoir présidentiel, en attendant d’y ajouter, sans doute, la majorité parlementaire.

Or cette nouveauté nous oblige, forcément : un contre-pouvoir est, par essence, le censeur du pouvoir. L'interpellation est légitimement plus forte envers ceux qui détiennent le pouvoir, avec ce qu'il suppose de tentations et de facilités. « Le changement, c’est maintenant », clamait le slogan de campagne du candidat François Hollande, devenu le septième président de la Vème République. Cette exigence concerne d’abord ceux qui, par la grâce de son élection, se sont rapprochés du pouvoir, le détiennent ou le soutiennent. Et notre fonction démocratique est de la faire valoir.

Mais c’est aussi notre responsabilité professionnelle. Car, contrairement à ce qu'ont voulu accréditer les calomnies qui nous ont visé – des « méthodes fascistes » de 2010 à l'« officine socialiste » de 2012 –, ce ne sont pas des préjugés partisans qui ont nourri nos curiosités investigatrices sous la présidence de Nicolas Sarkozy, mais une culture farouche de l’indépendance de la presse, de sa responsabilité sociale et de son devoir d’information.

Il ne suffit pas de croire que l’on pense politiquement juste pour informer vrai. C’est même tout le contraire tant les convictions, aussi pertinentes ou légitimes soient-elles, sont l’ennemi le plus redoutable de la vérité, plus efficace encore que le mensonge tant elles empêchent souvent de voir, d’admettre et de reconnaître les faits qui nous dérangent, bousculent nos certitudes et ébranlent nos croyances.

Sans cette culture professionnelle d’indépendance, laquelle est d'abord une pratique collective librement exercée, Mediapart n’aurait pas accumulé les découvertes (Karachi, Bettencourt, Tapie, Takieddine, Libye, etc.) qui, aujourd'hui prolongées pour la plupart par des enquêtes judiciaires, attendent l’ex-président Sarkozy, lequel finira forcément par rendre des comptes à des magistrats – si, du moins, la justice n’est pas entravée. Nous n’avons pas oublié qu’à l’inverse, les médias qui, aujourd'hui, flattent les nouveaux gouvernants avec un zèle impayable sont ceux qui, hier, nous accusaient d’anti-sarkozysme primaire, couraient tendre leur sébile aux états généraux présidentiels de la presse, jugeaient que ce président agité, après tout, ce n’était pas si grave, soutenaient sa réforme régressive de l’audiovisuel public, embrayaient en soutien de son débat sur l’identité nationale, etc.

Les pouvoirs qui, quand des médias dérangent leur confort par leurs informations, les transforment en adversaires politiques sont les mêmes qui ne les imaginent qu'en courroies de transmission dociles. Une culture démocratique authentique, pratiquée avec l'exemplarité que suppose l'exercice du pouvoir en son sommet, est celle qui accepte l'interpellation loyale de la presse, ses révélations embarrassantes, les faits qu'elles dévoilent, les questions qu'elles posent, et qui, par conséquent, en tire les conséquences pour le bien commun, qu'il s'agisse de sanctions individuelles ou de réformes radicales.


La question centrale des conflits d'intérêts

Y compris pour tous ceux qui souhaitent qu'elle réussisse, le pire service à rendre à la gauche désormais aux affaires serait donc de faire confiance à une presse moutonnière, opportuniste, intéressée. Son ressort n’est pas l’indépendance et ses exigences, mais l’intérêt et ses avantages. Elle ne peut être qu'un allié de circonstance, ni fiable ni fidèle, tant elle témoigne, par ses propres conflits d’intérêts et mélanges des genres, de l’état de faiblesse de notre culture démocratique, des corruptions qui la minent et des soumissions qui l’asservissent.

L’indépendance de la presse n’est pas seulement une utilité (pour les citoyens qui bénéficient des informations qui en résultent), elle est également une obligation (pour ceux qui s’en réclament afin de gagner la confiance des lecteurs). De ce point de vue, voir l’un des trois propriétaires du Monde, le financier Pierre Bergé, aux côtés de la première secrétaire du PS à l’Elysée et traité avec les mêmes égards qu’elle lors de la cérémonie d’investiture du nouveau président n’est pas moins discréditant pour notre profession que s’il s’était agi de celui du Figaro pour la réélection de l’ancien.

Epinglant la présence du directeur de Libération sous la tente VIP des invités de marque à la Bastille au soir du 6 mai, Le Monde oublia de signaler ce fait compromettant, dans une enquête pourtant consacrée aux relations incestueuses entre journalistes et politiques telles qu'elles furent dévoilées par la présidentielle. Quant à son médiateur, il s'est contenté de le relever sans s'en offusquer outre mesure.

A Mediapart, d’avoir contribué, par notre incessant travail d’information, à éclairer nos compatriotes afin qu’ils choisissent majoritairement d’en finir avec le sarkozysme et d'avoir explicitement souhaité l'alternance dans l'espoir d'une alternative, ne nous donne aucun droit, mais nous lègue un devoir : tracer la même route d’indépendance et de distance, de liberté et d’exigence. Choisir toute autre direction serait retomber dans les ornières et les impasses où la presse française se discrédite et se meurt : celles de la perte de confiance des lecteurs, de l’oubli du droit de savoir et du devoir d’informer, de la course aux subventions étatiques dans une opacité totale, de la soumission à des actionnaires extérieurs aux métiers de l’information, de la promotion, banalisation et généralisation des conflits d’intérêts.

Loin d’être mineure ou anecdotique, cette question des mélanges d’intérêts, où les métiers se corrompent, où les responsabilités s’égarent, où public et privé s’emmêlent, est au cœur du redressement démocratique qu’appelle le vote majoritaire du 6 mai 2012. Les magistrats italiens, spectateurs impuissants de la déliquescence de la république transalpine, font de cette acceptation tacite du conflit d’intérêts le ressort primordial de la diffusion d’un « code culturel de la corruption », qui place l’abus de pouvoir au cœur de son exercice coutumier (lire notamment Le Retour du Prince, livre d'entretien avec le procureur Roberto Scarpinato).

En 2010, grâce aux révélations de Mediapart dans l’affaire Bettencourt, mettant en évidence la tolérance dont bénéficiait la double responsabilité d’Eric Wœrth, à la fois ministre du budget et trésorier de l’UMP, chargé des finances de l'Etat et de celles d'un parti, un énième rapport sur la nécessaire moralisation des fonctions publiques fut commandé à une énième commission, présidée par le vice-président du Conseil d’Etat. Il suffit de rappeler la définition, pourtant contournée, retenue par cette commission des conflits d’intérêts pour comprendre que notre République française, hélas, en est devenue, elle aussi, le royaume – et qu’il nous faut, d’urgence, y mettre fin si nous ne voulons pas donner raison à ceux qui la combattent, la discréditent et la calomnient.

« Un conflit d’intérêts, écrivait-elle, est une situation d’interférence entre une mission de service public et l’intérêt privé d’une personne qui concourt à l’exercice de cette mission, lorsque cet intérêt, par sa nature et son intensité, peut raisonnablement être regardé comme étant de nature à influencer ou paraître influencer l’exercice indépendant, impartial et objectif de ses fonctions. L’intérêt privé d’une personne concourant à l’exercice d’une mission de service public s’entend d’un avantage pour elle-même, sa famille, ses proches ou des personnes ou organisations avec lesquelles elle entretient ou a entretenu des relations d’affaires ou professionnelles significatives, ou avec lesquelles elle est directement liée par des participations ou des obligations financières ou civiles. »


Notre devoir de vérité

Au moment où se met en place un nouveau pouvoir, avec, derrière la façade du gouvernement et de ses nouveaux ministres, une petite armée de collaborateurs, conseillers, missionnés, sans compter les inévitables intrigants et courtisans, solliciteurs et visiteurs, poser cette question des intérêts croisés, du privé qui se mêle du public et qui s'y emmêle, c’est évidemment lancer l’alerte pertinente. Celle qui est utile à tous, gouvernants comme gouvernés, élus comme citoyens, majorité comme opposition.

D’autres journalistes n’ont sans doute pas la même conception du métier : préférant courtiser le pouvoir quand il est à son zénith pour mieux l’assassiner quand il est tombé, ils se fichent de ce droit de savoir des citoyens pour lui préférer leur gloriole personnelle. Plutôt que la responsabilité sociale immédiate, ils cultivent la postérité littéraire à venir. De livre en livre, le talentueux écrivain Franz-Olivier Giesbert en donne l’exemple le plus accompli, au détriment du journaliste qu’il est supposé être. C’est ainsi que sa récente livraison, Derniers carnets, nous décrit, anecdotes à l’appui, Edouard Balladur et ses deux Nicolas, Sarkozy et Bazire, comme des forbans avérés dès 1993-1995, réalité dont le directeur du Point a, pendant près de 20 ans, oublié d’informer ses lecteurs. Au point de plutôt les inviter, hier, à soutenir ceux qu'il assassine aujourd'hui avec délectation.

« La politique ne supporte pas le mensonge », affirmait François Hollande en 2006, dans un livre d’entretiens qu’il avait souhaité intituler Devoirs de vérité. Le journalisme non plus. Revenant sur sa première fonction publique véritable, qui fut d’être en 1982 directeur de cabinet d’un éphémère porte-parole du gouvernement (il s’agissait de Max Gallo, passé en 2007 au sarkozysme et… à l’Académie française), le futur président de la République confia alors avoir retenu « de cette brève expérience qu’à l’origine de toute affaire, au-delà de son contenu même, il y a d’abord un mensonge. La vérité est toujours une économie de temps comme de moyens. La vérité est une méthode simple. Elle n’est pas une gêne, un frein, une contrainte ; elle est précisément ce qui permet de sortir de la nasse. Même si, parfois, dans notre système médiatique, le vrai est invraisemblable ».

De ce vrai invraisemblable, Mediapart ne cesse de faire l’expérience, tant nos informations dérangeantes ont toujours mis du temps à briser le mur de l’indifférence et du conformisme médiatiques. Mais nous préférons cet inconfort de la liberté au confort des servitudes et des dépendances. Tout simplement parce que c’est ce que nous vous devons, à vous, lecteurs, sans qui nous n’existerions pas. Et c’est pourquoi nous avons fait nôtre depuis le premier jour cette injonction de Charles Péguy quand il lança, en 1900, ses Cahiers de la Quinzaine face à une presse plus soucieuse de racolage commercial que d’intérêt public : « Dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, dire bêtement la vérité bête, ennuyeusement la vérité ennuyeuse, tristement la vérité triste. »

Tel est, aujourd'hui, sous la présidence de François Hollande, comme hier, sous celle de Nicolas Sarkozy, notre devoir. Un devoir de vérité.

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