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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 13:00

Le 1er tour de l'élection présidentielle de dimanche a placé la Gauche dans son ensemble dans une position bien plus favorable qu'elle ne l'était en 2007.


Ces résultats démontrent – si cela était encore nécessaire – les insuffisances collectives et respectives de la gauche cinq ans plus tôt, alors que déjà – après 5 années de mandat lamentables de Jacques Chirac – tout le monde répétait que l'élection était imperdable.

En 2007, à la gauche du PS régnait l'éparpillement et la déréliction d'une partie des organisations ; les écologistes et les socialistes étaient incapables de se parler ; le Parti Socialiste ne disposait d'aucun projet précis, et il était balloté par les dérives idéologiques de sa candidate et les plaies des règlements de compte organisée par la direction du parti au lendemain du référendum de 2005 sur le TCE. Toute la gauche, chacun dans son organisation, s'était tirée une balle dans le pied ou même plusieurs.

Le score de François Bayrou en 2007 s'explique ainsi par les insuffisances de la gauche en général et du Parti Socialiste avant tout. 2012 démontre que la présidentielle ne se joue pas au centre et que le PS a perdu du temps pendant 5 ans (un peu moins entre 2009 et 2011) à se demander s'il devait discuter avec le MODEM : le centre n'est pas une «force»politique, il n'existe que par intermittence quand se font jour les faiblesses de la gauche. Et plus que tout, sauf à méditer des arrières pensées inavouables, le Centre n'est comme disait Mitterrand «ni de gauche, ni de gauche».

FrancoisHollandeQuels que soient les désaccords et les nuances qui ont pu être exprimées entre la gauche du PS et François Hollande, notamment quand il s'écartait trop fortement du projet adopté par le Parti Socialiste en juin 2011, on ne peut que lui savoir gré d'avoir maintenu avec constance depuis le meeting du Bourget les principes essentiels et les valeurs de la gauche républicaine, sans jamais dévier de sa course. Et ceci quelles que soient les interpellations de ses adversaires ou des commentateurs médiatiques, alors que la campagne de Ségolène avait démontré une certaine porosité sur des notions culturelles de droite.

Ainsi la fermeté du candidat a permis de nourrir le vote centriste avec des électeurs de gauche affolé par le vertige que donnait Ségolène Royal… qui elle n'a dû son score qu'à la peur viscérale des électeurs de la gauche radicale de voir se produire un nouveau 21-Avril.


Il existe donc bien deux dynamiques qui se sont complétées à gauche pour porter celle-ci à 43,75 % des suffrages contre 36,4 % en 2007 (Eva Joly remporte bien quelques 250 000 voix de plus que Dominique Voynet, mais vue la faiblesse du score et le recul comparé aux résultats des européennes et des régionales on n'appellera pas cela une dynamique) : celle du Front de Gauche avec Jean-Luc Mélenchon et celle des socialistes avec François Hollande.

jean-luc_melenchon-3-3-7744e.jpgAlors que l'abstention a augmenté de près de 700 000 personnes, le second rallie 773 470 voix de plus que Ségolène Royal ; le premier se mesure à l'aune de l'ensemble des suffrages accordées à la gauche du PS (au regard des échanges de voix massifs au sein de ce bloc, vers le Front de Gauche) qui passe d'un total de 3,3 millions de voix à plus de 4,6 millions, soit un gain de près de 4 points (soit plus que les gains du enregistrés entre candidatures socialistes).

Ces dynamiques se nourrissent pour le PS d'un retour d'un électorat de gauche titubant en 2007 vers le MODEM, d'échanges de suffrages entre le Front de Gauche et le PS et de remobilisation de nombreux abstentionnistes notamment dans les quartiers populaires.

À ce titre, les habitants des banlieues sont venus voter et ont massivement apporté leur soutien à la gauche ; ce résultat – même s'il reste énormément de travail et qu'il ne faut pas forcément compter sur une mobilisation comparable lors des législatives (cf. 2007) – vient apporter un démenti cinglant à l'analyse et aux propositions de Terra Nova sur la stratégie électorale que devrait adopter le Parti Socialiste.


La progression de l'extrême droite est réelle, malgré toutes les démonstrations de celles et ceux qui par peur ou excès de confiance voudraient relativiser le score de Marine Le Pen, dimanche 22 avril 2012. Comparé au résultat de Jean-Marie Le Pen contre Jacques Chirac lors du second tour de l'élection présidentielle de 2002 – ceux-ci étaient supérieurs à l'addition des suffrages accordés à Le Pen et Mégret au 1er tour –, Marine Le Pen progresse de 1,5 millions de voix. La montée du Front National apparaît donc comme une tendance constante dans la vie politique française depuis 30 ans. Il est erroné de présenter ce vote comme le signe d’une simple colère et moins encore l’expression d’une «souffrance» comme le déclarait lundi matin Nicolas Sarkozy ! Ce vote conjugue en réalité des motivations profondément différentes qui convergeant sur le nom de Marine Le Pen, et c'est cette capacité à faire la synthèse de ces motivations divergentes qui est justement le plus inquiétant.

1489157_3_0fb0_marine-le-pen-a-lille-le-5-mars-2011.jpgIl est dramatique que la contestation du système, de ses conséquences sociales terribles trouve aujourd'hui son réceptacle dans une idéologie nationaliste, populiste et xénophobe. Les électeurs du FN n’ont sans doute rien à faire de la pseudo compassion de Nicolas Sarkozy dans une rhétorique de la «protection» (dans sa forme national-sécuritaire) qui cherche à masquer l’essentiel de ce que réclame notamment une partie de l'électorat des anciens bassins industriels du Nord et de l'Est de la France : la volonté de nouvelles règles du jeu à tous niveaux, mondial, européen et français, d’une inversion de priorités et d’une prise en compte de la réalité telle qu’elle est et non racontée en éludant en permanence la vie d’une part importante des français ! Reste bien sûr une extrême droite classique renforcée par la légitimité que Nicolas Sarkozy et ses compères lui ont donné en reprenant ses thèses, son discours haineux et de rejet de l’autre ! Bilan de cette attitude, le FN progresse et n’est en rien, comme l’UMP le prétendait, marginalisé.

De-memoires-d-ouvriers-ou-la-fierte-blessee-des-ouvriers-sa.jpgIl faudrait tout de même reconnaitre que la stratégie menée par Jean-Luc Mélenchon contre le FN, si elle était pertinente et nécessaire sur le principe, n'était pas adaptée dans la pratique. L'indignation morale seule est contreproductive car – si elle est seule dans le discours – elle renforce le caractère protestataire de ce vote. Un jour, il va falloir traiter Le Pen sérieusement plutôt que pour faire le spectacle et se donner bonne conscience : loin de courir après le Front comme fait Sarkozy, François Hollande n'a heureusement renié aucun de ses engagements (Mariage Homo, droit de vote des étrangers…) au prétexte de satisfaire l'électorat nationaliste – malgré les déclarations douteuses de Ségolène Royal, dimanche 22 avril au soir et ce matin encore sur France Inter. Il s'agit de s'adresser à l'électorat ouvrier du FN qui vient de la gauche pour le reconquérir ; le candidat de gauche peut à loisir insister sur des points présents dans son programme et dans le projet du PS pour faire cela : réindustrialisation, lutte contre les délocalisation, contestation de la vision libérale de la mondialisation ou encore réorientation nécessaire de la construction européenne…

Il est évident que la majorité des électeurs du FN sont majeurs et vaccinés et sont totalement responsables de leur vote. Il ne s'agit de reculer sur rien, sauf à perdre la bataille culturelle et idéologique : partout où la République et la gauche cèdent du terrain sur leurs valeurs, l'égoïsme, la xénophobie et les communautarismes progressent et prétendent la remplacer. Tous devraient avoir à cœur de résoudre les défis de notre pays sans jamais banaliser ces idées contraires au message universel et humaniste porté par notre pays. Mais cela ne doit pas être une posture morale qui empêche de ramener vers le vote républicain de gauche des citoyens égarés et nous ne devons pas nous interdire de faire changer d'avis nos concitoyens.

claud-gueant-sarkozy 9881A contrario, Nicolas Sarkozy et la droite anciennement républicaine derrière lui sont engagés dans une course à l'échalote avec le Front National qui confine désormais à l'alignement sur son programme. Comme ministre de l'intérieur, comme candidat en 2007, puis comme Président de la République, le candidat sortant n'a cessé de nourrir la banalisation des idées de l'extrême droite. La lepénisation des esprits n'a jamais été aussi radicalement servie qu'avec ce quinquennat ; les débats sur l'identité nationale ou la pseudo «laïcité» façon UMP, les discours de Grenoble et de Dakar, les propos répétés de Claude Guéant ont levé tous les tabous qui empêchaient jusqu'ici de considérer le racisme comme une opinion légitime en République.

La progression du Front National naît à la fois de l'échec politique des gouvernements Nicolas Sarkozy et de la légitimation de ses thèses au plus haut niveau de l’État.

Le soir même du 1er tour, le candidat de l'UMP donnait une réponse à la tonalité violemment nationaliste dans la foulée de la stratégie «buissonniste» qu'il applique depuis plusieurs mois avec constance. À Longjumeau, peut-être aussi pour provoquer la porte-parole de sa campagne qui en est la maire (NKM a répété à de nombreuses reprises qu'elle choisirait la gauche plutôt que le FN en cas de 2nd tour Hollande-Le Pen), il est allé plus loin, affirmant que le Front National est compatible avec la République. Celui-ci est encore la plus haute autorité de l’État vient de rompre le cordon sanitaire républicain qui depuis 1983 sépare les partis républicains du FN. Il profère au passage un mensonge tonitruant : il n'est pas nécessaire dans notre pays de porter des valeurs républicaines pour avoir une existence légale ou se présenter aux élections : quid sinon de l'autorisation de créer des organisations anarchistes ? quid des listes royalistes soumises parfois au vote des électeurs dans des élections régionales ou européennes ?

Il faut donc le réaffirmer haut et fort : la capacité juridique du FN a se présenter aux élections n'en fait pas un parti républicain. Le FN ne pourrait être interdit que s'il envisageait une action insurrectionnelle pour abattre la République ou s'il s'affirmait ouvertement néo-nazi ou néo-fasciste – tel n'est pas le cas, du moins apparemment. Le FN n'en porte pas moins des valeurs et un programme en contradiction avec le modèle social républicain patiemment construit sur les bases de la IIIème République et du Conseil National de la Résistance. Et si par malheur il devait un jour participer au pouvoir, nul doute qu'il aurait l'habileté de conserver l'habillage de la République pour donner une tonalité autoritaire et réactionnaire au régime à la manière des ultra-conservateurs hongrois alliés aux fascistes locaux.

De fait, Nicolas Sarkozy et surtout une partie de ses plus fidèles lieutenants – qui chercheront un jour à lui survivre – cherchent à préparer progressivement les esprits à la rupture définitive des derniers remparts empêchant la droite de s'allier avec un FN relooké «bleu marine». Les coups de boutoirs assénés depuis trois jours vont donc être assortis d'une réaffirmation temporaire de l'absence d'alliance UMP-FN aux législatives… en juin 2012… mais en juin 2012 seulement !

Alain-Juppe-est-arrive-samedi-matin-en-Aghanistan-pour-une-.jpgCes dernières précautions camouflent la préparation de la violente purge ou lutte interne qui se prépare à l'UMP, surtout si le Président sortant est déchu. Personne n'est dupe de la dénonciation par Éric Zemmour ou Lionel Lucca des voix perdues par la faute d'Alain Juppé qui avait eu le tort selon eux d'avaliser l'idée que François Bayrou pourrait être un très bon Premier Ministre de Nicolas II. Personne n'est dupe non plus des réactions violentes qui ont accueillis les déclarations de Patrick Devedjian, Jean-Pierre Raffarin ou Chantal Jouanno sur les excès de la droitisation du discours de l'UMP.

Lourdes de divisions idéologiques profondes et de querelles d'ambitions personnelles viscérales, l'UMP se prépare une «nuit des longs couteaux» qui conduira à l'implosion du parti centriste et conservateur créé par Jacques Chirac et Alain Juppé : d'un côté (les plus nombreux) ceux qui choisiront d'emporter les 64 % d'électeurs UMP favorable à l'alliance avec Marine Le Pen, avec la "Droite Populaire" et Jean-François Copé, qui prépareront la recomposition d'une droite conservatrice et réactionnaire dont le pôle équivalent sera le Front National ; de l'autre ceux qui chercheront à recréer l'UDF, mais qui auront bien du mal à s'accorder sur un centre introuvable… et au milieu les héritiers de Chirac, orphelins…

Pour l'unité populaire contre la Réaction, le fascisme et le conservatisme !

Cette situation se prépare lentement ; la première étape de sa mise en forme concrète pourrait bien être les scrutins locaux de 2014 et 2015. Elle est lourde de dangers pour la démocratie française et condamne la gauche française à réussir son mandat, car sinon l'alternative à un échec sera Marine Le Pen.

manifestation-CGT.jpgFace à une droite qui a fait le lit du fascisme et de la réaction, face à une droite qui a vendu son âme sur l'autel de la stigmatisation et qui a perdu tout sens de la République, il faut rassembler TOUTE la gauche Dimanche 6 mai 2012, pour porter le candidat Hollande à l’Élysée et entamer dès le 7 mai de nouvelles luttes pour contrer la réaction, le conservatisme et les néo-libéraux en France et en Europe !

Mais au-delà du 6 mai, il faudrait rassembler toute la gauche pour gouverner. Cela commence d'abord par la nécessité lors des élections législatives de faire front à gauche contre le Front National et de répondre favorablement à la proposition de Jean-Luc Mélenchon : et pas uniquement là où le FN a une possibilité de faire élire un député. Nous ne pouvons pas non plus nous résoudre à être confrontés à des seconds tours UMP-FN dans certaines circonscriptions, d'autant que dans les circonstances actuelles ce serait «bonnet blanc et blanc bonnet».

Hamon28mai2011Par-delà les législatives, «la réussite de l'expérience de gauche qui va commencer peut-être le 6 mai dépend de l'unité de la gauche» comme le disait le 24 avril 2012 Benoît Hamon sur RFI. On peut créer les conditions d'un véritable gouvernement d'union populaire sous la présidence de François Hollande pour peu qu'on s'attache plus fortement au projet adopté par le PS en juin 2011.

Confronté aux blocages financiers et aux bâtons que les conservateurs européens ne manqueront pas de lui mettre dans les roues, alors que les marchés eux-mêmes jugent destructrices les politiques d'austérité généralisée et institutionnalisée mises en œuvre en Europe, François Hollande devra en tirer les conséquences et appliquer une orientation plus radicale et plus ferme en terme de politique économique, de réindustrialisation et de réorientation démocratique de l'Union Européenne.

C'est ça ou l'échec !

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral du PS Val-d'Oise chargé des relations extérieures

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