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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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Maintenant la Gauche !

signez la contribution générale de MLG pour le congrès de Poitiers

 

28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 14:37

Emmanuel-Maurel-Manuel-Valls.jpgLe PS vient de connaître une semaine passablement agitée. D'aucuns annoncent déjà que l'organisation est au bord de l'implosion, certains le souhaitent sans doute et au plus haut niveau. Mais comme toujours il faut éviter les raccourcis.

L'oracle du Nord parle enfin

33337.jpgDimanche 19 octobre, Martine Aubry donnait un long entretien au Journal du Dimanche, pour accompagner la publication de sa contribution aux états généraux du Parti socialiste ; l'hebdomadaire titrait «Je demande que l'on réoriente la politique économique». Tous les médias expliquaient qu'elle donnait ainsi une charge d'une virulence inégalée, après s'être longtemps tue. Pourtant, à y regarder de plus près, le discours de la maire de Lille paraît assez posé – surtout si on le compare à sa colère de l'été sur le découpage régional –, et son passage du lendemain matin sur France Inter ait venu confirmer cette analyse. Que dit-elle en somme ? Que la réorientation économique dont parle le JDD se borne à infléchir le pacte de compétitivité en ciblant le CICE vers l'investissement ; que les expériences de Blair et Schröder dates déjà d'une quinzaine d'années et qu'ils n'ont pas donné les résultats économiques et sociaux durables qu'on leur prête ; que le libéralisme économique et le social-libéralisme ne sont pas nos références et qu'il faut bâtir une nouvelle social-démocratie fondée sur la société bienveillante du care, du share et du dare ; que le pays a besoin d'une réforme fiscale, dont la pièce maîtresse serait la fusion de la CSG et de l'impôt sur le revenu pour créer le grand impôt juste et progressif annoncé dans le projet du PS adopté en juillet 2011. Elle dit qu'il faut mieux associer ceux qu'on appelle les «frondeurs» qui ont été mal traités par l'exécutif et qu'on gagnerait à les entendre. Quand le journaliste demande s'il faut qualifier François Hollande et Manuel Valls de sociaux-libéraux, elle se dérobe et refuse de répondre. On a connu attaque plus violente.

Loin de moi l'idée de dénigrer cette prise de parole, je n'en partage pas toutes les analyses mais je considère au contraire que dans la situation de blocage politique et d'échec économique et social devant lesquels se trouvent le pays, l'expression même modérée de Martine Aubry est utile.

Cependant, à voir les réactions qui ont suivi dans l'entourage de l'exécutif, il semble bien que le diagnostic posé à la fin de l'été sur les raisons qui avaient provoqué le remaniement se soit aggravé. Les mois passant l'augmentation constante du nombre des chômeurs et l'absence obstinée de la croissance vient marquer l'échec de la politique de l'offre décidée dès l'automne 2012 ; l'échec patent des choix politiques de François Hollande et Manuel Valls (politique de l'offre, austérité, soumission aux exigences de la commission européenne et d'Angela Merkel) «agit comme un acide» [expression de Laurent Joffrin] qui effrite chaque jour qui passe un peu plus la solidité des attelages politiques et la confiance des dirigeants dans la politique conduite, sans parler de la confiance de l'opinion. Ainsi la plus posée des critiques constructives apparaît désormais comme une attaque mortelle à laquelle il faut immédiatement riposter sous peine d'être terrassé.

La violence de la contre-attaque

Et le Premier Ministre n'a donc pas tardé à réagir, devant un parterre tout choisi, celui du forum républicain du Parti Radical de Gauche ; quel meilleur endroit en effet pour répondre à une contribution aux états généraux du PS que l'aéropage d'un autre parti ?

Et quant à répondre, Manuel Valls n'est jamais pris de court et il en rajoute généralement dans la provocation. Ainsi, toutes celles et ceux qui le critiquent sont rhabillés pour l'hiver qui vient, et personne ne peut résolument prétendre que la réponse du dimanche 19 octobre s'adressait directement à Martine Aubry :

  • «On ne fait pas avancer la gauche avec les idées d’hier. On ne fait pas avancer la gauche avec une vision du monde dépassée. On ne fait pas avancer la gauche et la France en niant la réalité de l’économie du marché, de la mondialisation.» ainsi proposer des réponses différentes des siennes aux sujets cités, c'est avoir une vision du monde dépassée et nier la réalité de l'économie de marché et de la mondialisation ;

  • «Je mets en garde la gauche quand elle s’abandonne au sectarisme. [] Quand la gauche se fragmente. Quand elle est dans la posture. Quand elle ne se parle qu’à elle-même, alors, à ce moment là, elle rate son rendez-vous avec l’Histoire.» Tous ceux qui ne suivent pas sont donc dans la posture du sectarisme, et ne parlent qu'à eux-mêmes. Sur le fait de regarder son nombril, le premier ministre avait déjà dit quelques pages plus haut «Ne vous laissez pas aveugler par nos débats internes», or je serais tenté de lui demander où se déroulent et sont tranchés les débats internes, on ne m'a pas donné l'info ;

  • «il ne faut pas se complaire dans la critique facile. Il faut assumer pleinement ses responsabilités» là encore le camarade Valls oublie que si critique il y a, elle s'est pourtant toujours accompagnée de propositions que ce soit celles de Martine Aubry, des «frondeurs» ou de «Vive la Gauche !» ;

  • «Gouverner la France pour changer, pour réformer, pour répondre à l’attente des Français. C’est ce choix que nous avons fait ensemble. D’autres ne le font pas. L’histoire les jugera. Nous, nous assumons les responsabilités. Et ensemble, vous et moi, vous et nous, nous sommes la gauche de la réforme. Ni vous ni nous, ni moi ne croyons à la rupture. Nous croyons au changement, à la réforme. C’est cela, la gauche qui gouverne, c’est cela la gauche qui dit la vérité. C’est cela la gauche qui combat les illusions. C’est cela la gauche qui assume ses responsabilités pour réformer et toujours faire avancer le pays au service des Français.» On mettra sans doute ces quelques phrases sur le compte de l'envolée lyrique d'une fin de discours (les forums du PRG ça prête tellement à l'enthousiasme), mais en attendant d'être jugé par l'histoire, ceux qui ont la malchance d'être en désaccord avec le Premier ministre ne savent pas assumer leurs responsabilités, se bercent d'illusions et, à défaut d'être pour la rupture, ne sont pas pour la réforme et le changement.

Voilà qui était bien envoyé à l'encontre d'une ministre qui a beaucoup réformé et changé dans le sens du progrès social et qui assume encore – comme beaucoup d'autres – ses responsabilités exécutives à la tête d'une grande collectivité. La violence de la réponse de Valls ne se départ pas d'un certain mépris qui fait échos aux propos qu'Emmanuel Macron quelques jours plus tard habillant le sien du «respect» qu'il avait pour l'action ministérielle passée de la maire de Lille dont il ne partage pas l'analyse.

La sortie du bois officielle des anciens ministres

Mardi 21 octobre, deux jours à peine après cette passe d'armes, se déroulait le vote du volet recette du projet de loi de finances pour 2015. Le débat sur le PLF avait déjà donné lieu à des échanges d'amabilité entre la rapporteure générale du budget et un député socialiste valdoisien zélé, démontrant le niveau de tension interne, mais la surpris était ailleurs. L'abstention des députés socialistes rassemblés dans le collectif «Vive la Gauche !» était annoncé et ne constituait pas une surprise ; mais d'aucun imaginait qu'ils avaient peu ou prou atteint leur étiage avec les 29 abstentions socialistes lors du vote de confiance du 16 septembre. Pourtant, sur le volet recette du budget, ce sont bien 39 députés socialistes qui se sont abstenus le 21 octobre. La presse a surtout noté l'abstention de trois anciens ministres de François Hollande : Delphine Batho, Aurélie Filipetti et Benoît Hamon.

Jean-Christophe Cambadelis, le premier secrétaire du PS a été le premier à ouvrir le feu en fustigeant une attitude «déplorable» et «pas loyale». L'intérimaire de la Rue de Solférino avait peu de temps auparavant déclaré être "choqué" par l'attitude des deux anciens ministres. Et d'estimer que «ceci pose un problème éthique» et qu'on «ne peut pas à la fois accepter l'arbitrage, le trouver juste puisqu'ils n'ont pas démissionné, et, quand on est sorti du gouvernement pour des raisons secondaires, en faire une question de distinction absolue avec la ligne gouvernementale». Peu après c'est le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, qui a dénoncé sur RMC et BFMTV un «manquement au devoir».

Secu-les-votes-sur-les-budgets-se-suivent-et-devraient-se-r.jpgAurélie Filipetti ne s'est pas démontée pour autant dénonçant la mauvaise foi du premier secrétaire et assurant n'avoir «aucune leçon à recevoir de qui que ce soit». «Je dois des comptes à mes électeurs et aux Français» «J'ai quitté le gouvernement à la fin du mois d'août sur un désaccord de fond avec la politique qui était menée, et cette politique se poursuit (...) Il n'y avait aucune raison que je ne montre pas la même attitude (...) C'est un désaccord de fond et je me suis abstenue donc sur ce budget.»

Moins relevée l'explication de vote de François Lamy, ancien ministre délégué à la Ville et bras droit de Martine Aubry, ne manquait pourtant pas de saveur. Lui qui s'était abstenu le 16 septembre expliquait que son vote positif sur le volet recette ne changeait rien à son analyse : «Aujourd’hui, mon vote positif de la loi de Finances 2015 ne vaut pas approbation de celle-ci. Ce texte ne permet pas de relancer la croissance par l’investissement, l’innovation ou la formation ni de soutenir la demande, et va freiner l’investissement des collectivités au détriment de l’emploi. Nous sommes au pouvoir et nous sommes tous conscients de nos responsabilités. Oui, il faut réformer ce pays, mais la réforme n’a de sens pour la gauche que si elle est synonyme de progrès et de justice sociale. Oui, la gauche ne pourra réussir que si elle est rassemblée. Mais ce rassemblement ne pourra se réaliser qu’autour d’une politique comprise par les Français, produisant des résultats tout particulièrement en matière de lutte contre le chômage et de création d’emplois, et préparant l’avenir du pays

L'expression des désaccords de Benoît Hamon viendrait plus tardsur RFI, le lendemain, où il a expliqué que la politiquedu gouvernement, qui, selon lui, «menace la République (...) parce qu'elle réduit les capacités d'intervention de la puissance publique». «Et la menace de la République, c'est la préparation, tout droit, comme on s'y prépare pour 2017, d'un immense désastre démocratique.(...) Non seulement l'arrivée au second tour de la présidentielle de Marine Le Pen sans coup férir, mais en plus la menace que demain, elle dirige le pays.» Contacté par Le Monde, il a précisé son propos : «Je ne dis pas que c'est le gouvernement qui menace la République, mais la politique de réduction des déficits. En affaiblissant l’État, qui est l'instrument de l'égalité, on affaiblit la République.» La première charge est effectivement inédite dans les annales de la République pour un ministre à peine sorti du gouvernement deux mois plus tôt et dont il était un des élèves modèles jusque fin août, mais les précisions qu'il donnait ensuite resitue totalement les propos ébouriffant du mercredi matin dans le cadre de la critique portée par la gauche du PS – Maintenant la Gauche en tête et la sensibilité de l'ex-ministre Un Monde d'Avance par épisode – depuis deux ans : la politique économique telle qu'elle a été décidée depuis l'automne 2012 nous conduit à l'échec et désarme l’État ; s'il n'y a pas de sursaut et de réorientation profonde, cet échec s'amplifiera et pavera le chemin de l'extrême droite.

Stéphane Le Foll demandait dans la foulée que Benoît Hamon démissionne du PS, quant au Premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis, détournant un peu les propos de Benoît Hamon, fermait une fois de plus le débat politique : «on ne peut pas dire : “le gouvernement menace la République.” On ne peut pas tenir des propos comme ça. C'est le FN qui menace la République.»

Il n'était pourtant pas au bout de ses peines.

il faut en finir avec la gauche passéiste

L'Obs (Le Nouvel Observateur, nouvelle formule) avait fait monter la mayonnaise depuis plusieurs jours. Manuel Valls allait enfin s'exprimer et dire quelle était sa vision de la gauche. Après un début de semaine réussie, on risquait donc de la terminer en beauté. L'entretien n'est pas si révolutionnaire que cela, le Premier Ministre prenant soin d'abord de promouvoir la politique de son gouvernement qui – si on ne l'avait pas encore compris – obtiendrait des résultats si on lui en donnait le temps.

11569412Pourtant dans les deux dernières pages se glissent quelques savantes provocations qui reflètent à n'en pas douter la pensée profonde du titulaire de Matignon. Au détour d'une question sur le nouveau prix Nobel (libéral) d'économie, il fait de nouvelles ouvertures en faveur du contrat unique. Plus loin, il balaie d'un revers de main ce qui marque les grandes réformes de la gauche, plaçant le quinquennat Hollande sous le signe de la «modernité» et refusant que l'on parle de symboles pour des engagements de campagne comme le droit de vote des étrangers ou l'encadrement des loyers, loi votée qu'il a enterrée. C'est à cette occasion qu'il enchaîne la dénonciation d'une «gauche passéiste» – celle donc qui serait attachée aux conquêtes sociales et politiques des décennies précédentes et qui en espèrent encore – et le refus de se définir comme socialiste : «L'Obs : cette gauche est pragmatique plus qu'idéologique ? Oui parce que l'idéologie a conduit à des désastres mais la gauche que je porte garde un idéal : l'émancipation de chacun. Elle est pragmatique, réformiste et républicaine.
- Pas socialiste ? Je le répète : pragmatique, réformiste et républicaine.»

Le lecteur me permettra ici de faire un point d'analyse.

On savait que le Premier ministre s'était à de nombreuses fois prononcé pour l'abandon de la référence au socialisme. Mais cette fois-ci, il le fait avec plus de brutalité que précédemment puisqu'il l'ignore sciemment, la renvoie aux dérives totalitaires du XXème siècle avec lesquelles il la confond donc, et enfin il donne un contenu intellectuel avec sa rupture avec le socialisme : en effet, la gauche qu'il porte garde donc un idéal : «l'émancipation de chacun». Peut-être sans le savoir, mais je n'y crois pas, Valls revient au débat parlementaire fondateur qui eut lieu les 12 et 14 juin 1906 entre Jean Jaurès, leader d'un socialisme français pas encore unifié, et Georges Clemenceau, alors ministre de l'intérieur qui venait d'envoyer la troupe tirer contre les gréviste, et qui est le grand modèle de Manuel Valls. Qu'il préfère Clemenceau, le répresseur, à Jaurès est déjà en soi un marqueur et cela a déjà été dit ; mais il s'inscrit dans la lignée intellectuelle et philosophique de Clemenceau plus profondément : en choisissant de ne parler que de «l'émancipation de chacun», il la sépare de l'émancipation collective ce qui est inconcevable pour Jaurès et les socialistes : «Oui l'individu agit sur le milieu, mais le milieu détermine aussi les limites, les moyens d'action des individus et les invite, les oblige, s'ils veulent vivre, à se transformer. Votre doctrine de l'individualisme absolu, votre doctrine qui prétend que la réforme sociale est contenue toute entière dans la réforme morale des individus, c'est – laissez-moi vous le dire – la négation de tous les vastes mouvements de progrès qui ont déterminé l'histoire, c'est la négation de la Révolution française elle-même.» On ne saurait être plus définitif avec les chimères de Clemenceau et Valls : sans profonde transformation sociale, sans transformation des rapports de force économiques, l'action des gouvernements se bornera à consolider la puissance des détenteurs du capital et des moyens de production au détriment de l'intérêt général. Sans établissement d'un rapport de force favorable aux travailleurs, c'est-à-dire comme le voulait Jaurès porter «la République jusque dans l'atelier» il n'y aura pas d'émancipation collective et donc l'émancipation individuelle ne sera une réalité que pour une catégorie de privilégiés.

Cette émancipation collective qui permet l'émancipation individuelle qui a toujours été l'horizon de la gauche socialiste et républicaine, Manuel Valls ne se contente pas de la répudier, il la caricature : «Le temps des solutions globales, identiques pour tous, est révolu.» C'est donc une vraie rupture avec ce qui fait la gauche en France, pour se raccrocher à d'autres traditions ou expériences – le Radicalisme clemenciste pour la France ou le social-libéralisme de Blair et Schröder – qui ne sont pas moins datées que celles qu'il prétend dénoncer, et qui n'offrent pas – c'est le moins qu'on puisse dire – de garanties supérieures de réussite.

Le Premier Ministre poursuit en disant qu'il peut être envisagé pour le PS de changer de nom. Au regard de ces déclarations précédentes, cela devient logique, et il a raison de dire que ce serait l'aboutissement d'un processus, au bout duquel il semble être arrivé lui-même. On pourra rire à la lecture de sa revendication d'une «gauche qui marche et qui assume les responsabilités», quand on constate à quel point la politique qu'il mène «marche» en comparaison de celle conduite 15 ans plus tôt par l'ancienne première secrétaire. Voulant éviter «l'insulte», il n'a pourtant pas hésiter à juger tous ceux qui partagent des critiques plus ou moins fermes à l'encontre du social-libéralisme de «dépassés» ; on s'étonnera qu'il dénonce «la gauche qui renonce à réformer, qui choisit de défendre les solutions d'hier plutôt que de résoudre les problèmes d'aujourd'hui» quand il a lui-même enterré la réforme fiscale, l'encadrement des loyers et s'apprête à le faire pour une autre loi votée celle sur l'économie sociale et solidaire.

Quel serait ce parti qui succéderait au PS ? Il fonctionnerait sans doute sans «verticalisme» invalidé «à l'heure des réseaux sociaux». Pourtant, on a peine à croire qu'il n'y ait pas une sérieuse dose de verticalité dans le parti vallsiste que l'on nous promet, lorsque l'on constate au quotidien à quel point il demande l'alignement sur son autorité. Comme Fabius en 1990, comme Ségolène Royal entre 2006 et 2008, Manuel ne rêve que d'un parti de supporters (mais lui n'espère pas mobiliser des foules militantes) où l'horizontalité se vivrait dans l'obéissance à sa doxa libérale.

Quelle stratégie pour ce nouveau parti ? La maison commune des progressistes… On lit d'ailleurs qu'il aurait fallu «tendre la main à François Bayrou» en 2012, ce qui donne une idée du périmètre stratégique de la gauche vallsiste. Cette mauvaise conscience des sociaux-libéraux a été relayée quelques jours plus tard sur Europe 1 par Jean-Marie Le Guen, elle constitue donc un axe fort de leur discours. Mais il y a fort à parier que l'on ne se bousculera pas au portillon pour rejoindre sa maison commune : ni le PCF, ni les écologistes, ni le MRC, ni le MdP ne semblent tentés par elle. François Bayrou et les centristes non plus d'ailleurs au passage. Les seuls intéressés sont le PRG à qui le Premier Ministre a offert le 19 octobre des concessions déjà éventées depuis plusieurs semaines, et le groupusculaire Front démocrate écologique et social de Jean-Luc Benhamias, fondé dans le seul et unique but de «soutenir le Président de la République». C'est dire le rabougrissement de la base politique de la politique que Manuel Valls nous propose et l'impasse électorale à laquelle elle nous conduit.

Cambadélis crie halte au feu

PHOcf8fdd96-5b45-11e4-9c00-ce9a9873a4a1-805x453.jpgAprès avoir lu l'entretien du Premier Ministre, le Premier secrétaire par intérim a dû hurler en lui-même. Lui qui rêvait de devenir le chef du PS et qui n'y arrive qu'au moment où il se déchire, parce que la politique conduite au pouvoir est aux antipodes de son message politique, et que le Premier ministre propose de le dissoudre !

Bien sûr Manuel Valls ne saurait être celui qui provoque la guerre interne. Donc, la faute en revient à nouveau à tous ceux qui rappellent quels étaient nos engagements de 2011 et 2012. Et le Premier secrétaire en appelle aux militants pour les rappeler à l'ordre, en cherchant à jouer sur la fibre légitimiste toujours forte.

Pourtant, son rôle n'est pas de lancer une pétition interne pour masquer les difficultés mais de créer réellement les conditions du rassemblement des socialistes et de la gauche.

Or depuis deux ans, la politique conduite par les gouvernements (ratification du TSCG, pacte de compétitivité, ANI, retraites, pacte de responsabilité, abandon de la réforme fiscale) – en décalage avec la plupart de nos engagements de campagne – a créé un trouble profond dans nos rangs et au-delà dans l'électorat socialiste qui s'abstient massivement aux élections et envisage de s'abstenir fortement à nouveau pour les prochains scrutins.

Marie-Noëlle Lienemann caractérisait bien la situation qui permettait les sorties du Premier Ministre le jeudi 23 octobre : «Il ne veut pas répondre aux questions qu'on lui pose sur l'efficacité de sa politique, ses dangers dans certains cas. Du coup, il essaie de contourner le sujet en se préoccupant de la vie du PS plutôt que de la vie de la France».

Ce trouble est renforcé par l'absence de résultats et même des conséquences contraires aux effets recherchés. Ceux qui comme Maintenant la Gauche ou après ce courant ont alerté sur la situation et ont proposé d'autres solutions conformes aux engagements des présidentielles et législatives ont été accusés de semer le désordre. Cependant, quand d'autres responsables proposent de rompre avec ce qui fait l'identité de la gauche ils sont accueillis avec mansuétude par la direction du parti.

La situation actuelle est grave parce que face à la crise économique, sociale et politique que nous vivons, le PS n'est plus en capacité de définir qu'elle est son orientation. Lors de sa désignation en avril dernier le premier secrétaire par intérim aurait dû permettre de clarifier l'orientation du parti en convoquant le Congrès comme prévu par les statuts à l'automne 2014. Las, il a décidé de reporter sine die celui ci pour engager des états généraux dont on voit bien aujourd'hui qu'ils répondent pas aux enjeux de la période et qu'ils permettent aujourd'hui au Premier Ministre d'attaquer de front les fondements du socialisme démocratique trouvant là l'occasion de ne pas soumettre l'échec de l'orientation portée par François Hollande et Manuel Valls.

Il est donc temps qu'un congrès d'orientation et donc de clarification soit convoqué au plus vite. Tant que les militants socialistes ne se seront pas prononcés sur politique qu'ils veulent défendre et mettre en œuvre, tous les appels jouant sur un réflexe légitimiste seront vains et n'empêcheront pas le trouble de s'amplifier et la gauche de se diviser, donc mettront à mal nos capacités à redresser le pays dans la justice, ce qui est ce à quoi nous nous étions engagés.

Or, plus le congrès sera convoqué tardivement moins il permettra de résoudre nos dilemmes actuels : le hiatus continuera à croître entre la politique conduite par François Hollande et Manuel Valls, nos engagements de campagne et les principes du PS. Avec une possibilité toujours accrue de débordements et que des lignes rouges soient franchies tant dans le parti que dans le groupe parlementaire. Emmanuel Maurel pointe un autre problème : «Dans un an, les effectifs seront tellement réduits que l’incertitude n’en sera que plus grande. Le plus grave, ce ne seront pas les tensions, mais le délitement du parti après les nouvelles déroutes électorales, qui vont créer de la panique en interne. Le parti sera exsangue en 2016.» C'est sans doute ce que recherchent les responsables de l'exécutif un parti rabougris, frileux et recroquevillé sur ses derniers élus, qui acceptera un congrès pré-présidentielles où l'on ne discutera que de la menace du Front National et de la nécessité de se rassembler pour faire taire tout ce qui nous mine depuis deux ans et risque de nous miner encore. Luc Carvounas, proche du premier ministre, l'avoue d'ailleurs sans ambages «ce congrès devra être un congrès d'orientation et pas de clarification politique, comme le dit l'aile gauche, un congrès utile pour celui qui représentera le parti à la prochaine présidentielle» ; on l'aura remarqué dans sa bouche l'utilité ce n'est surtout pas de sortir de la confusion.

Un congrès urgent et ouvert

Un bon connaisseur du parti explique dans Mediapart : «La base militante n’aura plus grand-chose à voir avec les derniers congrès qu’on a connus : on aura perdu l’influence des barons locaux et l’appareil des régions, le dernier qui reste au parti, les militants travaillant dans les collectivités territoriales et les cabinets ne seront peut-être plus adhérents mais chômeurs, les grosses fédérations qui faisaient l’élection auparavant auront toutes été mises sous tutelle, et leurs fichiers auront donc été nettoyés.»

Cinq ensembles cohabitent aujourd'hui dans le Parti Socialiste et c'est de leurs dynamiques respectives ainsi que de leur agencement les unes avec les autres qui déterminera l'issue du congrès s'il est convoqué dans des délais décents.

  1. Les sociaux-libéraux assumés : ce groupe rassemblent ceux qui défendent la même orientation que le Premier Ministre Manuel Valls et qui se reconnaissent dans les propos qu'il a réaffirmés devant les Radicaux de gauche et dans L'Obs. Christophe Caresche, Jean-Marie Le Guen, Emmanuel Macron, François Rebsamen ou Jean-Jacques Urvoas ont le mérite d'assumer à la fois le désir de renverser la stratégie politique du PS pour l'orienter vers le centre, en faisant une croix sur la majorité des écologistes et sur les communistes pour fonder leur maison des progressistes, et le bonheur qu'ils vivent de pouvoir mettre en œuvre la politique libérale dont ils semblent avoir toujours rêvé sans jamais la défendre dans le PS (ils n'ont jamais soutenu Jean-Marie Bockel). Ils lancent régulièrement des appels à purger le PS de son aile gauche, qui prend parfois dans leur bouche une extension importante. Porte-parole du gouvernement mais aussi des hollandais "canal historique", Stéphane Le Foll s'est aussi laissé aller à réclamer le départ de Benoît Hamon, mais il ménage cependant les amis de Martine Aubry. Enfin, ne leur en déplaisent, mais les amis de Pierre Moscovici, parti à Bruxelles pour la Commission européenne, sont orphelins de leur lider maximo et les membres de Besoin de Gauche chercheront sans doute à combler leur manque affectif.

  2. L'appareil du parti autour de Jean-Christophe Cambadélis : ne soyons pas trop durs avec le Premier secrétaire par intérim. Comparé à la direction d'Harlem Désir, le parti a retrouvé depuis avril un semblant d'activité ; les états généraux donnent l'impression que certaines sections ou fédérations débattent encore mais devant un parterre militant de plus en plus restreint. «Les minorités sont consultées et respectées» concède Emmanuel Maurel, qui regrette cependant dans le même temps que «sur le fond, on ne (sache) pas ce qu’il pense». Et de résumer son sentiment : «Il est habile, mais il fait comme s’il n’y avait pas de réalité de la pratique du pouvoir.» Tout de même, le parti ne va pas si bien que cela : le premier secrétaire a instauré des suivis de fédération par les secrétaires nationaux comme à l'UNEF-id qu'il a fondée et une réunion de la "majorité du CN" la veille du conseil national ; les participants revendiquaient photos à l'appui le 11 octobre 700 participants et une trentaine de députés présents. On peut s'étonner de la faible présence parlementaire et qu'une salle qui a été utilisée lors de la campagne d'Anne Hidalgo fut alors pleine à craquer avec 400 personnes alors qu'on compte sur les photos du 11 octobre (même recadrées) les rangées vides. Mais Christophe Borgel nous a rassuré depuis, ils étaient en fait 800 le samedi 11 octobre, ce qui explique donc que la salle du conseil national le lendemain fut à moitié vide. Peu importe, cette querelle de chiffres ; le plus grave est que lors de ce CN (où fut distribué un recueil de textes de Jean Jaurès d'où j'ai tiré son débat avec Clemenceau – cela aura au moins servi à ça !), les interventions ce sont enchaînées sans qu'elles aient une suite et sans que les questions et propositions portées par certains membres reçoivent une réponse ou une réaction de la direction du parti et du premier secrétaire. Un sentiment d'inutilité. On pourra cependant concéder à Cambadélis la gestion des équilibres, postant de temps à autres des communiqués désapprouvant les ballons d'essais les plus caricaturaux des ministres libéraux comme sur les seuils sociaux ; il désapprouve également la pertinence d'un changement de nom – comment voulez-vous redéfinir l'identité socialiste (prétexte des états généraux) si le Premier ministre veut supprimer le socialisme ? Mais sur l'essentiel, les amis de Jean-Christophe soutiennent l'orientation sociale-libérale du gouvernement. Si «Cohérence socialiste» – Alexis Bachelay, Yann Galut, Valérie Rabaud et Karine Berger – réclame quelques infléchissements de la politique libérale et un congrès de clarification comme «Maintenant la Gauche», leur menace de se compter seuls paraît peu crédible et tout porte à croire qu'ils se joindront aux amis de Cambadélis.

  3. Le centre «frondeur» : les amis de Martine Aubry défendent avec une bonne partie des «frondeurs» une orientation d'infléchissement de la politique gouvernementale actuelle. Comme Jean-Marc Germain, Laurent Baumel ou Christian Paul, et quelques autres, ils rejettent les outrances sociales-libérales de la baisse du «coût du travail» et de la politique de l'offre, mais ne demandent pas de réorientation profonde. Ils peuvent être tiraillés à l'idée de rompre définitivement avec l'appareil actuel du PS (Jean-Marc Germain reste membre de la direction), mais la contribution de Martine Aubry rend difficile d'envisager un alignement sur l'immobilisme actuel.

  4. discours Maurel samediL'aile gauche socialiste en quête de rassemblement : depuis le congrès de Toulouse à l'automne 2012, l'aile gauche du PS c'est «Maintenant la Gauche», conduite par Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienemann. Avec 14% des suffrages militants pour la motion et 28% pour le Premier secrétaire sur le nom d'Emmanuel Maurel, la motion 3 a surpris les commentateurs, ses anciens partenaires rangés dans la motion gouvernementale lui ayant promis un score inférieur à 5%. Depuis ce courant a dépassé ses propres handicaps – pertes de ses principales figures médiatiques et de l'immense majorité des parlementaires – par un travail et une expression régulière de propositions politiques, qui ne le cantonne pas à la dénonciation et au commentaire : plan de relance écologique et social, sursaut européen, propositions pour une réforme fiscale de gauche, et récemment encore un manifeste pour une alternative à gauche ici et maintenant (c’est-à-dire une série de propositions concrètes à engager immédiatement pour réorienter demain matin la politique gouvernementale). Mais Emmanuel Maurel se voit contester le leadership par les parlementaires et cadres d'Un Monde d'Avance, la sensibilité de Benoît Hamon qui avait choisi de ne pas se compter au dernier congrès. UMA – et sans doute Benoît Hamon – considère que c'est autour de sa sensibilité que doit s'organiser le rassemblement de la gauche du PS, au regard de ses relais parlementaires ou dans les réseaux de jeunesse et de sa capacité supposée à faire le lien avec les «frondeurs» modérés et les amis de Martine Aubry. Cependant, on ne connaît aujourd'hui ce que représente UMA, dont les parlementaires se sont largement divisés sur les votes du PLFR et PLFRSS ou sur le vote de confiance, car cette sensibilité n'a pas par définition recueilli le vote des militants. Benoît Hamon peut aussi porter comme une croix non pas son passage au gouvernement mais son soutien explicite jusqu'au printemps dernier (il a avec Arnaud Montebourg permis à Manuel Valls de devenir premier ministre) à l'orientation gouvernementale ; il aurait sans doute eu moins de difficultés s'il était resté dans son « couloir de nage » en se contentant de l'ESS ou de l'éducation nationale ; il est lui-même contesté en interne par Pouria Amrishahi, député des Français de l'étranger, et pour le manque de stratégie dans sa sortie du gouvernement par Henri Emmanuelli. Par ailleurs, Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienemann n'ont pas à rougir de leur capacité à parler à Martine Aubry et aux partenaires écologistes et communistes, que Hamon avait mis en scène le dimanche 5 octobre à Vieux-Boucaux. Une partie de la motion 4 a déjà commencé à travailler avec «Maintenant la Gauche» et personne ne comprend ce que souhaitent les amis d'Arnaud Montebourg entre des parlementaires qui ont voté la confiance le 16 septembre et des cadres du parti qui souhaitent engager le débat avec les autres contestataires de la ligne gouvernementale. Enfin, il existe des députés socialistes non alignés avec qui il faudra travailler. Cependant «La volonté unitaire doit pouvoir surpasser tout ça» a raison d'insister Emmanuel Maurel.

  5. Une majorité de militants perdus : D'aucuns ont tendance à dire que le parti socialiste compte avant tout une majorité légitimiste qui est elle aussi bousculée par la politique conduite depuis deux ans. Elle est tiraillée par son réflexe de loyauté vis-à-vis de l'exécutif, le constat de l'échec électoral et l'éloignement croissant des politiques menées avec non seulement les engagements de la campagne des présidentielles mais plus largement des valeurs socialistes. Manuel Valls comme Jean-Christophe Cambadélis jouent l'un et l'autre sur cette fibre légitimiste, dénonçant à la vindicte militante les contestataires qui seraient responsables tout à la fois des difficultés du pays et du naufrage du parti. Ce type d'argument peut faire long feu et il y a fort à parier que les provocations libérales du Premier Ministre finissent par être contre-productives. Dans le même ordre d'idée, ils jouent avec la menace (réelle) du Front National pour inciter au rassemblement silencieux face à l'ennemi fasciste. Mais dans un cas comme dans l'autre, tout dépendra de la capacité des opposants à la ligne actuelle de faire comprendre que le parti ne mourra pas d'un changement de direction et d'une clarification et que tant la montée du FN que la situation économique et sociale du pays sont aggravées par la politique libérale appliquée à la France... et à se mettre en dynamique, la force allant toujours à la force.

Personne ne peut aujourd'hui expliquer ce qui sortira d'un congrès dont on ne connaît pas même la date. Mais nous ne pourrons mettre un terme aux tensions croissantes entre socialistes, sur fond de situation dramatique pour notre République, sans que le PS dispose enfin d'une orientation politique qui lui permette d'avoir une position forte face ou aux côtés du gouvernement ; c'est donc bien une clarification qui est attendue.

C'est aussi à Manuel Valls d'assumer enfin en son nom sa ligne politique devant les militants socialistes : qu'il leur propose courageusement une motion où sont inscrits le choix du social-libéralisme, de l'autorité, le changement de nom du parti et le renversement stratégique que constitue sa maison des progressistes qui éloigne une partie de la gauche pour se tourner vers le centre. Dans ce cas là, il y aura toujours un parti socialiste et il se pourrait qu'il soit plus large que le Premier Ministre ne le croit.

En effet, je suis convaincu que comme moi la majorité des militants socialistes n'ont pas de mal à assumer leur filiation avec la "vieille maison" de Jean Jaurès et Léon Blum ; nous savons ce que nous devons à l'héritage du mouvement socialiste français, nous faisons le tri entre sa part d'ombres et de lâchetés (il y en a) et l'immense aspiration humaine qu'il représente. Si Manuel Valls souhaite s'enfermer avec Clemenceau qui a dans les actes déserté la gauche dès les lendemains de la résolution de l'Affaire Dreyfus, on le lui laisse volontier.

Frédéric FARAVEL

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Published by FARAVEL - dans Parti Socialiste
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