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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 11:01

Mon précédent article tentait de poser quelques analyses sur les résultats du 1er tour des élections municipales.

L'amplification de la défaite du 1er tour

Mes pires craintes ont depuis été vérifiées et concrétisées : les écarts creusés le 23 mars se sont approfondis comme jamais pour aboutir à la plus grande perte de collectivités pour un parti au pouvoir lors d'élections municipales : 155 villes largement au-dessus de la sanction de 1983, du jamais vu sous la Ve République.

Je le redis ici - même si certains à gauche du PS considèrent qu'il faut mettre tous les socialistes dans le même sac, y compris quand ils ont mené localement des politiques locales extrêmement positives et souvent éloignées de celle du gouvernement - la sanction électorale subie par les listes conduites par des camarades socialistes (pour conquérir ou pour solliciter le renouvellement de leur mandat) est injuste car ils ne méritaient pas pour la plupart de payer pour les errements sociaux-libéraux du pouvoir.

4393471_1_4fc5_manuel-valls-le-1er-avril-a-paris_a25a2ecb09.jpgLa question qui se posait au lendemain du 1er tour se pose aujourd'hui avec bien plus d'acuité encore : avons-nous "les moyens d'éviter que la bérézina du 1er tour des municipales ne se reproduisent – peut-être en pire – en mai prochain pour les élections européennes et mars 2015 pour les élections régionales et départementales (si elles sont maintenues à cette échéance)" ?

Pour trouver les moyens du rebonds, il fallait tirer les enseignements de la déroute et du message envoyé par l'abstention massive des électeurs du PS. Car c'est bien parmi les électeurs socialistes, notamment ceux qui avaient voté Hollande dès le 1er tour de l'élection présidentielle, que l'on note une progression significative de l'abstention, signifiant ainsi leur désaveu de la politique conduite depuis septembre 2012 en contradiction avec les engagements (ambigus il est vrai pour certains) de la campagne électorale de François Hollande : les électeurs socialistes n'attendaient pas la ratification du Traité Merkozy sans modification majeure, n'attendaient pas le Pacte de Compétitivité et le Crédit d'impôt compétitivité emploi, n'attendaient pas l'accord national interprofessionnel instaurant la flexibilisation de l'emploi, n'attendaient pas l'allongement de la durée de cotisation pour les retraites et n'attendaient pas l'annonce du pacte de Responsabilité et la confirmation du sillon social-libéral du gouvernement.

A contrario - même si le PCF a connu des défaites (Aubagne, Bobigny, Le Blanc-Mesnil, Saint-Ouen) et que partout ailleurs le Front de Gauche n'affichent pas de scores marquant - on notera :

  • - une résistance plutôt solide des municipalités communistes, le PCF se payant le luxe de reconquérir Aubervilliers sur le PS et Montreuil (malgré la dissidence de Jean-Pierre Brard) et conservant Arles, Dieppe, Thiers et leurs principaux fiefs du Nord et de la Lorraine ;
  • - et les scores assez élevés des listes écologistes au 1er tour, couronnés par la conquête de Grenoble malgré l'indiscipline des socialistes locaux qui avaient refusé de fusionné et de rejoindre la liste EELV arrivée en tête.

N'en déplaise à certains éditorialistes politiques des chaînes d'infos et des radios, qu'on connaît pour leurs sympathies conservatrices (Darmon, Apathie, etc.), les Français n'ont tant voté à droite, ils ont d'abord rejeté la gauche ; l'opinion reste encore aujourd'hui largement plus défiante sur les capacités de l'UMP à gérer les affaires du pays qu'elle ne l'était concernant les socialistes lorsqu'ils étaient dans l'opposition. Ce n'est donc évidemment pas un message pour une politique plus libérale qui a été adressé, mais bien une incompréhension de la ligne sociale-libérale mise en oeuvre, en contradiction avec le discours du Bourget.

Le message des élections municipales n'a pas été compris

Dès le 23 mars au soir, il y avait déjà tout lieu de s'inquiéter quand plusieurs responsables du PS avaient pris la parole sur les ondes, Jean-Marie Le Guen étant parmi eux le plus tranchant : il faut accélérer la mise en place du pacte de responsabilité ; le tort des élus locaux de gauche était de ne pas avoir suffisamment fait évoluer leurs discours pour s'adapter à la nouvelle ligne gouvernementale ; il faut encore plus vite faire muter notre orientation politique...

Dimanche soir, Michel Sapin considérait que l'amplification au 2nd tour des résultats du 1er tour des municipales était un message d'impatience, comme si les Français attendaient une accélération des réformes sociales-libérales de l'exécutif. Un tel aveuglement laisse pantois, mais il semble partagé au plus niveau de l'Etat.

4393211_3_7baa_francois-hollande-lors-de-son-allocution_c70.jpgHier soir, lundi 31 mars, François Hollande a confirmé l'orientation politique qu'il applique depuis septembre 2012 et qu'il a approfondi depuis l'automne dernier :

  • -> maintien et accélération du pacte de responsabilité, qui est pourtant mort-né depuis que Pierre Gattaz a indiqué qu'il n'y aurait pas de contreparties et que les marges dégagées par la baisse des cotisations des entreprises pour la branche famille iraient aux dividendes, et surtout par le retrait de la signature de la CFE-CGC, qui invalide donc la négociation sociale ;
  • -> l'annonce répétée de la transition énergétique, sans en préciser le contenu et avec dans l'idée de donner des responsabilités sur ce secteur aux responsables politiques favorables à l'énergie nucléaire et aux gaz de schiste ;
  • -> annonce d'un pacte de solidarité fondé sur quatre points :
    • - l'éducation qui ainsi élevée au rang de politique sociale rappelle le slogan de Tony Blair "mon programme tient en 3 points : éducation, éducation, éducation" ;
    • - la santé (sans précision) ;
    • - des baisses d'impôts, si la croissance le permet, pour les ménages modestes d'ici à 2017 (autant dire que l'accumulation des conditions rend très improbable leur effectivité) ;
    • - la baisse des cotisations sociales des salariés - si on ajoute celles-ci à celles annoncées pour le pacte de responsabilité, on se demande comment le financement de la sécurité sociale va pouvoir un jour atteindre l'équilibre, sachant que le Président indiquait juste avant que la santé était une de ses priorités dans le "pacte de solidarité".

L'aveuglement politique et économique élevé à ce niveau me consterne proprement.

Non seulement le pacte de responsabilité, déjà contestable d'un point de vue intellectuel, ne peut avoir aucune efficacité économique : je vous oriente pour soutenir mon propos sur l'excellente tribune de David Cayla, membre du collectif Les économistes atterrés, publiée sur les blogs de Marianne.net.

Je suis également atterré par l'impasse faite sur la question de l'investissement ; on ne crée de l'emploi que lorsque les carnets de commandes sont pleins ; c'est un argument qui plaide pour un tournant concret en faveur d'une politique de relance écologique et sociale, ainsi que d'un débat vigoureux sur la réorientation de la construction européenne. La réduction drastique des dépenses publiques n'a pas non plus abouti à la diminution de la dette ; au contraire, celle-ci a crû et les coupes budgétaires commencent à se faire sentir sur l'efficacité du service public, et donc la cohésion sociale, tout comme la fragilisation des finances des collectivités territoriales affectera durablement les investissements publics et donc l'activité économique. Cette réduction des dépenses publiques ne peut être qu'aggravée par les annonces de lundi soir ; ce n'est plus 50 milliards mais 70 qui devront être économisés si on met en oeuvre une telle feuille de route.

Seule une majorité de gauche large et rassemblée aurait pu permettre la mise en œuvre de ce programme qui avait été imaginé et adopté au sein du PS en juillet 2011.

Un remaniement qui aggrave la division à gauche

L'aveuglement qui conduit à persévérer dans une politique qui conduit à l'échec s'est également doublé hier du choix d'un remaniement qui va fragiliser la majorité parlementaire et approfondir le fossé à gauche. Avec mes camarades de la gauche du PS, nous l'avons dit à plusieurs reprises : rien ne sert de remanier si c'est pour poursuivre la même politique.

C'est donc délibérément que le Président de la République fait le choix d'accentuer son entêtement politique délétère en confiant le poste de Premier Ministre à Manuel Valls. Il ne s'agit pas ici de débattre des qualités personnelles et intimes du nouveau locataire de Matignon ; jamais les considérations ad hominem ne tiennent lieu de politique, elles sont détestables. C'est pourquoi j'avais apporté mon soutien quand le Ministre de l'intérieur qu'il était avait attaqué pour avoir dénoncé le passé d'extrême droite de Claude Goasguen en séance publique à l'Assemblée Nationale.

Maurel AG Motion 3Mais Manuel Valls est-il l'homme de la situation ? «Le choix de Manuel Valls est assez surprenant, compte tenu de l'analyse que l'on peut faire du scrutin et de l'indéniable besoin de gauche qui s'est exprimé à l'occasion de cette élection» indiquait hier Emmanuel Maurel, leader de Maintenant la Gauche et Vice Président de la Région Île-de-France. Je partage pleinement cette réaction.

Manuel Valls a fait 5% lors des primaires citoyennes de l'automne 2011, il a défendu la TVA sociale et dénoncé les 35 heures. Quand on voit que ce sont les orientations sociales-libérales du gouvernement qui ont éloigné des urnes une partie importante des électeurs socialistes. Marque d'un véritable aveuglement, on peut que craindre que ce choix aggrave la fracture politique et sociale dans le pays.

La posture blairiste du nouveau Premier Ministre n'est pas seulement inadaptée à l'attente économique et sociale du peuple de gauche. C'est également un responsable politique qui crée du clivage au sein de la gauche, et notamment dans la majorité parlementaire.

Dans ses précédentes fonctions, il a délibérément provoqué des clashs avec son patron - Jean-Marc Ayrault - et ses collègues - Christiane Taubira, Cécile Duflot - et j'avais décrypté son fonctionnement le 30 septembre 2013 dans un article "la résistible dérive libérale-sécuritaire".

AubryDuflotIl crée aussi ouvertement des clivages au sein de son propre parti, sifflé à La Rochelle par une partie de l'auditoire, il dut se justifier à la tribune qu'il était bien de gauche, alors que ses principaux soutiens avaient publiés une semaine plus tôt une tribune dans Libération "La gauche affranchie" aux forts relents de néo-socialisme.

Cécile Duflot et Pascal Canfin ont annoncé clairement qu'ils refuseraient d'appartenir à un gouvernement dirigé par Manuel Valls. L'ancien ministre délégué au développement indiquant qu'il était convaincu que les écologistes refuseraient la participation d'un des leurs à un telle équipe ; il s'avance sans doute un peu mais une chose est sûre François Hollande a réussi à si ce n'est s'aliéner totalement au moins à diviser le principal allié politique (même s'il est turbulent) et donc à réduire l'assise politique de sa majorité.

De même et bien qu'on puisse encore douter que l'initiative aille au bout du processus, les différentes sensibilités de la gauche du PS semble vouloir s'organiser autour d'une ligne politique alternative (certains proches de Martine Aubry, spécialistes des questions économiques, ayant même indiqué que seules les propositions présentées par Maintenant la Gauche depuis plusieurs mois étaient sérieuses, pertinentes et réalistes).

bandeau_logos_gauches_Ps.jpgOn verra ce qui sortira à moyen terme du travail commun entre Maintenant la Gauche, Un Monde d'Avance (handicapé par le "pacte de non agression" qu'aurait conclu selon les média Benoît Hamon avec Manuel Valls), la Gauche Populaire et la Gauche Durable. Mais il semble que le vote de confiance sur le pacte de responsabilité ne soit pas automatiquement acquis alors que le retour de Cécile Duflot à l'Assemblée Nationale rapproche le Groupe PS et app. de la perte de sa majorité absolue, et que les contestataires du PS s'organisent enfin.

Frédéric FARAVEL

dans Le Parisien - édition du mardi 1er avril 2014

Un «contrat de majorité» proposé à Valls
Ce lundi en fin d'après-midi, entre 15 et 50 parlementaires se sont réunis en l'Assemblée nationale à l'appel des deux courants de l'aile gauche (Maintenant la gauche et Un monde d'avance), du courant «la Gauche durable» (aubrystes notamment), ainsi que des responsables de «la gauche populaire». Ces derniers vont proposer à Manuel Valls un «contrat de majorité» axé sur l'investissement, le pouvoir d'achat des bas revenus et une réorientation européenne remettant en cause l'austérité, et censé, sur la forme, donner plus de poids au parlement.
Une autre rencontre, avec les «reconstructeurs» du parti (regroupement transcourant qui réunissait en 2008 les amis de Martine Aubry, Laurent Fabius, Arnaud Montebourg et Dominique Strauss-Kahn), est prévue ce mardi, toujours à l'Assemblée, en fin de matinée, avec l'objectif de «peser sur la ligne politique». Plusieurs menacent de ne pas voter la confiance au prochain gouvernement faute de voir leurs propositions retenues. «Les maires ont payé l'addition. La rébellion parlementaire s'impose : pas de confiance au prochain gouvernement si pas de réorientation», réagi Laurent Baumel (Gauche populaire). On ne se contentera pas d'un «changement de casting», avertissent-ils.

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Published by FARAVEL - dans à Gauche...
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