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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 08:01

Letchimy.jpgQuelle ironie et quelle mauvaise foi !?! Après avoir attisé les feux de la polémique, la droite anciennement républicaine voudrait aujourd'hui rejeter le mistigri du scandale sur le député du Parti Populaire Martiniquais, Serge Letchimy, ancien Maire de Fort-de-France et successeur d'Aimé Césaire.

Nous rappellerons donc l'origine de tout ceci. Le ministre de l'intérieur, Claude Guéant, après de nombreux dérapages très contrôlés (sur son inquiétude face à l'augmentation du nombre de musulmans, sur l'échec scolaire dont seuls seraient responsables les enfants d'immigrés, etc.) s'est permis de déclarer dans une convention de l'UNI – organisation étudiante de droite, habituée à faire la passerelle avec les nationalistes et aux coups de poings (devant le même auditoire, son ancien membre Éric Raoult s'en est même vanté) – « contrairement à ce que dit l'idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas »[…] qu'il fallait « protéger notre civilisation ». « Celles qui défendent l'humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient », argumente-t-il, ajoutant : « celles qui défendent la liberté, l'égalité et la fraternité, nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique ».

Il est caractéristique depuis les fameux débats sur « l'identité nationale », organisés par l’État et transformés en défouloir raciste, ou sur « la laïcité », organisé par l'UMP et transformé en charge contre les populations de culture arabo-musulmane, que la parole raciste se soit libérée sans tabou dans toute la droite.

claude-gueant.jpgIl est tout autant caractéristique que M. Claude Guéant se « lâche » dans une réunion à huis clos, où il s'est cru parmi les siens et uniquement parmi les siens, "en famille" ; il a donc parlé à cœur ouvert et exposé son sentiment profond, ce qui en dit long sur ce les idées qui animent et motivent réellement certains membres du gouvernement de la République. On ne remerciera jamais assez l'élève journaliste, ancien de l'UNI, qui a ainsi pu faire sortir les propos tenus par le Ministre dans une réunion militante intitulée « Vaincre pour la France », qui servait à mobiliser les troupes à l'orée de la campagne des élections présidentielles.

Deux idées (dans l'ordre de son intervention) sous-tendent la déclaration du M. Guéant :

  • La gauche serait structurée autour d'une « idéologie relativiste », confondant les valeurs de toutes les civilisations. Alors, je veux entendre beaucoup de choses, notamment sur le fait que les troubles idéologiques existent dans une gauche française et européennes ballotée par les remous de l'offensive néo-libérale et parfois honteuse d'une certaine radicalité au prétexte que les déviations bolchéviques et staliniennes l'auraient à jamais condamné, mais il faudra m'expliquer en quoi la gauche développe des propos relativistes concernant les valeurs universelles issues de la Révolution Française… Je me souviens bien de Jacques Chirac, grand leader gauchiste s'il en est, expliquant lors d'un voyage en Côte-d'Ivoire dans les années 1990 que le régime de M. Houphouët-Boigny (une dictature) était le mieux adapté à la réalité africaine. Je me souviens bien de Jean-Pierre Raffarin, sénateur de la gauche radicale, qui avant, pendant et après son passage à Matignon n'a de cesse de nous expliquer qu'il faut mesurer la qualité du régime de la Chine Populaire au regard de la spécificité de la Civilisation chinoise sans la condamner. Je me souviens bien de Nicolas Sarkozy recevant en grande pompe et lui proposant d'acheter des centrales nucléaires (heureusement ça n'a pas abouti) le colonel Khaddafi, avant de lancer contre lui une opération militaire 4 années plus tard pour se faire pardonner d'avoir été l'un des derniers soutiens du président Ben Ali en pleine révolution tunisienne… tout est relatif, en effet.
    Par contre, je n'ai pas souvenir que – à part peut-être quelques individualités sombres – les partis de gauche développent des analyses, produisent des formations en direction de leurs militants, relativisant en fonction du pays et des populations concernées les atteintes aux Droits humains (toutes catégories confondues : hommes-femmes, bourgeois-cadres-employés-ouvriers, athées-croyants, etc.). Je n'ai pas entendu à gauche de partis expliquant que les droits de la femme était une préoccupation secondaire dans la péninsule arabique au regard d'autres enjeux ou que les peuples africains ou arabo-musulmans étaient moins aptes que les autres à accéder à l'exercice de la démocratie.

  • Claude Guéant et nombre de cadres de l'UMP développent un argumentaire emprunté à la théorie du « choc des civilisations ». On retrouve dans les propos du ministre de l'intérieur la résonance des discours néo-conversateurs américains sur l'axe du mal, la nouvelle croisade de l'occident face à l'obscurantisme musulman (d'ailleurs Claude Guéant l'a confirmé en cherchant à se défendre en précisant sa pensée mardi 7 février au matin sur Canal + : « Pour moi, ce qui est en cause, c'est la religion musulmane »), une vision manichéenne où il n'y aurait que le « Bien » face au « Mal ». Ce que l'on pourrait encore tolérer dans un discours religieux, éthéré et décrivant peut-être les débats intimes d'une personne croyante sur la qualité de son être ou de son âme, n'a pas sa place dans le débat politique. Plus grave, il vise à réduire toute civilisation – sauf la civilisation européenne ou occidentale – à l'expression de sa minorité la plus sombre, la plus fondamentaliste, la plus caricaturale. Si on écoute Claude Guéant – et puisqu'il est bien clair que c'est la religion musulmane qui serait en cause –, la civilisation arabo-musulmane – et les pays qui participent de son aire géographique, pour que ce type de considération soit encore complétement opérantes à l'heure de la mondialisation – ne pourrait pas produire autre chose que le wahabbisme, le khomeynisme, le salafisme, le djihadisme, et a contrario pour les éviter des régimes dictatoriaux comme ceux de Ben Ali ou de Moubbarak (pour la forme la plus « douce ») ou baassistes (comme en Syrie ou en Irak). Cette analyse a été quelque peu mise à mal par le printemps arabe. Mais cette analyse conduit à légitimer l'intervention extérieure des forces occidentales pour imposer LA liberté et LA culture universelle à des peuples qui seraient sinon incapables d'y accéder par eux-mêmes : on a d'ailleurs vu à quel point ces interventions ont été une réussite, puisque les interventions militaires en Afghanistan, en Irak ou en Libye ont produit des démocraties exemplaires, grâce aux modèle civilisateur qu'est le soldat américain ou européen.

Les présupposés d'une telle réflexion sont parfaitement délirant d'un point de vue éthique et rationnel. Les Européens et les Américains peuvent-ils se prétendre seuls héritiers de la civilisation gréco-romaine ou judéo-chrétienne, oubliant au passage que les fondements de la première lui ont été transmis pour une bonne partie viale monde musulman, qui a connu par ailleurs une richesse culturelle, intellectuelle, artistique et scientifique qui ridiculise parfaitement l'idée que le monde arabo-musulman ne pourrait se réduire qu'à des fondamentalismes. Quels sont par ailleurs les périmètres d'une civilisation ? Monsieur Guéant parle de la nôtre, mais s'agit-il d'une grande civilisation européenne indifférenciée, ou de ce qui fut appelé autrefois la civilisation allemande, la civilisation française, la civilisation hollandaise ?

Les expériences coloniales et esclavagistes des puissances européennes, hispano et anglo-américaines sont-elles déconnectées des valeurs d'une civilisation humaniste européenne ? L'héritage des Lumières et de la pensée rationaliste n'a-t-il donc aucun lien avec les catastrophes fascistes et nazies, qui sont nées, qui ont été en gestation au sein des nations parmi les plus cultivées d'Europe (France, Italie, Allemagne) ? Les ravages des nationalismes européens sont-ils hors sol ? Le totalitarisme léniniste et stalinien ne serait-il donc que la conséquence de la supposée influence « réactionnaire asiatique » dans la culture et la société russe ? La « civilisation européenne » serait pure et vierge de tout défaut ; les horreurs qui ont parsemé notre histoire ne serait donc que des accidents, des éructations animales régressives qui se seraient faufilées prenant par défaut la vigilance de l'esprit supérieur présidant aux destins des peuples issus du continent européen.

La vérité est évidemment différente. À toute époque, il s'est trouvé des moments, parfois longs, très longs, pour trouver des justifications parfaitement construites dans les apports idéologiques, philophiques et spirituels, pour justifier des comportements immoraux, amoraux, barbares et parfaitement indignes de ce que l'on peut concevoir en tant qu'humaniste et que progressiste. L'idée même de supériorité d'une supposée civilisation sur une autre ne fait que renforcer le poids des réactionnaires parmi ceux avec lesquels on les amalgame, il décrédibilise la pertinence des valeurs humanistes et démocratiques. En entretenant la confusion intellectuelle, il permet à toutes les dérives politiques de se renforcer.

C'est tout le sens des propos de Serge Letchimy dont je partage l'intervention mots pour mots [vous pouvez consulter ici le texte précis de son intervention].


La polémique sur les propos de Claude Guéant... par LCP

Il est évident que Claude Guéant et consorts se moquent éperdument de ces considérations. Leur objectif n'est pas de lutter contre les « civilisations » qui seraient contraire aux valeurs humanistes et démocratiques, de sauver toutes les femmes martyrisées du monde comme l'annonçait pompeusement et démagogiquement Nicolas Sarkozy le 7 mai 2007 dans son discours de victoire. Leur objectif est de flatter ceux qui dans la société française ont choisi sciemment ou sont plongés sans l'avoir voulu dans le bain réactionnaire, que la droite française a contribué à renforcer ces dernières années. Leur objectif est de conforter une partie de l'électorat « petit-blanc » en dénonçant à leur vindicte un ennemi fantasmé et en les assurant qu'ils sont comme le Front National en capacité de faire barrage aux « barbares » du Maghreb et du Proche-Orient mais surtout des banlieues françaises. Leur objectif est d'ancrer profondément cette pensée dans l'esprit d'une partie des catégories populaires blanches pour qu'elles considèrent que leur salut viendra de la stigmatisation et de la discrimination de ceux qui vivent les mêmes souffrances, qui sont victimes du même système économique, mais qui ont (à deux ou trois générations près) une origine géographique différente.

Claude Guéant souffle ainsi sur les braises et les ferments de la guerre civile. Il fragilise la République et les valeurs humanistes et démocratiques qu'il dit vouloir défendre et dont en fait il n'a cure car seul compte l'effet électoral à court terme.

claud-gueant-sarkozy_9881.jpgIl semble que Nicolas Sarkozy et ses équipes (car qui pourrait croire que M. Guéant parle sans l'approbation du Président de la République) veuillent approfondir la nouvelle synthèse réactionnaire de la droite française qu'il avait commencée à produire en 2005-2007. Cela expliquerait pourquoi l'UMP réfléchit sérieusement à la capacité d'écarter Marine Le Pen et le Front National pour rassembler sous une seule bannière toutes les droites (en espérant que les centristes et les modérés n'oseront pas se séparer de lui).

Rappelons qu'historiquement la droite a eu en Italie, en Allemagne et en France une responsabilité historique dans l'accession au pouvoir des fascismes, en considérant les partis qui portaient ces idéologies comme fréquentables, leurs discours et leurs propositions comme tolérables et éventuellement recycables.

Une autre responsabilité était venue de la gauche. Le NSDAP d'Hitler a profité de la complicité des conservateurs et des milieux économiques allemands, mais également de la guerre à mort que se livraient le KPD et le SPD. Le rassemblement de la gauche est donc essentiel pour empêcher les idées nauséabondes de progresser dans la société. Mais il est également important que ce type de dérive réactionnaire ne trouve pas l'indifférence comme réponse, au prétexte d'être républicain pour deux ou trois : il est triste que le seul soutien franc et clair à l'égard de Serge Letchimy soit venu de Jean-Luc Mélenchon. Serge Letchimy est certes un député PPM, mais il est apparenté socialiste et un compagnon de route des socialistes comme l'était son mentor depuis des dizaines d'années. Le Parti Socialiste et tous ses membres se grandiraient à apporter un véritable soutien à notre camarade martiniquais ; nous ne pouvons nous contenter de refuser de le dénoncer.

Serge Letchimy a eu raison, Serge Letchimy doit être défendu, Serge Letchimy doit être pris en exemple !

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral du Parti Socialiste du Val-d'Oise aux relations extérieures

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Published by FARAVEL - dans Carton Rouge !
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commentaires

Blanchemanche André 09/02/2012 19:21


J’applaudis.


J’applaudis aux propos tenus par ce député venu de la lointaine Martinique.


Un « apparenté » socialiste.


Tant m’insupportent les fréquentations pseudo républicaines, les fraternisations dans l’ombre enfumée des tavernes, les papouilleries confraternelles, les
tutoiements obligés qui s’échangent entre gens d’une même caste.


Oui, voilà un député qui a transgressé les tabous, cette loi non écrite qui impose de respecter des codes de bienséance.


La droite, et la droite de l’Exécrable en particulier, est un ramassis d’individus infréquentables pour la plupart.


Du moins pour qui se fait une haute idée la République Liberté/Egalité/Fraternité.


Je radote, sans aucun doute.


Mais j’assume !


Hier, mercredi 8 février 2012, il eût été de bon ton de ne serait-ce que rappeler que cinquante ans plus tôt, huit personnes furent massacrées contre les
grilles closes du métro Charonne.


Massacrées par des meutes de chiens de garde placées sous l’autorité du préfet Papon.


Le même Papon qui, le 17 octobre 1961, avait lancé les mêmes meutes contre les manifestants algériens.


Des meutes qui s’en donnèrent à cœur joie, tant et si bien que le décompte du nombre des morts est aujourd’hui encore imprécis.


200 ? 300 ?


Le même Papon pourvoyeur d’enfants juifs pour les camps d’extermination des nazis.


Le même Papon qui, bien plus tard, fut ministre, décoré de la légion d’honneur.


Il existe une continuité au sein de cette droite à laquelle il est indécent de décerner un brevet de républicanisme.


Une continuité dans la volonté de malmener la République.


Sous des formes violentes lorsque les circonstances le lui permettent, comme lors du coup d’état perpétré le 13 mai 1958.


Sous des formes plus subtiles, enrobées d’une apparente légitimité démocratique, comme sous le règne de l’Exécrable.


Qu’a-t-il fait, qu’ont-ils fait de la République lui et ses si zélés chambellans ?


Eux qui n’ont eu de cesse d’en finir avec non seulement le Service Public, mais aussi avec le Bien Public.


Ce Bien Public qui structurait l’art du vivre ensemble.


Alors oui, j’applaudis.


J’applaudis aux propos tenus devant la représentation nationale par ce député venu de la lointaine Martinique.


J’applaudis à la condamnation d’une idéologie qui contient une double négation : celle de la République et celle de la Démocratie.


Car il ne faut pas s’y tromper : c’est bien parce qu’il existe toujours un rapport de force contraignant que les plus fanatiques propagandistes de cette
idéologie réactionnaire n’ont pas pu atteindre à tous leurs objectifs.


Parce qu’il existe encore des forces vives qui partagent une vision progressiste du devenir de la société.


Des forces vives qui n’ont pas encore succombé au renoncement.


Mais la crise agit comme une sorte de cancer : elle corrompt petit à petit l’ensemble du corps social.


Pour vaincre ce cancer, pour l’éradiquer, le sang et les larmes n’y suffiront pas.


A moins que d’accepter que les métastases ne se mettent très vite à proliférer.


Et donc de se réduire au rôle du spectateur assistant à l’agonie simultanée de la République et la Démocratie.


Que l’on ne se leurre pas : si demain le Peuple se hasarde à exiger ce que d’autres peuples exigent depuis quelques temps, à savoir la vraie Liberté, la
vraie Démocratie, si ce Peuple s’en prend à la dictature des Marchés, au Grand Désordre Capitaliste, il ne fait aucun doute que notre droite apparemment si républicaine aux yeux de certains usera
des mêmes arguments de ceux auxquels ont recours les sbires de Bachir El-Assad et des autres tyrans anciens amis des gouvernants de chez nous.


Alors oui, j’applaudis.


Tant il me semble aberrant d’abuser des faux semblants et de demander aux françaises et aux français de prendre les vessies pour des lanternes.


Je ne puis oublier la récente saillie d’un manieur du compas et de l’équerre, Grand Argentier et Chambellan du Monarque.


Je ne puis oublier cette haine à l’encontre de la démocratie dès lors que le Peuple Souverain confie le pouvoir à d’autres que ceux qui considèrent qu’il leur
revient de plein droit.


Les Serviteurs du Grand Désordre Capitaliste.


Merci à vous, Monsieur le Député.


Merci à toi, Camarade.


En t’écoutant, je me suis défait d’un peu de mon désespoir.


 


A Voce Rivolta !


 


9 février 2012


 


 


 

F. FARAVEL 10/02/2012 08:03



Je vous remercie de long, très long commentaire, mais je crois qu'il ne s'adressait pas à l'article mais à Serge Letchimy directement...