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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 07:57

Rappelons-nous de l'état dans lequel était le Parti Socialiste au lendemain du congrès de Reims et des 11 ans de premier secrétariat de François Hollande.

Deux élections présidentielles perdues face à un président et/ou une majorité sortante impopulaires ; un parti dépourvu de projet, replié sur lui-même et dans les collectivités territoriales qu'il "détenait", incapable de parler à la société, aux syndicats, aux intellectuels, aux universitaires, aux associations ; un parti coupé de tous ses partenaires habituels, écologistes, radicaux et communistes ; un parti qui ne fonctionnait plus que sur le mode de conflits entre personnalités plus ou moins compétentes ou plus ou moins médiocres ; un parti qui se satisfaisait de la "cohabitation territoriale" (le mot est de François Hollande), suffisamment heureux qu'il était de gagner les élections intermédiaires...

Le déroulement du congrès de Reims fut l'acmée de cette lente et délétère dérive. Ségolène Royal, symbole de la transformation du PS en un mix de club d'élus locaux et de club de supporters, était à deux doigts de devenir Première secrétaire du PS ; le parti subissait la scission, même restreinte, d'une partie des amis de Jean-Luc Mélenchon, de Marc Dolez et d'Utopia, partis fonder le Parti de Gauche ; le congrès était incapable d'accoucher sur un texte final majoritaire, dont le PS n'avait pas d'orientation politique ; le duel de second tour entre Martine Aubry et Ségolène Royal se soldait par la victoire de la première, séparée de la seconde par une petite centaine de voix, avec des accusations croisées de fraudes électorales.

La machine ne pouvait qu'être difficile à remettre en marche. Martine Aubry avait fait adopter un petit viatique pour structurer une majorité interne autour de la motion D (Aubry, Fabius, Cambadélis), de la motion C (Hamon, Emmanuelli) et d'une partie de la motion A (Delanoë). Un secrétariat national de combat était mis en place. Mais nous avons continué à payer 11 ans d'immobilisme et le congrès de Reims jusqu'aux élections européennes de juin 2009 qui furent une cinglante défaite pour le PS.

La direction du PS autour de Martine Aubry releva le gant et amorça un long travail de reconstruction :

  • reconstruction d'une orientation politique avec plusieurs conventions thématiques offensives ;
  • reconstruction d'une relation intense avec la société civile et les intellectuels pour approfondir notre réflexion et asseoir nos propositions ;
  • reconstruction d'une relation de travail, sinon de confiance, avec nos partenaires politiques (écologistes, radicaux, citoyens, communistes) ;
  • mise en oeuvre d'un chantier de rénovation profonde de nos pratiques politiques...

En juin 2011, le projet socialiste était adopté à l'unanimité du conseil national du PS (même si certains autour de l'actuel candidat socialiste camouflaient déjà leurs récrimininations) ; le mode de désignation du candidat socialiste était sur les rails ; la stratégie politique du PS était limpide, fondée sur le rassemblement de la gauche (avec en priorité Europe-Ecologie/Les Verts - EELV).

Les primaires citoyennes ont entre temps eu lieu. Elles ont été un succès populaire réel puisque près de 3 millions de concitoyens sont venus voter pour désigner le candidat socialiste et radical de gauche. François Hollande est sorti vainqueur de cette primaire face à Martine Aubry, il est légitime pour conduire les socialistes à l'élection et tous désormais espèrent que la gauche dans son ensemble se montrera capable de mettre à la retraite Nicolas Sarkozy.

* * *

AubryDuflotC'est pourquoi le spectacle donné à gauche depuis deux jours est profondément affligeant. Alors que le Parti Socialiste avait remonté son handicap dans l'opinion, et notamment à nouveau convaincu de la force de ses principes et de ses convictions, les multiples contradictions autour de l'accord qu'il a signé avec EELV entâchent terriblement son image.

  1. alors que la France fait face avec l'Europe à une grave crise financière, économique et sociale - ce qui est finalement une crise de système - le candidat socialiste et ses premiers partisans n'ont trouvé rien de mieux pour démontrer leur "fermeté" (histoire de compenser la mollesse supposée de François Hollande) que d'être d'une intransigeance radicale avec EELV, quand il faudrait être intransigeant avec les dérives actuelles des acteurs financiers et face à la droite. Nous avons donné l'impression de ne pas vouloir de rassemblement à gauche et donné corps à l'idée qu'une partie des socialistes envisageaient à nouveau un accord politique avec le centre en rechange ;
  2. alors que François Hollande avait pour tâche de rassembler la gauche, il a fallu que, mardi 15 novembre, Martine Aubry, redevenue Première secrétaire du PS, vienne conclure elle-même l'accord avec Cécile Duflot, secrétaire nationale d'EELV, qu'avait mis dans l'impasse Michel Sapin et les amis du candidat ;
  3. alors que l'accord est signé par les deux responsables en chef des partis concernés, lors du bureau national du Parti socialiste du mardi 15 novembre en fin de journée, les amis de François Hollande retirent du texte signé les éléments concernant l'arrêt du retraitement du MOX à La Hague, déchet nucléaire extrêmement dangereux. On apprendra plus tard qu'AREVA ou EDF seraient intervenus auprès de certains responsables du PS ;
  4. alors que tous (ou presque) les socialistes disaient s'accorder sur la nécessité d'un accord de rassemblement de la gauche et d'un contrat de gouvernement (stratégie revendiquée dans les textes du PS), les élus parisiens - au premier rang desquels Anne Hidalgo et Bertrand Delanoë - dénoncent la réservation de circonscriptions parisiennes gagnables pour les écologistes et s'en prennent avec une rare violence verbale à la Première Secrétaire du PS.

Ces évènements déplorables, accumulés en 48 heures, avec en dernier rebondissement le rétablissement du paragraphe sur le MOX dans le texte de l'accord, sous la condition d'un "plan de reconversion [...] permettant de maintenir le nombre d'emplois", posent de nombreuses questions.

Militants socialistes comme militants des organisations partenaires, nous sommes tous désormais confrontés à l'incertitude sur l'actualité ou la caducité du projet socialiste adopté définitivement en juin 2011 : depuis la désignation de François Hollande comme candidat du PS et du PRG, ses amis n'ont eu de cesse de remettre en cause les principales orientations politiques de ce projet, en premier lieu sur la stratégie économique, la stratégie européenne et la transformation écologique de l'économie française. Négocier avec les socialistes devient pour tout le monde un exercice d'une rare insécurité puisque plus personne ne connaît la référence programmatique valable.

Depuis la désignation de François Hollande comme candidat du PS et du PRG, nombre de ses amis ont décidé que c'était désormais eux qui faisaient la pluie et le beau temps dans la vie du parti au mépris des instances du PS et des règles de fonctionnement de celui-ci. D'aucuns réclamaient donc une modification de la composition du secrétariat national du PS ou la tête du porte-parole Benoît Hamon, affichant ainsi devant l'opinion publique la défiance qu'ils avaient vis-à-vis du PS. C'était tout simplement nier les principes de loyauté et de responsabilité qui habitent les dirigeants du PS, quelle que soit leur responsabilité. Ici ou là, ils ont multiplié - et multiplient toujours - les pressions pour favoriser la désignation de candidats inféodés pour les élections législatives, alors que c'est aux militants du PS de désigner démocratiquement leurs candidats aux législatives. Il faut donc croire que pour quelques uns des amis de François Hollande les 9 & 16 octobre derniers, ce n'était pas les primaires citoyennes mais un congrès du PS qui se déroulait.

Pire que cela, nous pouvons tous avoir une interrogation morale ! Martine Aubry, première secrétaire du PS, a conclu les négociations et signé avec Cécile Duflot, secrétaire nationale d'Europe-Ecologie/Les Verts un accord politique ; c'est un engagement fort au nom de tous les socialistes. La Realpolitik veut que l'on puisse douter dans le moyen ou long terme de la fermeté de certains engagements, face à la "dure réalité" de l'exercice du pouvoir, mais là un seuil navrant a été franchi : la valeur de cette signature n'a pas tenu 12 heures avant que les proches du candidat modifient dans le dos de tous le texte qui avait été signé ; par la même, ils salissaient le PS et sa première secrétaire, ils insultaient tous les socialistes et leur sens des valeurs et de l'honnêteté en politique.

Enfin, les grands élus locaux socialistes démontrent une nouvelle fois qu'ils n'ont cure de l'enjeu majeur du changement de majorité. A Lyon comme à Paris, leur préoccupation essentielle consiste au contexte de préparation des élections locales et non au condition du changement en France et en Europe.

Comment !? Cécile Duflot, candidate dans la 6e circonscription à Paris ?! Des écologistes dans des circonscriptions de gauche à Lyon ?! Mais c'est une attaque directe contre les municipalités socialistes ?!?

Nous avons toujours voulu un contrat de gouvernement avec les écologistes. Un contrat de gouvernement s'accompagne d'un accord électoral avec les écologistes, un accord électoral qui leur garantisse un groupe parlementaire alors que le mode de scrutin actuel ne le permettrait pas naturellement car il est insuffisamment démocratique selon nos propres canons socialistes. Il était évident que des circonscriptions anciennement socialiste, ou dans tous les cas très favorables à la gauche, seraient réservées pour nos partenaires ; sinon c'était mentir à EELV c'était mentir devant l'opinion publique. Il était évident que des territoires symboliques pour la gauche ferait l'objet de cet accord électoral. Il faut donc assumer pleinement celui-ci et cesser de donner à penser que les élus socialistes ne seraient rien d'autres que des barons, d'un parti qui n'auraient plus de socialiste que le nom.

Nous n'avons pas travaillé autour de la Première Secrétaire dans la direction nationale et dans les directions départementales du PS pour voir dilapider ce travail et ces acquis précieux, au premier rang desquels se trouvent la restauration d'une image positive et progressiste du Parti Socialiste. Il est temps que tous reprennent le sens des responsabilités ; les dirigeants socialistes portent la responsabilité majeure de conduire toute la gauche à la victoire en mai et en juin 2012. Ils ne doivent pas décevoir. Cela suffit de perdre des élections imperdables, il est temps de changer la France, de changer la République et de changer l'Europe.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral aux relations extérieures pour le Parti socialiste du Val-d'Oise

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