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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 09:50

chokri_belaid.jpgL'assassinat de Chokri Belaïd, avocat, leader du Mouvement des Patriotes Démocrates et opposant de la gauche laïque le plus dur et le plus médiatique, mercredi 6 février au matin, vient de rallumer de manière ouverte la crise politique larvée dans laquelle s'enferrait depuis plusieurs mois la Tunisie.

En effet, deux ans après la "Révolution de Jasmin", et l'accession au pouvoir avec une majorité relative des islamistes d'Ennahda au pouvoir, aucun des enjeux du pays n'a trouvé une issue :

  • l'élaboration de la constitution patine ;
  • la crise économique et sociale s'accroît d'autant plus que le pays est considéré instable par les investisseurs étrangers ;
  • la corruption est toujours présente ;
  • la population ne peut faire confiance à des forces de l'ordre jugées violentes et trop liées à l'ancien régime de Ben Ali...

Dans ces conditions, les contradictions qui ont émergé après la première phase révolutionnaire ne font que s'accroître. Le gouvernement issu des précédentes élections ne tient que sur une coalition hétéroclite : la gauche nationaliste du Congrès pour la République du Président Marzouki et les sociaux-démocrates d'Ettakatol complètent la majorité relative des islamistes d'Ennahda. Les divergences évidentes entre ses formations expliquent l'impasse constitutionnelle et l'impossibilité de traiter la crise économique que subit le pays.

Les contradictions internes à Ennahda entre une frange "réaliste" minoritaire, représentée par le Premier Ministre, Hamadi Jebali, et la grande majorité des élus et des cadres du parti, plus conservateurs voire plus radicaux, se sont accrus. Les exigences des seconds sur la place de la religion dans la société et la remise en cause de la laïcité et de la liberté de conscience dans la constitution sont à la source du dialogue de sourds.

Depuis six mois, le premier ministre tentait de réduire l'influence de ses rivaux internes en cherchant à mettre à flot un gouvernement d'union nationale qui élargirait les prérogatives de ses alliés de gauche et associerait l'opposition laïque. Les résistances des conservateurs et des radicaux ont bloqué le processus, au point que le Congrès pour la République, parti du Président de la République, menaçait de quitter le gouvernement dans les prochains jours.

Sur fond de chômage et de tensions sociales fortes, les éléments les plus radicaux des islamistes d'Ennahda, en association avec les Salafistes, entretenaient un climat de violence contre les laïcs sur la place publique, dans les médias et dans les institutions publiques, pour obtenir un recul évident des acquis modernistes de l'indépendance tunisienne.

Les appels au meurtre contre les principaux opposants laïcs tournaient régulièrement sur les réseaux sociaux, étaient relayés dans certaines mosquées - Belaïd était le premier sur la liste -, avec la complicité évidente des cadres d'Ennahda (en tout cas avec la neutralité bienveillante de la plupart d'entre eux) : finalement, tout opposant aux islamistes étaient villipendés comme contre-révolutionnaire, comme le démontre l'assassinat en octobre perpétré par des islamistes, soutenus par les responsables d'Ennahda.

tunisie-manifestations.jpgLa situation est donc redevenue ouvertement explosive et les contradictions internes d'Ennahda paraissent à mon sens irréductible. Depuis hier, a réaction de la société tunisienne contient à la fois en elle-même le meilleure et le pire :

  • il est heureux que le camp laïque et moderniste ait réagi avec une mobilisation importante dans les rues de Tunis. Le niveau de violence islamiste va peut-être resouder le camp de la gauche laïque, qu'avait divisé la naïveté ou l'opportunisme de ceux qui avaient choisi d'entrer dans la coalition gouvernementale d'Ennahda ;
  • la force des tensions sociales peut rapidement dégénérer et donner l'occasion aux conservateurs et aux radicaux de tenter un coup de force sécuritaire, au moindre prétexte, afin de balayer leurs adversaires.

L'annonce d'un gouvernement technique et d'élections anticipées par le Premier Ministre démontre surtout à quel point celui-ci est d'abord isolé dans son propre camp, n'étant pas soutenu par le patron d'Ennahda Rached Ghannouchi. Dans le climat de violence animé par les islamistes et les pseudo ligues de défense de la Révolution (en fait des milices réactionnaires), comment peut-on espérer que le nouveau scrutin démocratique se déroule dans des conditions saines, qui puisse redonner une chance à la Tunisie de sortir de l'impasse.

Le piège contre-révolutionnaire est activée. Ceux qui rejettent la portée de l'universalisme et considère qu'il y aurait une voie spécifique aux "nations islamiques" avec une "démocratie adaptée", ne sauraient avoir de démentis aussi concrets que le processus révolutionnaire en cours en Tunisie suit un cheminement assez similaire à ses prédécesseurs européens... y compris dans la menace de l'accession de la Contre-Révolution au pouvoir (après 1789 et 1793, le Directoire, le Consulat et l'Empire ; après 1848, la victoire du parti de l'Ordre et du Prince-Président Bonaparte ; après la Commune, la longue paranthèse Thiers/Mac Mahon ; après la Révolution russe, le stalinisme...).

Le risque est majeur aujourdhui que les éléments conservateurs et réactionnaires qui constituent la majorité d'Ennahda ne balaye les véritables éléments révolutionnaires et modernistes de la Tunisie. Toute la gauche doit désormais rompre avec un parti dans lequel elle ne peut avoir aucune confiance pour reconstituer un front d'unité laïque capable de sauver la République tunisienne. Les mots d'ordre des manifestants d'hier à Tunis sont les bons : il faut renverser le régime en place et balayer Ennahda et Ghannouchi avant qu'ils ne les balayent eux-mêmes.

Frédéric FARAVEL

Bochra-Belhaj-Hmida.jpgretrouvez également ci-dessous l'entretien avec Bochra Belhadj Hmida,

Avocate tunisienne, cofondatrice et ex-présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates

France Inter - 07/02/2013 à 7h50

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Published by FARAVEL - dans International
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