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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

13 septembre 2007 4 13 /09 /septembre /2007 12:24
Un Nouveau Parti Socialiste pour Réinventer la Gauche
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Place du Panthéon
Paris 5ème (RER Luxembourg)
Samedi 22 septembre - Journée de réflexion
Programme
10h - Accueil par Guillaume Balas, Conseiller Régional d’Île-de-France

10h30 – 12h :
Table ronde "Quel avenir pour la Gauche?"
  Claire Villiers, Vice-présidente du Conseil Régional d’Île-de-France, Alternative Citoyenne
  Laurent Baumel, Responsable National aux Études du Parti Socialiste
  Pascal Cherki, Adjoint au Maire de Paris

12h – 13h30
Déjeuner libre

13h30 – 15h30 : Ateliers
«La politique de redistribution des richesses : comment renouveler le pacte social ?»
Intervenant :
 Pierre Concialdi, Économiste

«Comment reconquérir le vivre ensemble dans une société qui fait primer l’individu sur tout ?»
Intervenants :
 Mohammed Mechmache, Président d’AC! Le feu
 Eric Polian, Consultant en droit du travail

« Réinventer le PS »
Intervenante :
 Barbara Romagnan, Secrétaire Nationale du PS à la rénovation

15h30 – 16h : Comptes-rendus des ateliers

16h Clôture
Benoît Hamon, Député Européen, Membre du Bureau National du Parti Socialiste, secrétaire national au Projet européen

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12 septembre 2007 3 12 /09 /septembre /2007 22:59
Henri Emmanuelli : "les régimes spéciaux"
J-M Apathie - RTL - 12.09.07 | 12 septembre 2007

ligne
Le député PS des Landes était l'invité de RTL mercredi. Henri Emmanuelli a accusé le Premier ministre de "démagogie", en affirmant qu'avec les régimes spéciaux, François Fillon voulait "faire croire aux Français qu'en tapant sur 1,8 million de personnes, on (allait) résoudre le problème de 18 millions" de retraités. 

 

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10 septembre 2007 1 10 /09 /septembre /2007 16:13
ça fait parfois mal aux oreilles, mais faut écouter quand même...


> Univers
IDEES


Du grain à moudre
par Brice Couturier et Tara Schlegel
du lundi au vendredi de 17h à 17h55
  Du grain à moudre


Ecoutez


    émission du mardi 4 septembre 2007
Une nouvelle "nouvelle gauche"
 

 
 
Comme il était facile de s’y retrouver dans la galaxie socialiste au temps où elle était structurée en courants, allant des tendances les plus réformistes aux plus radicales ! Les premiers se voulaient en phase avec les évolutions de la société, les autres en appelaient à la «rupture avec le capitalisme», mais tout le monde s’entendait bien et il y avait toujours un chef charismatique et incontesté pour imposer la «synthèse».
Après trois échecs consécutifs aux élections présidentielles, le Parti socialiste semble en proie à un grand désarroi. Crise de leadership, avec un premier secrétaire contesté, qui est parvenu à ne pas croiser une fois à La Rochelle la candidate aux présidentielles de son parti - qui se trouve être son ex-compagne… Crise d’identité provoquée en partie par la campagne de cette même candidate, prenant toutes les libertés possibles avec le programme du parti. Crise idéologique, face à des évolutions sociales mal perçues.
Le PS nous rejoue, comme après chaque défaite, le grand air de la «refondation». Mais de quelle rénovation est-il question ? S’agirait-il seulement de céder quelques pouces de terrain supplémentaires à la droite gouvernante, comme par exemple sur la réduction du temps de travail, dont François Hollande a concédé à La Rochelle que «c’était terminé» et qu’il fallait «tourner la page», sur l’harmonisation des régimes spéciaux de retraites – préconisée par Bertrand Delanoë, sur l’autonomie des établissements scolaires, concédée par Arnaud Montebourg, voire sur la TVA sociale, dont Manuel Valls admettait ce week-end que « ce n’était pas un impôt aussi injuste que cela » ?
Le «cycle d’Epinay est achevé», diagnostique DSK dans trois remarquables articles publiés dans Le Nouvel Obs, parce que la vision de la société sur laquelle il reposait est devenue caduque». Et il poursuit en expliquant que le «vieux triptyque couches populaires / couches moyennes / détenteurs du capital», «grille de lecture inspirée d’une vague lecture marxiste, héritée des années 1960», masque la réalité des nouveaux clivages – notamment entre les gens qui «bénéficient d’un emploi» et ceux qui survivent d’un revenu de transfert, entre CDI et CDD, entre employés de grandes entreprises et de PME, entre fonctionnaires et salariés du privé. Mais si le PS a refusé jusqu’alors de voir ces nouveaux clivages, n’est-ce pas parce qu’il n’avait pas intérêt à en parler ? Son électorat ne se recrute pas essentiellement parmi les plus mal lotis. «Au premier tour de la présidentielle, la gauche et l’extrême-gauche n’ont attiré qu’un tiers de l’électorat populaire», selon le géographe Christophe Guilly. Dans ce contexte, se limiter à la « défense des intérêts acquis » a pu apparaître non seulement comme un pari impossible - nostalgie d’un monde industriel disparu -, mais pire encore, comme une manière de vouloir pérenniser les clivages existants, un véritable refus de la mobilité sociale.
C’est souvent l’adversité qui suscite des personnalités et des idées neuves. Au-delà des slogans «refondateurs», on perçoit l’émergence de thèmes et de personnalités qui pourraient permettre à la gauche française d’entamer un nouveau cycle de son histoire.

 
Bernard Spitz.  Economiste

 
Marie Noelle Lienemann.  Députée Européenne Socialiste
Vice-Présidente de la Région Nord-Pas de Calais
Ancien Ministre du Logement

 
Gérard Grunberg au téléphone.  Directeur de recherche CNRS au CEVIPOF, Centre de recherches politiques de Sciences Po.

 
Nicolas Barotte.  Journaliste au Figaro

 
 

 
 

 
Marie Noëlle Lienemann et Philippe Cohen
Au revoir Royal : pourquoi la gauche en est arrivée là, pourquoi il ne faut pas désespérer : entretiens
Perrin - 2007
 

Le pavé anti-Royal dans la mare du parti socialiste.

Depuis le 6 mai, on nous raconte une histoire à dormir debout : la gauche a imposé une candidate moderne et populaire grâce à une potion nouvelle : la démocratie participative. Bref, il n'a manqué que du temps à Ségolène Royal. Voilà pourquoi il faut lui confier les rênes de la gauche afin qu'elle la conduise à la victoire en 2012. Elle devant, tous derrière en rang et admiratifs.

Cette "imposture Royal", Marie-Noëlle Lienemann, député européenne, ancienne ministre et militante de longue date, a décidé de la dénoncer, avec l'aide d'un dynamiteur en chef d'icônes - du Monde à Sarkozy en passant par B-HL -, Philippe Cohen.

Son récit, nourri d'anecdotes et de petits secrets de famille socialiste - notamment ceux entendus chaque semaine aux réunions du Bureau national du PS -, montre comment la gauche est devenue inaudible. Incapable d'inventer une stratégie et des solutions face à la mondialisation et au délitement de la République, elle a tout misé sur une improbable alliance entre bobos et exclus, ignorant ainsi la majorité du pays.

Marie-Noëlle Lienemann démonte un à un tous les échafaudages friables d'un parti dénaturé, à la fois syndicat d'élus et réserve de technocrates. Sa colère rageuse et argumentée n'épargne personne, grâce à Philippe Cohen qui la pousse à aller jusqu'au bout de cette radiographie : oui, il faut tout changer à gauche pour reconquérir la confiance d'un peuple déboussolé.
-présentation de l'éditeur-

 
 

 
Gérard Grunberg et Florence Haegel
La France vers le bipartisme ? : la présidentialisation du PS et de l'UMP
Presses de Sciences Po - Collection :Nouveaux débats - 2007
 

La présidentialisation du PS et de l'UMP

La personnalisation de la vie politique française est si visible qu'elle tend à reléguer les partis politiques en fond de décor. Et pourtant, ceux-ci jouent un rôle central et deux d'entre eux, le PS et l'UMP, sont parvenus en se transformant à dominer le système politique. Quelle est la solidité de cette domination et qu'elles en sont les entraves et les failles ? En quoi repose-t-elle sur la présidentialisation de ces partis ? Quelles pourraient-être les lignes d'évolution de ces organisations ?

Cet essai fait le pari d'analyser conjointement les dynamiques à l'oeuvre au PS et à l'UMP, dynamiques induites par la similarité des places qu'ils occupent dans le système politique, dynamiques propres à chacun de ces partis, d'ailleurs liés entre eux par une relation de mimétisme, dynamiques de leur offre politique qu'il s'agisse des candidats ou des programmes.

Mais poser ces questions, c'est ouvrir le débat sur l'évolution - qui peut sembler paradoxale aujourd'hui - de la France vers le bipartisme. Un tel débat conduit plus largement à s'interroger sur les transformations en cours du système partisan, et les élections présidentielles et législatives de 2007 sont évidemment un moment crucial pour les comprendre.
-présentation de l'éditeur-

 
 

 
Bernard Spitz
Le papy krach
Grasset - 2006
 

Depuis trente ans, les jeunes Français ont été trompés, manipulés, instrumentalisés. Les troupes du baby boom de l'après-guerre vont partir à la retraite en leur laissant la facture. Le scénario est écrit d'avance. Il se résume en un mot : le Papy Krach. Dans les trente prochaines années, le nombre des plus de 60 ans va doubler. Celui des moins de 25 ans va diminuer. D'un côté plus de retraités, vivant plus longtemps, dépensant plus pour leur santé ; de l'autre une population active moins nombreuse. Les jeunes devront payer au prix fort: Plus de prélèvements pour moins de prestations, de formation, de services publics, d'emplois Le Papy Krach ne sera pas seulement économique mais aussi social et moral. Pourtant quand les jeunes protestent, c'est en se trompant de cible. Ils s'opposent aux réformes qui pourraient alléger leur fardeau ; et ils soutiennent les conservatismes qui vivent à leurs dépens. Et s'ls se décidaient à ouvrir les yeux ? Et s'ils refusaient de payer? Et s'ils se révoltaient ?


 
 

 
Gérard Grunberg ; Zaki Laïdi
Sortir du pessimisme social : essai sur l'identité de la gauche
Telos / Hachette Littératures - 17 janvier 2007
 

La mondialisation serait le péril principal, et le marché, le diable : la gauche, qui incarna longtemps l'espérance, a-t-elle fini par céder au pessimisme social ? Gérard Grunberg et Zaki Laïdi font la généalogie intellectuelle et politique de cette évolution. À rebours des idées reçues, ils mettent en évidence le fait que le marché peut aussi être mis au service de la lutte contre les inégalités et que la mondialisation constitue une chance pour quelques milliards d'individus de sortir du dénuement. La désignation de Ségolène Royal marque-t-elle une inflexion dans le rapport de la gauche au monde ? S'agit-il d'un tournant qui permettra précisément à la gauche de se doter d'une nouvelle perspective ? C'est à ce dernier point que Gérard Grunberg et Zaki Laïdi consacrent un long développement qui constitue une des toutes premières interprétations du ségolisme.
 

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10 septembre 2007 1 10 /09 /septembre /2007 13:12
Au Guatemala, le social-démocrate Colom et le conservateur Perez seraient en tête de la présidentielle
LEMONDE.FR avec AFP | 10.09.07 | 12h58  •  Mis à jour le 10.09.07 | 12h58

e social-démocrate Alvaro Colom et le conservateur Otto Perez seront probablement opposés lors du second tour de la présidentielle au Guatemala. Les premiers résultats, rendus publics lundi 10 septembre, les donnent en tête, confirmant la tendance des enquêtes pré-électorales.

Après le dépouillement de trois quarts des suffrages, Alvaro Colom obtient 28% des voix, devant le conservateur Otto Perez (24,59%) et un autre candidat de droite, Alejandro Giammattei (17,5%), selon le Tribunal suprême électoral. Dans tous les cas de figure, la prix Nobel de la paix Rigoberta Menchu est éliminée à l'issue du premier tour, avec seulement 3% des suffrages.

Alvaro Colom, chef d'entreprise de 56 ans, se présente pour la troisième fois à la présidentielle. En 1999, il était arrivé en troisième position et en 2003, il avait déjà atteint le second tour.

Le général à la retraite Otto Perez, 56 ans, surnommé le "général de la paix" est, lui, connu pour avoir négocié et signé les accords scellant la fin de la guerre civile, entre 1960 et 1996. Il promet une lutte sans merci contre la corruption, les trafiquants de drogue et les gangs armés, dans un pays où 80 % de la population vit dans la pauvreté.
"ATMOSPHÈRE PACIFIQUE" DU SCRUTIN
Le Tribunal suprême électoral du Guatemala n'a pas donné le taux de participation, mais les médias évoquent le chiffre de 60%. Après une campagne électorale marquée par l'assassinat d'une cinquantaine de militants ou candidats à des mandats locaux, le scrutin semble s'être déroulé dans le calme, malgré quelques actes de violence isolés.

Le chef de la mission d'observation de l'Union européenne (UE), Wolfgang Kreissl-Dijrfler, s'est dit "agréablement surpris" par le déroulement du scrutin. Le secrétaire général de l'Organisation des Etats américains (OEA), José Insulza, s'est, pour sa part, félicité de "l'atmosphère pacifique de tolérance et de respect de la légalité qui a prévalu dimanche sur le territoire guatémaltèque".

Le vainqueur du second tour, organisé le 4 novembre, sera élu pour un mandat non renouvelable de quatre ans et prendra ses fonctions en janvier.

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8 septembre 2007 6 08 /09 /septembre /2007 17:31

Face à l’hégémonie intellectuelle de la droite
An 01 de la gauche, on arrête tout, on réfléchit

 
La défaite subie par la gauche française lors de l’élection présidentielle et, à un moindre degré, lors des élections législatives du printemps 2007 a sanctionné son absence de vision, de projet et de programme. Et pour cause : le modèle keynésien, dont la social-démocratie s’inspire encore, reposait sur l’exploitation du tiers-monde. La décolonisation ayant rendu ce mode de développement obsolète, l’Europe doit modifier de fond en comble ses rapports avec le Sud.
 

La catastrophe des élections de 2007 a dissipé les illusions engendrées par la victoire du « non » au référendum de 2005 et a dévoilé la profondeur de la crise de la gauche française, qui trouve sa source dans l’échec de ses propositions consécutif à la victoire de 1981. Ayant dû tourner le dos à son programme, après deux ans de gouvernement, la gauche n’a plus rien eu à proposer en matière de politiques socio-économiques. Elle a fait, au mieux, du néolibéralisme sans enthousiasme, et son discours est devenu purement moralisateur, mettant en avant des « valeurs » antiracistes, féministes, antifascistes, etc., qui sont supposées la distinguer de la droite.

Sur le plan pratique, la principale initiative de la gauche a été de se lancer dans la « construction européenne ». Laquelle a eu pour principal effet de rendre impossible toute alternative au néolibéralisme. Les socialistes et les Verts, en encourageant cette construction au nom de leurs « valeurs », principalement l’antinationalisme, ont mis en place un dispositif institutionnel visant à les prémunir contre leurs propres audaces, ou plutôt contre celles de leur base. L’idée étant d’isoler le processus politique de l’influence des citoyens, en confiant un maximum de décisions à une bureaucratie non élue et ouverte à l’influence de tous les groupes de pression privés. Les élections peuvent continuer à avoir lieu, elles n’ont que peu d’importance : aucune alternative politique sérieuse ne peut être proposée, aucun « New Deal », aucune « réforme de structure », aucun « programme commun de la gauche », aucune « voie italienne vers le socialisme ».

Il n’est pas étonnant qu’à ce jeu-là la droite la plus dure l’emporte. Elle possède son propre discours sur les « valeurs », la discipline, l’ordre, la nation, etc., qui est bien plus populaire que celui de la gauche sur les minorités. Après tout, les discours sur les valeurs ont le plus souvent pour fonction de permettre à ceux qui les tiennent de se donner bonne conscience à bon marché, sans se poser trop de questions sur la nature réelle des rapports de forces dans le monde. Et, pour la plupart des gens, il est plus facile de se dire qu’on est un « bon Français » plutôt qu’un « bon antiraciste ». Au demeurant, la politique économique de la droite est en parfait accord avec celle des structures européennes mises en place par la gauche et les Verts. Sur les deux plans – l’Europe et les valeurs –, c’est la droite qui gagne, mais c’est en grande partie la gauche qui a choisi ces terrains de bataille, sur lesquels elle ne pouvait que perdre.

Tous les mouvements politiques couronnés de succès sont ceux qui croient à ce qu’ils disent. A droite, ce ne sont pas les conservateurs « mouillés », comme les appelait Mme Margaret Thatcher, ceux qui étaient plus ou moins keynésiens, qui ont gagné, mais bien les avocats d’une droite pure et dure. Dans la mesure où la gauche ne fait que plaider pour une politique de droite modérée, elle n’a aucune chance de l’emporter. Pour changer cela, il faut commencer par revenir à ce qui est la racine du conflit entre la gauche et la droite – et qui ne porte pas sur les « valeurs », et surtout pas sur le féminisme ou l’antiracisme, que la droite moderne est parfaitement prête à accepter –, la question fondamentale du contrôle de l’économie.

Les penseurs libéraux du XVIIIe siècle envisageaient une société de petits producteurs indépendants et, dans ce contexte, la notion de « marché libre », ainsi que l’hostilité au pouvoir de l’Etat féodal et de l’Eglise, avait parfaitement un sens. Mais, avec le développement de la grande entreprise, la production est devenue de plus en plus socialisée, ce qui a rendu caduque la justification du caractère privé de la propriété des moyens de cette production. L’idée fondamentale du socialisme est qu’à partir du moment où le processus de production est de fait socialisé, son contrôle doit l’être aussi, si du moins on veut réaliser les espoirs d’émancipation exprimés par le libéralisme classique.

Si les moyens de production et, comme cela s’est produit au XXe siècle, les moyens d’information sont entre les mains de quelques-uns, ceux-ci possèdent alors un pouvoir énorme sur le reste de la population, qui n’est pas très différent du pouvoir de la féodalité. Les véritables successeurs actuels des libéraux classiques sont en fait les partisans du socialisme, et ceux qui se disent « libéraux » en France aujourd’hui sont simplement les adeptes d’une forme particulière de tyrannie, celle des patrons, et, en plus, très souvent, d’une forme violente d’étatisme, à savoir la domination militaire américaine sur le reste du monde.

Le socialisme, au sens utilisé ici, est une réponse tellement naturelle aux problèmes liés au développement du capitalisme que le fait qu’il ne soit pratiquement plus discuté explicitement témoigne de l’efficacité du système spécifique d’endoctrinement appelé dans nos sociétés « éducation » et « information ».

La question du socialisme n’a rien à voir avec celle des crises du capitalisme ou de la destruction (réelle ou supposée) de la nature, ou de l’embourgeoisement (réel ou supposé) de la classe ouvrière. Au contraire, précisément parce que le contrôle sur sa propre existence est une aspiration fondamentale de l’être humain, cette question ne disparaît pas avec l’élévation du niveau de vie et ne nécessite aucune catastrophe (comme les deux guerres mondiales) pour être soulevée. En fait, plus nos besoins biologiques, de survie, sont satisfaits, plus nos besoins proprement humains, d’autonomie et de liberté, exigent de l’être.

Par ailleurs, c’est une erreur de croire que le socialisme n’intéresse plus personne. Au contraire, s’il y a une position de gauche qui reste populaire, c’est bien la défense des services publics et des droits des travailleurs, qui sont les principaux moyens de lutte existants aujourd’hui contre le pouvoir des détenteurs du capital. En fait, tout le programme implicite de la construction européenne est d’arriver à détruire, en sauvant les apparences démocratiques, le « paradis social-démocrate » fait de sécurité sociale, d’enseignement généralisé, de soins de santé publics, qui est une forme embryonnaire de socialisme et qui demeure extrêmement populaire.

Que la perspective du socialisme ait pratiquement disparu du discours politique change malheureusement beaucoup de choses dans les luttes concrètes : il y a une grande différence entre protester contre les « abus » d’un pouvoir dont on accepte la légitimité et lutter, pour des objectifs « à court terme », contre un pouvoir patronal considéré comme fondamentalement illégitime. C’est toute la différence qui a existé dans le passé entre la réforme de l’esclavage et son abolition, entre la monarchie éclairée et la république, entre la gestion des colonies par des collaborateurs autochtones et l’indépendance nationale.

La décolonisation, transformation majeure

En faisant remarquer que la transition vers le socialisme ne s’est pas produite comme prévu dans les pays capitalistes développés, les penseurs « libéraux » ne se privent pas de critiquer Karl Marx. Un élément de réponse, c’est que notre système n’est pas seulement capitaliste, mais aussi impérialiste. L’Europe ne s’est développée que grâce à un immense hinterland. Pour le comprendre, imaginons un instant que l’Europe soit la seule terre émergée du monde, et que tout le reste, l’Afrique, l’Asie, l’Amérique, soit remplacé par des océans. Il n’y aurait alors pas eu de traite des Noirs, pas d’or d’Amérique latine, pas d’émigration en Amérique du Nord. Et que seraient nos sociétés sans un flux constant de matières premières, de travail bon marché, sous forme d’immigration ou d’importations venant de pays à bas salaires, sans une fuite des cerveaux du Sud vers le Nord, suppléant à l’effondrement croissant de nos systèmes d’enseignement ? Sans tout cela, nous devrions économiser drastiquement l’énergie, le rapport de forces entre les travailleurs et le patronat serait radicalement différent, et la « société de loisirs » serait impossible.

Si le socialisme ne s’est pas réalisé au XXe siècle, c’est en grande partie parce que les pays où le capitalisme avait engendré un certain développement culturel et économique, où existaient des éléments de démocratie et où, par conséquent, le dépassement du capitalisme était à la fois possible et nécessaire, étaient aussi les pays dominateurs dans le système impérialiste. Or l’impérialisme a un double effet : économique d’une part, parce qu’il permet aux pays dominants de transférer sur la « périphérie » une partie des difficultés qui surgiraient si celle-ci n’existait pas ; un effet de division des travailleurs au niveau mondial d’autre part, parce que les travailleurs occidentaux, ayant toujours eu des conditions d’existence bien meilleures que celles qui règnent dans les pays du Sud, acquièrent ainsi un sentiment de supériorité qui tend à stabiliser le système.

C’est pourquoi la transformation majeure du XXe siècle a été la décolonisation. Elle a tout d’abord permis à des centaines de millions de personnes en Asie et en Afrique d’échapper à une forme particulièrement raciste de domination. De plus, cette transformation prolongera sans doute ses effets au XXIe siècle, et mettra définitivement fin à l’époque historique commencée lors de la « découverte » de l’Amérique. Cette fin aura des répercussions importantes pour nos sociétés, qui devront revoir leur fonctionnement lorsqu’elles seront sevrées des bénéfices liés à leur position privilégiée dans le système impérial. Pour le dire brutalement, aujourd’hui les Chinois doivent vendre des millions de chemises pour acheter un Airbus. Mais quand ils construiront des Airbus, qui fabriquera nos chemises ?

De nouvelles révisions déchirantes

On peut par conséquent s’attendre à une aggravation du conflit entre ceux qui, grâce à leur contrôle sur le capital, ont la possibilité d’exploiter la force de travail en Asie et qui sont les « gagnants » de la mondialisation, et l’immense majorité de la population occidentale qui n’a pas cette possibilité. Vivant ici, elle est obligée de vendre sa force de travail à un prix qui n’est plus compétitif sur le marché mondial. Ce qui implique plus d’« exclusions », une crise croissante de l’Etat-providence, mais aussi un retour, sous une forme très nouvelle, de la lutte des classes.

L’autonomisation du Sud continue aussi sur d’autres plans : les Etats-Unis sont embourbés en Irak dans une guerre qu’ils ne peuvent pas gagner, mais dont ils ne peuvent pas non plus sortir aisément, à moins de renoncer à leurs ambitions impériales. Sur le dossier du nucléaire iranien, les pays occidentaux devront en rabattre ou se lancer dans une guerre catastrophique. Sur un plan plus symbolique, mais important, Israël a été vaincu militairement en 2006, pour la seconde fois, par le Hezbollah. Les victoires politiques et militaires du Hamas indiquent que la voie de la collaboration de certaines élites palestiniennes avec Israël, instituée lors des accords d’Oslo, a échoué. Tous ces événements imprévus provoquent une crise de confiance grave dans les milieux dirigeants à l’échelle mondiale.

Le problème principal de notre temps, en Europe, est de nous adapter à notre déclin, non pas à celui, imaginaire, par rapport aux Etats-Unis, mais à celui, bien réel, par rapport aux pays du Sud. La classe dirigeante américaine essaie de maintenir l’hégémonie par la force, mais son échec ne fait qu’accentuer la crise de l’Empire, tandis que la droite européenne imagine encore qu’imiter les Etats-Unis serait la solution à nos problèmes. La gauche « radicale » ignore en général la question du déclin et défend en fait, au-delà de sa rhétorique, une politique sociale-démocrate et keynésienne classique, que la mondialisation a rendue difficilement applicable.

Dans l’immédiat, il faut éviter à tout prix que les populations occidentales ne versent dans les fantasmes américano-israéliens de guerre « à la terreur » ou à l’« islamo-fascisme », et auxquels succombe déjà, en France, une bien trop grande partie de la gauche féministe, républicaine ou laïque, qui s’inscrit ainsi dans une longue tradition d’incompréhension de la gauche occidentale par rapport aux luttes de la périphérie.

Pourtant, c’est souvent de là que proviennent les changements. La révolution d’octobre 1917 ainsi que la part prise par l’URSS dans la victoire sur les puissances de l’Axe ont eu un énorme impact sur la décolonisation et sur la possibilité de créer ici le « paradis social-démocrate ». La victoire des peuples colonisés a favorisé nombre de transformations progressistes des années 1960 en Europe. A condition de la comprendre et d’en tenir compte, la révolte actuelle en Amérique latine et au Proche-Orient fournira peut-être aux dominants l’occasion de nouvelles révisions déchirantes. Et aux autres, des lendemains qui pleurent un peu moins ?

 

Jean Bricmont

Professeur de physique théorique à l’université de Louvain (Belgique). Il a publié Impérialisme humanitaire, Aden, Bruxelles, 2005, et a coordonné, avec Julie Franck, un Cahier de l’Herne sur Noam Chomsky. Il prépare un livre sur la critique de la gauche morale.

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6 septembre 2007 4 06 /09 /septembre /2007 08:34
petit cours d'autodérision de Benoît Hamon sur son site internet :

 

Le jeu de l'ego

 

Rénovation oblige, l'été fut fécond en focus sur la "génération montante socialiste". Je n'ai jusqu'ici pas souhaité publier ces portraits. Mais là, je ne résiste pas à diffuser le papier du Canard Enchainé de ce jour. Ce remarquable "exercice croisé" qui m'unit à Manuel Valls, nous livre à l'indignation vertueuse d'un journaliste. Remarquablement sourcé, drôle, sans méchanceté gratuite et surtout subtil et précis, j'y apparais dans la nudité de mes ambitions et de mes convictions (pour le peu qu'il me reste)... Pour ceux que cette lecture ravira, qu'ils le sachent quand même : pour Manuel je ne sais pas, mais moi en vrai, je suis bien pire.

 

Téléchargement canard.pdf

 


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5 septembre 2007 3 05 /09 /septembre /2007 13:28
J'avoue avoir un peu de mal à rentrer cette année.

J'ai pris trois semaines de congés, me suis coupé de ce qui fait habituellement mon quotidien, le boulot et la politique , pour me consacrer exclusivement à ma famille et prendre le repos mérité après une année où l'activité normale a été doublée par deux campagnes électorales nationales, dont les résultats me laissent toujours plus de questions (tant au regard des chiffres, qu'au regard du comportement de ses acteurs) que de certitudes.
Je dois convenir que je reste encore perplexe de la manière dont le parti socialiste entame cette rentrée politique... Je ne vais pas parler longuement d'un conseil fédéral dont le vide politique - lundi 3 septembre - m'a confirmé l'atonie de la vie interne du Parti socialiste dans le Val d'Oise ; juste dire que le fond fut comme habituellement absent de cette réunion, les intervenants se concentrant sur ce qui leur paraissait non pas important mais essentiel : la préparation d'élection et la désignation des candidats. On pourra dire à leur/notre décharge que c'est encore ce que nous savons faire de mieux, quoique lorsque l'on regarde l'état du Parti dans certains territoires comme Argenteuil, pour ne pas reparler de la désignation pour la présidentielle, l'on puisse mettre en doute cette même assertion.

Non... L'université de La Rochelle, elle-même, alors qu'elle fut saluée par une relative unanimité de bons commentaires internes - on craignait tant la foire d'empoigne - me laisse profondément perplexe. Qu'est-il ressorti médiatiquement de ces débats ? la phrase de Hollande devant les jeunes socialistes assénant que le Grand Soir c'était fini.
Et nous retrouvons encore toute la confusion qui règne dans le parti.  Quand nous sommes confrontés à l'échec, les rares personnes qui souhaitent avancer les yeux ouverts sont noyés sous les grandes phrases creuses des "plus modernisateurs que moi tu meurs". Donc le Parti socialiste selon les rénovateurs généralisés serait victime de l'influence du "ça" communiste, du vieux rêve du "Grand Soir" et d'une non acceptation inconsciente de l'économie de marché.
Je trouve ce camouflage des vraies questions du Parti socialiste consternant.

Je cherche encore le camarade - même Gérard Filoche et Jean-Luc Mélenchon - qui s'attend ou théorise des lendemaines qui chantent définitifs, une société transformée à jamais en un coup de baguette magique, après le soir d'une prise de pouvoir, même démocratique.
Pour les socialistes, cette fiction n'existe plus depuis le 27 décembe 1920. Nous savons depuis longtemps que notre combat pour la justice sociale et pour l'égalité ne connaîtra pas de termes, nous avons abandonné la vision eschatologique qui était contenue dans la pensée marxienne et surtout marxiste, dans la foulée du "sens de l'histoire" hegellien... Mais abandonner l'eschatologie ne veut pas dire renier le sens du combat et son propos.

Je ne vais pas parler du "ça" communiste au point où il en est, ni même de sa résurgence au sein de la LCR supposée triomphante à l'extrême gauche, quand on sait combien cette extrême gauche au sein même de la LCR est divisée sur sa stratégie, sa finalité et ses outils. Non vraiment je ne connais pas de socialiste pour qui les idées de la LCR recellent encore d'une source d'inspiration profonde.

L'économie de marché qui ne serait pas acceptée par les socialistes, c'est franchement une blague. Henri Emmanuelli l'a justement rappelé vendredi 31 août - et ce n'est pas une nouveauté dans sa bouche :
"En toute hypothèse, parvenus au pouvoir, les socialistes ont bel et bien accepté l’économie de Marché. Ils l’ont fait très précisément - que nos contempteurs prennent note - le vendredi 23 mars 1983 à 11 heures du matin - en acceptant, après un vif débat au plus haut niveau, en choisissant de rester dans le Système Monétaire Européen, matrice du futur Euro, et en mettant en oeuvre un plan d’austérité sévère destiné à prendre en compte, justement, les contraintes monétaires et européennes de l’Economie de Marché. Je le dis et je le répète depuis longtemps mais apparemment sans succès. Il est vrai qu’à l’époque le Premier Secrétaire du PS a dit qu’il s’agissait d’une parenthèse. Mais comme il ne l’a pas refermée en arrivant lui même au pouvoir en 1997, les experts devraient être rassurés depuis longtemps et trouver d’autres arguments pour instruire leur procès permanent contre le PS."
Alors il serait bien temps d'arrêter de chercher dans le Parti socialiste le moment où celui-ci fait preuve d'irréalisme, de manque de modernité ou justement d'une soudaine conversion à la réalité du monde à l'occasion d'une université d'été comme ont tenté de le faire dire Pierre Moscovici ou Ségolène Royal.
Le problème du Parti socialiste ne réside pas dans un supposé refus de  l'économie de marché mais dans l'obsolescence d'un certain nombre d'outils keynésiens pour répondre aux défis posés par la mondialisation dans sa version ultra-financière. Oui la doctrine économique du PS français, tant du point de vue de la demande que de l'offre (la France a des problèmes sur ces deux terrains), est à refaire comme pour tous les partis sociaux-démocrates européens, dont les résultats électoraux nous démontrent qu'ils ne vont pas si bien que cela.

N'abandonnons pas notre exigence et notre volonté de bâtir des outils de redistribution, car sous le prétexte de nous faire accepter une économie de marché que nous prenons d'ores et déjà en compte, c'est bien la redistribution que les rénovateurs de tout poil veulent nous faire abdiquer. Il faut éviter que modernisation de la doctrine rime avec droitisation comme disent les fabuisiens mais surtout rime avec résignation. Car une partie des clés de nos défaites est bien là dans cette résignation de la pensée des socialistes, résignation qui les a poussés à considérer comme pertinents et incontournables les axiomes de l'adversaire pour en conséquence mieux justifier son discours et ses propositions, et finalement lui servir de marche pied électoral.
La nouveauté politique et économique (une nouveauté vieille de 30 ans tout de même) c'est que nous pouvions autrefois passer des compromis avec le marché, mais il est vrai dans un monde qui sortait à peine de la décolonisation ; aujourd'hui le marché refuse tout compromis et cherche à s'étendre à tous les domaines de la vie humaine. Là où cette extension ultime a été obtenue elle commence à être sérieusement remise en cause : et nous choisirions ce moment pour tenter l'aventure ! allons ce n'est pas sérieux ! Cessons de confondre liberté politique, libertés inviduelles, libertés collectives, d'un côté, et liberté d'exploiter et de dominer de l'autre, et notre débat sur les définitions et les finalités du libéralisme se portera mieux.

Frédéric FARAVEL

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3 septembre 2007 1 03 /09 /septembre /2007 13:36

BENOIT HAMON, LE QUADRA QUI POUSSE

BENOIT_HAMONLe député européen fait partie de la nouvelle génération qui ambitionne de prendre le contrôle du PS. Gardien du temple, il ne veut pas d'une rénovation qui ne se ferait pas à gauche.

Le compte est bon. Avoir 40 ans aujourd'hui au PS, et des responsabilités, cela vous classe assurément dans la catégorie des chasseurs d'éléphants et fait de vous un membre à part entière de la relève. Surtout lorsque vous avez, comme beaucoup de vos pairs, déjà guerroyé depuis vingt ans et survécu aux courants. Dans un parti en proie au doute, traumatisé par ses défaites, tyrannisé par un adversaire politique qui a su mettre en avant des visages nouveaux, Benoît Hamon fait partie de ceux, épiés, qui passent enfin de l'ombre à la lumière. Dans cette génération-là, il y a forcément le leader de demain.

Benoît Hamon, député européen et membre de la direction du PS, possède cependant une particularité. Quand ses pairs n'ont plus que le mot refondation à la bouche, allant, comme Manuel Valls, le maire d'Evry, jusqu'à suggérer de rebaptiser le PS, lui défend farouchement le fonds de commerce. " Je ne suis pas un gardien du dogme, s'agace-t-il, enfin si, peut-être. Je n'ai rien contre la modernisation du PS, mais pas telle qu'elle s'entend aujourd'hui et selon laquelle pour gagner, il faut être moins à gauche, alors que la droite, elle, assume parfaitement son projet politique. "

Il a ses arguments et s'en va partout répétant que " ce serait une hérésie de dire qu'il faut se réconcilier avec le marché dans un parti qui fournit les dirigeants de l'OMC et du FMI ", en l'occurrence Pascal Lamy et Dominique Strauss-Kahn.

Jusqu'au bout, il est donc resté rétif à l'attraction de Ségolène Royal, pas du tout enclin à suivre ses lancées pour " briser les tabous ". " Le donnant, donnant " avancé par la candidate lui semble être " une philosophie très éloignée d'une politique de gauche. " " Je trouve préoccupante la dénonciation de l'assistanat qui aboutit à stigmatiser une population parasite, et l'approche de la problématique de la valeur travail a pour le moins été confuse ", se justifie Benoît Hamon. Tout cela a, selon lui, " relégitimé la droite sur la question sociale. "

Bref, à l'opposé de ses congénères et amis Arnaud Montebourg et Vincent Peillon, il s'est tenu éloigné de l'ex-candidate à l'élection présidentielle, préférant soutenir, au moment des primaires, Laurent Fabius. Et aujourd'hui, alors que François Hollande se trouve de plus en plus seul, retranché dans sa tour de la rue de Solférino, il fait partie de la dernière garde du premier secrétaire du PS, qu'il n'avait cessé de combattre jusqu'ici.

Au lendemain de la défaite présidentielle, ce dernier en a fait le porte-parole des législatives, débarquant au passage Julien Dray de ses fonctions. Exactement comme il avait fait de Benoît Hamon tout un symbole, en propulsant ce partisan du non à la Constitution européenne secrétaire national chargé des affaires européennes au lendemain du référendum de mai 2005.

Comme Manuel Valls, Benoît Hamon a commencé par s'enrôler chez les rocardiens. " On n'avait pas le choix ", assure-t-il, quand on s'inscrivait en terre bretonne, à la fin des années 1980. C'est la montée de Jean-Marie Le Pen qui le pousse, dit-il, à franchir la porte de SOS-Racisme lorsqu'il revient de Dakar, au Sénégal, où son père, ouvrier de l'Arsenal de Brest, a passé quelques années en coopération, avec femme et enfants.

Sa famille n'est pas politisée mais lui se découvre un ambitieux engouement. Très vite, il prend carte simultanément au Mouvement des jeunes socialistes (MJS) au PS et à l'UNEF, syndicat étudiant, pépinière de la gauche. S'il obtient une licence d'histoire à l'université, il fait ses classes dans les clubs de jeunes rocardiens, Forums, où il côtoie Manuel Valls, mais aussi Olivier Faure, actuel directeur adjoint de cabinet de François Hollande.

Il casse tant et si bien les pieds à ses congénères que ces derniers lui confient les clés du MJS, pensant le cantonner dans une succursale de second plan. Las, en 1993, Michel Rocard, premier secrétaire du PS, donne son autonomie au MJS, ce qui aboutit à en faire un enjeu de pouvoir. Le voilà donc le pied à l'étrier, marchant sur les traces d'un Julien Dray et ou d'un Jean-Christophe Cambadélis, recruteurs de jeunes et agents patentés de l'agit-prop étudiante. Plus tard, il sera salarié de la MNEF. " Trois mois, et pour une campagne commerciale ", précise-t-il. Le cadet Hamon n'est pas sot. Il crée ses réseaux, forme sa bande Nouvelle Gauche, fait le ménage et installe son influence au point qu'aujourd'hui encore, à 40 ans et bientôt père, il est considéré comme l'un des principaux patrons de la jeunesse socialiste. Le MJS s'opposera vivement à l'ex-candidate avant de faire campagne, toujours en concurrence avec les petits ségolénistes de Désirs d'Avenir.

Ce capital lui permet de côtoyer les grands. En 1995, il fait la campagne " jeunes " de Lionel Jospin puis entre au cabinet de Martine Aubry, numéro deux du gouvernement, où il retrouve d'autres jeunes ex-rocardiens comme Olivier Faure ou Frédéric Martel. Benoît Hamon fait le tour des élus socialistes pour vendre des emplois-jeunes, avant de devenir conseiller politique de la ministre. C'est l'époque de l'adrénaline et des pizzas dans leur boîte en carton engouffrées le soir.

La défaite de 2002 le conduit à travailler à l'institut Ipsos, dans un secteur privé où il n'a guère mis les pieds, mais pas à rester inactif au sein du PS. Cofondateur, avec Arnaud Montebourg, Vincent Peillon et Julien Dray, du courant Nouveau Parti socialiste (NPS) parti à l'assaut de la direction, Benoît Hamon, peu connu du public mais auxiliaire précieux avec son réseau jeunes, est celui que l'on oublie toujours de citer. Ses détracteurs le disent " méchant " ; son ami Régis Juanico, élu député et de toutes les aventures depuis le début, le défend : " Il peut être dur dans ses idées, mais en même temps, il ne se prend pas toujours au sérieux. "

Les joutes socialistes aguerrissent cet amateur de rugby, devenu, au fil des ans, bon orateur et redoutable bretteur, capable d'envoyer un Texto vengeur à un journaliste de Libération : " A quand la rénovation des quadras de Libé ? " Le Parlement européen ne fait pas de lui " l'apôtre du compromis pour le compromis ", même s'il en " mesure aussi la nécessité ".

Il annonce la création de La Forge, un nouveau think thank avec des experts, des intellectuels et " des dirigeants de gauche ". Inutile de lui parler de la concurrence des Gracques, ces anciens fonctionnaires socialistes qui plaident pour une alliance du PS avec le centre. " Des zozos ", à ses yeux.


1967
Naissance à Saint-Renan (Finistère).
1993
Président du Mouvement des jeunes socialistes.
2002
Cofondateur du courant Nouveau Parti socialiste.
2004
Député européen.
2005
Secrétaire national du PS chargé des affaires européennes.
2007
Porte-parole du PS pour les élections législatives.

Source : Le Monde en date du 30 août 2007. Article d'Isabelle Mandraud. Photographie de Samuel Kirszenbaum.

Interview de Benoît Hamon
Le Journal du dimanche - 02.09.07
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Propos recueillis par Maud PIERRON, à La Rochelle.
Coqueluche des médias, Benoît Hamon est l’un des "jeunes" qui monte au sein du Parti socialiste. Porte-parole du PS durant les législatives, son nom est de plus en plus cité pour prendre la succession de François Hollande. Pour le JDD.fr, ce cofondateur du NPS, tenant d’une ligne à gauche, a accepté de faire le bilan de La Rochelle et de se projeter dans l’avenir.

Au bout de ces 3 jours, quel bilan tirez vous de La Rochelle ?
Finalement, cela a été un rassemblement inoffensif, dans le sens où l’on nous promettait le pire. On a vu des députés socialistes attachés à se remettre au travail et ce n’est pas de la langue de bois. Avec un souci de la base au sommet du PS de la jouer collectif, d’inscrire sa contribution personnelle dans la construction d’une intelligence collective. C’est un peu triste de le dire mais c’est déjà une victoire, qui montre à quel point on pouvait être malade. C’est donc une bonne nouvelle. On a de nouveau envie de tirer dans le même sens. Combien de temps cela durera ? Je ne sais pas. Le plus longtemps possible j’espère. L’université de la rochelle a été utile en cela, à un moment qui est celui du diagnostic. Je ne dis pas que les uns et les autres n’ont pas des idées très tranchées sur ce diagnostic mais il fallait commencer à retrouver cette capacité à se parler les uns et les autres sans s’accuser.

Pourquoi a-t-il fallu attendre La Rochelle pour retrouver cette possibilité ?
On est forcément toujours plus sérieux quand on a des invités extérieurs, qui par la qualité de leurs interventions, leurs réflexions, nous tirent vers le haut.

Les absents finalement, tel que Jean-Luc Mélenchon, qui a souvent le verbe haut, ont eu raison de s’abstenir ?
Je ne sais pas. S’il était venu, il aurait assisté à de beaux débats. Si tout le monde avait été là, vous auriez dit, ’c’est toujours les mêmes tronches’ et quand ils ne sont pas là, vous dîtes ’voilà, ils désertent’. Dans tous les cas, on était fautif. Ils n’étaient pas là et ça s’est bien passé. A mon avis il n’y a pas de lien de cause à effet.

Que tout le monde travaille avec tout le monde est devenu le mot d’ordre au PS. Mais est-ce véritablement possible de faire travailler ensemble les courants ?
D’une certaine manière, cela existe déjà. A notre modeste étage, on s’est réunis, nous les gens de la nouvelle génération, les 30-40 ans, entre Strauss-kahnien, Fabiusiens et membres du NPS. On a réussi à faire l’inventaire de nos désaccords et de nos accords. On s’est rencontré avant l’été, on va le refaire à la rentrée, dans le but d’évacuer les préjugés que l’on peut avoir sur les avis des uns et des autres. On a évoqué la question sociale, démocratique, celle du marché, celle de l’Europe, de l’immigration, de la sécurité, afin de mesurer l’ampleur de ces désaccords. C’est un travail passionnant car il nous permet de faire le tri entre le bon grain et l’ivraie, de vérifier ce qui motive vraiment l’existence aujourd’hui des sensibilités au sein du PS. Car il y a des traditions politiques différentes, des cultures politiques différentes. Et en même temps on veut faire en sorte que les débats s’organisent autour des vraies lignes de clivages qui existent entre nous et pas sur les positions supposées d’untel.

Et vous n’effectuez pas ce travail avec les "royalistes" ?
Le "royalisme" un objet politique non identifié. D’ailleurs, ce n’est pas encore un courant. Quand j’entends un Vincent Peillon, il ne dit pas forcément la même chose qu’un Julien Dray, et pourtant ils sont tous les deux "royalistes". On peut discuter facilement avec les individus mais avec le groupe "royaliste", c’est plus compliqué. On sait ce que Ségolène Royal pense mais quand certains de ses soutiens disent qu’ils ne sont pas d’accord avec ce qu’elle a proposé, cela devient complexe.

Maintenant que le diagnostic est posé, quelles sont les questions sur lesquelles il faut particulièrement travailler, voire trancher ?
La redistribution, sans aucun doute. Aujourd’hui, on a tendance à penser notre rôle comme ’on aurait pas fait comme le gouvernement’, ce qui est bien. Sauf que si on revient au pouvoir dans cinq ans, tous les instruments auxquels on fait traditionnellement appel à gauche pour redistribuer la richesse, pour organiser les services publics, pour protéger les individus - que sont par exemple le service public, la sécurité sociale - seront encore plus dégradés demain qu’ils ne le sont aujourd’hui. Parce que les recettes fiscales ne cesseront de baisser, donc les capacités d’intervention de l’Etat seront encore plus faibles. Parce qu’en 2009, la directive Bolkeinstein aura été mise en oeuvre. Il faut penser la séquence actuelle ainsi : comment faire en sorte que les instruments de redistribution sociale pour lutter contre les inégalités sociales soient demain efficaces ? Ils devront faire appel à de nouveaux prélèvements, à de nouveaux financements. Ce sont des questions hyper lourdes. Pour moi, c’est cette question qui est la priorité et c’est sur celle-ci que nous aurons de gros débats.

Votre vision de la redistribution est très éloignée du donnant-donnant de Ségolène Royal.
Je crois qu’on a eu un tort durant cette campagne présidentielle, c’est d’insister sur la dénonciation de la société de l’assistanat. Dès lors que la gauche embraye sur ce discours là, tenu par la droite, il y a effectivement plus de chance que les gens votent pour Nicolas Sarkozy. Evidemment qu’il y a des gens qui abusent du système. Mais si on ne comprend pas qu’aujourd’hui, ces abus sont instrumentalisés par les entreprises et le pouvoir politique en place pour remettre en cause ce système, on fait une erreur dramatique. De plus, cette dénonciation de la société de l’assistanat a eu une double conséquence : stigmatiser une population qui serait par définition parasite et contribuer à la remise en cause des mécanismes de solidarité de protection sociale. Tout ça pour dire quoi au final : il faut valoriser la responsabilité individuelle, la responsabilité de celui qui est assisté de s’en sortir seul, de celui qui est malade de payer une franchise pour la maladie. C’est un tort d’embrayer sur ce discours là.

Un tort qui accompagne la droitisation de la société ?
C’est moins la droitisation de la société que la droitisation du PS. On a l’impression que sur un certain nombre de sujets, on donne le sentiment d’avoir été convaincu par les axiomes de l’adversaire. On ne donne pas spécialement l’impression de courir après la droite, mais on donne, à mon sens, le sentiment d’avoir perdu le fil de nos valeurs.

Certains souhaitent une ligne claire et affirmée du PS sur la social-démocratie. Vous applaudissez ?
Certains disent ’allez, il faut que le PS abandonne sa prétendue exception et s’alignent sur les standards de la social-démocratie européenne’. Mais la social-démocratie européenne, si on regarde dans quel état elle est, elle dirige 3 pays sur 27 (Grande-Bretagne, Italie, Portugal : ndlr), c’est une blague ou quoi ? On a perdu la présidentielle sur une ligne justement qui a provoqué de la confusion. Ce qui me frappe c’est la paresse des éditorialistes et des hommes politiques, qui se sentent obligés de répondre aux sommations de la pensée dominante à ce sujet là. Moi, ça ne m’intéresse pas ces conneries.

Qu’est-ce qui vous intéresse ?
Je ne fais de la politique pour être dans le commentaire, je fais de la politique pour être en capacité d’avoir des instruments capables de transformer la société. Ces instruments sont en crise chez nous, mais aussi partout en Europe, ce qui justifie la crise de la social-démocratie européenne. Ce qui m’intéresse c’est prioritairement la reconstruction de ces instruments pour lutter efficacement contre ce que je considère être le creusement des inégalités.

Beaucoup vous voient comme le futur premier secrétaire, vous en pensez quoi ?
Ça fait chaud au coeur. Je ne suis pas insensible quand on évoque mon nom pour prendre la direction du PS français, le parti de Blum, de Mitterrand, ce n’est pas rien. Ça me touche mais le casting est important, on doit être une dizaine à être cité pour prendre le poste de Premier secrétaire. Mais je pense que tout ça, c’est le feuilleton de l’été. Ce n’est pas amené à durer.

Imaginez-vous demain le PS comme un grand parti qui regrouperait toute la gauche, de la gauche centriste à la gauche antilibérale ?
Le PS doit rassembler la gauche et tous ceux qui s’en réclament. Si demain le MoDem dit : ’Je me sens plus de gauche que de droite’, je leur dis ’très bien, bienvenue’. Je pense que dans un premier temps il faudrait réfléchir à créer un mouvement ou une fédération de la gauche, dont l’objectif est de commencer à nous rapprocher dans l’opposition à la droite, car il faudra être nombreux, forts, solidaires. Et de préparer un processus de désignation d’un candidat de toute la gauche. Je suis assez favorable à des primaires à l’italienne ouvertes aux citoyens qui voudraient arbitrer et choisir ce candidat là.

Les militants demandent une meilleure opposition. Vous estimez-vous audible ?
Peut-être pas. Mais on a bien fait notre boulot sur la TVA sociale, même après les législatives. On a été présent sur le paquet fiscal. On a été mal mais on monte en puissance. Je ne suis pas inquiet.

Tout le monde au sein du PS n’est pas d’accord sur la méthode pour s’opposer. Certain sont pour l’opposition frontale, d’autre la veulent raisonnée, comme Manuel Valls, qui estime pouvoir faire un bout de chemin sur certains sujets avec Nicolas Sarkozy. Quelle est votre position ?
Quand l’intérêt général le réclame, on sait être d’accord, il faut arrêter. Mais je suis pour une opposition résolue à une politique qui jusqu’ici, est la plus réactionnaire qui soit. Il n’y a pas de chemin à faire avec ce gouvernement conservateur.

Pouvez-vous nous parler de votre club, ’La Forge’, que vous avez créez ?
C’est un think tank qu’on va lancer, avec des intellectuels fin septembre. L’idée c’est de prendre au sérieux le combat de la gauche. De ne pas s’arrêter au travail d’opposition mais de préparer le réarmement théorique et pratique en perspective de 2012. C’est un instrument qui prépare la bataille idéologique culturelle qu’on veut mener face à la droite. Il sera au service de toute la gauche. L’objectif n’est pas de sectariser la pensée mais bien de l’enrichir.

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3 septembre 2007 1 03 /09 /septembre /2007 09:00
Faut-il faire imploser le PS ?
RFI - Débat entre Olivier Dussopt et Christophe Caresche 290807 | 29 août 2007

Benoît Hamon invité de RFI
L’invité du matin 27/08/2007 | 27 août 2007

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« Je ne suis pas d’accord avec cette dénonciation du PS de l’assistanat aujourd’hui, c’est un discours de droite... Je veux aussi qu’on revienne sur ce discours du "donnant-donnant", il y a des droits qui ne donnent pas de devoirs. »





La rupture continue, la riposte s’organise
Téléphone sonne - France Inter 23.08.07 | 23 août 2007

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Entre la mise en place du service minimum, la nouvelle réforme des retraites, la cure d’amaigrissement de la fonction publique, le contrat de travail unique, la fusion de l’ANPE et de l’ASSEDIC, le grenelle de l’environnement, la révision de la Constitution et un projet de loi sur l’immigration…Nicolas Sarkozy l’avait annoncé avant les vacances : ça va repartir très fort à la rentrée. Quels sont les dossiers à risque pour la majorité ? Comment l’opposition se prépare-t-elle aux prochaines batailles ? Les syndicats vont-ils se mettre en colère et descendre dans la rue ? L’état de grâce tiendra-t-il jusqu’à l’automne ?

- Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat porte-parole du gouvernement.
- Benoît Hamon, député Ps au Parlement européen.
- Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force Ouvrière.
- Michel Labro, rédacteur en chef au Nouvel Observateur.



Les banques centrales peuvent-elles enrayer la crise du crédit ?
Le débat du jour - RFI | 23 août 2007

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Débat avec Liêm Hoang Ngoc, économiste, maître de conférence à l’université- Paris I, délégué national à l’économie du PS et Jean-Hervé Lorenzi, membre du Cercle des Economistes.



La Bourse : jusqu’où descendra-t-elle ?
Téléphone sonne - France Inter 17.08.07 | 18 août 2007

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Ecoutez l’émission sur ce site. Les marchés financiers n’en finissent pas de solder les errements du crédit immobilier aux Etats-Unis. Les interventions des banques centrales n’y peuvent rien. Alors pourquoi tant de fébrilité ?

Invités :

- Liem Hoang-Ngoc, économiste, maître de conférences à Paris I
- Gérard Augustin-Normand, président de Richelieu finances.
- Jean Artuis, sénateur Union Centriste UDF de la Mayenne et président de la commission des finances au Sénat.

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3 septembre 2007 1 03 /09 /septembre /2007 08:40
Les socialistes et l’économie de marché
Intervention de Henri Emmanuelli à La Rochelle | 31 août 2007

Je me réjouis de la tenue de cet atelier intitulé « Les socialistes et l’économie de marché » que j’ai souhaité à l’occasion d’une réunion préparatoire de notre Université.
 

Pourquoi l’ai-je demandé ?

 

- Parce que depuis 24 ans déjà, je suis exaspéré par une exhortation rituelle et hypocrite lancée sans relâche à l’adresse des socialistes pour les sommer d’en finir avez les vieilles lunes et d’accepter enfin, comme l’ont fait les socialistes allemands à «Bad-Godesberg», l’économie de marché.
- Parce que, depuis le 6 mai je vois ressurgir avec force cette exhortation dont l’acceptation, la mise en oeuvre enfin consentie serait à elle seule la solution miraculeuse qui ouvrirait la porte de la «modernisation» de la «rénovation», de la «refondation» et autres épithètes destinés à des postures médiatiques plutôt qu’à éclairer le contenu d’une véritable réflexion.

Pourquoi suis-je exaspéré ?

 

- Parce que c’est une fausse question et qu’une fausse question régulièrement posée en cache d’autres que l’on n’ose pas poser.

 

Pourquoi est-ce une fausse question ?

 

Parce que pour autant que je sache, ayant adhéré au PS en 1972 à l’époque où j’étais directeur adjoint de la Compagnie Financière Edmond de Rothschild, je n’avais pas remarqué que les socialistes étaient censés être partisans du Gosplan. Il est vrai qu’au congrès de Metz l’un des nôtres avait lancé la fameuse phrase : entre le Gosplan et le Marché, il y a le Plan. Mais à la vérité nul ne peut ignorer que c’est l’un ou l’autre et que le Plan tel qu’il était conçu alors, était là pour éclairer le long terme et non pour se substituer au marché en tant que système de production et d’échange.

 

En toute hypothèse, parvenus au pouvoir, les socialistes ont bel et bien accepté l’économie de Marché.

 

Ils l’ont fait très précisément - que nos contempteurs prennent note - le vendredi 23 mars 1983 à 11 heures du matin- en acceptant, après un vif débat au plus haut niveau, en choisissant de rester dans le Système Monétaire Européen, matrice du futur Euro, et en mettant en oeuvre un plan d’austérité sévère destiné à prendre en compte, justement, les contraintes monétaires et européennes de l’Economie de Marché. Je le dis et je le répète depuis longtemps mais apparemment sans succès. Il est vrai qu’à l’époque le Premier Secrétaire du PS a dit qu’il s’agissait d’une parenthèse. Mais comme il ne l’a pas refermée en arrivant lui même au pouvoir en 1997, les experts devraient être rassurés depuis longtemps et trouver d’autres arguments pour instruire leur procès permanent contre le PS.

 

Qu’ils aillent demander à J.C. Naouri, à l’époque directeur de cabinet du ministre des finances Bérégovoy, et aujourd’hui patron d’un groupe important de distribution si la modernisation de notre système financier ne s’est pas faite à l’époque. Et à tous nos ministres des finances successifs s’ils n’ont pas géré l’économie de marché. N’est ce pas la gauche, qui héritant du plus grand économiste de France d’inflation de près de 13% l’a ramené aux normes européennes ? N’est ce pas sous un gouvernement de gauche que notre commerce extérieur - baromètre incontournable de notre compétitivité - est redevenu positif dans les années 80 après avoir été déficitaire pendant plus de 20 ans ? Rocard, devenu premier ministre a-t-il géré le gosplan ou l’économie de marché ? Comment ose-t-on demander, sans crainte du ridicule, a un parti dont est issu le DG de l’OMC et demain peut-être celui du FMI d’accepter «enfin» l’économie de marché ? N’est ce pas sous le gouvernement de Lionel Jospin que la France a affiché un taux de croissance régulièrement supérieur de 1 point à la moyenne de l’Eurogroupe alors que depuis 2002 nous sommes régulièrement en dessous de un point ? Et que dire de ce qu’elle va être cette année !

 

Oui mes camarades, pour celles et ceux qui ne s’en seraient pas encore aperçu, il y a longtemps que nous avons accepté l’Economie de Marché et dans l’ensemble, nous l’avons plutôt bien gérée.

 

Nous avons accepté l’économie de marché mais nous lui avons toujours fixé des limites :

 

- la première, c’est le refus de la marchandisation de certains biens et services : la vie, la culture, l’éducation, le logement social, etc, bref tout ce qui constitue la place du service public et qui n’est pas intangible.
- la seconde c’est que nous avons toujours affirmé que l’économie de marché devait être régulée. Nul ne le conteste d’ailleurs : les ultra libéraux eux-mêmes sont favorables à la régulation par l’Etat d’un certain nombre de chose. Mais nous y ajoutons, nous socialistes, un minimum de justice et de dignité pour l’être humain. La justice minimum c’est la redistribution. La dignité minimum, c’est, par exemple la législation sociale et le Code du Travail...
- la troisième c’est que nous pensons que le marché n’exclut pas l’action publique pour orienter ou combler les déficiences du marché. Sur ce troisième point je constate que les prétendus libéraux ne s’en privent pas non plus lorsqu’il s’agit d’injecter des sommes astronomiques, comme l’ont fait les Japonais et parfois même les américains, lorsqu’il s’agit de venir au secours de leur système bancaire. Là, il ne s’agit pas d’assistanat au système bancaire...

 

Si donc on nous pose une fausse condition, une fausse question - en l’occurrence l’acceptation de l’économie de marché - c’est que nos contempteurs n’osent pas nous poser les vrais questions, celles qui auraient un véritable objet.

 

Sauf à penser qu’ils ne savent pas ce qu’ils disent - il y en a - je n’ai pour ma part aucun doute sur le véritable sens, sur le véritable contenu de l’offensive idéologique puissante qui nourrit ces fausses exhortations. Ce qu’il veulent nous dire, en réalité, c’est qu’ils attendent de nous l’ultime renoncement et l’acceptation salvatrice pour entrer, enfin, non pas dans la modernité, comme ils le proclament, mais dans la norme de l’époque : celle du libéralisme économique triomphant.

 

Ce qu’ils attendent de nous, c’est que nous renoncions définitivement a toute forme de régulation, à toute prétention de redistribution. Ce qu’ils attendent de nous, c’est que nous acceptions une marchandisation de tous les biens et services sans exclusives.

 

Quand on a compris ça, tout s’éclaire, tout s’enchaîne. Y compris les débats techniques les plus abscons.

 

Seul un éditorialiste parfois vindicatif, Renaud Dely de Libération, a eu le courage de pointer le sujet en nous exhortant à «abandonner la redistribution». C’est-à-dire à rompre avec le concept d’égalité et de justice sociale. Au moins c’était clair.

 

Mes chers camarades depuis un an je me tais et je supporte.

 

J’ai subi, comme beaucoup de militants et d’électeurs et électrices, une campagne déroutante dont la cohérence et l’inspiration étaient parfois surprenantes, pour ne pas en rajouter.

 

Je subis comme vous le triste spectacle qui accompagne toujours les défaites. Les insultes injustifiées, l’opprobre que l’histoire réserve aux vaincus. Je vois le désolant spectacle des bassesses que génère l’opportunisme apeuré. J’entends les rancoeurs de la vanité offensée, le craquettements des ambitions libérées. Et j’en passe.

 

J’en passe, parce que, au risque de surprendre, je voudrais vous dire, à vous qui avez fait l’effort de venir, que tout cela est certes très désagréable mais qu’en définitive ça n’a pas beaucoup d’importance. Les tristes spectacles et ceux qui les animent n’ont pas vocation à durer.

 

En revanche, ce qui me préoccupe, ce qui me paraît, et de loin, le plus important c’est l’ampleur de l’ offensive idéologique qui se développe contre le socialisme, contre la gauche, contre les valeurs de progrès, de justice et d’égalité qui fondent son identité et justifient son existence et ses combats. Un véritable ouragan venu d’en face mais aussi, malheureusement de nos rangs. L’attaque contre la redistribution et tout ce qu’elle implique constitue l’oeil de cet ouragan.

 

Cette offensive puissante, qui seule compte, je la mesure dans toute sa dimension mais elle ne m’effraie pas. Non seulement elle ne m’effraie pas mais elle me donne l’occasion de dire, avec beaucoup de force et de détermination, à toutes celles et ceux qui aspirent à construire leur destin personnel sur un renoncement collectif ou a ceux qui croient que la gauche s’en est allée, que la bataille sera beaucoup plus dure qu’ils ne l’imaginent. Les procès en sorcellerie ou les anathèmes éculés ne suffiront pas. Pas plus que les petites phrases creuses ou les hypocrisies savantes.

 

Je le dis aux adversaires comme aux faux frères : qu’ils ne comptent pas sur un forfait. Le match aura lieu, dedans comme dehors.

 

Dedans parce qu’il nous faut retrouver un minimum de cohérence si nous voulons être compris et crédible.

 

Dehors, parce que pour notre pays, pour notre démocratie il nous faut tenir notre rôle d’opposant. Dans une opposition qui ne soit ni «frontale» ni «complaisante», mais tout simplement compétitive. Une «opposition- compétition» pour relever le défi.

 

Ce défi,mes camarades, nous allons le relever Nous en avons le devoir et la capacité. Car il n’est pas vrai, même si beaucoup en rêvent que la gauche n’ait plus rien à dire.

 

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