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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

11 mars 2007 7 11 /03 /mars /2007 07:53

Img_9993_1Passionnant débat mercredi 28 février 2007 au Parlement Européen. Comme chaque année à l'initiative de la commission affaires économique et monétaire du Parlement européen, les parlements nationaux des 27 états membres étaient invités à discuter deux jours durant. Au menu hier et aujourd'hui : "comment améliorer la convergence des économies dans la zone euro ?"

Etaient donc appelés à plancher, pour commencer, plusieurs économistes dont le prix Nobel d'économie, l'américain Joseph Stiglitz, sur le modèle de croissance européen. Devaient leur succéder, les architectes de ce modèle, le patron de la BCE, Jean Claude Trichet et le Commissaire en charge des affaires économiques, Joaquin Almunia.

Là où le débat devait être compartimenté et cloisonné, Pervenche Beres, Présidente de la commission improvisa en demandant à Joseph Stiglitz de rester débattre avec Jean Claude Trichet et Joaquin Almunia. Bien lui en a pris !

Le temps annoncé à la grisaille s’est soudain éclairci.

Après les récitations auto satisfaites d'usage de messieurs Trichet et Almunia, sur les mérites incomparables de la politique de stabilité des prix, la nécessité de poursuivre les réformes structurelles et d'amplifier la flexibilité du marché du travail, Stiglitz a pris la parole.

La forme tranchait. L’homme est rond, jovial, souriant et sait combiner rigueur de la démonstration et clarté du discours. En outre, l’homme d’action et de pouvoir qu’il été durant ses années d’économiste en chef de la Banque Mondiale ou de conseiller économique de Bill Clinton n’a rien perdu des qualités de pédagogue appréciées par ses étudiants de l’Université de Columbia.

Le fond a été à la hauteur de la forme. Joseph Stiglitz a rappelé que les gens ne mangeaient pas de "stabilité des prix". Il a rappelé que celle ci comme la politique de concurrence ne sont pas une fin en soi mais qu'il s'agit d'outils ou d'objectifs intermédiaires qui doivent servir les objectifs majeurs que sont la croissance, le plein emploi, le pouvoir d'achat et le bien être des citoyens. Puis il est revenu sur les excès de la politique européenne de libéralisation, sur les dégâts des politiques de privatisation de la protection sociale. Il a rappelé à Jean Claude Trichet cette phrase d'un de ses confrères ancien patron de la banque fédérale américaine à propos de l'indépendance des banque centrale : "le Congrès nous a fait, il peut nous défaire". Il a souligné le caractère politique des décisions liées à la politique de change ou à la définition des objectifs d'inflation.

Bref, son Nobel d'économie sur le dos il est venu rejoindre la liste de ceux que Mrs Trichet ou Almunia observent parfois, tels des hérétiques, dés qu'ils évoquent la nécessité d’une réforme du mandat de la BCE et critiquent les orientations économiques libérales proposées par la Commission.

J'ai eu la chance d'intervenir dans ce débat. J'y ai critiqué l'interprétation restrictive du mandat de la BCE et répété qu'il était éprouvant d'entendre le patron de celle-ci s'opposer systématiquement à toute politique de hausse des salaires dans la zone euro comme il venait deux jours plus tôt de le faire. J’ai relayé la demande de nombreux parlementaires d’une définition de la politique de change par des institutions politiques.

Stiglitz m’avait fait entendre une musique qui m’avait fait oublier le mur d’orgueil des patrons de l’économie européenne. Trichet m’a répliqué en répondant à une question que je n’avais pas posée. En trois phrases, Almunia m’a dit que le mandat de la BCE était le bon, qu’il y avait pas de raison de modifier les règles en matière de contrôle politique de la politique des changes et m’a remercié pour avoir ouvert ce grand débat trop important pour être réglé là, sur la redistribution des fruits de la croissance et la hausse des salaires. Fermez le ban.

Pepite72gJe vous livre cette ultime pépite : Jean Claude Trichet citait hier à l’appui des résultats de sa politique de stabilité des prix, un sondage commandé par la Commission qui montrait que les consommateurs européens étaient favorables à la stabilité des prix !!! Quand je lui indiquais dans mon intervention plus tard, qu’on avait rarement vu un consommateur souhaiter la hausse des prix, surtout quand son pouvoir d’achat n’augmentait pas depuis des années et ceci conformément aux recommandations de la BCE elle-même, Jean Claude Trichet n’a pas jugé utile de répondre.

Merci à Joseph Stiglitz. Pendant deux heures, l’économie parlait aux hommes et parlait des hommes, l’orateur ne gonflait pas d’orgueil devant des tableaux statistiques et l’auditoire souriait d’être devenu plus intelligent.

A lire notamment :

La grande désillusion (Plon et livre de poche)

Quand le capitalisme perd la tête (livre de poche)

Un autre Monde (fayard)

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10 mars 2007 6 10 /03 /mars /2007 17:23
Immigration: Royal dénonce l'amalgame «assez ignoble» de Sarkozy
En marge de sa visite samedi au Salon de l'agriculture, la candidate socialiste a critiqué la proposition de Nicolas Sarkozy de créer un «ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale».
Par Reuters
LIBERATION.FR : samedi 10 mars 2007
Ségolène Royal a dénoncé samedi dans la proposition de Nicolas Sarkozy de créer un «ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale» un amalgame assez ignoble. «Je trouve assez ignoble de faire cet amalgame entre l'identité française et les travailleurs immigrés, étrangers, qui viennent ici pour contribuer à la croissance économique», a déclaré la candidate socialiste à l'élection présidentielle en marge de sa visite au Salon de l'agriculture à Paris.

«Je pense que c'est une confusion malheureuse, a-t-elle ajouté. Jamais les travailleurs immigrés n'ont menacé l'identité française. Au contraire, les immigrés réguliers (...) viennent souvent faire du travail que les Français ne veulent pas faire.»

La proposition du candidat de l'UMP à l'Elysée de créer un «ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale», avancée jeudi soir sur le plateau France2 lors de l'émission "À vous de juger", a provoqué un tollé quasi-général. À part le Front National, la totalité des adversaires politiques de Nicolas Sarkozy, ainsi que les associations de défense des droits de l'homme, se sont accordées pour fustiger son projet.

Samedi, Dominique Voynet a elle aussi attaqué le ministre de l’Intérieur, jugeant que ce dernier «chasse sur les terres de l'extrême droite» avec sa proposition de créer un «ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale». «Sa proposition est exécrable», a déclaré la candidate des Verts sur TF1.  Et de rappeler que son parti proposait, pour sa part, «quelque chose de radicalement différent, sortir, bien sûr, l'immigration de l'orbite du ministère de l'Intérieur pour faire un ministère de la coopération internationale et des migrations».

À Caen, une justification laborieuse
Le candidat UMP a tenté de désamorcer les «mauvaises polémiques».
Soleil rasant d'hiver sur fond de plage du débarquement de juin 1944 et de gigantesque croix de Lorraine. Nicolas Sarkozy se recueille. La controverse sur son ministère de l'Immigration et de l'Identité française ? Il s'en moque : «Il y a de mauvaises polémiques», dit-il. Mais quand il se justifie, c'est laborieux : «L'identité, ce n'est quand même pas un gros mot. La France est un pays ouvert, mais ceux que nous accueillons doivent prendre en compte nos valeurs.» Selon lui, «on ne peut pas parler d'intégration sans dire ce que nous sommes, ce que c'est la France». S'il finit par convenir que la notion d'identité est mouvante, qu'elle se nourrit de l'apport des autres, il estime, comme presque tous les candidats, que des valeurs ne sont «pas négociables» : «La laïcité, l'égalité homme-femme, la République et la démocratie.» Mais, à l'entendre, c'est «parce que nous n'avons pas dit ce que nous sommes» que l'extrême droite a pu prospérer.
En meeting vendredi soir à Caen (Calvados), face à 9 000 personnes, il en a même profité pour tacler sa concurrente socialiste : «L'identité française est au coeur de la campagne, qui n'est pas une campagne pour gérer une région, aussi belle soit-elle.» Il a aussi cherché à couper court aux critiques des défenseurs des droits de l'homme : «La France, ce n'est pas une race, pas une ethnie. La France, c'est tous les hommes qui l'aiment, qui sont prêts à défendre ses idées, ses valeurs.» S'il prend soin de rajouter dans son discours quelques incises sur les apports de l'immigration à l'identité nationale, il fait surtout un tabac en lançant : «Être Français, c'est parler et écrire le français. [...] Celui qui ne fait aucun effort pour s'intégrer, celui-là ne doit pas s'attendre à se voir reconnaître les mêmes droits qu'un Français.» Ou encore : «Ceux qui méprisent la France, ceux qui la haïssent ne sont pas obligés de rester.» Une déclinaison du bon vieux slogan emprunté à l'extrême droite : «La France tu l'aimes ou tu la quittes!»

L'identité nationale, passerelle entre droite et extrême droite
Jean-Marie Le Pen ravi du ralliement de Sarkozy à ses idées.
Bruno Mégret en a rêvé, Nicolas Sarkozy le promet. Bien sûr, Jean-Marie Le Pen n'a pas manqué de se réjouir vendredi de la proposition du candidat UMP de créer un «ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale». Le vieux leader d'extrême droite a moqué «une petite opération de racolage sur les terres du FN», mais il a pris soin d'approuver la suggestion de Sarkozy. Placer la défense et la perpétuation de «l'identité nationale» sous la férule des pouvoirs publics à travers la création d'une structure ministérielle est une revendication de longue date du parti d'extrême droite. Au-delà de sa volonté de restreindre le regroupement familial ou d'accélérer les expulsions, exprimée aussi jeudi soir sur France2, la trouvaille sémantique de Sarkozy illustre un vrai virage politique.
Comblé. Refuser d' «associer immigration et identité nationale», comme l'a fait, notamment, vendredi, François Bayrou, c'est nier que «l'immigration puisse porter atteinte à l'identité nationale» alors «qu'il s'agit d'une terrible réalité», a ainsi asséné Le Pen comme pour traduire les propos du ministre-candidat. Pourtant, plus encore que le président du FN, c'est le chef de file du Mouvement national républicain (MNR), Bruno Mégret, que Sarkozy comble, au moins sur le plan lexical. C'est en effet l'ex-«félon», revenu dans le giron lepéniste à l'occasion de cette campagne présidentielle, qui avait attisé la prééminence de la revendication identitaire au sein du FN. Lorsqu'il rallia le parti de Le Pen au milieu des 80's, Mégret, lui-même ancien membre du comité central du RPR, y importa des thèses radicales faisant de la sauvegarde de «l'identité nationale» la clef de voûte du programme frontiste.
Depuis lors, la mise en exergue de ce thème demeure, au fil de la concurrence électorale, un carrefour où se rencontrent droite traditionnelle et extrême droite. Dans les 80's, le Club de l'horloge, où Bruno Mégret avait puisé son inspiration avec ses amis Yvan Blot (ex-RPR) et Jean-Yves Le Gallou (ancien du Parti républicain, PR), servit de passerelle entre ces 2 mondes. À coup de livres et de colloques défendant le droit du sang ou inventant la «préférence nationale», le Club de l'horloge fit mijoter un cocktail idéologique explosif visant à remuscler le logiciel intellectuel de la droite. Tandis que certains «horlogers» demeuraient cadres du RPR ou du PR, le trio Blot-Le Gallou-Mégret finit donc par investir le FN pour y créer, notamment, une revue théorique baptisée... Identité. 
Au tournant des 90's, sous le coup de l'ascension électorale du FN, la droite RPR-UDF durcit le ton sur l'immigration pour récupérer l'électorat qui la quitte pour Le Pen. C'est le temps du «bruit et [de] l'odeur» des immigrés moqués par Jacques Chirac à la fin d'un banquet, à Orléans, ou encore de Valéry Giscard d'Estaing qualifiant l'immigration d'«invasion» dans le Figaro Magazine en 1991.
Rupture. Après 1993, les leaders de la droite rompent avec ces dangereux cousinages, seuls des barons locaux (Millon, Soisson, Baur, Blanc) se vautrent dans les délices de la compromission avec le FN à l'occasion des régionales de 1998.
À coups de provocations verbales («Kärcher», «racaille», etc.) et d'une succession de lois répressives sur l'immigration, Sarkozy fut souvent accusé par ses adversaires depuis 2002 de se «lepéniser». L'intéressé s'en est toujours farouchement défendu, exhibant la suppression de la double peine, la «discrimination positive» ou la création du Conseil français du culte musulman en gages de bonne foi. Cette fois, en promettant la création d'un ministère de «l'Immigration et de l'Identité nationale», Sarkozy franchit une étape périlleuse.

Sarkozy chasse sur le territoire du FN
En proposant un «ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale», il choque ses adversaires et les associations.
Un tollé. Et un seul soutien. Celui de Jean-Marie Le Pen. Vendredi, la proposition de Nicolas Sarkozy, la veille au soir sur France2, de créer, s'il était élu président, un «ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale» et de faire voter, dès juillet, une nouvelle loi sur l'immigration destinée à «encadrer le regroupement familial», a suscité une vague de protestations. De ses adversaires évidemment. Mais aussi de l'ensemble des associations de défense des droits de l'homme.
Nicolas Sarkozy propose 3 conditions pour qu'un étranger puisse faire venir sa famille en France : la loger «pour qu'il n'y ait plus de squats», avoir des revenus pour la faire vivre et qu'elle ait appris «des rudiments de français avant de venir en France». Ce durcissement du candidat de l'UMP, désormais sous la pression d'un François Bayrou de plus en plus haut dans les sondages, n'a été salué que par Jean-Marie Le Pen : refuser d' «associer immigration et identité nationale», c'est nier que l'«immigration puisse porter atteinte à l'identité nationale alors qu'il s'agit d'une terrible réalité», a déclaré le leader d'extrême droite.
«Frontière». François Bayrou a été un des premiers à réagir vendredi. «En enfermant dans la même phrase immigration et identité nationale», le ministre-candidat a franchi une «frontière», a-t-il estimé dans la matinée. Avant de souligner le soir, lors d'un meeting à Perpignan, que l' «identité nationale, elle a un nom et c'est la République. Dans une campagne électorale, il arrive qu'on ait des déclarations risquées, mais il y a une chose qu'il ne faut pas faire, c'est que ces déclarations remettent en cause les principes républicains les plus élémentaires». 
«Les mots ont un sens», a affirmé pour sa part François Hollande. «Je crains vraiment que, dans cette campagne, Nicolas Sarkozy soit dans un flirt poussé avec les thèses du Front national», a ajouté le n°1 socialiste. En proposant de créer ce ministère, Nicolas Sarkozy «s'arc-boute dangereusement sur des questions identitaires», a ajouté Faouzi Lamdaoui, secrétaire national adjoint à l'Égalité du PS. «Accoler immigration et identité nationale renvoie aux épisodes les plus sombres de notre histoire, a affirmé pour sa part Marie-George Buffet. Réveiller ainsi l'époque de Vichy pour mieux donner des gages aux thèses xénophobes et racistes du FN est indigne d'un candidat républicain [...]. Décidément, Nicolas Sarkozy est un homme politique dangereux.» 
Les condamnations ont été tout aussi fortes chez les associations qui luttent quotidiennement aux côtés des étrangers. SOS Racisme, France terre d'asile, la Ligue des droits de l'homme (LDH), le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) et le Réseau éducation sans frontières (RESF) ont désavoué les déclarations du ministre. Ils y voient un risque pour la cohésion nationale. «L'association entre immigration et identité nationale suggère, comme le martèle Le Pen depuis 15 ans, que les immigrés menacent l'identité nationale», relève Jean-Paul Dubois, président de la LDH. Pour le Mrap, «Sarkozy fait ainsi un choix de société, celui du rejet de l'autre, dans une logique de division incendiaire». 
«Opportun». Etonnamment, dans son propre camp, peu de voix se sont levées pour soutenir Sarkozy. Ses porte-parole sont vaillamment montés au créneau. En 2 temps, vu l'ampleur de la polémique. Le matin, Rachida Dati a estimé qu'il n'y avait «rien de choquant» dans la proposition du candidat UMP de créer un tel ministère. Selon elle, «la France souffre depuis plus de 20 ans d'échec de la politique d'intégration». «On a de plus en plus de mal à intégrer des gens qui sont Français, qui sont nés en France, par rapport à une première génération qui a eu moins de difficultés, donc [il faut] que l'immigration et l'identité nationale aillent ensemble», a-t-elle fait valoir. «Ce n'est pas parce que Bayrou est à l'affût de tout et que Hollande est aux abois qu'il faut qu'ils racontent n'importe quoi», a lancé Xavier Bertrand, l'autre porte-parole de Sarkozy. Hier soir, dans un communiqué, les deux porte-parole ont réaffirmé qu' «établir un lien entre l'immigration et l'identité nationale est tout aussi nécessaire qu'opportun». «Affirmer que la France ne doit accueillir que les migrants qui parlent et écrivent le français, aiment la France, respectent ses valeurs, est aussi fondamental que de reconnaître que l'identité française s'enrichit avec l'arrivée de nouveaux migrants», ont-ils expliqué.
Rhétorique. Reste que cette nouvelle proposition de Sarkozy s'inscrit dans un durcissement continu des conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France. Avec à la clé une inflation législative qui avait fini par poser question. En 2003, Sarkozy avait fait voter une loi sur l'immigration, puis une 2nde en juillet 2006, qui compliquait déjà le regroupement familial en fixant des conditions (surface d'habitation, ressources) plus exigeantes.
Avec sa déclaration de jeudi, il franchit d'ailleurs un nouveau palier, alors que tous les décrets d'application de son dernier texte ne sont même pas encore parus. Pour Patrick Weil, spécialiste des questions d'immigration, «le regroupement familial a déjà été restreint dans les 2 premières lois [...]. Aller au-delà des restrictions apportées, c'est risquer de mettre en cause le droit à la vie familiale normale qui est un droit fondamental». Celui énoncé par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme sur le droit de vivre en famille.

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10 mars 2007 6 10 /03 /mars /2007 11:37
Espoir à Belfast
LE MONDE | 09.03.07 | 16h12

omme souvent dans les pays divisés entre communautés antagonistes, les partis les plus radicaux ont remporté les élections en Irlande du Nord. D'après les premiers résultats, le Parti unioniste démocratique (DUP) du pasteur Ian Paisley, qui militait naguère pour le rattachement de la province à la Grande-Bretagne, devrait recueillir la majorité relative chez les protestants. L'autre grand vainqueur serait le Sinn Féin, ancienne branche politique de l'IRA, qui s'est battu pendant des décennies pour chasser les Britanniques et rejoindre la catholique République d'Irlande. Les partis modérés arrivent loin derrière, et l'Alliance, la seule formation interconfessionnelle, ne peut pas compter sur plus de 5% des suffrages.

Les élections du 7 mars permettront-elles de réaliser ce que les scrutins précédents n'avaient pas permis d'obtenir, c'est-à-dire la formation d'un gouvernement autonome à Belfast, dans lequel coopéreraient les ennemis jurés d'hier ? Depuis les accords dits du vendredi saint, en 1998, ce n'est pas la première fois en effet que les Irlandais du Nord essaient de s'entendre. Plusieurs tentatives se sont heurtées à l'intransigeance et au double jeu des plus extrémistes des deux communautés.

Unionistes protestants et républicains catholiques sont cependant condamnés à travailler ensemble s'ils ne veulent pas que Londres rétablisse son administration directe, avec un droit de regard du gouvernement de Dublin, ce qui, pour les amis de Ian Paisley, s'apparente à un blasphème.

Fort de son succès électoral, le vieux pasteur devrait devenir le premier ministre de la province, flanqué d'un adjoint qui ne serait autre que l'ex-n° 2 de l'IRA, Martin McGuiness. Bien que l'organisation terroriste se soit dissoute, qu'elle ait renoncé à la violence, rendu ses armes et finalement reconnu le pouvoir de la police et de la justice nord-irlandaises, M. Paisley continue d'exiger qu'elle "se repente" et répudie son "entreprise diabolique". Son dernier combat, c'est accepter le partage du pouvoir entre protestants et catholiques, pour tirer un trait définitif sur une guerre qui a duré plus de trente ans et fait plus de 3 000 victimes, et pour s'attaquer au retard économique.

Peu de temps après son arrivée au pouvoir, en 1997, Tony Blair a cherché à régler la question nord-irlandaise, qui avait empoisonné la vie de ses prédécesseurs. Avec la complicité du premier ministre de la République d'Irlande, Bertie Ahern, il a lutté pour imposer une solution tenant compte de l'attachement à la couronne des loyalistes protestants et des justes revendications des catholiques, sans paraître récompenser la violence. Un succès de cette énième tentative de sceller la paix en Irlande du Nord assurerait à M. Blair, quelques mois avant son départ, une place dans l'Histoire.

Unionistes et républicains vainqueurs
Par LE LOËT Karine - Libération - samedi 10 mars 2007
2 partis sont sortis hégémoniques du scrutin du 7 mars en remportant plus de la moitié des sièges à l'Assemblée nord-irlandaise. Sur les 108 sièges de l'Assemblée régionale, le DUP (Democratic Unionist Party), emmené par le révérend Ian Paisley, en a remporté 36, le parti républicain Sinn Féin de Gerry Adams, 28. Tous 2 affichent une progression notable par rapport aux précédentes élections locales de 2003 (6 sièges supplémentaires pour le DUP, 4 pour Sinn Féin). Du côté de leurs rivaux respectifs, c'est la débandade : l'autre parti unioniste, l'UUP de l'ex-leader David Trimble, recule de 9%, les socialistes du SDLP ont subi une régression plus modérée de l'ordre de 2%. Le taux de participation a été de 63,5%.

En Irlande du Nord, Sinn Féin (parti catholique) et le DUP (protestant) doivent former un gouvernement avant le 26 mars.
Ian Paisley et Gerry Adams partenaires malgré eux
Par LE LOËT Karine - Libération - samedi 10 mars 2007
Appelés aux urnes mercredi, les électeurs d'Irlande du Nord ont renvoyé dos à dos les 2 grands partis ennemis de la province. D'un côté, le DUP (Democratic Unionist Party), protestant, mené par Ian Paisley, de l'autre, le parti républicain Sinn Féin, catholique, porté par Gerry Adams. Plébiscités, les 2 partis écopent désormais d'une tâche difficile : installer la paix sur ce petit bout d'Irlande marqué par la guerre civile. Pour cela, il leur faudra ressusciter l'Assemblée d'Irlande du Nord. Celle-ci avait été dissoute en 2002, alors que les Unionistes refusaient de collaborer avec les républicains. Privés de siège, ses députés s'étaient alors retrouvés au chômage technique. Si tout se passe comme prévu, ils pourraient dès la fin du mois retrouver du travail.
«Pécheurs catholiques».   Mais tout reste à faire. Car pour restaurer l'institution, Sinn Féin et le DUP doivent s'entendre, avant le 26 mars, sur la formation d'un gouvernement bi-confessionnel. Or, dans le camp unioniste, la réticence est la règle. Appelé à devenir Premier ministre, Ian Paisley renouvelait, en novembre dernier, son refus de collaborer avec les catholiques. Parmi les points d'achoppement, la nomination au poste de vice-Premier ministre de Martin McGuiness, 2nd du parti républicain. Or l'homme incarne, pour les protestants, l'archétype de l'ennemi. Ancien chef de l'IRA, l'ex-branche armée de Sinn Féin, il a connu la prison pour avoir participé à une tentative d'attentat dans les 70's. L'unioniste Ian Paisley sera-t-il prêt à tendre la main aux «pécheurs catholiques» ? Rien n'est moins sûr. Alors que les urnes livraient jeudi leurs premiers résultats, l'homme affirmait que «les membres de Sinn Féin ne seront pas invités à la table des négociations avant de s'être clairement déclarés en faveur de la démocratie. Je suis un démocrate [...]. Je ne discute pas avec Sinn Féin tel qu'il est aujourd'hui». Pour les républicains, il s'agit là d'une nouvelle tentative du pasteur pour repousser un partage du pouvoir risquant d'affaiblir son image. L'homme, connu sous le surnom de Dr No, a gagné sa notoriété en affichant une inflexibilité légendaire.
«Tout s'écroulera». Au même moment, Gerry Adams renouvelait sa volonté de négocier avec les unionistes et assurait avoir rempli sa part du contrat. En 2005, l'IRA, la faction armée de son parti, a déposé les armes et, fin janvier 2007, ses élus ont voté pour la reconnaissance de la police, longtemps accusée d'être le bras armé du camp protestant. Pour Gerry Adams, la balle est dans le camp unioniste : «J'aimerais penser que Ian Paisley va utiliser ce vote de manière positive.» Même son de cloche du côté de Tony Blair et de son homologue irlandais, Bertie Ahern, réunis hier lors d'un sommet européen à Bruxelles : «Nous appelons les partis à relever ce défi et à placer l'Irlande du Nord sur le bon cap [...]. La restauration des institutions semi-autonomes représente une occasion historique. Il ne faut pas passer à côté.» 
Dans les consciences, il faudra encore du temps avant de voir le vieux révérend unioniste discuter courtoisement avec ses rivaux républicains. Or du temps, le Premier ministre de la République irlandaise n'est plus prêt à en donner. «L'affaire doit être réglée avant le 26 mars, il n'y a pas d'alternative, a affirmé Bertie Ahern. Soit l'Assemblée nord-irlandaise sera rétablie avec un gouvernement biconfessionnel à sa tête ou tout s'écroulera.» Si les 2 partis n'arrivaient pas à s'entendre, l'institution serait à nouveau dissoute, et le pouvoir reviendrait aux autorités de Dublin et de Londres.

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9 mars 2007 5 09 /03 /mars /2007 14:35
 
En Irlande du Nord, les deux principales forces rivales seraient en tête des élections
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 08.03.07 | 20h31  •  Mis à jour le 09.03.07 | 12h24

es premiers ministres britannique et irlandais, Tony Blair et Bertie Ahern, ont appelé, vendredi 9 mars, à Bruxelles, les dirigeants nord-irlandais à ne pas rater une occasion "historique" de partager le pouvoir. 

Les résultats des élections législatives en Irlande du Nord ne sont pas encore définitifs mais une tendance forte se dégage déjà. Sur les 108 sièges que compte l'Assemblée, 72 sont attribués : le Parti unioniste démocrate (DUP) du pasteur Ian Paisley en a remporté 25 et le Sinn Féin de Gerry Adams, 24. Les 2 dirigeants ont été réélus. 4 autres partis obtiennent les 23 restants, dont 10 au Parti social-démocrate et travailliste (SDLP, 15,2% des voix).

Tout porte donc à croire que le DUP et le Sinn Féin vont devoir gouverner ensemble. Le ministre des affaires étrangères irlandais, Dermot Ahern, a invité le DUP à faire un "bond de géant" en "s'associant aux nationalistes au sein du gouvernement". Interrogé sur une future collaboration, Ian Paisley a déclaré : "Je ne discuterai pas avec le Sinn Féin tant qu'ils n'auront pas désavoué le terrorisme. Laissons-les renier la violence." De son côté, Martin McGuinness, figure du Sinn Féin, a affirmé qu'il était "temps d'arrêter de tergiverser".

Londres a menacé de continuer à exercer sa tutelle sur l'Irlande du Nord si aucun accord entre protestants et catholiques n'intervenait avant le 26 mars.

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9 mars 2007 5 09 /03 /mars /2007 12:26
Strauss-Kahn invite Bayrou à se prononcer contre Sarkozy
LE MONDE | 09.03.07 | 10h54

orsque François Bayrou a fait de vous un premier ministre potentiel de sa majorité, vous avez laissé dire… Pourquoi ?

Cette question ne se posera pas. Je suis un homme de gauche et l'union nationale, telle que la propose François Bayrou, ferait avant tout l'affaire des extrêmes. La France a besoin d'une majorité de gauche. Pour autant, je trouve que l'on est à la fois trop indulgent par rapport au flou du projet de François Bayrou et parfois trop excessif par rapport à sa démarche.

C'est certes un homme de droite, mais il a donné des signes de rupture par rapport à Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. Est-ce que ces signes de rupture en font une solution pour la France ? Je ne le crois pas : en mettant sur le même plan le PS et l'UMP, il est injuste sur le passé et inopérant pour l'avenir. Est-ce que cela en fait le meilleur candidat pour battre Nicolas Sarkozy ? Je ne le crois pas davantage. Il ne peut ni ne veut rassembler l'ensemble de la gauche, or c'est nécessaire pour battre Nicolas Sarkozy.

Ségolène Royal, parce qu'elle n'est pas centriste mais occupe une position centrale, est la mieux placée pour rassembler. François Bayrou devra finir par se déterminer. S'il va jusqu'au bout de sa logique – et je l'y encourage ! –, il se prononcera contre l'alliance avec Nicolas Sarkozy au second tour. Cela fera une belle majorité pour battre Sarkozy et pour changer la France.

Vous suggérez au candidat centriste de rallier Mme Royal ?

Ségolène Royal l'a dit : tous ceux qui rejoindront le "pacte présidentiel" auront vocation à rejoindre le gouvernement et la majorité présidentielle.

Le candidat centriste est donc compatible avec la gauche ?

La ligne de François Bayrou n'est pas une solution, c'est une illusion. Sa progression dans les sondages est la manifestation la plus repérable de l'exaspération des Français devant l'absence de vrais débats sur leurs vrais problèmes. Je les comprends. Remettons les solutions – notamment économiques et sociales – au cœur de la campagne présidentielle : nous verrons si François Bayrou partage les nôtres et, j'en suis sûr, nous l'emporterons.

Vous faites une ouverture à l'électorat centriste ?

Il n'y a pas d'ouverture à faire. Il y a à montrer que la gauche que Ségolène Royal veut incarner, et moi aussi, offre un nouveau visage. J'ai plaidé pour une gauche social-démocrate. Je pense toujours que la solution est là.

La progression de M. Bayrou dans les sondages signifie-t-elle que le clivage droite-gauche a du mal à s'installer ?

La succession des alternances et les difficultés de la société française ont érodé les différences manichéennes qui existaient jusqu'en 1981. C'est plutôt une bonne chose. Pour autant, je continue de penser que les différences entre la droite et la gauche structurent notre pays. Qui ne voit aujourd'hui qu'il y a deux manières de faire évoluer la société française dans la mondialisation. La gauche moderne que représente Ségolène Royal, et que je défends, vise à concilier une nouvelle vision de la création de richesse et de la réduction des inégalités.

Cette campagne est beaucoup trop remplie d'anecdotes. Les Français sont dessaisis des débats. Nicolas Sarkozy organise le brouillage, en citant Jaurès et Blum, et se fait le champion du travail, "travailler plus pour gagner plus". Or, il a été rappelé mille fois que ce ne sont pas les salariés qui décident des heures supplémentaires, et que ça n'apporte aucune solution aux salariés en temps partiel subi. C'est une approche très différente, sur le pouvoir d'achat, de celle que propose la gauche avec l'ouverture d'une grande négociation avec les partenaires sociaux qui traite de la hausse du smic et de la revalorisation des petites retraites mais aussi de toute la revalorisation des carrières professionnelles…

Sur la question fiscale, Nicolas Sarkozy dit qu'il faut baisser de 4 % les prélèvements obligatoires alors que chacun sait très bien que le problème central du pays, c'est celui de la dette, sur laquelle Ségolène Royal a mis l'accent, et que cela impose de stabiliser les prélèvements obligatoires. Dire, comme le fait Nicolas Sarkozy, qu'on veut faire passer le bouclier fiscal à 50 % revient en fait à supprimer l'ISF. Dans ces conditions, qu'il le dise clairement ! Que le débat commence enfin sur les objectifs, les priorités, les solutions, les modalités… sous le regard des Français.

Quelle relance faut-il pour l'Europe ?

Il faut absolument que l'ensemble de la mécanique reparte. Le cadre principal doit être celui de l'entente étroite entre Français et Allemands. Il faut reprendre l'inspiration du traité de l'Elysée de 1963 et, avec un nouveau pacte, aller loin dans l'intégration franco-allemande, en dégageant une vision commune sur les frontières, l'économie et le social, le militaire et le diplomatique et l'environnement et l'énergie.

Avec la présidence allemande en 2007, la présidence française en 2008 et les élections européennes en 2009, la fenêtre est étroite, mais elle existe. Pour le reste, il faut écarter le "mini-traité" version Sarkozy parce qu'il manque d'ambition et heurte les dix-huit pays qui ont dit oui à la Constitution européenne. Nous n'avons pas besoin d'un traité "moins". Nous avons besoin d'un traité "plus", qui réponde aux attentes sur le social, l'environnement, la gouvernance économique, de ceux qui sont inquiets d'une Europe trop libérale.

Ce nouveau traité doit-il être soumis à un référendum ?

S'il n'est qu'un règlement intérieur de fonctionnement de l'Union, sous la pression des eurosceptiques, des Britanniques, des Polonais, des Tchèques auxquels Nicolas Sarkozy prête la main avec son mini-traité, il peut passer par la voie parlementaire. Si c'est le traité "plus", le parallélisme des formes impose un référendum mais, dans ce cas, il sera, j'en suis sûr, adopté.

La présence de l'Etat dans le capital d'EADS est-elle nécessaire ?

Oui. La spécificité d'EADS, c'est qu'il s'agit de la première entreprise créée de façon binationale – avec des actifs français et allemands – et avec une organisation bicéphale. La participation de l'Etat français a été un élément de discussion au départ, mais ce n'est plus une difficulté aujourd'hui. En revanche, l'organisation bicéphale, qui était indispensable pour créer EADS, n'était pas destinée à durer : il aurait fallu la faire évoluer. Je me souviens que dès 2002, j'avais rencontré le président de Daimler pour voir avec lui les modalités possibles d'évolution. Le décès de Jean-Luc Lagardère – qui appuyait cette démarche – a interrompu le processus. Il aurait fallu depuis bouger sur cette question. En cinq ans, le gouvernement n'a rien fait.

Cette gouvernance bicéphale, il faut y mettre fin ?

Oui. Bien des solutions peuvent être imaginées, comme une présidence à tour de rôle. Mais, pour pouvoir être adoptées, il faut recréer de la confiance.

Mais vous êtes d'accord avec la demande de Ségolène Royal d'une recapitalisation par les Etats et d'une participation des régions ?

Pourquoi pas ! Même si nous ne sommes pas dans le cas d'Alstom, et si la recapitalisation n'est pas le problème principal d'Airbus, elle peut être utile. Airbus connaît d'abord des difficultés d'organisation. Il y aurait beaucoup à gagner à discuter avec les organisations syndicales, sans oublier les sous-traitants, pour remettre à plat le plan Power 8. C'est un grand gâchis d'avoir construit ce plan sans les avoir suffisamment consultées.


Propos recueillis par Arnaud Leparmentier et Isabelle Mandraud

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9 mars 2007 5 09 /03 /mars /2007 10:52
Le grand écart de François Bayrou, par Jean-Baptiste de Montvalon
LE MONDE | 08.03.07 | 13h59  •  Mis à jour le 08.03.07 | 13h59

ommunément présentée comme l'occasion d'un vaste débat sur les grandes orientations de la politique nationale, la campagne présidentielle est - tout au moins à ce stade - surtout source de confusions. Pour s'être efforcée de distendre les liens qui l'unissent au Parti socialiste, Ségolène Royal a sa part de responsabilité. De même que Nicolas Sarkozy (UMP), lorsqu'il se présente comme l'héritier de Jean Jaurès et de Léon Blum ; ainsi que Jean-Marie Le Pen (FN), quand il assure être "un homme de centre droit". Mais c'est François Bayrou qui, dans ce registre, force l'admiration.

Conscient de l'impressionnant décalage entre ses paroles présentes et ses actes passés, le président de l'UDF a eu ce mot, destiné à concilier les unes et les autres : "J'ai été longtemps un jeune conformiste. Et sans doute "formiste" est-il de trop." (Le Monde du 1er décembre 2006). Cette fausse autocritique témoigne de l'ampleur du grand écart. Quelques rappels pour mémoire.

M. Bayrou est un pur produit du "système" qu'il pourfend depuis quelques mois. Entré en politique en écrivant les discours de Pierre Méhaignerie et de Jean Lecanuet, il a patiemment gravi les échelons du Centre des démocrates sociaux (CDS), creusant ainsi son sillon dans la maison mère, l'UDF. Du parti fondé par Valéry Giscard d'Estaing, il fut délégué général (1989-1991), secrétaire général (1991-1994), puis président (depuis 1998). Parallèlement à cette ascension partisane, M. Bayrou a conquis à peu près tous les mandats électifs disponibles dans le "système".

Sauf à remettre en question les repères de la science politique contemporaine, on considérera, en outre, que l'UDF a toujours appartenu à ce que l'on appelle communément la droite. N'étant pas parvenue, contrairement aux voeux de son fondateur, à supplanter le RPR, l'UDF - à l'exception de quelques débauchages obtenus par François Mitterrand - a servi, pour l'essentiel, de supplétif au parti chiraquien. Elle a, à ce titre, combattu la quasi-totalité des projets de la gauche.

Les gouvernements Balladur (1993-1995) et Juppé (1995-1997), dont M. Bayrou a été membre de bout en bout, furent des gouvernements de droite. L'intéressé semblait d'ailleurs s'accommoder de ces clivages qu'il dit aujourd'hui vouloir effacer. En mars 1991, M. Bayrou assurait au quotidien Libération que le grand parti du centre dont il rêvait ne serait pas "la roue de secours du PS" : "Ni de près ni de loin, nous ne gouvernerons avec les socialistes", prévenait-il alors.

Si on ne peut écarter l'hypothèse que le président de l'UDF soit gagné par la ferveur des nouveaux convertis, il reste que le "nouveau chemin" proposé par M. Bayrou résulte d'un itinéraire personnel très largement contraint. Lorsqu'il prend les rênes de l'UDF, en 1998, M. Bayrou se distingue en condamnant les accords conclus par plusieurs présidents de région avec le Front national. Mais son parti est déjà partiellement vidé de sa substance idéologique. La plasticité de Jacques Chirac a permis au RPR d'importer deux idées phares qui avaient fait l'originalité de l'UDF : la défense de la construction européenne et de la décentralisation. M. Bayrou va dès lors indexer l'autonomie de son parti sur sa propre ambition, la principale raison d'être de l'UDF - comme jadis le RPR pour M. Chirac - devenant de conduire son chef aux plus hautes destinées.

Les moyens n'étant pas les mêmes, M. Bayrou doit surmonter de multiples obstacles - pressions du RPR sur les élus centristes, mode de scrutin majoritaire qui favorise la bipolarisation, etc. - pour se faire entendre. Il s'y emploie, non sans un certain panache. A défaut d'être fondée sur un socle idéologique solide et spécifique, sa volonté d'indépendance personnelle est indéniable.

UNE CERTAINE INDÉPENDANCE POLITIQUE

Après avoir conduit une liste UDF autonome aux élections européennes de juin 1999, où elle obtient 9,28% des voix, M. Bayrou se porte candidat à l'élection présidentielle de 2002. S'il évoque déjà sa volonté de rassembler "de Balladur à Delors", le président de l'UDF mise alors sur la volonté présumée des Français de tourner la page Chirac. Sa campagne est peu audible, hormis deux "coups" médiatiques : le 23 février, à Toulouse, le candidat UDF s'invite à une convention de la très chiraquienne Union en mouvement (UEM, prélude à la future UMP) ; le 7 avril, à Strasbourg, il inflige une gifle à un enfant qui était en train de lui faire les poches. Son score au premier tour (6,84%) n'est pas négligeable ; mais la qualification surprise de Jean-Marie Le Pen, et donc l'écrasante victoire annoncée de Jacques Chirac, ne lui laisse aucune marge de négociation.

La configuration de l'échéance présidentielle de 2007 n'était guère plus favorable à M. Bayrou. Si le député des Pyrénées-Atlantiques - en convainquant une partie de ses collègues de s'associer au vote d'une motion de censure socialiste - était parvenu à accréditer l'idée d'une certaine indépendance politique, l'espace du "renouvellement" était occupé par M. Sarkozy. M. Bayrou a donc dû hausser considérablement le ton.

C'est ainsi que l'ancienne "plume" de M. Méhaignerie s'est mué en candidat de "l'extrême centre", s'adressant au "peuple" en usant de recettes qui étaient jusqu'alors l'apanage du Front national : rejet du "système", renvoi dos à dos des deux principaux partis de gouvernement, dénonciation des médias. Dans la préface de son dernier livre (Au nom du tiers état, Hachette Littérature, 2006), M. Bayrou évoquait "un réseau opaque d'intérêts partisans, claniques, économiques, médiatiques". Le 12 novembre 2006, devant le conseil national de l'UDF, il s'en prend aux "deux candidats prétendument rivaux" qui font la course en tête. "Ils ne sont pas un duel, ils sont un duo", insiste-t-il. Le 20 septembre, M. Le Pen avait de la même façon dénoncé la "valse-hésitation" des deux favoris des sondages, qui "s'enlacent dans une sorte de tango".

Dans ce registre populiste, M. Bayrou a joué un coup de maître le 2 septembre 2006, au journal de TF1, en défendant en direct, devant des millions de téléspectateurs, la thèse du "complot médiatique". Ce soir-là, le président de l'UDF a fait coup double, en s'attirant la sympathie d'une partie de l'opinion, ainsi que la bienveillance de médias plus fragiles et culpabilisés qu'on ne le croit. Tel est le socle sur lequel M. Bayrou a pu ensuite entamer sa forte progression dans les sondages. Le président de l'UDF a gagné son pari personnel, qui était de se faire entendre. Pour quel projet ? Et avec quelle majorité ? Ces questions restent aujourd'hui entières.

Jean-Baptiste de Montvalon
Article paru dans l'édition du 09.03.07

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9 mars 2007 5 09 /03 /mars /2007 10:47
A en croire, ce qu'il a présenté hier soir sur France 2, il y a de quoi être effrayé par les manipulations populistes et communautaristes d'un homme qui prétend à éccéder au pouvoir à partir de la droite parlementaire en empruntant toutes ses thématiques et se propositions au Front National.
Mettre en avant un ministère de l'identité française est nauséabond, d'autant plus qu'il traiterait du même coup de l'immigration, impliquant explicitement que celle-ci mettrait en danger cette identité. C'est donc la mort de l'idée républicaine et universelle.
Décidément ce qu'il est crie tout aussi fort désormais que ce qu'il dit...
Fred

IMMIGRATION : Le nouveau texte sur le regroupement familial poserait trois conditions pour permettre à un étranger de faire venir sa famille en France : qu'il ait un logement pour la loger ("pour qu'il n'y ait plus de squats"), qu'il ait des revenus pour la faire vivre et "qu'on apprenne (...) des rudiments de français avant de venir en France". Le candidat de l'UMP envisage la création d'un "ministère de l'immigration et de l'identité nationale" et a promis une nouvelle loi sur l'immigration.

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8 mars 2007 4 08 /03 /mars /2007 14:49
Les silences gênés autour de l'affaire de l'appartement de Nicolas Sarkozy
LE MONDE | 08.03.07 | 14h19

es nouvelles révélations du Canard enchaîné. Dans son édition du 7 mars, l'hebdomadaire publie de nouveaux documents sur la foi desquels le journal conclut, une nouvelle fois, que Nicolas Sarkozy a acquis son duplex sur l'île de la Jatte, à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), en septembre 1997, à un tarif préférentiel, avec un rabais "d'au moins 750 000 francs", et a bénéficié de travaux gratuits.

Leur montant s'est élevé à plus de 1,8 million de francs (274 500 euros environ), selon un document du 9 octobre 1997 récapitulant les ordres de service au nom de la SCI Victoria XXI. Selon Le Canard, M. Sarkozy n'aurait réglé que 400 000 francs sur cette somme, laissant le reste à la charge du promoteur, la société Lasserre, par ailleurs client régulier à l'époque de la ville.

La réponse de M. Sarkozy. Depuis la première publication du Canard, le 28 janvier, sur son appartement, dont il avait été informé quelques jours plus tôt, le candidat n'a produit qu'une seule facture concernant les travaux réalisés après l'achat : celle d'un escalier, intégralement réglé selon le candidat, pour 72 360 francs. Mais sur cette somme, affirme le Canard, le promoteur lui a accordé "une remise d'environ 30 000 francs." Claude Guéant, directeur de campagne de M. Sarkozy, avait expliqué au Monde, dans son édition du 1er mars, qu'une partie des factures personnelles du couple se trouvait sans doute "au garde-meuble" où il a entreposé ses affaires, après la vente de l'appartement, le 6 novembre 2006, pour 1,94 million d'euros.

Interrogé à nouveau à ce sujet, mercredi 7 mars, M. Guéant a précisé qu'il n'avait pas retrouvé d'autres factures.

L'indifférence de la justice. Le parquet possède "l'opportunité des poursuites" et peut ouvrir une enquête préliminaire ou une information judiciaire. " Le Canard enchaîné écrit des choses extrêmement précises dont la lecture laisse supposer que des infractions ont été commises, cela mériterait au moins une enquête pour vérifier ces éléments", indique Emmanuelle Perreux, présidente du Syndicat de la magistrature (SM, gauche).

La chancellerie se refuse à tout commentaire. Pour l'heure, le parquet de Nanterre, compétent, ne compte guère agir. Le contexte électoral et l'attente de la nomination d'un nouveau procureur dans cette juridiction ne s'y prêtent pas. En outre, traditionnellement, le parquet répugne à enclencher la machine judiciaire sur la base d'articles de presse. Ce fut pourtant le cas en 1995, quand Le Canard enchaîné révéla une affaire de caisse noire impliquant le CDS. Le garde des sceaux, Pierre Méhaignerie, responsable du CDS, ordonna au parquet de Paris l'ouverture d'une enquête préliminaire.

Une enquête pourrait néanmoins être ouverte si une plainte avec constitution de partie civile était déposée par un individu ou un organisme s'estimant victime de l'éventuel traitement de faveur dont aurait bénéficié M. Sarkozy.

Selon les magistrats et universitaires interrogés par Le Monde, plusieurs infractions pourraient être visées. Il pourrait être reproché à Denise Lasserre, si elle a consenti des avantages à M. Sarkozy, un "abus de bien social" dont son client serait le receleur. La remise évoquée par Le Canard dépasserait en effet les traditionnelles ristournes (10 %) tolérées.

Une éventuelle décision municipale, prise sous la houlette du maire de Neuilly en faveur du promoteur (par exemple une dérogation au cahier des charges de la ZAC sur laquelle a été construit l'immeuble) pourrait par ailleurs recouvrer une "prise illégale d'intérêt". Un hypothétique avantage obtenu du promoteur lors de l'achat de l'appartement pourrait correspondre à une "corruption passive" ou à un "trafic d'influence". Toutefois, la qualification des faits s'avère difficile. Surtout, des problèmes sérieux de prescription se posent, le délai courant à partir du dernier acte du maire. Il faudrait établir qu'il y a eu dissimulation pour que le délai de trois ans ne débute pas au moment de la signature des contrats de vente et de travaux. Or de telles transactions sont publiques.

Le silence de la gauche. L'opposition a fait preuve de retenue dans l'affaire. La publication dans Le Monde et Le Canard enchaîné d'articles mettant en cause la sous-évaluation des biens immobiliers par le couple Hollande-Royal pourrait expliquer la réserve de l'entourage de la candidate. En privé, certains soulignent pourtant la gravité inégale des deux affaires et souhaiteraient une attaque plus franche contre M. Sarkozy.


Gérard Davet, Nathalie Guibert et Piotr Smolar
Article paru dans l'édition du 09.03.07

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7 mars 2007 3 07 /03 /mars /2007 14:25
Deux administrateurs de l'Insee estiment à 9,5 % et non à 8,7 % le "véritable" taux de chômage
Virginie Malingre, Le Monde, 7 mars 2007

Dans un document anonyme de 15 pages, coécrit avec un syndicaliste de l'ANPE, deux économistes décortiquent les modifications qui ont affecté le calcul du nombre de chômeurs Quel a été le véritable taux de chômage français en 2006 ? Jeudi 8 mars, l'Insee ne dévoilera sans doute pas ce chiffre - celui qui est calculé selon la norme du Bureau international du travail (BIT) - mais tentera d'expliquer
pourquoi ses experts n'ont pas été en mesure de le publier, comme chaque année, en mars. Cela se passera devant le Conseil national de l'information statistique (CNIS), qui réunit syndicalistes, patronat, économistes, fonctionnaires du ministère de l'emploi... L'Insee - qui est largement suspecté d'avoir reporté la publication du chiffre du chômage à l'après présidentielle pour la raison qu'il serait nettement moins bon que prévu et ne servirait pas le bilan de Dominique de Villepin - n'a, jusqu'ici, pas convaincu de sa bonne foi en invoquant des raisons d'ordre technique.
3 fonctionnaires - 2 administrateurs de l'Insee, dont l'un a travaillé au ministère de l'emploi, et un salarié syndicaliste de l'ANPE - ont calculé que le taux de chômage ne serait en fait pas de 8,7% à la fin 2006 - un chiffre calculé à partir des données de l'ANPE - mais de près de 9,5%. Ce dernier chiffre représenterait les demandeurs d'emploi au sens du BIT, c'est-à-dire ceux qui, quand on les interroge, se déclarent à la recherche d'un emploi, qu'ils soient inscrits ou non à l'ANPE.
La correction serait donc de 0,8 point, ce qui représenterait quelques 200 000 demandeurs d'emplois en plus. Et atténuerait considérablement le recul du chômage dont peut se vanter le gouvernement : fin 2005, son taux, au sens BIT, était de 9,8%. Traditionnellement, le passage des estimations calculées à partir des données de l'ANPE au chiffre BIT, indépendant du mode de gestion administrative de l'emploi, donne lieu à une correction bien moins importante : elle est généralement comprise entre 0,1 et 0,3 point.
Les trois experts ont rédigé une note de 15 pages, envoyée anonymement par Internet à plusieurs économistes et que Le Monde s'est procuré. Signée Schi - pour schizophrène, "parce que nous sommes à la fois dedans et dehors", dans le système de la statistique française de l'emploi et critique à son égard, explique l'un des auteurs -, celle-ci retrace les modifications qui ont affecté le calcul du nombre de chômeurs inscrits à l'ANPE depuis juin 2005, c'est-à-dire depuis que Dominique de Villepin est à Matignon.
En l'occurrence, elles sont nombreuses. Certaines relèvent des partenaires sociaux et des réformes du système d'indemnisation des chômeurs qu'ils ont adoptées, avec notamment la mise en place de contrôles supplémentaires. Même si des décrets gouvernementaux en ont renforcé les effets, celles-ci expliquent une grande partie - sans doute près de la moitié - de la correction.
Une enquête du CNIS, en 2005, est à cet égard instructive. Elle établit que le nombre de sorties mensuelles a augmenté de plus de 30 000 à partir de juin 2005. Seul un quart de ces sorties résulte d'une reprise d'un contrat à durée indéterminée. Un 5ème d'entre elles correspond à un non renouvellement accidentel suivi d'une réinscription. Un quart est à mettre au compte d'un non-renouvellement de l'inscription, accidentel ou motivé (fin d'indemnisation), sans réinscription.
Pour le reste, la correction s'explique par la modification du mode de comptabilisation des chômeurs inscrits à l'ANPE. Ainsi - notamment dans la foulée du plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo mais pas seulement - des demandeurs d'emploi se sont vus mettre hors des catégories phares pour les statistiques du chômage : les demandeurs d'emploi créateurs d'entreprise, ceux qui bénéficient de petits boulots aidés par l'Etat, ou encore les licenciés économiques signataires de conventions de reclassement personnalisé ou du contrat de transition professionnelle.

Nombre de conjoncturistes s'étonnent depuis plusieurs mois des taux de chômage établis à partir des chiffres de l'ANPE. Certes, il y a des créations d'emplois mais, comme le reconnaissait lui-même le ministère de l'emploi en octobre 2006, dans une note au 2ème trimestre de cette même année, "le dynamisme estimé de l'emploi ne suffit pas à expliquer l'ampleur de la baisse du chômage".

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7 mars 2007 3 07 /03 /mars /2007 09:57
Je ne m'érigerai pas en spécialiste du nationalisme irlandais et du mouvement républicain. Mais pour connaître un peu le sujet, je n'aurais pas écrit la phrase titre de l'article ci-dessous.
Pour comprendre la situation il faut retourner près de 40 ans en arrière.
L'IRA et le Sinn Féin, avant le lancement du mouvement pour les droits civiques en Irlande du nord qui fut conduit par des leaders catholiques modérés - comme John Hume - qui allaient fonder ensuite le Social Democratic and Labour Party, étaient moribonds. Les complicités des la vieille garde de l'IRA avec l'Allemagne pendant la seconde guerre mondiale, l'échec des "campagnes militaires" des 50's et la révision idéologique en cours dans Sinn Féin avaient fini par diviser profondément le mouvement républicain. La direction officielle du Sinn Féin et de l'IRA choisir une voie marxiste-léniniste, qui la coupa de sa base, quand la très jeune garde tout en intégrant une très forte dimension socialiste dans son background conserva la tradition républicaine et nationaliste.
Quand la guerre civile reprit du fait de la répression par la police et les milices paramilitaires, toutes protestantes, ce furent les "jeunes" de l'IRA et du Sinn Féin "provisoires" (provos ou provisionnals) qui purent embrayer sur la lutte armée (abandonnée par la direction officielle partie fonder le Worker's party dans le sud) et la défense des quartiers catholiques qui subissaient de véritables ratonnades.
L'armée britannique arrivée dans un premier temps pour stopper les exactions subies par la population catholique retomba rapidement dans le naturel qui lui faisait considérer tout catholique irlandais comme un adversaire éventuel.
Le bloody sunday de 1972 allait bientôt gonfler les effectifs des provos, tant chez les militaires que chez les politiques ; mais la nouvelle direction de l'IRA n'a jamais eu les moyens de vaincre les britanniques. Dans une guérilla urbaine, pour l'IRA et le Sinn Féin, subissant également scissions et divisions internes (ex. la fondation de l'INLA), le simple fait de ne pas être écrasés et détruits par l'armée et les renseignements britanniques et leurs supplétifs de la RUC et des milices protestantes revient à une victoire militaire. L'IRA n'a jamais été défaite militairement, les Britanniques n'ont jamais réussi à démanteler ni ses réseaux, ni son arsenal, le rapport de force a d'une certaine manière obliger les gouvernements britannique et irlandais à considérer à nouveau les Républicains comme des interlocuteurs incontournables.
Par l'entremise de John Hume, être finalement accepté à la table des négociations, puis à celle du gouvernement, est une véritable victoire politique pour Gerry Adams et Martin McGuinness, issus de cette jeune garde des années 60-70.
Leur talent politique et leur vision très construite d'un avenir social-démocrate de l'Irlande a fait le reste et explique que Sinn Féin soit aujourd'hui le premier parti catholique d'Ulster.
Fred
Entretien avec Richard English, professeur de politique à l'université Queen's de Belfast.
Richard English : "Les Républicains ont perdu la guerre mais gagné la paix"
LE MONDE | 06.03.07 | 16h53  •  Mis à jour le 07.03.07 | 06h35

ous êtes historien du nationalisme irlandais. Que signifient ces élections ?

C'est un moment décisif. Jamais dans le passé, les radicaux des 2 camps n'ont été aussi proches d'un accord destiné à organiser le partage du pouvoir. Le désarmement de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) en 2005 et la récente reconnaissance par le Sinn Féin de la légitimité de la police et de la justice représentent un énorme changement.

Est-ce un nouvel exemple du fait que seuls des ennemis jurés peuvent mettre fin durablement à un conflit ?

Oui, mais ces 2 camps ont beaucoup évolué depuis le début du processus de paix. Le Sinn Féin et le Parti unioniste démocratique (DUP) de Ian Paisley ne sont plus aussi "radicaux". Leurs nouveaux électeurs n'ont pas connu la guerre civile et ont une influence modératrice sur les mouvements qui parlent en leur nom.

Quand l'IRA et le Sinn Féin ont-ils compris que la violence ne leur apporterait pas la victoire qu'ils espéraient ?

En 1989-1990, l'IRA a publié une première déclaration où elle laissait entendre que sa "lutte armée" avait conduit à une impasse sanglante sans vainqueurs, ni vaincus. Soit les républicains continuaient ce combat, dans l'espoir qu'il leur deviendrait un jour favorable, soit ils adoptaient une autre politique. Ils ont décidé qu'un processus de paix serait pour eux beaucoup plus payant. La question était de savoir combien de temps prendrait cette conversion. Ils ont avancé lentement, plus lentement que beaucoup auraient voulu, et plus lentement qu'ils n'y étaient obligés.

Dont leur décision de reconnaître, le 28 janvier, l'autorité de la nouvelle police nord-irlandaise...

Le Sinn Féin excelle dans l'art de rendre publique une décision qu'il a fait approuver depuis longtemps par sa base. Cela explique en partie la lenteur de ses évolutions. Il sait être patient. Les dirigeants républicains savaient depuis longtemps qu'ils devraient reconnaître la police, comme l'exigeaient les unionistes. C'était essentiel pour sceller un accord durable. Ils ont tardé, pour arracher le maximum de concessions à l'autre camp. En face, le DUP a fait de même. Au total, le processus de paix a pris près de dix ans, depuis les accords du Vendredi saint d'avril 1998. Mais il s'est poursuivi. Ce qui est crucial, c'est qu'une fois la décision prise, notamment sur la police, il est pratiquement impossible de la renier et de revenir en arrière.

Les républicains n'ont pas réunifié l'Irlande par la force. Mais ils font figure de vainqueurs. Pourquoi ?

Ils ont perdu la guerre, mais ont gagné la paix. Ils n'ont pas atteint leur objectif historique, mais vont partager le pouvoir avec la majorité unioniste. L'ironie, c'est qu'ils ont obtenu cela en faisant ce qu'ils ont toujours dénié aux nationalistes modérés. Et les anciens mouvements violents exercent un attrait, lorsqu'ils renoncent aux armes tout en continuant d'incarner un certain populisme radical. Pour avoir choisi la paix, ils jouissent d'un avantage moral. C'est un des aspects affreux de la vie politique, en Irlande du Nord comme ailleurs. C'est pour cela que Gerry Adams prétend qu'il n'a jamais appartenu à l'IRA ; il entretient ce doute à l'intention des jeunes électeurs.

L'entente anglo-irlandaise n'a-t-elle pas largement contribué à l'évolution en Irlande du Nord ?

Depuis 20 ans, Londres et Dublin parlent d'une même voix. Quand le processus semblait en panne, les deux premiers ministres, qui s'entendent très bien, se sont épaulés. Les deux pays travaillent au sein de l'UE. Grâce à ses succès, la République d'Irlande a confiance en elle. Elle n'est plus obsédée par l'Angleterre, ni par le Nord. Les unionistes ne peuvent plus regarder le Sud comme un pays arriéré, et ne craignent plus, comme dans leurs cauchemars d'antan, de voir tous les prêtres du Sud obsédés par une idée fixe : envahir l'Ulster.


propos recueillis par Jean-Pierre Langellier
Article paru dans l'édition du 07.03.07

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