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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. J'anime aussi le groupe d'opposition municipale de gauche "Vivons Bezons" et je suis membre du groupe d'opposition de gauche ACES à la communauté d'agglomération Saint-Germain/Boucle-de-Seine.
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Gauche Républicaine & Socialiste

13 mars 2007 2 13 /03 /mars /2007 15:41
Comment fonctionne le petit monde des militants et des élites socialistes ? En disséquant la "société des socialistes", Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki dressent le portrait à la fois sombre et pathétique d'un parti recroquevillé sur lui-même au grand désespoir de ses militants.
suite de l'article précédent...

Les auteurs insistent sur le fait que ce sont ces liens rompus et la faible implantation du PS qui "[accroissent] la volatilité de l'électorat socialiste, condamnant le PS à faire fluctuer sa ligne idéologique". Cela éclaire aussi les raisons de l'usage intensif des sondages si déterminant dans la désignation interne de novembre 2006 : "Faute de réseaux puissants irriguant la société, les élites socialistes [et toutes tendances ou sensibilités confondues] sont de fait conduites à s'appuyer sur des formes de production non "mobilisée" de l'opinion publique comme les sondages". Et ce n'est sans doute pas non plus un hasard si la vision socialiste minore de fait et de plus en plus toute conflictualité sociale pour se nourrir avant de travaux sociologiques sur l'individu et les valeurs post-matérialistes (François de Singly, Marcel Gauchet) - et ce en contradiction flagrante avec l'objet du parti - qui dessinent des individus "entrepreneurs de leur propre vie", selon l'expression d'Alain Ehrenberg qui fait florès. Or un parti politique qui cherche à gouverner durablement une société pour la transformer ne parvient à le faire que s'il a profondémentpréparé la prise et l'exercice du pouvoir en établissant son hégémonie culturelle sur cette même société : en abdiquant devant l'individualisme et le néo-libéralisme ambiant au sein de sa propre réflexion interne, le PS abdiquerait toute vélléité de transformer cette société. Sans compter qu'il ne s'est jamais doté des outils culturels, associatifs et mutualistes pour asseoir son hégémonie culturelle.

De fait, les militants d'origine populaire se font rares, ce qui s'explique aussi par la généralisation, au sein du PS, d'une "culture du débat" pourtant positive mais qui valorise avant tout la réflexion collective et la "libre expression" - peu spontanée - des militants. Or cette "intellectualisation", en faisant appel aux ressources culturelles personnelles, en technicisant le débat et en dévalorisant le rapport populaire au parti, fait de remise de soi et de loyalisme, favoriserait la relégation des militants les plus modestes. Ce livre touche là une autre contradiction qu'il ne peut dépasser parce que c'est celle du parti : le monde et la politique se complexifie mais, face à cela et face à la généralisation de la "culture du débat" qui marque une avancée démocratique indéniable et qui n'a pas d'équivalent dans les autres partis français ou européens, le Parti socialiste n'a mis en place aucune structure de formation adaptée (à la différence du PCF des années 1950) à son public populaire ou moyen et à la hauteur des attentes politiques ; le loyalisme n'est pas l'apanage des militants issus des milieux populaires qui seraient par ailleurs déstabilisés par la "culture du débat", depuis 1946 aucune majorité dirigeante socialisme n'a directement été remise en cause par sa base, le légitimisme atteint une forte proportion des débatteurs et technocrates de section, ce qui permet de s'interroger sur la profondeur d'un certain nombre de débats tenus dans le PS.
Ce sont les pratiques les plus ordinaires du militantisme (tractage) qui sont dévalorisées (et la vague d'adhésion et la campagne présidentielle n'invalide malheureusement
pas cette conclusion) mais aussi les dimensions collectives et identitaires de l'appartenance partisane (nuits de collage d'affiches, fêtes de sections) qui se perdent. Etonnamment, le PS semble tolérer, voire encourager, un militantisme distancié - et plus encore depuis quelques mois. La conséquence en est que la dimension cynique des comportements prend une place prépondérante au sein du parti, où "le militant est un loup pour le militant". Un "univers hobbesien" donc, où l'on "ne s'aime pas, ou peu" et où "rapporter les prises de positions des militants aux positions dans l'espace partisan relève d'un quasi-réflexe [...]".
Le cynisme en politique ne date pas d'aujourd'hui, mais la nouveauté est que la concurrence touche toute la communauté militante, du sommet jusqu'à la base, et que la "lutte pour les places", contrairement à d'autres milieux militants y est peu déniée.

Difficile donc de "militer au PS et d'y rester tant d'intérêts, croyances et convictions, dispositions, ajustements à l'institution s'y articulent difficilement". Cela explique une certaine forme de "malheur militant" qui, dans les entretiens qu'ils ont menés par les auteurs, s'exprime à travers les registres de l'insatisfaction ("on ne s'y retrouve pas"), de la déception, de la frustration ("il n'est pas facile de militer"). Malgré tout, et malgré leur grande lucidité, les militants semblent peu enclins à la défection, sans doute parce que, toujours à cause de la rétractation des réseaux socialistes, il est difficile de reconvertir son militantisme socialiste. On voit donc se multiplier les formes de "distance à l'engagement" : ne pas voter socialiste aux élections, voter "oui" au projet de traité constitutionnel européen lors du référendum interne de l'automne 2004 pour ne pas cautionner Laurent Fabius en se promettant de voter "non" dans l'urne, adhérer à ATTAC ou encore afficher délibérément son cynisme et valoriser la distance critique en raillant "l'engagement total" du militant de base...

C'est au final un portrait quelque peu pathétique du PS qui est dessiné. Un PS incapable d'affirmer qu'est-ce qu'être socialiste aujourd'hui et donc "condamné à décevoir". Y a-t-il quelques raisons d'espérer ? Les deux chercheurs en voient dans l'histoire du PS qui, dans les années 1970, avait réussi sa rénovation en redonnant leur place aux militants, en limitant les mandats, en s'ouvrant aux autres organisations... Reste qu'un tel élan se fait attendre, au risque de faire perdre leurs dernières illusions aux militants. On prétend que Pierre Mauroy le résume ainsi : "si les dégoûtés s'en vont, ne resteront que les dégoûtants".
Contrairement à ce qu'a pu dire Arnaud Montebourg voici plusieurs semaines, Ségolène Royal n'a pas réussi à faire en quelques mois ce que le courant qu'il avait quitté - Pour un nouveau Parti socialiste - n'avait pas réussi en 4 ans. D'abord parce que - même en recherchant à être légitimée par le vote des militants - Ségolène Royal s'est imposée au Parti socialiste, à ses cadres et à une partie de ses militants, en s'appuyant sur l'état de l'opinion publique à un moment donné (et certainement pas sur des réseaux structurés extérieurs au Parti comme avait pu le faire Mitterrand en 1971) ; elle n'a donc pas (encore) agi sur le PS en tant que tel. Celui-ci se retrouve donc dans une situation d'entre-deux, avec un vieil appareil, héritage  de toutes les combinaisons de congrès depuis 20 ans et d'un légitimisme nourri de déception d'une majorité des militants plus anciens, des nouveaux militants dont on ne sait pas combien resteront au-delà de la désignation du 16 novembre 2006 et de la campagne présidentielle et dont on ignore les motivations idéologiques et politiques pour ceux qui choisiront de rester.
La rénovation du parti reste donc à faire pour dépasser les anciennes structures, mais elle ne sortira certainement pas par magie de la désignation de la candidate ou de son élection à la Présidente. Tout juste pourra-t-on dire qu'une défaite supplémentaire de la gauche en 2007, au-delà d'un drame social qu'elle porterait en germe, mettrait le PS dans une situation comparable à celui du Labour confronté à 20 ans de thatchérisme et qu'il n'est pas dit - loin de là - que le blairisme n'est apporté que des résultats positifs à long terme pour la société britannique et européenne.
Les valeurs portées par la sociale-démocratie française, déjà mises à mal dans la société, se verraient opposer durablement l'impossibilité de refaire surface et de prétendre un jour à l'hégémonie culturelle sur la société face à l'ampleur de la casse sociale qui résulterait de l'élection d'un Sarkozy ou d'un Bayrou à l'Elysée. Ségolène Royal peut apparaître comme le fruit d'une contradiction interne supplémentaire du socialisme français mais son élection à la tête du pays est le passage obligé pour poursuivre l'espérance socialiste en France et en Europe.

Frédéric FARAVEL
(avec quelques notes tirées
de mes lectures de Sciences Humaines)

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13 mars 2007 2 13 /03 /mars /2007 14:52
Comment fonctionne le petit monde des militants et des élites socialistes ? En disséquant la "société des socialistes", Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki dressent le portrait à la fois sombre et pathétique d'un parti recroquevillé sur lui-même au grand désespoir de ses militants.

"Il faut avoir le coeur bien accroché pour rester au PS."
Propos paradoxal d'un militant socialiste lillois, que le lecteur fera sans doute sien s'il lit jusqu'au bout le riche essai que Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki viennent de consacrer au Parti socialiste. Sans parti pris, ils dressent, à coup de statistiques, de rappels historiques et d'une enquête de terrain, un tableau clinique très sombre du prinicipal parti de la gauche française. Partant de la conviction que "pour comprendre ce que font et disent les socialistes, il faut comprendre ce qu'ils sont et la société qu'ils forment", ils décrivent un parti de plus en plus hermétique, homogène socialement et ayant du mal à avoir une vision de la société et une ligne idéologique claires. Ils rejoignent en cela les critiques ordinairement adressées au PS, mais, en montrant, grâce à leur vaste information, les mécanismes ordinaires, quotidiens, qui font de la "société socialiste" ce qu'elle est aujourd'hui.
L'ouvrage retrace en premier lieu l'histoire du socialisme français et rappelle quelques faiblesses structurelles du PS. Au gouvernement durant 15 des 25 dernières années, il est, parmis les partis sociaux-démocrates européens, l'un des plus faibles en termes de scores électoraux (27,8% en moyenne au 1er tour des législatives entre 1981 et 2005). Joue ici la spécificité de la situation française, notamment un Front national à 8-10% des inscrits et une extrême-gauche encore vivace. Contrairement à ses homologues allemand ou britannique, le socialisme français a toujours eu du mal à s'arrimer aux classes populaires (la CGT refusant notamment dès la naissance de la SFIO en 1905, toute collaboration) - le syndicalisme étant par ailleurs extrêmement faible en France par rapport aux autres pays européens. Le PS n'a pas réussi à s'imposer à gauche comme le PCF l'avait fait avant lui, entre 1945 et 1972.
Le socialisme français n'a donc jamais été "populaire". Mais cela n'empêche pas le PS d'être marqué
aujourd'hui par une fermeture aux groupes sociaux situés en bas voire au milieu de l'échelle sociale - même si la vague d'adhésions de l'année 2006 intervenue après la parution du livre doit corriger quelques éléments statistiques.
Au sein des élites notamment (élus, membres du Conseil national du parti et des cabinets ministériels) qui, de plus en plus, ont été recrutés au sein des classes supérieures et, en large majorité, dans la fonction publique. Mais le constat vaut aussi pour les militants qui s'embourgeoisent, avec un très faible recrutement au sein des classes populaires et des chômeurs. La majorité des adhérents appartiennent au secteur public. Le vieillissement était particulièrement inquiétant : l'âge moyen de l'adhérent socialiste est de 55 ans, et seuls 14% d'entre eux avaient moins de 40 ans - les adhésions de 2006 ont peu fait évoluer ce constat.
Déjà peu représentative, la société des socialistes se replie sur elle-même à cause de la rétractation des réseaux que le PS avait su tisser au cours des années 1970 avec d'autres organisations et mouvements, et qui lui offraient un "ancrage social". Par contre, l'essai connaît sur le thème d'une laïcité ringardisée au sein du PS une vraie faille, car, depuis 2005 et le débat sur la loi sur le voile, la cause laïque est à nouveau portée comme un marqueur et gare à celui ou celle qui voudrait casser l'unanimisme ambiant sur cette question ! J'ajouterai que cette évolution récente n'est pas forcément plus rassurante que ce qui est décrit dans l'essai, puisque si l'on regarde les thématiques débattues lors des congrès annuels de la SFIO déclinantes des années 1950-1960, la laïcité revenait comme une rengaine, paravent immanquable d'un parti qui n'osait plus faire face à d'autres débats moins évidents ceux-là.
Le lien avec la gauche étudiante, notamment extrême, qui avait pourtant fourni un cerain nombre de figures actuelles, vieillissantes, mais parfois respectables du PS (Lionel Jospin, Julien Dray, Henri Weber, Jean-Christophe Cambadélis...) se sont particulièrement distendus, la pratique du pouvoir les a défaits pour ne laisser place qu'à une "détestation  croisée bien établie". Le monde associatif s'est lui-même professionnalisé (la dimension militante passant au 2nd plan) alors que le PS ne promouvait pas ceux qui militaient dans les deux sphères. Les syndicats, enfin, se tiennent désormais à distance du politique - la CFDT notamment qui, échaudée par ses expériences passées avec le PS, proclame sa neutralité ("ni de gauche, ni de droite") et abdique dans le même temps la volonté de transformer la société, plus franchement encore que le PS.
(à suivre...)

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13 mars 2007 2 13 /03 /mars /2007 14:28
J'ai commencé à lire le dernier bouquin de Jacques Attali, une brève histoire de l'avenir. Au regard du marasame idéologigue et culturel dans lequel se trouve la gauche et le Parti socialiste (nous y reviendrons à l'occasion d'une autre note), je me suis dit que malgré les divergences politiques que je pouvais avoir avec Jacques Attali, celui-ci avait tout de même un recul, une réflexion et une profondeur de vue qui pouvait être utile.
Bon pour le moment, je me suis tapé l'avant-propos et les deux premiers chapitres, et jusqu'ici je reste sur ma faim.
En effet, le prologue vise à nous mettre en garde sur les risques que comporte l'avenir entre trois hypothèses à horizon 2050 : hypermarché, hyperconflit, hyperdémocratie... Il prévient qu'il existe des lois de l'histoire que l'on peut déduire des centaines de milliers d'années passées par l'être humain sur la Terre et que ces lois peuvent nous permettre de prédire et surtout de prévenir la course des évènements, donc dans l'optique d'orienter vers un épanouissement de l'humanité le futur qui nous attend.
Ces lois de l'histoire telles qu'elles nous sont présentée peu à peu semblent néanmoins un peut coincer au milieu du concept de psychohistoire du romancier de science-fiction Isaac Assimov et la philosophie économique et sociale de Karl Marx.
Ensuite dans les deux premiers chapitres, l'auteur accumule tout de même au milieu de beaucoup de lieux communs et de quelques synthèses intéressantes, les erreurs dans le domaine de la paléontologie humaine et de l'histoire ancienne, mélangeant datation, dates historiques, ensembles de civilisation (la Mésopotamie serait ainsi peuplée il y a 5 000 ans par des invasions successives turco-mongoles et indo-européennes... quid des akkadiens, amorrites, sumériens et élamites ?) et il tient le récit biblique de constitution du peuple hébreux pour une vérité historique et archéologiue alors que les archéologues israéliens ont prouvé le contraire depuis quelques années.
Je poursuis et je vous rendrai compte...
Frédéric FARAVEL

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12 mars 2007 1 12 /03 /mars /2007 09:47
François Hollande, premier secrétaire du PS, appelle à un «vote clair» dès le 1er tour en faveur de Royal et ne voit pas de perspective du côté de l'UDF:
«Bayrou-Sarkozy au 2nd tour, ce serait un non-choix»
Par David REVAULT D'ALLONNES - Libération - lundi 12 mars 2007
Alors qu'un sondage de l'Ifop donne François Bayrou à égalité avec Ségolène Royal au premier tour (23%), le Premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, répond aux questions de Libération sur la percée du candidat centriste.
François Bayrou vous inquiète-t-il ? 
Une campagne électorale, ce n'est pas un commentaire de sondages, c'est la préparation d'un vote, à partir des projets de société qui sont en confrontation. Il ne s'agit pas se laisser aller à l'enthousiasme ou à l'inquiétude, mais de faire preuve de la conviction nécessaire autour du pacte présidentiel de Ségolène Royal. A chaque scrutin présidentiel, certains affirment que le clivage gauche-droite n'a plus de sens. Le réveil est à chaque fois douloureux. Certains imaginent que le seul objectif de la campagne présidentielle serait de battre Sarkozy, et que tous les moyens seraient bons à cette seule fin. Mais, il ne faut pas simplement écarter, rejeter, empêcher. Il faut permettre un changement et lever une espérance. Ce choix doit se faire dès le premier tour avec Ségolène Royal.
Ségolène Royal peut-elle être absente du 2nd tour ? 
Quand on a connu le 21 avril, l'élimination de la gauche, nous ne pouvons occulter aucune hypothèse. C'est pourquoi il faut mener campagne en disant que seul le bulletin de vote compte, pas l'humeur, la mode ou la frénésie «sondagière».
Vous envisagez donc un 2nd tour Bayrou-Sarkozy ? 
Ce serait un non-choix pour les Français car ce serait une différence de degré mais pas de nature. Bien plus qu'un vote utile, j'appelle à un vote clair, cohérent, conséquent. L'élection présidentielle se joue au 1er tour, qui qualifie pour le second et crée de la dynamique de succès.
Envisageriez-vous de gouverner avec Bayrou ? 
Ségolène Royal a présenté un pacte présidentiel qui a permis déjà de rassembler au-delà du PS avec le PRG et le MRC de Jean-Pierre Chevènement. Si d'autres, au second tour de l'élection, veulent venir avec nous pour battre la droite et mettre en oeuvre le «pacte», ils seront les bienvenus. Mais ce n'est pas la démarche de François Bayrou. Lui, veut une alliance des contraires, c'est-à-dire le contraire d'une alliance.
Comment expliquez-vous la faiblesse de la gauche dans les sondages ? 
Il y a aujourd'hui beaucoup d'indécis et il est trop tôt pour les faire parler. Le niveau de la gauche n'a pas de raison d'être plus faible qu'en 2002 et même qu'en 2004, à condition que les voix de gauche ne se laissent pas disperser sur des candidatures qui ne sont pas de gauche et dont l'objectif est d'aboutir à une alternance au sein de la seule majorité UMP-UDF.
Le retour au premier plan de Dominique Strauss-Kahn consacre-t-il sa ligne au détriment de celle de Laurent Fabius ? 
Dominique Strauss-Kahn comme Laurent Fabius ont chacun leur rôle à jouer. La ligne est claire, c'est celle du pacte présidentiel de Ségolène Royal.
Ségolène Royal a-t-elle réussi à rassembler le parti, malgré les blessures de la primaire ? 
Notre primaire a été un bel exercice démocratique. Mais un vote laisse toujours des traces. Aussi, Ségolène Royal a-t-elle fait les gestes qui convenaient, en constituant son équipe du pacte. Toutes les générations et toutes les expériences doivent désormais s'impliquer chaque jour davantage dans la campagne. Qui pourrait penser que sur les décombres d'une défaite, il serait simple de reconquérir ? Si la gauche ne l'emportait pas, les risques pour la cohésion sociale du pays comme pour sa stabilité seraient immenses. Les intérêts partisans, et les ambitions personnelles ne pèsent guère au regard de l'enjeu. C'est tout de suite qu'il faut engager le changement.
Cette «équipe du pacte présidentiel» se réunira-t-elle un jour ? 
Elle va se déployer. Il sera sans doute nécessaire de la réunir dès le départ de la campagne officielle. Tout le monde est sur le pont.
Où se trouve le centre de commandement de la campagne ? 
C'est la candidate qui fixe le rythme, la forme et le contenu de la campagne. La feuille de route est simple : diffuser le pacte présidentiel, mobiliser les citoyens sur l'enjeu du premier tour et rassembler la gauche au second. Il y a toujours des choses à améliorer. Mais jamais nous n'avons eu autant d'affluence dans nos réunions publiques.
Que pensez-vous d'un ticket Royal-DSK ? 
Avant de savoir quelle sera la répartition des responsabilités et des postes, il faut gagner.
Comment jugez-vous la proposition de Sarkozy de créer un ministère de l'Identité nationale et de l'Immigration ? 
Choquante. Rapprocher immigration et identité nationale, c'est laisser penser que la 1ère pourrait être une menace pour la 2nde. Et, si seul Jean-Marie Le Pen a approuvé cette initiative, c'est qu'elle correspond au fond idéologique de l'extrême droite. Confier la présidence de la République à un candidat qui cède à ce mauvais calcul serait un risque.
Un soutien de Chirac à Sarkozy se révélerait-il un atout pour vous ? 
S'il ne l'a pas fait hier, il le fera demain. Sarkozy est le président du parti qu'a fondé Jacques Chirac, il a été le n°2 des gouvernements Raffarin et Villepin, il est le seul candidat soutenu par tous les membres du gouvernement et par l'entourage le plus proche de Chirac. C'est sans doute encombrant pour Nicolas Sarkozy, mais c'est cohérent : il est le candidat sortant. Sarkozy ne veut pas porter le fardeau du bilan des 2 gouvernements Villepin et Raffarin, et tente d'apparaître sur le mode de la nouveauté. Dans ce scrutin, la droite comme le centre occultent leur histoire, cachent leur identité et maquillent leur projet.

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11 mars 2007 7 11 /03 /mars /2007 11:12

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11 mars 2007 7 11 /03 /mars /2007 07:53

Img_9993_1Passionnant débat mercredi 28 février 2007 au Parlement Européen. Comme chaque année à l'initiative de la commission affaires économique et monétaire du Parlement européen, les parlements nationaux des 27 états membres étaient invités à discuter deux jours durant. Au menu hier et aujourd'hui : "comment améliorer la convergence des économies dans la zone euro ?"

Etaient donc appelés à plancher, pour commencer, plusieurs économistes dont le prix Nobel d'économie, l'américain Joseph Stiglitz, sur le modèle de croissance européen. Devaient leur succéder, les architectes de ce modèle, le patron de la BCE, Jean Claude Trichet et le Commissaire en charge des affaires économiques, Joaquin Almunia.

Là où le débat devait être compartimenté et cloisonné, Pervenche Beres, Présidente de la commission improvisa en demandant à Joseph Stiglitz de rester débattre avec Jean Claude Trichet et Joaquin Almunia. Bien lui en a pris !

Le temps annoncé à la grisaille s’est soudain éclairci.

Après les récitations auto satisfaites d'usage de messieurs Trichet et Almunia, sur les mérites incomparables de la politique de stabilité des prix, la nécessité de poursuivre les réformes structurelles et d'amplifier la flexibilité du marché du travail, Stiglitz a pris la parole.

La forme tranchait. L’homme est rond, jovial, souriant et sait combiner rigueur de la démonstration et clarté du discours. En outre, l’homme d’action et de pouvoir qu’il été durant ses années d’économiste en chef de la Banque Mondiale ou de conseiller économique de Bill Clinton n’a rien perdu des qualités de pédagogue appréciées par ses étudiants de l’Université de Columbia.

Le fond a été à la hauteur de la forme. Joseph Stiglitz a rappelé que les gens ne mangeaient pas de "stabilité des prix". Il a rappelé que celle ci comme la politique de concurrence ne sont pas une fin en soi mais qu'il s'agit d'outils ou d'objectifs intermédiaires qui doivent servir les objectifs majeurs que sont la croissance, le plein emploi, le pouvoir d'achat et le bien être des citoyens. Puis il est revenu sur les excès de la politique européenne de libéralisation, sur les dégâts des politiques de privatisation de la protection sociale. Il a rappelé à Jean Claude Trichet cette phrase d'un de ses confrères ancien patron de la banque fédérale américaine à propos de l'indépendance des banque centrale : "le Congrès nous a fait, il peut nous défaire". Il a souligné le caractère politique des décisions liées à la politique de change ou à la définition des objectifs d'inflation.

Bref, son Nobel d'économie sur le dos il est venu rejoindre la liste de ceux que Mrs Trichet ou Almunia observent parfois, tels des hérétiques, dés qu'ils évoquent la nécessité d’une réforme du mandat de la BCE et critiquent les orientations économiques libérales proposées par la Commission.

J'ai eu la chance d'intervenir dans ce débat. J'y ai critiqué l'interprétation restrictive du mandat de la BCE et répété qu'il était éprouvant d'entendre le patron de celle-ci s'opposer systématiquement à toute politique de hausse des salaires dans la zone euro comme il venait deux jours plus tôt de le faire. J’ai relayé la demande de nombreux parlementaires d’une définition de la politique de change par des institutions politiques.

Stiglitz m’avait fait entendre une musique qui m’avait fait oublier le mur d’orgueil des patrons de l’économie européenne. Trichet m’a répliqué en répondant à une question que je n’avais pas posée. En trois phrases, Almunia m’a dit que le mandat de la BCE était le bon, qu’il y avait pas de raison de modifier les règles en matière de contrôle politique de la politique des changes et m’a remercié pour avoir ouvert ce grand débat trop important pour être réglé là, sur la redistribution des fruits de la croissance et la hausse des salaires. Fermez le ban.

Pepite72gJe vous livre cette ultime pépite : Jean Claude Trichet citait hier à l’appui des résultats de sa politique de stabilité des prix, un sondage commandé par la Commission qui montrait que les consommateurs européens étaient favorables à la stabilité des prix !!! Quand je lui indiquais dans mon intervention plus tard, qu’on avait rarement vu un consommateur souhaiter la hausse des prix, surtout quand son pouvoir d’achat n’augmentait pas depuis des années et ceci conformément aux recommandations de la BCE elle-même, Jean Claude Trichet n’a pas jugé utile de répondre.

Merci à Joseph Stiglitz. Pendant deux heures, l’économie parlait aux hommes et parlait des hommes, l’orateur ne gonflait pas d’orgueil devant des tableaux statistiques et l’auditoire souriait d’être devenu plus intelligent.

A lire notamment :

La grande désillusion (Plon et livre de poche)

Quand le capitalisme perd la tête (livre de poche)

Un autre Monde (fayard)

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10 mars 2007 6 10 /03 /mars /2007 17:23
Immigration: Royal dénonce l'amalgame «assez ignoble» de Sarkozy
En marge de sa visite samedi au Salon de l'agriculture, la candidate socialiste a critiqué la proposition de Nicolas Sarkozy de créer un «ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale».
Par Reuters
LIBERATION.FR : samedi 10 mars 2007
Ségolène Royal a dénoncé samedi dans la proposition de Nicolas Sarkozy de créer un «ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale» un amalgame assez ignoble. «Je trouve assez ignoble de faire cet amalgame entre l'identité française et les travailleurs immigrés, étrangers, qui viennent ici pour contribuer à la croissance économique», a déclaré la candidate socialiste à l'élection présidentielle en marge de sa visite au Salon de l'agriculture à Paris.

«Je pense que c'est une confusion malheureuse, a-t-elle ajouté. Jamais les travailleurs immigrés n'ont menacé l'identité française. Au contraire, les immigrés réguliers (...) viennent souvent faire du travail que les Français ne veulent pas faire.»

La proposition du candidat de l'UMP à l'Elysée de créer un «ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale», avancée jeudi soir sur le plateau France2 lors de l'émission "À vous de juger", a provoqué un tollé quasi-général. À part le Front National, la totalité des adversaires politiques de Nicolas Sarkozy, ainsi que les associations de défense des droits de l'homme, se sont accordées pour fustiger son projet.

Samedi, Dominique Voynet a elle aussi attaqué le ministre de l’Intérieur, jugeant que ce dernier «chasse sur les terres de l'extrême droite» avec sa proposition de créer un «ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale». «Sa proposition est exécrable», a déclaré la candidate des Verts sur TF1.  Et de rappeler que son parti proposait, pour sa part, «quelque chose de radicalement différent, sortir, bien sûr, l'immigration de l'orbite du ministère de l'Intérieur pour faire un ministère de la coopération internationale et des migrations».

À Caen, une justification laborieuse
Le candidat UMP a tenté de désamorcer les «mauvaises polémiques».
Soleil rasant d'hiver sur fond de plage du débarquement de juin 1944 et de gigantesque croix de Lorraine. Nicolas Sarkozy se recueille. La controverse sur son ministère de l'Immigration et de l'Identité française ? Il s'en moque : «Il y a de mauvaises polémiques», dit-il. Mais quand il se justifie, c'est laborieux : «L'identité, ce n'est quand même pas un gros mot. La France est un pays ouvert, mais ceux que nous accueillons doivent prendre en compte nos valeurs.» Selon lui, «on ne peut pas parler d'intégration sans dire ce que nous sommes, ce que c'est la France». S'il finit par convenir que la notion d'identité est mouvante, qu'elle se nourrit de l'apport des autres, il estime, comme presque tous les candidats, que des valeurs ne sont «pas négociables» : «La laïcité, l'égalité homme-femme, la République et la démocratie.» Mais, à l'entendre, c'est «parce que nous n'avons pas dit ce que nous sommes» que l'extrême droite a pu prospérer.
En meeting vendredi soir à Caen (Calvados), face à 9 000 personnes, il en a même profité pour tacler sa concurrente socialiste : «L'identité française est au coeur de la campagne, qui n'est pas une campagne pour gérer une région, aussi belle soit-elle.» Il a aussi cherché à couper court aux critiques des défenseurs des droits de l'homme : «La France, ce n'est pas une race, pas une ethnie. La France, c'est tous les hommes qui l'aiment, qui sont prêts à défendre ses idées, ses valeurs.» S'il prend soin de rajouter dans son discours quelques incises sur les apports de l'immigration à l'identité nationale, il fait surtout un tabac en lançant : «Être Français, c'est parler et écrire le français. [...] Celui qui ne fait aucun effort pour s'intégrer, celui-là ne doit pas s'attendre à se voir reconnaître les mêmes droits qu'un Français.» Ou encore : «Ceux qui méprisent la France, ceux qui la haïssent ne sont pas obligés de rester.» Une déclinaison du bon vieux slogan emprunté à l'extrême droite : «La France tu l'aimes ou tu la quittes!»

L'identité nationale, passerelle entre droite et extrême droite
Jean-Marie Le Pen ravi du ralliement de Sarkozy à ses idées.
Bruno Mégret en a rêvé, Nicolas Sarkozy le promet. Bien sûr, Jean-Marie Le Pen n'a pas manqué de se réjouir vendredi de la proposition du candidat UMP de créer un «ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale». Le vieux leader d'extrême droite a moqué «une petite opération de racolage sur les terres du FN», mais il a pris soin d'approuver la suggestion de Sarkozy. Placer la défense et la perpétuation de «l'identité nationale» sous la férule des pouvoirs publics à travers la création d'une structure ministérielle est une revendication de longue date du parti d'extrême droite. Au-delà de sa volonté de restreindre le regroupement familial ou d'accélérer les expulsions, exprimée aussi jeudi soir sur France2, la trouvaille sémantique de Sarkozy illustre un vrai virage politique.
Comblé. Refuser d' «associer immigration et identité nationale», comme l'a fait, notamment, vendredi, François Bayrou, c'est nier que «l'immigration puisse porter atteinte à l'identité nationale» alors «qu'il s'agit d'une terrible réalité», a ainsi asséné Le Pen comme pour traduire les propos du ministre-candidat. Pourtant, plus encore que le président du FN, c'est le chef de file du Mouvement national républicain (MNR), Bruno Mégret, que Sarkozy comble, au moins sur le plan lexical. C'est en effet l'ex-«félon», revenu dans le giron lepéniste à l'occasion de cette campagne présidentielle, qui avait attisé la prééminence de la revendication identitaire au sein du FN. Lorsqu'il rallia le parti de Le Pen au milieu des 80's, Mégret, lui-même ancien membre du comité central du RPR, y importa des thèses radicales faisant de la sauvegarde de «l'identité nationale» la clef de voûte du programme frontiste.
Depuis lors, la mise en exergue de ce thème demeure, au fil de la concurrence électorale, un carrefour où se rencontrent droite traditionnelle et extrême droite. Dans les 80's, le Club de l'horloge, où Bruno Mégret avait puisé son inspiration avec ses amis Yvan Blot (ex-RPR) et Jean-Yves Le Gallou (ancien du Parti républicain, PR), servit de passerelle entre ces 2 mondes. À coup de livres et de colloques défendant le droit du sang ou inventant la «préférence nationale», le Club de l'horloge fit mijoter un cocktail idéologique explosif visant à remuscler le logiciel intellectuel de la droite. Tandis que certains «horlogers» demeuraient cadres du RPR ou du PR, le trio Blot-Le Gallou-Mégret finit donc par investir le FN pour y créer, notamment, une revue théorique baptisée... Identité. 
Au tournant des 90's, sous le coup de l'ascension électorale du FN, la droite RPR-UDF durcit le ton sur l'immigration pour récupérer l'électorat qui la quitte pour Le Pen. C'est le temps du «bruit et [de] l'odeur» des immigrés moqués par Jacques Chirac à la fin d'un banquet, à Orléans, ou encore de Valéry Giscard d'Estaing qualifiant l'immigration d'«invasion» dans le Figaro Magazine en 1991.
Rupture. Après 1993, les leaders de la droite rompent avec ces dangereux cousinages, seuls des barons locaux (Millon, Soisson, Baur, Blanc) se vautrent dans les délices de la compromission avec le FN à l'occasion des régionales de 1998.
À coups de provocations verbales («Kärcher», «racaille», etc.) et d'une succession de lois répressives sur l'immigration, Sarkozy fut souvent accusé par ses adversaires depuis 2002 de se «lepéniser». L'intéressé s'en est toujours farouchement défendu, exhibant la suppression de la double peine, la «discrimination positive» ou la création du Conseil français du culte musulman en gages de bonne foi. Cette fois, en promettant la création d'un ministère de «l'Immigration et de l'Identité nationale», Sarkozy franchit une étape périlleuse.

Sarkozy chasse sur le territoire du FN
En proposant un «ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale», il choque ses adversaires et les associations.
Un tollé. Et un seul soutien. Celui de Jean-Marie Le Pen. Vendredi, la proposition de Nicolas Sarkozy, la veille au soir sur France2, de créer, s'il était élu président, un «ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale» et de faire voter, dès juillet, une nouvelle loi sur l'immigration destinée à «encadrer le regroupement familial», a suscité une vague de protestations. De ses adversaires évidemment. Mais aussi de l'ensemble des associations de défense des droits de l'homme.
Nicolas Sarkozy propose 3 conditions pour qu'un étranger puisse faire venir sa famille en France : la loger «pour qu'il n'y ait plus de squats», avoir des revenus pour la faire vivre et qu'elle ait appris «des rudiments de français avant de venir en France». Ce durcissement du candidat de l'UMP, désormais sous la pression d'un François Bayrou de plus en plus haut dans les sondages, n'a été salué que par Jean-Marie Le Pen : refuser d' «associer immigration et identité nationale», c'est nier que l'«immigration puisse porter atteinte à l'identité nationale alors qu'il s'agit d'une terrible réalité», a déclaré le leader d'extrême droite.
«Frontière». François Bayrou a été un des premiers à réagir vendredi. «En enfermant dans la même phrase immigration et identité nationale», le ministre-candidat a franchi une «frontière», a-t-il estimé dans la matinée. Avant de souligner le soir, lors d'un meeting à Perpignan, que l' «identité nationale, elle a un nom et c'est la République. Dans une campagne électorale, il arrive qu'on ait des déclarations risquées, mais il y a une chose qu'il ne faut pas faire, c'est que ces déclarations remettent en cause les principes républicains les plus élémentaires». 
«Les mots ont un sens», a affirmé pour sa part François Hollande. «Je crains vraiment que, dans cette campagne, Nicolas Sarkozy soit dans un flirt poussé avec les thèses du Front national», a ajouté le n°1 socialiste. En proposant de créer ce ministère, Nicolas Sarkozy «s'arc-boute dangereusement sur des questions identitaires», a ajouté Faouzi Lamdaoui, secrétaire national adjoint à l'Égalité du PS. «Accoler immigration et identité nationale renvoie aux épisodes les plus sombres de notre histoire, a affirmé pour sa part Marie-George Buffet. Réveiller ainsi l'époque de Vichy pour mieux donner des gages aux thèses xénophobes et racistes du FN est indigne d'un candidat républicain [...]. Décidément, Nicolas Sarkozy est un homme politique dangereux.» 
Les condamnations ont été tout aussi fortes chez les associations qui luttent quotidiennement aux côtés des étrangers. SOS Racisme, France terre d'asile, la Ligue des droits de l'homme (LDH), le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) et le Réseau éducation sans frontières (RESF) ont désavoué les déclarations du ministre. Ils y voient un risque pour la cohésion nationale. «L'association entre immigration et identité nationale suggère, comme le martèle Le Pen depuis 15 ans, que les immigrés menacent l'identité nationale», relève Jean-Paul Dubois, président de la LDH. Pour le Mrap, «Sarkozy fait ainsi un choix de société, celui du rejet de l'autre, dans une logique de division incendiaire». 
«Opportun». Etonnamment, dans son propre camp, peu de voix se sont levées pour soutenir Sarkozy. Ses porte-parole sont vaillamment montés au créneau. En 2 temps, vu l'ampleur de la polémique. Le matin, Rachida Dati a estimé qu'il n'y avait «rien de choquant» dans la proposition du candidat UMP de créer un tel ministère. Selon elle, «la France souffre depuis plus de 20 ans d'échec de la politique d'intégration». «On a de plus en plus de mal à intégrer des gens qui sont Français, qui sont nés en France, par rapport à une première génération qui a eu moins de difficultés, donc [il faut] que l'immigration et l'identité nationale aillent ensemble», a-t-elle fait valoir. «Ce n'est pas parce que Bayrou est à l'affût de tout et que Hollande est aux abois qu'il faut qu'ils racontent n'importe quoi», a lancé Xavier Bertrand, l'autre porte-parole de Sarkozy. Hier soir, dans un communiqué, les deux porte-parole ont réaffirmé qu' «établir un lien entre l'immigration et l'identité nationale est tout aussi nécessaire qu'opportun». «Affirmer que la France ne doit accueillir que les migrants qui parlent et écrivent le français, aiment la France, respectent ses valeurs, est aussi fondamental que de reconnaître que l'identité française s'enrichit avec l'arrivée de nouveaux migrants», ont-ils expliqué.
Rhétorique. Reste que cette nouvelle proposition de Sarkozy s'inscrit dans un durcissement continu des conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France. Avec à la clé une inflation législative qui avait fini par poser question. En 2003, Sarkozy avait fait voter une loi sur l'immigration, puis une 2nde en juillet 2006, qui compliquait déjà le regroupement familial en fixant des conditions (surface d'habitation, ressources) plus exigeantes.
Avec sa déclaration de jeudi, il franchit d'ailleurs un nouveau palier, alors que tous les décrets d'application de son dernier texte ne sont même pas encore parus. Pour Patrick Weil, spécialiste des questions d'immigration, «le regroupement familial a déjà été restreint dans les 2 premières lois [...]. Aller au-delà des restrictions apportées, c'est risquer de mettre en cause le droit à la vie familiale normale qui est un droit fondamental». Celui énoncé par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme sur le droit de vivre en famille.

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10 mars 2007 6 10 /03 /mars /2007 11:37
Espoir à Belfast
LE MONDE | 09.03.07 | 16h12

omme souvent dans les pays divisés entre communautés antagonistes, les partis les plus radicaux ont remporté les élections en Irlande du Nord. D'après les premiers résultats, le Parti unioniste démocratique (DUP) du pasteur Ian Paisley, qui militait naguère pour le rattachement de la province à la Grande-Bretagne, devrait recueillir la majorité relative chez les protestants. L'autre grand vainqueur serait le Sinn Féin, ancienne branche politique de l'IRA, qui s'est battu pendant des décennies pour chasser les Britanniques et rejoindre la catholique République d'Irlande. Les partis modérés arrivent loin derrière, et l'Alliance, la seule formation interconfessionnelle, ne peut pas compter sur plus de 5% des suffrages.

Les élections du 7 mars permettront-elles de réaliser ce que les scrutins précédents n'avaient pas permis d'obtenir, c'est-à-dire la formation d'un gouvernement autonome à Belfast, dans lequel coopéreraient les ennemis jurés d'hier ? Depuis les accords dits du vendredi saint, en 1998, ce n'est pas la première fois en effet que les Irlandais du Nord essaient de s'entendre. Plusieurs tentatives se sont heurtées à l'intransigeance et au double jeu des plus extrémistes des deux communautés.

Unionistes protestants et républicains catholiques sont cependant condamnés à travailler ensemble s'ils ne veulent pas que Londres rétablisse son administration directe, avec un droit de regard du gouvernement de Dublin, ce qui, pour les amis de Ian Paisley, s'apparente à un blasphème.

Fort de son succès électoral, le vieux pasteur devrait devenir le premier ministre de la province, flanqué d'un adjoint qui ne serait autre que l'ex-n° 2 de l'IRA, Martin McGuiness. Bien que l'organisation terroriste se soit dissoute, qu'elle ait renoncé à la violence, rendu ses armes et finalement reconnu le pouvoir de la police et de la justice nord-irlandaises, M. Paisley continue d'exiger qu'elle "se repente" et répudie son "entreprise diabolique". Son dernier combat, c'est accepter le partage du pouvoir entre protestants et catholiques, pour tirer un trait définitif sur une guerre qui a duré plus de trente ans et fait plus de 3 000 victimes, et pour s'attaquer au retard économique.

Peu de temps après son arrivée au pouvoir, en 1997, Tony Blair a cherché à régler la question nord-irlandaise, qui avait empoisonné la vie de ses prédécesseurs. Avec la complicité du premier ministre de la République d'Irlande, Bertie Ahern, il a lutté pour imposer une solution tenant compte de l'attachement à la couronne des loyalistes protestants et des justes revendications des catholiques, sans paraître récompenser la violence. Un succès de cette énième tentative de sceller la paix en Irlande du Nord assurerait à M. Blair, quelques mois avant son départ, une place dans l'Histoire.

Unionistes et républicains vainqueurs
Par LE LOËT Karine - Libération - samedi 10 mars 2007
2 partis sont sortis hégémoniques du scrutin du 7 mars en remportant plus de la moitié des sièges à l'Assemblée nord-irlandaise. Sur les 108 sièges de l'Assemblée régionale, le DUP (Democratic Unionist Party), emmené par le révérend Ian Paisley, en a remporté 36, le parti républicain Sinn Féin de Gerry Adams, 28. Tous 2 affichent une progression notable par rapport aux précédentes élections locales de 2003 (6 sièges supplémentaires pour le DUP, 4 pour Sinn Féin). Du côté de leurs rivaux respectifs, c'est la débandade : l'autre parti unioniste, l'UUP de l'ex-leader David Trimble, recule de 9%, les socialistes du SDLP ont subi une régression plus modérée de l'ordre de 2%. Le taux de participation a été de 63,5%.

En Irlande du Nord, Sinn Féin (parti catholique) et le DUP (protestant) doivent former un gouvernement avant le 26 mars.
Ian Paisley et Gerry Adams partenaires malgré eux
Par LE LOËT Karine - Libération - samedi 10 mars 2007
Appelés aux urnes mercredi, les électeurs d'Irlande du Nord ont renvoyé dos à dos les 2 grands partis ennemis de la province. D'un côté, le DUP (Democratic Unionist Party), protestant, mené par Ian Paisley, de l'autre, le parti républicain Sinn Féin, catholique, porté par Gerry Adams. Plébiscités, les 2 partis écopent désormais d'une tâche difficile : installer la paix sur ce petit bout d'Irlande marqué par la guerre civile. Pour cela, il leur faudra ressusciter l'Assemblée d'Irlande du Nord. Celle-ci avait été dissoute en 2002, alors que les Unionistes refusaient de collaborer avec les républicains. Privés de siège, ses députés s'étaient alors retrouvés au chômage technique. Si tout se passe comme prévu, ils pourraient dès la fin du mois retrouver du travail.
«Pécheurs catholiques».   Mais tout reste à faire. Car pour restaurer l'institution, Sinn Féin et le DUP doivent s'entendre, avant le 26 mars, sur la formation d'un gouvernement bi-confessionnel. Or, dans le camp unioniste, la réticence est la règle. Appelé à devenir Premier ministre, Ian Paisley renouvelait, en novembre dernier, son refus de collaborer avec les catholiques. Parmi les points d'achoppement, la nomination au poste de vice-Premier ministre de Martin McGuiness, 2nd du parti républicain. Or l'homme incarne, pour les protestants, l'archétype de l'ennemi. Ancien chef de l'IRA, l'ex-branche armée de Sinn Féin, il a connu la prison pour avoir participé à une tentative d'attentat dans les 70's. L'unioniste Ian Paisley sera-t-il prêt à tendre la main aux «pécheurs catholiques» ? Rien n'est moins sûr. Alors que les urnes livraient jeudi leurs premiers résultats, l'homme affirmait que «les membres de Sinn Féin ne seront pas invités à la table des négociations avant de s'être clairement déclarés en faveur de la démocratie. Je suis un démocrate [...]. Je ne discute pas avec Sinn Féin tel qu'il est aujourd'hui». Pour les républicains, il s'agit là d'une nouvelle tentative du pasteur pour repousser un partage du pouvoir risquant d'affaiblir son image. L'homme, connu sous le surnom de Dr No, a gagné sa notoriété en affichant une inflexibilité légendaire.
«Tout s'écroulera». Au même moment, Gerry Adams renouvelait sa volonté de négocier avec les unionistes et assurait avoir rempli sa part du contrat. En 2005, l'IRA, la faction armée de son parti, a déposé les armes et, fin janvier 2007, ses élus ont voté pour la reconnaissance de la police, longtemps accusée d'être le bras armé du camp protestant. Pour Gerry Adams, la balle est dans le camp unioniste : «J'aimerais penser que Ian Paisley va utiliser ce vote de manière positive.» Même son de cloche du côté de Tony Blair et de son homologue irlandais, Bertie Ahern, réunis hier lors d'un sommet européen à Bruxelles : «Nous appelons les partis à relever ce défi et à placer l'Irlande du Nord sur le bon cap [...]. La restauration des institutions semi-autonomes représente une occasion historique. Il ne faut pas passer à côté.» 
Dans les consciences, il faudra encore du temps avant de voir le vieux révérend unioniste discuter courtoisement avec ses rivaux républicains. Or du temps, le Premier ministre de la République irlandaise n'est plus prêt à en donner. «L'affaire doit être réglée avant le 26 mars, il n'y a pas d'alternative, a affirmé Bertie Ahern. Soit l'Assemblée nord-irlandaise sera rétablie avec un gouvernement biconfessionnel à sa tête ou tout s'écroulera.» Si les 2 partis n'arrivaient pas à s'entendre, l'institution serait à nouveau dissoute, et le pouvoir reviendrait aux autorités de Dublin et de Londres.

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9 mars 2007 5 09 /03 /mars /2007 14:35
 
En Irlande du Nord, les deux principales forces rivales seraient en tête des élections
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 08.03.07 | 20h31  •  Mis à jour le 09.03.07 | 12h24

es premiers ministres britannique et irlandais, Tony Blair et Bertie Ahern, ont appelé, vendredi 9 mars, à Bruxelles, les dirigeants nord-irlandais à ne pas rater une occasion "historique" de partager le pouvoir. 

Les résultats des élections législatives en Irlande du Nord ne sont pas encore définitifs mais une tendance forte se dégage déjà. Sur les 108 sièges que compte l'Assemblée, 72 sont attribués : le Parti unioniste démocrate (DUP) du pasteur Ian Paisley en a remporté 25 et le Sinn Féin de Gerry Adams, 24. Les 2 dirigeants ont été réélus. 4 autres partis obtiennent les 23 restants, dont 10 au Parti social-démocrate et travailliste (SDLP, 15,2% des voix).

Tout porte donc à croire que le DUP et le Sinn Féin vont devoir gouverner ensemble. Le ministre des affaires étrangères irlandais, Dermot Ahern, a invité le DUP à faire un "bond de géant" en "s'associant aux nationalistes au sein du gouvernement". Interrogé sur une future collaboration, Ian Paisley a déclaré : "Je ne discuterai pas avec le Sinn Féin tant qu'ils n'auront pas désavoué le terrorisme. Laissons-les renier la violence." De son côté, Martin McGuinness, figure du Sinn Féin, a affirmé qu'il était "temps d'arrêter de tergiverser".

Londres a menacé de continuer à exercer sa tutelle sur l'Irlande du Nord si aucun accord entre protestants et catholiques n'intervenait avant le 26 mars.

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9 mars 2007 5 09 /03 /mars /2007 12:26
Strauss-Kahn invite Bayrou à se prononcer contre Sarkozy
LE MONDE | 09.03.07 | 10h54

orsque François Bayrou a fait de vous un premier ministre potentiel de sa majorité, vous avez laissé dire… Pourquoi ?

Cette question ne se posera pas. Je suis un homme de gauche et l'union nationale, telle que la propose François Bayrou, ferait avant tout l'affaire des extrêmes. La France a besoin d'une majorité de gauche. Pour autant, je trouve que l'on est à la fois trop indulgent par rapport au flou du projet de François Bayrou et parfois trop excessif par rapport à sa démarche.

C'est certes un homme de droite, mais il a donné des signes de rupture par rapport à Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. Est-ce que ces signes de rupture en font une solution pour la France ? Je ne le crois pas : en mettant sur le même plan le PS et l'UMP, il est injuste sur le passé et inopérant pour l'avenir. Est-ce que cela en fait le meilleur candidat pour battre Nicolas Sarkozy ? Je ne le crois pas davantage. Il ne peut ni ne veut rassembler l'ensemble de la gauche, or c'est nécessaire pour battre Nicolas Sarkozy.

Ségolène Royal, parce qu'elle n'est pas centriste mais occupe une position centrale, est la mieux placée pour rassembler. François Bayrou devra finir par se déterminer. S'il va jusqu'au bout de sa logique – et je l'y encourage ! –, il se prononcera contre l'alliance avec Nicolas Sarkozy au second tour. Cela fera une belle majorité pour battre Sarkozy et pour changer la France.

Vous suggérez au candidat centriste de rallier Mme Royal ?

Ségolène Royal l'a dit : tous ceux qui rejoindront le "pacte présidentiel" auront vocation à rejoindre le gouvernement et la majorité présidentielle.

Le candidat centriste est donc compatible avec la gauche ?

La ligne de François Bayrou n'est pas une solution, c'est une illusion. Sa progression dans les sondages est la manifestation la plus repérable de l'exaspération des Français devant l'absence de vrais débats sur leurs vrais problèmes. Je les comprends. Remettons les solutions – notamment économiques et sociales – au cœur de la campagne présidentielle : nous verrons si François Bayrou partage les nôtres et, j'en suis sûr, nous l'emporterons.

Vous faites une ouverture à l'électorat centriste ?

Il n'y a pas d'ouverture à faire. Il y a à montrer que la gauche que Ségolène Royal veut incarner, et moi aussi, offre un nouveau visage. J'ai plaidé pour une gauche social-démocrate. Je pense toujours que la solution est là.

La progression de M. Bayrou dans les sondages signifie-t-elle que le clivage droite-gauche a du mal à s'installer ?

La succession des alternances et les difficultés de la société française ont érodé les différences manichéennes qui existaient jusqu'en 1981. C'est plutôt une bonne chose. Pour autant, je continue de penser que les différences entre la droite et la gauche structurent notre pays. Qui ne voit aujourd'hui qu'il y a deux manières de faire évoluer la société française dans la mondialisation. La gauche moderne que représente Ségolène Royal, et que je défends, vise à concilier une nouvelle vision de la création de richesse et de la réduction des inégalités.

Cette campagne est beaucoup trop remplie d'anecdotes. Les Français sont dessaisis des débats. Nicolas Sarkozy organise le brouillage, en citant Jaurès et Blum, et se fait le champion du travail, "travailler plus pour gagner plus". Or, il a été rappelé mille fois que ce ne sont pas les salariés qui décident des heures supplémentaires, et que ça n'apporte aucune solution aux salariés en temps partiel subi. C'est une approche très différente, sur le pouvoir d'achat, de celle que propose la gauche avec l'ouverture d'une grande négociation avec les partenaires sociaux qui traite de la hausse du smic et de la revalorisation des petites retraites mais aussi de toute la revalorisation des carrières professionnelles…

Sur la question fiscale, Nicolas Sarkozy dit qu'il faut baisser de 4 % les prélèvements obligatoires alors que chacun sait très bien que le problème central du pays, c'est celui de la dette, sur laquelle Ségolène Royal a mis l'accent, et que cela impose de stabiliser les prélèvements obligatoires. Dire, comme le fait Nicolas Sarkozy, qu'on veut faire passer le bouclier fiscal à 50 % revient en fait à supprimer l'ISF. Dans ces conditions, qu'il le dise clairement ! Que le débat commence enfin sur les objectifs, les priorités, les solutions, les modalités… sous le regard des Français.

Quelle relance faut-il pour l'Europe ?

Il faut absolument que l'ensemble de la mécanique reparte. Le cadre principal doit être celui de l'entente étroite entre Français et Allemands. Il faut reprendre l'inspiration du traité de l'Elysée de 1963 et, avec un nouveau pacte, aller loin dans l'intégration franco-allemande, en dégageant une vision commune sur les frontières, l'économie et le social, le militaire et le diplomatique et l'environnement et l'énergie.

Avec la présidence allemande en 2007, la présidence française en 2008 et les élections européennes en 2009, la fenêtre est étroite, mais elle existe. Pour le reste, il faut écarter le "mini-traité" version Sarkozy parce qu'il manque d'ambition et heurte les dix-huit pays qui ont dit oui à la Constitution européenne. Nous n'avons pas besoin d'un traité "moins". Nous avons besoin d'un traité "plus", qui réponde aux attentes sur le social, l'environnement, la gouvernance économique, de ceux qui sont inquiets d'une Europe trop libérale.

Ce nouveau traité doit-il être soumis à un référendum ?

S'il n'est qu'un règlement intérieur de fonctionnement de l'Union, sous la pression des eurosceptiques, des Britanniques, des Polonais, des Tchèques auxquels Nicolas Sarkozy prête la main avec son mini-traité, il peut passer par la voie parlementaire. Si c'est le traité "plus", le parallélisme des formes impose un référendum mais, dans ce cas, il sera, j'en suis sûr, adopté.

La présence de l'Etat dans le capital d'EADS est-elle nécessaire ?

Oui. La spécificité d'EADS, c'est qu'il s'agit de la première entreprise créée de façon binationale – avec des actifs français et allemands – et avec une organisation bicéphale. La participation de l'Etat français a été un élément de discussion au départ, mais ce n'est plus une difficulté aujourd'hui. En revanche, l'organisation bicéphale, qui était indispensable pour créer EADS, n'était pas destinée à durer : il aurait fallu la faire évoluer. Je me souviens que dès 2002, j'avais rencontré le président de Daimler pour voir avec lui les modalités possibles d'évolution. Le décès de Jean-Luc Lagardère – qui appuyait cette démarche – a interrompu le processus. Il aurait fallu depuis bouger sur cette question. En cinq ans, le gouvernement n'a rien fait.

Cette gouvernance bicéphale, il faut y mettre fin ?

Oui. Bien des solutions peuvent être imaginées, comme une présidence à tour de rôle. Mais, pour pouvoir être adoptées, il faut recréer de la confiance.

Mais vous êtes d'accord avec la demande de Ségolène Royal d'une recapitalisation par les Etats et d'une participation des régions ?

Pourquoi pas ! Même si nous ne sommes pas dans le cas d'Alstom, et si la recapitalisation n'est pas le problème principal d'Airbus, elle peut être utile. Airbus connaît d'abord des difficultés d'organisation. Il y aurait beaucoup à gagner à discuter avec les organisations syndicales, sans oublier les sous-traitants, pour remettre à plat le plan Power 8. C'est un grand gâchis d'avoir construit ce plan sans les avoir suffisamment consultées.


Propos recueillis par Arnaud Leparmentier et Isabelle Mandraud

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