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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. J'anime aussi le groupe d'opposition municipale de gauche "Vivons Bezons" et je suis membre du groupe d'opposition de gauche ACES à la communauté d'agglomération Saint-Germain/Boucle-de-Seine.
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Gauche Républicaine & Socialiste

10 octobre 2022 1 10 /10 /octobre /2022 18:12

J'ai rédigé avec Gurvan Judas le communiqué ci-dessous pour la Gauche Républicaine et Socialiste concernant le mouvement social des salariés des raffinerie de TotalEnergies et ExxonMobil. Il est clair qu'il faut les soutenir dans un combat qui permettra non seulement une victoire sur les salaires mais une victoire contre les profits indus des sociétés pétrolières.

Frédéric Faravel
Conseiller municipal et communautaire de Bezons
Membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste
Président de "Vivons Bezons, le groupe des élus communistes, socialistes & républicains"

Pour les salariés et les Français, il faut faire plier les sociétés pétrolières

Depuis plusieurs semaines en France, une situation de pénurie de carburants monte inexorablement sur tout le territoire national mais en touchant plus particulièrement les Hauts-de-France ou l’Île-de-France. La communication gouvernementale a cherché, ces derniers jours, à masquer cette situation en noyant la réalité du terrain sous des moyennes qui n’ont pas de sens.

Cette situation est consécutive au refus du gouvernement de regarder la réalité en face : durant tout le mois de septembre, Bruno Le Maire et Roland Lescure – suivis par tout l’exécutif – ont raconté à qui voulait l’entendre que les super-profits n’existaient pas, qu’il n’y avait donc rien à taxer, tout en reconnaissant que la manne financière des sociétés pétrolières devaient servir à compléter les « ristournes » gouvernementales à la pompe et augmenter les salaires s’il le souhaitait. Un nouvel exemple de l’exercice habituel : « Bruno demande » a toujours été le maître mot de Bercy à l’égard des grandes entreprises, sans que l’on ne lise jamais « Bruno agit » ou « Bruno décide ».

Résultats :

  • Total a décidé de casser les prix provoquant une distorsion de la concurrence qui a rapidement mis à sec ses propres stations face à l’afflux de clients ;
  • les salariés d’ExxonMobil (Esso) et de TotalEnergies se sont mis en grève face à la sourde oreille de leurs dirigeants…

La pénurie dans les stations services s’est donc largement diffusée, touchant d’abord le diesel mais s’étendant rapidement à d’autres types de carburants. Les filles d’attentes sont interminables devant certaines stations, alors que dimanche 9 octobre les mouvements de grève ont été reconduits dans les raffineries chez TotalEnergies et ExxonMobil.

La grève des raffineurs est totalement légitime !

L’exigence d’augmentation de salaires des raffineurs d’ExxonMobil et TotalEnergies est parfaitement justifiée par les bénéfices de ces deux grands groupes, grâce notamment à la hausse des prix des hydrocarbures. TotalEnergies avait engrangé 14 milliards d’euros en 2021, et « a déjà cumulé plus de 18 milliards d’euros sur les six premiers mois de cette année ». Le PDG de Total s’est augmenté de 50% l’année dernière. La société TotalEnergies a annoncé le 28 septembre 2022 qu’elle verserait un acompte sur dividende exceptionnel de 1 € par action en décembre 2022, au-delà de l’augmentation de 5% des acomptes trimestriels déjà annoncée en avril et mise en œuvre. Sur cette base, le montant final du dividende 2022 de l’action TotalEnergies serait de 3,76 €/action. L’« acompte » ainsi annoncé s’élève à 2,6 milliards d’euros !

Il était légitime que les salariés, dont les conditions de travail sont particulièrement difficiles, aient aussi le droit à une augmentation comme tous les actionnaires.

La CGT revendique notamment que les salaires des employés soient revalorisés « à hauteur de 10% pour l’année 2022, soit 7% pour l’inflation et 3% « pour le partage de la richesse » ; elle réclame également une remise en état des raffineries.

La Gauche républicaine et Socialiste soutient ce mouvement de grève et souscrit aux revendications des syndicats demandant une augmentation des salaires et une remise en état des raffineries.

Cette situation ne peut plus durer ! Les bénéfices des actionnaires doivent bénéficier aux employés et à la collectivité. La lutte commence à payer puisque la direction de TotalEnergies qui refusait jusqu’ici toute discussion s’est dit prête à ouvrir des négociations sur les salaires, à la condition que la grève s’arrête : c’est un encouragement à maintenir la pression. Une pression qui doit également s’amplifier concernant la taxation des super-profits.

Les Français pour qui la voiture est indispensable au quotidien souffrent de cette pénurie qui les pénalise injustement : il s’agit de la majorité de la population qu’elle vive en milieu rural, dans la « France périphérique », dans le périurbain ou même en banlieue des métropoles.

Nous exigeons de la part du gouvernement des mesures concrètes pour sortir de cette crise en répondant aux demandes des salariés et des usagers.

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5 octobre 2022 3 05 /10 /octobre /2022 13:14

J'ai rédigé le 17 septembre dernier cette tribune parue ce 5 octobre 2022 dans L'Observateur. Le travail peut permettre de s’émanciper et d’être utile au collectif. La gauche doit défendre non pas la « valeur travail », mais la valeur du travail. Avec pour objectif de lui redonner son sens, estiment avec moi Nathalie Moine et Anthony Gratacos, élus locaux et membres de la direction nationale de Gauche Républicaine et Socialiste.

Le travail n’est pas « de droite », il est humain !

En cette rentrée de septembre, toute la gauche s’ébroue et se dispute sur un sujet majeur : celui du travail, de sa valeur, de sa place dans la société et dans la gauche. On doit à François Ruffin et à Fabien Roussel, chacun à leur manière, de débattre enfin d’une question trop souvent éludée : et c’est tant mieux. Bien sûr, certains ont choisi la polémique et les règlements de comptes qui n’ont plus rien à voir avec le sujet. Mais émerge peu à peu entre la gauche issue du mouvement ouvrier et le versant « écologiste » de la gauche une véritable dispute, riche de sens, au bout de laquelle il faut aller pour clarifier notre projet à l’attention des Français et des classes populaires.

La « valeur travail […] est quand même une valeur de droite » disait Sandrine Rousseau le 15 septembre. « On n’a pas besoin de la force de travail de tout le monde » affirmait sur Public Sénat David Cormand, eurodéputé EELV trois jours plus tôt…

Ces deux déclarations, cohérentes l’une avec l’autre, montrent la conception profondément différente du travail portée par les écologistes. Et si Sandrine Rousseau fait référence à Karl Marx pour dénoncer les propos de Fabien Roussel, elle oublie que l’aliénation du travail dénoncée par le théoricien de la valeur-travail mettait en cause la spoliation des travailleurs par le capital du produit de leurs efforts, les réduisant ainsi ne plus posséder que leur force de travail, qu’ils vendaient contre un subside de misère. L’idée du XIXe siècle, chez tous les philosophes et acteurs d’un mouvement socialiste en construction, c’est que l’émancipation des travailleurs doit passer par leur association, leur rendant ainsi la maîtrise de l’outil de travail et le bénéfice de son produit. « Ouvriers, paysans, nous sommes, le grand parti des travailleurs… » rappelle « l’Internationale », ce grand hymne de la droite ! Il n’a jamais été question pour la gauche de supprimer le travail, mais construire la dignité retrouvée des travailleurs.

 

Il faut aussi répondre à notre ami David Cormand… Quelle situation autorise donc à ce que nous n’ayons « pas besoin de la force de travail de tout le monde » ? Celle où des entreprises multinationales, souvent de connivences avec des Etats peu démocratiques, exploitent la force du travail de centaines de millions de nouveaux esclaves en Asie, en Afrique ou en Amérique latine, pour produire ce qui permet à relativement bas coût notre mode de vie européen. Il nous rétorquera que c’est ce mode de vie qu’il faut changer – et il n’aura pas entièrement tort –, si ce n’est que seule une partie privilégiée en profite dans nos sociétés. De même, on pourra dire avec lui que nous n’avons pas besoin de la force de travail de tout le monde ou d’abrutir au travail tout le monde : c’est le sens de notre combat pour un système de retraite juste, qui récuse une dégradation de l’âge de départ, ou pour la réduction du temps de travail, qui est une constante de l’histoire sociale.

Mais quand on mesure le nombre de besoins sociaux et de besoins économiques (ceux nécessaires à garantir notre souveraineté, notre autonomie) insatisfaits, ce plaidoyer pour la « fin du travail » est mortifère, sans même parler de tous ceux parmi nos concitoyens qui recherchent un travail décent en vain et que cette posture condamne dans le fond à vivre d’expédients ou de la solidarité nationale.

Redonner du sens au travail, une aspiration révolutionnaire !

Après les Etats-Unis, la France et certains pays européens sont eux-mêmes atteints d’une vague importante de démissions qui pose la question du sens donné au travail par les travailleurs eux-mêmes. Il est urgent de travailler sur la soutenabilité du travail, les conditions de travail, la qualité du travail, dans le secteur privé mais aussi le secteur public (songeons aux démissions massives dans le domaine de la santé ou de l’éducation) et aussi dans le contexte de la crise écologique (notre travail aggrave-t-il la situation ?).

Le travail est-il seulement un effort fastidieux réalisé en contrepartie de rémunérations, sans valeur en lui-même ? A l’opposé, le travail ne serait-il donc qu’une pure expérience d’aliénation dont il faudrait se départir ? Nous réfutons ces visions, l’une comme l’autre : notre conception politique est celle du travail comme activité de transformation du monde, de la nature, de la société et de l’individu lui-même. Toutes les recherches, sur cette question trop souvent éludée par les responsables politiques, ont démontré que le travail est une activité centrale dans la vie des gens, quoi qu’on en dise : personne ne peut nier son importance dans la vie sociale, dans la construction de notre utilité (ou même notre identité) sociale. Par contre on peut contester la façon dont il est organisé aujourd’hui. Le poids croissant des marchés financiers internationaux sur le fonctionnement des entreprises induit ainsi une exigence de contrôle et de reporting à tous les niveaux de la chaîne de travail, qui vise à les (r) assurer sur la rentabilité de leurs placements mais dépossèdent à nouveau les travailleurs. De l’atelier et du bureau jusqu’à la finance libéralisée, il y a bien une révolution démocratique à engager !

Une étude récente de la Dares évalue à 3 % le nombre de démissions aujourd’hui, bien plus élevé que d’habitude (mais moins qu’aux Etats-Unis où l’on parle de Big Quit), elle montre également que ce sont les conditions de travail qui les motivent aujourd’hui bien plus qu’il y a vingt ans : les fameux métiers en tension pour lesquels on n’arrive pas à embaucher sont aussi ceux qui ont les plus mauvaises conditions de travail. Les travailleurs qui décident de changer d’emploi – et cela aussi a été renseigné par une autre étude de la Dares avant la crise sanitaire – le font en général pour trouver un emploi mieux payé avec des conditions de travail plus saines.

Cette démarche reste cependant celle d’une part infime des salariés français… L’immense majorité de nos concitoyens n’ont pas le luxe aujourd’hui (au sens propre du terme, car ils n’ont pas les économies nécessaires pour se permettre une transition) de ce pari : c’est donc là tout l’enjeu qui est devant nous. Il ne s’agit pas seulement de parler de « valeur travail » en suggérant une posture moralisatrice, mais de combattre pour faire reconnaître la valeur DU travail – donc augmenter les salaires –, pour améliorer les conditions de travail – donc renforcer le droit du travail et les moyens pour le faire appliquer (on manque tant d’inspecteurs et de médecins du travail !) –, et pour redonner du sens au travail – construire une société du plein-emploi, où les salariés soient écoutés et participent aux décisions de leur entreprise, qui ne détruise pas notre environnement, pour que chacun puisse trouver le travail qui lui permettra de se réaliser et d’être utile au collectif.

Il s’agit aussi de rappeler que notre Etat social repose essentiellement sur les revenus du travail. Sans travail pas de protection sociale. L’une des applications concrètes de notre Etat social fut d’attacher au statut de salarié un cadre légal visant à sortir de l’arbitraire capitaliste. D’ailleurs, la stratégie des nouveaux acteurs du capitalisme, que sont notamment les plateformes numériques, vise à enfoncer un coin dans le statut protecteur du salariat, faisant passer l’auto-entreprenariat ou la soumission à un algorithme pour une forme de libération alors que cela replonge le travailleur dans la même logique d’aliénation qui est dénoncée.

Le débat engagé est donc celui d’un choix de société… Il est salutaire et commande notre capacité à comprendre nos concitoyens et à apporter à leurs aspirations des réponses concrètes. Il ne s’agit pas seulement de construire le plein-emploi de demain, car on peut l’imposer en renforçant l’exploitation : non ! Nous voulons une société de citoyennes et de citoyens émancipés, fiers de ce qu’ils apportent à la société, fiers du fruit de leur travail. Car le travail est humain !

Frédéric Faravel, conseiller municipal et communautaire de Bezons (95)
Nathalie Moine, conseillère municipale de Saint-Pathus (77)
Membres de la direction nationale de la Gauche républicaine et socialiste
Anthony Gratacos, secrétaire général de la Gauche républicaine et socialiste, conseiller départemental de Seine-et-Marne, chef d’entreprise

Le travail n’est pas « de droite », il est humain !
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5 octobre 2022 3 05 /10 /octobre /2022 09:20

Vendredi 30 septembre 2022, en conseil municipal, j'ai soulevé une situation véritablement lamentable en révélant les choix délirants du syndicat AZUR alors que se met en place progressivement le réseau de chaleur urbaine à Bezons. Ce réseau a été obtenu de haute lutte contre la mairie de droite d'Argenteuil en 2019 car il permettait de protéger les Bezonnais qui y seraient connectés des hausses excessives des factures de chauffage. Il est d'ailleurs étonnant que jamais à partir de juillet 2020, l'équipe divers droite de Mme Menhaouara n'ait voulu communiquer en direction des Bezonnais pour expliquer la raison des nombreux travaux qui les dérangeaient fortement : les habitants auraient sans doute aimé savoir qu'en étant chauffé par la chaleur produite par l'usine AZUR, ils allaient voir progressivement les coût de chauffage se réduire et ne plus dépendre des prix de l'énergie.

⚡️C'était un atout majeur : on le voit aujourd'hui quand les prix du gaz et de l'électricité explosent ! Or en 2021 puis 2022, AZUR a choisi de vendre une partie importante de sa chaleur pour produire de l'électricité et la vendre à haut prix. Cela n'a pas posé de problème en 2021, mais cette année, AZUR a trop vendu de chaleur et doit aujourd'hui compenser ce manque, alors que nous entrons dans l'hiver❄️, en achetant du gaz dont le prix est devenu exorbitant. AZUR a gâché un système prévu pour protéger les Bezonnais : c'est du sabotage !

Si l'on ne fait rien, cette augmentation va se retrouver sur la facture des Bezonnais. Or visiblement, la maire n'a pas l'intention de demander à AZUR de compenser les effets sur la facture et annonce en plus qu'il faudra baisser la température du chauffage dans les logements : c'est scandaleux !

Frédéric FARAVEL
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons
Président de "Vivons Bezons, le groupe des élus communistes, socialistes & républicains"

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29 septembre 2022 4 29 /09 /septembre /2022 10:08

Après la tribune publiée par Le Monde samedi 25 septembre, nous avons rédigé avec David Cayla (économiste et essayiste, Maître de Conférences à l'université d'Angers, membre des économistes atterrés), Marie-Noëlle Lienemann (sénatrice GRS de Paris et ancienne Ministre) et Catherine Coutard (médecin urgentiste et vice-présidente du MRC) le texte de réflexion que je publie ci-dessous. Si le débat public et les médias passent d'une polémique à l'autre sans approfondir les questions, nous estimons que le débat engagé depuis fin août 2022 sur le travail et sa place dans la société, sur les conditions de vie et de rémunération des travailleurs, sur notre capacité collective à créer des emplois utiles et de qualité, décemment rémunérés, est central et mérite d'être pris à bras le corps. C'est le sens de cette contribution au débat de la GRS.

bonne lecture,
Frédéric FARAVEL

Conseiller municipal et communautaire de Bezons
Président de "Vivons Bezons, le groupe des élus communistes, socialistes & républicains"
Membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS)

La question du travail doit revenir au cœur de la gauche !
Depuis la fin du mois d’août et à la rentrée, la polémique a enflé à gauche : quelle est la place du travail dans la société et dans le projet que la Gauche doit proposer aux Français. Au-delà des slogans et des petites phrases (parfois maladroites) des uns, auxquels répondent les dénonciations de triangulation des thèses de la droite des autres, François Ruffin et Fabien Roussel ont permis ses dernières semaines, par la sortie d’un livre et leurs prises de position dans les médias, de rappeler que cette question est une des préoccupations centrales de nos concitoyens et que la valorisation du travail répond à leurs aspirations prioritaires. Ainsi la reconquête du pouvoir passe par leur prise en compte : il est donc indispensable de remettre le travail au cœur du projet de la gauche !

Un débat vieux comme le mouvement ouvrier

Il n’y a pas de société, ni de richesses créées collectivement sans une implication individuelle dans le travail. Evacuons d’entrée de jeu les faux débats : lorsque Karl Marx développe au milieu du XIXème siècle ses réflexions et ses écrits sur le système capitaliste, il dénonce l’aliénation par le travail du prolétaire qui est dépossédé de son individualité, de sa contribution créatrice personnelle et du produit même de son action, l’essentiel de la création en elle-même et la richesse qui en découle étant détournée par le propriétaire du capital. Le prolétaire est donc celui qui ne possède plus rien d’autre que sa force de travail, qu’il vend contre un subside de misère. L’idée commune du XIXème siècle chez tous les philosophes et acteurs d’un mouvement socialiste en construction, est que l’émancipation des travailleurs doit passer par leur association qui rendra inutile la propriété du capital et par la maîtrise de l’outil de travail ainsi que du bénéfice du produit de leur travail.

La place du salariat

Les conditions d’organisation des économies nationales et du système économique mondial ont été incroyablement transformées depuis le milieu du XIXème siècle, non seulement sous l’effet des évolutions du capitalisme lui-même mais aussi par la mise en branle d’un mouvement de la société pour dépasser le capitalisme ou, à tout le moins, limiter la place du capital dans celle-ci : Marx, les penseurs socialistes du XIXème siècle, Max Weber et bien d’autres ont provoqué une sorte de « paradoxe de Wigner » appliqué concrètement aux sciences sociales et économiques, leurs observations d’un phénomène ayant profondément modifié les conditions de l’expérience… Mais, alors que le salariat était unanimement à gauche voué aux gémonies à l’orée de la première guerre mondiale, les conditions d’organisation de la production et de nos sociétés en ont fait le vecteur principal de distribution des revenus des travailleurs. Les victoires successives quant à l’amélioration des conditions de travail et à l’acquisition des droits sociaux créent les conditions pour un début d’émancipation et la conquête d’une dignité au travail.

L’État social s’est ainsi construit patiemment tout au long du XXème siècle, et plus encore après la seconde guerre mondiale, et l’une de ses applications concrètes a été d’attacher au statut de salarié des droits et des protections, un cadre légal pour la distribution des revenus qui le fait sortir de l’arbitraire capitaliste. Aujourd’hui la stratégie des nouveaux acteurs du capitalisme (que sont notamment les plateformes numériques) et les néolibéraux (depuis presque 50 ans maintenant) visent à faire disparaître à terme ce statut (relativement) protecteur de salarié, tentant de faire passer l’auto-entreprenariat ou la soumission à un algorithme pour une forme de libération, alors que le plus souvent cela replonge le travailleur dans la logique d’aliénation dénoncée par Marx voici 170 ans !

Travail et émancipation des travailleurs

Les politiques néo-libérales, mises en œuvre dans toutes les économies développées, ont modifié fortement le rapport au travail et la place des travailleurs dans notre société, fragmentant le monde du travail et avec la flexibilité croissante (précarité, temps partiel, CDD, externalisation des postes). Ells visaient non seulement à réduire le « cout du travail » (ce qui en dit long sur leur pseudo attachement à la « valeur travail ») mais également à réduire le travailleur à un rôle d’exécutant d’une tache et non comme un acteur de l’entreprise qui pouvait légitimement revendiquer une part de pouvoir, mais aussi une répartition plus juste des profits et richesses produits. Cette tendance de long terme aboutit à une forme de déshumanisation avec de lourdes conséquences dans le profond malaise que vivent les salariés (les salariés français sont parmi ceux qui se sentent le moins bien reconnus et traités dans leurs entreprises, y compris dans la fonction publique). Remettre le travail au cœur de notre projet c’est s’attaquer résolument à ces dérives, que tous les gouvernements de droit comme de gauche au pouvoir ont accompagné, voire accéléré dans la dernière période (avec le quinquennat de François Hollande).

La question de l’émancipation des travailleurs doit donc être au coeur de la vision du monde et de la société proposée par la gauche : cela suppose une organisation collective, un État social, qui s’assure que chacun puisse avoir accès au travail et à des conditions de travail dignes, mais aussi participer d’avantage aux décisions stratégiques des entreprises, en particulier celles qui concernent directement les travailleurs. Que nous demandent la plupart de nos concitoyens ? Le fait de pouvoir travailler, dans un cadre qui assure des conditions de santé et de sécurité dignes, de recevoir en échange une rémunération qui permette de vivre décemment et d’offrir à leur famille un cadre de vie humain, mais qui marque aussi leur utilité sociale. Ils demandent aussi plus de sens à leur travail et un équilibre harmonieux entre temps de travail et leurs loisirs, leur temps libre. Car l’émancipation des travailleurs doit s’opérer dans l’emploi mais aussi dans sa capacité de vivre d’autres engagements, d’autres implications. C’est indissociablement lié.

Cela implique plusieurs choses : D’abord de redonner une valeur concrète au « droit au travail » qui est inscrit dans notre constitution et de raffermir à nouveau le droit du travail (tant mis à mal par la loi Hollande-El Khomri de 2016 et les ordonnances Macron-Pénicaud de 2017) pour s’assurer que celui-ci retrouve son caractère protecteur face à la toute-puissance du capital. Affirmer le droit au travail, c’est bel est bien permettre à chacun d’avoir accès à l’emploi. On observera que cette idée d’avoir accès à l’emploi conduit les soutiens de Bernie Sanders aux États-Unis à promouvoir l’idée d’un État garant de l’emploi en dernier ressort. L’objectif du plein emploi, d’un emploi utile permettant de vivre dignement, est donc aujourd’hui un axe incontournable d’un projet de gauche qui voudrait entrer en résonnance avec les aspirations de nos concitoyens.

Face à cette attente des Français, les libéraux, comme Emmanuel, Macron font de la triangulation à l’envers : avec eux l’objectif du plein emploi devient pour les salariés la contrainte d’accepter un emploi à tout prix, même déqualifié et dévalorisé, mal rémunéré, à temps partiel ; au final, ils construisent une société où la perspective des catégories populaires se réduit à être un travailleur pauvre, précaire et mal reconnu. Il donne une forme contemporaine à la vieille formule réactionnaire : « l’oisiveté mère de tous les vices ».

Or le plein emploi et la valorisation du travail sont pourtant indissociables. Nous n’attendrons en réalité jamais l’objectif du plein emploi sans agir sur la qualité du travail, la reconnaissance des métiers, l’amélioration des conditions de travail, l’augmentation des salaires et des retraites, l’égalité femmes/hommes et la participation aux décisions stratégiques de l’entreprise. Cela implique aussi une politique industrielle volontariste assurant la ré-industrialisation et l’indépendance de la France et prenant en compte les impératifs climatiques. Cela passe aussi par une consolidation de notre protection sociale, qui pour une large part s’appuie sur des droits liés au travail, quand elle ne s’apparente pas tout simplement à l’idée du « salaire différé ». Les dégâts générés par le quinquennat Hollande se mesurent bien à l’aune de cette perspective ; la situation s’est encore davantage détériorée avec Emmanuel Macron qui persiste et signe en prétendant aggraver encore sa première « réforme » de l’assurance chômage et en annonçant une offensive éclair contre notre système de retraites.

La suppression de la gestion paritaire de la protection sociale, en particulier pour l’Assurance chômage et les retraites (ces dernières sont de fait salaires différé) ne date malheureusement pas d’hier ; elle entre dans une stratégie qui a pour but de transformer sa nature même : de pacte entre des droits garantis, fondés sur des cotisations mutualisées, la technocratie gagnée aux idées néolibérales veut la faire glisser vers des politiques publiques de solidarité (aides octroyées). Les allocations chômages deviennent ainsi peu à peu des aides conditionnées à des critères définies par le gouvernement ; hier, la même logique amenait la droite (et une partie de la gauche) à changer la retraite par répartition en un socle de solidarité et des fonds de pensions par capitalisation en complément. Une logique similaire préside à la création (par un gouvernement de gauche) de la prime d’activité qui fait peser sur le budget de l’État une part de la rémunération du travail plutôt qu’augmenter les salaires et de placer les entreprises devant leurs responsabilités économiques. Nous sommes entrés en 2001-2022 dans l’engrenage de l’austérité salariale exigée par le patronat partiellement compensée pour les plus modestes par des primes aléatoires. Cette logique ne cesse de s’étendre. Nous l’avions combattu alors et il nous faut redoubler d’efforts plus encore aujourd’hui contre ce qui est devenu une stratégie pérenne (prime pour l’emploi, primes Macron défiscalisées…).

Ne nous faisons pas d’illusions : cette logique néolibérale n’a rien d’une spécificité française et l’on retrouve partout dans le monde ce même enjeu. C’est le sens de l’intervention récente de Lula qui disait très justement ce 12 septembre : « les gens ne veulent pas vivre tout le temps des prestations du gouvernement. Ce qui rends les êtres humains fiers c’est d’avoir un salaire et d’emporter de la nourriture avec leur travail. Et nous créerons des emplois. »

Conforter le financement de la protection sociale et réussir vraiment le plein emploi

N’oublions pas que l’essentiel de notre système d’État social est fondé sur la contribution des revenus du travail, que ce soit par les cotisations (employeurs et employés) ou par une forme de fiscalité. Quel serait le devenir de notre protection sociale si nous nous satisfaisions de la situation actuelle où des millions de personnes n’ont pas d’emploi ou sont sous-employées, ne cotisent pas ou peu ? Quel sera le devenir de notre protection sociale si nous ne cherchons pas à reprendre, comme le rappelle Christophe Ramaux dans son dernier livre Pour une économie républicaine, au Capital les richesses que nous lui avons abandonnées progressivement depuis une quarantaine d’année ?

Mais cela suppose que l’on mette fin aux baisses massives de cotisations sociales octroyées d’abord aux grandes entreprises (sans aucune contrepartie et sans aucune preuve de leur efficacité économique, et pour cause l’essentiel est parti dans les dividendes). Cela suppose qu’on réponde enfin aux discours libéraux sur le poids excessif de l’État sur l’économie ; et là encore, Christophe Ramaux, dans son dernier livre, livrent un certain nombre de réflexion sur lesquelles nous pouvons nous appuyer : le néolibéralisme a tenté de tuer l’État social dans toutes les économies occidentales, mais il n’y est pas arrivé (même aux USA) et ce dernier a été le recours incontournable face aux crises (financière de 2008 ou sanitaire de 2020-2021), nous avons donc un point d’appui pour reprendre au marché ce que nous lui avons abandonné et c’est le rôle d’une démocratie républicaine d’en fixer les bornes ; nous pouvons et devons revenir sur la libéralisation des marchés financiers et sur le tout libre-échange ; l’État peut et doit conduire la stratégie de transformation écologique avec comme premier enjeu le sujet central de la production d’électricité, l’intervention (et la dépense) publique doit en ce sens pleinement être réhabilitée car seule capable de proposer un projet mobilisateur aux citoyens, aux travailleurs du privé comme du public ; on peut et on doit remettre à plat le fonctionnement des entreprises en s’attachant à redonner de la fierté aux travailleurs comme acteurs à part entière…

Cela suppose aussi qu’on réhabilite le travail ! Et réhabiliter le travail ce n’est en rien flatter le travailleur pauvre pour stigmatiser celui qui n’a pu avoir un travail et n’a que la solidarité nationale pour survivre ! Réhabiliter le travail, c’est considérer qu’on doit le rémunérer correctement à l’inverse de l’austérité salariale relative qui sévit depuis plus de 30 ans, c’est engager des politiques publiques pour offrir un travail à chacun. Donc c’est également sortir du discours sur la fin du travail et sortir du défaitisme qui fait dire à certains dirigeants politiques que « de toute façon, il n’y aura jamais assez de travail pour tout le monde ». La gauche ne doit pas renoncer à un projet de plein emploi. Quand on mesure le nombre de besoins sociaux, économiques (rappelons nous de la « découverte » effarée de certains quand il apparut que la France risquait en mars 2020 une pénurie de paracétamol et devait gérer une pénurie de masques sanitaires) et même écologiques insatisfaits dans nos sociétés, cette posture est mortifère, l’argument des bullshit jobs ne tient pas face à cette réalité, quand bien même on sait qu’il existe des emplois dont on ne comprend pas toujours l’utilité.

Solidarité

Il existera toujours des situations où certaines personnes ne seront pas en capacité de travailler… La solidarité nationale est là pour assurer un filet de sécurité et garantir la dignité de tous. Mais la garantie d’une solidarité nationale efficace qui ne condamne pas ses concitoyens les plus en difficulté à surnager entre les eaux de la pauvreté et de la survie, cela implique une solidarité nationale financée fortement par les revenus créés par le travail. Dans le cas contraire, dans une mondialisation libérale sauvage, nous retomberions rapidement dans la situation décrite en 1847 dans Travail salarié et Capital par Karl Marx : « La grande industrie nécessite en permanence une armée de réserve de chômeurs pour les période de surproduction. Le but principal de la bourgeoisie rapport à l’ouvrier est bien sûr, d’obtenir le travail en tant que matière première au plus bas coût possible ».

Avant la réforme récente de l’assurance chômage, plus de la moitié des chômeurs ne touchaient rien de Pôle emploi, après la réforme, la proportion atteint 60 %. Qui peut encore croire que le durcissement des conditions d’indemnisation est une voie utile pour avancer vers le plein emploi ? Les conditions de travail et le niveau de rémunération ne sont-elles pas plus en cause ? Observons que plus la droite parle de « valeur travail » moins elle soutient la « valeur DU travail ». Voilà la réalité qui doit nous faire réfléchir quand le gouvernement et les organisations patronales continuent de défendre une forme d’austérité salariale alors que l’augmentation des salaires est une revendication générale et qu’elle est une nécessité. La logique visant à dégager les entreprises de leurs responsabilités salariales s’est incarnée dans le transfert vers l’État de la responsabilité du soutien au pouvoir d’achat avec la prime d’activité ou les pseudo-primes Macron.

Être à l’offensive et reconquérir les catégories populaires

François Ruffin et Fabien Roussel ont pu remettre le travail au cœur du débat à gauche. Leur surface médiatique leur permet de réussir là où nous commencions à désespérer de nous faire entendre. Ce qu’ils disent avec nous c’est que la gauche doit arrêter d’être défaitiste, doit arrêter de porter le discours sur la fin du travail parce que ses dirigeants pensent que toutes les politiques économiques de gauche seraient incapables de créer de l’emploi de qualité… Or ce qui a été mis en place à partir de 1985, et à de rares exceptions près, est d’abord une adaptation aux diktats du néolibéralisme triomphant…

Le think tank Terra Nova – qui a hélas inspiré une partie de la gauche – ont tiré en 2011 « les conséquences politiques » de cette fragmentation du monde du travail découlant de ces politiques (dont il partageait l’orientation générale), en plaidant pour un alliance entre les « minorités », les plus démunis et les classes moyennes supérieures intégrées (croyaient-elles) dans la mondialisation, rejetant dans la marginalité politique une large part du monde ouvrier et salariat… ces catégories se tournèrent vers l’abstention et une partie se réfugiera le vote FN/RN, s’éloignant durablement de la gauche qui semblait ne plus avoir grand-chose à lui proposer. Nous en sommes rendus au point que, même dans l’opposition et avec la politique antisociale de Macron, les forces de gauche n’ont pas été capables de retrouver grâce à leurs yeux lors des scrutins récents. Il faut donc rompre avec cette logique et redonner au travail sa place centrale dans le combat de la gauche.

Nous pouvons le faire et reprendre une politique économique ambitieuse qui crée de l’emploi de qualité. Nous sommes convaincus que la reconquête des catégories populaires attachées au travail passe par cette implication politique : c’est elle qui nous permettra de construire une véritable majorité de transformation sociale.

Engouffrons nous avec entrain dans la brèche ainsi ouverte !

Quelques unes de nos propositions issues de notre programme pour 2022

RECONQUÉRIR NOS CAPACITÉS INDUSTRIELLES

● Se libérer des accords de libre-échange, qui mettent en danger la production française au profit d’importations de qualité médiocre et polluantes (notamment le CETA et l’accord avec le Mercosur) ;

● Appliquer une taxe à l’importation sur les produits fabriqués ne respectant pas nos normes sociales et environnementales ;

● Développer le volet français du futur “Buy European Act” ;

● Relancer les 34 plans stratégiques abandonnés par Emmanuel Macron à l’automne 2014 ;

● Organiser avec les partenaires sociaux des plans de filières pour préparer les mutations dans les secteurs existants (notamment en lien avec la transition écologique) et les relocalisations (en réorientant les aides publiques) ;

● Créer un fonds d’accompagnement des reprises ou création d’entreprises par les salariés en particulier sous forme de coopératives (capital de portage transitoire, basculant progressivement vers l’actionnariat coopératif) ; interdire le départ des machines-outils si les salariés veulent reprendre l’activité ;

● Exiger la révision de la directive européenne « aides d’État » et « profiter » de cette période exceptionnelle pour déclarer sa suspension, voire le faire de façon unilatérale si besoin ;

● Lancer des grands plans d’investissements publics pour répondre à des besoins essentiels pour nos concitoyens, qu’ils concourent avec la qualité des services publics à la performance économique du pays, et qu’ils sont indispensables à la réussite de la transition écologique du pays.

RÉMUNÉRER LES TRAVAILLEURS

● Le SMIC sera porté à 1 400 € nets dès le début du quinquennat pour atteindre progressivement 1 600 € à la fin du mandat ;

● Fixer les salaires sur une échelle de 1 à 20, au sein d’une même entreprise ou d’un même groupe. Au-delà de cet écart, les rémunérations ne pourront être déduites de l’impôt sur les sociétés ;

● Plusieurs mesures très précises permettant de faire de l’égalité femmes hommes au travail sont décrites dans notre programme (page 36).

PROTÉGER ET GARANTIR LA DIGNITÉ DES TRAVAILLEURS

● Réduction du temps de travail : 6ème semaine de congés payés et négociation de la semaine de 32h ;

● Abroger les lois Travail et les accords de compétitivité « offensifs » ; rétablir les CHSCT et les délégués du personnel ;

● mettre fin au plafonnement des indemnités et aux barèmes prud’homaux ;

● Abroger les décrets Macron-Philippe-Pénicaud sur l’Assurance chômage ;

● Relancer la progressivité des cotisations en fonction de la valeur ajoutée dégagée par l’entreprise ;

● Mettre en place une garantie d’emploi, passant par un État employeur en dernier ressort des chômeurs de longue durée et la mise en œuvre effective d’un droit opposable ;

● Restaurer la hiérarchie des normes et le principe de faveur dans l’ensemble des négociations professionnelles ;

● Rendre obligatoire la présence de 50% de représentants des salariés avec voix délibérative dans les conseils d’administration et de surveillance des grandes entreprises ;

● Dans le cas d’une faillite ou d’une cessation d’activité, accorder la priorité aux projets de reprise défendus par les salariés ;

● Requalifier en contrat de travail salarié la fausse situation d’auto-entrepreneurs des plateformes type Uber et offrir une protection adaptée à ces travailleurs précaires.

La question du travail doit revenir au cœur de la gauche !
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24 septembre 2022 6 24 /09 /septembre /2022 12:43

Dans une tribune au Monde publiée samedi 24 septembre 2022 à 6h, que je signe avec David Cayla (économiste et essayiste), Catherine Coutard (vice présidente du MRC), Marie-Noëlle Lienemann (sénatrice GRS de Paris et ancienne ministre) et Emmanuel Maurel (député européen et animateur national de la GRS), nous  expliquons que la gauche doit arrêter d’être défaitiste en renonçant au plein-emploi. Elle ne doit pas oublier l’importance du travail dans la société, et ce que nous devons tous à ceux qui l’assument. Vous trouverez cette tribune ci-dessous.

« Il faut remercier François Ruffin et Fabien Roussel d’avoir remis le travail au cœur du débat à gauche » – tribune dans Le Monde

La place du travail dans la société et dans le projet que la gauche doit proposer aux Français ne devrait pas faire polémique. Au-delà des slogans et des petites phrases qui ont été échangées par les uns et les autres, François Ruffin (député La France insoumise) et Fabien Roussel (député du Nord et secrétaire national du Parti communiste français) ont rappelé que les aspirations de nos concitoyens ne sont pas celles d’une société post-travail, mais celles d’une société qui puisse apporter à chacun un travail digne et vecteur d’émancipation.

Commençons par rappeler une évidence : il n’y a pas de société sans travail. Cela est vrai pour tout système économique, qu’il soit capitaliste ou non. De fait, le travail, qu’il soit salarié, indépendant, familial ou produit bénévolement pour une association, est la seule source de richesse pour la communauté.

L’Etat social s’est ainsi construit

Karl Marx (1818-1883) lui-même, théoricien de la valeur travail, n’a jamais nié son importance. Lorsqu’il développe au milieu du XIXe siècle ses réflexions et ses écrits sur le système capitaliste, il dénonce l’aliénation par le travail du prolétaire dépossédé de son individualité et de sa contribution personnelle.

Le prolétaire est celui qui ne possède que sa force de travail, qu’il vend contre un subside de misère. L’idée commune du XIXe siècle, chez tous les philosophes et acteurs d’un mouvement socialiste en construction, c’est que l’émancipation des travailleurs doit passer par leur association, leur rendant ainsi la maîtrise de l’outil de travail et le bénéfice de son produit.

Face au travail exploité incarné par le salariat, le socialisme rêvait d’un travail émancipé, organisé collectivement par les travailleurs eux-mêmes. Mais le salariat s’est étendu, tant et si bien qu’au début du XXe siècle, les conditions d’organisation de la production et de nos sociétés en ont fait le vecteur principal de distribution des revenus, notamment par la création de la Sécurité sociale.

De son côté, le droit social est venu protéger le salarié, améliorer ses conditions de travail et défendre l’expression syndicale au sein des entreprises.

L’Etat social s’est ainsi construit patiemment, comme le rappelle l’économiste Christophe Ramaux dans son dernier ouvrage, Pour une économie républicaine. Une alternative au néolibéralisme (De Boeck, 336 pages, 21,90 euros). L’une de ses applications concrètes fut d’attacher au statut de salarié un cadre légal visant à sortir de l’arbitraire capitaliste.

Une même logique d’aliénation

D’ailleurs, la stratégie des nouveaux acteurs du capitalisme que sont notamment les plates-formes numériques vise à enfoncer un coin dans le statut protecteur du salariat, faisant passer l’autoentrepreneuriat ou la soumission à un algorithme pour une forme de libération, alors que cela replonge le travailleur dans la même logique d’aliénation que celle qui fut dénoncée par Marx en son temps.

La question de l’émancipation des travailleurs doit rester au cœur des propositions de la gauche. Mais cela implique plusieurs choses.

Tout d’abord, il faut reconnaître que le travailleur est non seulement celui qui travaille, mais aussi tous ceux qui ont travaillé ou ont vocation à travailler sans être en mesure de le faire.

En ce sens, les chômeurs, les personnes en situation d’exclusion ou de handicap, ceux qui sont empêchés par la maladie, tout comme les retraités constituent ensemble la grande classe des travailleurs, et il est vain de chercher à les opposer. Il n’y a pas d’un côté des assistés fainéants et de l’autre des travailleurs méritants.

Admettre que les chômeurs, les étudiants et les retraités appartiennent à la grande classe des travailleurs implique qu’on réhabilite le travail, ce qui signifie en premier lieu de le rémunérer correctement, et en second lieu de lui donner des conditions dignes sur le plan sanitaire et social pour sa réalisation. Mais réhabiliter le travail, c’est aussi sortir du discours sur la fin du travail qui fait dire à certains dirigeants politiques que, « de toute façon, il n’y aura jamais assez de travail pour tout le monde ». Quand on voit le nombre de besoins sociaux insatisfaits, cette posture est mortifère.

Discours enflammés de la droite

Nous avons besoin de travail, parce que nous sommes pour le progrès social, et parce que nous pensons que chacun a la capacité de contribuer à sa mesure au bien commun. Ainsi, les étudiants ont vocation, une fois leurs études achevées, à contribuer à la création de richesses.

De même, les chômeurs doivent bénéficier d’un service public de qualité pour être accompagnés dans l’emploi. A ce titre, rappelons l’expérience fructueuse qu’ont été les expérimentations territoires zéro chômeur de longue durée (TZCLD), qui ont permis d’accompagner dans l’emploi des milliers de personnes en situation d’exclusion.

Nous ne devons pas nous laisser abuser par les discours enflammés de la droite et du gouvernement sur la valeur travail alors qu’ils œuvrent inlassablement pour réduire le coût, et donc la valeur économique du travail. Nous ne devons pas oublier que c’est le capitalisme néolibéral qui détruit le travail, lui fait perdre son sens, le parcellise.

Les droits et la dignité

C’est le capitalisme qui jette les travailleurs usés, qui délocalise et qui pousse les cœurs vaillants au burn-out. Sortir le travail de cette exploitation, ce n’est pas nier son rôle social, sa nécessité, c’est au contraire lui rendre son sens premier, celui de créateur de richesses et de progrès social.

Il faut remercier François Ruffin et Fabien Roussel d’avoir remis le travail au cœur du débat à gauche. Ce qu’ils disent, c’est que la gauche doit arrêter d’être défaitiste en renonçant au plein-emploi. Elle ne doit pas oublier l’importance du travail dans la société et ce que nous devons tous à ceux qui l’assument.

Comme eux, nous sommes convaincus que la gauche doit protéger le travailleur empêché non seulement en lui versant des revenus complémentaires, mais aussi, et surtout, en l’accompagnant dans l’emploi de qualité. Elle doit défendre les droits et la dignité de l’ensemble de la classe des travailleurs, qu’ils soient ou non en emploi. C’est ainsi qu’elle amorcera sa reconquête de l’électorat populaire et sera en mesure de reconstruire une majorité de transformation sociale.

Les signataires : David Cayla, économiste à l’université d’Angers ; Catherine Coutard, vice-présidente du Mouvement républicain et citoyen ; Frédéric Faravel, membre de la direction nationale de la Gauche républicaine et socialiste ; Marie-Noëlle Lienemann, ancienne ministre, sénatrice (PS) de Paris ; Emmanuel Maurel, député européen, animateur national de la Gauche républicaine et socialiste

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15 septembre 2022 4 15 /09 /septembre /2022 16:01

Depuis hier, les militants de la section PCF Jacky-Leser et de la Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons et les soutiens de "Vivons Bezons, le groupe des élus communistes, socialistes & républicains" ont commencé à distribuer dans les boîtes aux lettres de notre ville le premier numéro de L'Echo, la gazette bezonnaise qui réplique...

En quatre pages, ce numéro fait le point sur plusieurs sujets essentiels pour les Bezonnaises et les Bezonnais en cette rentrée de septembre 2022 : la mise en danger du Centre Municipal de Santé par la maire, la propreté de la Ville, la détresse des agents municipaux, le besoin d'un second bureau de Poste, la police municipale (à propos de laquelle l'équipe municipale raconte n'importe quoi) ou encore un budget municipal qui traduit l'absence totale de sens de solidarité sociale de l'équipe divers droite de Mme Menhaouara.

Vous pouvez nous contacter aux adresses vivonsbezons@gmail.com ou gauchersbezons@gmail.com, mais vous pourrez aussi nous retrouver dimanche 25 septembre toute la journée sur le stand que nous tiendrons lors de la Foire de Bezons Rue Edouard-Vaillant (à l'angle de la rue Maurice-Berteaux) : venez discuter avec nous, réagir à nos articles et nous parler de vos préoccupations et de vos attentes.

Frédéric FARAVEL
Conseiller municipal et communautaire
Président de "Vivons Bezons, le groupe des élus communistes, socialistes & républicains"
Coordinateur national des pôles thématiques de la Gauche Républicaine et Socialiste

les quatre pages du 1er numéro de l'Echo, la gazette bezonnaise qui répliqueles quatre pages du 1er numéro de l'Echo, la gazette bezonnaise qui réplique
les quatre pages du 1er numéro de l'Echo, la gazette bezonnaise qui répliqueles quatre pages du 1er numéro de l'Echo, la gazette bezonnaise qui réplique

les quatre pages du 1er numéro de l'Echo, la gazette bezonnaise qui réplique

le 1er numéro de l'Echo, la gazette bezonnaise qui réplique en PDF

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13 septembre 2022 2 13 /09 /septembre /2022 19:18

Depuis plusieurs jours, une polémique assez ubuesque est née autour du rapport de la gauche au travail et par rapport aux travailleurs qui se sont écartés d'elle. Après s'en être pris à François Ruffin, un certain nombre de pseudo-intellectuels, secondés par une armée de trolls numériques, mènent une campagne proprement immonde contre Fabien Roussel. La Gauche Républicaine et Socialiste a décidé de prendre position dans le débat et la première étape est la publication du communiqué de presse que je publie ci-dessous. D'autres initiatives de fond sont en préparation.

Frédéric FARAVEL
Conseiller municipal et communautaire de Bezons
Président de "Vivons Bezons, le groupe des élus communistes, socialistes & républicains"
Membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste

POUR LA GAUCHE RÉPUBLICAINE, LA QUESTION DU TRAVAIL DOIT ÊTRE AU CŒUR DU PROJET DE LA GAUCHE

site de la GRS

communiqué de presse de la Gauche Républicaine et Socialiste – mardi 13 septembre 2022

Les débats de ces derniers jours autour de la place du « travail » dans notre société et dans nos propositions ne devraient pas tourner à la polémique.
Nous avons besoin de travail, parce que nous sommes pour le progrès social, et parce que nous pensons que chacun a la capacité de contribuer à sa mesure au bien commun. Nous portons depuis toujours le combat pour l’émancipation des travailleurs c’est à dire de tous ceux et toutes celles qui travaillent ou ont travaillé (retraités, personnes en formation ou privés temporairement d’emploi). Nous ne devons pas nous laisser abuser par les discours de la Droite et du gouvernement sur l’importance de la valeur travail alors même qu’ils œuvrent inlassablement pour anéantir la valeur DU travail. Nous ne devons pas non plus nous laisser séduire par les théories sur la « fin du travail » alors même que tant de nos concitoyens aspirent à un emploi correctement rémunéré, respectant le droit du travail et assurant une amélioration des conditions de travail.

OUI, LA QUESTION DU TRAVAIL DOIT ÊTRE AU CŒUR DU PROJET DE LA GAUCHE, C’EST CE QU’ATTEND UNE MAJORITÉ DE FRANÇAISES ET DE FRANÇAIS ET C’EST LA CONDITION D’UN RASSEMBLEMENT MAJORITAIRE.

La Gauche Républicaine portera ce message dans son université de rentrée les 23-24-25 septembre à Rochefort. Elle le portera également en s’associant à la mobilisation sociale annoncée par les syndicats de salariés le 29 septembre prochain.

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21 juillet 2022 4 21 /07 /juillet /2022 14:40
La Poste fait passer le timbre rouge au numérique intégral : quand on montre la Lune, l'idiot regarde le doigt

En janvier 2010, dans un froid glacial, aux côtés de camarades socialistes et communistes à Persan dans le Val-d'Oise j'ai passé une matinée (avant quelques autres moins froides) à faire signer une pétition nationale pour exiger avec les syndicats que La Poste ne devienne pas une Société Anonyme (même avec 100% de capitaux publics)... Le passage au statut de SA n'est en fait qu'une accélération de la dégradation engagée depuis sa transformation à partir de 1991 en établissement public industriel et commercial (EPIC). Lorsque François Hollande a été élu président de la République l'engagement du PS de rendre à La Poste sont statut antérieur avait évidemment été oublié avant même le début de la campagne électorale.

La disparition physique du timbre rouge qui devient numérique n'est que la partie émergée de l'iceberg, celui de l'évanouissement progressif de la conscience de Service Public de l'entité... alors ne nous y trompons pas, parmi les postiers (il y en a encore quelques 245.000 - chiffre rapport d'activité 2021) - qu'ils soient facteurs, manutentionnaires ou administratifs, qu'ils soient cadres moyens ou supérieurs ou employés, fonctionnaires ou salariés de droit privés - des dizaines de milliers d'entre eux qui sont très attachés aux missions de service public de La Poste, y compris chez certains cadres dirigeants (je parie sur une proportion plus faible dans cette catégorie) : le service universel postal, la contribution à l'aménagement du territoire, le transport et la distribution de la presse et l'accessibilité bancaire.

Mais soyons honnêtes l'Etat actionnaire réduit chaque année la dotation qu'il verse à la société et exige une discipline financière calquée sur le marché et les logiques du privé toujours plus forte. Différentes institutions d'Etat pestent d'ailleurs, considérant que la réduction des effectifs de l'entreprise n'est pas assez rapide. La Poste diversifie ainsi ses activités pour tenter de trouver des nouvelles ressources, nouvelles activités qui s'éloignent toujours du "cœur de métier" de l'entité et des missions de service public, ce qui implique ces dernières prennent de moins en moins d'importance dans la culture d'entreprise de nombre de ses cadres. Il faut aussi rappeler que le courrier, en France comme dans toute l'Europe, s'est effondré : sa distribution n'a jamais été rentable, elle ne le sera jamais, elle sera toujours moins. Et l'explosion du "marché" du colis ne compense pas économiquement - dans ce contexte, Amazon.fr est tout à la fois le pire concurrent de La Poste et son premier client. La réduction du nombre de bureaux de Poste, leur disparition dans de nombreux territoires ruraux ou leur insuffisance dramatique dans la plupart des quartiers populaires est la directe conséquence du changement de logique imposé par l'Etat à La Poste. N'oubliez pas que c'est La Poste qui distribue une bonne partie des subsides du RSA, regardez les queues terribles en début de mois, pensez aux calvaires qu'ont vécu les allocataires pendant la crise sanitaire quand un bureau était fermé car un agent - un seul - était contaminé et qu'ils devaient faire plusieurs km pour rejoindre un autre bureau et faire la queue avec 10 fois plus de monde où ils avaient plus de risques encore de se contaminer - c'est arrivé à Bezons au plus fort de la crise... et le bureau de la Rue des Frères-Bonneff n'est toujours pas suffisant et la SA n'a rien à proposer à la collectivité (qui n'a rien à proposer à la population et refuse le projet de Vivons Bezons d'une agence postale communale - faute de grives on mange des merles). Le rattachement à La Poste de la CNP Assurances initiée en 2018 est le symptôme le plus caricatural du changement de nature de l'entité.

Ce n'est pas tenable ! Les postiers sont placés en permanence dans une schizophrénie économique et institutionnelle permanente. Il faut mettre un terme à cette situation : il faut renationaliser.

Les quatre missions de services - le service universel postal, la contribution à l'aménagement du territoire, le transport et la distribution de la presse et l'accessibilité bancaire - doivent sortir de la société anonyme et redevenir La Poste, sous un statut de service public direct - administration publique ou à défaut EPIC - et l'Etat devra assumer intégralement son financement au niveau nécessaire pour restaurer un service public décent sur tout le territoire... Le reste des activités pourra rester une SA, elle changera de nom et qu'importe si le capital n'y est plus totalement public.

Frédéric FARAVEL
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons
Président de "Vivons Bezons, le groupe des élus communistes, socialistes & républicains"
Coordinateur national des pôles thématiques de la GRS

La Poste fait passer le timbre rouge au numérique intégral : quand on montre la Lune, l'idiot regarde le doigt
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18 juillet 2022 1 18 /07 /juillet /2022 10:39
L’Institut Rousseau, laboratoire d’idées de la reconstruction écologique et républicaine qui rassemble de nombreux experts juridiques et des politiques publiques, a choisi de publier la note d’analyse sur les élections législatives de juin 2022 que j'ai rédigée entre 15 juin et le 1er juillet de cette année. Elle fait suite à la note que j’avais publiée pour analyser l’élection présidentielle 👉 https://bit.ly/3AV3KMm ainsi qu'à celles sur l’état de la gauche – 3 articles commandés par Le Temps des Ruptures 1️⃣ https://bit.ly/3IGLsjH 2️⃣ https://bit.ly/3z9PFtb 3️⃣ https://bit.ly/3z7PIFJ
Plus que jamais le paysage politique français est confus et incertain, la crise démocratique s’aggrave, le RN se place désormais en embuscade pour viser le pouvoir, et la gauche est loin (très loin) d’avoir résolu ses impasses idéologiques et sociologiques et ses contradictions.
Je vous souhaite une bonne lecture.
Frédéric FARAVEL
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons
Président de "Vivons Bezons, le groupe des élus communistes, socialistes et républicains"
Coordinateur national des pôles thématiques de la GRS
 
Élections législatives de 2022 : entre approfondissement et contradictions, une nouvelle étape de la crise démocratique

Les élections législatives de 2022 se sont tenues les 12 et 19 juin 2022. Un mois et demi après la réélection par défaut d’Emmanuel Macron à la présidence de la République face à Marine Le Pen, elles sont conclues une campagne électorale assez insaisissable entre atonie/anomie en profondeur et emballement en surface. Dès le soir du 1er tour, les résultats ont marqué plusieurs enseignements notables – de fortes évolutions et d’inquiétantes constantes – que nous proposons d’analyser en croisant les informations issues de l’observation à des différentes échelles géographiques. Nous décrypterons la manière dont s’est traduite dans les urnes une forme inédite de rassemblement de la gauche sous direction insoumise. Nous analyserons enfin les phénomènes qui ont joué au second tour pour aboutir à une Chambre basse sans majorité évidente, où l’extrême droite entre en masse sans que cela ait été perceptible à ce niveau au soir du 12 juin… Ces élections législatives ouvrent une période politique confuse et incertaine, traduisant comme jamais l’état de crise démocratique de nos institutions et plus largement du pays.

Principal enseignement du 1er tour : la consolidation d’une abstention massive

L’abstention s’est établie le 12 juin 2022 à 52,49 % des inscrits, soit près de 25,7 millions d’électeurs inscrits. Le 11 juin 2017, l’abstention s’établissait à 51,3 % des inscrits, soit plus de 24,4 millions d’électeurs, c’est-à-dire une progression de 1,2 points et 1,25 millions d’abstentionnistes supplémentaires en 2022. Cependant le corps électoral ayant progressé, le 1er tour de 2022 a compté près de 23,26 millions de votants, soit quelques 90 000 électeurs supplémentaires.

La progression de l’abstention est un phénomène désormais structurel de notre démocratie électorale : on la constate à des niveaux importants à toutes les élections, à l’exception de l’élection présidentielle. Pour les élections législatives, cette situation politique est relativement récente à l’échelle de la Ve république : de 1967 à 1986, la participation flirtait avec la barre des 80 % (au-dessus et en-dessous), avec une exception en 1981 à 70,6 % (démobilisation de la droite). La réélection de François Mitterrand en 1988 a ouvert une phase de transition avec une participation plus faible aux élections législatives entre 65 et 69 % entre 1988 et 1997.

Une rupture importante est intervenue en 2002 avec l’adoption l’année précédente du quinquennat et l’inversion du calendrier électoral, plaçant désormais les législatives systématiquement dans la foulée de l’élection présidentielle : cette situation induit que la probable majorité parlementaire qui sort des élections est redevable au Président de la République qui vient d’être élu les Français ne changeant pas d’idées comme de chemises en un mois et demi. Au-delà de la disparition de fait d’une possibilité de cohabitation, elle induit des comportements parlementaires plus que jamais inféodés à l’exécutif ; le pouvoir parlementaire déjà largement tenu en laisse par le parlementarisme rationalisé de la Ve république n’en est que plus abaissé structurellement. En réaction, les électeurs se démobilisent face à un scrutin qui perd en politisation et donc en intérêt, l’élection apparaissant déjà jouée entre de futurs députés tenus par une obéissance à l’exécutif et des opposants sans pouvoir. On remarquera que les raisonnements sont contradictoires mais qu’ils se conjuguent pour accroître l’abstention.

La participation est passée dès 2002 à moins de 65 %, alors que l’électorat de gauche s’était remobilisé pour limiter la casse et « se faire pardonner » de l’élimination de Lionel Jospin, pour chuter à près de 60 % en 2007, puis 57 % en 2012. Une chute continue et accélérée.

Le quinquennat de François Hollande explique une nouvelle rupture : il a été à la fois la démonstration de la trahison des élites – le président et ses soutiens parlementaires ont mené et soutenu une politique néolibérale contraire à leurs engagements de campagne et finalement dans la continuité du quinquennat de droite précédent – et de l’impossibilité d’une révolte parlementaire qui rétablirait un cours exécutif plus conforme aux « promesses électorales ». Pourquoi donc dans ces conditions voter pour que les politiques publiques ne changent pas ou peu d’orientation ? Pourquoi voter pour des parlementaires qui n’ont aucun pouvoir sérieux sur l’exécutif ou qui le suivent servilement dans leur majorité ? La participation s’est effondrée de 8,5 points de 2012 à 2017, accompagnant l’élection d’une Chambre largement dominée par les groupies du nouveau président de la République, Emmanuel Macron, renforçant la logique de soumission ou servilité du législatif à l’exécutif. Le spectacle donné par la majorité parlementaire “Playmobil” mais sans doute aussi par une partie de l’opposition (ce n’est pas parce qu’on hurle dans l’hémicycle que l’on est plus apprécié par les abstentionnistes) n’a pas suscité un renversement de tendance en 2022 mais une confirmation à la baisse (cependant moins rapide).

illustration n° 1 : évolution de l'abstention aux élections législatives de 2022 à 2022

illustration n° 1 : évolution de l'abstention aux élections législatives de 2022 à 2022

La carte de l’abstention de 2022 apparaît relativement classique, mais connaît quelques petites évolutions.

On retrouve le schéma classique d’une abstention élevée – une constante des élections législatives des vingt dernières années – dans les territoires de l’ancienne France ouvrière désindustrialisée du nord et de l’est de la France, de la vallée du Rhône et du pourtour méditerranéen, des zones péri-urbaines et les banlieues des grandes agglomérations (dont celles de la capitale), du bassin parisien et enfin de l’outre mer.

illustration n°2 : abstention au premier tour des élections législatives le 12 juin 2022 par circonscription

illustration n°2 : abstention au premier tour des élections législatives le 12 juin 2022 par circonscription

Le mauvais score de la majorité présidentielle d’Emmanuel Macron (Ensemble ! : LaREM, MoDem, Horizons, Agir) au soir du 1er tour s’explique en partie par une poussée de l’abstention dans quelques régions hors des territoires précédemment énoncés. Si l’on regarde attentivement l’illustration n°3 de cette note, qui cartographie les évolutions de participation entre juin 2017 et juin 2022, on remarque une très forte progression de l’abstention dans l’ouest de la France, nord-ouest de la Région Centre Val-de-Loire, les Pays-de-la-Loire, la Vienne et la Bretagne, territoires qui s’étaient donnés à Emmanuel Macron et à sa majorité parlementaire en 2017, pour une large part à nouveau à Emmanuel Macron le 10 avril 2022. Cette progression de l’abstention dans ces territoires au-delà de 2,5 points (avec des pointes au-delà de 5) a diminué d’autant les scores de la majorité présidentielle à 5 ans de distance. Cela explique également le recul en voix des candidats de la majorité présidentielle dans le Pas-de-Calais, une forme de démobilisation de la droite et de LaREM dans l’ouest de Paris, à Levallois et Neuilly et dans la 12e circonscription de Seine-Saint-Denis.

On note parallèlement une démobilisation plus forte de l’électorat à Marseille (ce dont ont pâti les candidats de la NUPES), en Corse (les non autonomistes continuent de s’effacer), en Martinique et à la Réunion (ce qui nourrit l’analyse sur une forme de révolte spécifique de l’outre mer vis-à-vis de l’exécutif hexagonal).

Ainsi pour la première fois depuis 2002, il semble qu’une partie de l’électorat présidentiel se soit démobilisé plutôt que les opposants. Cela démontre la fragilité politique d’Emmanuel Macron.

illustration n°3 : évolution de l'abstention entre les premiers des élections législatives de 2017 et 2022

illustration n°3 : évolution de l'abstention entre les premiers des élections législatives de 2017 et 2022

Cette analyse est confirmée par la carte du différentiel d’abstention entre le 1er tour de l’élection présidentielle du 10 avril dernier et le 1er tour des élections législatives du dimanche 12 juin 2022.

On voit comme d’habitude les territoires à l’est d’une ligne Le Havre/Aigues Mortes… C’est l’ancienne France industrielle et ouvrière abandonnée en « déclin » depuis les années 1980 ; c’est dans ces territoires que se concentrent la majorité des bassins ouvriers désindustrialisés, les territoires péri-urbains déclassés à l’écart des agglomérations métropolitaines. L’augmentation de l’abstention y est un grand classique et pénalise habituellement les résultats des candidats de gauche et d’extrême droite.

Or, comme on le verra au chapitre suivant, l’électorat d’extrême droite, s’est moins démobilisé en 2022.

Je me permets donc de faire l’hypothèse que dans les circonscriptions d’Alsace, de Moselle et du sillon mosellan, où l’abstention progresse le plus, ce sont les électeurs macronistes qui se sont repliés aux législatives, de même qu’en Savoie.

Je constate également que la progression de l’abstention entre les deux scrutins très différents de 2022 est également particulièrement forte sur la façade atlantique et dans l’ouest français, jusqu’en Haute-Vienne qui étaient des territoires qui avaient soutenu prioritairement Emmanuel Macron en 2017 et en 2022.

On peut effectivement s’interroger sur les raisons de cette abstention différentielle de l’électorat du président de la République qui vient d’être réélu. En effet, habituellement, le camp présidentiel voit se dérouler un boulevard devant lui quand les opposants souffraient de la démobilisation de leurs électorats. Je fais l’hypothèse qu’une partie de l’électorat de centre-gauche, que la presse qualifie abusivement de « social-démocrate »1 mais qu’il faut caractériser comme social-libéral, qui avait encore voté pour Emmanuel Macron les 10 et 24 avril 2022 ne s’est pas déplacée pour le 1er tour de l’élection législative. Cela correspond assez bien à ces territoires de l’ouest français où le PS avait progressivement subjugué un électorat qui s’était tourné des années 1950 à 1970 vers la démocratie chrétienne et qui apprécie par-dessus tout la modération. Le flou et le temps perdu précédant la nomination d’Élisabeth Borne comme première ministre, l’orientation marquée à droite du « nouveau gouvernement », la mauvaise gestion des « affaires » entourant ce dernier, l’effacement d’une première ministre qui aurait dû pourtant leur plaire, a sans doute dérouté une partie de cet électorat. Les scores de plusieurs députés socialistes sortants – comme Guillaume Garot dans ce même ouest français – semblent d’ailleurs avoir été en partie nourris par un électorat de ce type. Le ton martial et caricatural au son de « la République menacée par les anarchistes d’extrême gauche » (nouvelle version des « chars soviétiques sur les Champs-Élysées ») peut remobiliser en sa faveur un électorat de droite qui aurait boudé le 12 juin mais pourrait dérouter plus encore les macronistes de centre-gauche : cette stratégie est donc risquée pour un mouvement se voulant ni de droite ni de gauche ou et “de droite et de gauche”.

Les différentiels de participation dans les grandes agglomérations apparaissent plus classiques : électorats populaires et de banlieue. De même que l’Outre mer, où on constate une déconnexion totale avec le scrutin présidentiel ; avec une différence entre les Antilles, la Guyane et la Réunion d’un côté et le reste des outre mer. La participation progresse même à Wallis-et-Futuna et en Polynésie : les considérations de l’hexagone importe peu, comme il importe peu que ce soit un président plutôt qu’un autre, d’autant plus en Polynésie engagée dans un processus d’autonomie qui pourrait bien la conduire à l’indépendance, thème qui y a d’ailleurs dominé le débat des législatives.

1La social-démocratie n’existe pas en France ; elle n’a jamais existé et n’existera jamais… Ce n’est d’ailleurs pas une proposition idéologique mais un mode d’organisation socio-politique dans lequel parti-syndicats-mutuelles-associations sont organiquement liés les uns aux autres pour encadrer à l’origine la vie et les intérêts de la classe ouvrière… la conversion progressive des partis social-démocrates et travaillistes européens au social-libéralisme a conduit nombre de commentateurs à confondre l’une et l’autre, surtout pour appeler de leurs vœux le passage définitif du PS au social-libéralisme, ce qui s’est passé avec le quinquennat de François Hollande.

illustration n°4 : différentiel d'abstention entre le premier tour de l'élection présidentielle du 10 avril 2022 et le premier tour des élections législatives du 12 juin 2022

illustration n°4 : différentiel d'abstention entre le premier tour de l'élection présidentielle du 10 avril 2022 et le premier tour des élections législatives du 12 juin 2022

Deuxième enseignement majeur : la progression du RN et de l’extrême droite

C’était une figure incontournable des vingt dernières années : l’extrême droite faisait de relativement bons scores à l’élection présidentielle, mais perdait un tiers ou la moitié de son électorat (tout en tenant compte du différentiel de participation) aux législatives qui suivaient.

Le 1er tour des législatives de juin 2022 enraye la fatalité pour l’extrême droite. L’élection présidentielle du 10 avril 2022 avait déjà sonné comme un record : avec 23,15% pour Marine Le Pen, 7,07 % pour Eric Zemmour et 2,06% pour Nicolas Dupont-Aignan, elle totalise 32,3% des suffrages exprimés, presque le tiers de l’électorat, plus que la gauche (trotskystes compris…). En progression de 6,3 points.

En 2017, elle était tombée à 14,7% pour les législatives, perdant près de la moitié de sa force de frappe, ne faisant élire qu’une dizaine de députés (Nicolas Dupont-Aignan compris). Le RN lui-même n’avait conservé que 13,2% des suffrages exprimés au second tour.

En juin 2022, l’extrême droite conserve l’essentiel de ses forces. Le RN rassemble 18,68% des suffrages (un ratio de 0,8 par rapport à la présidentielle) et alors qu’il n’était présent que dans 120 circonscriptions lors du second tour de 2017, il le sera cette fois-ci dans 208. Et la grande nouveauté, c’est qu’il dispose de réserves de voix puisque le parti Reconquête recueille 4,24% des suffrages exprimés (un ratio de 0,6, plus classique à l’extrême droite) à l’échelle nationale et l’alliance électorale autour du parti de Nicolas Dupont-Aignan recueille 1,17% (stable par rapport à 2017 et sa chute découle du fait qu’elle n’a pas déposé partout des candidatures). Les candidatures résiduelles de diverses extrêmes droites s’établissent à 0,3% asphyxiées par l’offre pléthorique.

La carte ci-dessous (illustration 5) illustre parfaitement cette progression et cet ancrage durable dans la géographie électorale du pays.

illustration n°5 : évolution des circonscriptions où des candidats d'extrême droite sont qualifiés pour le second tour entre les élections législatives de 2017 et de 2022

illustration n°5 : évolution des circonscriptions où des candidats d'extrême droite sont qualifiés pour le second tour entre les élections législatives de 2017 et de 2022

En bleu foncé, on retrouve les circonscriptions où le RN est en tête aussi bien en 2017 et 2022 ; la teinte plus claire correspond à une qualification pour le second tour. L’extrême droite progresse terriblement. On connaissait ses points forts depuis longtemps : le Nord-Pas-de-Calais (sauf l’agglomération lilloise) autour du bassin houiller, du Hainaut et de Calais, l’Eure, l’Aisne, des bastions dans le Nord-Est, les basses vallées de la Garonne et du Rhône, et la côte méditerranéenne. C’est la géographie classique du Front National depuis plusieurs décennies que l’on retrouve bien dans la carte de la présence au second tour de 2017, avec la distinction entre des électorats relativement divergents entre le nord et le sud du pays, qu’on a retrouvé dans la césure mise à jour par la candidature d’Eric Zemmour : l’extrême droite est plus « prolo » au nord et à l’est de la France ; plus boutiquière, poujadiste et pieds-noirs en Méditerranée.

En 2022, non seulement les candidats du RN confirment et amplifient leur score de 2017 (ou ceux de leurs prédécesseurs), mais ils s’étendent dans des zones où ils ne passaient pas le premier tour, et même parfois dans des milieux qui leur étaient jusqu’ici hostiles.

En effet, l’extrême droite reprend pied dans le Centre de la France et en Bourgogne à un niveau qu’on n’avait pas connu depuis la fin des années 1990. Elle s’implante en Poitou-Charentes, où la Vienne est travaillée depuis de nombreuses années par les réseaux identitaires. Elle s’ancre en Champagne et dans les Ardennes et confirme des années de labours en Picardie, en Lorraine et en Alsace. Son retour en force dans les circonscriptions du nord de la Franche Comté marque l’échec de la politique de gribouille industriel du quinquennat Macron.

Enfin, le Pas-de-Calais connaît un approfondissement marqué de l’implantation du RN, avec une prise de contrôle dans l’ensemble du département, renforcé par l’effondrement du camp présidentiel comme nous l’avons indiqué dans le chapitre sur l’abstention.

Les raisons de la géographie du vote FN puis RN sont connues depuis longtemps et suivent, pour une large part, la localisation des difficultés sociales de nos concitoyens – non pas forcément parce que les électeurs de ce parti seraient eux-mêmes tous directement frappés par ces difficultés (c’est le cas de beaucoup d’entre eux – jeunes sans diplôme au premier chef), mais parce qu’ils réagissent par ce vote aux symptômes de ce qu’ils perçoivent comme le délitement de notre société. Il est cependant particulièrement frappant de voir à quel point la carte des circonscriptions où le RN est présent au second tour des élections législatives de juin 2022 recoupe presque trait pour trait la carte de l’indice des difficultés sociales de 20131. Une démonstration en creux de l’échec des politiques libérales conduites par François Hollande puis Emmanuel Macron à résoudre les problèmes de la société française et à répondre aux aspirations de la grande majorité de nos concitoyens.

1 Cette carte (basée sur l’indice synthétique des difficultés sociales conçu par Hervé Le Bras) a été publiée pour la première fois dans la tribune que le démographe a signée dans Le Monde le 26 avril 2017 et intitulée Le malaise social n’est pas la seule cause du vote Le Pen.
https://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/26/herve-le-bras-le-malaise-social-n-est-pas-la-seule-cause-du-vote-le-pen_5117919_3232.html

illustration n°6 : carte de l'indice synthétique des difficultés sociales conçu par Hervé Le Bras, données de 2013

illustration n°6 : carte de l'indice synthétique des difficultés sociales conçu par Hervé Le Bras, données de 2013

Pourquoi, là encore, une moindre démobilisation de l’électorat d’extrême droite lors de ce 1er tour des élections législatives ? C’est inhabituel. Ici aussi, je ne peux m’aventurer qu’à faire des hypothèses : j’ai été frappé par le nombre de sujets en boucle sur France Info TV expliquant à quelques jours du 1er tour (témoignages à l’appui) que les électeurs du RN allaient comme d’habitude bouder les élections législatives : « de toute façon, on vote tout le temps pour elle et ça passe jamais… Y en a marre ! Je préfère passer un bon dimanche en famille ! » dixit la poissonnière d’Arras. Comme si la chaîne d’information publique voulait encourager les électeurs de Marine Le Pen à maintenir leur tentation récurrente d’aller à la pêche. C’est à se demander si ce type de vidéos n’a pas produit l’effet inverse « ah !? Vous souhaitez qu’on lâche et bien cette fois-ci on va vous surprendre, on persévère ». Plus prosaïquement, on peut aussi considérer que le RN a franchi un cap avec les scrutins des 10 et 24 avril 2022, que nombre de ses électeurs ont apprécié le caractère insubmersible de Marine Le Pen qui a réussi à écarter le piège Zemmour, et que même cette candidature avait créé des réserves de voix et donc des dynamiques possibles. Pourquoi s’abstenir quand on promet un groupe nombreux ? et pourquoi faire une fleur à un Emmanuel Macron plus que jamais détesté ?

La progression du RN aux élections législatives (sans jamais oublier qu’il faut y ajouter les frères ennemis de Reconquête !) est un des symptômes de la colère profonde qui anime une large partie de nos concitoyens, du sentiment d’abandon des catégories populaires des anciens bassins ouvriers et des zones péri-urbaines : il suffit de voir la progression du vote RN et de sa présence au second tour aux marges de la région parisienne, tout autour dans le bassin parisien. Mais elle marque également une professionnalisation des candidats RN. Évidemment, on a encore vu des candidat(e)s sur les plateaux de débats régionaux télévisés incapables d’enchaîner trois phrases cohérentes et d’expliquer le contenu du programme du RN ; les médias se sont largement fait le relais de cette image de candidats « Deschiens ». Cependant il est un miroir déformant. D’abord parce que la colère est telle que cela ne décourage pas leurs électeurs et que ces candidats finalement leur ressemblent, et surtout (!) que la majeure partie des candidat(e)s du RN ne ressemblent pas à ces candidatures : il y a désormais des élus locaux qui labourent le territoire et sont connus de leurs concitoyens, il y a des cadres qui ont été formés politiquement par leur parti pour faire bonne figure et même certains qui sont dotés d’un bagage intellectuel particulièrement consistant à l’opposé de nos principes sans doute, mais qui ne sauraient se balayer d’un revers de main.

Le RN disposera selon toute vraisemblance d’un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale, une première depuis 1986, une première tout court avec le scrutin majoritaire à deux tours. Et il risque d’être là pour longtemps.

Troisième enseignement : une gauche unie en surface qui accroche mécaniquement les circonscriptions, mais des différences de fond et de logique prononcées

L’essentiel des partis qui soutenaient les quatre candidats de la gauche et des écologistes au 1er tour de l’élection présidentielle se sont réunis dans l’accord électoral construit sous l’égide de la France insoumise et baptisé « Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale » ou NUPES.

Cet accord électoral a pris une forme inédite car exclusive, LFI ayant interdit à ses partenaires toute possibilité réelle de présenter des candidatures à la marge de l’accord électoral pour assurer à la fois la diversité des propositions politiques de camp pluriel et le financement public de chacune de ses composantes.

Les précédents accords électoraux (1997 et 2012) ménageaient différentes possibilités :

  • ✅ candidature unique là où c'est nécessaire pour emporter la circonscription ;

  • ✅ candidature unique là où il fallait empêcher l'extrême droite d'accéder au second tour ;

  • ✅ candidatures diverses ou partiellement rassemblées là où la gauche n'a aucune chance de gagner ;

  • ✅ candidatures diverses ou partiellement rassemblées là où la gauche est tellement dominante que plusieurs candidatures n’empêcheraient pas la victoire finale de la gauche dans la circonscription concernée (il est vrai que ce type de circonscription est plus rare qu’avant)...

Les candidatures dissidentes qui contrevenaient à l’accord électoral dans les circonscriptions concernées dans les deux premiers cas étaient sanctionnées par les partis concernés.

manière "traditionnelle" d'élaborer des accords permettaient à la fois :

  • ✅ la capacité des partis concernés à recueillir des suffrages pour leur financement public (PCF et PS ont été dans cette affaire sans doute les plus lésés) ;

  • ✅ la capacité dans certaines circonscriptions à générer des réserves de voix pour le second tour car parfois la pluralité de candidature à gauche permet de dépasser les plafond de la présidentielle ... et ces réserves de voix ont particulièrement manqué entre le 1er et le 2nd tour des législatives dans plusieurs dizaines de circonscriptions, rendant plus improbable que jamais le fait d'approcher la majorité absolue.

Cette méthode imposée par LFI a ouvert la voie à de nombreuses candidatures divers gauche, dont 104 présentées par la fédération de la gauche républicaine et celles du PRG-centre gauche auquel se sont rattachés les principaux dissidents socialistes, pour ne citer que les regroupements les plus marquants.

L’absence de candidatures de rassemblement en 2017 avait coûté une centaine de député(e)s à la gauche, on ne peut nier une forme d’efficacité électorale de l’accord NUPES : en 2017, 145 candidat(e)s de gauche étaient en mesure de se maintenir au second tour des élections législatives ; en 2022, ce sera le cas dans 385 circonscriptions (190 d’entre eux sont en tête). « L’union » a eu un effet mécanique dans le contexte de tripartition de la vie politique française. Voici qui change le paysage parlementaire et qui aurait pu permettre à la gauche de passer d’une soixantaine de député(e)s à une fourchette allant de 150 à 200 parlementaires.

Une gauche convalescente

Mais, car il y a un mais, la gauche est à son étiage parmi les plus bas des élections législatives…

Le recul de la gauche dans l’opinion publique est tel qu’aux législatives de 2017 et 2022 la gauche (sans les trotskystes) fait moins de 30 % des suffrages… En cinq ans, elle a néanmoins progressé de près de 2,2 points. Autre particularité, le résultat de la gauche lors des législatives de 2017 était légèrement supérieur à la somme des résultats de Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon (26,13 % contre 25,94 %) ; ce n’est pas le cas en 2022, la gauche sans les trotskystes aux législatives recueille 29,36 % des suffrages exprimés, quand la somme des résultats de Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot, Fabien Roussel et Anne Hidalgo s’établit à 30,6 % des suffrages exprimés, soit 1,24 point de plus.

illustration n°7 : total des voix de gauche au premier des élections législatives en % de 1969 à 2022

illustration n°7 : total des voix de gauche au premier des élections législatives en % de 1969 à 2022

Dans les comparaisons entre l’élection présidentielle et les élections législatives, il sera nécessaire de travailler sur les pourcentages pour tenir compte de l’important différentiel de participation et les rapports seront donc établis en points.

Avant de repartir sur la nécessaire comparaison entre l’élection présidentielle et les élections législatives, confrontons une dernière fois les élections législatives de 2017 et 2022 pour mesurer ce qui a pu bouger à l’issue du quinquennat d’Emmanuel Macron.

L’illustration n°8 établit les équivalences de catégories politiques dressées par le ministère de l’intérieur pour que les chiffres de 2017 correspondent aux champs politiques tels qu’ils ont définis en juin 2022. Je dois à ce stade apporter une précision méthodologique car il fallait surmonter l’imprécision récurrente de la catégorie « écologiste » du ministère de l’intérieur : en effet, en 2017 (et précédemment), Beauvau classaient tous les écologistes sous la même catégorie qu’ils appartiennent à EELV ou non ; pour intégrer le fait que EELV et Génération écologie qui présentaient des candidats en 2017 sont en 2022 comptabilisés comme NUPES, j’ai considéré avec une cotte mal taillée que les deux tiers des suffrages de la catégorie « écologiste » de 2017 auraient été intégrés dans une coalition du même type si elle avait existé… on pourra me rétorquer que cela devrait être plutôt les trois quarts, ça ne modifiera pas la démonstration mais la renforcera au contraire (ex. s’il fallait les 3/4 des votes écolos de 2017 dans une coalition type NUPES de 2017, le total gauche de 2017 passerait à 26,48 % encore un peu plus au-dessus de Hamon+Mélenchon – le total NUPES 2017 serait ainsi théoriquement de 24,41%).

illustration n°8 : comparaison des résultats des premiers tours des élections législatives de 2017 et 2022 en reprenant les catégories politiques établies par le ministère de l'intérieur en 2022

illustration n°8 : comparaison des résultats des premiers tours des élections législatives de 2017 et 2022 en reprenant les catégories politiques établies par le ministère de l'intérieur en 2022

Que s’est-il passé à gauche entre 2017 et 2022 ? Les forces coalisées dans la NUPES n’ont gagné que 389 000 suffrages supplémentaires et 1,6 point (1,3 si on tient compte d’un calcul écologiste de 2017 plus généreux). La progression est très modérée, mais l’effet candidature commune et suffrages supplémentaires sur fond d’abstention en progression expliquent le passage d’une présence au second tour de 145 à 385 circonscriptions. Toute proportion gardée, les mouvements importants ont lieu ailleurs : les candidatures comptabilisées divers gauche doublent le résultat de cette catégorie en 5 ans et gagnent 351 000 suffrages supplémentaires ; le PRG étant théoriquement stable avec 20 000 suffrages supplémentaires. De très nombreuses candidatures divers gauche et dissidentes1 sont issues d’initiatives relativement isolées ; d’autres ont fait l’objet d’une réaction coordonnée ou organisée, mais sur des bases différentes : le PRG refusait l’union de la gauche avec LFI par principe, la FGR en a été exclue par LFI, dans les deux cas, ces organisations pour continuer à exister et à porter dans le débat et à l’avenir leurs propositions n’avaient d’autres choix que de se présenter en parallèle aux candidats de la NUPES.

Cette concurrence contrainte n’a pas eu que peu d’effets contre-productifs ; on peut estimer à une dizaine les difficultés créées par les candidatures de la FGR ou du PRG – les dissidences c’est autre chose… au contraire, ces candidatures diverses pourront servir de renfort au 2nd tour : l’effet indésirable de l’accord électoral imposé par LFI, c’est qu’il n’y a dans la plupart des cas plus de réserves de voix du fait de l’exclusivité. 385 candidat(e)s qualifiés mais combien pourront être élu(e)s à la fin, c’est tout l’enjeu…

1 Attention “divers gauche” et “dissident”, ce n’est pas la même chose : une dissidence c’est un candidat issu d’un parti lié par la NUPES qui se présente malgré l’accord parce qu’il considère que la réservation de la circonscription aurait dû revenir à son organisation (donc à lui) et non à un autre partenaire de l’accord… Parfois, ce sont des députés sortants qui sont concernés, nous en reparlerons.

Y a-t-il eu une dynamique NUPES et est-elle partagée ?

Nous allons maintenant descendre aux échelles départementales et des circonscriptions pour comprendre quelles dynamiques électorales sont en cours. Cette dynamique électorale ne peut se mesurer qu’à l’aune de la présidentielle qui s’est conclue le 24 avril 2022 par la réélection par défaut d’Emmanuel Macron. Prétendre le contraire serait malhonnête : en effet, dans le contexte de cette Ve république hyper présidentialisée, le coup de maître de Jean-Luc Mélenchon est d’avoir transformé les élections législatives en un référendum pour Matignon ou un troisième tour de l’élection présidentielle. Plus que jamais, il est nécessaire – incontournable – d’analyser les élections législatives de 2022 dans la continuité immédiate de l’élection présidentielle. D’une certaine manière, en retournant le stigmate, Jean-Luc Mélenchon et son équipe ont largement créé les conditions qui contribuent aujourd’hui à ce que le camp présidentiel se retrouve en difficulté, une partie de son électorat désorienté, avec une coalition d’opposition en embuscade pour tenter de ravir la majorité parlementaire ou de contraindre Ensemble ! à se contenter d’une majorité relative.

La gauche ayant perdu la présidentielle, elle ne peut prétendre emporter les législatives quà la condition de maintenir son résultat au niveau de la somme de gauche du 10 avril 2022 voire de l’élargir encore. Nous avons vu que ce n’est pas le cas : le 10 avril 2022, la gauche non trotskyste recueillait 30,6 % des suffrages exprimés ; la gauche recueillait dimanche 12 juin, 29,36% dont 25,66% pour la NUPES (les disputes avec un ministère de l’intérieur de mauvaise foi et qui profite de l’ambiguïté de quelques candidats PS officiels ne changent pas les ordres de grandeur).

Stricto sensu, la NUPES est en retrait de 4,5 à 5 points par rapport aux résultats des candidats à la présidentielle dont les partis composent aujourd’hui l’accord électoral.

La carte ci-dessous (illustration n°9) permet de voir les mouvements à l’échelle départementale. On mettra de côté l’Outre Mer et la Corse, qui – à part la Réunion et encore imparfaitement – ne sont pas vraiment concernés par l’accord électoral.

La NUPES perd des points par rapport à ses candidats de la présidentielle à peu près partout : elle en perd plus fortement là où il fallait s’attendre à une démobilisation de l’électorat jeune et de banlieue (Région parisienne, Lyon, Marseille…) ; elle en perd là où la droite reprend quelques couleurs (Savoie, Alpes-Maritimes, Alsace, Lorraine, Eure-et-Loire, Morbihan, sud du massif central) ; elle en perd là où Mélenchon avait vu une partie de son électorat de 2017 partir en 2022 chez Jean Lassalle.

illustration n°9 : analyse des écarts en points entre le résultats des candidats de la NUPES au premier tour des élections législatives le 12 juin 2022 et des candidats de gauche (Hidalgo, Jadot, Mélenchon, Roussel) au premier tour de l'élection présidentielle du 10 avril 2022 - échelle départementale

illustration n°9 : analyse des écarts en points entre le résultats des candidats de la NUPES au premier tour des élections législatives le 12 juin 2022 et des candidats de gauche (Hidalgo, Jadot, Mélenchon, Roussel) au premier tour de l'élection présidentielle du 10 avril 2022 - échelle départementale

Sept départements – la Mayenne, le Puy-de-Dôme, et ensuite la Somme, l’Aisne, les Deux-Sèvres, la Haute-Vienne et les Landes – tranchent dans cette carte grisâtre, puisqu’ils affichent des gains en points relativement importants… Y a-t-il dans ces départements un environnement ou une culture politiques qui a permis, dans une phase de forte progression de l’abstention entre la présidentielle et les législatives, une tension suffisante pour que l’électorat de la présidentielle reste plus mobilisé au point de dépasser les scores de cette élection ? Je vais divulgâcher immédiatement la fin de l’histoire : je me risquerai à une telle conclusion uniquement pour la Haute-Vienne, car sur aucune des trois circonscriptions concernées la NUPES n’est en recul par rapport aux résultats cumulés des 4 candidats à la présidentielle, malgré une candidature de la FGR à 3% dans la 2e circonscription alors que le candidat PS y progresse de près de 5 points. Nous sommes dans l’un des territoires où l’abstention différentielle a vraisemblablement pénalisé avant tout la majorité présidentielle.

Dans les six autres départements, une circonscription fait la différence ; il est donc nécessaire à ce stade de descendre au niveau des circonscriptions1.

D’abord, un passage en revue rapide de l’essentiel des circonscriptions démontre que dans l’essentiel des circonscriptions la moyenne des scores de la NUPES est en recul de 4 à 6 points par rapport aux résultats cumulés de la présidentielle…Les exceptions sont rares et des personnalités marquantes de la France insoumise n’y échappent pas.

C’est le cas des deux députés sortant LFI de l’Ariège, de Manuel Bompard à Marseille pour succéder à Jean-Luc Mélenchon (il a recueilli la majorité des suffrages mais l’abstention le contraint à un 2nd tour), Bernalicis dans le Nord est en retrait de 3,5 points, David Guiraud (porte parole) en retrait de 6,5 points à Roubaix ; à Paris, Sophia Chikirou (élue) est en retrait de 3,5 points, Danièle Obono (réélue) de 4,5 points ; dans l’Essonne, Claire Lejeune en retrait de 5 points, Antoine Léaument de 6 points ; en Seine-Saint-Denis, Alexis Corbière (réélu) en retrait de 3 points, Eric Coquerel et Bastien Lachaud sont plus pénalisés en retrait de 8 points ; Aurélie Trouvé, l’économiste présidente d’ATTAC devenue présidente du parlement de l’Union Populaire, prenait le relais de Sabine Rubin dans la 9e circonscription de Seine-Saint-Denis (qui mêle classes populaires et petite bourgeoisie n’arrivant plus à se loger à Paris), mais son exposition médiatique ne l’a pas empêché d’être en recul de 4,6 points ; dans le Val-de-Marne, Clémence Guetté et Rachel Keke en retrait de 5 points… Clémentine Autain est en retrait de 11 points mais souffre d’une dissidence communiste directement pilotée depuis la mairie de Tremblay.

Loïc Prudhomme à Bordeaux, Sarah Legrain (élue) à Paris et Mathilde Panot dans le Val-de-Marne ne reculent que d’un point. Adrien Quatennens est à l’équilibre. Caroline Fiat gagne un point par rapport à la présidentielle dans une circonscription où son élection en 2017 avait déjà surpris l’intéressée elle-même. François Ruffin détonne dans l’ensemble puisqu’il fait 11 points de mieux dans sa circonscription – 1ère de la Somme – et s’il est réélu dans cette circonscription très difficile, il le devra essentiellement à lui-même et à ses militants ; c’est lui qui fait rosir la Somme sur la carte.

On peut s’interroger sur la dépendance forte de la première catégorie au score présidentiel de Jean-Luc Mélenchon quand d’autres ont pu se construire une posture plus autonome dans leurs territoires.

Le sort de candidats PCF très proches de LFI ne s’en distingue pas : Elsa Faucillon et Stéphane Peu sont en retrait de 4 à 5 points, alors que tous leurs autres camarades PCF font plutôt des scores intéressants comme Sébastien Jumel qui recueille 15 point de plus en Seine-Maritime que les scores de la présidentielle dans une circonscription difficile, ce qui marque son implantation personnelle. Le recordman du genre est André Chassaigne qui fait toute la différence dans le Puy-de-Dôme avec 20 points de plus et qui explique le rouge de l’illustration n°9. D’une manière générale, les sortants communistes sont tous à l’équilibre ou au-dessus des scores de la présidentielle, comme de nombreux autres candidats communistes… La successeure désignée de Marie-George Buffet ne peut pas y prétendre car LFI a chauffé à blanc le maire PCF de Stains, Azzedine Taïbi, qui a pris 21%2Le score ne suffit pas à combler la baisse des points à gauche, mais la guerre fratricide allumée par l’Union populaire explique assurément les pertes en lignes.

Les députés socialistes sortants sont tous très largement au-dessus des scores de la présidentielle… On peut se dire que l’électorat ne veut plus d’un membre du PS à l’Elysée mais peut vouloir conserver un député PS – de là à se dire que certains n’ont pas milité pour leur candidate, c’est un sujet de réflexion. C’est Boris Vallaud qui tire vers le rouge les Landes avec 13,5 points de plus que les candidatures de la présidentielle (les Landes sont un concentré de la dynamique NUPES : Vallaud à 13 points au-dessus, le candidat PCF 1,5 point au-dessus, le candidat LFI en retrait). Dominique Pottier en Meurthe-et-Moselle fait presque 20 points de mieux, mais sans sortir le département du gris. Garot fait 22 points de mieux et fait rougir la Mayenne. Bricout dans l’Aisne fait 28 points de mieux et fait rosir le département. Les transitions avec des députés sortants sont un sujet en soi : dans le Calvados, la greffe d’Arthur Delaporte dans l’ancienne circonscription de Laurence Dumont est réussie avec 4 points de plus. Mais le député sortant David Habib dans les Pyrénées-Atlantiques et le successeur désigné de la députée PS du Gers ont fait chuter les candidats LFI que la NUPES avait imposés contre eux. Dans la Sarthe, une députée PS sortante fait 15,5% et le candidat NUPES recule de 5 points tout en étant qualifié - pour expliquer un tel score cumulé des deux candidats concurrents, non seulement l’abstention a dû se concentrer dans cette circonscription sur l’électorat de droite et macroniste mais une partie de l’électorat du président de la République s’est probablement aussi porté sur la députée PS sortante. Pierrick Courbon, successeur désigné de Régis Juanico, manque de peu la qualification contre la NUPES dans la Loire. Dans la 2e de l’Hérault, la députée LFI qui n’a pas été reconduite connaît par contre un échec net : elle ne fait que 5% et il faut un dissident socialiste à 12% pour expliquer la perte de 14 points pour la NUPES.

D’une manière générale, les candidats socialistes de la NUPES comme leurs homologues communistes se débrouillent très bien. Et les dissidents PS aussi (n’oublions pas le Lot)…

Les candidats du pôle écologiste n’ont pas toujours la partie facile (hors Paris, Bordeaux, Lyon, Tours et Besançon)… Delphine Batho détonne dans les Deux-Sèvres mais elle est très implantée depuis son parachutage à la place de Ségolène Royal grâce au PS. Benjamin Lucas est en retrait de 10 points dans les Yvelines, Sandra Regol de 8 points à Strasbourg, ces deux candidats ayant la particularité d’en être à de nombreux parachutages. Mais les autres candidats EELV comme vous pourrez le lire dans le tableau ne récoltent pas de lauriers très touffus.

De nombreuses circonscriptions sont également victimes d’une forme de ressaisissement de la droite… Dans les Alpes-Maritimes, en Alsace, dans les Ardennes, en Eure-et-Loir avec Marleix, en Savoie ou encore avec les implantations personnelles de Jean-Christophe Lagarde à Drancy et François Pupponi à Sarcelles (devenu MoDem) qui font reculer Raquel Garrido de 17 points et son collègue LFI de 18.

Enfin, les transfuges LREM ont en général des difficultés : Laferrière à Lyon et Taché à Cergy sont en retrait de 10 à 11 points … mais Villani semblait avoir réussi sa greffe dans l’Essonne, il faisait un point de plus que le score du 10 avril.

Il faut cependant éclairer ces réussites inégales par une forme d’antériorité. Si les socialistes et les communistes réussissent mieux dans les circonscriptions qu’ils ont arrachées dans l’accord électoral NUPES, c’est qu’ils les ont demandées spécifiquement sachant où « ils mettaient les pieds » : ainsi leurs candidat(e)s sont en général des gens implantés. Mais on pourra aussi arguer que LFI a fait d'une certaine manière le choix de la non implantation sur le moyen terme et même quand le mouvement populiste avait des personnes en vue localement, les insoumis ont parfois (si ce n'est souvent) choisi d'envoyer un(e) cadre venant de loin ou de très loin et parfois même de ne pas non plus lui adjoindre de suppléant(e) du cru (ou d'une autre partie de la circonscription quand les candidat(e)s titulaires prétendent s'installer dans telle ou telle partie du territoire). Ils ont également fait très souvent le choix de ne pas prendre de suppléant(e)s non LFI, présentant des tickets monocolores qui n'incarnent pas le rassemblement que l'accord prétend sceller et se coupant là aussi de la possibilité d'être secondé par une personne implantée.

La justification que j'ai entendue – je ne peux la démontrer – c'est que les cadres et les militants LFI étaient convaincus depuis des mois de leur victoire (ce qui était un pari audacieux) et qu'une fois les législatives passées, de nombreux député(e)s LFI deviendraient ministres et qu'il fallait s'assurer que les député(e)s qui tiendraient la maison soient issu(e)s du mouvement... comme je le disais dans la partie 23 de mon article au long cours, je crains aussi que cela se fonde sur une vision très biaisée des résultats électoraux et de la réalité de la société française.

Les élus étiquetés insoumis qui réussissent le mieux (Ruffin, Fiat, pour les anciens, ou Legrain en nouvelle élue) ont par contre labouré leur terrain de manière intense.

Oui, les législatives sont particulières du fait de la faible participation, mais elles méritent néanmoins d'être analysées pour ce qu'elles produisent sous l'effet des stratégies des uns et des autres... et le résultat c'est que la stratégie décidée par LFI produit des scores en retrait pour ses candidats et que les candidats PCF et PS circonscrits à un nombre limités de circonscriptions récoltent la dynamique de l'accord électoral en plus des effets de leurs implantations.

On peut s’interroger sur les actions concrètes envisagées par les différences politiques de gauche pour faire reculer l’abstention, plutôt que de se contenter de partager les miettes d’un gâteau qui s’est réduit. Aucune des organisations concernées ne disposent plus des outils de formation interne et d'éducation populaire nécessaires : que le PS et le PCF enfermés dans la gestion de leurs collectivités aient perdu cette volonté et se concentrent sur la conservation et la gestion de ce qu'ils ont, on peut à la rigueur le concevoir, mais c’est plus “surprenant” de la part de LFI… Et rien ne laisse penser si l’on s’en tient aux discours actuels qu’ils ont l’intention d’aller chercher au-delà des terres qu'ils pensent acquises aujourd'hui.

Ce panorama rapide et le tableau qui va avec démontre l’extrême fragilité et hétérogénéité des configurations de la gauche. La méthode autoritaire d’élaboration de l’accord électoral de la NUPES a suscité des candidatures dissidentes et divers gauche qui ont parfois fait des scores gênants pour la coalition. Les portes paroles de la coalition font le tour des plateaux TV pour en appeler aujourd’hui à la mobilisation électorale massive au second tour pour tenter à nouveau de faire mentir les chiffres… c’est la démonstration que la tentative de renversement de la tendance n’a pas fonctionné au 1er tour. C’était prévisible car la gauche était trop concentrée territorialement et sociologiquement comme je l’ai décrit dans mes notes précédentes4.

La baisse de la participation a affecté plus durement que d’habitude l’électorat centriste, mais il a aussi touché l’électorat de gauche qui n’a pas suffisamment répondu à l’appel à porter Jean-Luc Mélenchon à Matignon… en même temps, dans les territoires où cette abstention de gauche a monté (en banlieue), l’avance de la NUPES était tellement forte qu’elle n’y perd (ou n’y gagne) rien de plus en sièges. Le problème reste entier pour la gauche : c’est celui de la reconquête, au moins partielle, des anciens bassins ouvriers et des territoires périurbains. Aucune chance de prétendre conquérir la majorité parlementaire à l’avenir sans cela. Mais pour y arriver il lui faudra peut-être apprendre à cultiver sa diversité plutôt que de l’étouffer et assumer de prendre en charge les différentes radicalités qui s’expriment aujourd’hui.

1Le tableau complet avec les commentaires est proposé en annexe.

2Il a fallu des pressions énormes pour que le maire de Stains se retire du second tour … LFI, qui lui avait promis monts et merveilles pour mettre un caillou dans la chaussure de Fabien Roussel lors de la présidentielle, s’est vue contrainte d’envoyer Jean-Luc Mélenchon sur place pour qu’il apparaissent aux côtés de Soumya Bourouaha et de Marie-George Buffet avant le 1er tour. Il a annoncé dans la foulée de son retrait contraint qu’il quittait le PCF.

3http://www.fredericfaravel.fr/2022/06/le-rendez-vous-manque-de-la-gauche-en-2022-sera-t-il-definitif-partie-2/3.html

tableau détaillé en PDF d'analyse des résultats de la NUPES par circonscription, avec des comparaisons entre les deux tours des élections législatives et le premier tour de l'élection présidentielle

Vers une Chambre suspendue1 ?
Un second tour qui n’était pas (totalement) inscrit dans le premier

1En référence à l’expression britannique « Hung Parliament » - soit « parlement suspendu », c’est-à-dire un parlement dans lequel aucun parti politique n'a suffisamment de sièges pour obtenir une majorité absolue.

Le second tour des élections législatives du dimanche 19 juin 2022 a débouché sur une configuration inédite à la fois pour une Assemblée élue au mode de scrutin majoritaire à deux tours et dans le cadre de la Vème République « quinquennale » où les législatives suivent de près l’élection présidentielle.

On l’a suffisamment répété sur tous les tons, au point que cela paraissait être devenu une règle institutionnelle non écrite. Depuis la décision d’avril 2001 de placer l’élection présidentielle juste avant les élections législatives, les événements politiques s’enchaînaient comme un mécano : les Français élisaient (parfois par défaut) un président, puis lui donnaient une majorité parlementaire, le plus souvent non par défaut mais par démobilisation relative des électeurs du camp politique qui avait perdu l’élection phare du régime.

Le scénario qui se déroule devant nos yeux ne correspond plus du tout à ce schéma : la « majorité présidentielle » n’en est pas une mais il n’existe pas non plus de majorité alternative, car l’aboutissement (temporaire ?) du processus de tripartition de la vie politique française conduit à la constitution de trois blocs antagonistes de tailles (presque) comparables : à gauche la NUPES avec 131 député(e)s ; au centre, une « majorité présidentielle » de 245 député(e)s ; à la droite du Palais Bourbon, 74 député(e)s de « droite classique » – qui ne semblent pas avoir totalement décidé ni de leur stratégie vis-à-vis de l’Élysée, ni de leur attitude à l’égard de l’extrême-droite – et un bloc de 90 député(e)s d’extrême droite (89 RN et Nicolas Dupont-Aignan) que personne n’attendait à ce niveau avec notre mode de scrutin. Il est saisissant de voir à quel point le résultat se rapproche de ce que l’on aurait pu obtenir avec des scrutins proportionnels1, même si le scrutin majoritaire favorise en 2022 encore un peu Ensemble ! et la droite.

Dans cette dernière partie, nous regarderons comment les dynamiques du 1er tour ont pu être prolongées ou modifiées par ce second tour (alors que les corrections de ce type sont assez rares) pour la gauche, la « majorité présidentielle » et le Rassemblement National. Il faudra également s’interroger sur les conséquences au moins immédiates de ces élections législatives sur le fonctionnement du régime et de notre vie politique.

1Vous trouverez en annexe les projections en sièges de différentes hypothèses de mode de scrutin proportionnel (liste nationale, règle d’Hondt, seuils à 3 ou à 5 % ; listes départementales, règle d’Hondt, seuil à 5 % - comme en 1986) sur la base des résultats du dimanche 10 juin 2022… Nous nous permettons cependant de préciser qu’avec d’autres « règles du jeu » connues à l’avance, les configurations politiques auraient été vraisemblablement sensiblement différentes et sans doute le comportement des électeurs aussi.

Projections en sièges sur la base des résultats du premier tour des élections législatives le 12 juin 2022 avec plusieurs modes de scrutin proportionnels

Pas de dynamique pour la NUPES au second tour

Les enseignements du 1er tour des élections législatives pour la gauche et en particulier pour la « Nouvelle Union Populaire, Écologique et Sociale » restent valables au second tour et s’inscrivent dans la continuité.

L’excès de compétition interne avait sans doute coûté en 2017 une soixantaine de députés à la gauche ; une forme de rassemblement était donc nécessaire pour que la gauche puisse revenir à l’Assemblée Nationale avec un contingent plus conforme à ce qu’elle représentait dans le pays. Or l’Union n’a jamais d’effets mathématiques, elle est humaine et dynamique... 15+10+5 ne fait pas forcément 30, ça peut faire 20 ou 25% et quand il y a une dynamique 32 ou 35%, mais à 20% ça suffit parfois à être qualifié pour le second tour, a fortiori ça passe à 25, 32 ou 35%... mais ce qui est sûr c'est qu'à 15% un candidat de gauche opposé à d’autres candidats de gauche n’aurait pas été qualifié (d’autant plus quand l’abstention atteint 52 ou 54%) : c’est ce qui s’était passé en juin 2017... donc si l'accord électoral NUPES n'a pas eu un effet mathématique, son effet a été assurément mécanique en permettant la qualification de 385 candidats de gauche pour le second tour… Mais être qualifié à 20% des suffrages exprimés ne permet la plupart du temps pas d’être élu au second tour : deux écueils majeurs attendaient les candidats de la NUPES, à savoir l’abstention massive et l’absence de « réserves » de voix dans la plupart des circonscriptions concernées. Or 82% des députés de gauche ont été élus le 19 juin 2022 dans des circonscriptions où le score des 4 candidats de gauche à l’élection présidentielle était supérieur à 30%.

Les analyses sociologiques montrent que de larges pans de l’électorat de la gauche lors du 1er tour de l’élection présidentielle se recrutaient chez les jeunes et les habitants des quartiers populaires, publics qui s’abstiennent massivement lors des élections législatives : cela a été le cas au 1er comme au second tour des élections législatives de 2022 et Il n’y a pas eu de remobilisation de l’électorat de gauche au second tour pour faire mentir l’abstention du 1er tour. L’institut Ipsos indiquait le soir du second tour que 53% des électeurs de J.-L. Mélenchon s’étaient abstenus (56 % chez les sympathisants de la FI), contre 38% pour Macron. L’immense majorité des candidats de la NUPES accusent des centaines ou des milliers de voix en retrait par rapport aux suffrages cumulés de de Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot, Fabien Roussel et Anne Hidalgo. Or cet électorat de la présidentielle étant également territorialement typé (Région parisienne, métropoles régionales intégrées et leurs banlieues populaires, quelques zones rurales d’ancienne tradition progressiste, comme dans le Sud-Ouest, et l’Outre Mer), il aurait été nécessaire de mobiliser l’ensemble de cet électorat pour espérer l’emporter en profitant de l’abstention frappant les autres camps. Dans certaines circonscriptions, notamment dans les centre-ville des métropoles intégrées et leurs banlieues, l’avance de la gauche est tellement forte que les candidats pouvaient affronter l’esprit serein l’abstention massive de l’électorat plus jeune et populaire de Jean-Luc Mélenchon – c’est ce qui s’est passé dans l’Est parisien, en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne notamment –, mais l’absence de mobilisation à gauche lui coûte des circonscriptions à Lille, Lyon ou Nantes et dans plusieurs territoires ruraux du sud-ouest où la gauche n’est plus en capacité à faire barrage au Rassemblement national (Vallée de la Garonne et Aude, mais aussi Allier) voire dans des circonscriptions où elle est éliminée dès le 1er tour sous l’effet de la concurrence à gauche (2e du Tarn-et-Garonne, Sylvia Pinel candidate du PRG à 20% ; 2e de Dordogne avec un dissident PS à 14,7 %) ou pas (1ère de la Nièvre).

Alors que je viens d’évoquer les conséquences néfastes de la concurrence entre Sylvia Pinel et la NUPES dans le Sud-Ouest, dans certaines circonscriptions, l’effet dissidence au 1er tour a été somme toute utile à la gauche – soit que le dissident ait permis de mobiliser un électorat à cause d’un renforcement des enjeux, soit qu’il ait attiré à lui des électeurs qui n’avaient sans doute pas voté à gauche à la présidentielle servant ainsi de sas électoral vers le candidat NUPES au second tour, soit qu’il ait remporté la « primaire à gauche »… Correspondent aux deux premiers cas, les 2e circonscription de l’Aveyron, 4e circonscription des Côtes-d’Armor et 1ère et 4e circonscriptions de la Dordogne, dont les candidats NUPES recueillent de 78 à plus de 2000 voix de plus que les suffrages recueillis par la gauche à la présidentielle. Dans la 2e du Gers, la 3e du Nord et la 8e du Pas-de-Calais, les dissidents de gauche qui ont éliminé les représentants de la NUPES au 1er tour ont emporté leurs circonscriptions avec plusieurs milliers de voix supplémentaires par rapport à la présidentielle. Nous ne parlerons pas de David Habib, député PS sortant, qui l’emporte dans les Pyrénées-Atlantiques, contre la NUPES. Le contrepoint se trouve dans la 1ère de la Loire : le candidat EELV-NUPES y a éliminé le successeur désigné de Régis Juanico (député génération·s sortant) mais sans reprendre la circonscription face à ensemble ; on peut s’interroger sur l’effet casting et se demander si la qualification de Pierrick Courbon, bien implanté localement, n’aurait pas permis la conservation de cette circonscription à gauche.

Dans plusieurs circonscriptions, le dépassement de la présidentielle est porté selon toute vraisemblance par une dynamique « tout sauf Macron » : la Creuse, la 8e de Haute-Vienne, mais aussi la 4e de la Manche (la candidate PS, ancienne représentante locale de l’aile gauche du parti, paraît également tourner la page Cazeneuve dont c’était la circonscription), la 4e des Pyrénées-Atlantiques (ancienne circonscription de Jean Lassalle qui y présentait son fils, éliminé au 1er tour – une partie des Lassalistes ont voté manifestement à gauche contre Ensemble !), ou encore la 2e des Alpes-de-Haute-Provence (Tout sauf Castaner) et la 6e du Finisterre (Tout sauf Ferrand). Mais le « Tout sauf Macron » peut tout à la fois permettre de dépasser largement la présidentielle sans l’emporter : plusieurs circonscriptions du Calvados (dont celle de Borne), la 2e des Côtes-d’Armor(Dinan, ancrée à droite), la 4e d’Indre-et-Loire et les 2e des Landes (ancien fief PS de J.-P. Dufau) et 7e de Loire-Atlantique (Guérande, très ancrée à droite) où la greffe des candidats PCF (qui n’avait sûrement pas demandé expressément ces circonscriptions) n’a pas prise. La 2e du Lot est là pour nous rappeler que le maintien de deux candidats de gauche dans une triangulaire s’avère mortel.

Enfin, alors que tous les commentateurs glosent sur la mort du « front républicain », il est des circonscriptions où il encore fois fonctionné – au moins partiellement – et permis aux candidats de gauche de dépasser les suffrages de leur camp à la présidentielle : la 4e de l’Eure (Louviers) et la 2e de Haute-Vienne. La faiblesse du front républicain a par contre failli coûter son siège à Caroline Fiat en Meurthe-et-Moselle, qui finit avec 1500 voix de retard sur les candidats à la présidentielle.

Pour élargir sa base électorale par rapport à la présidentielle, et souvent de plusieurs milliers de voix, la meilleure formule pour un candidat de gauche est d’être un sortant communiste ou socialiste (ou ancien député, Nicolas Sansu dans le Cher) ou de leur succéder : Vallaud, Chassaigne, Jumel, Garot, Untermaïer, Potier, Rabaud, Batho (ex PS), etc. sont dans ce cas-là ; Aviragnet et Saulignac se sont même payés le luxe de refuser l’étiquette NUPES tout en profitant de l’accord. Les députés PCF les plus proches de LFI (Peu et Faucillon) suivent la même logique électorale que les autres sortants LFI, mi-figue mi-raisin, tout comme Olivier Faure (PS), Fabien Roussel, Jean-Paul Lecocq ou Pierre Dharréville (PCF)… François Ruffin chez LFI est un OVNI, emportant le second tour avec 2900 suffrages de plus dans sa circonscription de la Somme que la gauche à la présidentielle. Ses interventions médiatiques indiquent qu’il semble vouloir cultiver sa différence avec LFI sur la forme et le fond. Le contre-exemple est Alain Bruneel1, député PCF sortant de la 16e du Nord, qui est emporté par la vague RN, sans surmobilisation de l’électorat de gauche et visiblement avec un front républicain défaillant.

Bien sûr quelques candidats écologistes ou insoumis réalisent des dépassements sans correspondre aux catégories présentées ci-dessus : EELV dans la 6e de Loire-Atlantique ; LFI dans la 1ère des Hautes-Pyrénées et la 3e de Haute-Vienne.2

Ainsi, l’existence de l’accord électoral, d’un rassemblement de la gauche, a été salvateur pour ce camp politique, mais il existe quelques arguments pour expliquer que cet accord là, les conditions de son élaboration et ses présupposés ont été in fine non pas contre-productifs mais sous performants ; même avec une dynamique réduite comme celle du 1er tour, la NUPES pouvait espérer mieux que l’élection de 131 député(e)s (auxquels il faut ajouter 25 divers gauche), qui reste sous les plus basses projections en sièges des instituts de sondage publiées après la signature de l’accord électoral.

Si la gauche veut retrouver une capacité à prétendre gouverner, elle va devoir sortir du lit mineur où elle est enfermée et que François Ruffin désigne comme une victoire « par une ruse de l’histoire »3 de la stratégie de Terra Nova de 2011 : une gauche circonscrite aux diplômés, aux jeunes et aux minorités (raciales, sexuelles, de genre…). Elle doit donc reconquérir les catégories populaires et moyennes des anciens bassins ouvriers et des territoires péri-urbains, qui aujourd’hui en priorité s’abstiennent et secondairement votent en premier pour le Rassemblement National. Or rien n'incite à penser que les dirigeants de gauche et leurs organisations ont le projet concret de se donner les moyens de faire reculer durablement l’abstention en dehors de la présidentielle. Les principales organisations de gauche donnent l’impression de vouloir devenir le plus gros tiers parmi les blocs du nouveau système politique de tripartition, en privilégiant la reconquête de l’aile gauche des électeurs macronistes (ce qui ne peut se faire que sur des bases sociétales car réinvestir fortement l’opposition capital/travail les rebuterait) plutôt que les catégories populaires « beaufisées »… Or dans cette configuration, la gauche pourrait ne jamais reconquérir de majorité parlementaire car les deux autres tiers s’accorderont instinctivement pour l’en empêcher, quitte à s’empêcher eux-mêmes. Et par ailleurs – c'est une question que la gauche doit se poser –, on ne transforme pas en profondeur la société ou tout du moins on n’engage sa transformation avec une simple majorité parlementaire, a fortiori relative, il faut aussi une majorité sociale.

1Bruneel a été confronté au premier tour à un candidat d’extrême gauche connu localement comme syndicaliste CGT virulent et une candidate ex communiste devenue PRG. Le syndicaliste ne s'est pas rallié au PCF au second tour. La candidate PRG a appelé à voter RN certes sous le manteau. Dans la 19e du Nord, Soloch (candidat PCF) n'a eu un bon report des voix des Insoumis et la socialiste Anne-Lise Tison a fait la campagne LREM… Bref, désunion de la gauche et alliance avec le diable. LR aux seconds tour à voté nul ou blanc

2Tous les tableaux de calculs et de comparaison sont en annexe.

3François Ruffin : «Jusqu’ici, nous ne parvenons pas à muer en espoir la colère des “fâchés pas fachos”», entretien accordé à Libération le 13 avril 2022

L’exécutif a été sanctionné…

Trois ministres, Christophe Castaner (président du groupe parlementaire) et Richard Ferrand (président de l’Assemblée Nationale) tombent… ce n’était pas inscrit dans les tablettes. L’action gouvernementale macroniste est directement dans le collimateur. Stanislas Guérini, délégué général de LaREM et nouveau ministre de la fonction publique, et Clément Beaune, proche collaborateur du Président de la République et ministre délégué aux affaires européennes, ont manqué d’être éliminés, mais ils sont sauvés par une partie des Bobos parisiens votent encore contre ses intérêts en croyant les fables libérales de la start-up nation (les autres votent à gauche parce que c’est bien culturellement, rarement parce qu’ils ont compris que c’était dans leur intérêt).

Une partie de l’électorat centriste, démocrate chrétien, socialiste modéré l’a ainsi boudé dès le premier tour, comme il a été dit plus haut et comme le montre une augmentation de l’abstention dans certains territoires de l’ouest français, étant un peu perdu par l’absence de direction et le flottement entre la présidentielle et la législative… peut-être aussi choqué par le ton outrancier adopté contre ses opposants au plus haut niveau de l’État. Les bons scores de quelques candidats de gauche en Bretagne et en Pays-de-la-Loire ont par ailleurs sans doute été nourri par un retour (provisoire ?) d’électeurs qui avaient préféré Macron et ses soutiens en 2017 et lors de la présidentielle de 2022. Ce qui expliquerait que l’institut Ipsos indique que le taux d’abstention des électeurs de Macron soit le même en 2017 et en 2022, soit 38 %.

Emmanuel Macron lui-même est sanctionné car il a fait la démonstration qu’il n’avait pas compris les conditions de son élection. Réélu par défaut, il s’est empressé d’effrayer ceux qui lui ont permis de battre le Pen. En mettant en exergue une seule mesure programmatique, la retraite à 65 ans, il a conforté son image de dirigeant obtus et injuste. En composant, au terme d’interminables consultations, un gouvernement aussi enthousiasmant qu’un slogan de Giscard, en refusant le débat pendant la campagne législative, en n’affirmant ni cap ni stratégie, il a donné l’impression de se moquer des Français, de leurs inquiétudes et de leurs aspirations. Les électeurs, en le privant de majorité, l’ont puni de cette désinvolture.

Mais les éléments de langage caricaturaux du camp présidentiel – le maximum étant atteint avec Amélie de Montchalin et ses propos sur « l’extrême gauche anarchiste » – ont sans doute créé une ambiance politique qui a permis à l’électorat macroniste d’être décomplexé dans son refus de faire barrage à l’extrême droite en votant pour la NUPES. On savait depuis longtemps qu’une partie de l’électorat de droite ne se donnait plus la peine de cet effort depuis quelques années, mais c’est nouveau chez les libéraux et les centristes : la diabolisation de la gauche ramenée tout entière dans ces discours au « gauchisme » supposé de Jean-Luc Mélenchon (il n’est pas d’extrême gauche évidemment mais il suit des comportements politiques gauchistes) a fait sauter un verrou. Le front républicain fonctionne encore à certains endroits sinon certains députés de gauche et de droite n’auraient pas été élus, mais comme d’habitude le front républicain fait plus facilement élire des candidats de droite. Les enquêtes d’opinion réalisées le jour du vote par Harris Interactive indiquait que les électeurs d’un candidat Ensemble ! au 1er tour avaient choisi l’abstention à 48 % dans le cas d’un duel NUPES-RN et le vote RN à 18 %, mais que les électeurs NUPES face à un duel Ensemble-RN se seraient abstenus à 45 % et choisi le RN à 24 %. Brice Teinturier, directeur d’Ipsos, lors de la soirée électorale du second tour a cependant avancé le chiffre de 72% des électeurs Ensemble ! qui se seraient abstenus dans les duels NUPES/RN.

Par contre, il ne faut pas se tromper de conclusion : Malgré des corrections importantes et une sanction de Macron, les Français n’ont pas changé de vote en un mois et demi. Ils n’ont pas élu une majorité alternative, ils ont juste refusé la majorité à Macron qui n’a plus le charme de la nouveauté et à qui l’on offre sa chance. Il ne faut pas aller chercher plus loin. Ils n’ont pas voté pour forcer les différents partis à d’accorder à l’Assemblée Nationale, ils savent bien que les projets de la gauche d’un côté et d’Ensemble ! et de la droite de l’autre, à plus forte raison du RN, sont orthogonaux. La fable racontée à ce sujet par Édouard Philippe le mercredi 22 juin matin est juste une manière de vérifier s’il reste une frange naïve et opportuniste à gauche qui pourrait sécuriser la majorité présidentielle relative … mais une fable reste une fable et les Français n’ont pas voté pour que les différents groupes travaillent ensemble et forment une GroKo… qu’on le regrette ou non, on ne transforme pas une culture politique ancrée depuis 60 ans par la magie d’un scrutin qui marque surtout le dysfonctionnement de notre système politique après des années de dégradation progressive : les Français n’ont pas adopté le 19 juin la culture politique des démocraties scandinaves, belge ou suisse.

Pour dire comme Rémi Lefebvre, dimanche 19 juin au soir, « que le scrutin majoritaire donne une représentation politique qui se rapproche de celle que pourrait produire la proportionnelle est un indice paradoxal de plus de la crise de défiance généralisée, accrue par l’échec pratique du macronisme et la faiblesse de son assise électorale réelle… La prime majoritaire ne peut même plus masquer le déficit de légitimité du système… »

L’extrême droite est la vraie gagnante du scrutin avec une dynamique qui pourrait être durable

Avant de regarder les chiffres dans les détails, on pouvait intuitivement considérer que l’élection d’un si grand nombre de députés RN avait été le fait de la seule rupture massive du front républicain. Cette élection de 90 députés d’extrême droite (Nicolas Dupont Aignan compris) n’était pourtant pas inscrite dans le marbre des résultats du 1er tour. Or, à regarder les résultats des deux tours, il est bien dû à une surmobilisation des électeurs d’extrême droite de l’élection présidentielle, ce qui n’était pas le cas précédemment.

Cette surmobilisation a commencé au 1er tour et explique la qualification de tant de candidats RN pour le second tour. Juin 2022 enraye la fatalité pour l’extrême droite. L’élection présidentielle du 10 avril 2022 avait déjà sonné comme un record : avec 23,15 % pour Marine Le Pen, 7,07 % pour Eric Zemmour et 2,06 % pour Nicolas Dupont-Aignan, elle totalise 32,3 % des suffrages exprimés, presque le tiers de l’électorat, plus que la gauche (trotskystes compris…). En progression de 6,3 points. En 2017, elle était tombée à 14,7 % pour les législatives, perdant près de la moitié de sa force de frappe, ne faisant élire qu’une dizaine de députés (Nicolas Dupont-Aignan compris). Le RN lui-même n’avait conservé que 13,2 % des suffrages exprimés au second tour. En juin 2022, l’extrême droite conserve l’essentiel de ses forces… Le RN rassemble 18,68 % des suffrages (un ratio de 0,8 par rapport à la présidentielle) et alors qu’il n’était présent que dans 120 circonscriptions lors du second tour de 2017, il le sera cette fois-ci dans 208. Nous l’avons écrit au début de cet article, les candidats d’extrême droite qualifiés pour le second tour disposaient dans la perspective du 19 juin de réserves de voix avec les suffrages recueillis par les candidats de « Reconquête ! ».

Cette surmobilisation s’est amplifiée au second tour : la très grande majorité des élus RN retrouvent au second tour un niveau de suffrages (pas de pourcentages ou de points, de suffrages) proche de celui recueilli par Marine Le Pen au 1er tour de la présidentielle. Dans 33 cas, les suffrages des députés RN au second tour dépassent les suffrages obtenus par Marine Le Pen au 1er tour de la présidentielle ; le nouveau député RN de l’Ain atteint même un niveau équivalent à la somme des suffrages des 3 candidats d’extrême droite au 1er tour de l’élection présidentielle … et Dupont Aignan les dépasse allégrement mais c’est un cas à part.

Dix candidats « malheureux » dépassent également au second tour les suffrages obtenus par Marine Le Pen au 1er tour, et bien d’autres encore obtiennent des suffrages pas si éloignés de ceux de leur leader. Dans un contexte d’abstention massive c’est un atout aussi puissant qu’inédit pour l’extrême droite, alors que les deux autres « blocs » ont connu une désertion importante de leurs électeurs de l’élection présidentielle.1

1Tous les tableaux de calculs et de comparaison sont en annexe ci-dessous.

Tableau de comparaison des résultats des candidats RN aux élections législatives avec ceux de Marine Le Pen lors du premier tour de l'élection présidentielle le 10 avril 2022

Et ce ne sont pas les départements du Nord, du Pas-de-Calais ou de la Moselle qui apparaissent les plus inquiétants : l’implantation du RN dans le paysage du RN y est devenue banale, les électeurs de Marine Le Pen n’y prennent donc même pas la peine de se déplacer en nombre pour la faire élire ainsi que ses amis du département. C’est le pourtour méditerranéen et la vallée du Rhône qui craquent, mais aussi des territoires d’Occitanie et de Nouvelle Aquitaine, ou encore le Loiret, l’Yonne, une partie de la Champagne et de la Picardie… L’Aude offre un cadre saisissant : le département est encore tenu par le Parti Socialiste (et sans discontinuer depuis 1945) qui avec ses alliés écologistes, radicaux et communistes bénéficie d’une majorité de 34 sièges n’en laissant que 4 à la droite « classique », et sur 73 maires de communes de plus de 1000 habitants 51 se rattachent à la gauche ; depuis plusieurs scrutins départementaux, la gauche emporte le plus souvent ses cantons face aux candidats du RN, le scrutin majoritaire a donc donné jusqu’ici une image déformée de la situation politique de l’Aude, sans élu d’extrême droite « visible » ; des Cassandre avaient expliqué au sein du PS que la situation était en équilibre précaire et que le jour où la digue céderait, tout céderait en même temps. La digue n’a pas cédé aux dernières élections départementales, elle vient de le faire totalement pour les élections législatives et les trois circonscriptions passent de LaREM (pour laquelle la majorité départementale avait « en sous main » fait voter en 2017) au RN.

Dans ces régions, ajoutées à celles où le RN faisait déjà élire des députés ou obtenait des scores aux élections intermédiaires, les électeurs sont désormais totalement décomplexés à l’idée de transformer leur vote à la présidentielle en vote pour le Parlement. C’est donc une logique d’adhésion ou en tout cas la volonté de choisir des députés du RN pour combattre Macron plutôt que des députés issus d’une autre famille politique : c’est inédit, avant les électeurs préféraient aller à la pêche considérant que seule leur protestation à la présidentielle comptait. Ils inscrivent donc leur vote dans la durée.

Si le RN sait capitaliser cette nouvelle posture, en consolidant le profil de ses cadres et parlementaires, alors il peut être sur les rangs pour lutter en 2027 pour le pouvoir et non pour la première place dans l’opposition. Le ton « respectable » et calme adopté par Marine Le Pen et ses principaux seconds est par ailleurs adapté à cet objectif, à la différence du « bruit et [de] la fureur » qui ont toujours cours chez les Insoumis. Et les changement de posture de personnalités de droite vis-à-vis du RN, Eric Woerth, ancien président LR de la commission des finances de l’Assemblée (pourtant rallié à Ensemble !), et Gérard Larcher, président LR du Sénat, au premier chef, pourrait les y aider.

Le retour du Parlement ou une crise de régime ?

D’aucun se prennent à rêver que le déroulement et le dénouement inédits de ces élections législatives débouchent sur une évolution institutionnelle en douceur de la Vème République. Le président de la République étant dépourvu de majorité parlementaire absolue se verrait ainsi contraint de négocier avec le Parlement, composé d’une Chambre basse « suspendue » et d’une Chambre haute tenue par la droite « classique ». Nous avons dit ce qu’il y avait à penser parallèlement de la fable philippiste d’une « Grande Coalition » à la française.

L’une des hypothèses pas tout à fait absurde serait d’imaginer que l’Élysée passe de manière plus ou moins formel un compromis avec le parti LR (tout en ménageant les apparences de l’opposition « constructive » revendiquée par ce dernier) en reprenant une pratique fort usitée sous François Hollande quand il disposait théoriquement de la majorité sénatoriale (et un peu après aussi) : en faisant débuter l’examen d’un certain nombre de textes au Sénat (pas seulement les textes qu’il faut obligatoirement transmettre en premier au Sénat et qui ont trait aux collectivités territoriales), il pourrait prendre acte des apports de la majorité sénatoriale pour demander à sa « majorité présidentielle » et au groupe LR de l’Assemblée nationale de sanctionner positivement les textes issus de la base gouvernementale amendés par le Sénat. Nous aurions donc une version droitisée du macronisme pendant le temps que cela pourra durer. Édouard Philippe qui vise sans doute la succession d’Emmanuel Macron qui ne pourra se représenter en 2027 aurait sans doute intérêt à ce mécanisme, qui pourrait le placer au centre de la nécessaire négociation politique entre droite classique et nouvelle droite macroniste.

Mais parallèlement, l’impossibilité constitutionnelle pour Emmanuel Macron de se représenter et les signes de fragilité politique donné par son équipage à l’occasion de la séquence récente pourraient donner des ambitions à la droite parlementaire en vue de profiter des difficultés de l’exécutif et porter un candidat issu de ses rangs à la prochaine élection présidentielle qui ne serait plus gêné par cette synthèse des Libéraux (plus ou moins autoritaires) au centre de l’échiquier politique. La stratégie de LR ne semble pas stabilisée comme le démontre le changement de pied surprenant de Gérard Larcher qui rompt avec le sacro-saint « cordon sanitaire » instauré par Jacques Chirac contre le Front National en proposant de considérer le RN comme un parti comme un autre.

Il y a cependant un terrain sur lequel LaREM et LR semblent s’accorder c’est de jouer en ce début d’été 2022 la cornérisation de la gauche parlementaire. Ainsi Gérard Larcher et Eric Woerth ont proposé que la présidence de la commission des Finances revienne au RN. Or ce n’est en aucun cas une obligation réglementaire : le règlement de l’Assemblée nationale édicte dans son article 39 alinéa 3 que « ne peut être élu à la présidence de la Commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire qu’un député appartenant à un groupe s’étant déclaré d’opposition. » Il n’est pas précisé cela doit être le groupe d’opposition le plus nombreux, à partir de là si la gauche s’accorde avec ses quatre groupes parlementaires sur le nom d’un(e) candidat(e), il revient à LR et éventuellement à LaREM (même si, depuis l’insertion de cet article dans le règlement de l’assemblée, la majorité parlementaire n’a pas pris part au vote de la commission sur le nom de son président) de faire un choix politique et de l’assumer : après avoir expliquer que le RN était le diable incarné, il sera cocasse de voir LaREM en coulisse prétendre préférer le RN à la NUPES.

Le mercredi 22 juin, Emmanuel Macron a renvoyé la responsabilité d’un blocage parlementaires aux oppositions parlementaires, il ne semble donc pas enclin à composer avec le Parlement, ce qui ne cesse d’interroger sur la compréhension qu’il a de la signification du message électoral qui lui a été adressé les 12 et 19 juin et des raisons de sa réélection le 24 avril 2022. Il est saisissant qu’il ait tenu à affirmer à deux reprises en 7 minutes que les Français avaient soutenu son projet présidentiel, ce qui est pour le moins sujet à caution. Il semble donc que l’affrontement entre l’Élysée et une majorité de députés soit une option sérieuse ; et si Emmanuel Macron pense être arrivé à rejeter la faute du blocage sur la NUPES, LR et le RN, il s’engagera sans doute dans quelques mois, un an ou deux ans dans une dissolution. Ce n’est pas seulement les Français qui n’ont pas voté en pensant vivre dans une démocratie scandinave, mais le chef de l’exécutif qui considère ouvertement que sa légitimité prime sur celle de l’Assemblée nationale.

Considérer ainsi que l’on pourrait tranquillement faire évoluer le régime de l’intérieur en transformant une Chambre suspendue en espace de négociation permanente et de construction des compromis politique entre l’exécutif et le législatif me paraît pour le moins hasardeux, tout à la fois parce que ce n’est pas le message politique des Français et que ce n’est pas la culture politique des acteurs de cette pièce. Ce serait faire abstraction par ailleurs de la crise politique que la France traverse depuis de nombreuses années, dont Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont été des symptômes parallèles et dont découle directement le résultat des élections législatives de 2022. Les difficultés auxquelles fait face le pays (ralentissement économique, inflation massive, difficultés climatiques, guerre en Europe) vont encore peser sur les difficultés sociales de nos concitoyens, sur l’état de nos services publics dont la dégradation a été mise en exergue comme jamais par la crise sanitaire. Les Français que toutes les enquêtes d’opinion présentent comme fatigués par deux années hors norme n’en ont pas moins exprimé une lourde colère, qui n’a pas disparu depuis la crise des « Gilets Jaunes » et il y a peu de raison qu’elle soit moins forte aujourd’hui.

Notre système politique a montré son essoufflement depuis de nombreuses années ; la situation inédite d’un président fraîchement réélu mais par défaut, avec une légitimité légale entière mais une légitimité politique fragile, une Assemblée nationale sans majorité évidente1, avec une légitimité politique affectée par un très faible taux de participation (comme en 2017), paraît un nouveau symptôme particulièrement abouti de cette « crise de régime ». Sans se poser la question d’un numéro de constitution, il apparaît plus que jamais nécessaire de faire évoluer nos institutions pour raffermir nos processus démocratiques, l’élaboration des décisions, le contrôle de l’action publique et réaffirmer en pratique l’expression de la souveraineté populaire. Georges Pompidou disait par ailleurs que la nature d’un régime démocratique dépendait bien plus du mode de scrutin utilisé que du texte de la constitution. L’Institut Rousseau a fait en novembre 2020 des propositions très construites ; elles ne satisferont sans doute pas tout le monde – l’auteur de ses lignes, lui-même, aurait quelques amendements à y apporter – mais elles ont le mérite de la cohérence et de la praticabilité, elles pourraient donc servir de base de travail à qui veut s’en saisir.

Cependant, la santé de notre démocratie républicaine ne dépend pas seulement de règles constitutionnelles et électorales, mais aussi de la qualité des acteurs politiques qui prétendent représenter les citoyens. Les familles politiques historiques du pays dans leur diversité ont impérativement besoin d’interroger leurs logiciels respectifs, même si parfois il a connu des mutations culturelles assez récentes. On ne peut de toute façon pas se satisfaire d’un fonctionnement démocratique théoriquement rénové si plus de la moitié des électeurs boudent le suffrage universel dans la plupart des scrutins ; et cela dépend aussi largement des propositions, des comportements, des pratiques mais aussi de l’imaginaire politiques qui leur seront soumis… Et cette question est d’abord posée à la gauche.

1Le cœur de la majorité présidentielle étant très éloignée des 289 sièges, la comparaison avec 1988 n’est pas possible, d’autant qu’en 1988, c’était un choix politique (partagé) de ne pas faire entrer le PCF dans la majorité parlementaire, mais la gauche était majoritaire à l’Assemblée nationale.

Élections législatives de 2022 : entre approfondissement et contradictions, une nouvelle étape de la crise démocratique
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16 juillet 2022 6 16 /07 /juillet /2022 16:52

J'ai rédigé pour la Gauche Républicaine et Socialiste l'article ci-dessous à l'occasion des 80 ans de la Rafle du Vél d'Hiv.

Les 16 et 17 juillet 1942, l'Etat français en lien avec l'occupant nazi organisait la rafle plus de 13000 Juifs français et étrangers de l'agglomération parisienne.

Cette participation directe du régime de Vichy à l'entreprise d'extermination des Juifs d'Europe fut l'opération la plus importante de toute la guerre en France : elle représente à elle seule plus du quart des 42000 Juifs envoyés de France à Auschwitz en 1942, dont seuls 811 reviendront chez eux après la fin de la guerre ; parmi les 13152 arrêtés, il y avait 4115 enfants et sauf quelques uns qui réussirent à fuir à Paris ou des camps d'internement en France aucun ne survécut à la déportation à Auschwitz. Alors que depuis deux ans, des entreprises lamentables de révisionnisme historique, de falsification des faits et de réhabilitation de Philippe Pétain et de son régime antisémite ont eu de nouveau table ouverte dans les médias, la Gauche Républicaine et Socialiste souhaite apporter sa pierre, à l'occasion des commémorations nationales pour les 80 ans de la Rafle du Vel d'Hiv, dans la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et le révisionnisme.

Frédéric FARAVEL
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons
Président de "Vivons Bezons, le groupe des élus communistes, socialistes & républicains"
Coordinateur national des pôles thématiques de la GRS

Ni oubli, ni pardon, les 80 ans de la rafle du Vél’ d’Hiv’

Nous vivons une époque déconcertante et à bien des égards terrifiante… L’élection présidentielle de 2022 a été marquée par la candidature d’un personnage condamné à plusieurs reprises pour provocation à la haine ou la discrimination raciale, et qui avait soutenu en 2019 (propos réitérés en 2022 durant la campagne électorale) que de 1940 à 1944, le régime de Vichy a « protégé les Juifs français et donné les Juifs étrangers ». Contre toute attente, le polémiste médiatique devenu par la suite candidat à l’élection présidentielle et attaqué pour contestation de crime contre l’humanité avait été relaxé en première instance par le Tribunal judiciaire de Paris en février 2021, relaxe confirmée le 12 mai 2022 par la Cour d’Appel de Paris. Relaxe d’autant plus absurde que le tribunal avait considéré que les propos tenus contenaient bien « la négation de la participation [du régime de Vichy et du Maréchal Pétain] à la politique d’extermination des juifs menée par le régime nazi ». Entre temps, Eric Zemmour avait obtenu près de 2,5 millions de voix lors du premier tour de l’élection présidentielle le 10 avril 2022 soit 7,07 % des suffrages exprimés.

Ainsi la négation de la participation active d’un régime et d’un dirigeants politiques à un crime contre l’humanité n’est pas aux yeux des juridictions concernées une contestation de crime contre l’humanité. 80 ans après la rafle du Vél’ d’Hiv’, on trouve des juges pour se laver les mains face à une entreprise révisionniste… car c’est bien de cela qu’il s’agit : nier la réalité historique et contester la nature intrinsèquement antisémite du régime mis en place par Philippe Pétain pour remplacer la République et détruire son œuvre. Il s’agit de banaliser la diffusion d’élucubration antisémite au prétexte de défendre une version dévoyée du « roman national » selon laquelle les dirigeants français n’auraient jamais totalement été du mauvais côté.

Comment imaginer que 82 ans après les lois antijuives de Vichy il soit encore nécessaire de reprendre sur le sujet la plus élémentaire des pédagogies ?

Vichy, un régime antisémite par et pour les antisémites

Le caractère réactionnaire, fascisant et antisémite de « l’État français » peu à peu déployé par Philippe Pétain depuis qu’il a reçu les pleins pouvoirs d’un Parlement en panique qui a sombré dans la lâcheté (sauf les 80 justes) ne fait pourtant aucun doute. Il s’agit d’appliquer un « nettoyage » radical des institutions puis de la société française, tel que le préconisaient nombre d’inspirateurs du Maréchal et de ses proches collaborateurs, les nettoyer des « quatre anti-France » théorisées par Maurras et l’Action Française : « la marxiste, la métèque, la juive et la protestante »… Les trois premières sont attaquées dès les premiers mois du nouveau régime :

  • contre les « marxistes » : arrestation et internement des principaux dirigeants des partis de gauche qui n’ont pas fait allégeance et renié leurs idéaux, déchéance des principaux élus locaux y appartenant, interdiction des partis marxistes (le PCF l’était déjà depuis le déclenchement de la guerre pour l’avoir dénoncé afin de se conformer au pacte germano-soviétique) ;
  • contre les « métèques » : dès le 12 juillet 1940, une série de décret-lois vont distinguer au sein des citoyens français des individus « moins français » que les autres et leur interdire l’accès à de nombreuses profession, puis déchoir de leur nationalité française des milliers d’entre eux et notamment tous les naturalisés depuis 1927, interdisant certaines professions aux ressortissants étrangers et « apatrides »… d’une certaine manière, le 27 août 1940, Pétain légalisait le racisme en abrogeant le décret-loi Marchandeau du 21 avril 1939 qui punissait l’injure et la diffamation raciale.

L’offensive contre les Juifs français, étrangers ou apatrides (parmi les 15 000 citoyens perdant le bénéfice de leur naturalisation 6 000 étaient juifs) se traduit dans des décisions à caractère massif : Le 3 octobre 1940, Philippe Pétain édicte le premier statut des Juifs, publié le 18 octobre : ils sont exclus de la fonction publique de l’État, de l’armée, de l’enseignement et de la presse. Le même jour, la Préfecture de Police communique que la déclaration prescrite par ordonnance allemande sur le recensement des Juifs sera reçue par les commissaires de police.

En mai 1941, environ 119 universitaires avaient dû quitter leurs postes (76 dans la zone occupée, 43 en zone Sud), et un mois plus tard, lorsque le deuxième statut des Juifs est promulgué, 125 autres membres de l’université française se retrouvent au chômage. Des exceptions fondées sur la notion de « services exceptionnels » (article 8 de la loi du 3 octobre 1940) rendus à l’État français rendaient possibles certains reclassements.

Le 4 octobre 1940, une nouvelle loi prévoit l’internement des étrangers d’origine juive sur décision administrative des préfets.

Le 7 octobre 1940, une loi abolit le décret Crémieux de 1869 accordant la nationalité française aux Juifs d’Algérie, soit près de 400 000 personnes. Quatorze à quinze mille Juifs d’Afrique du Nord sont internés en 1941 dans différents camps dont ceux de Bedeau, Boghari, Colomb-Béchar et Djelfa en Algérie. Il faudra que le polémiste entré en politique nous dise si ces Français ont été ainsi protégés.

Le 31 octobre 1940, les opérations de recensement dans le département de la Seine s’achèvent. Elles donnent lieu à la création du Fichier des Juifs de la Préfecture de la Seine, dit Fichier Tulard. Au total, à la fin de l’année 1940, 151 000 Juifs sont recensés.

Le 29 mars 1941, le Commissariat général aux questions juives est créé avec Xavier Vallat, virulent antisémite, à sa tête. Il n’y a jamais eu de distinction entre citoyens français, d’un côté, et étrangers ou apatrides de l’autre.

Le 2 juin 1941, la loi institue un deuxième statut des Juifs avec un allongement de la liste des interdictions professionnelles, un numerus clausus de 2% pour les professions libérales et de 3% pour enseigner à l’Université. Un décret passé en juillet 1941 exclut aussi les Juifs des professions commerciales ou industrielles. Ce statut autorise les préfets à pratiquer l’internement administratif de Juifs de nationalité française. Et le 2 juin 1941, une nouvelle loi prescrit le recensement des Juifs sur tout le territoire, de la zone occupée et de la zone libre.

Nous arrêterons ici l’énumération des mesures prises par le régime de Vichy, souvent annotée et durcie de la main même du Maréchal Pétain, mais l’Etat français a poursuivi tout au long de l’année 1941 puis en 1942 son travail d’innovation législative contre les Juifs français, étrangers ou apatrides. La volonté de mettre en place un régime de harcèlement et de persécution généralisé sur une base raciste ne peut faire aucun doute.

Le caractère « radical » de la rafle du Vél’ d’Hiv’

Les premières rafles et internements contre les Juifs commencent dès 1941. Dans un premier temps, la grande majorité des personnes visées sont étrangères ou apatrides, mais cela n’a rien d’exclusif. Un basculement s’opère dès 1942. L’Allemagne élabore la Solution finale, l’extermination totale des Juifs. Le régime de Vichy n’est plus simplement soumis aux ordres nazis, il va collaborer pleinement, volontairement et avec zèle pour livrer des Juifs étrangers et français. Là encore, rappelons le c’est un choix politique conscient de Vichy qui consiste à mener une politique antisémite propre dans le but de se débarrasser du maximum de Juifs. Et c’est une politique qui, de fait, n’a absolument pas été protectrice des Juifs français, puisque dès la rafle du Vel’ d’Hiv’, 3 000 enfants français ont été arrêtés. De ces enfants arrêtés lors de cette rafle en juillet 1942, il reste les fiches d’identité, orange pour les enfants juifs étrangers et bleu pour les enfants juifs français. En les comparant, on peut voir que 80% des enfants juifs arrêtés au Vel’ d’Hiv’ étaient français.

Dans le cadre de l’opération « Vent printanier » en juin 1942 (qui visait à coordonner la rafle de dizaines de milliers de Juifs d’Europe occidentale pour les déporter), « l’État français » et les Nazis négocient sur une base d’une « livraison » de 40 000 Juifs de la zone occupée, dont 22 000 adultes de la région parisienne, avec un ratio de 40% de Juifs français et 60% de Juifs étrangers.

Près de 13 000 Juifs sont arrêtés en région parisienne les 16 et 17 juillet 1942, dont 8 000 envoyés vers le palais des sports du Vélodrome d’Hiver avant d’être déportés. C’est, de loin, la plus grande rafle menée par la police française dans la France occupée. Il n’y a aucun équivalent en Europe de l’Ouest. 12 884 femmes, hommes et enfants arrêtés à Paris en un peu plus de 24 heures et envoyés vers les camps de la mort durant l’été 1942. Plus de 8 000 Juifs arrêtés les 16 et 17 juillet 1942 ont été envoyés vers le palais des sports du Vélodrome d’Hiver (XVe arrondissement), à deux pas de la tour Eiffel, avant d’être déportés. Sur les 13 152 arrêtés, il y a 4 115 enfants, moins de cent adultes et aucun enfant ne survivent à la déportation vers Auschwitz. Seuls quelques enfants, comme Joseph Weismann (qui s’échappe du camp de Beaune-la-Rolande avec un camarade) ou Annette Muller et son frère Michel (dont le père arrive à corrompre un policier du camp de Drancy, pour les en faire sortir), ont survécu à la rafle.

L’expression « rafle du Vél d’Hiv » s’est imposée dans la mémoire collective, au point de devenir le principal repère mémoriel sur la France des années noires. C’est pourtant aussi le symbole d’une forme de déni et de volonté d’oublier, de regarder ailleurs. Après la Libération, le Vélodrome d’Hiver continuera d’accueillir des spectacles et des des rencontres sportives jusqu’à sa destruction en 1959. Pendant des années, seules les associations de déportés juifs ont continué à commémorer le souvenir de l’événènement jusqu’à ce que les consciences, les politiques et les historiens commencent à regarder en face l’horreur commise à partir de la fin des années 1960…

Il faudra attendre le 16 juillet 1992 pour franchir une étape importante pour la mémoire. François Mitterrand, Président de la République, rend hommage ce jour-là aux victimes de la rafle du Vel d’Hiv’ en déposant une gerbe au pied de la stèle commémorative, accompagné de Madame Rozette Bryski, rescapée de cette terrible journée. C’est à son initiative que la journée de commémoration annuelle fut instaurée. François Mitterrand en avait fait l’annonce en 1992 ; laquelle sera suivie d’un décret officiel en date du 3 février 1993 instituant une cérémonie annuelle nationale et départementale, à Paris, à Izieu et dans chaque département. Contrairement aux dénonciations de certains militants qui avaient tant mis hors de lui Robert Badinter ce même 16 juillet 1992, François Mitterrand n’a jamais minimisé le drame du Vel d’Hiv, au contraire : à plusieurs reprises, en tant que Président de la République, il a rappelé à la Nation la nécessité de conserver la mémoire de ce douloureux événement. À l’automne 1992, interviewé par la télévision israélienne, il qualifiait lui-même le drame du Vel d’Hiv de « drame qui ne peut pas être oublié », dont le souvenir devait « être sauvegardé et honoré ». Il ajoutait que cette rafle était « intolérable », « insupportable pour l’esprit ». Tordons le cou enfin à la fable selon laquelle, le président Mitterrand (et De Gaulle avant lui) aurait minimisé la responsabilité du régime de Vichy dans le déroulement de ces événements… C’est bien le contraire que les faits relatent : dans le décret publié en février 1993 instituant la commémoration nationale, il est justement question « des persécutions racistes et antisémites commises sous l’autorité de fait dite “gouvernement de l’Etat français” », reprenant ainsi la formule de l’ordonnance du 9 août 1944 du général de Gaulle rétablissant la légalité républicaine. Enfin, en 1995, c’est sur les lieux de l’ancien vélodrome que le président Jacques Chirac a reconnu la responsabilité de l’État français dans la déportation des Juifs.

Il aura donc fallu plus de 20 ans pour que la mémoire et l’établissement des faits de cette tragédie reviennent sur la place publique. 20 ans, c’est long… et 80 ans c’est trop court pour imaginer supporter la contestation d’un crime contre l’humanité et la négation d’une complicité active.

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