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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

19 septembre 2014 5 19 /09 /septembre /2014 13:35

000_par7978167.jpgLe Premier Ministre Manuel Valls a annoncé lors de sa deuxième déclaration de politique générale ce mardi 16 septembre 2014, une nouvelle modification du calendrier électoral pour les élections départementales.

Lorsque la gauche a emporté l'élection présidentielle et les élections législatives en 2012, le Président de la République et la majorité parlementaire se sont empressés avec justesse de reporter les élections régionales et cantonales en mars 2015. La précédente majorité et le Président Sarkozy avait fixé la fin du mandat des conseillers généraux et régionaux élus en 2011 et 2010 à mars 2014, en cohérence avec la création de l'élu hybride et physiquement exceptionnel qu'aurait été le conseiller territorial, siégeant à la fois au conseil général et au conseil régional. Il s'agissait donc de se redonner du temps pour adopter d'ici là une réforme territoriale cohérente.

On a vu entretemps ce qu'il en a été de la ou plutôt des réformes territoriales successives ; personne n'y voit goutte.

Finalement, Manuel Valls annonce en avril dernier lors de sa première déclaration de politique générale la fusion des régions françaises et la possible disparition des départements. Les élections déparmentales et régionales étaient désormais prévues par le projet de loi en cours d'examen au parlement en décembre 2015.

Il y a quelques mois, des proches de Cambadélis (oui j'ai des "amis" douteux) m'avaient assuré que le report des deux élections à décembre 2015 avait été "dealé" avec le Conseil constitutionnel.

Pourtant, soudainement, en plein été, alors que les appels à convoquer en urgence un congrès montent de tous côtés, on s'inquiète opportunément d'un risque de censure !? Par ailleurs, comment le conseil constitutionnel accepterait le maintien des régionales en décembre 2015, s'il avait menacé de censurer les départementales pour la même date ? ça ne tient pas debout.

Tout cela ne peut donc être qu'une opération d'une médiocrité crasse pour avoir un prétexte pour repousser le congrès à 2016, en espérant que d'ici là suffisamment de militants de la gauche du PS auront déserté nos rangs par colère et lassitude. Un congrès tardif écarte aussi la faisabilité d'une primaire citoyenne.

Ce type de méthodes n'est tout simplement pas acceptable.

Frédéric Faravel

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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 09:57

jaures.jpgCe n'est pas parce que le titre de cet article ressemble à celui d'une recette charentaise, qu'il faut immédiatement considérer que j'y parlerai «cuisine» politique. Non l'édition 2014 des universités d'été socialistes de La Rochelle, qui se sont déroulées du vendredi 29 au dimanche 31 août, ont été plutôt un bon cru. La Rochelle pour un socialiste, c'est l'occasion de se former en assistant et parfois en participant à des débats et à des ateliers – et contrairement à 2013, le PS avait cette année de nouveau fait l'effort d'inviter des intervenants qui ne fleuraient pas bon la consanguinité socialiste – à condition que le programme soit enthousiasmant. C'est aussi l'occasion de retrouver des potes de toute la France, qu'on ne voit que deux ou trois fois l'an et avec qui on a aujourd'hui la chance de rester en contact avec les réseaux sociaux ; se retrouver autour d'une table garnie si possible. C'est également la possibilité de discuter avec d'autres camarades socialistes, de débattre, de s'engueuler, si possible pas devant les caméras des chaînes d'infos en continu qui sont venues assister au festival de Cannes des socialistes (oui parce que pour quelqu'un qui fréquente comme moi régulièrement les UEPS depuis 1996, toutes celles qui sont intervenues depuis 1997 se sont transformées en partie en une sorte de plagiat de montée des marches sur lesquelles certains responsables politiques rivalisent de fausse coolitude ou autoritude). C'est enfin un moment important où en parallèle des rassemblements socialistes, les sensibilités et sous chapelles (il y en a énormément à la hauteur de la balkanisation de la motion dite majoritaire du parti) tentent de se compter ; c'est aussi le moment où le seul courant constitué du Parti – Maintenant la Gauche, courant de la gauche du PS – ayant reçu les suffrages des militants fait le point sur la situation politique.

La Rochelle 2014 méritait donc bien un petit compte-rendu chronologique et forcément subjectifah ben oui parce que j'avais oublié de dire que tout de même à La Rochelle on réfléchit et on discute de la situation et de l'avenir de la France, de l'Europe et du monde. Et rien qu'à regarder l'état de la première, on a eu de quoi faire cette année.

Jeudi 28 août 2014 (prolégomènes) :

Un peu plus de 25h nous sépare désormais du discours de Manuel Valls devant les participants de l'université d'été du MEDEF. Ohh, ce n'est pas la première fois qu'un premier ministre socialiste s'y rendait, Jean-Marc Ayrault himselfavait déjà fait le chemin. Mais il est vrai que Manuel a frappé fort : «J'aime l'entreprise !» a retenu la presse, dans ce qui était en fait une déclaration d'amour langoureuse aux revendications libérales du patronat, le Premier ministre confondant ainsi entreprises et entrepreneurs, capital productif et actionnariat et oubliant constamment que ces entreprises vivent car au quotidien des salariés s'échinent à les faire tourner, dans des conditions de travail pas toujours au top et sans aucun pouvoir réel sur la conduite des affaires. Ça promet La Rochelle déjà qu'avec la démission forcée de Montebourg, Hamon et Filipetti, pour une pécadille (pas très maline, c'est Henri des Landes qui l'a dit) qui ne leur aurait attirés aucune remontrance un mois et demi plus tôt, puis la nomination du gouvernement le plus social-libéral que le pays ait connu sous une majorité socialiste, on était servi

dylan_fred.jpgLe plus important n'est pas là pour le moment, mon pote Dylan vient d'arriver à la maison pour qu'on parte ensemble en covoiturage le lendemain. On partage le repas avec Clém c'est un moment agréable.

Vendredi 29 août 2014 (matin) :

Lever 6h, départ 6h37, on roule bien à l'aube en région parisienne à la fin du mois d'août. Avec quelques pauses, nous arrivons un peu avant midi à La Rochelle. Le temps de passer récupérer les petits colliers à fiches plastifiées qui nous identifierons tout au long du week-end comme des socialistes en goguette, et nous prenons le temps de déjeuner entre le village en bois et un des bassins du vieux port.

Vendredi 29 août 2014 (après-midi) :

Les choses sérieuses commencent pour moi dès 13h30 pour un premier briefing, salle Héron, du staff d'organisation de l'université d'été et des membres du collectif national des formateurs du Parti dont je suis. Outre les questions habituelles d'organisation, on évoque la grande nouveauté de ce week-end : les camarades socialistes lambda auront le droit de poser des questions lors des plénières. Ils sont évidemment sélectionnés avant la séanceet très sérieusement accompagnés dans leur démarche par le staff.

À 14h30, on se retrouve sur la terrasse des UEPS avec quelques camarades de Maintenant la Gauche, Bertrand, Dylan, Léo, Martine, Gérald, Charlotte, Genevièvepour faire le point sur les infos à transmettre à nos camarades sur les différents rdv du week-end. Ambiance détendue et organisée, on est content de se retrouver, on prend un verre ensemble, rien n'empêche de joindre l'utile à l'agréable. On commence à discuter de la situation politique et économique du pays, du remaniement, de la confirmation des errements libéraux et inefficaces du gouvernement. Une journaliste de France 2 vient se greffer à nos discussions, elle en tire finalement peu de choses, comme le font souvent (et ils le feront à plusieurs reprises durant le week-end) les journalistes avec des militants politiques : alors qu'on essaie d'aborder au fond les raisons des difficultés économiques du pays, les solutions qui existent, les mauvaises qui sont privilégiées, France 2 ne retiendra que des considérations électorales ou tactiques : «les socialistes n'ont pas fait campagne et voté pour cette politique, et nos électeurs non plus.» (retrouvez ici le reportage de France 2 dans le JT de 20h du vendredi 29 août 2014à partir de 6'57'')

On fait aussi un point avec nos camarades Marie-Noëlle Lienemann, Paul Quilès et Emmanuel Maurel sur le repas du courant le soir même à la Marée.

PSE FredLe reste de l'après-midi est gentiment chaotique toutes les 5 mn, on croise un camarade qui veut discuter et échanger sur nos impressions. Chourka m'accroche au stand du PSE pour le lancement de la nouvelle campagne des socialistes européens sur les réseaux sociaux #MyDemocracyMatters : «toi je sais que tu auras des choses à dire !» Voilà qui est fait, mes préoccupations démocratiques européennes : la relance économique plutôt que l'austérité, et préférer les citoyens européens aux gouvernements.

Dans l'après-midi, la presse nous apprend que parmi les signataires de l'appel très creux et ambigus des «200», beaucoup n'avaient pas été consultés, ou sur un texte différent ou avaient donné leur accord avant le remaniement et ont changé depuis d'avis, ou encore que les nouveaux ministres ou sous ministres avaient signé comme députés, mais que leurs suppléant(e)s ne partagent pas du tout leur avis. On apprend aussi que le SO a menacé de se mettre en grève ce week-end à cause des déclarations de Macron sur les 35h, forçant le premier secrétaire du PS par intérim à demander à Matignon de démentir... Matignon le fera avec ambiguïté «on n'y touchera pas sauf si les partenaires sociaux le demandent». Sournois.

17h15 : c'est l'heure de retrouver le collectif national des formateurs pour faire un point avec Émeric Bréhier, secrétaire national du PS en charge de la formation et de la rénovation politique (proche de Pierre Moscovici). Son projet n'est pas inintéressant, il veut muscler le secteur formation en accord avec le Premier secrétaire par intérim du PS et remettre la formation idéologique au premier plan, alors que nous sommes surtout sollicités aujourd'hui pour des formations techniques (prise de parole, conduite de réunion, direction de campagne électorale, communication écrite), donc on forme des militants de la « prise du pouvoir » mais on ne s'occupe jamais du message qu'ils ont à défendre. Il y a effectivement un malaise depuis longtemps pour moi et je partage l'ambition de notre SN sur le sujet. Mais comment déterminer le base idéologique commune minimum à transmettre alors que notre parti subit avec violence l'affirmation volontariste de politiques libérales par le gouvernement et surtout qui le détermine ? Émeric fera une réponse convenue mais finalement fuyante : on a une déclaration de principes et les états-généraux éclairciront le reste. Je trouve ça un peu court car je ne suis pas sûr que cela permette de répondre pour le contenu de toutes les formations proposées, que les états-généraux ne traiteront pas des questions économiques et sociales, et que cela ne garantit pas l'équité dans l'élaboration concrète des contenus des formations sujet sur lequel il ne m'a pas répondu.

La Maree Emmanuel camarades18h45 : je retrouve quelques camarades à l'entrée du restaurant La Marée pour accueillir les camarades de Maintenant la Gauche qui vont dîner ensemble. On attend 130 personnes, on sera finalement 150, et ça se presse déjà devant l'entrée dans une joyeuse désorganisation.

Emmanuel La MareeCoïncidence du soir, les amis de Martine Aubry se sont retrouvés pour un apéro sur la terrasse de La Marée, Gilles Pargneaux explique à ses ouailles la bonne nouvelle : «Martine va parler !», il suffit donc d'attendre qu'elle veuille bien le faire

19h15 : nous sommes installés, Emmanuel Maurel prend la parole avec combativité et détermination «nous ne laisserons pas le Parti Socialiste à ceux qui ne le sont plus !» La salle applaudit à tout rompre, évidemment elle est acquise, mais ça réchauffe de se retrouver ensemble.

Lever tôt et bagnole dans les pattes, je suis crevé, je rentre me coucher après avoir passé un bon moment avec les camarades.

Samedi 30 août (matin) :

encan bloque8h30, je suis scié ! Avant d'arriver à l'encan les CRS ont établi un barrage filtrant avant même les puces de mer ; les mecs du SO sont là pour faire entrer les militants badgés. Ils partagent avec moi la même sidération devant la disproportion du dispositif. Tout le parking en face de l'Encan est vidé, ni les Rochelais, ni les touristes, ni bien sûr d'éventuels manifestants ne peuvent circuler. Jamais cela n'avait été fait, ni sous Jospin ni sous Ayrault. La parano a dû s'emparer du staff de Manuel Valls pour qu'il exige un tel dispositif.

9h00 : j'ai décidé d'assister à la plénière «Qu'attend le mouvement social de la politique ?» La plupart des camarades de Maintenant la Gauche sont partis à l'université assister à la réunion de «Vive la Gauche !» avec Marie-Noëlle Lienemann et Jérôme Guedj. Bruno Le Roux et Emmanuel Maurel sont là pour le PS, aux côtés de toutes les syndicats de salariés. La plénière est animée par Karine Berger.

table ronde mouvement socialLe président du groupe PS s'interroge en plénière sur la représentativité des syndicats puis explique en plénière que les états généraux devront redéfinir la base idéologique des socialistes, eu ben non ça c'est le rôle d'un congrèsun grand blanc suit son intervention. Karine Berger doit demander aux militants présents de bien vouloir applaudir le camarade Bruno ; applaudissements polis mais très tièdes. Bruno est un peu pâle.

table ronde mouvement social EmmanuelEmmanuel prend la parole et rappelle que la thématique des rapports du mouvement social avec la politique pose la question profonde de l'identité du PS. «Faire vivre le dialogue social ce n'est pas réduire la représentation des salariés en changeant les seuils» deux phrases tonnerre d'applaudissements ! Comment expliquer qu'on nous annonce «une loi contre les seuils qui supprimerait des représentants du personnel alors qu'on déplore un manque de dialogue social !»

ecran Emmanuel mouvement socialIl répond au Premier ministre qui devant le MEDEF avait oublié les salariés : «Si nous aimons les entreprises c'est avant tout parce que nous sommes aux côtés des salariés.[] Les salariés sont d'autant plus productifs qu'ils sont bien protégés et correctement payés !» «Peut-être que le mouvement social n'a pas toujours raison mais on a toujours tort de ne pas le prendre en compte[] car la mission du PS c'est de donner un débouché politique au mouvement social» et non de transcrire sans recul des négociations sociales sous domination du MEDEF. À chaque fois, Emmanuel Maurel est chaudement applaudi, les syndicalistes sourient.

Le camarade de la CGT interviendra un peu plus tard pour rappeler que sa confédération et certaines autres comptent plus de 600 000 adhérents, soit plus que tous les partis politiques additionnés en France. Voilà pour la représentativité.

Nous quittons l'Encan pour retrouver sur le chemin les centaines de camarades qui reviennent de la réunion de «Vive la Gauche !» ; Marie-Noëlle Lienemann et Jérôme Guedj y ont défendu une position ferme face aux dérives de l'exécutif, les autres frondeurs sont encore un peu ambigus mais tous ont la volonté de porter une exigence de gauche au Parlement pour qu'il cesse d'être dominé et écrasé par un exécutif néo-libéral. On sait que la venue de Christiane Taubira a été chaleureusement accueillie par les quelques 800 militants présents, par sa présence elle a montré que le débat était indispensable, mais on sait pourtant que la presse ne retiendra que ce déplacement et écrasera toute question politique de fond dans son rapport.

Les camarades mettent du temps à rentrer car il faut faire tout le tour du bassin de l'encan pour relier l'université d'été à l'université de La Rochelle ; en effet, la passerelle qui enjambe le bassin a été opportunément relevée ce matin, il paraît que c'était pour des raisons de sécurité et pas du tout pour compliquer la tâche à certains.

CGTJe retrouve Gérald, Martine et quelques autres camarades qui rentrent avec Marie-Noëlle Lienemann et Jérôme Guedj. Ensemble nous décidons de traverser la place qui longe le quai de la georgette. Une imposante manifestation de la CGT s'y déroule depuis le matin. Les manifestants nous accueillent chaleureusement, ravis que des socialistes osent aller à leur rencontre, eux qui sont tenus à l'écart par un solide encadrement des CRS. Le débat s'engage, ils expriment le sentiment de d'incompréhension face à la politique conduite depuis 2 ans, le sentiment de trahison quant au détournement de leur vote du 6 mai 2012, la perplexité quant aux possibilités qui existent de redonner au Parti Socialiste sa mission première. Nous ne désespérons pas, nous expliquons notre volonté de peser pour réorienter la politique gouvernementale et rassembler enfin la gauche, que l'exécutif s'échine pourtant à désunir. Mes camarades repartent et je reste discuter plus longuement avec les militants syndicalistes, pour creuser avec eux les problèmes et les convaincre que rien n'est perdu. Certains sont aussi militants du PG ou du PCF, ils pensent que les querelles sur la stratégie aux municipales a profondément handicapé le Front de Gauche auprès des électeurs. Ils se font des idées, voilà bien une chose qui est à mille lieux des préoccupations de nos concitoyens. Je leur explique pourquoi selon moi la stratégie de Mélenchon est une impasse, qu'elle divise la gauche plus qu'elle ne permet de construire une «alternative» entre deux gauche supposées irréconciliables, alors que notre électorat est profondément unitaire. En quoi, pour le FN, le renfort d'électeurs de gauche dans le nord et l'est du pays est une menace grandissante qui se nourrit de la colère d'avoir vu leur vote de mai 2012 détourné, menace d'autant plus forte, que les électeurs socialistes choisissent toujours plus de s'abstenir. Enfin, que l'enjeu véritable n'est pas tué le PS qui serait irrémédiablement tombé dans les mains des libéraux comme Valls ou Collomb, mais qu'au contraire l'enjeu est dans le PS qu'il ne faut pas laisser à ceux qui ne sont plus socialistes.

Nous nous quittons avec sympathie ; il n'est pas dit que nous militerons ensemble prochainement mais nos discussions sont une base nécessaire pour maintenir les portes ouvertes.

Gerard Sebaoun12h45 : Nous nous retrouvons devant l'encan avec quelques camarades du Val-d'Oise : Jean-Pierre Blazy, Gérard Sébaoun (en photo ci-contre), tous deux députés, Maxime Lonlas, Antoine Raisséguier, Steven Dutartre. Nous décidons de partir ensemble pour rejoindre le gymnase Gino-Falorni, où se tient le pot des fédérations départementales socialistes d'Île-de-France. Après un quart d'heure de marche, nous arrivons dans une salle inadaptée, bruyante, surchauffée, sans suffisamment boissons pour accueillir les militants qui s'y pressent par centaines également. La sono rend l'âme avant même les prises de paroles ; nous n'attendons donc pas que Jean-Paul Huchon explique à l'assemblée pourquoi il veut à nouveau être candidat à la présidence de la Région Île-de-France. Nous regagnons le village en bois pour déjeuner en trouvant Dylan en route. Moment convivial où nous discutons de la manière de mieux faire connaître aux militants valdoisiens notre démarche commune, qui n'est pas la constitution d'un nouveau courant mais la volonté de ramener le parti à ses valeurs et le travail législatif en cohérence.

Samedi 30 août (après-midi) :

Je regagne la salle plénière. La table ronde sur l'égalité s'y tient, Benoît Hamon conclut : «on peut échouer parce qu'on a été empêché, qu'on rencontre des obstacles, qu'on est battu. Mais on peut aussi échouer parce qu'on a rien tenté ! Rien n'est perdu !» Je fais partie de ceux qui aurait aimé qu'il explique ce qu'il eut fallu tenter, mais le message est reçu par la salle qui applaudit à tout rompre. Christiane Taubira se livre ensuite à un exercice dans lequel elle est passée maître : émouvoir la salle aux larmes par la beauté et le lyrisme de son verbej'avoue ne pas avoir retenu si elle a voulu nous délivrer un message concret.

Lienemann partis17h00 : Arrive le moment attendu de la plénière qui doit réunir l'ensemble des partis de gauche du pays. C'est à Marie-Noëlle Lienemann qu'on a fait appel pour animer la table-ronde, ce n'est pas un hasard car elle reste l'une des rares dans le PS à être capable de faire parler et travailler ensemble les différentes composantes de la gauche. Elle rappelle qu'aucun progrès, rien de grand ne peut se faire dans ce pays sans le rassemblement de la gauche, que la menace de l'extrême droite peut être un facteur de rassemblement comme ce fut le cas pour le Front Populaire mais qu'il ne suffit pas à tenir ensemble nos familles si nous n'avons pas de projets communs.

Nous subissons les quatre premiers intervenants : Jean-Luc Laurent (MRC) trop long, Jean-Luc Benhamias (FDES) bordélique qui nous annonce que la raison d'être de son tout nouveau mouvement est uniquement de soutenir le Président de la République, Robert Hue (MUP) chaotique qui soutient le Président tout en dénonçant chaque élément de sa politique, enfin Jean-Michel Baylet (PRG) qui nous fait son numéro de tribun hâbleur franco-occitan et menace la direction du PS qu'il ne reste bientôt plus personne pour les accompagner si ce n'est eux.

Pierre Laurent partisArrive enfin Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, il va faire un tabac ovationné debout à plusieurs reprises par la salle plénière, où n'en déplaise à Luc Carvounas qui se rassurait par un mensonge, les militants de Maintenant la Gauche étaient largement minoritaires : il a failli ne pas venir (il aurait eu tort) car «Le nouveau gouvernement, le discours devant le MEDEF, le détricotage de la loi ALUR, ça fait beaucoup pour la semaine». Pour chaque sujet abordé, il rappelle que «la politique menée par le gouvernement est minoritaire à gauche et dans le pays», que «le contrat[du 6 mai 2012] a été purement et simplement déchiré par François Hollande» mais que nous pouvons nous rassembler car «une autre politique est possible». Difficile pour Emmanuelle Cosse de réussir à enthousiasmer la salle après une telle énergie, pourtant elle va arriver à plusieurs reprises, exprimant une colère partagée par les militants socialistes quand elle a vu la veille le gouvernement céder aux lobbiesimmobiliers et enterrer la loi ALUR, une loi progressiste voulue par les socialistes, préparées ensemble et votées par toute la gauche ! Elle rappelle que nous avons déjà travaillé ensemble socialistes et écologistes pour bâtir un projet commun que François Hollande a depuis foulé aux pieds. Alors les écologistes restent disponibles pour un projet commun, mais s'il s'agit de mettre en œuvre le social-libéralisme il faudra se passer d'eux.

Derrière Jean-Christophe Cambadélis oscillera entre dérision et sermonnage pour tenter de garder une contenance devant la salle. Les leçons seront retenues pour le lendemain.

Samedi 30 août (soirée) :

Il est l'heure de rejoindre la salle municipale du quartier de Tasdon pour l'assemblée générale de Maintenant la Gauche. Nous sommes plus nombreux encore que le repas de la veille, le double assurément.

AG MLGEmmanuel a rappelé que nous sommes les seuls à exister en tant que courant structuré du PS, fort de deux années d’expression constante sur la politique gouvernementale et de contre-propositions. Il a également exprimé son scepticisme sur la pertinence des États Généraux, après la lecture du document officiel qui s’apparente plus à un QCM qu’à une réelle feuille de route.

La démarche est intéressante. Effectivement, nous devons prendre en compte l’évolution de la société, mais on peut cependant s'étonner d'une telle feuille de route quand la déclaration de principes du PS a été réécrite voici moins de 10 ans.

trio MLGSi le Premier Secrétaire par intérim prétend résoudre la crise idéologique et culturelle qui étreint toute la gauche européenne, et au-delà, depuis 20 à 30 ans, en 3 mois d’États généraux du PS, il fait preuve d'une certaine naïveté….à moins qu’il s’agisse ici, ce qui est plus vraisemblable, d’une stratégie de diversion.

Nous considérons qu'il ne faut pas bâcler cette démarche, qui exige que l’on prenne le temps de la réflexion et qui nécessite la contribution des militants comme celle d’intellectuels de gauche, dont l’apport peut être déterminant.

C’est un travail de longue haleine. Si le projet va jusqu'à son terme, nous nous y investirons pour que ne soient pas éludés les débats économiques et politiques du moment. Mais nous restons convaincus qu'ils ne sont pas la solution aux défis de la gauche au pouvoir.

Soyons clairs, l’urgence est de définir une ligne politique. Aujourd’hui, des conceptions divergentes traversent le Parti Socialiste. Nous le voyons bien avec la perception de la politique menée par le gouvernement.

Il nous parait donc essentiel d’intervenir en mettant en avant les questions/réponses créant clivage et qui doivent permettre au Parti Socialiste de parler haut et fort. Il doit dire quelle est la politique à suivre dans la période troublée que traversent la France et le monde.

Notre exigence reste avant tout la tenue d’un congrès dans les plus brefs délais, d’ailleurs fixé à mi-mandat présidentiel selon les statuts du Parti.

Gérard Filoche nous a alertés sur la nécessité d’être vigilants dans les débats internes et d’empêcher que se réalise ce que certains souhaitent, c’est-à-dire l’effacement du PS. Jérôme Guedj, Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès ont répondu aux interventions de plusieurs camarades sur la position à adopter vis-à-vis de «Vive la gauche !» et sur les États Généraux. Il ne s'agit pas de construire un nouveau courant mais de rassembler les militants pour soutenir les parlementaires qui veulent redonner du sens à leur action face aux dérives d'un exécutif libéral.

La soirée se termine, avec Aurélie, Élodie, Sébastien², Léo et quelques autres camarades nous partons dîner dans un bar à tapas, rue de la chaîne, non loin de la Tour Saint-Jean de La Rochelle. Un vrai moment de détente et de convivialité, que nous poursuivrons dans un bar à Rhum, rue Saint-Jean.

repas samedi soirDepuis quelques heures, des autocars affrétés depuis l'Essonne venaient d'arriver à La Rochelle pour préparer la salle du lendemain, où dansent encore les participants des universités d'été des socialistes.

Dimanche 31 août (matin) :

9h00 : devant l'encan, se pressent déjà des centaines de camarades. Ceux-là n'ont visiblement pas fait la fête la veille au soir.

Quand on arrive dans la grande salle organisée pour accueillir quelques 3 500 auditeurs, tout a été préparé selon un rituel inédit : des petits drapeaux sont installés sur tous les sièges, fanions nationaux, drapeaux blancs au logo du PS, verts et roses du MJS. Le but est évident : mettre en condition l'auditoire pour en faire une foule de supporters et non plus de militants.

Les discours de Jean-Christophe Cambadélis et Manuel Valls dimanche matin, sans surprise, ont montré un écart alarmant entre leurs prises de position qui se voulaient inscrites dans la tradition progressiste de la gauche et la réalité des actes du gouvernement au quotidien. Le Premier Secrétaire par intérim a ainsi noyé le poisson avec un certain talent.

Mais c'est vers le discours du Premier Ministre que tout était évidemment fait pour converger. Personne ne déniera à Manuel Valls son habileté, mais il l'aura mise au service de la confusion et de la malice. Tout d'abord comment supporter que l'émotion du décès du Président du Conseil Régional de Languedoc-Roussillon soit utilisée pour gagner la salle à sa cause en introduction. Ensuite, Manuel Valls a fait une nouvelle démonstration de son adéquation avec Clemenceau plutôt qu'avec Jaurès, dont nous commémorions le centenaire de l'assassinat : il nous a assommé de rappel aux grands et généreux principes républicains, à la grandeur de l’État et à son autorité. Mais comme le disait Jaurès on ne peut séparer la République de l'idéal de justice sociale sans laquelle elle n'est qu'un mot. Et comme Georges Clemenceau, ces principes républicains généreux restent des mots creux quand il s'agit de la situation sociale des salariés du privé, des fonctionnaires, des chômeurs, qui sont les premières victimes de l'inefficacité économique et de l'injustice sociale de la politique de l'offre et de la rigueur budégaire excessive. Manuel Valls réduit la République à son seul mot. Il évite d'aborder précisément les problèmes de fond, la politique de l'offre qu'il défend depuis toujours et qui échoue aujourd'hui en France comme hier ailleurs. Quel socialistes pourrait le contredire quand il s'agit en principe de renforcer l'éducation nationale ? Mais comment supporter la description d'une entreprise où seuls comptent les dirigeants aux yeux du premier ministre, qui oublient les travailleurs qui eux créent véritablement la richesse, y souffrent et s'y voient priver d'un droit de regard efficient sur la conduite des affaires ? Manuel Valls fait de l'entreprise un autre mot creux à destination des médias, alors qu'une partie de la salle siffle sa conception tronquée du monde du travail et de la création, lui donne en pâture à ses suporters les militants socialistes qu'ils qualifient d'irresponsables parce que désormais combattre un patronat irresponsable serait en soi combattre l'activité économique !?!!!

La démonstration de sa volonté de piéger l'assistance, d'en détourner une partie contre l'autre et de tendre artificiellement les comportements, sera faite dans le dernier tiers de sa très longue allocution : il s'offusque des procès d'intention qui serait à de jeunes ministres récemment nommés et tout porte à croire qu'il décrit à la salle le très polémique Emmanuel Macronquand il cite finalement Najat Vallaud-Belkacem, nouvelle icône gouvernementale de jeunesse et de loyauté, pour offrir son visage ému aux grands écrans de l'encan. Évidemment, certains ont sifflé à l'idée de voir des lauriers tressés à l'ancien banquier et le Premier ministre se fait une joie de dénoncer à la foule de ses groupies ceux «qui ne prennent pas la peine d'attendre la fin de ses phrases».

Tout au long du discours, la tension et l'agressivité est montée dans la salle entre les auditeurs. Moi-même entourés de dizaines de supporters essonniens de Manuel Valls, je ne pouvais pas faire un commentaire sans être sermonné : «de toute façon c'est parce que vous avez voté Martine, vous n'avez toujours pas digéré sa défaite !» (?!!??) Et quand on me dit «le parti tu l'aimes ou tu le quittes !» je réponds «mon parti je l'aime et j'y reste ! Mais lui le déteste !» En effet, combien de fois Valls nous expliqué que le socialisme était une idée du passé et qu'il faudrait abandonner le Parti Socialiste.

Une fois, le discours définitivement terminé, les chaînes d'infos attendent les militants aux abords de la salle. Ceux qui répondent aux questions des journalistes et exposent un regard critique sont immédiatement violemment et verbalement agressés dans une ambiance hystérique devant les caméras. Je m'interposerai pour permettre à un jeune camarade (jamais vu) de terminer son propos ; le journaliste poursuivra avec moi, j'en ferai les frais de la même manière, au point de ne pouvoir entendre les questions qui me sont posées pendant un bonne minute.

C'est donc avec des sentiments mêlés que je quitte La Rochelle ; vendredi et samedi ont été riches en échanges. Le dimanche a été construit pour corriger la réussite des deux premiers jours et faire monter le conflit. C'est assez triste.

Dylan m'a trouvé deux passagers supplémentaires pour remonter à Paris ; nous nous réconfortons devant une côte de Bœuf avant de monter dans la 206.

Frédéric FARAVEL

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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 19:44

Hollande_ile_de_sein.jpgFrançois Hollande et Manuel Valls viennent de nous offrir un spectacle politique violent comme la Vème République nous y avait rarement habitué. Alors qu'ils sont confrontés à l'échec de l'orientation libérale que le Président de la République a impulsé depuis l'automne 2012 et qu'il a décidé de renforcer depuis janvier dernier et la nomination de Manuel Valls comme premier ministre en avril ; alors que la contestation s’accroît progressivement au sein de la gauche et surtout du Parti Socialiste face à l'échec économique et social de ces choix pris en contradiction flagrante avec nos engagements et les orientations du PS (y compris le texte majoritaire lors du dernier congrès du PS en 2012 ; alors que la gauche dans son ensemble a essuyé à deux reprises, lors des élections municipales et de l'élection européenne, des sanctions sévères et que le couple exécutif ne cesse de perdre le soutien de l'opinion publique ; alors que la menace à venir du Front National, prospérant sur leurs erreurs politiques et la désespérance sociale, n'a jamais été aussi forte, le Président et son Premier ministre ont décidé de provoquer une crise politique supplémentaire en dissolvant le gouvernement Valls pour sanctionner plusieurs ministres éminents.

Le prétexte leur en a été « offert » par la timide offensive médiatique opérée conjointement par Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, désormais ex ministres de l'économie et de l'éducation nationale, à l'occasion de la traditionnelle fête de la Rose de Frangy-en-Bresse, dans le « fief » de l'ancien chantre de la « démondialisation ».

Ce rendez-vous initié voici près de quarante ans par Pierre Joxe, ancien élu du territoire, avait été précédé de deux entretiens avec la presse, qui portaient en creux une critique des orientations politique du Président de la République et de son zélé Premier ministre. L'ex ministre de l'économie avait confié dès le 23 août dans un entretien au Monde,titré « les choix politiques ne sont pas figés », sa volonté faire bouger les lignes à l'échelle européenne et donc nationale, l'ex ministre de l'éducation nationale lui emboîtant le pas le soir même dans les colonnes du Parisienqui le citait ainsi en titre « on n'est pas loin des frondeurs ». Les discours de Frangyfurent cependant plus policés et normalement tout aurait dû en rester là. Cependant, la réaction de l'exécutif a été cinglante et brutale ; elle ouvre nécessairement une période nouvelle pleine d'incertitudes et de dangers pour le pays et la gauche.

Des expressions pourtant prudentes et répétées

Ce qui contraste avec la réaction brutale de l'exécutif, c'est la prudence renouvelée des prises de position d'Arnaud Montebourg, prises de position qui avaient déjà été formulées voici quelques semaines à peine, dans l'exercice de ses fonctions dans le même gouvernement. En effet, dans Le Mondeet ce dimanche à Frangy, l'ancien candidat aux primaires citoyennes n'a pas dit autre chose que ce qu'il avait affirmé depuis Bercy le 10 juillet dernier en présentant « [sa] feuille de route pour le redressement économique de la France ».

Depuis son entrée dans les gouvernements Ayrault et sa promotion dans le gouvernement Valls I, il n'a jamais cessé de dénoncer les dégâts et l'inefficacité des politiques d'austérité imposées aux États européens et prônées par la Commission européenne et les gouvernements d'Angela Merkel ; mais il a toujours pris garde (y compris jusqu'au 24 août 2014) de situer le débat à l'échelle européenne et de présenter la France comme une victime un peu contrainte de cette orientation politique. Pourtant, tout au long des deux années de ce quinquennat, l'exécutif français n'a cessé de protester de sa volonté de respecter les contraintes libérales européennes, se défendant même qu'elles soient imposées de l'extérieur et qu'elles avaient été décidées librement car c'était la seule voie possible pour la France. Qu'à cela ne tienne, Montebourg a choisi de maintenir un affichage, une fiction politique, selon laquelle la France poussait à la réorientation des politiques européennes, ce qui justifiait à la fois sa position de ministre et son discours politique.

Pourtant, que le ministre autoproclamé du « made in France » se soit bercé d'illusions ou que cela soit encore l'effet d'une auto-construction mentale et politique, cette brèche européenne était inexistante.

On sait en effet depuis plusieurs mois, les langues s'étant déliées, que François Hollande n'a jamais cherché à obtenir une réorientation des politiques européennes et encore moins de la construction européenne. Alors qu'il aurait pu construire un réel rapport de force, face à une Angela Merkel en pleine campagne électorale, assis sur la légitimité toute neuve de sa récente élection, le Président de la République n'a pas demandé la renégociation du traité Merkozy à ses partenaires européens, comme il s'y était pourtant engagé durant la campagne de l'élection présidentielle, mais a simplement réclamé un délai supplémentaire pour atteindre les 3 % de déficit public. L'habillage de cette abdication d'entrée de jeu a été le fameux « pacte de croissance », qu'il aurait arraché et qui justifiait après coup que l'on ratifia le traité Merkozy pourtant vierge de toute correction ; « pacte de croissance » de 200 milliards d'euros dont on a depuis pas vu l'ombre d'un centime, le Président Hollande ayant également cédé devant l'offensive des britanniques et des néerlandais sur la réduction du budget européen. Autant dire que dès ce jour, la France a déçu nombre de ses partenaires européens, qui ont choisi de ne plus placer leur confiance dans le Président Hollande. L'Espagne conservatrice mais durement frappée par l'austérité s'est finalement ralliée à Angela Merkel, espérant plus de la négociation avec la Chancelière, désormais en coalition avec les sociaux-démocrates, que d'un rapport de force construit avec un allié aussi pusillanime ; l'Italie centriste a décidé de mener et d'organiser son offensive sans la France, au point que Matteo Renzi, tombeur d'Enrico Letta, fait aujourd'hui figure de leader de la contestation économique et sociale au sein du concert des chefs de gouvernement.

La nouveauté du week-end était peut-être plus à rechercher auprès des nuances pourtant elles-aussi timides que Benoît Hamon a émises les 23 et 24 août. Tant à Bercy qu'à Grenelle, le grand écart a été un exercice finalement réussi jusqu'ici par l'ancien ministre, puisqu'il a fait preuve d'une loyauté sans faille dans ses fonctions gouvernementales tout en durcissant le ton à l'occasion de la réunion de ses amis d'Un Monde d'Avancedébut à la mi-septembre 2013 au Vieux-Boucault, les députés de sa sensibilité prenant une part importante à l'opération des « frondeurs ». Le fait que l'économie sociale & solidaire ait été méprisée jusqu'ici par l'exécutif et les défenseurs du social-libéralisme lui a sans doute apporté un peu plus de liberté et a permis sa promotion à l’Éducation nationale en avril dernier, pour récompenser l'habileté d'un responsable politique qui arrivait tout à la fois à tenir une partie de la gauche du PS tout en étant un bon petit soldat gouvernemental.

Le titre du Parisienronflait bien : « on n'est pas loin des frondeurs », ça en jette pour une rentrée politique d'un ministre clef du gouvernement. Mais si on regarde de plus près, tout reste dans la nuance au point de proférer de terribles oxymores : « La relance de la demande est la condition de la réussite de la politique de l'offre qui a été faite depuis deux ans []. » Voilà une assertion difficilement tenable, car dans les circonstances actuelles de panne de la croissance et de menace de déflation, c'est la politique de l'offre du gouvernement qui entretient les échecs et la relance de la demande etde l'investissement qui est l'alternative politique urgente et indispensable à mettre en œuvre pour faire repartir l'activité économique, notamment en remplissant à nouveau les carnets de commandes désespérément vide des entreprises hexagonales.

En visant l'Allemagne de la Chancelière Merkel, en ciblant la hausse du pouvoir d'achat des classes populaires et moyennes inférieures (objectif affiché des baisses d'impôts supplémentaires envisagées par Manuel Valls) et en critiquant sans nuance le livre de Cécile Duflot, l'ex ministre de l'éducation nationale pensait comme son comparse de Frangy rester dans une zone de discussion compatible avec le Premier Ministre, qu'ils avaient largement contribué à placer à Matignon sur les cendres de Jean-Marc Ayrault, victime expiatoire des défaites municipales provoquées par la politique décidée par François Hollande.

Il est certain que ni Arnaud Montebourg – dont il est évident qu'il avait cependant programmé un départ prochain et sans doute théâtral du gouvernement (en partie pour éviter qu'on ne lui reprocha à l'avenir l'inefficacité concrète de ses propres grands écarts) – ni Benoît Hamon n'avaient envisagé être limogés au lendemain de la fête de Frangy. Peu de monde d'ailleurs attendait des faits politiques fracassant à l'occasion de cette fête de la Rose, Emmanuel Maurel expliquant rationnellement son absence à cette sauterie «Sauf à ce qu'il annonce qu'il démissionne du gouvernement, je ne vois pas ce que l'on peut attendre de cette journée. Montebourg restera forcément solidaire !» en pleine cohérence avec son ami Paul Quilès qui interpellait avec force le ministre de l'économiepour qu'il mette un terme à son petit jeu fictionnel de chat et de souris avec François Hollande et Manuel Valls.

La brutalité Vallsiste, soutenue par François Hollande, ouvre une période dangereuse

Rien de neuf n'a effectivement émergé de Frangy. Les discours des ministres restant même en deçà de leurs confidences à la presse nationale les jours précédents. Le choix de limoger avec énergie, c'est-à-dire en faisant démissionner l'ensemble du gouvernement, a été fait plus tôt. Sinon comment expliquer, que dès la fin des festivités à Frangy, Matignon ait fait savoir que « la ligne jaune [avait] été franchie » par Arnaud Montebourg, alors que rien nouveau n'avait été prononcé depuis les entretiens et que les discours n'avaient pas encore reçu de retour presse importants. Il est probable donc que Manuel Valls ait pris la décision de se séparer au moins d'Arnaud Montebourg et d'Aurélie Filipetti (on y reviendra plus tard) dès la publication des entretiens des deux ministres ; le discussion avec François Hollande n'a dû porter que sur le timinget la procédure de la sanction et il semble que la solution la plus radicale, vraisemblablement prônée par le Premier ministre – Hollande ayant souvent privilégié dans le Parti et dans le gouvernement des méthodes plus rondes mais pas moins pernicieuses – l'ait emportée dans la journée de dimanche, Manuel Valls décidant alors de communiquer sur l'imminence du couperet.

Mais pourquoi choisir de sanctionner à ce point les deux ministres alors que leur expression – on l'a rappelée plus haut – n'est pas une réelle innovation ?

Parce qu'il a voulu couper l'herbe sous le pied de deux rivaux potentiels – rivaux avec qui il s'était précédemment entendu pour obtenir à son profit la tête de Jean-Marc Ayrault – pour la plus haute fonction dans l'avenir en réaffirmant son autorité, qualité pour laquelle il pense avoir été mis là où il est ? Sans douteIl pensait peut-être ainsi déstabiliser le calendrier politique du ministre de l'économie, en effrayant Benoît Hamon suffisamment pour le récupérer plus docile ensuite (la tentative semble avoir été faite de ce côté là, mais peut-être que ce dernier a enfin compris que le numéro d'équilibriste n'était plus tenable et que la violence et la brutalité politique de Manuel Valls étaient trop fortes pour chercher à maintenir un accord politique en position de faiblesse).

Parce qu'il a considéré que la violence de la décision assurerait la loyauté des autres ministres, qui ne seraient ainsi plus tentés – si jamais ils l'avaient été, ce qui est assez improbable – de critiquer sa ligne ? Probablement

Mais surtout, une raison politique profonde a créé une tension telle pour ce dirigeant qu'elle l'a acculée à procéder d'une manière qui laisser durablement des traces et à montrer une facette de lui qu'il aurait sans doute préféré garder en arrière-plan. Les mois passant l'augmentation constante du nombre des chômeurs et l'absence obstinée de la croissance vient marquer l'échec de la politique de l'offre décidée non pas en janvier dernier par le Président de la République ou en avril avec le discours de politique générale de Manuel Valls, mais en octobre 2012 avec le lancement du pacte de compétitivité. Le Pacte de responsabilité dont on nous répète à l'envie qu'il n'est pas encore entré en vigueur n'est que l'aggravation du sillon que Montebourg, Hamon ou Filipetti avaient avalisé dès les prolégomènes du congrès de Toulouse. Comme le disait Laurent Joffrin à ses confrères éditorialistes hier soir sur France Info [oui je cite positivement LJ et c'est bien la première fois], l'échec patent des choix politiques de François Hollande et Manuel Valls (politique de l'offre, austérité, soumission aux exigences de la commission européenne et d'Angela Merkel) « agit comme un acide » qui effrite chaque jour qui passe un peu plus la solidité des attelages politiques et la confiance des dirigeants dans la politique conduite, sans parler de la confiance de l'opinion. Ainsi, les critiques d'avant-hier qui paraissaient supportables et admises dans la triade Valls-Montebourg-Hamon n'étaient plus tolérables hier pour le Premier Ministre dont la légitimité est désormais atteinte par l'inefficacité et l'injustice de sa politique.

L'acide amène aussi certains ministres que l'on croyait à jamais muets à contester, en interne – mais ce n'était jamais arrivé –, la pertinence des mesures défendues. Ainsi, Aurélie Filipetti aurait déclaré jeudi durant la réunion du gouvernement « puisque le gouvernement en arrivait à ce point, s’il ne fallait pas mieux renoncer tout de suite à faire une politique de gauche, s’il ne fallait pas s’excuser d’être de gauche pour plaire au patronat. » (Mediapart23/08/2014). On imagine la rage du Premier Ministre de voir une personnalité aussi effacée, qui n'avait pas osé soutenir ouvertement les intermittents et les institutions culturelles pour ne pas contredire Hollande et Valls qui voulaient la mise en œuvre l'accord du 22 mars, émettre une telle défiance, et surtout qu'elle soit relayée dans la presse quelques jours plus tard. Depuis des mois, l'exécutif et ses relais parlementaires (Jean-Marie Le Guen, Thierry Mandon, Bruno Le Roux, Christophe Caresche) expliquent que l'initiative des « frondeurs » est non seulement vouée à l'échec mais qu'elle ne rencontre qu'hostilité parmi les députés socialistes simples, et voilà que le débat qu'ils portent avec arguments et contre-propositions solides surgit dans le gouvernement par la voix du pendant ministériels des députés silencieux de la base… Qu'Aurélie Filipettit cherchât depuis à se réécrire une conscience après toutes ses absences (et l'histoire) n'ôte en rien la qualité intrinsèque de son irréfutable réquisitoirecontre la conduite des affaires politiques au moment du départ.

Le durcissement de Manuel Valls rappelle la folie de Lénine expliquant que le Parti se renforçait en s'épurant. Désormais, son gouvernement devra consacrer la soumission absolue à la ligne libérale et autoritaire qu'il représente, mais au prix de l'assise politique de celui-ci. Le gouvernement Valls II pourra bien s’afficher comme encore plus resserré et encore plus combatif, il ne pourra s’appuyer que sur un noyau de hollandais historiques, agrémenté de quelques représentants de courants minoritaires voire groupusculaires. Exitle Front de gauche depuis juin 2012, exitles écologistes depuis avril dernier (sauf éventuellement quelques débauchages qui seront immédiatement désavoués), exitdes figures socialistes marquantes qui se découvrent subitement contestataires alors que le Parti et le groupe parlementaire sont déjà en proie au doute.

Que reste-t-il de la majorité présidentielle de François Hollande ? Le PRG qui voudra obtenir des gages sur la réforme territoriale pour soutenir la politique social-libérale de Manuel Valls ? Le MUP de Robert Hue qui ne représente que lui-même et qui ne conserverait plus qu'un seul parlementaire si l'ancien Président du PCF entrait au gouvernement ? Le duo des groupuscules écolo-centristes de Corinne Lepage et Jean-Luc Benhamias qui ne représentent personne ?

Quand on sait que Michel Barnier (ancien commissaire européen UMP) a été consulté hier et que Jean-Louis Borloo aurait été approché pour entrer au gouvernement, il faut commencer à se préparer à ne plus rien attendre de ce gouvernement.

Montebourg et Hamon viennent de comprendre que le débat gouvernemental tel qu'il avait été théorisé par le mandat de Lionel Jospin n'a pas sa place sous Hollande et encore moins avec Manuel Valls. On ne peut pas compter sur l'exercice des responsabilités gouvernementales pour peser sur les choix de celui-ci. Il est probable que, pour un temps, le débarquement des trois ministres, dont deux vont retrouver leur place sur les bancs de l'Assemblée Nationale, donne un coup de fouet et une vitalité supplémentaire à la fronde des parlementaires de Vive la Gauche ! qui se réunira ce week-end à La Rochelle, mais je n'irai pas jusqu'à dire comme Régis Juanico « Chaque vote au Parlement va se faire à la roulette russe »; l'efficacité parlementaire des contestataires s'en trouvera renforcer mais il ne me paraît pas sérieux de penser – sauf à ce que Manuel Valls franchisse d'autres lignes jaunes, notamment du point de vue du comportement politique – que des députés PS prennent le risque de mettre en minorité le gouvernement sur des textes importants. Paul Quilès nous a dernièrement largement alerté sur les « conséquences des institutions de la Vème République (système de monarchie républicaine) qui renvoient toute décision au sommet de la pyramide, avec un Premier ministre qui « exécute » la politique définie par le Président, une majorité parlementaire contrainte, [] » (et qu'importe si le Premier Ministre actuel a décidé de donner au verbe « exécuter » son sens primal). Manuel Valls version Rambo va confronter les parlementaires socialistes à une nouvelle déclaration de politique générale et à un nouveau vote de confiance, il leur rappellera également également que leur soutien contraint sera mesuré lors du vote des PLF et PLFSS 2015. Même si le débat sera plus tendu, même si des amendements seront arrachés, le gouvernement refusera de modifier en profondeur sa feuille de route et menacera la majorité des députés socialistes d'une dissolution en cas de mise en minorité sur ces deux textes. La dissolution serait un suicide politique pour chaque député socialiste et il n'est pas dit qu'elle soit dans l'intérêt à ce stade de quelque formation que ce soit à gauche. L'énergie des parlementaires de Vive la Gauche ! s'emploiera donc sans doute avec efficacité sur d'autres textes, réforme territoriale par exemple ou sur les projets de loi qui seront présentés par Christiane Taubira qu'on annonce maintenue dans le gouvernement Valls II. Ce n'est donc pas à l'Assemblée Nationale que commencera la nécessaire alternative.

Le congrès du PS est devenu plus vital que jamais !

Jean-Christophe Cambadélis, qui s'est fendu d'un communiqué de presse lunairepour commenter l'annonce d'hier, ne sait toujours pas nous dire quand aura lieu le congrès du Parti Socialiste. Il aurait dû selon nos propres statuts se dérouler en novembre et décembre prochain, mais le Premier secrétaire a décidé, pour noyer le poisson et se trouver un succédané de légitimité politique en l'absence de vote des militants sur son nom, de convoquer des états-généraux du PS à cette date qu'il doit lancer (enfin peut-être) ce week-end à La Rochelle.

C'est pourquoi avec quelques camarades rassemblés dans le collectif des « Socialistes contre l'Austérité » nous avons lancéun nouvel appel pour exiger un congrès du PSau plus vite. En effet, l'impasse institutionnelle est totale, ce n'est ni de l'exécutif ni du législatif que nous pourrons espérer le sursaut nécessaire, les députés socialistes étant dans leur grande majorité encore tétanisés par les menaces de l'exécutif. J'aimerais donner tort, ce qui l'enchantera j'en suis persuadé, aux derniers piliers du pentagone des conséquences de la VèmeRépublique décrites par Paul Quilès « un parti majoritaire sans grande marge d’initiative et dont les militants s’interrogent sur leur utilité. » Les militants socialistes et leur parti s'ils s'en donnent les moyens peuvent être la solution à la crise qui couvent depuis octobre 2012 et que Manuel Valls vient de rendre béante.

Jamais les militants socialistes n'ont été amenés à se prononcer sur les choix de politiques économiques de l'exécutif ; ceux-ci sont en totale contradiction avec les engagements de campagne, avec le projet socialiste adopté en juillet 2011 et avec le texte de la motion majoritaire au congrès de Toulouse (octobre 2012). Non seulement, nous sommes arrivés au terme statutaire qui exigerait la convocation d'un nouveau congrès du PS mais sa direction en soutenant sans discuter les choix économiques du gouvernement n'a donc plus la légitimité de l'orientation politique choisie alors par les socialistes, sans parler de l'onction de son premier secrétaire actuel.

AG motion 3 ToulouseCe sont donc les militants socialistes dans un congrès le plus proche possible qui peuvent enfin décider de s'exprimer sur la politique menée et réaffirmer ainsi la cohérence des convictions socialistes et démocratiques de notre parti. Sur ces bases une nouvelle direction du PS peut être installées, à condition que tous ceux qui ont à cœur ce que nous devons à notre camp social et politique sachent se rassembler intelligemment pour mettre un terme rapidement à la spirale que nous subissons. Cela suppose que les nouveau Christophe Colomb ministériel qui viennent de redécouvrir que la politique de l'offre mène à l'échec ne cherchent pas à s'imposer comme les leaders obligés du renouveau du PS, mais facilitent au contraire le rassemblement des nombreuses sensibilités qui proposent depuis longtemps une politique alternative : parmi celles-ci Maintenant la Gaucheavec Emmanuel Maurel ont apporté depuis deux ans une large palette de propositions étayées y compris quand ils étaient snobés par leurs nouveaux amis ; une partie de la motion 4 semble également disponible ainsi que toute la palette des sensibilités de l'ancienne motion 1 réunies dans Vive la Gauche !avec la motion 3 : Un Monde d'Avance, la Gauche durable, la Gauche populaireou encore les amis d'Arnaud Montebourg. La feuille de route est simple et elle est rappelée dans la tribune publiée par Emmanuel Maurel aujourd'hui dans Le Monde : « L'heure est venue d'élaborer un nouveau pacte majoritaire avec les forces de gauche qui ont permis la victoire de François Hollande le 6 mai 2012. Une politique nouvelle, fondée sur la réorientation de la construction européenne, la relance du pouvoird'achat et de l'investissement : voilà ce qu'il faut pour redonner a notre pays son dynamisme économique et son rayonnement. Voilà ce qui permettrait à nouveau de fédérer une majorité politique et sociale qui souhaite le changement. » Sur ces bases, un rassemblement efficace et intelligent peut emporter la majorité des suffrages des militants socialistes.

Ensuite, le PS pourra redonner leur liberté de ton aux parlementaires socialistes qui n'osent pas aujourd'hui exprimer leurs convictions, leurs craintes et leur colères. Il pourra retrouver la voie du rassemblement à gauche, ce qui suppose que les ministres récemment démissionnés ne viennent pas donner de leçons de choses à nos partenaires d'EELV et du PCF. Il pourra enfin établir un rapport de force avec François Hollande à la hauteur de la brutalité politique que Manuel Valls fait subir à la gauche depuis plusieurs mois, en s'appuyant sur une majorité parlementaire rose-rouge-verte qui existe à l'Assemblée Nationale et qu'il ne faut pas massacrer dans une dissolution suicidaire. Dans ce dispositif, François Hollande ne peut évidemment plus avoir la garantie qu'il sera le candidat des socialistes et de la gauche à l'élection de 2017, mais c'est la condition pour sauver ce qu'il reste du quinquennat et surtout améliorer la situation économique du pays et de nos concitoyens.

Frédéric FARAVEL

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20 août 2014 3 20 /08 /août /2014 16:31

MoranoL'inénarrable Nadine Morano a provoqué une polémique en cette fin d'été en postant sur son compte twitter en dénonçant photo à l'appui la présence d'une femme voilée sur la plage de ses vacances, au milieu des autres baigneurs et estivants. Ce buzz médiatique qui permet à l'ancienne ministre de Nicolas Sarkozy de refaire surface à l'occasion de la période de creux du mois d'août, quand les journalistes qui ne sont pas spécialistes des questions internationales et économiques sont un peu désœuvrés, a connu un rebondissement inattendu lorsqu'Harlem Désir, sous-ministre aux affaires européennes – qui a laissé un si bon souvenir comme premier secrétaire du PS entre novembre 2012 et avril 2014 – a indiqué sur BFM TV et RMC info «comprendre sa réaction».

Dans les deux cas, ces prises de position ont suscité un déferlement de commentaires tant de soutien que de réprobation sur les réseaux sociaux ; Harlem Désir s'est particulièrement exposé à l'ire de jeunes députés socialistes sur twitter qui voient dans le harcèlement contre l'ancien premier secrétaire une manière facile de se refaire une virginité politique, quand ils n'ont pas grand chose à proposer face aux errements de la politique économique du gouvernement. Ce brave Harlem a cependant reçu le soutien de son ancien comparse de SOS Racisme et de feu la Gauche Socialiste, Julien Dray considérant sur RTL que le voile n’était «pas seulement un signe religieux»mais «d’abord et avant tout un signe d’oppression des femmes».

Dans tous les cas, le caractère liminaire et hâtif des réseaux sociaux n'est pas le bon format pour répondre à notre lorraine et notre sous-ministre. On peut y faire des bons mots mais en aucun cas sortir par le haut de cette polémique nauséeuse, ce n'est d'ailleurs pas l'objectif de ces twittos parlementaires qui ne cherchent qu'à attirer l'attention médiatique à cette occasion.

Il faut prendre le temps pour développer quelque peu son argumentation et explique pourquoi Nadine et Harlem ont tort.

Morano et le dévoiement de la laïcité par la droite

Coupons court à toute mauvaise interprétation : je n'ai aucune sympathie pour le fondamentalisme religieux et je ne pense pas que l'on puisse traiter la question abordée par l'ex-ministre UMP par la simple invocation du «droit à l'indifférence» et de la «liberté culturelle». Oui, le développement du port du voile dans toutes ses variantes nous pose question collectivement, cette pratique me choque comme elle choque la très grande majorité de nos concitoyens ; oui le port du voile du hidjab jusqu'à la burqa en passant par le niqâb est clairement un symbole d'oppression de la femme. Non, le voile n'est pas inhérent à l'islam qui n'est pas en soi une religion plus misogyne que les autres et l'on peut très bien vivre l'islam sans le voile.

La première remarque nous permet de rappeler qu'au regard de la loi républicaine, aucune tenue vestimentaire n'est interdite dans l'espace public sauf le voile intégral – niqâb ou burqa – et les femmes voilées et très couvertes qui profitent de la plage fréquentée par Madame Morano ont parfaitement le droit de le faire et ne contreviennent en aucun cas ni à la tradition française, ni aux lois de la République. Pour dédramatiser, on dira que si elles veulent «crever de chaud» sur la plage c'est leur affaire et réécouter la très belle chanson de Zebda «Le dimanche autour de l'église».

20130728-100921.jpgD'ailleurs, cette propension de Nadine Morano a tout d'un coup se draper dans la laïcité et l'égalité femmes-hommes ne peut pas manquer de faire sourire, il est plus que probable qu'elle n'aurait pas eu la même réaction en regardant des bonnes sœurs déambuler sur une plage et qu'elle n'aurait jamais posté la photo ci-contre sur son mur facebookpour pousser un cri d'alarme. La laïcité n'était pas non plus dans ses principales préoccupations lorsqu'elle portait aux nues son Nicolas chéri, qui avait commis, en décembre 2007, le fameux discours de Latran, expliquant que "l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur" (le pauvre pasteur en cette occasion vaticane n'avait pourtant rien demandé). Nadine nous avait habitué paradoxalement à promouvoir sa pratique culturelle (et peut-être confessionnelle) chrétienne en regrettant le 24 décembre 2011, qu'il n'y ait "plus de films sur la nativité" diffusés à la télévision, remarque qui n'a pas sa place sous le clavier (oui c'était encore sur les réseaux sociaux) d'un(e) ministre de la République.

L'égalité femmes-hommes n'a pas plus été sa préoccupation principale jusqu'ici : on ne l'a guère entendue protester contre son propre parti qui préfère payer des millions d'euros d'amende plutôt que de présenter des femmes aux élections législatives ; de même, elle s'est récemment élevée contre l'amendement visant à modifier la loi Veil, supprimant la notion de "détresse" pour recourir à l'IVG.

Non, le propos et l'objectif de Nadine Morano est ailleurs et il est très explicitement exprimé par sa phrase : « A la vue de cette scène, on ne peut s’empêcher de ressentir une atteinte à notre culture (…) », écrivait-elle. « Lorsqu’on choisit de venir en France, État de droit, laïc, on se doit de respecter notre culture et la liberté des femmes. Sinon, on va ailleurs !! »

Plusieurs enseignements sont à retirer de ces admonestations :

  • -> Nadine réduit l'islam à sa sensibilité fondamentaliste pour expliquer qu'il est radicalement incompatible avec la culture et la République françaises, ce qui est pire qu'un raccourci ;

  • -> Nadine mélange allègrement droit et culture qui sont des notions différentes et l'on a vu plus haut que, dans tous les cas, cette pauvre femme à la présence gênante pour notre lorraine n'enfreint pas le droit ;

  • -> les musulmans sont forcément des gens venus d'ailleurs, et comme leur pratique culturelle et confessionnelle serait incompatible avec «la nôtre», ils ne sont donc décidément pas intégrables.

On voit bien ainsi où aboutit le raisonnement de notre égérie de la droite des réseaux sociaux. C'est bel et bien un buzz médiatique extrêmement calculé pour, dans la droite ligne des débats lancés par Nicolas Sarkozy et l'UMP sous le précédent quinquennat, dénoncer l'étranger ou plutôt celui dont elle considère que sa nature est étrangère au «corps national». S'attaquer à ce qu'elle croit, ou veut faire croire à nos concitoyens, être l'essence de sa pratique religieuse lui permettrait de ne pas être taxée de racisme. Allons ! Elle ne s'attaque pas aux maghrébins, aux africains ou aux turcs, mais aux islamistes, vous voyez bien qu'elle prend la défense des femmes... Amalgames et raccourcis habillent la haine, et je reprends les mots de Jean Baubérot interrogé sur cette polémique : «La droite ne cesse de détourner les termes de cette loi, et à force de répéter des mensonges, elle fait croire à l'opinion publique que la laïcité n'a plus rien à voir avec ce qu'elle était à l'origine. Ainsi, il ne faut pas s'étonner que la laïcité glisse de gauche à droite, voir à l'extrême droite. C'est du Nadine Morano tout crachée, Marine Le Pen aurait pu dire la même chose.» La France tu l'aimes ou tu la quittes c'est toujours le même programme, on ne saura sans doute jamais, si Nadine le pense vraiment ou si son alignement sur les thèses du FN est un simple calcul politique visant à conserver et/ou reconquérir un électorat. Dans le deuxième cas, on a déjà vu l'inefficacité de ce type de posture, les gens préférant toujours l'original à la copie par accoutumance. Dans tous les cas, cela ne vise à répondre et à résoudre aucun des problèmes évoqués au début de ce chapitre, d'autant que notre Nadine nationale oublie largement que ces «pratiques culturelles» fondamentalistes qu'elle fait mine d’exécrer ne sont pas réservées à des gens qui «viennent en France» mais touchent un nombre grandissant de «gaulois» convertis, ce qui devraient largement nous interroger sur l'évolution de notre société.

Harlem-Desir-assure-qu-il-sera-toujours-patron-du-PS-apres.jpegHarlem se prend les pieds dans le tapis

Je l'ai dit en introduction la charge lancée sur les réseaux sociaux contre l'ancien et mauvais premier secrétaire du PS est facile et mesquine. En tout, même avec des personnes dont on désapprouve les actes et la stratégie, il faut se garder des mots blessants, ainsi quand on lit sur le compte d'un ancien président du MJS «Ce qui est rassurant dans le fait qu'Harlem Désir comprenne Morano ? Le fait qu'il comprenne quelque chose...», cela peut faire sourire mais pas plus et en tout cas cela ne fait en rien avancer le débat. On a connu l'auteur de la saillie mieux inspiré. C'est sans doute le travers de twitter mais bon...

Je n'ai aucun doute sur les bonnes intentions du sous ministre des affaires européennes dans cette affaire. Son engagement à gauche et comme ancien Président de SOS Racisme ne sauraient être mis en doute et il a sans doute voulu exprimer les mêmes sentiments que ceux que je développais en introduction du premier chapitre.

Cependant, un responsable politique de cette «envergure» n'aurait pas dû faire preuve d'autant de légèreté dans sa réponse. Surtout avec une personnalité aussi sulfureuse que Nadine Morano. Si l'on avait été devant un coup de gueule soudain d'une personnalité centriste (pas comme le Maire de Cholet, hein !) ou d'un représentant de ce qu'il reste de la droite républicaine, on aurait pu à la rigueur comprendre qu'il dise «comprendre». Mais la simple citation retranscrite plus haut démontre déjà la perversité du propos de Madame Morano et il était impensable dans cette configuration de faire preuve de compréhension et paraître ainsi cautionner le raisonnement qui sous-tend le propos. Je l'ai déjà dit nous ne sommes pas devant un simple coup de gueule et une éructation soudaine à laquelle Nadine nous a habituée (parfois avec une vulgarité sans égal) en 140 signes sur twitter ; le propos est construit et avant même la réaction du sous ministre il a été longuement développé sur la page Facebook de l'intéressée. Harlem Désir a donc ici commis une nouvelle faute politique.

Par ailleurs, l'ancien premier secrétaire n'apporte dans cette interview aucune réflexion qui fasse avancer le débat. Il démontre ainsi à quel point la gauche est en train de perdre le combat face au dévoiement de la laïcité organisé par la droite et l'extrême droite. Ici aussi, je me permets de citer Jean Baubérot : «La droite va continuer de surfer sur cette thématique. C'est à la gauche de reconquérir l'hégémonie intellectuelle sur la laïcité. Aujourd'hui, la gauche a beaucoup de mal à répondre à cette perversion car elle-même n'est pas au clair sur la laïcité, et bien qu'elle invoque souvent la loi de 1905, elle ne la connaît pas vraiment. Il y a un combat à mener. Je regrette d'ailleurs que l'on ne soit pas suffisamment nombreux à le mener à gauche. Après les propos de Nadine Morano, la gauche devrait se sentir interpellée car la laïcité lui échappe – ce qui est de sa faute.[…] Elle doit rappeler que la laïcité est une règle politique et pas du tout un conformisme culturel. Tant que la gauche fera preuve de paresse intellectuelle, il ne faudra pas s'étonner que la laïcité soit prise en otage par des gens comme Nadine Morano – qui pourtant n'est pas très brillante sur plan intellectuel. C'est à la gauche de réagir

Il y a donc nécessité de faire un retour clair à la lettre et à l'esprit de la loi de 1905, que nous avons largement perdus de vue depuis quelques années, dans des débats publics où couvert par les meilleures intentions du monde qui ont présidé à l'évolution récente de la législation sur le voile, la droite et l'extrême droite ont réussi à faire du sujet une arme de dénonciation ethnique contre une partie de nos concitoyens d'origine immigrée – cette partie étant présentée comme la représentation du tout.

000_par7355636_0.jpgDans le précédent chapitre, j'évoquais ceux qui ne sont pas issus de l'immigration maghrébine, turque ou subsaharienne (oui parce que parmi les «petits blancs», n'oublions jamais qu'il y a eu aussi des immigrations belge, italienne, espagnole, polonaise, etc. sans parler des autres apports anciens qui font la richesse actuelle de notre République) qui se convertissant à l'islam – ce qui en soi n'est pas répréhensible – choisissent pour certains la voie fondamentaliste pour exprimer leur nouvelle foi. Hommes et femmes, ils font partie de cette minorité islamiste qui sert à stigmatiser l'ensemble des musulmans et les nos voisins issus des immigrations venus du sud de la Méditerranée (bien loin de leurs supposées racines donc). Ce choix de rejoindre la pratique la plus fermée, la plus communautariste, celle qui met le plus en cause l'égalité entre citoyens et entre femmes et hommes, devrait bien plus nous inquiéter. Il est pour moi le symbole des reculs de la République engagés depuis plusieurs années. Lorsque la République, qui doit porter le message universel de la Liberté et de l'Égalité (une fois réalisé celles là, on pourra expérimenter concrètement la Fraternité), laisse sans réponse sérieuse et durable se gripper l'ascenseur social, se creuser les inégalités, au point d'empêcher parfois l'égalité des droits, lorsqu'elle laisse se consolider des espaces de relégations sociale, il est évident que les forces sournoises qui abhorrent la République se proposent de la remplacer et parfois de la combattre. Partout où la République recule, partout où la solidarité républicaine fait défaut communautarismes et extrémismes fleurissent. Quarante année de chômage de masse et de ségrégation sociale, ethnique et spatiale nous présente aujourd'hui la facture, et parmi ceux qui nous présentent la note l'islamisme est l'une des forces qui souhaitent en tirer parti. Dans les classes populaires, les dégâts sociaux ont touché les uns et les autres quelle que soit la couleur de la peau ou l'origine géographique des aïeux. Ces nouveaux convertis à l'islamisme font partie des déshérités d'un système où les défaillances de la solidarité républicaine se sont doublées du déclin de la conscience de classe.

Malgré quelques tentatives (parfois timides) pour relancer la machine du progrès en 1981, 1988 ou 1997, nos concitoyens ont subi 30 ans de reculs sociaux, 30 années de recul de la République dans les têtes et sur le bitume. L'accélération de ses reculs à la faveur de l'abdication de la puissance publique devant la vulgate néolibérale ne peut donc avoir comme seule conséquence celle de l'aggravation du phénomène qui nous occupe ici.

Cela aussi devrait plaider pour changer radicalement de politique économique et pour reprendre la bataille idéologique et culturelle.

Frédéric FARAVEL

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15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 20:16

 

05_photo_25210_142829.JPG« Pauvre France ». Voilà ce que je me retiens de répéter en boucle depuis hier après une petite dizaine de jours passée loin de l'information en continu et des réseaux sociaux dans la belle région d'Albi. Ne pas se connecter à internet, ne pas avoir la 3G et regarder la télévision avec parcimonie durant quelques jours de congés est salutaire. La consternation n'en est que plus forte en rentrant chez moi et en découvrant d'un bloc l'actualité de la semaine passée.

Pour résumer mon état d'esprit, voici les informations qui m'accablent aujourd'hui, une fois que l'on arrive à dégraisser l'actualité des futilités et de l'infantilisation médiatiques que l'on nous a imposées avec la Coupe du Monde de Foot-Ball ou qu'on nous imposera encore avec les opportunités françaises dans un Tour de France où les locomotives européennes semblent tomber comme des mouches :

Sombre séquence économique et sociale

Le vote d'un projet de loi rectificatif de financement de la sécurité sociale entérinant un pacte de responsabilité, qui n'est rien d'autre que de l'austérité appliqué à la France : 35 députés socialistes seulement se sont abstenus, 13 députés écologistes également. Parmi les premiers, nombre d'entre eux avaient résolu de voter contre ce projet de loi qui est en parfaite contradiction avec nos engagements de campagne ; ils ont été retenus par la menace clairement énoncée d'être exclus du PS. Pour la première fois, on a donc menacé des socialistes d'être exclus du Parti s'ils restaient fidèles au programme sur lequel ils ont été élus.

La nomination définitive de Jacques Toubon sur proposition de François Hollande comme défenseur des droits, après que les commissions parlementaires ont validé sa candidature. Elle a été soutenue par 48 députés et sénateurs (33 contre, 12 blancs). Il aurait fallu deux tiers de voix contre pour repousser sa candidature. Ce vote des deux-tiers était sans doute inatteignable au regard de l'équilibre droite-gauche dans les deux chambres, mais une fois encore l’Élysée a refusé d'écouter la majorité qui l'a conduit au pouvoir et certains parlementaires socialistes qui avaient juré leurs grands dieux qu'ils ne se laisseraient pas faire (la main sur le cœur devant le conseil national du PS le 14 juin dernier) ont sans doute répondu aux pressions amicales de l'exécutif en votant blanc.

president-medef-pierre-gattaz-premier-jour-troisieme-confer.jpgLe théâtre d'ombres de la conférence sociale, boycottée par la CGT, FO et la FSU, et soumise à la pression du MEDEF jamais rassasié des concessions que l'exécutif lui accorde. Manuel Valls avait déjà préparé le terrain en multipliant les annonces dans Les Échos et sur BFM TV qui sonnaient comme autant d'abdication devant la pensée néo-libérale dans le seul but d'éviter le boycott... du MEDEF. Il avait réussi en cela à froisser jusqu'à la CFDT, son principal allié syndical jusqu'ici. Est-ce un mérite ou non d'y voir soldé la fin d'une illusion : l'expérience entamée depuis l'automne 2012 à grand renfort de communication sur la rénovation du dialogue social n'a rien à voir avec la social-démocratie revendiquée par François Hollande ; les reculs sur le compte pénibilité retraites – seul point positif de la réforme des retraites de 2013– y mettent un terme.

4392729.jpgEt hier, la conférence de presse du Président de la République pour le 14 juillet qui confirme un peu plus l'enterrement des engagements de la campagne présidentielle et de l'esprit de son discours du Bourget : confirmation des menaces sur les seuils sociaux, défense du pacte de responsabilité sans jamais tenir compte du débat actuel au sein de la majorité, nouvelles baisses d'impôt annoncées sans jamais revenir à la promesse de la nécessaire réforme fiscale...

Tout ceci vient marquer à mon sens que s'il y a bien une logique à bout de souffle, c'est celle de la Vème République. Un homme seul décide, qui au passage n'a plus rien du « Président normal » annoncé (si jamais cela a signifié quoi que ce soit), qui s'est une fois de plus moulé dans la monarchie républicaine que la gauche et les socialistes abhorrent pourtant. Un débat parlementaire qui ne peut déboucher librement, les députés de la majorité étant constamment contraints par la logique de soumission à l'exécutif, ce qui interroge gravement sur la portée réelle de notre démocratie. Un Parti lui-même écrasé par cette logique, qui joue les gardes-chiourmes du pouvoir, alors même qu'il est désavoué par celui-ci comme sur les seuils sociaux.

Le piège du Proche Orient

4457833_3_e2c2_les-debris-a-gaza-ville-le-15-juillet_042f0d.jpgSans contestation possible, les événements les plus graves de la semaine se sont déroulés en Israël et en Palestine. Après plusieurs semaines rythmées par les enlèvements et assassinats de jeunes israéliens et palestiniens, le conflit s'est à nouveau embrasé le Hamas déclenchant le lancement de nombreuses roquettes sur Tel Aviv, Jérusalem et le sud de l’État hébreux, le gouvernement israélien y répondant par une campagne de bombardements aériens sur la bande de Gaza dont le bilan humain dépasse de loin les précédentes actions militaires de novembre 2012 (près de 200 civils palestiniens tués et près de 1 500 blessés).

Chacun connaît mon dégoût pour la rhétorique antisioniste, qui se développe en Europe à grand pas depuis 20 ans, et qui prend souvent en otage (et à leur corps défendant) nombre de nos concitoyens ulcérés par la politique d'occupation et les réponses militaires excessives des gouvernements israéliens de droite qui se sont succédés après l'attaque cérébrale subie par Ariel Sharon (mais également sous son autorité – car on ne peut oublier ses propres responsabilités sous prétextes qu'il a évacué la bande de Gaza). L'anti-sionnisme n'est aujourd'hui rien d'autre que le faux-nez d'un antisémitisme viscéral mis à jour. Je ne suis pas non plus de ceux qui considèrent que Jacques Chirac a plus fait pour la cause palestinienne et la paix au Proche Orient que ses prédécesseurs : n'oublions pas qu'il est en partie responsable de la perpétuation du conflit lorsqu'il a convaincu Yasser Arafat de refuser l'accord de Paix qu'Ehud Barak (lui-même fossoyeur de la gauche israélienne) lui avait proposé à Paris.

Mais le communiqué de la Présidence de la République à la suite de l'entretien téléphonique entre François Hollande et Benyamin Nethanyahu le 9 juillet dernier est une faute politique grave. Il a ainsi « exprimé la solidarité de la France face aux tirs de roquettes en provenance de Gaza. Il lui a rappelé que la France condamne fermement ces agressions. Il appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces. » En oubliant de rappeler la position traditionnelle de la France sur le conflit israélo-palestinien, le Chef de l’État a commis un précédent lourd de conséquences qui risque de nous rendre inaudible sur la scène diplomatique et d'attiser les manipulations politiques et communautaristes dans notre propre pays.

L’Élysée a dû se rendre compte de son erreur puisque le lendemain un entretien téléphonique était également organisé avec Mahmoud Abbas, président de l'Autorité Palestinienne dans lequel François Hollande « a exprimé son inquiétude concernant la situation à Gaza et a déploré que les opérations militaires en cours aient déjà fait de nombreuses victimes palestiniennes. La sécurité de toutes les populations civiles doit être assurée et l’escalade doit cesser. Tout doit être fait pour restaurer la trêve établie en 2012.[…] Le Président de la République a salué le sens des responsabilités du Président ABBAS et les efforts qu’il déploie pour parvenir à l’apaisement des tensions. » Mais là encore, l'essentiel est absent puisque la Présidence de la République oublie de condamner la totale disproportion de l'intervention israélienne en réponse aux attaques terroristes du Hamaset de donner un contenu à « l’impérieuse nécessité de reprendre les négociations afin de parvenir à l’établissement d’une paix juste et durable au Proche-Orient » : un État d'Israël dont on garantit la possibilité à ses citoyens (qui doivent tous être réellement égaux qu'ils soient juifs ou non) de vivre en sécurité, un État palestinien viableet souverain, les deux États devant être délimités par la ligne de cessez-le-feu de 1967.

Le trouble reste entier puisqu'hier le Président de la République a été contraint d'apporter une nouvelle touche à la précision de sa position diplomatique devant les journalistes en appelant Israël à « avoir de la retenue ». On est encore loin de qualification de réponse disproportionnée qui serait nécessaire en de telles circonstances.

8131405419298.jpgLa consternation se maintient face à l'attitude du gouvernement et du PS face aux diverses manifestations qui ont émaillés la capitale en réaction à l'escalade de la violence au Proche Orient. Le Président de la République en est à refuser l'importation du conflit israélo-palestinien en France « Je ne veux pas qu'il y ait des conséquences en France. Le conflit israélo-palestinien ne peut pas s'importer » ; « Il ne peut pas y avoir de dérives et de débordements, d'intrusion ou de volonté d'intrusion dans des lieux de culte, que ce soient des synagogues comme cela s'est passé hier, mais je dirais la même chose pour des mosquées, des églises, des temples » ;« L'antisémitisme ne peut pas être utilisé parce qu'il y a un conflit entre Israël et la Palestine ». Encore une fois, bien qu'il ne fasse aucun doute que certains manifestants véhiculent de manière organisée l'antisémitisme sous couvert d'antisionisme, c'est une erreur de confondre toutes les personnes qui contestent la politique israélienne avec des antisémites. C'est également une erreur sous prétexte de « redoubler de vigilance »d'envisager d'interdireles manifestations. Cette mesure réclamée par le CRIF, dont on connaît le sens de la (dé)mesure de son président Roger Cukierman, ne ferait qu'aggraver le mythe du complot sioniste diffusé par les organisations islamistes et identitaires.

L'ironie déplacée du Premier Secrétaire par intérim du PS ne nous aide pas plus à limiter cette dérive : « Ce n'est pas parce qu'on parle du Proche Orient qu'il est proche des Français. Il doit rester en Orient ». On peut d'ailleurs regretter qu'à cette occasion le Parti Socialiste ait été frappé des mêmes oublis de sa position traditionnelle sur le conflit alors qu'il aurait dû la rappeler dans son communiqué du 8 juillet à la sortie de son Bureau National : un État d'Israël en sécurité, un État de Palestine viable et souverain.

C'est enfin une erreur de passer sous silence les agissements d'une organisation fasciste connue sous le nom de Ligue de Défense Juive (LDJ), et interdite en Israël et aux États-Unis (!??!!!), lors des violences qui ont été commises ce week-end à Paris. Il y a bien eu des actes de violences commis par des manifestants pro-palestinien et des propos antisémites proférés par ces personnes, ils doivent être poursuivis et condamnés avec la plus grande fermeté pour cela. Mais notamment à proximité de la synagogue de la Rue de la Roquette, ces actes avaient été précédés par des agressions verbales et physiques à caractère explicitement racistes de la part de petits groupes de la LDJ. Le Monde rapporte que les CRS ont « dûséparerdesmembres de laLigue de défense juive(LDJ)et des manifestants qui s'affrontaient aux alentoursde la rue de la Roquette. Huit personnes au total ont étéinterpellées par les policiers en fin de manifestation,pourviolencesvolontairessur agent de la force publique » ; cependant de nombreux témoignages convergent pour indiquer que les forces de l'ordre – confondant sans doute les membres de la LDJ avec des fidèles de la synagogue – ont plutôt protégé ces derniers des représailles que certains manifestants voulaient opérer.

Les violences d'un côté comme de l'autre sont inacceptables. Ceux qui les ont commis doivent être punis avec la plus grande fermeté et tomber sous le coups de la loi républicaine et laïque. Avoir donné le sentiment d'un changement de politique diplomatique ne peut qu'aggraver l'échauffement des esprits et importer des violences qui n'ont rien à voir avec notre République sur le sol national. Que la Justice passe donc sur les auteurs des agressions et de violences commises ce week-end à Paris et à Aulnay-sous-Bois, mais il est temps de cesser d'être aveugle et sourd face aux agissements de la LDJ : cette organisation fasciste doit enfin être dissoute par la République et faire l'objet de notre vigilance pour empêcher sa reconstitution sous d'autres formes.

Frédéric FARAVEL

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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 21:46

Nicolas-sarkozy-garde-a-vue scalewidth 630C'est devant les micros et les caméras de deux médias amis – TF1et Europe 1 – que Nicolas Sarkozy a choisi de donner sa version de la journée de garde à vue qui a conduit à sa mise en examen pour «corruption active et trafic d'influence actif» dans l'affaire révélée par les écoutes sur le financement Bettencourt et libyen et le cas de Bernard Tapie.

Sarkozy, éternelle victime – un refrain bien connu

Comme l'on pouvait s'y attendre, l'ancien Président de la République a protesté de son innocence absolue, s'est posé en victime d'une «instrumentalisation politique» de la justice. Sa mise en examen ne serait à l'en croire qu'une nouvelle stratégie pour empêcher son retour actif en politique (donc on voit qu'il n'y a pas que la corruption et le trafic d'influence qui sont actifs). Il aurait subi un traitement exceptionnel qui ne tiendrait qu'à la haine que lui voueraient la gauche et une partie de la magistrature française : «Est-il normal que je sois placé en garde à vue pendant quinze heures sous la surveillance, d'ailleurs, de policiers qui ont remarquablement fait leur travail, à qui, bien sûr, je n'ai rien à reprocher. Mais ne pouvait-on pas me convoquer pour que je réponde aux questions des juges ?» «Devais-je absolument avoir rendez-vous avec les deux dames qui m'ont donné rendez-vous à 2 heures du matin cette nuit, après 14 heures d'interrogatoire par les policiers ?»

Nicolas Sarkozy, tout à la construction de sa posture de victime des beaux quartiers, oublie au passage que les gardes à vues, parfois très longues, sont le lot commun de nombreux Français à qui la Justice demande de rendre des comptes avant de les mettre ou non en examen. N'en déplaise à l'ancien Président de la République, ce qui lui est arrivé n'est ni exceptionnel ni un événement inédit : il n’est pas le premier ancien président à être mis en examen. Lui-même l'avait déjà été en avril 2013 pour «abus de faiblesse» dans l’affaire Bettencourt, avant de bénéficier d'un non-lieu à l'automne (on y reviendra). Avant lui, son prédécesseur Jacques Chiracavait été mis en examen à deux reprises dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, en 2007 et en 2009, avant d’être condamné à 2 ans de prison avec sursis pour «détournement de fonds publics», «abus de confiance» et «prise illégale d'intérêt». Sa garde à vue, initiée mardi 1er juillet, était en revanche une première historique pour un président français, mais comme l'indiquait hier sur France InterJean-Pierre Rosenczweig, président du tribunal pour enfants de Bobigny forcé de prendre sa retraite, le traitement très favorable accordé à Jacques Chirac – c'est à dire sans garde à vue, les juges d'instruction s'étant déplacés dans ses bureaux – était, lui, bel et bien une exception que rien ne justifiait. Notons que le citoyen commun qui aurait été l'objet d'une garde à vue qui se serait prolongerait en début de soirée n'aurait pas eu la possibilité de passer devant le juge d'instruction en pleine nuit, aurait donc été placé sous mandat de dépôt pour la nuit avant d'être présenté au juge au mieux le lendemain matin ; en signifiant sa mise en examen à 2 heures du matin, les juges d'instruction ont donc évité à l'ancien président de passer la nuit au dépôt et lui auront permis de rentrer chez lui dormir.

La garde à vue ne dépend pas de la gravité des faits. On ne peut donc comparercelle du 1er juillet 2014 et d’autres affaires politiques où il n’y a pas eu de recours à cette mesure. On peut par contre rappeler que Claude Guéant et Isabelle Balkany ont été entendus dans ce cadre, qui n'a donc rien d'exceptionnel. La garde à vue est une forme de convocation judiciaire particulière, qui implique une privation de liberté, dans le but de garder le suspect à disposition des enquêteurs et de l’empêcher de communiquer, modifier des preuves ou de fuir (une seule de ces raisons suffit et il n'est pas nécessaire de les cumuler pour la justifier, et personne ne peut soutenir l'idée que les juges d'instructions qui ont choisi à cette occasion la garde à vue auraient dévoyé la procédure en fantasmant ouvertement sur les risques de fuite de l'ancien locataire de l’Élysée).Elle n’est possible que si «il existe une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner[que le suspect]a commis ou tenté de commettre un crime ou un délit puni d'une peine d'emprisonnement».Son régimea été modifié en 2011 – sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, donc, et à n'en pas douter il a suivi de près sa réforme. La garde à vue n’est désormais possible que si elle constitue la seule option des enquêteurs pour :

  1. Permettre l'exécution des investigations impliquant la présence ou la participation de la personne

  2. Garantir la présentation de la personne devant le procureur de la République afin que ce magistrat puisse apprécier la suite à donner à l'enquête

  3. Empêcher que la personne ne modifie les preuves ou indices matériels

  4. Empêcher que la personne ne fasse pression sur les témoins ou les victimes ainsi que sur leur famille ou leurs proches

  5. Empêcher que la personne ne se concerte avec d'autres personnes susceptibles d'être ses co-auteurs ou complices

  6. Garantir la mise en œuvre des mesures destinées à faire cesser le crime ou le délit

  7. La garde à vue est cependant tout sauf rare. Selon les chiffres officiels, hors délit routier, 286 337 personnes ont été mises en garde à vue en 2013.

[je n'invente rien, toutes ces descriptions sont sur le site internet LeMonde.fr]

La «vérité» est toute autre : Nicolas Sarkozy n'a sans doute toujours pas fait le deuil de son statut d'immunité présidentielle absolue qu'il avait bâti et qu'il a perdu le 15 mai 2012. Il ne supporte pas d'être redevenu un justiciable comme un autre et c'est bien lui qui fantasme sur le fait que son «statut» d'ancien Président de la République pourrait le placer au dessus du commun des citoyens français. Il a d'ailleurs doctement expliqué que son état devrait lui valoir un respect supérieur.

1020472_affaire-des-ecoutes-telephoniques-comment-nicolas-s.jpgL'opération médiatique d'hier soir n'avait finalement qu'un objectif, celui de lui permettre de perpétuer son objectif de revenir en politique – et pour cela déjouer le piège judiciaire que lui auraient tendu, dans son esprit, ses adversaires politiques. C'est très clair dans ses déclarations : «J'aurai à déciderà la fin du mois d'août, au début du mois de septembre (...). Je ne suis pas un homme qui se décourage devant les vilenies et les manipulations politiques» ; il n'a d'ailleurs pas manqué d'ajouter que ce qu'il espère être son accession prochaine à la présidence de l'UMP – «des responsabilités d'opposition» – devrait également lui valoir de passer dans les mailles du filet judiciaire. Nicolas Sarkozy est en fait incapable d'imaginer, tant il a été habitué à manipuler le système judiciaire lorsqu'il était à l’Élysée et même avant, qu'un autre exécutif puisse procéder autrement. Or, et c'est bien un des acquis positif du quinquennat Hollande, il se trouve que la Justice française a retrouvé depuis le 15 mai 2012 une sérénité et une liberté réelle dans la conduite des dossiers dont elle a la charge.

La stratégie de victimisation de Nicolas Sarkozy, passe encore, mais l'UMP a décidé de fragiliser la République

Je n'irai pas jusqu'à écrire que l'ensemble des responsables politiques conservateurs sont tous sur la même longueur d'onde. Il y a d'abord tous ceux qui «dans le secret de leur cœur» – comme l'a dit ce matin sur France InterNKM – espèrent que la mise en examen de Nicolas Sarkozy et la gravité des charges qui lui sont reprochées (sans connaître le fond du dossier, on peut considérer que la motivation explicite de la mise en examen est grave). Il y a ceux qui, Sarkozistes notoires ou non, ont été sincèrement bousculés par la gravité des faits reprochés et préfèrent conserver une réserve prudente.

Mais, au-delà de la folklorique Nadine Morano, la machine UMP est depuis hier à la manœuvre pour induire le déni dans l'opinion – pour l'instant cela ne semble pas recevoir l'écho espéré – et l'intervention de ténors UMP «modérés» (même si on les a déjà pris à plusieurs reprises en flagrant délit de mauvaise foi sur divers sujets) doit nous inquiéter collectivement pour la bonne santé de notre République.

Ainsi, l'inénarrable Jean-Pierre Raffarin était invité de France Info ce jeudi : «Je l’ai trouvé convaincant», a-t-il déclaré avant de critiqué le manque de «sérénité»,une «justice-spectacle»qui ne servirait ni la vérité, ni la justice elle-même. «Une convocation[qui] donne le sentiment qu'on cherche une justice-médiatique»qui ne prend pas le temps. On accordera à l'ancien Premier Ministre de Jacques Chirac et membre du triumviratqui dirige aujourd'hui une UMP embourbée dans l'affaire Bygmalion et les mécomptes de campagne de Nicolas Sarkozy qu'il lui appartient évidemment d'avoir un avis personnel sur l'aspect convaincant de l'entretien organisé par ce dernier. On pourra aussi lui répondre qu'il est curieux de dénoncer une justice spectacle lorsque la droite n'a eu de cesse lorsqu'elle était au pouvoir de monter en épingle faits divers et affaires diverses pour édifier l'opinion publique. Il est également ironique que les amis de l'ancien Président reproche aujourd'hui la médiatisation des affaires Sarkozy alors que ce dernier a toujours recherché à mettre en scène, à «spectaculariser», sa vie personnelle et politique avant et pendant son mandat élyséen. Dans ces conditions, il n'est pas besoin que des juges d'instruction appellent les médias une nuit de mise en examen pour que caméras et micros suivent et anticipent désormais ses moindres faits et gestes.

nkm_10.jpgLes insinuations de Nathalie Kocziusko-Morizet ce matin sur France Inter sont autrement plus graves. Nous passerons sur la conduite complaisante de l'entretien que menait l'animateur radio ce matin, au point qu'il cherchât à interrompre à plusieurs reprises la journaliste – spécialiste police-justice de la chaîne – lorsque celle-ci reprenait la députée de l'Essonne sur ses approximations.

Elle a, à plusieurs reprises, sous-entendu l'existence d'un «cabinet noir», dirigé depuis l’Élysée, qui instruirait à charge contre l'ancien Président de la République, en dépit de l'indépendance de la Justice. «À chaque fois [qu'il] parle d'un retour, les affaires sortent». Se défendant d'avoir un avis et des preuves sur le sujet, elle n'en a pas moins répété l'argument – reprenant les éléments de langage de celui dont elle était porte-parole au printemps 2012 – jusqu'à ce que Bernard Guetta la place devant le vide de ses contradictions. C'est là démonstration que c'est ainsi toute la droite – et pas seulement Nicolas Sarkozy – qui est incapable d'envisager que la Justice puisse être indépendante, car elle n'a pas cette pratique lorsqu'elle est au pouvoir.

Plus grave encore, elle a martelé – reprenant ici des arguments répétés par de nombreux responsables politiques UMP – qu'il était inacceptable que Nicolas Sarkozy soit «jugé par ses ennemis». On s'attendait à des attaques sur le complots des «juges rouges» dans la bouche d'Henri Guaino ou Nadine Morano ; mais les propos de NKM sont la démonstration que la «berlusconisation» de l'UMP – Silvio Berlusconi n'ayant eu que ce seul argument pour expliquer ses ennuis judiciaires – est bien plus avancée et généralisée qu'on n'aurait pu l'imaginer. Car il ne s'agit pas d'instrumentaliser comme cela arrive souvent – y compris sous la gauche – des conflits de « territoires » et d'approche entre police et justice, conflits que la droite française a toujours accentués, en dénonçant le soit-disant laxisme des juges qui handicaperait l'action des policiers, pour «démontrer» à l'opinion publique qu'elle et elle seule serait du côté de l'ordre et des victimes.

Ce refrain avait déjà été entonné mezzo vocelors de la première mise en examen de Nicolas Sarkozy ; la droite et ce dernier avait accusé le juge Gentil d'arrière-pensée politique dans la procédure qu'il conduisait, alors que ce même juge d'instruction n'était pas connu (c'est un euphémisme) pour être marqué à gauche et qu'il avait lui-même rendu un arrêt de non-lieu dans cette affaire, preuve s'il en est que les moyens juridiques utilisés par les magistrats ne préjugent pas de leur décision finale.

Aujourd'hui, c'est l'une des deux juges d'instruction qui a signifié à l'ancien Président sa mise en examen qui est mise en cause par NKM et la droite. Membre du syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche), elle aurait publiquement et politiquement pris fait et cause contre le candidat Sarkozy. Or il se trouve que les responsables et militants UMP, tout à leur emportement, développent des contre-vérités démontrées à l'encontre de Mme Claire Thépaut :

  • elle n'est pas l'ancienne présidente du SM ;

  • elle n'a pas écrit de tribune contre Nicolas Sarkozy durant la campagne présidentielle et les propos tirés d'un reportage de Médiapart qui servent à entretenir la confusion sont loin d'être des attaques directes et acerbes : «Ce qui est certain, c'est que nous aspirons tous à retrouver du calme, de la sérénité et de la confiance (...) Puisque la Seine-Saint-Denis est devenue le symbole de la délinquance urbaine, raison de plus pour que l'on nous accorde du respect et des moyens. Etre taxés de juges rouges quand on ne fait qu'appliquer les textes de loi, ce n'est pas normal, lance la magistrate. Certains ont voulu nous opposer aux policiers, alors qu'ils sont performants et qu'ils travaillent dans des conditions difficiles. Eh bien il faut maintenant que la justice retrouve son rang face au ministère de l'intérieur, et que la séparation des pouvoirs soit enfin respectée. (...) Je ressens une certaine défiance du parquet vis-à-vis des juges d'instruction, à qui l'on confie de moins en moins de dossiers ces dernières années, même dans les affaires criminelles» (...) «Nous étions 16 juges d'instruction en 2007, et nous ne sommes plus que 12 aujourd'hui. Même les policiers s'en plaignent : il serait plus simple pour eux d'avoir le juge d'instruction comme seul interlocuteur, avec un cadre procédural simple, celui de la commission rogatoire, plutôt que d'avoir affaire à plusieurs magistrats du parquet.» ;

  • Une version tronquée d'un texte attribué à Claire Thépaut circule sur les réseaux. Or il n'est pas d'elle. Il s'agit d'une lettre ouverte publiée par le Syndicat de la magistrature, à l'intention de Nicolas Sarkozy, et donc signée de son secrétaire général, Mathieu Bonduelle. Voici la version originale.

On notera au passage que le juge Thépaut ne travaille pas seule et n'a pas décidé seule de la mise en examen de Nicolas Sarkozy et c'est ainsi faire bien peu de cas du juge Simon, qui ne semble pas, elle, faire l'objet des même attaques. De fait, la nature des mensonges et des attaques à l'encontre de Mme Thépaut sont de graves atteintes à la liberté syndicales des juges et au-delà des fonctionnaires et des salariés en général. C'est une attaque inacceptable à l'égard de la liberté du Syndicat de la Magistrature à établir et développer son discours syndical ; c'est une mise en cause répréhensible pénalement de la liberté des magistrats à adhérer au SM, ce qui ne saurait leur être reprochés dans l'exercice de leur profession.

Ces attaques stupides veulent entretenir le fantasme de la frange la plus radicale des électeurs de droite sur une «France rouge» et des «juges rouges». Le fameux laxisme des juges se doublerait d'une volonté de nuireà Nicolas Sarkozy. On peut rappelerque le Syndicat de la magistrature est minoritaire. C'est l'Union syndicale des magistrats (USM), qu'on classe plutôt à droite, qui est majoritaire. En 2010, le SM avait obtenu 32,1% des suffrages, contre 58,9% pour l'USM et 9% pour FO-Magistrats. L'affaire des écoutes révèle l'existence d'une sorte de réseau d'amitiés sarkozystes au sein de l'appareil judiciaire, ce qui tend à démontrer que tous les juges ne sont pas de gauche... Et c'est bien pour cela que l'avocat de Nicolas Sarkozy et le juge Azibert étaient eux-mêmes en garde à vue avant leurs mises en examen.

Ces tentatives de détourner l'attention de la réalité des faits ne peuvent aboutir qu'à un seul résultat (et c'est d'ailleurs l'objectif recherché) : une perte de la crédibilité totalement infondée de l'appareil judiciaire français, un des piliers de l’État de droit et de la République Française. En cherchant les arguments les plus vils pour sauver un Nicolas Sarkozy de moins en moins défendable, c'est la République que la droite met désormais en danger. De telles manœuvres opérées par Berlusconi ont abouti en Italie au surgissement sur la scène politique d'un mouvement populiste parfaitement insaisissable, conduit par le peu drôle humoriste Beppe Grillo. Tout baroque qu'il soit, il reste moins dangereux à ce stade pour la démocratie que ne l'est en France le Front National de Marine Le Pen ; c'est au renforcement de cette dernière que nous conduisent les menées irresponsables des dirigeants de l'UMP et de Nicolas Sarkozy.

Frédéric FARAVEL

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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 18:39

LE MONDE | 30.06.2014 à 11h02 • Mis à jour le 30.06.2014 à 19h10 | Par Patrick Roger

L'examen du projet de loi de financement rectificative de la Sécurité sociale (PLFRSS), a commencé lundi 30 juin à l'Assemblée nationale. Le débat autour des amendements devrait durer jusqu'à mercredi. Le vote sur l'ensemble du texte aura lieu mardi 8 juillet.

QU'EST-CE QUE LE PLFRSS ?

Ce texte constitue en fait le second volet du projet de loi de finances rectificative (PLFR) dont la discussion s'est achevée jeudi 26 juin et qui doit être voté mardi. Ces deux textes budgétaires s'articulent pour former la première étape de mise en oeuvre du pacte de responsabilité et de solidarité. Bien que l'objet soit le même, il nécessite cependant deux textes séparés, l'un portant sur le budget de l'Etat et le second sur celui de la Sécurité sociale. Ce deuxième texte comprend principalement une nouvelle série de mesures en faveur des entreprises.

plfrss-2014_une_1.pngQUE CONTIENT LE TEXTE DANS LE DÉTAIL ?

  • Réduction des cotisations sociales patronales : le texte prévoit une réduction dégressive des cotisations sociales patronales sur les salaires situés entre 1 et 1,6 smic. Cette réduction prendra effet à partir du 1er janvier 2015. Il instaure un taux réduit de cotisations d'allocations familiales – acquittées par les employeurs – de 3,45 % (au lieu de 5,25 %) pour les salaires entre 1 et 1,6 smic. Enfin, les cotisations d'allocations familiales des travailleurs indépendants (artisans, commerçants, exploitants agricoles…) sont réduites pour les revenus compris entre 1 et 3,8 smic, sous la forme d'une réduction forfaitaire de 3,1 points jusqu'à 3 smic qui devient dégressive jusqu'à 3,8 smic.

Coût des mesures : elles représentent un coût évalué à 5,4 milliards d'euros en 2015, pour un nombre d'emploi créés estimé à 30 000, selon les projections du ministère des finances. Un chiffre qui paraît dérisoire au regard du coût des dispositions.

  •  Suppression de la C3S : Le projet de loi engage la première étape de suppression progressive de la contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S). La C3S, d'un taux de 0,16 % du chiffre d'affaires, contribue au financement du régime de protection sociale des travailleurs indépendants et du Fonds de solidarité vieillesse (FSV). Elle est acquittée par les entreprises réalisant un chiffre d'affaires supérieur à 760 000 euros. L'abattement d'assiette, à hauteur de 3,25 millions d'euros de chiffre d'affaires, prévu dans le PLFRSS permettra à plus de la moitié des 200 000 entreprises assujetties d'en être exclues.

Coût de la mesure : il est estimé à 1 milliard d'euros. La suppression de la C3S doit se poursuivre jusqu'à extinction totale en 2017, soit une perte de recettes de 5,6 milliards d'euros.

  • Réduction des cotisations salariales : Côté ménages, le projet instaure une réduction des cotisations sociales salariales de 3 % au niveau du smic, dégressive jusqu'à 1,3 smic pour les salariés du privé. Un mécanisme similaire est prévu dans la fonction publique, pour un taux maximal de 2 %, dégressif jusqu'à 1,5 smic. Pour un salarié au smic, le gain net est de 520 euros par an

Coût de la mesure : Cette mesure concernera 5,2 millions de salariés du privé et 2,2 millions de fonctionnaires, pour un coût global de 2,5 milliards d'euros.

  • Gel des pensions de retraite : Le PLFRSS prévoit enfin le gel des pensions de retraite d'un montant supérieur à 1 200 euros brut (8 millions de personnes concernées). L'allocation de logement familial (ALF), qui devait être revalorisée le 1er octobre, ne le sera pas. A moins que les parlementaires ne reviennent sur cette disposition.

Economie réalisée : Elle devrait être de 220 millions d'euros en 2014, 1 milliard en année pleine.

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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 19:14

PS_95.jpg C'est le titre du projet de résolution fédérale qui a été présenté lundi 23 juin 2014 lors du conseil fédéral du PS Val-d'Oise. Elle a été élaborée et présentée par des membres des instances fédérales issues des différentes motions du Parti. Malheureusement, au terme d'un débat de deux heures sur les raisons de nos deux défaites électorales consécutives et la politique économique et sociale conduite par le gouvernement, la direction fédérale a refusé de soumettre le texte au vote du conseil fédéral.

Bq1u36UCEAE8uB7.jpgCette attitude est inexplicable et regrettable alors que deux mois après l'échec des municipales nos instances fédérales n'ont toujours pas officiellement pris position sur la situation politique et que le Premier secrétaire fédéral avait annoncé qu'une résolution serait soumise en ce sens lors du conseil fédéral (ce qui n'a pas été fait).

Les arguments d'autorité avancés pour refuser ce vote ont été médiocres, le pire étant "vous êtes la minorité, nous sommes la majorité, il n'y a pas de raisons de faire un vote" : il n'est pourtant pas contestable que les annonces de janvier 2014 et les déroutes électorales ont secoué tous les socialistes ; je suis convaincu que les membres du conseil fédéral auraient pu s'exprimer librement sans que leur conduite soit dictée par leurs chefs de motion ou qu'on leur refuse la possibilité de le faire.

Vous pouvez télécharger ici le texte de ce projet de résolution, je vous laisse vous faire une idée par vous-mêmes.

 

Frédéric FARAVEL
Mandataire départemental de Maintenant la Gauche
motion 3 du Parti Socialiste

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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 18:38

Logo_BVA.gifDès le petit matin du samedi 21 juin 2014, la presse et les chaînes d'information ont fait une partie de leurs titres sur deux sondages BVA réalisés pour I télé et Le Parisien/Aujourd'hui en France. Ces deux études d'opinion illustrent largement le piège de la phraséologie médiatique.

La première portait sur les « députés frondeurs » et l'identité des personnalités représentant le mieux la gauche. C'est la première thématique qui est importante.

En effet, tels qu'ils ont été présentés sur I télé et dans Le Parisien, les résultats de ce sondage indiquaient des chiffres contrastés sur le soutien de l'opinion aux « frondeurs », ces 41 parlementaires socialistes qui préférèrent s'abstenir sur la feuille de route économique présentée par le gouvernement le 29 avril dernier et qui avec une cinquantaine d'autres proposent des amendements visant à corriger le PLFR et PLRFSS soumis par Manuel Valls en ce début d'été.

  • - 52% des « sympathisants de gauche » les soutiennent contre 44 ;

  • - 61% des « sympathisants socialistes » les désapprouvent ;

  •  - les Français, toutes sensibilités confondues, seraient partagés : 47% désapprouvant, 45% soutenant.

Mais la question posée à l'échantillon de 952 Français majeurs les 19 et 20 juin, était-elle « soutenez-vous les députés frondeurs ? », comme le laissent entendre les médias ? Non, une lecture un peu sérieuse et honnête de la fiche de cette étude ne permet pas de faire une telle réponse.

Voici la question posée aux répondants :

« Une quarantaine de députés socialistes ainsi que des députés verts et communistes pourraient s’allier pour voter contre ou s’abstenir lors de l’examen des budgets rectificatifs et de financement de la sécurité sociale à l‘Assemblée nationale.

Vous personnellement, êtes-vous plutôt favorable ou plutôt opposé à cette alliance ? »

Ainsi, les agents de BVA ont, si l'on veut un peu pousser le trait, demandé aux Français interrogés et notamment parmi eux aux sympathisants socialistes : « soutenez-vous une démarche qui visent à mettre en minorité le gouvernement à l'Assemblée Nationale en montant dans son dos une alliance à rebours avec ses opposants de gauche ? » Voilà une formulation qui pourrait faire hérisser le poil à nombre de « sympathisants socialistes » et c'est exactement ce que l'on retrouve dans le résultat du sondage. En tout cas, la question est aussi honnête que si on avait posé celle-ci en miroir : « soutenez-vous les courageux députés frondeursqui proposent d'appliquer les engagements de campagne de François Hollande, que celui-ci semble avoir définitivement trahi en menant une politique sociale-libérale affichée avec Manuel Valls ? », sans fondement et contre-productif n'est-ce pas ?

Évidemment, une telle stratégie – si elle existait – peut convenir aux électeurs écologistes (71% favorables) ou du Front de gauche (80% favorables), puisqu'ils désapprouvent de plus en plus violemment l'orientation gouvernementale et même sa composition. La vraie information politique contenue dans ce sondage l'est donc par ricochet, puisqu'elle ne concerne ni les « frondeurs » ni ceux qui s'interrogent sur la portée de leur(s) initiative(s) dans l'opinion : c'est une bonne moitié des parlementaires écologistes (avec Jean-Vincent Placé et François de Rugy notamment) qui ont désapprouvé le départ de Pascal Canfin et de Cécile Duflot du gouvernement en avril et qui pestent contre les critiques de leur parti contre le pacte de responsabilité ; ces parlementaires écologistes sont donc non seulement en contradiction avec leur parti, mais ils le sont avec 71% des « sympathisants écologistes ». Pour une fois, il semble (en dehors d'un probable choix de conviction) que le parti EELV ait mieux compris les choix de son électorat que ses parlementaires.

LOGO.jpgDe fait, cette étude ne nous apprend rien d'autre sur la relation des « frondeurs » à l'opinion. Si la question avait été « Êtes-vous favorables aux propositions parlementaires de l'Appel des 100 ? » ou « Soutenez-vous la démarche des députés frondeursqui souhaitent déposer des amendements pour corriger le pacte de responsabilité du gouvernement ? », alors peut-être que l'on aurait pu gloser sur la nature et l'importance du soutien ou de la désapprobation de l'opinion à l'égard de ces parlementaires. Les sondés n'ont pas pu répondre à une question qu'on ne leur a pas posée.

Personne dans ces conditions ne peut afficher sérieusement que les « frondeurs » seraient donc soutenus par 52% des « sympathisants de gauche » ou désapprouvés par 61% des « sympathisants socialistes » (ces derniers représentant la moitié des premiers). S'il venait à l'idée des instituts Ipsos, Ifop, Harris ou BVA de faire un vrai sondage sur la question du soutien à cette démarche, il convient d'ici là que « l'appel des cent » fasse connaître plus largement ses propositions dans l'opinion.

Jusqu'ici le seul sondage grandeur nature qui est une signification, ce sont les deux cinglantes défaites essuyées par la gauche aux municipales puis aux européennes : si l'on fait une analyse sérieuse et détaillée des résultats, elles démontrent que l'électorat socialiste – celui de François Hollande au 1er tour de l'élection présidentielle – s'est abstenu massivement lors de ces deux scrutins ; elles démontrent également que l'électorat de gauche ne fait pas une distinction forte entre la gauche et les socialistes, la théorie des deux gauches irréconciliables de Mélenchon n'est donc pas valide aux yeux d'un électorat finalement unitaire. La gauche peut bien mourir comme le dit Manuel Valls, mais de la politique qu'il mène avec François Hollande.

C'est d'ailleurs ce que raconte la deuxième partie du sondage qui concerne les personnalités représentant le mieux la gauche selon les « sympathisants » de gauche : avec 33 et 32% Martine Aubry et Jean-Luc Mélenchon arrivent largement en tête. Ils représentent dans l'esprit collectif une aspiration plus ou moins fantasmée à une alternative politique à François Hollande et Manuel Valls (9 et 16%) ; les représentants de l'exécutif sont extrêmement bas, ce qui démontre le décrochage (peut-être irrémédiable) du propre électorat du Président de la République et malgré des premières fastes dans les sondages les raisons profondes du déclin annoncé du Premier Ministre.

Un mot encore sur le deuxième sondage BVA publié samedi matin. Ils visent prétendument à mesurer le rapport des Français aux « réformes ». La traduction rapide nous proposent que les Français souhaitent amplifier les réformes (74%, dont 67% à gauche et 84% à droite) mais ne veulent plus faire de sacrifices (63%).

Une fois encore c'est le contenu de ses réformes qui n'est pas explicité, ni dans les questions, ni dans le rapport fait dans les médias (ici I télé puisque le sondage était commandé par la chaîne d'infos). Il ne suffit pas de citer les dossiers sur lesquels il faudrait faire les réformes – « marché du travail, les retraites, les règles d’indemnisation du chômage » – encore faut-il s'interroger dans quel sens les Français de droite et de gauche (avec leur diversité) souhaiteraient aller. Cela éclairerait sans doute sur l'apparent hiatus entre le soutien à l'amplification des réformes à 74% et le refus à 63% de faire de nouveaux sacrifices pour « réduire le déficit de la France ». Les sujets sur lesquels sont notés les sacrifices à faire – « retraites, impôts, statut, services publics »– indiquent pour le coup que les réformes engagées précédemment sont vraisemblablement désapprouvées par les Français, notamment à gauche, et qu'au-delà de ces réformes antérieures c'est l'orientation générale sociale-libérale de la politique du gouvernement qui est en cause. BVA conclue son analyse sur une phrase à double sens : « La réforme n’est pas forcément synonyme de sacrificespour les Français. Ce mot peut même, pour certains, signifier qu’il faut réinjecter de l’argent public ». En effet, si l'on souhaite que le mot « réforme » regagne pleinement son acception positive, c'est peut-être en regardant du côté des « frondeurs » et d'une gauche unie que se trouve la solution.

Frédéric Faravel

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20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 20:11

Ségolène Royal a présenté mercredi 18 juin le projet de loi sur la transition énergétique en conseil des ministres. Présenté par le Président de la République lui-même comme l'un des projets les plus importants du quinquennat, les commentateurs pensaient que la montagne allait accoucher d'une souris. Cependant le texte présenté est moins décevant que cela était craint ; il fixe un cadre ambitieux, sauf pour le nucléaire. Mais il pêche largement concernant les moyens accordés à l'effort de mutation culturelle et sociologique qui est devant nous. La politique énergétique française reste largement entre les mains d'EDF.

L'avenir dira si dans les années qui viennent nous saurons ou non nous doter des moyens pour rendre cette future loi efficiente. Comme socialiste, je considère que nous devons être plus offensifs sur le sujet. Nos parlementaires doivent absolument renforcer le projet lors de son passage devant les chambres.

Pour la première fois, je vais publier ci-dessous les différentes publications d'EELV sur ce dossier, car il se trouve que j'en partage totalement l'analyse à ce stade.

Frédéric Faravel

Transition énergétique : 3 questions à Pascal Canfin

Publié le 19 juin 2014

PascalCanfin

Pascal Canfin que pensez-vous des annonces de Ségolène Royal sur la loi de transition énergétique ? Les engagements répétés du Président de la République sont ils en voie d’être tenus ?

Cette loi fixe un cadre borné par quelques grands principes pour lesquels nous nous sommes battus comme la baisse de la part du nucléaire à 50% en 2025, la diminution de 30% de notre consommation d’énergies fossiles en 2030, le division par deux de la consommation d’énergie finale en 2050 et la baisse de nos émissions de gaz à effet de serre de 40% en 2030. Nous pouvons également nous réjouir de la reconnaissance par la loi d’une grande innovation portée par les écologistes dans les régions, les sociétés de tiers investisseurs qui permettent de faire prendre en charge par la collectivité les couts initiaux de l’isolation des logements notamment pour les familles n’ayant pas les moyens de prendre en charge elles-mêmes les investissements. Mais attention il semble que cette disposition soit finalement remise en cause dans la version finale du texte au bénéfice des banques qui voient d’un très mauvais œil ce nouveau dispositif. Voilà un combat essentiel pour le débat parlementaire à venir.

Par ailleurs, il ne suffit évidemment pas de se fixer des objectifs à 10 ou 15 ans pour que ceux ci deviennent automatiquement réalité puisque ces objectifs ne sont que programmatiques et non contraignants. Tout est donc dans les moyens alloués et les dispositifs créant ou non des effets cliquets. Et là, la bouteille est à moitié vide.

Qu’en est il des moyens financiers ?

C’est la grande lacune. Le nouveau Fonds national de la transition énergétique et de la croissance verte sera doté selon Ségolène Royal de 1,5 milliard d’euros sur 3 ans. Soit 500 millions d’euros par an… On est donc loin d’une mobilisation massive, non pas d’argent public supplémentaire en soi, mais d’une réorientation de l’argent public actuellement utilisé. Aucun des grands outils dont dispose le gouvernement pour conduire stratégiquement la transition n’est utilisé : le crédit d’impôt recherche coute près de 5 milliards par an sans aucune conditionnalité écologique, sans même parler bien sur des 40 milliards du CICE et du Pacte de responsabilité, ni de la fiscalité écologique. Au lieu de devenir un enjeu transversal le financement de la transition reste un enjeu sectoriel avec un impact nécessairement limité compte tenu des marges de manœuvre budgétaire entièrement avalée par le Pacte de responsabilité. Je suivrai avec attention la conférence bancaire et financière des prochains jours, en espérant que ce constat soit démenti !

 Et sur le nucléaire ?

Nous sommes en pleine bataille culturelle sur le nucléaire. Le travail réalisé au parlement notamment montre que le mythe du nucléaire bon marché est largement en train de vaciller. Mais le gouvernement n’a pas voulu aller au bout de la logique à savoir expliquer comment il allait concrètement passer de 70 % à 50 % de nucléaire et reprendre formellement la main sur la durée de vie des centrales. Il n’y a donc pas un mot sur Fessenheim ni sur les 40 ans. La vraie bataille se mènera donc dans la programmation pluriannuelle des investissements d’EDF avec le risque d’une visibilité moins forte que lors du débat législatif. Mais au moins cette bataille aura vraiment lieu ce qui n’a jamais été le cas. On sentait bien depuis le début que le président de la République ne voulait ni renoncer à sa promesse ni se donner totalement les moyens de sa mise en œuvre. La loi traduit cet état d’esprit !

Transition énergétique : après les belles paroles, pas de grands moyens ?

Publié le 18 juin 2014

images

Ségolène Royal a présenté ce mercredi les grandes lignes de la loi sur la transition énergétique. Alors que le projet de loi n’est toujours pas connu, les écologistes font preuve de scepticisme : si les objectifs de réduction de la consommation d’énergie, de part du nucléaire dans la production française d’électricité et de réduction des gaz à effet de serre ont été rappelés, ils s’inquiètent de ne pas voir certains objectifs et les moyens permettant de les concrétiser inscrits dans la loi.

Les écologistes demandent ainsi que les engagements de plafonnement de la production d’électricité d’origine nucléaire à 50% en 2025 soient inscrits dans la loi, que la durée de vie des centrales soit actée, que la fermeture de réacteurs et centrales anciennes et moins sûres comme Fessenheim précisée et que l’État ait la main sur la politique énergétique et puisse réellement l’imposer à EDF.

En matière de logement, les mesures annoncées pour favoriser la réhabilitation thermique vont dans le bon sens en facilitant l’accès au financement à court terme, mais pêchent sur le développement d’une vision stratégique à long terme. Sur les énergies renouvelables, l’enjeu est autant industriel que de production et de consommation. L’ambition est là aussi de mise pour changer de braquet.

Un seul exemple illustre facilement cette mécanique : l’obligation de rénover les bâtiments est un outil formidable et structurant pour notre économie pour tout à la fois créér des emplois non-délocalisables, baisser les factures des ménages et réduire les émissions de gaz à effets de serre. Mais l’obligation sans les aides au financement, c’est faire peser une lourde charge sur les ménages. L’épargne et les moyens doivent être réorientés pour faciliter ces investissements, et le tiers financement – qui permet la prise en charge des travaux de rénovation d’un logement par un opérateur sans que le propriétaire ne débourse un euro – doit être facilité.

Chômage, urgence climatique, péril nucléaire, risques d’insécurité énergétique liés à notre dépendance aux ressources fossiles… Face à ces défis, les écologistes rappellent que la loi sur la transition énergétique est une opportunité historique, qu’il est urgent de changer notre trajectoire de consommation et de production. Pour cela il faut s’en donner les moyens.

Julien Bayou, Sandrine Rousseau, porte-parole nationaux d’EELV

Transition énergétique : le projet de loi actuel ne peut satisfaire les écologistes sur le nucléaire

Nucleaire

18 juin 2014

Les grandes lignes du pré-projet de loi sur la transition énergétique ont enfin été dévoilées par la Ministre Ségolène Royal. Ces premières annonces permettent de se faire un avis sur les grandes orientations données par le gouvernement.

Réaction de Michèle RIVASI, eurodéputée EELV du Sud-Est de la France : “Ce projet de loi doit lancer la France sur la voie d’une transition énergétique indispensable à la stabilisation des prix de l’énergie et à la sécurité d’approvisionnement. Pour les écologistes, une véritable transition énergétique ne peut passer que par une sortie programmée du nucléaire, et malgré l’eau bouillante des réacteurs français la douche risque d’être bien froide .

“Le candidat Hollande avait fait plusieurs promesses concernant l’énergie, notamment la fermeture de Fessenheim et le plafonnement à 50% de la capacité nucléaire dans la production d’électricité. Force est de constater que la parole politique est encore une fois malmenée par les socialistes : le projet de loi prévoit pour l’instant un plafonnement de la production d’électricité nucléaire à 63,2 GW…ce qui est la puissance installée actuellement. Pis, la promesse du Président Hollande d’inscrire dans la loi la possibilité pour l’État de fermer une centrale nucléaire pour des raisons de stratégie énergétique semble abandonnée.

“Ce que les écologistes craignaient est donc en passe d’arriver : la réduction de la part du nucléaire ne pourrait être que mécanique, et traduite par un recours accru à l’électricité dans notre consommation d’énergie comme en atteste la volonté d’installer 7 millions de points de charge pour les véhicules électriques d’ici 2030. EDF était parvenue à imposer le chauffage électrique pour trouver des débouchés à ses excédents de production, mettant la France dans une impasse dont elle n’a toujours pas su sortir. Désormais, ce sera la voiture électrique qui pourrait permettre de maintenir le parc actuel en puissance, qu’il soit prolongé ou que les centrales soient remplacées“.

“Le pré-projet de loi contient néanmoins de belles propositions que les écologistes pourront aisément soutenir, notamment en matière de logement et de rénovation énergétique. Il est temps de changer de paradigme: consommer moins et vivre mieux, c’est possible…et c’est surtout moins dangereux sans nucléaire.

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