Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
Me contacter

en savoir plus

 

Trouve

Gauche Républicaine & Socialiste

12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 18:49

Voici une initiative intéressante relayée par Mediapart.fr qui appelle aujourd'hui à "un nouveau souffle pour l'Europe". Leurs propositions convergent avec les exigences répétées des socialistes français et européens et pourraient nourrir une véritable réflexion sur la nécessité de la réorientation de la construction européenne, que François Hollande semble avoir totalement négliger depuis 20 mois. Elle croise les propositions que Maintenant la Gauche avait faites pour la convention Europe et que la direction du Parti Socialiste avait refusé de soumettre au vote des militants au printemps 2013.

à suivre donc...

Frédéric FARAVEL

logo-euro20130.pngConseillers de responsables européens, conseillers dans les représentations nationales auprès de l'UE, assistants parlementaires, membres des services des institutions, professionnels des affaires européennes dans le secteur privé à Bruxelles, le groupe Euro2030 lance un appel à repenser le « contrat social européen ».


L'Europe n’est pas à la hauteur de ses promesses, alors qu’elle est le bon niveau pour agir dans de nombreux domaines ! Tel est le message que nous, jeunes professionnels des affaires européennes de divers pays, souhaitons faire passer à travers une série de propositions qui nous paraissent incontournables pour redonner sens au projet européen. Une autre voie est possible et, contrairement à une opinion répandue, le débat existe au sein de la « machine » européenne, l'envie de changement aussi. 

L’euro, dont les enquêtes d’opinion montrent qu’il est devenu le principal pilier de l’identité européenne dans les Etats qui l’ont adopté, a suscité une attente considérable. Pourtant, force est de constater que les modes de prises de décisions ne sont plus en phase avec cette attente et continuent trop souvent de relever de la négociation diplomatique entre Etats plutôt que du débat et de la responsabilité démocratique devant les citoyens. Un cercle vicieux s'est ainsi installé entre un déficit exécutif empêchant l'Europe d'agir et un déficit démocratique qui produit chaque jour plus de rejet et de tension. L’intégration européenne risque de ne plus être soutenue par  les peuples, appauvris et tentés par le repli national, voire nationaliste. Cent ans après les atrocités de la grande guerre, ce serait un terrible gâchis. Il s’agit donc de repenser le contrat social européen pour qu’il soit à la hauteur du choix politique de l’euro en concrétisant la responsabilité et la solidarité qu’il implique. 

Prolongeant et approfondissant les travaux du groupe allemand Glienicker et du groupe français Eiffel, nous présentons 50 propositions à l’intention des citoyens et des décideurs politiques, nationaux ou européens. Nous faisons le choix délibéré d'une liste de propositions, car nous croyons qu'aux déclarations d'intention politiques, il s'agit maintenant d'adosser des propositions concrètes. Nous pensons qu'un changement de traité est inéluctable car les institutions et certaines politiques ont besoin d'être reformées en profondeur. Mais tout n’en dépend pas et nous pouvons commencer à avancer à traité constant.  

De notre point de vue, l’Europe souffre aujourd’hui de l’entre-deux dans lequel elle est maintenue : deux visions s'affrontent entre ceux qui voient en l'Europe un grand marché et ceux pour qui l’Europe est avant tout un projet politique dont l’euro est le symbole le plus fort. Une clarification s'impose. 

Aux intellectuels qui prônent aujourd'hui la sortie de l'euro comme solution pour sauver les nations européennes, nous répondons avec force que c’est au contraire une Union de l'euro qui est à même de préserver la souveraineté européenne. Mais il faut s'en donner les moyens institutionnels, économiques et politiques. Ce choix existe, il doit devenir une proposition politique. C'est notre message, c'est le sens de notre démarche.  

La Commission doit devenir le véritable exécutif de l’UE dont les décisions seraient contrôlées et adoptées par deux chambres législatives : un Parlement européen aux prérogatives renforcées et un Conseil de l’UE réunissant les représentants des exécutifs nationaux au sein d’une chambre haute. Le Président de la Commission deviendrait ainsi le chef d’un gouvernement, tandis que le Président du Conseil européen deviendrait le Président de l'UE, avec un rôle d'autorité morale et de garant des respects des valeurs communes. L’Union de l’euro disposerait quant à elle d’un Ministre des finances et d’une commission dédiée au sein du Parlement Européen autour d'un principe clé : à décision européenne, contrôle démocratique européen. 

Par ailleurs, l’Union de l’euro doit pouvoir stabiliser son économie et investir dans son avenir, autour d'un cadre de croissance commun. Il s’agit d’abord de confier à un Fonds Monétaire Européen, comptable devant les deux chambres, les responsabilités actuellement assumées par le Mécanisme européen de stabilité et par la Troïka. Ensuite, un actif financier commun à la zone euro pourrait être créé pour faciliter l’action de la banque centrale, tandis qu’un budget de l’Union de l’euro - alimenté par des ressources propres et une capacité d'emprunt sur les marchés  - permettrait de financer une capacité d’investissement commune. Nous prônons, en outre, l’adoption d’orientations générales du Conseil demandant à la BCE de neutraliser les interventions de change des banques centrales de pays tiers visant à déprécier artificiellement leurs monnaies vis-à-vis de l’euro. 

Il est aussi temps de remettre la solidarité entre les peuples au centre du projet européen. Nous appelons notamment à la création d’un contrat de travail européen, en tant que 29ème régime à côté des 28 régimes nationaux existants. Y seraient associées la portabilité de droits sociaux et surtout une caisse d’assurance chômage européenne. Ce contrat de travail serait offert dans tous les Etats participants à l’issue d’une négociation entre partenaires sociaux européens pour définir des éléments de flexi-sécurité communs, les autres éléments étant laissés à la discrétion des négociations nationales ou locales. 

Nous souhaitons enfin avancer sur des sujets, certes sensibles car proches de la souveraineté nationale, mais qui requièrent désormais une intervention au niveau européen. Pour n’en citer que quelques-uns : la création d’un Parquet financier européen pour lutter contre les fraudes, la criminalité financière et la corruption, ou encore des avancées en matière d'union fiscale (impôt sur les sociétés européen, numéro fiscal européen, échange automatique des données, mesures contre l'optimisation fiscale déloyale) et de l’Europe de l’énergie dont les événements récents ont relancé la nécessité.

Ce ne sont là que quelques-unes de nos propositions. Certains nous opposerons un principe de réalité politique considérant impossible toute avancée majeure, à un moment où l'Europe ne fait supposément pas gagner les élections. Nous ne nions pas les difficultés politiques que de tels choix impliquent. Cependant, le débat sur le futur de l'Europe doit s'engager et les candidats aux postes à responsabilité au niveau européen doivent se positionner clairement. La campagne européenne qui s'ouvre est une opportunité à saisir pour faire avancer l'Europe. Saisissons-la !

Les cinquante propositions du groupe Euro2030 sont consultables sur le site www.euro2030.eu

Partager cet article

Repost0
9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 14:47

L'idéologie des combattants volontaires des légions nazies contre le «judéo-bolchevisme» a alimenté les idées de l’extrême droite radicale d’après-guerre et lui a donné la capacité de se réorganiser.

En faisant du 8 mai un jour férié, le Président François Mitterrand a voulu souligner comment la victoire contre le nazisme était celle de l’ensemble des Français. Il prolongeait ainsi le récit gaullo-communiste, opposant une France de la Résistance à un gouvernement de Vichy qui n’eût été que trahison de quelques élites. A dire vrai, la défaite de l’Axe fut aussi celle de certains Français.

En effet, sur ses 900.000 membres en 1944, la Waffen-SS était composée pour moitié de non-Allemands. Ce que l’extrême droite radicale nomme «la grande armée européenne» avait attiré son lot de Français, acquis à l’édification du «Nouvel ordre européen» promis par la propagande nazie. Quelles étaient ces unités françaises ? Quels hommes y trouvait-on ?

Avec l'ouverture du front de l’Est le 22 juin 1941, la propagande du IIIe Reich abandonne le nationalisme grand-allemand et affirme prendre la tête d'une croisade pour la sauvegarde de l'Europe. Pour la propagande pro-germanique, l'Alliance des Anglais, des Américains et des Soviétiques implique bientôt de désigner l'unité européenne comme prise entre les mâchoires d'un ennemi unique.

Capitalisme et communisme seraient les deux éléments matérialistes désagrégeant les nations et les âmes des peuples au profit de l'instauration d'une ploutocratie juive planétaire. Le discours sur «l’anéantissement» du «judéo-bolchevisme» désigne dorénavant un monstre judéo-américano-soviétique dont «l’impérialisme» agresserait l’Europe.

En France, dès l'ouverture du front oriental, les principaux groupements collaborationnistes lancent ensemble la Légion des Volontaires Français contre le bolchevisme (LVF) qui constitue le 638régiment de la 7division de la Wehrmacht (6.000 hommes). Un des cadres de l'Institut des Questions Juives envisage de donner pour symbole à la nouvelle troupe… une croix gammée bleu-blanc-rouge… Le cardinal Baudrillart apporte sa bénédiction à la LVF en considérant que «cette légion constitue une chevalerie nouvelle. Ces légionnaires sont les croisés du XXsiècle». Les volontaires prêtent serment à Hitler le 12 octobre 1941.

Les Croisés contre le bolchevisme

Deux des chefs politiques collaborationnistes font le pas de l’engagement : Jacques Doriot et Pierre Clémenti.

Le premier est issu du communisme et est le leader du Parti Populaire Français, un parti adepte d’un conservatisme de choc habillé d’un style fasciste.

L’engagement européen mène à une radicalisation de Doriot et du PPF, qui en 1943 n’hésitent plus à se revendiquer «totalitaire» et «européen». L’engagement de Doriot lui permet d’accroitre son aura auprès des plus ardents collaborationnistes, mais attire force antipathie au PPF. Pour guider le parti durant ses absences, il le confie à Victor Barthélémy (futur secrétaire-général du Front national). Il est abattu en Allemagne en 1945.

Le second leader à prendre l’uniforme de la LVF est Pierre Clémenti. Son Parti Français National-Collectiviste (il s’appelait national-communiste mais l’Occupant lui a demandé de changer de nom) est bien plus modeste et, malgré son nom, relève d’une extrême droite assez classique. Quoique condamné à mort à la Libération, il sera ensuite de tous les coups de l’extrême droite radicale européenne, en particulier au sein d’une Internationale, le Nouveau ordre européen, fondée en 1951 par l’ex-trotskyste, ex-stalinien et ex Waffen-SS René Binet.

L’anticommunisme est bien le ciment de cet engagement. Il s’agit d’un thème populaire, apte à entraîner le soutien de masses et à susciter des vocations. En 1942, sous l'impulsion des services de propagande allemands, le Comité d'Action Antibolchevique produit une exposition «Le Bolchevisme contre l'Europe», parrainée par les pays européens de l'Axe. Elle reçoit 370.000 visiteurs à Paris, 160.000 à Lille, et encore près de 30.000 à Toulouse où elle se trouve entre le 6 mai et 8 juin 1944.

Affiche pour le recrutement des Français. Non datée. Image RMN

La LVF dispose de son propre organe de propagande pour mobiliser ses membres : Le Combattant européen. Il est dirigé par Marc Augier, ancien militant de gauche et futur écrivain à succès sous le pseudonyme de Saint-Loup.

Saint-Loup popularisera dans les années 1960-1970 une vision «pop» de la SS, lui inventant une fraction ésotérique prête au coup de force pour imposer une Europe des régions. Mais, dès la guerre, il a le goût de la romance… 

Qu’importe que l’action militaire de la LVF soit tout à fait médiocre, Augier excelle à transformer le récit de sa faiblesse combattante en drame épique. Il sait donner une perspective. Membre du «Groupe Collaboration», il a dirigé sa branche des Jeunes de l’Europe Nouvelle. Ses militants diffusent en France, La Jeune Europe, un journal destiné aux jeunes intellectuels, publiant dans ses colonnes toute l’intelligentsia de l’extrême droite européenne, lancé en 12 langues en 1942 afin de représenter la concorde continentale naissant avec la SS européenne. Les militants passent ensuite pour l'essentiel à la Milice ou à la  brigade SS Frankreich.

La Milice est quant à elle fondée en janvier 1943 afin de soutenir l'effort allemand dans le cadre de la répression de la Résistance. Pour la Milice, il n’y a pas de différence entre front de l’Est et guerre civile intérieure: elle ne voit là qu’un seul ennemi. Son chef Joseph Darnand souhaite la transformer en parti unique, et en formation armée unique absorbant la LVF qui combat à l'Est. En août, il renforce sa position en jurant fidélité à Hitler et intégrant la Waffen-SS. Avec ses 25.000 miliciens, dont un grand nombre inactifs, il escompte radicaliser le régime de Vichy pour l'entraîner de l'autoritarisme vers le totalitarisme. Il sera exécuté à la Libération.

La Waffen-SS française

En 1943, le IIIReich accorde aux Français le droit de rejoindre la Waffen-SS au sein de la brigade Frankreich (2.500 hommes). Les brochures promouvant l'engagement alternent l'argumentaire idéologique magnifiant «l'union de la jeunesse européenne contre le nihilisme bolcheviste» et un descriptif sportif (les SS à la plage, à cheval, en motocyclette, etc.) et alimentaire (avec composition des menus... soit un argument de poids en son contexte). 

Les hommes de la Frankreich, de la LVF et des Miliciens sont enfin versés dans la Division Charlemagne de la Waffen-SS en novembre 1944 (moins de 8.000 hommes).

Selon François Duprat, cadre mais aussi historien des extrêmes droites, le tout premier Français accepté dans la SS fut Jean-Marie Balestre. Il était avant-guerre membre du service d’ordre de la Ligue Internationale contre l’Antisémitisme, mais dès l’été 1940, proche de Clémenti, on le trouve impliqué dans des violences antisémites en compagnie de son ami Robert Hersant.

Dans Devenir, le journal des SS francophones, Balestre trace les grands traits d’une idéologie qui a plus à voir avec celle de l’extrême droite radicale d’après-guerre qu’avec le nationalisme grand-allemand. Le futur président de la Fédération Internationale du Sport Automobile (de 1978 à 1991) certifie alors que les SS français savent qu’Hitler «les conduira au triomphe total, et ils savent aussi que, grâce à eux, la France y aura participé».

Dans les pages de Devenir, on est très loin de l’état d’esprit des croisés de 1941 – d’où d’ailleurs quelques tensions dans la Charlemagne. Ici, on applaudit à la mort des nations grâce à «l’homme nordique qui renaît aujourd’hui», «enraciné» et défait de «l’orientalisme» chrétien. L’écrivain Lucien Rebatet (qui participe après-guerre à la presse d’extrême droite), y salue les Allemands nazis, les Roumains de la Garde de Fer, les antisémites des Etats-Unis, les nationalistes argentins, tous ceux qui ont «l’esprit européen, l’esprit aryen, l’esprit révolutionnaire». Et de conclure que les engagés du front de l’Est sont «l’élite de cette Internationale aryenne qui refera demain le monde sans Juifs, sans démocrates, sans trusts. Camarades SS de 18 nations, je vous adresse, le bras tendu, notre salut, le salut aryen. Mort aux juifs !»

Les décombres

La sortie de guerre est particulièrement délicate pour ces hommes. Ils ont franchi le Rubicon et, jusqu’au bout souvent, veulent y croire. Ainsi, le SS Marcel Lhomet écrit-il dans une lettre en date du 30 mars 1944:

«C'est un SS qui t'écris. C'est la formation SS qui parle. Nous sommes un ordre de chevalerie, un ordre de soldats, nos lois sont dures. Notre voie est toute droite, sans compromis, et notre but est la victoire européenne, de la Race. [Hitler est] l'homme qui seul est capable de façonner les destinées de l'Occident et de la France ».

La Charlemagne est prise dans les tourments de la fin du conflit. Certains de ses hommes sont à Berlin lors de sa chute. D’autres ont été faits prisonniers par les Russes sur le front de l’Est, tel Jean Castrillo, qui s’y découvre slavophile, s’y convertit à l’orthodoxie, et participera après-guerre aux débuts de la Nouvelle droite et sera un cadre du FN. Il sera alors toujours auprès de Pierre Bousquet.

Face à la débâcle, Bousquet est lui parvenu à se faire passer pour un Français du Service du Travail Obligatoire auprès de l’armée américaine. Le voici engagé par les Américains pour organiser l’arrestation puis le renvoi vers la France des collaborationnistes... Il compte dans l’extrême droite d’après-guerre. Revenu à Paris, il participe en 1946 à un groupe clandestin d’ex Waffen-SS qui tente de placer ses membres dans les mouvements anticommunistes pour pouvoir les manœuvrer.

Lorsqu’en 1972 survient la création du Front National, Bousquet n’est pas enthousiaste. C’est alors Georges Bidault, l’ancien président du Conseil National de la Résistance avec lequel il s’est lié, qui l’invite à y participer, même si lui-même préfère demeurer en retrait. C’est avec Bousquet que Jean-Marie le Pen va déposer les statuts du jeune Front National, dont l’ancien de la Charlemagne est le premier trésorier. Même si lui et Castrillo quittent le FN fin 1980 en considérant que, depuis l’assassinat de Duprat, Israël tiendrait Jean-Marie le Pen, de nombreux membres de la Nouvelle droite et du FN seront à ses obsèques en 1991. 

En termes militaires, l’apport des Français à la SS n’a pas eu de grande importance. Mais, en termes politiques, les anciens SS jouent après-guerre un rôle essentiel  dans la reconstruction des extrêmes droites, y faisant montre de capacités d’élaboration idéologique et organisationnelle.

Nicolas Lebourg

orap2.jpg

Partager cet article

Repost0
7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 10:16

Humanite_06-05-2014_couv.jpg

Humanite 06-05-2014 pp4-5

L’Humanité : « Quand sa base rappelle Hollande à ses engagements »

Adrien Rouchaleou avec Sébastien Crépel - Mardi, 6 Mai, 2014

Des rangs du Parti socialiste montent des voix appelant à une réorientation urgente de la politique gouvernementale. Dans le sillage des valeurs qu’ils ont défendues durant la campagne 2012, des militants ont lancé un manifeste des socialistes contre l’austérité.
Cela faisait près de deux ans, depuis l’élection de François Hollande à l’Élysée, le 6 mai 2012, qu’ils rongeaient leur frein, à se morfondre de voir les politiques du gouvernement s’éloigner de plus en plus sensiblement de ce pour quoi ils avaient fait campagne en 2012, de ce pour quoi ils s’étaient engagés, depuis parfois des dizaines d’années, au sein du Parti socialiste. Cela faisait presque deux ans qu’ils voyaient leur parti devenu une simple machine à cracher du communiqué de soutien aux choix élyséens. Deux ans qu’ils se sentaient privés de la moindre possibilité de débat au sein de leur famille politique, eux, simples militants socialistes ou cadres locaux et intermédiaires. Et puis, le mois dernier, ils ont lancé un appel qui a vite trouvé son écho. D’une petite dizaine provenant des quatre coins du pays, ils sont aujourd’hui plus de 3600 à se revendiquer «socialistes contre l’austérité».

«C’est venu tout simplement de discussions, que nous avions tous dans les différentes régions de France, à la suite des défaites des municipales et des orientations économiques du gouvernement qui ont été confirmées, voire accentuées», raconte Martine Chantecaille, socialiste de La Roche-sur-Yon, qui a participé à la rédaction du texte «sans demander la permission à personne».

La gifle des municipales, violente, aura réveillé certains d’entre eux dans un parti qui, pour Gérald Elbaze qui milite en Gironde, était «frappé de tétanie». Plus précisément, «c’est surtout le fait que la déroute n’a conduit à aucune réaction» qui a conduit ces militants à vouloir «s’autoriser à penser à nouveau».

Quand 100 députés socialistes ont décidé de refuser la caporalisation à l’œuvre au Parlement et que 41 d’entre eux se sont abstenus de voter la «trajectoire de réduction des déficits publics», un plan de 50milliards d’euros d’économies, ces militants ont dégainé leur manifeste, comme s’ils coinçaient un pied dans l’entrebâillement de la porte ouverte par ces parlementaires afin que le débat naissant au sein de la famille socialiste sur l’austérité ne puisse être refermé.

«Nous voulons la réussite de la gauche au pouvoir, condition nécessaire pour la justice sociale. Mais, malgré la défaite historique des municipales, des décisions économiques allant dans le sens d’une politique d’austérité ont été prises par le gouvernement et approuvées par une majorité de députés», écrivent ces socialistes en colère. «Nous lançons un cri d’alarme: la gauche ne réussira que si elle démontre qu’elle met en place une autre politique que celle de la droite.»

La démarche se distingue très largement de celles aperçues ces derniers mois, où chaque semaine ou presque voyait naître un nouveau courant: Gauche forte, Gauche durable… «Il ne s’agit pas de fonder un mouvement en tant que tel, mais plutôt de montrer qu’il y a une dynamique, qu’il y a des gens qui se revendiquent comme socialistes et qui, au sein du parti, ont fait le choix de refuser les logiques austéritaires», explique Gérald Elbaze. Arnaud Delcasse, de la fédération des Alpes-Maritimes, ajoute: «On ne voulait pas faire quelque chose centré sur une sensibilité, mais toucher tout l’électorat du PS, ceux qui font nos victoires et qu’on est censé représenter quand on est au pouvoir.» De fait, la liste des signataires ne s’apparente pas à un courant du PS. Mieux encore, afin de ne laisser aucune place au doute, l’appel n’a pas de premiers signataires, car «cela aurait sous-entendu que les autres suivent, explique Gérald Elbaze. Pour nous, les autres ne suivent pas: ils démarrent». Dans le même esprit, les «grands noms» sont interdits de soutien afin de ne pas «empêcher la dynamique de rassemblement qui était impulsée». Une méthode inhabituelle pour la rue de Solferino, où l’on a mis du temps à la comprendre. Dans les premiers temps, on s’y ingéniait a essayer de déterminer quel courant, quelle écurie, se trouvait derrière cet appel.

« C’est un changement de climat très nette dans le parti »

«Ça s’est fait en un après-midi. Et la mayonnaise a pris au-delà de ce que l’on imaginait», se souvient Martine. Gérald nuance: «On a eu entre 3000 et 4000 signatures, ce n’est pas non plus la révolution qui se préfigure au sein du PS, mais on sent quand même que, quand on remet un marqueur politique – l’austérité – au centre du débat, on réarme idéologiquement un certain nombre de militants et de sympathisants.» Surtout, il est rare qu’un texte qui n’est pas issu d’un courant ou revendiqué par une figure du parti soit aussi bien accueilli. Les signataires de l’appel y voient un signe que «le thème “l’austérité en débat” est fédérateur».
Pour les auteurs du texte, il y avait péril en la demeure. Tous ont vu de nombreux militants poser leur carte sur la table et s’en aller. De l’Ardèche, où il est secrétaire d’une petite section, Christian Mazé, l’un des signataires de la pétition, enrage: «Bien sûr, on savait que l’exercice du pouvoir ne serait pas facile, mais aucun signe n’est envoyé aux électeurs de gauche, aux faibles revenus. Il ne faut pas s’étonner que les gens s’orientent vers des votes contestataires dans ces conditions!» Arnaud Delcasse se fait plus clairement encore accusateur: «C’est vraiment le gouvernement qui se désolidarise de la position que l’ensemble du PS a prise. Ceux qui divisent aujourd’hui ne sont pas ceux qui sont derrière ce texte.»
Quelque chose se remettrait-il en mouvement au sein du PS que l’on avait anesthésié depuis mai 2012? «C’est un changement de climat très net dans le parti, estime Suzy, qui milite à Toulouse. Ceux qui n’avaient jamais osé critiquer jusqu’alors disent désormais ce qu’ils ont sur le cœur.» Gérald Elbaze estime, lui, que «les lignes sont en train de méchamment bouger, des sections au Conseil national». Selon lui, ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la demande portée en Conseil national d’organiser un congrès après la défaite électorale de mars a été rejetée par Solferino: les partisans de la solidarité gouvernementale s’en méfient comme de la peste. Pour le Girondin, ce réveil s’explique tant par «ceux qui sentent que des fondamentaux sont en train de partir en lambeaux», que par «ceux qui se rendent compte que la machine à les faire élire et réélire est en train d’exploser en plein vol. Ceux qui ont entre 30 et 40 ans sentent que tel que c’est parti, il risque d’y avoir un trou d’air de quinze ans qui foutra leur carrière politique en l’air».

« L’interrogation sur l’austérité se généralise »

Pourtant, tous l’assurent, le but «n’est pas de sauver l’outil PS». Mais, estime Gérald, «le suicide du parti reviendrait à exécuter sommairement un paquet d’électeurs qui ont cru ce qu’on leur a dit. Chacun d’entre nous est allé convaincre des gens de voter François Hollande. Nous sommes donc tout autant débiteurs que lui de son résultat».
«Évidemment, s’interroge Martine, la question reste de savoir où l’on est le plus utile, si nous ne ferions pas mieux de soutenir le gouvernement parce que nous sommes liés à la même exigence de faire réussir la gauche…» Mais aujourd’hui, avec la campagne pour les élections européennes, elle remarque que «l’interrogation sur l’austérité est plus facile et se généralise». Le grand écart imposé aux militants – défendre l’austérité en France et assurer vouloir la combattre au niveau européen – accélère la prise de conscience. Sarcastique, Gérald compare la lutte contre l’austérité au nuage radioactif de Tchernobyl: «Ça s’arrête à la frontière.»

Si le mouvement n’est pas encore massif, la claque des municipales aura cassé quelque chose de la mécanique ronronnant qui faisait tourner – à régime réduit – le Parti socialiste depuis qu’un président qui en est issu est arrivé au pouvoir. Et si le deuxième acte du quinquennat annoncé par François Hollande n’était pas mis en scène à l’Élysée, mais par les figurants des deux premières années reprenant la main?

Consulter au format PDF

Retrouvez le site des "socialistes contre l'austérité" et rejoignez les !

Partager cet article

Repost0
28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 22:35

"Le mouvement ouvrier d'aujourd'hui, sa fatigante lutte économique de tous les jours, son organisation de masse [on aimerait bien], sont basés sur la collaboration de tous les pays de la production capitaliste. Si la phrase a de la valeur, que ce n'est que sur le terrain d'une vie économique saine, au pouls puissant, que la cause des ouvriers peut prospérer, elle ne vaut pas seulement pour l'Allemagne, mais aussi pour la France, l'Angleterre, la Belgique, la Russie, l'Italie. Et si le mouvement ouvrier de tous les pays capitalistes d'Europe est en état de stagnation, s'il y existe de bas salaires, de faibles syndicats, une force minime de résistance des exploités, le mouvement syndical ne peut - c'est impossible - être florissant en Allemagne. De ce point de vue, que le capitalisme allemand soit renforcé aux dépends du capitalisme français ou le capitalisme anglais [ou américain] aux dépens du capitalisme allemand, c'est la même perte, en fin de compte, quant à la situation du prolétariat dans sa lutte économique."

Rosa Luxemburg, 1915, dans La crise de la social-démocratie

Partager cet article

Repost0
24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 17:09

Soutien aux députés socialistes « pour une autre politique »

Militants ou sympathisants socialistes, nous avons élu François Hollande et le Parlement en 2012. Nous leur avons donné notre confiance en votant pour eux, nous attendons que le programme pour lequel ils ont été élus soit leur feuille de route pour tourner la page de l’austérité.

Nous soutenons la centaine de députés qui oeuvrent contre le pacte de responsabilité tel qu’il a été présenté, souhaitons que ce nombre s’agrandisse encore pour infléchir la politique que le gouvernement et le parlement doivent mener ensemble.

Le Parlement est la représentation nationale du peuple français et en cela, il est le porte-voix des citoyens. Nous appuyons donc leur mandat et soutenons un nouveau contrat de majorité pour une autre politique. Pour le redressement du pays dans la justice !

Signer l’appel

Consulter la liste des signataires

bandeau logos gauches PsL’Assemblée Nationale va examiner le 29 avril prochain le programme de stabilité /pacte de responsabilité dont les grandes orientations présentées par le premier ministre viennent d’être confirmées.

Militants ou sympathisants socialistes, nous avons fait campagne en 2012 sur la base d’une promesse de changement, de justice sociale et de progrès.

Nous voulons la réussite de la gauche au pouvoir, condition nécessaire pour la justice sociale. Mais, aujourd’hui, après la défaite historique des municipales, alors que des décisions économiques importantes sont en train d’être prises par le gouvernement et seront bientôt soumises au vote des parlementaires, nous lançons à notre tour un cri d’alarme :  la gauche ne réussira que si elle démontre qu’elle met en place une autre politique que celle de la droite.

Pas plus aujourd’hui qu’hier, nous ne nous reconnaissons dans les mots de la droite (« charges », « coût du travail », « flexibilité »…) ni dans les choix économiques privilégiant l’« offre » sur la « demande ». Alors que le caractère néfaste socialement et inefficace économiquement des politiques d’austérité est manifeste, envisager de compenser la baisse des cotisations pour les entreprises par une réduction de 50 milliards d’euros des dépenses publiques, c’est prendre le risque de dégrader les conditions de vie d’un grand nombre de gens sans aucune certitude sur les emplois potentiels créés. Il n’existe pas pour nous une seule politique possible.

Des députés socialistes ont lancé un appel au gouvernement pour un « contrat de majorité » et ont formulé des contre-propositions visant à ne pas mettre en péril les acquis sociaux et les services publics. « Les Français ont le sentiment que la politique qu’ils avaient choisie n’est pas assumée. Ils nous l’ont dit dans les urnes. Il faut maintenant passer des urnes aux choix et, pour nous, des mots aux actes. Les temps qui viennent sont pour tous, et pour chacun d’entre nous, une épreuve de vérité. » ont-ils ainsi écrit.

Nous les assurons de notre soutien dans leurs paroles et dans leurs votes.

Partager cet article

Repost0
17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 19:04

Je publie ici l'entretien accordé par Pierre-Alain Muet, député socialiste et spécialiste réputé des questions économiques, au Nouvel Observateur. Lui aussi crie son inquiétude face à la saignée annoncée de 50 Milliards d'euros (en fait jusqu'à 80 Mds). Il n'est pas membre de mon courant, ce qui devrait faire réfléchir quelques uns de mes camarades socialistes, qui continuent de croire que le légitimisme sert de viatique politique. Il est temps de réagir.

Frédéric FARAVEL

Pierre-Alain Muet, député PS et vice-président de la Commission des finances à l'Assemblée, s'en prend au plan d'économies qu'a détaillé Manuel Valls. Interview.

Pierre-Alain muet, député du Rhône, à l'Assemblée nationale en 2009. STEVENS FREDERIC/SIPA Pierre-Alain muet, député du Rhône, à l'Assemblée nationale en 2009. STEVENS FREDERIC/SIPA Prestations sociales non revalorisées, gel de l'indice des fonctionnaires… Manuel Valls a dévoilé mercredi 16 avril le programme des 50 milliards d'économies. Même s'il a promis de sanctuariser les minima sociaux et le Smic, cela n'a pas empêché certains députés de la majorité de fustiger les annonces du Premier ministre, tant sur la forme que sur le fond. Pour Pierre-Alain Muet, député du Rhône, économiste et vice-président de la Commission des finances à l'Assemblée, c'est l'idée même d'effort budgétaire qu'il faut remettre en question. 

Le plan d'économies budgétaires se précise, comment accueillez-vous les mesures annoncées ?

- Cela fait trois mois que je passe mon temps à expliquer en interne aux gouvernements que le montant des économies à réaliser est excessif. Aujourd'hui, je le dis publiquement : 50 milliards d'euros, c'est trop ! Même constat pour ce qui est du déficit public [part des dépenses de l'Etat qui dépasse ses recettes, NDLR]. Le déficit structurel de 2014 est de 1,7, ce qui veut dire qu'en conjoncture normale, nous serions très en dessous des 3%. La France a déjà fait des efforts considérables, et nous sommes dans un contexte où la demande en Europe s'est effondrée à cause des politiques d'austérité. Il faut donc, à présent, être plus modéré réduction des déficits, car c'est la meilleure façon de retrouver la croissance et de réduire le chômage.

La France doit pourtant se conformer aux directives de la Commission européenne ?

- Pas forcément : l'Italie de Matteo Renzi a par exemple choisi de laisser filer les déficits pour relancer sa croissance. Je ne comprends toujours pas pourquoi en France on cherche encore à donner des gages à une Commission sortante qui, d'une part, restera dans l'histoire comme celle qui a imposé l'austérité à toute l'Europe, et d'autre part, risque d'être sévèrement sanctionnée dans les urnes le 25 mai. Je rencontre assez régulièrement d'autres parlementaires européens, et au cours de nos réunions, nous assez souvent le même constat : il faut que l'Europe fasse cesser ces politiques d'austérité.

Certains de vos camarades socialistes ont eu des réactions assez dures après le discours de Manuel Valls ce mercredi. La majorité est-elle en train de se morceler ?

- Je m'inquiète plus pour la situation économique du pays que pour la santé de la majorité. Un assez grand nombre de mes collègues ont été surpris, sans doute. Je continue de penser que le Premier ministre tente de prendre les mesures les moins injustes. Mais la seule façon d'y arriver est d'être plus modéré sur la réduction des dépenses, notamment sociales, et de limiter les allègements fiscaux sur les entreprises.

Propos recueillis par Clément Quintard 16 avril 2014 - 20h18 - Le Nouvel Observateur

Partager cet article

Repost0
12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 15:20

Partager cet article

Repost0
9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 20:40

Partager cet article

Repost0
4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 11:24

Je voudrais rappeler en introduction que, comme beaucoup d'entre vous, je ne pensais pas – et je m'étais exprimé en ce sens lors des réunions fédérales qui ont précédé les scrutins – que nous subirions un telle défaite. Je me disais que nos élus locaux, nos municipalités avaient plutôt bien mis en œuvre les projets fondés sur la thématique du «bouclier social» – thématique d'ailleurs reprises pour les régionales de 2010 et les cantonales de 2011 – et qu'au regard de l'appréciation positive de leurs bilans locaux (c'était ce qui ressortait des contacts avec les habitants), les municipalités dans lesquelles nous étions bien installés seraient probablement reconduites.

Je pensais que nous avions peu de chances de conquérir de nouvelles communes, que certaines villes arrachées de peu en 2008 étaient en danger, mais que la localisation du scrutin nous éviterait une sanction brutale et injuste des équipes municipales. J'ai voulu croire, comme beaucoup d'entre vous, les sondages qui validaient cette analyse et qui annonçaient des scores plutôt élogieux pour la plupart de nos maires.

Faravel_interv_CF_PS95_03-04-2014.jpgForce est de constater que nos électeurs ont largement démenti toutes les études d'opinion. Car il ne faut pas se tromper sur les mécanismes de notre défaite.

Quels sont les faits ?

2681483 hollande 640x280Les Français n'ont pas voté pour la droite, contrairement à ce que laissent entendre quelques chroniqueurs ou éditorialistes ; ils n'ont pas demandé que l'on retourne en arrière ; avant toute chose, ils n'ont pas voté à gauche, ils n'ont pas voté socialiste. Quelques chiffres (villes de plus de 10 000 habitants, source Ministère de l'Intérieur) pour étayer mon propos :

  • -> la droite n'a pas progressé en chiffre absolu, en nombre de suffrages exprimés, entre 2008 et 2014 ; et lorsque les pourcentages présentent une progression celle-ci est extrêmement faible – en six ans, la droite passe de 45,3 % à 45,9 % des suffrages exprimés ;

  • -> a contrario, c'est la gauche qui s'effondre en suffrages exprimés et en pourcentage ; elle passe de 50,9 % en 2008 à 43,8 % en 2014.

Le différentiel de participation est également frappant (strate et source identiques) :

  • -> là où François Hollande rassemblait plus de 60 % des suffrages exprimés le 6 mai 2012, l'abstention atteint 43,1 % ;

  • -> là où François Hollande était entre 50 et 60 %, elle s'établit à 40,5 % ;

  • -> enfin, là où François Hollande comptait moins de 50 % des suffrages exprimés, l'abstention n'est plus que de 38,6 %.

Ce sont donc bel et bien les électeurs de gauche qui ont fuit les urnes les 23 et 30 mars derniers. Et tout particulièrement, les électeurs socialistes, les électeurs du premier tour de François Hollande. Deux enseignements complémentaires : dans les communes où « tout » nous indiquait que nous pouvions progresser cette année, nous perdons les 23 et 30 mars du terrain ; dans les villes conduites par le PCF, que l'union se soit faite dès le premier tour ou ensuite, ce sont également dans les bureaux de vote les plus favorables au PS que la gauche rassemblée perd des voix (et parfois perd la ville, même si le PCF se maintient plutôt bien).

Nos candidats – d'opposition ou en place – ont pourtant dans la plupart des cas mené de bonnes campagnes avec des projets sérieux. Ce n'est pas eux qui portent la responsabilité essentielle de la déroute.

Quelle analyse ?

Le Premier Secrétaire fédéral a évoqué l'opposition croissante entre les classes moyennes et les classes populaires, qui mettait à mal notre assise électorale fondée sur leur alliance. Opposition qui se serait exprimé violemment lors de cette campagne. Je me permettrais deux remarques à ce sujet.

  • -> La première est que depuis de nombreuses années, tout a été fait pour opposer ces catégories sociales les unes aux autres. La droite au pouvoir et dans l'opposition, et l'extrême droite, porte une grave responsabilité dans cette situation car ils n'ont cessé d'opposer les Français les uns aux autres. Mais la gauche elle-même porte une responsabilité dans sa politique fiscale vis-à-vis des classes moyennes et parfois dans l'alignement de son discours sur l'assistanat et autres gentillesses sur les classes populaires ;

  • impasses_terra-nova_gauche-populaire.jpg-> deux postures antinomiques et caricaturales illustrent le piège dans lequel la gauche s'est enferrée : l'addition de «l'impasse Terra Nova» (le Premier fédéral a évoqué sa fameuse note sur la stratégie électorale : abandonner les classes populaires pour privilégier l'alliance des classes moyennes supérieures, des minorités ethniques et sexuelles, etc.) et de l'impasse «gauche populaire» (quand celle-ci était un groupe d'intellectuels… bien que l'attelage parlementaire qui lui a succédé ait repris certaines de ses antiennes erronées). Dans le premier cas, il faudrait cesser de rechercher le vote des classes populaires car elles seraient devenues intrinsèquement conservatrices et en soi incapables d'accrocher au discours positif et optimiste de la gauche démocratique. Dans le second cas, il faudrait abandonner toute ambition sociétale qui braquerait les classes populaires et éloignerait leur vote de la gauche. Dans les deux cas, cela revient à mépriser les catégories populaires et à considérer que nos compatriotes sont idiots. Cette double impasse illustre malheureusement l'incapacité actuelle de la gauche et des socialistes à penser et porter une action universelle, portant tout autant sur les questions économiques et sociales, que sur les libertés publiques et individuelles et l'évolution nécessaire de la société française (ce qui s'est traduit par une communication gouvernementale et partisane qui indiquait que le seul marqueur de gauche appuyé de l'action gouvernementale se réduisait au "mariage pour tous").

Cette opposition n'est pas seule en cause. Et cessons de dire que le gouvernement a manqué de pédagogie pendant 22 mois.

Si une partie conséquente des électeurs socialistes a ostensiblement boudé les urnes aux municipales, ce n'est pas parce qu'ils n'ont pas conscience de la situation ou qu'ils auraient mal compris les réformes engagées par le gouvernement. Il faut voir là non une incompréhension mais un désaveu cinglant des décalages entre nos engagements et la politique menée : les électeurs socialistes n'attendaient pas la ratification du Traité Merkozy sans modification majeure, n'attendaient pas le Pacte de Compétitivité et le CICE (qui contredit la motion 1, arrivée largement majoritaire au congrès de Toulouse, le Pacte de Compétitivité ayant été annoncé à peine quelques jours après que ce congrès se soit achevé dans la « Ville rose »), n'attendaient pas l'ANI et la loi qui l'a transcrite sans que les parlementaires aient réellement le droit de faire leur travail instaurant la flexibilisation de l'emploi, n'attendaient pas l'allongement de la durée de cotisation pour les retraites et n'attendaient pas l'annonce du pacte de Responsabilité et la confirmation du sillon social-libéral du gouvernement.

L’écœurement de certains de nos électeurs est tel qu'il atteint l'action politique en général. Dans les communes communistes, lorsque les listes d'union étaient conduites par des Maires qui contestaient la politique gouvernementale, certains ont choisi de ne pas aller voter, pas même pour un élu qui protestait contre l'orientation libérale de certaines décisions. Ailleurs ils ont préféré s'abstenir plutôt que de voter pour d'autres listes, y compris de gauche. Et dans quelques cas, là où, à la fois, la participation a augmenté et le vote FN a progressé, certains ont choisi de voter directement pour les listes FN-RBM. Voilà un constat inquiétant pour notre démocratie.

Trouver les moyens du sursaut ?

La question qui est devant nous est de savoir si nous avons les moyens d'éviter que la bérézina des municipales ne se reproduisent – peut-être en pire – en mai prochain pour les élections européennes et mars 2015 pour les élections régionales et départementales.

Martin_Schulz.jpgConcernant les européennes, l'enjeu est d'autant plus important que le rôle du Parlement européen va s'accroître et que c'est sa majorité qui déterminera la couleur politique de la prochaine Commission Européenne. C'est essentiel si l'on veut croire encore possible la réorientation de la construction européenne. Les sociaux-démocrates européens devraient voir leur représentation s'accroître – ce qui n'est pas bien difficile au regard du niveau auquel ils s'étaient effondrés en 2009 –, cependant cette progression ne sera sans doute pas dûe au score des listes socialistes en France. Doit-on adopter une posture fataliste d'ici le scrutin qui se tiendra dans un mois et trois semaines ou adresser un message aux Français qui leur fasse entendre que nous comprenons leurs attentes et que nous sommes capables d'y répondre ? Les citoyens français et européens attendent que soit restaurée leur souveraineté populaire, c'est-à-dire leur capacité à maîtriser leur destin collectif, à faire évoluer leurs conditions de vie. Or, depuis de nombreuses années, nous – socialistes français – donnons l'impression que même si l'on peut faire le constat que les anciennes souverainetés nationales sont peut-être dépassées en tant que telles, nous n'avons rien fait – au contraire – pour qu'ils retrouvent une prise sur les événements et les décisions au niveau européen, qu'ils retrouvent leur souveraineté populaire. Nos électeurs ont désormais la certitude que quels que soient les messages politiques qu'ils adressent, ils n'influent plus sur la course des choses tant au niveau national qu'au niveau européen.

Concernant les régionales, je serai bref et lapidaire. Si l'on applique le résultat des municipales de 2014 au scrutin qui aura lieu dans un an, nous ne conservons aucune – AUCUNE – région dans le pays.

Comment éviter la reproduction de la déroute essuyée aux municipales ? Comment retrouver la voie de la réussite ? Cette réussite passe par des actes forts qui disent tous une seule et même chose aux Français : «Non, il n’y a pas qu’une seule politique possible. Il n’y a pas de fatalité». Nous réussirons à retrouver l’adhésion des Français à trois conditions :

1) A l’échelon européen, il est temps de desserrer l’étau des contraintes du pacte de stabilité. Il faut enfin engager le rapport de force avec la Commission en lui notifiant le refus de respecter dans les délais les critères de déficit restrictifs qu’elle nous assigne. Les Français se moquent d’être présentés comme les mauvais élèves de l’Europe libérale. Au contraire, ils plébisciteraient un gouvernement qui se donne comme objectif d’être l’acteur déterminé de la réorientation du projet européen.

1509934 10152541474884972 2055071278 n2) Plutôt qu’à la «politique de l’offre» et qu’à la réduction drastique des dépenses publiques, la priorité doit revenir à la croissance, à l'emploi, au redressement productif. La transition écologique doit en être le fil conducteur. Plutôt que le pacte de responsabilité, privilégions la relance par l’investissement. Le MEDEF refuse toute contrepartie pour le monde du travail, son président indique que l'essentiel des baisses de cotisation annoncées iront aux dividendes (ça, c'est un sacré partenaire!?), et ledit « pacte » est par ailleurs désormais minoritaire chez les syndicats de salariés (la CFE-CGC ayant retiré sa signature). Il est aussi extrêmement coûteux pour les finances publiques. N'ayons pas peur d’abandonner cette voie. La mobilisation générale pour l’emploi passe par la relance de l'investissement public et de la consommation.

3) Il n’y aura pas de réussite de la gauche si elle ne parvient pas à se rassembler. Le changement ne peut devenir une réalité sans la prise en compte des aspirations de la majorité sociale à laquelle nous devons notre majorité politique acquise en 2012. Pour le traduire en actes, la gauche ne réussira qu’avec un nouveau contrat majoritaire qui rassemble au service de la France toutes celles et tous ceux qui ont contribué à la défaite de la droite lors des élections présidentielles et législatives de 2012. Or je ne peux que constater que l'annonce conjuguée des enseignements tirés par le Président de la République de ces municipales et son choix de nommer Manuel Valls (sans que je préjuge à l'avance de la qualité technique du travail du nouveau gouvernement ou que je rentre dans un débat vain sur le casting de ce gouvernement) a réduit l'assise politique de l'exécutif, en suscitant le refus des écologistes de participer au gouvernement et en motivant certains parlementaires socialistes à ne pas déclarer automatique leur vote de confiance au regard du maintien de l'orientation gouvernementale.

Ces trois axes forts, l'exécutif doit les mettre à l’agenda politique dès les premiers jours du nouveau gouvernement. Ils sont la condition sine qua non de la réussite du quinquennat.

nouveau-logo-psEnfin, il faut discuter de l'état du Parti Socialiste, des missions assignées à notre Parti et de la méthode qu'il a adoptée jusqu'ici pour les accomplir. Il faut un PS actif et pleinement conscient de son rôle. Les institutions de la Vème République créent l'autocensure du PS majoritaire alors qu'il doit anticiper les débats. Harlem Désir pense que le rôle du PS est relayer docilement et sans réflexion les décisions de l'exécutif quelles qu'elles soient : on a vu où cela nous a mené. Il faut vraiment réancrer à gauche le parti et la majorité... Il est temps de redonner la parole aux militants socialistes, il est nécessaire que les socialistes s'expriment sur des choix politiques pour lesquels ils n'ont jamais été consultés : non seulement cela n'était pas présent lors des primaires citoyennes, mais toutes les décisions prises après le congrès de Toulouse sont en contradiction avec le texte de la motion majoritaire du Parti !

Par ailleurs, j'ai bien entendu certains camarades vouloir se concentrer sur la structuration associative des équipes qu'ils ont constitué à l'occasion de ces municipales malheureuse – et je comprends leur réaction et leur volonté de maintenir le lien avec colistiers et sympathisants, alors que ces campagnes ont été le plus souvent de qualité avec une véritable dynamique humaine. Cependant, je vous appelle à réfléchir sérieusement à nos priorités : faut-il s'attacher d'abord à structurer des associations très larges et parfois plus ou moins dépolitisées ou à réinvestir et renforcer le Parti Socialiste pour qu'il retrouve ses fondamentaux politiques et le sens profond de sa mission ?

Frédéric FARAVEL
Mandataire fédéral de
Maintenant la Gauche Val-d'Oise

Partager cet article

Repost0
1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 11:01

Mon précédent article tentait de poser quelques analyses sur les résultats du 1er tour des élections municipales.

L'amplification de la défaite du 1er tour

Mes pires craintes ont depuis été vérifiées et concrétisées : les écarts creusés le 23 mars se sont approfondis comme jamais pour aboutir à la plus grande perte de collectivités pour un parti au pouvoir lors d'élections municipales : 155 villes largement au-dessus de la sanction de 1983, du jamais vu sous la Ve République.

Je le redis ici - même si certains à gauche du PS considèrent qu'il faut mettre tous les socialistes dans le même sac, y compris quand ils ont mené localement des politiques locales extrêmement positives et souvent éloignées de celle du gouvernement - la sanction électorale subie par les listes conduites par des camarades socialistes (pour conquérir ou pour solliciter le renouvellement de leur mandat) est injuste car ils ne méritaient pas pour la plupart de payer pour les errements sociaux-libéraux du pouvoir.

4393471_1_4fc5_manuel-valls-le-1er-avril-a-paris_a25a2ecb09.jpgLa question qui se posait au lendemain du 1er tour se pose aujourd'hui avec bien plus d'acuité encore : avons-nous "les moyens d'éviter que la bérézina du 1er tour des municipales ne se reproduisent – peut-être en pire – en mai prochain pour les élections européennes et mars 2015 pour les élections régionales et départementales (si elles sont maintenues à cette échéance)" ?

Pour trouver les moyens du rebonds, il fallait tirer les enseignements de la déroute et du message envoyé par l'abstention massive des électeurs du PS. Car c'est bien parmi les électeurs socialistes, notamment ceux qui avaient voté Hollande dès le 1er tour de l'élection présidentielle, que l'on note une progression significative de l'abstention, signifiant ainsi leur désaveu de la politique conduite depuis septembre 2012 en contradiction avec les engagements (ambigus il est vrai pour certains) de la campagne électorale de François Hollande : les électeurs socialistes n'attendaient pas la ratification du Traité Merkozy sans modification majeure, n'attendaient pas le Pacte de Compétitivité et le Crédit d'impôt compétitivité emploi, n'attendaient pas l'accord national interprofessionnel instaurant la flexibilisation de l'emploi, n'attendaient pas l'allongement de la durée de cotisation pour les retraites et n'attendaient pas l'annonce du pacte de Responsabilité et la confirmation du sillon social-libéral du gouvernement.

A contrario - même si le PCF a connu des défaites (Aubagne, Bobigny, Le Blanc-Mesnil, Saint-Ouen) et que partout ailleurs le Front de Gauche n'affichent pas de scores marquant - on notera :

  • - une résistance plutôt solide des municipalités communistes, le PCF se payant le luxe de reconquérir Aubervilliers sur le PS et Montreuil (malgré la dissidence de Jean-Pierre Brard) et conservant Arles, Dieppe, Thiers et leurs principaux fiefs du Nord et de la Lorraine ;
  • - et les scores assez élevés des listes écologistes au 1er tour, couronnés par la conquête de Grenoble malgré l'indiscipline des socialistes locaux qui avaient refusé de fusionné et de rejoindre la liste EELV arrivée en tête.

N'en déplaise à certains éditorialistes politiques des chaînes d'infos et des radios, qu'on connaît pour leurs sympathies conservatrices (Darmon, Apathie, etc.), les Français n'ont tant voté à droite, ils ont d'abord rejeté la gauche ; l'opinion reste encore aujourd'hui largement plus défiante sur les capacités de l'UMP à gérer les affaires du pays qu'elle ne l'était concernant les socialistes lorsqu'ils étaient dans l'opposition. Ce n'est donc évidemment pas un message pour une politique plus libérale qui a été adressé, mais bien une incompréhension de la ligne sociale-libérale mise en oeuvre, en contradiction avec le discours du Bourget.

Le message des élections municipales n'a pas été compris

Dès le 23 mars au soir, il y avait déjà tout lieu de s'inquiéter quand plusieurs responsables du PS avaient pris la parole sur les ondes, Jean-Marie Le Guen étant parmi eux le plus tranchant : il faut accélérer la mise en place du pacte de responsabilité ; le tort des élus locaux de gauche était de ne pas avoir suffisamment fait évoluer leurs discours pour s'adapter à la nouvelle ligne gouvernementale ; il faut encore plus vite faire muter notre orientation politique...

Dimanche soir, Michel Sapin considérait que l'amplification au 2nd tour des résultats du 1er tour des municipales était un message d'impatience, comme si les Français attendaient une accélération des réformes sociales-libérales de l'exécutif. Un tel aveuglement laisse pantois, mais il semble partagé au plus niveau de l'Etat.

4393211_3_7baa_francois-hollande-lors-de-son-allocution_c70.jpgHier soir, lundi 31 mars, François Hollande a confirmé l'orientation politique qu'il applique depuis septembre 2012 et qu'il a approfondi depuis l'automne dernier :

  • -> maintien et accélération du pacte de responsabilité, qui est pourtant mort-né depuis que Pierre Gattaz a indiqué qu'il n'y aurait pas de contreparties et que les marges dégagées par la baisse des cotisations des entreprises pour la branche famille iraient aux dividendes, et surtout par le retrait de la signature de la CFE-CGC, qui invalide donc la négociation sociale ;
  • -> l'annonce répétée de la transition énergétique, sans en préciser le contenu et avec dans l'idée de donner des responsabilités sur ce secteur aux responsables politiques favorables à l'énergie nucléaire et aux gaz de schiste ;
  • -> annonce d'un pacte de solidarité fondé sur quatre points :
    • - l'éducation qui ainsi élevée au rang de politique sociale rappelle le slogan de Tony Blair "mon programme tient en 3 points : éducation, éducation, éducation" ;
    • - la santé (sans précision) ;
    • - des baisses d'impôts, si la croissance le permet, pour les ménages modestes d'ici à 2017 (autant dire que l'accumulation des conditions rend très improbable leur effectivité) ;
    • - la baisse des cotisations sociales des salariés - si on ajoute celles-ci à celles annoncées pour le pacte de responsabilité, on se demande comment le financement de la sécurité sociale va pouvoir un jour atteindre l'équilibre, sachant que le Président indiquait juste avant que la santé était une de ses priorités dans le "pacte de solidarité".

L'aveuglement politique et économique élevé à ce niveau me consterne proprement.

Non seulement le pacte de responsabilité, déjà contestable d'un point de vue intellectuel, ne peut avoir aucune efficacité économique : je vous oriente pour soutenir mon propos sur l'excellente tribune de David Cayla, membre du collectif Les économistes atterrés, publiée sur les blogs de Marianne.net.

Je suis également atterré par l'impasse faite sur la question de l'investissement ; on ne crée de l'emploi que lorsque les carnets de commandes sont pleins ; c'est un argument qui plaide pour un tournant concret en faveur d'une politique de relance écologique et sociale, ainsi que d'un débat vigoureux sur la réorientation de la construction européenne. La réduction drastique des dépenses publiques n'a pas non plus abouti à la diminution de la dette ; au contraire, celle-ci a crû et les coupes budgétaires commencent à se faire sentir sur l'efficacité du service public, et donc la cohésion sociale, tout comme la fragilisation des finances des collectivités territoriales affectera durablement les investissements publics et donc l'activité économique. Cette réduction des dépenses publiques ne peut être qu'aggravée par les annonces de lundi soir ; ce n'est plus 50 milliards mais 70 qui devront être économisés si on met en oeuvre une telle feuille de route.

Seule une majorité de gauche large et rassemblée aurait pu permettre la mise en œuvre de ce programme qui avait été imaginé et adopté au sein du PS en juillet 2011.

Un remaniement qui aggrave la division à gauche

L'aveuglement qui conduit à persévérer dans une politique qui conduit à l'échec s'est également doublé hier du choix d'un remaniement qui va fragiliser la majorité parlementaire et approfondir le fossé à gauche. Avec mes camarades de la gauche du PS, nous l'avons dit à plusieurs reprises : rien ne sert de remanier si c'est pour poursuivre la même politique.

C'est donc délibérément que le Président de la République fait le choix d'accentuer son entêtement politique délétère en confiant le poste de Premier Ministre à Manuel Valls. Il ne s'agit pas ici de débattre des qualités personnelles et intimes du nouveau locataire de Matignon ; jamais les considérations ad hominem ne tiennent lieu de politique, elles sont détestables. C'est pourquoi j'avais apporté mon soutien quand le Ministre de l'intérieur qu'il était avait attaqué pour avoir dénoncé le passé d'extrême droite de Claude Goasguen en séance publique à l'Assemblée Nationale.

Maurel AG Motion 3Mais Manuel Valls est-il l'homme de la situation ? «Le choix de Manuel Valls est assez surprenant, compte tenu de l'analyse que l'on peut faire du scrutin et de l'indéniable besoin de gauche qui s'est exprimé à l'occasion de cette élection» indiquait hier Emmanuel Maurel, leader de Maintenant la Gauche et Vice Président de la Région Île-de-France. Je partage pleinement cette réaction.

Manuel Valls a fait 5% lors des primaires citoyennes de l'automne 2011, il a défendu la TVA sociale et dénoncé les 35 heures. Quand on voit que ce sont les orientations sociales-libérales du gouvernement qui ont éloigné des urnes une partie importante des électeurs socialistes. Marque d'un véritable aveuglement, on peut que craindre que ce choix aggrave la fracture politique et sociale dans le pays.

La posture blairiste du nouveau Premier Ministre n'est pas seulement inadaptée à l'attente économique et sociale du peuple de gauche. C'est également un responsable politique qui crée du clivage au sein de la gauche, et notamment dans la majorité parlementaire.

Dans ses précédentes fonctions, il a délibérément provoqué des clashs avec son patron - Jean-Marc Ayrault - et ses collègues - Christiane Taubira, Cécile Duflot - et j'avais décrypté son fonctionnement le 30 septembre 2013 dans un article "la résistible dérive libérale-sécuritaire".

AubryDuflotIl crée aussi ouvertement des clivages au sein de son propre parti, sifflé à La Rochelle par une partie de l'auditoire, il dut se justifier à la tribune qu'il était bien de gauche, alors que ses principaux soutiens avaient publiés une semaine plus tôt une tribune dans Libération "La gauche affranchie" aux forts relents de néo-socialisme.

Cécile Duflot et Pascal Canfin ont annoncé clairement qu'ils refuseraient d'appartenir à un gouvernement dirigé par Manuel Valls. L'ancien ministre délégué au développement indiquant qu'il était convaincu que les écologistes refuseraient la participation d'un des leurs à un telle équipe ; il s'avance sans doute un peu mais une chose est sûre François Hollande a réussi à si ce n'est s'aliéner totalement au moins à diviser le principal allié politique (même s'il est turbulent) et donc à réduire l'assise politique de sa majorité.

De même et bien qu'on puisse encore douter que l'initiative aille au bout du processus, les différentes sensibilités de la gauche du PS semble vouloir s'organiser autour d'une ligne politique alternative (certains proches de Martine Aubry, spécialistes des questions économiques, ayant même indiqué que seules les propositions présentées par Maintenant la Gauche depuis plusieurs mois étaient sérieuses, pertinentes et réalistes).

bandeau_logos_gauches_Ps.jpgOn verra ce qui sortira à moyen terme du travail commun entre Maintenant la Gauche, Un Monde d'Avance (handicapé par le "pacte de non agression" qu'aurait conclu selon les média Benoît Hamon avec Manuel Valls), la Gauche Populaire et la Gauche Durable. Mais il semble que le vote de confiance sur le pacte de responsabilité ne soit pas automatiquement acquis alors que le retour de Cécile Duflot à l'Assemblée Nationale rapproche le Groupe PS et app. de la perte de sa majorité absolue, et que les contestataires du PS s'organisent enfin.

Frédéric FARAVEL

dans Le Parisien - édition du mardi 1er avril 2014

Un «contrat de majorité» proposé à Valls
Ce lundi en fin d'après-midi, entre 15 et 50 parlementaires se sont réunis en l'Assemblée nationale à l'appel des deux courants de l'aile gauche (Maintenant la gauche et Un monde d'avance), du courant «la Gauche durable» (aubrystes notamment), ainsi que des responsables de «la gauche populaire». Ces derniers vont proposer à Manuel Valls un «contrat de majorité» axé sur l'investissement, le pouvoir d'achat des bas revenus et une réorientation européenne remettant en cause l'austérité, et censé, sur la forme, donner plus de poids au parlement.
Une autre rencontre, avec les «reconstructeurs» du parti (regroupement transcourant qui réunissait en 2008 les amis de Martine Aubry, Laurent Fabius, Arnaud Montebourg et Dominique Strauss-Kahn), est prévue ce mardi, toujours à l'Assemblée, en fin de matinée, avec l'objectif de «peser sur la ligne politique». Plusieurs menacent de ne pas voter la confiance au prochain gouvernement faute de voir leurs propositions retenues. «Les maires ont payé l'addition. La rébellion parlementaire s'impose : pas de confiance au prochain gouvernement si pas de réorientation», réagi Laurent Baumel (Gauche populaire). On ne se contentera pas d'un «changement de casting», avertissent-ils.

Partager cet article

Repost0