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Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 14:48

UMP-130527LPA5941.jpgLe premier tour des élections municipales, ce dimanche 23 mars 2014, va rester comme une date marquante de la vie politique du pays.

Beaucoup retienne ce matin – c'est la « Une » du journal Libération – comme enseignement majeur la progression du Front National, avec l'élection de Steeve Briois comme Maire d'Hénin-Beaumont dès le 1er tour, la deuxième position du FN à Marseille et sa capacité à se maintenir au second tour dans plus de 200 communes. C'est d'ailleurs l'essentiel du discours des représentants du gouvernement et de la direction du Parti Socialiste : empêcher à tout prix et à tout coût l'élection d'autres maires FN dans le pays.

D'autres retiendront la possibilité pour l'UMP et l'UDI de se refaire une santé locale à l'occasion de ce scrutin. Mais les responsables conservateurs et centristes se laissent ici emporter par leur enthousiasme de soirée électorale, nous reviendrons sur cette question plus loin.

Je souhaite donc revenir dans cette analyse sur l'enseignement principal de ce scrutin, à savoir la sanction opérée par l'électorat socialiste au travers de l'abstention. Il faut aussi interroger la pertinence de la stratégie du Front Républicain à ce stade et envisager les leçons politiques à tirer de ce premier tour de scrutin.

Un électorat de gauche qui sanctionne clairement l'orientation politique nationale du gouvernement et de la majorité parlementaire

La Marseillaise zenith 13-06-2012Depuis hier soir, télés et radios, et depuis ce matin, les quotidiens, l'ont répété à l'envie : l'abstention aux élections municipales a atteint ce dimanche un nouveau record avec 38,5%, soit 5 points de plus que sur le scrutin identique de mars 2008. L'effet de cette abstention ne réside pas seulement dans ces 5 points, d'autant que certains instituts d'opinion indiquaient avant le scrutin qu'elle aurait pu être plus élevée.

Non, l'augmentation de l'abstention en six ans joue d'autant plus fortement qu'elle s'est appliquée de manière différenciée selon les types d'électorat. Alors qu'en 2008, 2010 et 2011 lors des élections intermédiaires, c'était l'électorat de droite et du centre qui avait en partie boudé les urnes, déstabilisé qu'il était par l'image que lui renvoyait Nicolas Sarkozy, renforçant ainsi les réussites électorales de la gauche alors dans l'opposition, ce dimanche ce sont les électeurs socialistes qui ont choisi de ne pas aller voter en faveur des équipes proposées par le Parti Socialiste ou pour des listes de rassemblement que conduisait le PS ou dans lesquelles il était présent. Le différentiel d'abstention entre la droite et la gauche est de 10 points.

Les exemples sont nombreux et les contre-exemples insuffisants pour invalider cette analyse : -20 points à Nantes, -11 points à Lille, deux agglomérations où la gauche n'est cependant pas en danger. Évidemment, certaines collectivités, où le PS se savait menacé, émaillent la liste : Caen, Amiens, Reims, Laval, Quimper, Pau. Mais dans la liste des villes perdues par la gauche ou dans lesquelles celles-ci est en difficulté, on compte des bastions : Niort qui bascule à droite après 60 ans de municipalité socialiste, Roubaix, Tourcoing, Douai, Dunkerque, Florange et Hayange (évidemment), Saint-Étienne, Vieux-Habitants en Guadeloupe (liste où figurait Victorin Lurel). Toulouse n'avait basculé à gauche qu'en 2008, mais le vote de gauche de cette ville était important ; le contexte actuel menace de ramener Moudenc au Capitole. Les scores des listes conduites par le PS ne sont pas non plus faramineux à Paris et à Lyon, où les équipes municipales sont pourtant appréciées, bien que la majorité qui sortira du second tour s'inscrira vraisemblablement dans la continuité.

Mais c'est à Marseille que le désaveu est mordant. Le PS en avait fait son espoir principal, celui qui était à même de masquer une éventuelle perte massive de villes moyennes. Sauf qu'à Marseille, rien ne s'est passé comme prévu au premier tour pour les socialistes : Patrick Mennucci n'arrive qu'en troisième position avec 21,2%, derrière le maire sortant UMP Jean-Claude Gaudin (36,5%) et le candidat du FN Stéphane Ravier (22,5%). Une claque totalement inattendue pour le socialiste, qui pourrait notamment s'expliquer par les mauvais résultats de ses co-listiers Marie-Arlette Carlotti et Christophe Masse dans les 3e et 6e secteurs. Tous les sondages ont été démentis : Mennucci paye avec ses listes le désamour de l'électorat socialiste.

D'une manière générale, à l'exception peut-être d'Avignon, toutes les villes où la gauche espérait des gains qui auraient permis de faire un peu plus que sauver les meubles nous essuyons des déconvenues. Non seulement elles restent largement hors de notre portée mais là où nous espérions renforcer nos forces d'opposition nous reculons le plus souvent.

Je ne crois pas que la plupart des équipes municipales ainsi sanctionnées ou bousculées aient démérité durant six ans. Certaines étaient sans aucun doute appréciées pour leur action. Je ne crois pas non plus que les camarades qui partaient en conquête aient présenté de mauvaises équipes et de mauvais projets. La réalité est que – bien que j'aie espéré le contraire pour cette élection – le «socialisme municipal» ne fait pas un programme, quels que soient les mérites de nos gestionnaires locaux. Le PS est depuis longtemps un parti solidement ancré dans les collectivités locales, mais l'addition de ses forces locales ne suffit pas à forger l'identité politique ni le projet d'un parti de gouvernement, dont on voit bien qu'il sait gagner les élections nationales mais qu'il ne sait plus ensuite pour qui, pourquoi ni comment gouverner. La faiblesse politique du PS finit nécessairement par jouer contre lui, y compris dans ce qu'il considère comme ses bastions locaux.

manifestation-CGTL'espoir suscité le 6 mai 2012 a été déçu ; certains de nos camarades, proches de la direction du PS, tenteront d'expliquer en jouant sur les ambiguïtés du candidat Hollande que le Président de la République ne fait que mettre en application ce qu'il avait annoncé.

Pourtant, il est évident que les électeurs socialistes, et notamment les électeurs de François Hollande du premier tour de la présidentielle, n'attendaient pas la ratification du Traité Merkozy sans modification majeure, n'attendaient pas le Pacte de Compétitivité et le Crédit d'impôt compétitivité emploi, n'attendaient pas l'accord national interprofessionnel instaurant la flexibilisation de l'emploi, n'attendaient pas l'allongement de la durée de cotisation pour les retraites et n'attendaient pas l'annonce du pacte de Responsabilité et la confirmation du sillon social-libéral du gouvernement.

L'action gouvernementale a tendance à se présenter alternativement comme une politique «d'union nationale» ou comme une politique «sociale-démocrate», en fait sociale-libérale. Dans le premier cas, elle n'en a pas la base politique ni les circonstances historiques. Dans le second cas, illustré par la délégation des réformes sociales à des "partenaires sociaux" sans assise sociale suffisante, cela s'apparente surtout à une démission politique qui n'entraîne même pas une forme de consensus chez les intéressés, qu'ils soient salariés ou employeurs. En réduisant pour l'essentiel son programme de gouvernement à sa dimension sociétale, en reculant même sur certaines réformes sociétales sur lesquelles il n'avait pas besoin de céder, le PS inverse la logique de ce qui a fondé sa légitimité dans le champs politique.

Dans notre histoire politique, c'est l'appui des classes moyennes et intellectuelles aux aspirations des classes populaires qui forge les succès de la gauche. L'inverse ne peut pas avoir de traduction dans le champs politique. Ainsi, le Parti socialiste n'a pas joué son rôle depuis juin 2012, suivant servilement et sans réflexion les directives de l'exécutif, au gré parfois d'acrobaties intellectuelles improbables pour expliquer que ce qu'il dit un jour est cohérent avec ce qu'il disait la semaine précédente parfois diamétralement opposé.

À gauche pourtant, certaines listes autonomes sortent leur épingle du jeu : les écologistes font des scores non négligeables dans les agglomérations, étant en capacité de se maintenir en passant la barre des 10%. À Grenoble, les écologistes arrivent en tête avec 29,5% (et n'en déplaise à Jean-Luc Mélenchon ce n'est pas dû à l'apport du Parti de Gauche qui leur était allié pour la circonstance).

2014-03-24jumel.jpgEnfin, les municipalités communistes résistent bien : à Dieppe, à Saint-Denis, à Bezons, à Nanterre, à Gennevilliers, à La Courneuve, Bagneux, Malakoff ou Tremblay… Par l'entremise du dissident Jean-Pierre Brard, le PCF pourrait revenir aux affaires à Montreuil. Il devance également de quelques voix Jacques Salvator, maire socialiste d'Aubervilliers. Ses scores sont solides dans le Nord et en Meurthe-&-Moselle, les ballottages sont favorables à Bagnolet, Arles, Martigues, Vénissieux. Ils sont non négligeables à Lyon où le Front de Gauche s'est allié à l'ex socialiste Nathalie Perrin-Gilbert, maire sortante du 1er arrondissement. Il est cependant en difficulté à Bobigny, Vaulx-en-Velin ou Aubagne. On pourra même vérifier que dans les villes communistes ce sont les bureaux de vote les plus favorables aux socialistes qui ont parfois manqué aux listes d'union et de rassemblement conduites par le PCF.

Partout ailleurs, le Front de Gauche n'arrive pas réellement à mobiliser le mécontentement de l'électorat de gauche, ce qui continue d'invalider en grande partie l'analyse du PG de Jean-Luc Mélenchon.

Ainsi c'est essentiellement par défaut que l'UMP et l'UDI se retrouvent en posture aujourd'hui d'espérer une petite vague bleue dimanche prochain. Car c'est bien l'effondrement du vote socialiste qui le leur permet et en aucun cas une «renaissance» longuement préparée comme voudrait le faire croire Jean-François Copé. Non seulement la droite ne progresse pas en nombre de voix mais toutes les enquêtes d'opinion démontrent que les Français n'ont aucune appétence pour la droite conservatrice. Cette dernière va donc se retrouver toujours confrontée aux mêmes difficultés : le passif laissé par Nicolas Sarkozy – idéologique et judiciaire – et la concurrence d'un Front National, respectabilisé par la validation de ses thèses par la droite elle-même, et désormais vraisemblablement crédibilisé par l'augmentation prévisible de son nombre d'élus locaux.

Que reste-t-il du Front Républicain ?

4388118_3_7423_marine-le-pen-et-le-candidat-steeve-briois-d.jpgCe n'est pas par l'abstention qu'il faut expliquer la progression et les scores du Front National parfois maquillé en Rassemblement Bleu Marine. Celui-ci est en mesure de se maintenir dans plus de 200 communes et pourrait récolter une dizaine de mairies en tout au lendemain du 2nd tour. À la victoire emblématique au 1er tour de Steeve Briois à Hénin-Beaumont, il faut ajouter la réélection dès dimanche soir de Jacques Bompard, maire d'extrême droite à Orange.

La véritable inquiétude vient du fait que le FN progresse dans de nombreuses communes alors que la participation y est plus importante qu'en 2008, c'est notamment le cas à Hénin-Beaumont justement, mais également à Fréjus ou à BéziersRobert Ménard frôle les 45% avec une participation en hausse de 7 points. Dans ces deux villes du midi, le parti de Marine Le Pen devrait connaître la victoire dimanche prochain.

Au-delà de ces cas emblématiques, il faut réaliser une analyse précise mais il sera démontré dans de nombreux cas que les scores du FN ne sont pas la conséquence d'une démobilisation accrue des électeurs, au contraire. Et de fait, il y a fort à parier, notamment dans le Nord et la Moselle, que des électeurs qui avaient choisi le PS, aux municipales de 2008 mais également au 1er tour de la présidentielle, ont décidé cette fois-ci non pas de s'abstenir mais de voter directement pour l'extrême droite.

Dans ces conditions, le Front Républicain, et notamment sa traduction concrète à savoir le retrait des listes socialistes pour faire barrage – comme cela a été annoncé à Saint-Gilles et Tarascon (annonce faite pour Tarascon alors que nous n'étions même pas qualifiés) – à l'élection d'un maire d'extrême droite, est-il encore pertinent et opératoire ? Qu'est-ce qui le justifie encore si ce n'est un automatisme et un discours fondé sur un impératif moral qui écarte toute analyse politique sérieuse ?

robert-menard-a-des-chances-de-battre-l-ump_4860493.jpgÀ partir du moment où l'UMP a décidé de ne plus entrer dans une stratégie de Front Républicain et de maintenir partout ses candidats au 2nd tour, quitte à faire élire parfois un maire FN, elle tue la stratégie même de Front Républicain. Le retrait des socialistes et de la gauche du 2nd tour équivaut donc à une disparition politique et électorale de nos partis, de nos élus et de nos valeurs qui ne seront plus représentés et perdront de nombreux atouts pour construire une alternative dans ces villes face à l'UMP ou au FN. D'autre part, cette stratégie n'est en rien une garantie de succès comme l'expliquait ce matin sur France Inter Jean-Michel Du Plaa, candidat PS à Béziers. Dans de nombreuses communes (Béziers, Perpignan, Fréjus ou St.-Gilles...), le retrait – ou pire la fusion avec la droite comme Christian Bourquin le suggère à Perpignan, donnant ainsi corps au fantasme frontiste de l'UMPS – n'empêchera vraisemblablement pas le FN ou le RBM d'améliorer son score, voire de l'emporter, dimanche prochain.

Lors des élections législatives et cantonales partielles qui se sont additionnées dans la première année de mandat de François Hollande – malgré l'explication récurrente de l'exception du contexte local –, il a été largement démontré que les électeurs de gauche, et notamment les électeurs socialistes, ne suivaient plus mécaniquement les consignes de Front Républicain, voire préféraient pour certains voter pour le FN plutôt que d'élire des candidats UMP dont le discours se distinguaient parfois peu de leur adversaire.

La stratégie du Front Républicain est donc vouée à l'échec. D'abord car elle n'a pas de base électorale suffisante. Ensuite parce l'on ne peut en même temps attaquer l'UMP sur ses liaisons coupables avec le FN et l'appeler à constituer ce Front Républicain (et encore moins appeler à voter pour certains candidats qui portent trait pour trait le même discours que le FN). Enfin, car elle ignore, en convoquant le registre de la "morale", le message fondamentalement républicain adressé par de nombreux citoyens par leur vote ou par leur abstention : une aspiration fondamentale au fait que la politique puisse de nouveau avoir prise sur leur vie. Les élections européennes viendront bientôt souligner ce message de défiance des électeurs nationaux qui se voit dépossédés au niveau national de cette capacité à agir sur leur environnement et leur quotidien, sans retrouver au niveau européen les éléments concrets de souveraineté populaire qu'ils seraient en droit d'attendre. Entre la pratique de la «démocratie rationalisée» version Vème République et l'ordo-libéralisme inscrit dans le marbre des institutions européennes, il reste peu de place à la démocratie réelle et l'aspiration des citoyens français et européens, traduisant dans les urnes ce que décrivait en 2008 Emmanuel Todd dans son essai Après la Démocratie.

Peut-on espérer un rebond ?

Bien entendu, il n'est pas écrit d'avance que le 2nd tour vienne confirmer l'intégralité des enseignements et des comportements électoraux du dimanche 23. On a vu, notamment lors des législatives de 2007, qu'il était possible de ne pas aggraver une situation voire de reprendre du poil de la bête. La nécessité du rassemblement de la gauche, bien plus que le Front Républicain, doit désormais s'imposer, et je conseillerais à nos camarades de ne pas être trop exigeants quant aux conditions qu'ils mettent aux fusions de listes avec EELV, le Front de Gauche/PCF ou le PG.

Mais il y a fort à parier que la pente soit difficile à remonter en quelques jours, les écarts creusés sont dans certaines villes assez importants. Et si les électeurs socialistes ont refusé de voter pour le PS afin de sanctionner la politique gouvernementale dimanche, on peut imaginer qu'ils ne se précipiteront pas non plus dimanche prochain, même si certains voudront croire que la semonce du 1er tour a été entendue et qu'il est inutile de perdre en plus une équipe municipale qui les protégeait.

2339744-jean-marie-le-guen-nous-ne-sommes-pas-des-chochotte.jpgMais ce coup de semonce a-t-il seulement été entendu ? Jean-Marie Le Guen expliquait hier soir sur France Info qu'il fallait accélérer la mise en place du pacte de responsabilité, que le tort des élus locaux de gauche était de ne pas avoir suffisamment fait évoluer leurs discours pour s'adapter à la nouvelle ligne gouvernementale et qu'il faudrait encore plus vite faire muter notre orientation politique... Je pense que si les responsables socialistes multiplient ce type de discours sur les ondes (expliquant par ailleurs que nous n'avons pas été assez pédagogues) chaque tract distribué dans la semaine verra sa valeur électorale divisée par 4.

La question qui est devant nous est de savoir si nous avons les moyens d'éviter que la bérézina du 1er tour des municipales ne se reproduisent – peut-être en pire – en mai prochain pour les élections européennes et mars 2015 pour les élections régionales et départementales (si elles sont maintenues à cette échéance).

D'aucuns expliqueront que le remaniement permettra de solder les comptes et de montrer aux Français que le message du 23 mars a été entendu. Mais qu'importe de changer d'équipe gouvernementale, si ce n'est pas pour élargir son assise politique et sa majorité parlementaire et/ou pour changer d'orientation politique. Élargir la majorité ne s'entend évidemment que sur sa gauche : le MODEM et l'UDI n'étant pas même pour Hollande des alliés envisageables, d'autant que le MODEM a décidé d'entrer dans l'opposition ouverte au gouvernement à peu près au même moment où le Président de la République donnait une orientation clairement Bayrouiste à sa politique économique et sociale. Voilà qui devrait mettre un terme à l'illusion centriste de certains, jamais les électeurs centristes ne voteront pour la majorité présidentielle ou pour un allié PS «recentré» ; ils l'ont démontré de belle manière en votant massivement pour des municipalités et des oppositions conservatrices, alors qu'ils n'ont pas grand chose à contester à la ligne sociale-libérale de François Hollande.

5_debats_divisent_PS.jpgC'est évidemment un rééquilibrage à gauche de la majorité qui est nécessaire, en s'ouvrant au Front de Gauche et notamment au PCF et en cessant de mépriser ceux des socialistes dont l'analyse critique n'a pas été prise en défaut depuis le début du quinquennat. Les orientations économiques et sociales du gouvernement n'ont produit aucun résultat et ne devraient en produire aucune :
- la réduction drastique des dépenses publiques n'a pas abouti à la diminution de la dette ; au contraire, celle-ci a crû et les coupes budgétaires commencent à se faire sentir sur l'efficacité du service public, et donc la cohésion sociale, tout comme la fragilisation des finances des collectivités territoriales affectera durablement les investissements publics et donc l'activité économique ;
- La flexibilisation du marché du travail ne crée pas d'emplois, pas plus que la baisse du «coût du travail» qui fragilise tout à la fois les finances publiques et la sécurité sociale ;
- La réduction des cotisations des entreprises risque de se traduire aucunement par de l'investissement mais par un renforcement des dividendes versés aux actionnaires comme l'a annoncé le patron du MEDEF.

On ne crée de l'emploi que lorsque les carnets de commandes sont pleins ; c'est un argument qui plaide pour un tournant concret en faveur d'une politique de relance écologique et sociale, ainsi que d'un débat vigoureux sur la réorientation de la construction européenne. Seule une majorité de gauche large et rassemblée peut permettre la mise en œuvre de ce programme qui avait été imaginé et adopté au sein du PS en juillet 2011.

1509934_10152541474884972_2055071278_n.jpgPour une fois, soyons cohérents avec nos convictions et notre identité profonde. Jusqu'ici, non seulement les socialistes de l'aile gauche, qui ont eu le courage de porter une analyse rigoureuse et critique (sans être particulièrement connus dans l'opinion publique, qui n'a pas sanctionné le PS parce qu'elle les aurait entendus), ont dû à la fois supporter l'ostracisme de nombre de directions locales du parti et ensuite subir avec tous les socialistes les défaites brutales qu'on aurait pu éviter en les écoutant.

Pour réaliser ce tournant, il faut aussi un PS actif et pleinement conscient de son rôle. Les institutions de la Vème République créent l'autocensure du PS majoritaire alors qu'il doit anticiper les débats. Harlem Désir pense que le rôle du PS est relayer docilement et sans réflexion les décisions de l'exécutif quelles qu'elles soient : on a vu où cela nous a mené. Il faut vraiment réancrer à gauche le parti et la majorité... Mon inquiétude est que de nombreux camarades trouvent que le congrès est trop éloigné dans le temps pour attendre jusque là et rester au PS. Il y aura fort à faire pour les convaincre de rester et d'assumer le débat et la confrontation, on n'est pas toujours disposé à jouer les «Sisyphe heureux».

Peut-être est-il temps au regard de nos échecs collectifs pour convoquer un congrès anticipé et remettre à plat notre orientation politique et notre rapport au pouvoir.

Frédéric FARAVEL

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21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 09:18

Nicolas Sarkozy s'est donc "enfin" adressé aux Français par l'entremise d'une tribune publiée ce matin dans Le Figaro et pour leur parler de lui et de sa personne.

PHO3f2fbc4c-b048-11e3-818f-07d248a8be93-640x230.jpgL'ancien Président de la République serait victime d'un complot judiciaire, piloté par le pouvoir politique socialiste. Il est marquant que Nicolas Sarkozy, redevenu un justiciable comme un autre, soit aujourd'hui tombé sous le coups du durcissement des politiques pénales qu'il a lui-même fait voter. Il juge les moyens disproportionnés à son encontre et bien qu'il les conteste en droit et la justice devra justifier des moyens requis pour enquêter sur son compte. Au regard des affaires en question (arbitrage Tapie-Lyonnais, sondage de l'Elysée, financement libyen présumé de sa campagne de 2007) les éléments sont en soi assez grave pour que les moyens déployés soient importants.

Le fait que le Président déchu ait choisi d'usurper l'identité d'une connaissance de son avocat pour acheter un téléphone portable sur le modèle du grand banditisme plaide également en sa défaveur : de tels moyens pris pour se protéger indiqueraient qu'il y a quelque chose à masquer. En réalité, l'immunité présidentielle, dont il a joui 5 ans et qui n'aurait jamais dû exister, lui est monté à la tête car il n'admet pas l'idée même qu'il puisse être soumis à une quelconque investigation

L'outrance est dépassé lorsque l'ancien Président compare la République Française, sa Police et sa Justice à la RDA et à la STASI. La France ne serait donc plus un Etat de droit et les investigations seraient menées par une police secrète sur réquisition politique à des fins politiques. L'excès décrédibilise en soi le propos. Mais si Nicolas Sarkozy pense que l'exécutif agit ainsi - en dépit du fait que l'amateurisme effroyable dont le gouverement fait preuve dans cette affaire pour communiquer plaide pour le contraire - c'est qu'il est incapable d'imaginer que le pouvoir puisse fonctionner autrement : on imagine tout de suite la façon dont l'Elysée devait gérer les choses sous le prédédent mandat, ce que laisse à penser d'ailleurs certains enregistrements Buisson.

Le drame dans cette affaire c'est que Nicolas Sarkozy a décidé d'agir sciemment dans l'outrance avec cette tribune et que cela participe d'une stratégie de la tension, qui ne peut que s'aggraver. A ce rythme la paranoïa des sympathisants conservateurs ne peut que s'en trouver renforcer - les propos tenus et les tracts diffusés à l'occasion des élections municipales par ceux-là le confirme d'ailleurs - et sur le refrain du "tous pourris", il n'y a que Marine Le Pen qui y retrouvera ses petits.

Non seulement, Nicolas Sarkozy vient d'insulter la République Française dont il a eu la charge pendant 5 trop longues années, mais il la met aujourd'hui sciemment en danger. Il se croit homme providentiel, seul capable de sauver la Nation en danger. Cette stratégie ne peut pas fonctionner sinon au profit de pire que lui. Mais quand bien même il croirait à son étoile bonapartiste, il est bon de rappeler que son modèle en la matière a conduit la France à la ruine et que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Frédéric FARAVEL

J'ajoute ci-dessous la vidéo de l'entretien accordé ce matin par Arnaud Montebourg à France Inter, il a été pour une fois brillant.


Arnaud Montebourg: "c'est une injure à notre... par franceinter

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 14:22

Trop c'est trop ! Suite aux accusations d'une extrême gravité portées par O. Régis, qui n'a plus que le mensonge comme argument contre la défaite qui s'annonce, Dominique Lesparre, Maire (PCF) et leader du rassemblement de la gauche à Bezons, porte plainte pour diffamation. Retrouvez ici son communiqué qui sera distribué à tous les Bezonnais.

Bezons_Regis_Trop_c_est_trop.jpg

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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 16:04

Je suis intervenu hier soir lors du débat public organisé par le groupe des conseillers régionaux socialistes d'Île-de-France autour de Jean-Paul Huchon, président de la Région et intitulé "Imaginons notre Île-de-France". Il s'insère dans une tournée de tous les départements de la Région afin d'échanger en direct avec les Franciliennes et les Franciliens à un an des prochaines élections régionales, qui s'annoncent difficiles car l'abstention risque d'être très forte.

BhgPyQnIQAAcRcO.jpgMa préoccupation portait sur le fait de savoir pour quelle région nous serions appelés à voter en mars 2015...

En effet, le 1er janvier 2016 sera créée la Métropole du Grand Paris qui va rassembler toutes les communes des trois départements de premières couronnes et la ville de Paris, en supprimant dans le même temps les communautés d'agglomération (parfois très puissantes, comme Plaine Commune, Grand Paris Seine Ouest ou Est Ensemble) qui existent sur ce territoire, mais sans toucher aux départements. Ce nouvel Etablissement public de coopération intercommunale disposera de pouvoirs extrêmement importants comme l'aménagement du territoire, l'habitat, ou encore la transition énergétique. Mais il risque par ailleurs d'être happé durant plusieurs mois voire plusieurs années par l'organisation de transferts de compétences et surtout de plusieurs milliers d'agents des futures ex-communautés d'agglomération.

Dans cette situation particulière, et la loi de modernisation de l'action publique et d'affirmation des métropoles ayant été votée dans les conditions que l'on connaît, il convient selon moi que la Région travaille sur la garantie que les villes, habitants et territoires du reste de l'Île-de-France ne se retrouve dans une situation de décrochage et de relégation. Il convient donc d'empêcher que se créent une fracture au sein de la Région entre les départements de première couronne et ceux de deuxième couronne (Val-d'Oise, Essonne, Yvelines ou Seine-et-Marne). Il faut également éviter une cassure au sein même de ces départements entre les communes proches de cette nouvelle et proche métropole parisienne, qui pourraient la regarder avec envie (et parfois crainte) sans pouvoir profiter, et plus loin encore les communes et territoires périurbains et ruraux où risquent de s'aggraver un sentiment d'abandon (insuffisance des services publics, des transports, etc.), terreau du vote FN.

J'avoue pour ma part n'avoir jamais bien compris comment on avait pu passer d'une réflexion rassemblant dans un même mouvement Région Île-de-France et Métropole - en effet, le coeur de l'agglomération ne saurait selon moi être coupé de ses territoires de banlieue, péri-urbains, agricoles et naturels - à une logique qui pourrait être préjudiciable à la Région elle-même au profit d'une nouvelle structure.

Il faut cependant désormais faire avec la loi telle qu'elle est ; la Région et la majorité politique - au premier rang, le PS - qui l'anime ont l'impérieuse obligation d'inventer les solutions qui permettront entre l'élection de mars 2015 et la création effective de la Métropole en janvier 2016 d'assurer la cohésion entre Franciliens et territoires d'Île-de-France sur tous les points de vue : habitat, transports, environnement, développement économique, sans oublier la solidarité financière...

Jean-Paul Huchon semble conscient de cet enjeu et a réaffirmé que de la force de la Région dépendait effectivement l'assurance qu'il n'y aurait pas de fracture centre-périphérie en Île-de-France.

Frédéric FARAVEL

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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 08:57

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Marie Mendras
Politologue, chercheur au CNRS et au CERI

Thomas Gomart
Directeur du centre Russie/nouveaux états indépendants de l'Institut français des relations internationales
en savoir plus >

Marc Crépin
Correspondant de Radio France à Moscou
en savoir plus >

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27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 14:19

maxnewsworldthree441679.jpgDepuis mardi 25 février, l'UMP a décidé de provoquer une vaine polémique parlementaire sur le dos du Ministre de l'Intérieur, Manuel Valls. Chacun a pu comprendre en me lisant que le représentant de l'aile droite du PS n'était pas exactement la personnalité politique que j'appréciais le plus, c'est peu dire. Trop de divergences (économie, immigration, intégration, etc.) me séparent des positions qui sont les siennes et qui n'ont souvent plus grand chose à voir avec la tradition socialiste démocratique française.

Il faut cependant avoir l'honnêteté de dénoncerles faux procès faits à un homme politique, sinon toute critique que l'on pourrait lui faire ensuite perdrait toute crédibilité.

Ainsi l'UMP a accusé le ministre de l'intérieur d'avoir perdu ses nerfs en séance, tirant prétexte de l'incident qu'elle a elle-même provoqué pour justifier le boycott des Questions au gouvernement du lendemain. Selon l'opposition conservatrice, le Ministre de l'Intérieur vise depuis des mois à remplacer Jean-Marc Ayrault comme Premier Ministre (c'est possible) et sous le coup d'arbitrages récents et de quelques déboires médiatiques, Matignon s'éloignant pour lui il aurait été pris d'une fébrilité indigne d'un ministre de la République. Fébrilité qui serait étendue à l'ensemble du gouvernement et qui justifierait la démission du ministre.

Que reproche-t-on exactement à Manuel Valls ? D'avoir répondu à un député UMP qui mettait en cause la supposée connivence ou indulgence du gouvernement vis-à-vis des casseurs d'ultra-gauche à Nantes en marge de la manifestation du 23 février contre le projet d'Aéroport international à Notre-Dame-des-Landes. Alors que la plus extrême rigueur aurait été appliquée contre les manifestations anti-mariage pour tous, où se retrouvaient de manière carnavalesque conservateurs, réactionnaires et quelques groupuscules fascistes.

C'était une manière d'accuser Manuel Valls de complicité avec l'extrême gauche et l'ultra gauche. C'est une manière de sous entendre que le Parti Socialiste compte beaucoup d'anciens militants d'extrême gauche et que donc la porosité entre le parti de gouvernement et la gauche radicale ou ultra serait source de partialité. C'était également en résonnance avec le discours de nombreux dirigeants de l'UMP comparant EELV au FN.

Outre le fait que ramener sur un même plan extrême gauche et extrême droite ne tient pas une minute du point de vue de l'histoire politique du pays, il y a là une absurdité complète. Aucun responsable politique socialiste (à part peut-être Jospin et on se demande encore pourquoi il s'était enferré dans le déni) étant passé par des mouvements d'extrême gauche (LCR, OCI, GP, etc.) n'en fait mystère aujourd'hui et ils le peuvent car personne ne saurait dénoncer chez ses mouvements les mêmes dérives que celles reprochées au FN et à toute la nébuleuse d'extrême droite. D'autre part, il serait risible aujourd'hui de voir une connivence entre les membres socialistes du gouvernement et de la direction du PS, quand on constate la politique qu'ils soutiennent et qu'ils mettent en oeuvre.

Tel n'est pas le cas à droite. Le passé réactionnaire ou crypto-fasciste de certains parlementaires est en général vécu comme une maladie honteuse et mal assumé. Mais il reprend une certaine actualité lorsque l'on constate aujourd'hui la coagulation réactionnaire autour de la "Manif pour Tous". On constate également chaque jour la porosité idéologique entre l'ex droite républicaine et les nationaux-populistes, sur l'immigration, l'identité nationale, les questions de société (égalité femmes-hommes, mariage et adoption homosexuels, PMA, études de genre, éducation), l'UMP concédant ouvertement que le seul dossier qui l'empêche de s'allier au FN de Marine Le Pen est la volonté de ce dernier de quitter l'euro. Aveu terrible...

Le Ministre de l'Intérieur était donc parfaitement fondé face à la dénonciation d'une collusion imaginaire à renvoyer le parti conservateur à la collusion intellectuelle, idéologique, personnelle, historique et actuelle entre l'UMP et l'extrême droite. Il n'a pas eu de mal à démontrer que l'indulgence n'avait pas été de mise face aux casseurs (et les reportages sur les victimes des "violences policières" ce jour-là l'ont largement rappelé). Et il a pu rappeler l'origine d'extrême droite de Claude Goasguen, l'un des plus virulents parlementaires de droite. Il est pathétique que ce dernier nie aujourd'hui ce qu'il reconnaissait à demi mot hier et que les médias ont depuis quelques jours à nouveau établi.

A ce titre, non seulement Manuel Valls n'a pas commis de faute dans l'hémicycle, mais il a également fait oeuvre de salubrité politique. C'est bien la droite qui en la matière fait preuve de fébrilité et de nervosité.

Frédéric FARAVEL

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26 février 2014 3 26 /02 /février /2014 11:00

cropped-bezons-banniere-web-01-022.pngOn savait que Monsieur Olivier Régis, UMP réactionnaire depuis peu déguisé en UDI réactionnaire, voulait empêcher l'aménagement d'un véritable centre ville pour les Bezonnais ! Il a menti sur le coût de la mairie en construction ou sur le parc Bettencourt. Il a également démontré son incompétence en terme de gestion locale en ne comprenant pas comment fonctionnait une ZAC où les financements des aménageurs permettent de réaliser des espaces et des batiments publics aux services des habitants. Incompétence complétée par sa volonté de louer à la place pour faire office d'Hôtel de Ville des bureaux dans des immeubles à vocation économique en construction devant la gare de tramway, pensant utiliser un argent qui n'existerait pas puisqu'il dépend entièrement de la réalisation de la ZAC du centre ville. Une manière de proposer une méthode efficace pour ruiner Bezons (dépenser un argent que l'on n'a pas et handicaper le développement économique de la ville). A ce niveau de confusionnisme, on peut se dire que c'est de l'art.

Mais que ce représentant de la droite dure (qui milite pour que les chômeurs travaillent gratuitement dans les entreprises) exploite honteusement contre le projet d'Hôtel de Ville une situation humainement difficile est ignoble.

Que se passe-t-il réellement ?

Un très vieux pavillon est situé dans le périmètre d'aménagement du centre ville. Une enquête publique a mis au jour les conditions de vie des occupants. En accord avec l'avis du commissaire enquêteur et du Préfet du Val-d'Oise, le conseil municipal du 11 décembre 2013 - auquel n'ont pas daigné participer O. Régis et ses amis - a pris en compte la situation de la famille qui y réside.

Ainsi, contrairement à ce que dit O. Régis, il n'y a pas d'avis d'expulsion.

Reprenant l'avis du commissaire enquêteur : Pour Monsieur K. domicilié 12 bd Gabriel-Péri: "compte tenu de l'état de santé de Monsieur, il est décidé d'un moratoire sur cette acquisition au moins jusqu'en 2017 [en clair, cet achat est suspendu] si aucune solution d'accompagnement plus précoce n'était retenue pour Monsieur ou Madame ou leurs ayants droits".

La prétendue générosité d'O Régis a ses limites Dans les messages qu'il envoie à ses partisans, ce candidat de droite va même jusqu'à déclarer : "Défendons la famille jusqu'au 23 mars [date du 1er tour des élections] cette action nous assurera la victoire".

O. Régis est décidément prêt à tout pour grapiller quelques voix. Il tente une exploitation politicienne d'une situation humaine douloureuse, mais il paraît évident que vu l'état du pavillon c'est la solution du relogement dans des conditions décentes qui sera la solution et pas de confire la ville dans certains habitats dégradés.

Frédéric FARAVEL

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24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 10:19

à croire que Bernard Guetta et Thomas Legrand, avec lesquels je suis en général assez critique (surtout le second, tant sur le fond que la forme), s'étaient donnés le mot ce matin du lundi 24 février 2014. Pour une fois, ces deux éditorialistes ont produit des analyses à la fois pédagogiques et politiquement sérieuses. Je ne résiste donc pas à les reproduire ici. La première porte sur ce que les commentaires et ultimatums du week-end - après les violences perpétrées par les black blocks en marge de la manifestation nantaise contre le projet d'aéroport international à Notre-Dame-des-Landes - disent du niveau d'ambigüités respectives du tandem exécutif et des écologistes un bémol cependant le titre n'est pas du tout au niveau). La seconde nous permet de prendre du recul pour analyser sans caricature le renversement soudain du pouvoir mafieux de Ianoukovitch en Ukraine... tout reste à faire et Timochenko n'est pas Jeanne d'Arc.

Frédéric FARAVEL

C'est çui Qui Dit Qui Est !

france inter - Thomas Legrand - 24 février 2014

Après les violences à l’issue de la manifestation à Nantes contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes Jean-Marc Ayrault a demandé a ses ministres écologistes de «sortir de l’ambiguïté».

© MaxPPP - 2014

Oui, et au delà des violences, évidement condamnées par les écologistes Jean-Marc Ayrault songeait aussi aux déclarations de Cécile Duflot qui, tout en étant membre du gouvernement, se disait – avant la manifestation de tout cœur avec les marcheurs qui s’opposaient à un projet soutenu par le même gouvernement auquel elle appartient. Situation, il est vrai, pour le moins incongrue ! Mais si l’on y regarde de plus près, en matière d’ambigüité c’est "çui qui dit qui y est" comme on dit dans les cours de récré !

Les verts sont au gouvernement en vertu d’un accord politique signé entre le PS et EELV. Et dans cet accord, il n’est pas fait mention de Notre Dame des Landes. Martine Aubry et Cécile Duflot avaient convenu que ce désaccord ne les empêchait pas de gouverner ensemble… Cette clause imprudente était porteuse de difficultés futures… nous y sommes. En réalité, les militants écologistes sont à fond dans la contestation de Notre Dame des Landes alors que les responsables du parti (et singulièrement les ministres écologistes) y attachent moins d’importance. Tout simplement parce qu’ils ont acquis la certitude que l’aéroport ne verra jamais le jour. Trop d’oppositions, même au sein du gouvernement, même parmi les socialistes, existent pour que le projet soit viable. Seulement il est impossible de l’affirmer pour l’instant alors que les élus locaux PS, à la veille d’une série d’élections se sont fortement mobilisés en faveur du projet. L’ambigüité sur la question est donc du coté des socialistes.

AubryDuflotAu delà de NDDL, les sujets de discorde entre le PS et EELV se multiplient…

Oui et notamment sur la question de la transition énergétique ! Une loi sur ce sujet est en préparation. Et l’enjeu de cette loi est beaucoup plus déterminant pour la cohésion de la majorité que Notre-Dame-des-Landes. Philippe Martin, le ministre (socialiste) chargé de l’écologie, doit faire face à de très fortes pressions internes au gouvernement. Parce que les socialistes ne sont pas au clair idéologiquement sur ces questions. Et si Martine Aubry avait, à la tête du Parti Socialiste, fait largement évoluer la ligne, François Hollande, lui n’a jamais fait montre de convictions très affirmées sur le sujet.

L’accord Verts-PS était plus perçu par le Président comme une synthèse politique et non comme l’aboutissement d’un travail idéologique et conceptuel. Du coup, sur le nucléaire, sur les gaz de schiste, sur le diesel en ville on sait clairement ce que pensent les écologistes mais personne ne peut dire avec certitude quelle est la position des socialistes.

Le paradoxe pour les écologistes c’est qu’ils ont la conviction, que parmi les cadors socialistes c’est encore Jean-Marc Ayrault qui est le plus écolo-compatible. La nature de la loi de transition énergétique, et surtout le montant des sommes allouées à la recherche et au développement des énergies renouvelables vont déterminer la viabilité de l’accord vert/PS. Entre aujourd’hui et juin (date à laquelle la loi doit être présentée) il y a les élections municipales et européennes. Le poids électoral des écolos sera, bien sur, pris en compte par François Hollande. Mais l’on attend surtout de comprendre le fond de sa pensée sur ces questions.

L’ambigüité que Jean-Marc Ayrault reproche aux écologistes…est en réalité celle le Président de la République !

La mi-temps ukrainienne

france inter - Bernard Guetta - 24 février 2014

Il y a, pour l’heure, deux vainqueurs et une perdante, les Ukrainiens et l’Union européenne d’un côté, la Fédération de Russie de l’autre. Cette majorité d’Ukrainiens qui veut s’arrimer à l’Union pour sortir leur pays de l’arbitraire et de la corruption a gagné, spectaculairement gagné, puisque Viktor Ianoukovitch, le président déchu, est en fuite, que les velléités sécessionnistes des dirigeants des régions pro-russes n’ont pas duré, samedi, plus d’une poignée d’heures et que de nouvelles élections se préparent.

PHOdccaa880-9c9e-11e3-9289-343b968b1141-805x453.jpgL’Union européenne a, quant à elle, marqué des points inespérés puisque c’est au nom de ses valeurs et sous son drapeau que les Ukrainiens se sont mobilisés et ont, de fait, renversé ce président qui avait refusé, sous pression russe, l’accord d’association avec les 28. Non seulement cette Union en plein désarroi et si désaimée à l’intérieur a redécouvert là la force d’attraction qu’elle conserve à l’extérieur mais ce sont trois de ses ministres des Affaires étrangères, allemand, français et polonais, qui ont réussi à faire céder Viktor Ianoukovitch en allant ensemble à Kiev arrêter un bain de sang.

L’Union sort grandie de cette crise alors que la Russie et son président y ont tout perdu puisque Vladimir Poutine a échoué à dicter ses choix à l’Ukraine dont l’équipe de transition affirme sa volonté de reprendre les négociation sur l’accord d’association. La Russie a perdu la partie dans un pays où ses partisans sont nombreux et qui est la pièce maîtresse de son aire d’influence mais, aussi nette qu’elle soit, ce n’est que la photographie de l’instant, la mi-temps d’un match qui est loin d’être achevé.

Pour ce qui est des Ukrainiens, d’abord, ils vont devoir faire face, maintenant, à la difficulté de toute révolution qui est de conserver son unité une fois la victoire acquise. C’est un redoutable défi parce que les partis existants sont faibles, que l’extrême-droite nationaliste a pris un poids politique sur les barricades de Kiev et qu’il y a un trop plein de figures de l’opposition qui auront du mal à faire front. La nouvelle scène politique ukrainienne ne sera pas facile à organiser mais là n’est pas le plus problématique.

Ethnolingusitic_map_of_ukraine.pngLe grand problème viendra, demain, de l’Union européenne qui n’a pas les moyens financiers de remettre sur pied l’économie ukrainienne et ne veut pas ouvrir ses portes à ce pays car elle a bien trop de difficultés intérieures pour pouvoir envisager de s’ouvrir à un Etat plus grand que la France. Epaulée par le FMI et la Banque mondiale, l’Union fera tous les efforts qu’elle pourra mais son aide sera forcément conditionnée à des exigences de réformes qui seront socialement douloureuses. Sa popularité risque vite de s’en ressentir.

Pour l’Union, la tâche sera vertigineuse alors que la Russie n’a elle qu’à attendre que cette révolution s’essouffle comme toute révolution pour rappeler que l’Ukraine dépend des tarifs gaziers préférentiels qu’elle lui consent et réactiver ses réseaux dans l’Ukraine orientale, ce à quoi elle s’est discrètement employée dès hier. C’est dès maintenant, avant qu’elle n’ait digéré son échec, qu’il faut proposer à la Russie des conversations sur la stabilité et la coopération en Europe, c’est-à-dire en Ukraine.

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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 11:44

La majorité des commentateurs s'accorde à saluer l'esprit de consensus qui a présidé à la décision du Président de la République de panthéoniser quatre personnalités éminentes et incontestables de la Résistance ou de l'opposition politique à Vichy et à la collaboration.

  • Jean Zay, ministre radical-socialiste de l'éducation dans le gouvernement de Front Populaire dirigé par Léon Blum, assassiné par la Milice en 1944 ;
  • Pierre Brossolette, dirigeant de la Résistance de la première heure et militant socialiste, qui préféra se suicider plutôt que de parler après son arrestation ;
  • Germaine Tillion, ethnologue et dirigeante et fondatrice du réseau du musée de l'Homme, déportée à Ravensbrück ;
  • Geneviève Anthonioz-De Gaulle, membre du réseau du musée de l'Homme, également déportée à Ravensbrück, et fondatrice d'ATD-Quart-Monde.

1890477_10152260045370350_563735827_o.pngCes personnalités sont incontestables ; on peut d'ailleurs s'étonner que les deux hommes ne soient pas rentrés plus tôt dans le Temple républicain de la colline Sainte-Geneviève, les deux résistantes étant décédées plus récemment.

Il faut d'emblée écarter deux fausses critiques :

  • il aurait fallu ne panthéoniser que des femmes pour rattraper le retard... malheureusement, ce retard ne sera jamais rattrapé, et il n'est pas imaginable qu'on ne célèbre plus la mémoire d'aucun homme sous ce seul prétexte ;
  • il serait de mauvais goût de panthéoniser Pierre Brossolette qui s'était fortement affronté en interne avec Jean Moulin qui repose là depuis 1964. On voit tout de suite le ridicule de cette dernière assertion au regard de la hauteur de la cause.

Non, en fait François Hollande a pris peu de risques et a pratiqué dans cette panthéonisation comme il dirigeait autrefois le PS à coup de synthèse molle. C'est uniquement l'unité nationale refondée issue de la Résistance qui est ici célébrée sans message politique supplémentaire, alors qu'il eut été possible de donner une portée plus haute du moment qu'avait été fait le choix d'une panthéonisation plurielle.

Que dire de l'annonce qui doit être faite au Mont-Valérien lors de la célébration du groupe Manouchian ? Transformer la commémoration du 70 anniversaire de l'exécution des membres de cette cellule FTP-MOI en annonce des nouveaux entrants au Panthéon, souligne à quel point on oublie ou minorise la mémoire de Missak Manouchian et de son épouse Mélinée.

Quel beau message eût été pourtant leur panthéonisation, permettant de célébrer tout à la fois un couple résistant et leur amis militants martyrs tout en rappelant ce que la France doit à l'immigration. Et cela sans même poser la question de savoir s'il fallait célébrer un résistant communiste ou pas.

Je suis également troublé que Grands Hommes en Grands Hommes on oublie Léon Blum, dont l'apport à l'histoire politique et sociale de notre pays et majeur et qui, seul et abandonné de tous, réussit en captivité à plaider pour la légitimité du Général De Gaulle auprès de Roosevelt, à ridiculiser le régime de Vichy au cours du Procès de Riom qui lui fut intenté, fut déporté à Buchenwald pour revenir participer à la reconstruction du pays.

Des personnalités féminines qui méritaient d'entrer au Panthéon, notre histoire politique, sociale et littéraire n'en manque pas non plus : Olympe de Gouges et l'irruption de la Femme dans la Révolution, Flora Tristan qui lia question sociale et féminisme dès la première moitié du XIXème siècle ou encore George Sand, incarnation de la liberté individuelle et de la création littéraire, ou encore Simone de Beauvoir. Voilà autant de personnalités écartées.

Frédéric Faravel

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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 10:25

033_ria14-2382656_4993.jpgJ'avoue éprouver un certain malaise depuis hier soir alors que la Place de l'indépendance à Kijev est le théâtre d'affrontements de plus en plus violents depuis mercredi, jour où étaient décomptés 25 morts parmi les manifestants, chiffre largement dépassé le lendemain puisque c'est près de 100 victimes qui ont été dénombrées.

L'UMP a choisi son camp par la voix d'Hervé Mariton – passé les protestations de pure forme – qui propose de reconnaître la suzeraineté russe sur l'Ukraine.

Beaucoup de citoyens réagissent en exprimant leur solidarité avec le peuple ukrainien victime de l'acharnement de «ses» dirigeants à vouloir conserver le pouvoir à tout prix, y compris celui du sang du peuple. Mais de nombreuses voix s'élèvent désormais pour relativiser... Dire que décidément tout est plus compliqué que ce que l'on croit et que ce que les médias voudraient bien nous dire. Ma première réaction est de dire qu'on le savait effectivement déjà.

L'Ukraine est un pays divisé, profondément divisé, qui souffre des tiraillements cumulés qui existent dans les Républiques de l'ex-Union Soviétique et des poussées populistes constatées dans les États d'Europe centrale.

BHL_Maidan.jpgLes premières réactions gênantes me sont apparues quand les railleries ont commencé sur le numéro désormais habituel de «sauveur de l'Humanité» que s'est attribué Bernard-Henri Lévy. L'intervention excessive de ce jouisseur mondain, plus intéressé par le retentissement du son de ses mots dans les médias que par toute autre chose, est effectivement risible et ridicule.

Faire assaut de faux bons sentiments pour exiger à 3 jours de la fin de JO déjà entachés originellement et exposer ainsi sa parole à l'échec incantatoire ne démontre qu'une chose : appeler des athlètes à quitter une compétition qui est leur seule préoccupation pour ne même pas obtenir une réaction de leur part est la preuve qu'on ne veut faire que bruit. Les premières victimes en sont les manifestants de Maïdan et les Ukrainiens, car la seule intervention de BHL sert ensuite à jeter le discrédit sur la cause qu'il entend défendre ou plutôt qu'il utilise à des fins de promotion personnelle.

La critique au vitriol de BHL étant devenu le gage, le synonyme d'une certaine indépendance d'esprit, on glisse rapidement chez certains dans une jésuistique dangereuse : «puisqu'à bon droit, je dénonce le cirque et l'imposture BHL, je suis dans le vrai en dénonçant la réalité populaire et démocratique de l'insurrection ukrainienne». Un mode de raisonnement déjà couramment utilisé par Éric Zemmour et consorts pour s'ériger en rempart et résistant au «politiquement correct», ce qui finalement renvoient ce type d'argumentation et de personnages au même ridicule que BHL.

Le prétexte Svoboda

2014-02-20ukraine3.jpgPlus grave est la publication hier soir sur le site de L'Humanité (qu'on a connu mieux inspirée ces derniers temps) d'un article intitulé «Ukraine: le parti Svoboda est fasciste». Information déjà connue, ce parti s'illustrant depuis plusieurs années dans la Rada, le parlement ukrainien, et sa présence étant réelle sur Maïdan depuis le début des manifestations.

Mais quoi ! Svoboda n'est pas l'insurrection ou alors cela voudrait dire que tous les manifestants depuis 3 mois et la majorité de la population ukrainienne seraient fascistes ?!?? Allons reposons les choses... Quand on a un gouvernement corrompu, affairiste et violent, ça permet toujours à des mouvements fascistes de surfer, mais il n'y a pas de fatalité à considérer qu'entre les pro-Poutine mafieux et les fascistes il n'y aurait rien. L'Humanité est malhonnête sur ce coup-là. Cet article analyse la situation avec des lunettes datées. Comme quand Mitterrand pensait qu'il ne fallait pas vexer les Serbes. J'y vois malheureusement la trace d'un héritage soviétique toujours mal digéré.

Mais ce sont les commentaires qui accompagnent cet article sur les réseaux sociaux qui m'inquiètent le plus. Une sorte de réplique «anti-système», pendant de la défiance populiste et xénophobes manipulatrice qui s'est déchaînée voici quelques semaines autour de «l'affaire Dieudonné» : tous les médias français et occidentaux seraient forcément orientés «car on nous ment vous savez» (et donc seule L'Humanité avec ses envoyés spéciaux - elle en a ? - aurait fait un vrai travail d'investigation). «Et les manifestants de Maïdan on nous a caché que c'était des complices des fascistes et qu'ils étaient accompagnés par des prêtres présents sur la Place». Et puis «vous savez Svoboda fait deux millions de voix c'est tout de même inquiétant» (j'y trouve là les mêmes arguments des chroniqueurs de droite qui s'offusquent de la percée d'Aube Dorée en Grèce – de 0 à 7 et bientôt à 10% - quand le véritable phénomène politique est que c'est Syriza, la gauche radicale, démocratique et européenne qui reçoit aujourd'hui la confiance issue de la colère populaire grecque avec près de 35% des intentions de vote).

Le FN fait bien plus que les deux millions de voix de Svoboda... Or les corps électoraux français et ukrainiens sont de poids comparables... Aujourd'hui dans ceux qui s'opposent aux pourris il y a Svoboda... Tous ceux qui critiquent Hollande en France seraient-ils coupables de collusion avec le FN ? Coupables de lui servir la soupe ? On m'objectera que la France n'est pas en situation insurrectionnelle et que la comparaison touche ses limites. J'en conviens mais arrêtons de réduire la signification de cette nouvelle Révolution ukrainienne

Or plus on attend plus on cède à l'idée de "attention c'est compliqué vous savez", plus on donne de victoires d'un côté à Poutine et à ses valets et l'autre aux fascistes...

1012986.jpgÊtre sûr Maïdan depuis 3 mois, devoir se défendre de forces de l'ordre ouvertement violentes, puis riposter contre un pouvoir qui a perdu toute légitimité en faisant tirer contre son peuple, ça n'est pas être fasciste.

Et que devrions-nous faire si les démocrates dans la rue sont de fait alliés des fascistes ? parce que c'est le cas. Car il est évident qu'en soufflant le chaud et le froid, qu'en maniant des fausses concessions aussitôt récusées et la répression la «Famille» Ianoukovitch a joué l'escalade et déclenché l'affrontement depuis le début de la semaine. Dans ces situations, tout groupe se radicalise pour répondre et se défendre, et la peur qui fait fuir une partie des manifestants renforcent mécaniquement le poids de la présence des réactionnaires ; qui ne sont d'ailleurs pas seuls dans les affrontements puisque des «éléments d'extrême gauche» sont également signalés dans le déclenchement des heurts. Est-ce suffisant pour condamner le mouvement ?

Légitimité institutionnelle ? Et si on faisait un peu de politique ?

Peu importe désormais que les fascistes soient en partie responsables de l'intensité des affrontements depuis hier soir, un gouvernement corrompu et autoritariste, aux ordres de l'étranger, tue son peuple... et a perdu toute légitimité.

Ianoukovitch a été élu démocratiquement me direz-vous et son mandat ne s'achève que dans un an. Voilà une lecture du respect absolu des institutions que je ne m'attendais pas à trouver à gauche, surtout quand les institutions ont été retaillées pour consolider un pouvoir autoritaire et corrompu. En 2010, Ianoukovitch a reçu 49% des suffrages contre 47 à Timochenko. Il a gagné – après avoir été mis à la porte pour les mêmes faits qu'on lui reproche encore aujourd'hui – dans un contexte de déconfiture de l'actuelle opposition, totalement déconsidérée pour n'avoir pas su assurer la stabilité du pays. C'est ce qui explique également la montée de Svoboda. Je n'ai donc aucune illusion sur les leaders de l'opposition, mais les manifestants ne sont pas naïfs et sont depuis longtemps organisés malgré eux.

180443203.jpgDepuis trois mois, ce sont des élections anticipées qui sont réclamées sur Maïdan, on a connu des revendications plus réactionnaires. Depuis trois mois, les manifestants proviennent de toutes les régions du pays, y compris russophones où le Parti des Régions de Ianoukouvitch était censé régner en maître. Plus aucune manifestation pro-présidentielle n'est d'ailleurs organisée depuis un mois et demi, où les manifestants eux-mêmes témoignaient avoir été payés pour venir soutenir Ianoukovitch. Aucune mobilisation spontanée populaire ne va d'ailleurs dans ce sens, ce qui pourrait éventuellement éviter à la société ukrainienne de sombrer dans la guerre civile. Le Parti des Régions lui-même est en train d'exploser, des députés se désolidarisant du président – le Maire de Kijev lui-même – ou certains parmi les plus proches et bénéficiaires de ses largesses fuyant le pays. Hier soir la Rada a voté à la majorité pour l'abrogation des mesures d'exception qui fondaient la «légalité» de la répression. On a connu légitimité populaire mieux assise et dans n'importe quel pays un peu démocratique traversant une crise, des élections anticipées auraient été engagées depuis longtemps.

Et c'est là où l'article de L'Humanité est malhonnête parce qu'en pointant aujourd'hui Svoboda alors qu'ils sont là depuis le début ils essaient de discréditer tout un mouvement au moment le plus dramatique et vital, de trouver une légitimité à Ianoukovitch et à son action immonde (par nostalgie de la puissance russe avant 1991)...

Impuissance ou "pilatisation" européenne

Fabius et consorts vont faire ce qu'ils peuvent mais Ianoukovitch et Poutine vont gagner du temps, multiplier les provocations pour finir le sale boulot.

Comment expliquer que les Berkouts étaient en déroute jeudi matin, après une contre-offensive des manifestants où étaient bien sûr présent les fascistes de Svoboda, tout d'un coup des unités ultra-calmes sorties de nul part et armées de kalachnikov se mettent en place et alignent la foule avant de tirer. Qui a décidé de l'assaut de jeudi matin ? Qui a organisé cette mise en scène si ce n'est ceux qui des deux côtés ont intérêts à la déflagration, soit Ianoukovitch et la "Famille" et les fascistes ?

Fabius_BFMTV.jpgCette stratégie se poursuit sous nos yeux, la Présidence ukrainienne ayant annoncé avoir trouvé un accord avec l'opposition, que les ministres français, allemands et polonais des Affaires étrangères refusent à cette heure de confirmer tant la manipulation est la règle de ce pouvoir. Enfin, Laurent Fabius le fait depuis la Chine car l'exécutif français n'a rien trouvé de mieux que de ne pas surseoir à ce voyage chinois et de laisser les Allemands et les Polonais seuls à Kijev... Et que faisait hier notre Président de la République – quand cette crise européenne devrait occuper tout son temps, lui qui s'est attelé à représidentialiser son image (tel son prédécesseur), il recevait Philippe Starck, qui je n'en doute pas doit avoir un avis éclairer sur la relance économique et l'avenir du continent.

L'avenir du Continent, c'est bien cela qui est en jeu. Face à une Russie autocratique qui a choisi comme espace de développement géostratégique l'Eurasie, avec une mythologie et des représentations qui emprunte tout à la fois à Ivan le Terrible, aux Romanov et à Staline, les Ukrainiens veulent vivre normalement c'est-à-dire dans un État de droit ; c'est cela que représente l'aspiration européenne, pas forcément adhérer à l'UE mais se détacher de la tradition autocratique russe... Et cette aspiration là n'a rien à voir avec le combat des fascistes de Svoboda : ne leur donnons pas la victoire par défaut, inaction et lâcheté...

Cyniquement, peut-être faut-il rappeler que le conflit n'est pas suffisamment enlisé pour qu'on ne puisse plus intervenir comme en Syrie, et que l'Ukraine est à nos frontières et non de l'autre côté de la Méditerrannée. Mais surtout, lorsqu'on a une morale d'internationaliste, il n'est pas tolérable de soutenir par défaut un gouvernement corrompu qui tire sur son peuple, tenu comme la cordre soutient le pendu par une nouvelle autocratie russe.

Ukraine_Protest_815924a-copie-1.jpgOr que peut offrir l'Union européenne aux Ukrainiens ? Pas grand chose et d'abord parce qu'elle n'en a pas la volonté. Poutine joue sur cela depuis le début lui qui veut reconstituer l'espace soviétique au travers d'une vaste zone de libre-échange au profit de «sa» Russie, conglomérat d'obligés et de dictateurs. Il a exigé l'arrêt de l'accord d'association et à fortement acheter le gouvernement ukrainien qu'il méprise par ailleurs ; l'UE si elle avait voulu de cet accord aurait mis les moyens pour que Ianoukovitch et son gouvernement n'aient pas d'autre choix que d'aller au bout de leurs engagements. Nous n'en serions peut-être pas là aujourd'hui. Le Conseil européen semble être tombé d'accord sur des mesures individuelles de gels des avoirs et de non délivrance de visa : on connaît malheureusement l'efficacité de ce type de mesures. Surtout au regard des investissements des oligarques ukrainiens en France, il y a longtemps que notre gouvernement aurait pu sévir.

Espérons que la nouvelle majorité parlementaire ukrainienne dans cette crise tienne seulement assez longtemps pour que de nouvelles élections générales soient effectivement organisées et puissent reprendre un vrai travail pour garantir une association de l'Ukraine à l'Union, à condition que celle-ci y mette le prix.

Frédéric FARAVEL

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