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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 08:02

Depuis hier après-midi, j'ai mal à ma gauche et mes convictions socialistes ont souffert avec violence.

post-twitter.pngJe n'ai pas été surpris de l'orientation générale que le Président de la République a donné à sa conférence de presse semestrielle. On a pu constater à plusieurs reprises depuis et dès le début du quinquennat que le Président François Hollande avait tourné le dos au discours du Bourget du candidat à la présidentielle. Je n'étais pas naïf au point de croire qu'il se range enfin à la raison en entendant ceux qui nombreux dans le Parti Socialiste, et bien au-delà des rangs de la motion Maintenant la Gauche, lui réclamaient un tournant de la relance.

1555315_10152230133148304_11113216_n.jpgLe Président a mis un terme définitif à ceux qui faisaient encore semblant de s'interroger sur son orientation politique : il n'y a pas de tournant mais une accélération. Pas de tournant parce que comme je l'écrivais quelques lignes plus haut, le discours du Bourget est depuis plus d'un an remisé dans un placard obscur des archives de campagne ; accélération sans précédent car le Président, malgré le peu de résultats positifs des solutions libérales imposées aux Etats européens, a creusé un peu plus le sillon d'une "politique de l'offre" en rupture complète avec le socialisme démocratique. Les seuls qui se réjouissent sincèrement de cette conférence de presse sont les journalistes économiques libéraux, le MEDEF et Madame Parisot.

Il y a par ailleurs une tartufferie odieuse dans la revendication énoncée par François Hollande de son orientation "social-démocrate". Malgré les débats abscons au sein du PS dans les années 1970 de savoir s'il y avait une différence infranchissable entre socialistes et sociaux-démocrates, ce qu'a présenté hier le Président de la République n'est en rien social-démocrate. La Social-Démocratie, c'est - comme le rappelait France Inter ce matin dans une archive de la campagne présidentielle de 1995 avec Lionel Jospin - la capacité d'un parti socialiste, travailliste ou social-démocrate à agir de concert avec des organisations multiples, syndicales et mutualistes notamment, capable de mettre en branle la société pour arracher après un rapport de force et une négociation un compromis avec les représentants des entreprises. La recherche du consensus a priori n'aboutit qu'à une capitulation en rase-campagne face aux détenteurs du capital et des moyens de production et à nos adversaires libéraux et conservateurs. Il y a en France une profonde difficulté à mettre en oeuvre par ailleurs un telle expérience au regard de la faiblesse des organisations syndicales et mutualistes et la culture conflictuelle du patronat français. Donc soit François Hollande est un social-démocrate sans bras, soit il n'arrive pas réellement à assumer là où sont ces réels modèles politiques : Tony Blair et Gerhardt Schröder qui ont tous deux rompus avec les politiques keynésiennes de la social-démocratie et surtout travaillé à limiter autant que possible les marges d'action des alliés syndicaux traditionnels de leurs partis respectifs. En Grande-Bretagne et en Allemagne, les chefs de gouvernement pré-cités ont conduit des politiques libérales, accrus la pauvreté dans leur corps social, dans le but de renforcer les intérêts des entreprises, dans l'idée naïve et erronée que le patronat finirait par concéder des contreparties. François Hollande est donc social-libéral. [je me permets de vous rappeler en référence la question de la crise de la social-démocratie européenne ici]

Il est social-libéral, quand il annonce qu'il propose de réduire les "charges" des entreprises - rupture grave dans le vocabulaire pour qualifier les cotisations qui financent notre système solidarité nationale et de protection sociale. L'attaque est d'autant plus grave qu'il s'agit ici de supprimer les cotisations sociales des entreprises d'ici 2017 pour la branche famille ; cette même branche famille avait déjà été mise à mal dans la réforme des retraites qu'il a fait adopter au forceps et qui aboutit à un recul inédit des droits sociaux des salariés. Comment financer ce manque de cotisations patronales ? sans compensation par les ménages ? en faisant des économies ? mais comment faire des économies sur la politique familiale de la France sans conduire vers sa perte un système de solidarité qui nous est envié et qui est l'une des raisons du dynamisme démographique de notre pays...

François Hollande nous annonce qu'en échange la négociation sociale aboutira de la part des entreprises à des créations d'emlois. Un "observatoire des contreparties" sera créé à cet effet, mais en quoi est-ce une garantie quand on voit qu'il n'y a eu aucune contrepartie à la création du Crédit d'Impôt Compétitivité Emploi (CICE), cet allègement inconsidéré du "prix du travail" financé par l'aggravation du coût de la TVA pour les Français ; il n'y a pas eu plus de contreparties en emploi à la transcription - là encore imposée au forceps - dans la loi de l'accord national interprofessionnel sur la flexibilisation du marché du travail. Aucun cadeau fait au patronat ne trouve de contreparties.

Cette absence de retour en emplois n'est parfois même pas une question de mauvaise volonté pour la majorité des chefs d'entreprises de ce pays ; il n'y a qu'à entendre les commentaires des représentants locaux de la CGPME - qui sont tout de même contents de prendre ce qu'on leur offre - qui rappellent que l'on ne peut créer des emplois qu'à la condition de remplir les carnets de commandes, grâce à l'investissement et à la croissance. Voilà l'erreur du président : sa "politique de l'offre" ne peut pas marcher, elle mettra à mal la cohésion sociale et restera économiquement bancale. Maintenant la Gauche propose pourtant une alternative équilibrée tenant compte autant des enjeux d'offre et de demande dans son plan de relance écologique et social... sans investissement, pas de retour de la croissance, pas de réduction de la dette. L'aggravation de l'austérité annoncée par le Président, à hauteur de 50 milliards d'euros, n'aboutira qu'à une mise à mal des services publics et finalement à éloigner le Graal de la réduction de la dette.

François Hollande est également social-libéral lorsqu'il oublie la nécessité de porter haut la remise à plat de la fiscalité française portée par Jean-Marc Ayrault, son premier ministe, et pour laquellle nous nous étions fortement engagés. Cet oubli sonne comme un enterrement de première classe de cet impératif et de l'autorité du locataire de Matignon.

Le caporalisme social-libéral s'incarne enfin dans l'annonce du Président d'engager la responsabilité du gouvernement sur la politique économique qu'il a annoncée hier. L'usage du 49.3 sur des mesures qui vont forcément fracturer la gauche ne peut aboutir qu'à deux solutions pour ceux - nombreux - qui sont en désaccord avec cette rupture avec tous les référents économiques du socialisme démocratique :

  • - abdiquer devant l'autorité de l'exécutif et ronger sa frustration et son humiliation ;
  • - être exclu de la majorité en assumant son désaccord avec le Président et sa fidélité à la volonté de transformation sociale et à son camp social.

François Hollande vient définitivement de briser la majorité électorale qui l'a portée au pouvoir. L'incapacité du PS a faire vivre une pensée autonome de l'exécutif et sa plasticité pour accepter du jour au lendemain sans barguigner le contraire de ses orientations (ça me rappelle plus la façon dont les partis staliniens racontaient un jour le contraire de la veille parce que le "Petit Père des Peuples" avait changé de stratégie) parce qu'il faut suivre les injonctions de l'Elysée marque également une défaite du socialisme démocratique.

J'ai mal à ma gauche.

Frédéric Faravel

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10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 08:42

photo_zenith.jpegAprès une journée juridique "haletante" qui se voudrait l'épilogue provisoire d'une offensive de deux semaines engagée par Manuel Valls, le Conseil d'Etat a tranché en urgence pour valider l'arrêté préfectoral qui interdisait le meeting de Dieudonné M'bala M'bala au Zénith de Nantes Métropole, après que ce même arrêté a été annulé par le Tribunal Administratif de Nantes.

Je crains malheureusement que nous ne soyons pas au bout.

Nous ne sommes pas au bout pour plusieurs raisons.

Premièrement, parce que le militant antisémite et raciste qu'est Dieudonné n'arrêtera pas de répandre sa haine que ce soit sur internet ou dans plusieurs salles ; et malheureusement, les deux dernières semaines ont offert une publicité monumentale à un individu en plein délire politique et psychologique.

Deuxièmement, parce que les recours à la décision du Conseil d'Etat existent, notamment au niveau de la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH) et que le passage de cette instance ne garantit à ce jour aucun résultat.

Il faut attaquer Dieudonné sur tous les fronts mais malgré la décision rapide du Conseil d’État, je continue à trouver la voie juridique utilisée fragile, notamment si elle est examinée devant la CEDH...

VallsPour l'instant Manuel Valls pourra se prévaloir d'une belle victoire politique pour tenter de faire oublier ses frasques précédentes. Le Ministre de l'Intérieur pense sans aucun doute que son action sert la République, mais je crois aussi qu'il a vu dans cette séquence une occasion d'élever sa stature. L'Elysée et Matignon semblent une fois encore avoir subi l'initiative de celui qui se croit un destin présidentiel, ce qui pose question sur la nature de l'autorité de l'exécutif.

Par ailleurs, il est étonnant que l'initiative de cette offensive soit venue de la Place Beauvau et non de la Garde des Sceaux. Il est étonnant que la circulaire émane du ministre de l'intérieur et non du ministère de la Justice, circulaire qui aurait ainsi pu être adressée à tous les parquets pour préciser la position de la République face aux infractions racistes et antisémites, la voie pénale offrant plus de garanties de succès.

Or on a vu, malgré la position du Conseil d'Etat, que la voie administrative permet de faire croire qu'il existe un débat qui ne devrait pas avoir lieu d'être puisqu'une décision a été prise dans un sens puis dans l'autre. D'autre part, on a vu un des sbires de Manuel Valls réagir avec trop de hâte hier après-midi, Luc Carvounas, s'inquiétant de la défaite politique éventuelle de son mentor après la décision du tribunal administratif de Nantes, avait commencé à réclamer une modification de la loi pour permettre l'interdiction de spectacles a priori.

Mais si la CEDH casse la décision du Conseil d’État nous aurons un double problème :

1- la législation française sur les valeurs républicaines et le racisme sera fortement mise en cause ;

2- certains y trouveront de nouveaux arguments pour dénoncer en soi la construction européenne.

Je le répète encore la voie choisie par Manuel Valls comporte en elle plus d'incertitude et de risque que d'atouts même momentanés.

Il ne s'agit de préférer aucun totalitarisme ; nous n'aurions pas dû être entraînés dans ce débat qu'a fait naître cette affaire entre liberté d'expression et lutte contre le racisme... ce qui est dramatique dans cette affaire c'est que certains d'entre nous en viennent à se poser cette question.

A ce titre, je récuse parfaitement l'anachronisme qui consiste à comparer l'affaire présente au conflit politique et juridique de la fin du XIXème siècle sur les "lois scélérates" - et je regrette que la Ligue des Droits de l'Homme et Edwy Plenel se soient enfermés dans cet argumentaire - car il y a une différence notoire entre vouloir interdire l'activité politique anarchiste et libertaire au prétexte que certains d'entre eux avaient choisi la lutte armée et le terrorisme (comme si on avait interdit les partis trotskistes ou maoïstes à cause d'Action Directe) et combattre politique et juridiquement la parole et les actes racistes et antisémités, qui ne sont en aucun cas une opinion mais des délits. D'autre part, l'Anarchisme dénonce l'ordre sociale et veut transformer la société, c'est donc en soi un humanisme, même si certains peuvent sombrer (comme pour toutes les idéologies) dans la violence ; l'antisémitisme et le racisme de Dieudonné, des groupuscules d'extrême droite, des Islamistes, et d'une bonne partie des dirigeants du Front National sont une attaque réactionnaire contre des groupes d'individus pour ce qu'ils sont c'est à dire leur identité et leur droit à l'existence : ainsi le racisme et l'antisémitisme sont en soi une violence et contienne en eux la destruction de l'Humanité.

Je suis moi-même confus de devoir reposer ces bases, ce qui démontre le point de médiocrité et de perversité qu'a atteint le débat public dans notre pays.

Si Dieudonné et les extrêmes droites - du FN jusqu'aux groupes national-socialistes - trouvent aujourd'hui échos et visibilité, c'est que la société française traverse une crise importante qui semble dévaloriser les valeurs humanistes, progressistes et universelles de la République :

  • - la crise économique et sociale que nous traversons atteint profondément la qualité de vie au quotidien des Français, la capacité de notre pays à offrir dans le travail, les revenus, et les espaces publics, une dignité et une possibilité individuelle et collective à l'épanouissement et l'émancipation ;
  • - la mondialisation dans sa version libérale et financière n'a reçu à ce jour aucune réponse sérieuse de la part des forces politiques progressistes, ni au niveau national, ni au niveau européen, et met en cause directement le principe de souveraineté populaire et donc de démocratie. Elle ne peut donc qu'angoisser nos concitoyens sur notre capacité collective à agir concrètement sur la réalité ;
  • - l'ossification de la ségrégration territoriale et sociale accentue les difficultés d'intégration et le sentiment de discrimination d'une partie importante de la population française. N'oublions pas qu'une des conséquences de notre histoire coloniale, c'est que plus de 10 millions de nos concitoyens (rapatriés d'Algérie compris) sont issus de l'ancien Empire français et peuvent donc avoir un rapport complexe avec l'action de la République française dans le passé. Ce rapport est bien plus compliqué à solder si la discrimination perdure quelques 52 ans après l'indépendance de notre dernière colonie. Ainsi, il n'est pas étonnant que certains puissent se laisser manipuler par ce qu'ils croient être une parole antisystème et que Dieudonné puisse faire croire à certains qu'il est l'écho de leur propre malaise (surtout quand il reçoit le soutien d'un Anelka, archétype du sportif qu'on a érigé en modèle - sulfureux sans doute - quasi exclusif de réussite pour les jeunes des quartiers populaires).

C'est pourquoi, bien que l'action juridique soit nécessaire pour combattre le racisme et l'antisémitisme, nous ne parviendrons pas à combattre la bête immonde sans projet politique fédérateur, sans proposer à nos concitoyens un horizon souverain.

Comme socialiste, je crois que le sens du progrès doit nous encourager plus que jamais à un projet de rupture avec le libéralisme économique, qui s'incarne en Europe dans la conception ordo-libérale. Nous ne pouvons pas poursuivre en France sur la voie illusoire d'un "socialisme de l'offre" qui n'a rien de socialiste et qui est une capitulation en règle devant l'idéologie de l'argent. Nous devons prendre le tournant de la relance, choisir l'investissement, pour espèrer résoudre la question de la dette publique tant au niveau national qu'au niveau européen, mais surtout pour offrir aux Français et aux Européens une perspective d'avenir qui tranche avec le chemin du lent déclin politique nous empruntons.

Nous devons réaffirmer le rôle de la puissance publique dans l'espace public : partout où reculent les services publics et la solidarité sociale, prospèrent les communautarismes, la xénophobie et les nationalismes.

Les élections européennes devraient être l'occasion de ce débat, d'autant plus que c'est à ce niveau que nous pouvons remettre de l'ordre dans le processus de mondialisation qui a été pourri par le libéralisme ; mais je crains que les orientations trop longtemps inscrites dans la vulgate de l'Union n'offrent en mai 2014 un piédestal aux populismes de droite et à l'extrême droite.

L'urgence du combat politique ne doit cependant pas nous détourner de la nécessité profonde de travailler à la refondation du projet socialiste.

Frédéric FARAVEL

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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 09:39

Le combat contre le racisme et l'antisémitisme ne saurait souffrir de faiblesse. Il est donc nécessaire d'être ferme et sans pitié pour ceux qui tentent de banaliser la parole xénophobe. Poursuivre avec la dernière sévérité tout auteur de propos racistes, enquêter sur leurs petits et gros arrangements avec l'évasion fiscale et donc démonter leurs discours hypocrites sur leur soi-disant probité : voilà nos armes juridiques efficaces.

VallsCependant, je crains que la voie choisie par le ministre de l'Intérieur - dès le départ (avec une double page dans le JDD) - soit particulièrement risquée juridiquement et offre une tribune monumentale à de nombreux fachoïdes nauséabonds (et pas seulement à un barbu)... Il n'y a qu'à faire la somme de ce qui tourne en boucle depuis deux semaines dans les médias. Dans cet emballement, Manuel Valls et la Presse rivalisent pour mettre en lumière nos ennemis. Mais comme je suis un homme de gauche, je suis certain que notre camarade Manuel est évidemment animé des meilleures intentions dans cette affaire.

Je suis pour ma part convaincu que notre principale arme est avant tout politique. Je suis convaincu que les Français sont moins racistes que ne le pensent les médias et les politiques. Certains responsables politiques - essentiellement à l'UMP et de ce côté-là Fillon et Copé sont dans le même bateau - choisissent de "briser les tabous" et de banaliser les thèmes d'extrême-droite parce qu'ils pensent que c'est électoralement porteur... ils se trompent et en faisant cela ils prennent la responsabilité de banaliser l'anti-République.

Je suis également convaincu qu'il est vain de trouver des arguments pour dédouanner les discours antisionistes vertueux de ceux qui seraient un maquillage pour l'antisémitisme - voir la tentative de défense de Pierre Haski : en effet, à partir du moment où le message principal de l'antisionisme tend à dénier à l'Etat d'Israël son droit à l'existence, il sera toujours un refuge pour les lâches antisémites de tout poil, blanc, islamiste, ou "africaniste"... n'en déplaise aux doux rêveurs. Je dis cela d'autant plus tranquillement que je connais toute les ambigüités malsaines originelles du sionisme et les dérives actuelles et lamentables de cette idéologie, notamment au sein de la droite israélienne mais au-delà. En cela, je recommande chaudement à tous les lectures des essais de l'écrivain et politologue israélien Shlomo Sand : Comment le peuple juif fut inventé (2008), Comment la terre d'Israël fut inventée : De la Terre sainte à la mère patrie (2012), Comment j'ai cessé d'être juif (2013).

Je suis également convaincu qu'une vraie politique de gauche, centrée sur la relance économique et la justice sociale, répondra bien mieux aux attentes des Français tentés de voter FN que de courir derrière ce parti.

Monsieur le Président, ce sont vos électeurs qu'il faut entendre plutôt que de chercher à amadouer les "entrepreneurs".

Frédéric FARAVEL

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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 14:17

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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 13:30

Nelson Mandela nous a quittés le 5 décembre dernier ; il a été enterré ce dimanche 15 décembre à Qunu, le village de son enfance.

Tout le monde s'attendait à ce dénouement à la fois tragique et banal, au regard du grand âge du leader sud-africain. Pourtant, le soir du 5 décembre j'ai ressenti une profonde tristesse qui a mis un certain temps à s'estomper. Ceci explique que je n'ai pas pu trouver le courage d'écrire ces lignes plus tôt.

Le décès de Mandela - pour prévisible et attendu qu'il était - est l'un des rares évènements "politiques" qui m'ait arraché des larmes. Des larmes de colère et de tristesse, le soir de l'assassinat d'Yitzhak Rabin à Tel-Aviv le 4 novembre 1995, alors que le premier ministre travailliste israélien descendait de la tribune d'une manifestation en faveur de la Paix. Des larmes de colère j'en ai versé en apprenant que suite au sabotage des accords de paix (rendus possibles par un cessez-le-feu unilatéral Républicains le 31 août 1994) par John Major, premier ministre britannique, l'IRA avait décidé de reprendre les opérations militaires le vendredi 9 février 1996.

Manifestation-pour-la-liberation-de-Mandela.jpgCette émotion si forte découle de ce que Mandela a représenté pour ma génération en politique ; pour l'adolescent que j'étais, déjà sensibilisé au combat anti-raciste à la fin des années 1980, la revendication pour la libération de Nelson Mandela a été déterminante pour notre, mon, éveil à l'engagement et à la conscience politique. Nous sommes allés en manifestations, on souriait aux (rares) affiches collées dans nos rues pour nous rappeler son existence (en général c'était une campagne des Jeunesses Communistes), on regardait les concerts à la télévision avec U2, Johnny Clegg et Simple Minds.

Mandela_liberation.jpgLe 11 février 1990, au lieu de fêter avec un peu d'entrain l'anniversaire que ma famille m'avait préparé, j'ai passé la journée à regarder en direct l'évènement historique, ce moment tant espéré et à la fois incroyable qu'avait été la libération de Nelson Mandela. C'était bien mieux comme cadeau. On découvrait enfin un homme dont on ne connaissait que le (mauvais) portrait fait de lui juste avant son procès dans les années 1960. On le reconnaissait à peine, car on s'attendait à voir sortir l'homme de l'affiche, sans mesurer que les marques du temps, de l'emprisonnement et des privations avaient pu pendant 27 ans transformer notre héro.

Et ce jour-là je me rappelle qu'il avait été encore au-delà de ce que nous pouvions imaginer de lui. Dans son discours depuis le balcon de l'Hôtel de Ville du Cap, il annonce ce qui va guider ensuite toute son action pour une nouvelle Afrique du Sud. "Je me tiens devant vous non comme un prophète, mais comme votre humble serviteur à vous, le peuple. Vos sacrifices infatigables et héroïques ont rendu possible ma présence ici aujourd'hui. Je place en conséquence les années restantes de ma vie entre vos mains." Même si les sceptiques pouvaient encore douter de sa différence avec les potentats africains, promettant un nouveau Mugabe, Mandela annonçait ainsi son attachement profond et réel à la démocratie et à l'éthique en politique : tenir son pouvoir du peuple pour le servir.

C'est sa détermination, son attachement à la paix et à la démocratie qui permirent à l'Afrique du Sud de passer de l'Union Sud-Africaine des Afrikaners à la Nation Arc-en-Ciel ; y compris quand Frederik De Klerk, son co-Nobel, jouait avec le feu et instrumentalisait la violence du parti zulu Imkhata, dirigé par le prince Buthelezi, protégé des Britanniques.

photo-of-nelson-mandela-in-traditional-clothing.jpgSon discours d'investiture comme président en le 10 mai 1994 "De l'expérience d'un extraordinaire désastre humain qui a duré trop longtemps doit naître une société dont toute l'humanité sera fière... Jamais, jamais, plus jamais ce magnifique pays ne devra connaître l'oppression d'un homme par un autre. [...] Nous forgeons une alliance qui nous fera bâtir une société dans laquelle tous les Sud-Africains, noirs et blancs, pourront marcher la tête haute, sans peur dans leur coeur, assurés de leur droit inaliénable à la dignité humaine - une Nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et le monde." faisait écho à sa défense lors du procès de Rivonia 30 ans plus tôt "J'ai lutté contre la domination blanche et j'ai lutté contre la domination noire. Mon idéal le plus cher a été celui d'une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie avec des chances égales. J'espère vivre assez longtemps pour l'atteindre. Mais si cela est nécessaire, c'est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir." Il n'a jamais dévié de sa route, quitte à rompre avec sa femme Winnie lorsqu'il ne put que constater la dérive violente et maffieuse de celle qui l'avait pourtant soutenu psychologiquement et politiquement durant toute sa captivité.

J'entends aujourd'hui certains vouloir relativiser son action à la présidence dénonçant le manque de bilan social de son mandat. Mais rappelons qu'il n'a fait qu'un mandat et que la priorité de celui-ci fut la construction d'une nouvelle république, sortir le pays de la violence, permettre la cohabition réelle des blancs et des noirs, reconstruire une économie dramatiquement touchée par le boycott que la communauté internationale avait été peu à peu contrainte de mettre en place à cause l'ignoble régime de l'apartheid.

FrancoisPienaarNelsonMandela131215TrophyG300.jpgOn oublie les combats qu'il a mené après avoir quitté le pouvoir (car lui l'a quitté) contre la pauvreté ou les ravages du SIDA et son respect infini de la démocratie sud-africaine et des décisions internes de son parti l'ANC, alors que son aura aurait suffi à bousculer toutes les décisions. Mandela ne s'est jamais représenté en Messie ou en homme providentiel.

Il ne saurait être réduit non plus à une icône supplémentaire et saint-sulpicienne de la non-violence. Confronté à la violence du pouvoir blanc, c'est lui qui prit avec raison la décision de lancer l'ANC dans la lutte armée, veillant à ne pas causer de pertes humaines, car il n'y avait plus d'autres solutions. Ce choix des années 1960, il ne l'a jamais renié.

A contrario, qu'il est navrant de voir les charretées de condoléances hypocrites qui à travers le monde salue aujourd'hui la mémoire d'un homme devenu icône et qu'ils ou leurs mentors combattirent avec la dernière énergie (Jacques Chirac - interview dans Magazine Hebdo* en 1984 - quand le RPR qu'il dirigeait et toute la droite française avaient pour modèle Margareth Thatcher). 

C'est aussi susciter la bêtise de quelques personnes qui croient être des responsables politiques comme Rama Yade qui associe l'oeuvre de Mandela à "la longue lutte contre le communisme". Cette personne manque donc à ce point de culture pour ignorer la réalité politique ? Autant Mandela a toujours veillé comme responsable de l'ANC, avant et pendant la clandestinité, puis de sa prison, à empêcher la mise sous tutelle de son mouvement par le Parti Communiste Sud-Africain, mais on peut effacer la solide alliance qu'il construit avec les militants blancs du SACP, et qui ne fut sans doute pas étranger à sa prise de conscience que l'hégémonie noire serait tout autant délétère que l'hégémonie raciste blanche.

Il ne peut pas être oublié non plus c'est le camp international communiste et les mouvements politiques communistes qui furent ses plus tenaces soutiens et contribuèrent dans les pays occidentaux à ce que le prisonnier politique ne sombre pas dans l'oubli.

Si l'ANC finit par adhérer à l'Internationale Socialiste ce n'est pas tant par lutte anti-communiste que parce que l'orientation sociale-démocrate de ses leaders étaient dès l'origine établie.

Je veux ici rappeler que, bien que la France ait mis un certain temps à adopter une position claire sur l'Apartheid, François et Daniel Mitterrand avec Laurent Fabius comme premier ministre conduirent une action déterminante pour changer la position des démocraties européennes, au moment où Margareth Thatcher expliquait que Pinochet était un homme charmant et Mandela un terroriste.

Au moment où Mandela s'en va, alors qu'il fut un de ceux qui porta au plus haut la signification que la devise républicaine et révolutionnaire Liberté-Egalité-Fraternité, on mesure à quel point une femme ou un homme politique de sa trempe, et aussi peu ambigus que lui, manque à la gauche internationale.

On mesure à quel point la faillite du messianisme totalitaire communiste et l'incapacité de la sociale-démocratie à faire vivre un idéal à la fois révolutionnaire et démocratique créent un vide qui laisse le champ à la fois à une logique de marché destructrice et finalement anti-démocratique, aux communautarismes et à de nouveaux totalitarismes réactionnaires et religieux.

Le débat existe dans le propre pays de Mandela où lui succédèrent un Thabo Mbeki converti à l'ultra libéralisme et à l'aveuglement sur le SIDA et désormais un Jacob Zuma populiste et corrompu, l'ANC ne jouant pour recueillir des suffrages que sur l'icône de Madiba sans se poser la question des réels fondements du développement de la République Sud-Africaine. Cette dérive qui fait aujourd'hui ressembler l'ANC au Parti Révolutionnaire Institutionnel mexicain a connu sa plus grave démonstration quand l'Archevêque anglican Desmond Tutu a manqué d'être exclu de la cérémonie funèbre de son compagnon de lutte. La mort de Mandela empêche désormais de se voiler la face sur les insuffisances de l'Internationale Socialiste, incapable de donner une orientation cohérente aux partis qui la composent, tout comme l'ANC n'est plus qu'une coquille vide, qui mériterait d'être scindée pour qu'émerge un vrai parti socialiste sud-africain, capable de prendra la relève du combat de Madiba.

Il n'est plus temps de pleurer et de se lamenter sur la mort du grand Homme. Suivons l'exemple des sud-africains qui avaient depuis plusieurs mois si ce n'est plusieurs années fait le deuil du "Père de la Nation arc-en-ciel", depuis longtemps retiré de la vie politique, et qui s'entendaient sur le moment venu de le laisser partir. Il n'est plus temps de pleurer mais d'honorer sa mémoire et suivre son exemple, en reprenant le chemin de l'espérance qui sera toujours révolutionnaire.

Frédéric FARAVEL

* Magazine Hebdo est un magazine hebdomadaire français d'information générale, de tendance droite libérale, qui parut au cours des années Mitterrand, de 1983 à 1985. Il fut créé par Alain Lefebvre, directeur du groupe Media, ancien membre de la Fédération des étudiants nationalistes, d'Europe-Action et du GRECE, tous groupuscules d'extrême droite.

Le directeur de la rédaction fut Jean-Claude Valla, ancien du Figaro magazine. Le rédacteur en chef était Claude Jacquemart, ancien directeur du journal maurrassien Le Charivari au début des années 1960, qui s'était réfugié un temps en Belgique pour échapper à une arrestation, à cause de sa proximité avec l'Organisation armée secrète.

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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 15:22

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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 11:23

L'entretien d'hier matin sur France Inter avec Vincent Peillon puis son débat dans la foulée avec Philippe Meirieu sur la refondation de l'école républicaine ont été d'une très grande qualité. Il est dommage que le ministre de l'éducation se soit enferré dans des non réponses sur sa candidature inutile aux élections européennes, mais il faudra surtout retenir la force de la réflexion sur l'éducation et des propositions portées par le ministère, qui offrent à la communauté éducative une opportunité comme elle n'en a pas eu depuis près de 20 ans.

Vous trouverez ci-dessous les deux vidéos.

Frédéric FARAVEL


L'invité de 8h20 : Vincent Peillon par franceinter
Interactiv' : Vincent Peillon et Philippe Meirieu par franceinter

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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 08:49

Attaques racistes contre Christiane Taubira, manifestations, sifflets et insultes contre l’État un 11-Novembre jour de commémoration nationale, le gouvernement a raison de faire preuve de fermeté et de rappeler que la République ne doit faire preuve d'aucune indulgence contre ses ennemis.

Drtx159fq.jpgepuis l'été 2012, une sorte de "mouvement social de droite" allant de la "Manif pour tous" aux "Bonnets rouges", avec les "pigeons" comme précurseurs, occupe l'espace public, débordant largement une opposition conservatrice et centriste qui reste toujours sans projet, sans leader et sans initiative. L'UMP, et dans une moindre mesure l'UDI (désormais rejointe par le MODEM), en est réduite à suivre les combats de ce mouvement social, sans jamais réussir à prendre la main dessus, et en se trouvant piégée par son discours souvent réactionnaire.

On pourra toujours dire qu'en cela le fond idéologique avait été préparé de longue date à ce tournant réactionnaire par l'action et la synthèse sarkozyste. Il n'en reste pas moins qu'en chevauchant une partie du discours homophobe et anti-Etat de ces mouvements, l'opposition de droite finit par lui accorder une certaine légitimité.

Cependant lorsque les tabous tombent en parole, le tabou de la violence ne tarde pas à tomber lui non plus. C'est ce qui s'est passé en Bretagne où la violence du mouvement des "bonnets rouges" a pu bénéficier pendant plusieurs jours d'une certaine latitude. C'est ce qui ne manquera pas d'arriver (comme les débordements homophobes ont suivi le mouvement anti-mariage pour tous) si la République ne réagit pas avec la plus ferme des déterminations contre les débordements racistes et anti-parlementariste qui s'expriment à l'extrême droite, contre la Garde des Sceaux, comme une sorte de prolongement d'ailleurs de la "Manif pour tous".

Or, la gauche a une part de responsabilité dans cette "chienlit" réactionnaire et conservatrice.

Dès le début du quinquennat, elle a mis en difficulté son camp politique et social, notamment en acculant à la défaite deux grands confédédérations, dont l'une - la CGT - avait appelé à voter pour François Hollande. Avec la transposition dans la loi de l'accord interprofessionnel sur la flexibilisation de l'emploi, mais aussi avec le Pacte de Compétitivité, puis avec le vote bloqué sur la réforme des retraites, le gouvernement donne l'impression d'infliger des défaites à la gauche syndicale.

Mais surtout, il a semé la confusion dans son propre électorat en menant une politique contraire à nombre des engaments de campagne :

  • - ratification du traité Merkozy en l'état alors qu'on avait annoncé sa renégociation avant toute ratification ;
  • - Pacte de compétitivité fondé sur la baisse du coût du travail, alors qu'on avait expliqué que ce n'était pas le coût du travail qui était en cause ;
  • - augmentation de la TVA pour financer la baisse du coût du travail (alors qu'on venait de supprimer la TVA sociale) ;
  • - transposition de l'accord emporté par le MEDEF sur la flexibilité de l'emploi ;
  • - réforme des retraites contraire au projet du PS de 2011 : "Nous rétablirons l’âge légal de départ à 60 ans (ce qui permettra à ceux qui ont commencé à travailler tôt ou exercé des métiers pénibles de pouvoir partir au même âge qu’avant la loi de 2010) et l’âge de départ sans décote à 65 ans. Nous engagerons la réforme des retraites que nous avons promise aux Français : un financement garanti avec une contribution du capital, le maintien des seniors dans l’emploi, la prise en compte de la pénibilité et de l’allongement de la durée de vie, et surtout un système universel et personnalisé qui permettra à chaque personne de faire des choix et d’organiser sa vie au moyen du compte temps-formation dont chaque Français disposera à partir du 1er janvier 2014. Nous nous donnerons les moyens de réussir cette réforme qui engagera plusieurs générations en menant une concertation avec les organisations syndicales et un débat public avec les Français en vue de décisions qui seront prises avant l’été 2013"
  • - abandon d'une réforme fiscale, après une série de mesures isolées et des reculs qui ont accentué la confusion dans ce domaine et surtout lésé réellement une partie des classes moyennes et populaires (dont certains se sont retrouvés contributrices alors qu'elles n'étaient pas imposables préalablement).

article_quimper.jpgD'ailleurs, sur ce dernier sujet, on voit bien comment la confusion jetée dans l'électorat de gauche et l'évitement d'une réforme fiscale profonde a permis de faire coaguler ensemble des protestations qui ne se seraient jamais rencontrées sinon : voir les ouvriers bretons défiler aux côtés de leurs patrons et de certains militants réactionnaires et identitaires à Quimper est assez inédit. Le retrait récent de FO de cette auberge espagnole n'y change rien le mal est fait, les autres syndicats peinant - suite à leur afaiblissement consécutitf à leurs difficultés à se positioner par rapport à la politique gouvernementale - à opérer des contre-feux ou à mobiliser des salariés de plus en plus profondément pessimistes sur des combats positifs.

On se retrouve exactement devant le même dilemne qu'avant mai 2012 : si la gauche n'assume pas son projet politique, ce n'est pas elle qui sera le réceptacle des aspirations et des demandes de changement, a fortiori si elle est au pouvoir. Ni le Front de Gauche, ni les confédérations de salariés n'arrivent aujourd'hui à mobiliser alors que les revendications sociales pourraient les porter (preuve s'il en est que les Français ne comprennent rien à la théorie éculée des "deux gauches" défendues par Jean-Luc Mélenchon), et le confusionnisme qui en découle pourrait rapidement profiter à des mouvements populistes d'extrême droite quelle que soit la région concernée (car on voit bien que le discours autonomiste breton - d'habitude plutôt généreux - est ici remplacé par une version assez négative).

Mais les groupuscules d'extrême droite menacent-ils la République au point que la gauche doivent la défendre dans la rue ? non... Les appels soudains à multiplier les manifestations contre l'extrême droite me paraissent à ce titre une fausse bonne idée ; d'autant que de la part d'une bonne partie des dirigeants du Parti Socialiste, il pourrait bien s'agir d'une médiocre stratégie politique pour rechercher désespèrément le soutien électoral de ceux qui nous désavouent au seul prétexte de faire barrage au FN. C'est là tout le débat qui avait occupé les socialistes lors de la table ronde des universités d'été 2013 sur la manière de combattre l'extrême droite : la majorité espérait que la menace électorale du FN, et du Rassemblement Bleu Marine qui cherche à le camoufler, serait un argument suffisant pour susciter une logique de défense républicaine au seul profit du Parti Socialiste. On en a vu l'inopérabilité d'élection partielle en élection partielle. Le danger FN dans les urnes n'est plus en soi suffisant pour inciter l'électeur de gauche à abandonner une tentation abstentionniste, ni même à reporter ses voix correctement au second tour.

La stratégie d'appeler à un meeting "contre les extrémismes" est par ailleurs encore confuse, car plutôt que d'appeler clairement à combattre le FN et les fascistes, la direction du PS (peut-être par erreur sémantique) tombe dans le même travers que François Fillon lorsqu'il appelle à voter "pour le moins sectaire" en cas de second tour gauche-FN.

L'autre espoir vain sur lequel peut compter le Parti Socialiste, c'est que la droite n'est aujourd'hui pas le réceptacle électoral du désaveu d'opinion dont souffre la gauche gouvernementale (qui entraîne avec elle dans une certaine mesure l'ensemble de la gauche) : la droite n'a pas bonne presse, elle est divisée et l'électeur ne se retournera vers elle pour sanctionner le gouvernement. Le FN/RBM aura également du mal à constituer des listes alternatives dans la plupart des villes et ne pourra engager un combat avec enjeu que dans quelques territoires symboliques comme Hénin-Beaumont, Carpentras ou Brignolles. Mais l'effet des triangulaires pourraient à nouveau être un handicap important pour la droite, d'autant que la plupart des maires de gauche (différent des Collomb et autre Rebsamen) ont en général plutôt assumé leur mission de "bouclier social" face à la crise, ce dont les électeurs pourraient leur être reconnaissant. C'est l'abstention qui peut fortement pénaliser la gauche dans ces élections locales, mais sans doute pas encore suffisamment pour conclure à une défaite cinglante comme en 2001 (défaite que l'on avait éludé, Matignon s'étant persuadé que Paris et Lyon suffisaient à signer la victoire). Il est à craindre que le gouvernement défende dès le 30 mars au soir, que les municipales marquent que le désaveu à son encontre est largement surjoué par un effet médiatique et qu'il n'y a donc pas lieu à changer. C'est alors aux élections européennes qu'avec ce type de discours risque de nous être présenté la note de manière plus cruelle encore, avec un électorat de gauche qui sera d'autant plus désabusé que le gouvernement n'aurait rien infléchi après les municipales : mais là encore on nous dira que les Européennes sont un défouloir et n'ont pas de réelle portée politique nationale.

Pourtant ce qui menace la République, c'est la misère sociale qui gangrène notre société et la désespérance économique qui étreint désormais tout notre pays : c'est là-dessus que surfe le FN. Changer de cap économique c'est répondre aux attentes des Français en rompant avec une logique sociale-libérale qui échoue ; c'est là que les Français attendent la gauche.

Ce n'est qu'en répondant à l'exaspération sociale des Français que nous pourrons briser le miroir aux alouettes du Front National. Tout discours "moralisant" est aujourd'hui inopérant tant que nos concitoyens ont l'impression que la politique qui est menée répond d'abord aux exigences du MEDEF, des agences de notation et des marchés financiers, plutôt qu'à la détresse économique vécue et à la confusion dans la société. Cela ne veut pas dire qu'il soit inutile ou interdit de démonter l'idéologie FN, mais les Français ne s'apprêtent pour 20% d'entre eux (dont certains électeurs de gauche) à voter FN parce qu'ils adhéreraient tous à ses idées nauséabondes. C'est effectivement un sentiment de ras-le-bol qui peut tout emporter, une partie de notre camp social s'estimant trahi et ne voulant pas pour autant s'entendre être catalogué "raciste". Ils sont sans doute dans l'erreur il joue avec le feu, mais alors dans ce cas déconstruisons les propositions du FN pour en démontrer les conséquences économiques et sociales ; et surtout agissons sur la réalité quotidienne de nos concitoyens (emplois, aides sociales, logement, transports, etc.) : nous n'en serons que plus forts ensuite pour rebâtir des cordons sanitaires avec les débordements xénophobes.

Investir pour l'économie et donc reécréer de l'emploi, reconstruire une fiscalité juste, sortir l'Europe de l'ornière austéritaire, c'est redevenir audible auprès des Français, inscrire notre action dans la durée et c'est là le vrai combat efficace contre les populistes et l'extrême droite.

A ce titre, on ne peut que se réjouir de l'annonce de la remise à plat du système fiscal français, en regrettant les quelques 15 mois perdus sur ce dossier. Mais nous ne sommes en rien assurés que ce travail soit suffisant : il faut des mesures fortes, mais il n'est pas garanti que le patronat une fois encore ne trouve pas un rapport de force en sa faveur comme le montre le refus d'intégrer dans la "remise à plat" la TVA. La gauche doit impérativement se mobiliser pour remettre dans le débat fiscal tout ce qui avait été suggéré par le Parti Socialiste en 2011.

Frédéric FARAVEL

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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 15:32

logo MLG 2Il y a les sondages… Il faut toujours les relativiser et les regarder avec perplexité car s’ils mêlent les chiffres concernant les électeurs de droite et ceux de gauche, ils ne disent souvent rien sur les raisons des choix de nos concitoyens. Nous avons toujours pris beaucoup de distance avec cette pseudo photographie de "l’opinion".

Il y a eu les élections partielles qui ont sonné comme une alerte tant les électeurs de gauche ont boudé les urnes, quand certains ont pu se laisser égarer en votant pour le FN.

Il y a les rencontres avec nos concitoyens, avec les militants, qui montrent qu’après l’attente plus ou moins patiente se manifeste désormais la défiance, la colère ou pour le moins la consternation.

Il y a les décisions nombreuses qui creusent un fossé entre le gouvernement avec deux des trois plus grands syndicats représentatifs de salariés, dont les adhérents ont massivement voté pour François Hollande et qui désapprouvent des mesures qui vont a l’encontre de leurs revendications et même parfois de nos engagements pendant les présidentielles. On pense au CICE, à l’ANI, à l’allongement de la durée de cotisation pour les retraites, etc.

Il y a les cafouillages, bidouillages, reculades, et parfois renoncements, qui entretiennent l’idée d’une absence de vision d’avenir, d’un manque de maîtrise de la situation et qui renforcent un sentiment d’inquiétude sur l’avenir.

Tout cela est connu et nul besoin de langue de bois pour éluder la crise politique majeure qui se conjugue à la grave crise économique et sociale que vit notre pays, comme bon nombre de pays européens.

Il n’y a pas seulement une succession de problèmes épars et d’erreurs ponctuelles, mais d’abord les conséquences des politiques d’austérité.

Il y a d’abord la situation objective du pays, la détérioration des conditions de vie d’un nombre croissant de nos concitoyens et surtout des signes peu encourageants pour l’avenir. Les délocalisations continuent à un rythme soutenu, la désindustrialisation n’est pas conjurée et les projets technologiques d’avenir ne semblent pas suffisants pour compenser la disparition de pans entiers de notre appareil productif. Le taux de chômage atteint des records dans toute l’Union Européenne et plus encore dans la zone Euro, la croissance prévue sera molle et même le taux particulièrement bas d’inflation manifeste des tendances à la déflation et à un taux d’activité limité. Le dumping social et fiscal continue de plus belle (cf. les bas salaires en Allemagne demeurent, les salaires ont fortement baissé en Espagne concurrençant notre économie) dans l’UE et la surévaluation de l’Euro poursuit son œuvre destructrice.

Si la plupart des Français demandent un changement de politique c’est bien qu’ils perçoivent que la logique de l’austérité – fut elle plus atténuée ici qu’ailleurs , l’alignement aux politiques européennes libérales et la pseudo-politique de l’offre sont des impasses. La marche forcée vers la réduction des dépenses publiques ne résoudront aucun de nos problèmes et le pseudo-remède s’avérera pire que le mal.

Le discrédit qui s’ancre dans une partie de plus en plus importante de la population et la dépression qui minent la France viennent de là.

Alors comment sortir de cette crise, comment retrouver confiance en nous mêmes ?

Aussi, rien  ne serait pire que de demeurer sourds et aveugles à ce qui s’exprime dans le pays et singulièrement dans les couches populaires, au sein du peuple de gauche. Rien ne serait pire que d’attendre une hypothétique amélioration de la conjoncture mondiale et européenne qui  viendrait régler nos problèmes. Car la réalité est que pour sortir de la crise, il faut en France une politique volontariste de relance de la croissance, une croissance durable engageant la transition écologique, une stratégie de redressement industriel, une redistribution des richesses.

Oui, le président de la République doit prendre la mesure de la gravité de la situation et prendre une initiative majeure pour engager une nouvelle étape de son quinquennat. Il doit proposer un changement de cap, un changement de politique et du coup un changement d’équipe.

Un sursaut s’impose, maintenant. Faire  le gros dos, ne rien changer, constituerait un grand danger pour le pays.

Nous lisons moultes commentaires sur l’intérêt pour le président de la République de prévoir un remaniement, pesant au trébuchet l’opportunité tactique de telle ou telle initiative. Ils nous consternent. Qui peut croire qu’un simple changement de casting peut faire illusion et régler nos problèmes ?

Disons le tout net : seul un changement de politique est à la hauteur de la gravite de la situation.

Ensuite, il y a tous ceux qui finalement confortent le chef de l’Etat dans ce qui pourrait apparaître comme sa tentation supposée naturelle, à savoir faire le gros dos pour laisser passer le gros temps. En fait, ceux là sont ceux qui estiment que les politiques austéritaires et libérales sont les seules possibles et chacun sait bien qu’ils ont de puissants soutiens… Surtout à droite, au MEDEF et dans les sphères économiques et financières. Les mêmes qui saluent le courage de François Hollande d’avoir su abandonner ses promesses "déraisonnables" ou "irréalistes" de campagne. Les mêmes qui n’ont pas voté pour lui et qui ne le feront jamais mais qui se réjouissent qu’une gauche fasse le sale boulot et surtout discrédite elle même les idées, les propositions et les idéaux qui font son identité et son succès électoral. Pour eux, c’est tout bénéfice.

Mais l’enjeu n’est pas qu’électoral pour la gauche et le Président. Encore qu’en démocratie, cela n’a rien d’anormal ou d’infamant. Il est plus lourd, il en va de l’avenir du pays.

Répondre au cas par cas, territoires par territoires, aux colères et mouvements qui s’expriment ne résoudra rien et risque au contraire de voir se renforcer les tendances aux replis identitaires, la recherche de boucs émissaires et l’exacerbation des oppositions entre salariés, régions, activités. Il faut une réponse globale et de fait un changement de politique.

Quel changement de politique ?

A l’évidence le premier verrou à faire sauter pour une sortie de crise est bel et bien d’abandonner le suicidaire discours du TINA (There is no alternative, il n’y a pas d’alternative) et bel et bien de revenir à des points clefs des propositions du candidat Hollande et du discours du Bourget qui ont fait son élection.

nouveau-logo-psLe changement de politique, c’est bel et bien de revenir au "changement c’est maintenant". Et maintenant, c’est maintenant !

On voit quelques points clefs et prioritaires de ce changement:

1. Sortir de la politique d’austérité et proposer un plan de relance de la croissance en France, fondé sur une relance ciblée de la  consommation populaire et des investissements en particulier par des grands travaux, le soutien à la transition énergétique et des projets industriels préparant l’avenir. Le plan que nous avons présenté avec le courant «Maintenant la Gauche» dès février dernier manifestait déjà notre conviction que la politique gouvernementale n’atteindrait ni son objectif économique de réduction des déficits, ni ses objectifs sociaux, ni ceux en terme d’emplois. Il faisait des propositions qui demeurent de pleine actualité (http://www.maintenantlagauche.fr/retrouvez-le-plan-de-relance-ecologique-et-social/).

2. Engager une réforme fiscale globale cohérente et durable avec un grand impôt progressif fédérant l’Impôt sur le Revenu et la Contribution Sociale Généralisée, en commençant par rendre progressive la CSG, en accroissant le nombre de tranche de l’IR et en supprimant de nombreuses niches fiscales. Revenir sur les hausses de la TVA et instaurer une fiscalité écologique qui serve réellement à de grands travaux de transitions énergétiques et à la lutte contre l’effet de Serre. Enfin, restaurer une égalité de prélèvements entre les PME et les grandes entreprises ainsi qu’une lutte sans merci contre l’évasion fiscale. Systématiser la conditionnalité des aides fiscales aux entreprises, remettre en cause le CICE pour toutes les entreprises qui ne sont pas confrontées à la concurrence mondiale, recadrer le crédit impôt recherche trop souvent dévoyé.

3. Une stratégie de redressement industriel plus globale au delà des 34 projets industriels annoncés, mener une stratégie de défense des secteurs industriels menacés avec des programmes de filières et d’interventions renforcées par le capital public, voir de nationalisation temporaire (chantiers navals, agroalimentaire, raffinerie). Il faut ne pas se laisser paralyser par les directives européennes sur les aides publiques et exiger leur renégociation.

4. Redonner de la cohérence à l’Etat et une haute qualité aux services publics. Il y a urgence à renforcer les moyens aux hôpitaux publics et aux services d’urgence mais aussi de prévoir les indispensables recrutements pour la police de proximité et pour la justice, en particulier pour créer de vrais services permettant la mise en œuvre de peines de substitutions à la prison et bien sûr pour l’école mais aussi l’éducation populaire. La première exigence est de revenir sur la suppression des postes dans la fonction publiques en 2014. Restaurer les services publics c’est remettre en cause les privatisations comme celle des autoroutes mais aussi les Partenariats Publics Privés si fréquents et si coûteux. Il convient de réfléchir à un nouveau fonctionnement de l’Etat dont les missions ont évolué et qui est actuellement trop désorganisé, et ce en associant les fonctionnaires qui sont souvent mal reconnus et peu écoutés.

5. Il faut des actes et une attention particulière à notre jeunesse. Trop de jeunes vivent dans des familles pauvres, trop d’étudiants doivent travailler pour étudier, trop d’entre eux jeunes diplômés ou non ont le sentiment que leur avenir est bouché en France et que le pays n’est pas prêt à leur faire confiance et à les accompagner dans leurs projets.

Changement de politique par et pour le rassemblement des forces de gauche et écologistes.

Il s’agit là des points d’appui pour l’indispensable sursaut. Si ces sujets semblent majeurs, le changement de politique doit partir d’une feuille de route pour les 3 années à venir qui soit un nouveau pacte de confiance proposé aux Français, préparé à partir d’une dynamique de rassemblement des forces de gauche et écologistes.

Aucun président même avec  la Vème République ne peut gouverner sans une majorité politique et sociale. Or, la majorité politique qui a garanti l’élection de François Hollande n’est pas rassemblée autour d’objectifs, d’un programme, ou à tout le moins de grandes priorités pour réussir le changement auquel nos concitoyens aspirent et pour présenter une voie d’avenir au pays.

Pour préparer ce pacte, il faut réunir tous les leaders des partis et mouvements de gauche et écologistes pour préparer ce nouveau pacte, en tout cas pour fixer des points de convergences permettant cette étape nouvelle et de retrouver la confiance et l’espoir.

Le sursaut qui s’impose doit être global, économique, social et politique.

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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 13:35

Depuis plusieurs mois, toute la gauche est à nouveau bousculée par les contradictions qui s'expriment en son sein sur les questions de l'immigration et de l'intégration. Ceci serait moins dramatique si nous n'étions pas aujourd'hui en charge de conduire les destinées de la République.

Quel effroi lorsque en septembre dernier, le Ministre de l'intérieur Manuel Valls, un socialiste, a expliqué sur une radio publique qu'une catégorie de la population résidant sur le territoire de la République n'avait «pas vocation à s'intégrer» mais retourner dans leurs pays d'origine (la Bulgarie, la Roumanie, essentiellement), sur la base de leur «culture trop différente». Cette déclaration ethnicisante n'est pas conforme selon nous à la tradition républicaine d'une part et aux valeurs humanistes de la gauche d'autre part.

Elle entre pourtant dans une stratégie construite de créer le clivage et la polémique par la triangulation.

leonarda.jpgL'expulsion d'une famille rrom au Kosovo, alors que leur pays d'origine n'était pas clairement identifié, l'interpellation de la jeune Leonarda Dibrani en marge d'une activité scolaire, avant sa reconduite à sa frontière, a suscité une grave polémique dont toutes les retombées ne sont pas encore connues. L'arbitrage final et public du Président de la République – après avoir pris connaissance des résultats de l'enquête administrative demandée par le Premier Ministre, qui a démontré à la fois une application stricte du droit mais également un manque de discernement dans l'appréciation humaine de la situation – est également troublante : en proposant à la jeune fille et «à elle seule» de rentrer en France pour poursuivre sa scolarité, nous sommes en contradiction avec le droit international, avec la convention internationale des droits de l'enfant.

Non seulement la droite et l'électorat conservateur, qui n'auraient en tous les cas jamais soutenu la décision gouvernementale, accusent désormais le Président de laxisme, mais surtout une large partie des militants et des électeurs socialistes ont mal à leurs valeurs humanistes.

Mais au-delà de la légitime émotion que l’expulsion de cette famille, alors que sa volonté d’intégration se traduisait clairement par la scolarisation assidue des quatre enfants, suscite, il est temps d’interroger notre politique en matière d’immigration irrégulière.

Le cas de la famille de Leonarda n'est que la partie émergée de centaines d'expulsion de famille de sans papier, dont les enfants sont le plus souvent scolarisés dans les écoles de la République.

Ce n’est pas seulement l’application des textes qu’il faut discuter, mais aussi les textes eux-mêmes. C’est aussi l’état du droit en matière d’immigration que cette triste affaire révèle. Le parlement devait légiférer, mais les délais ont été repoussés.

Pendant cinq ans, les socialistes ont, aux côtés des associations, milité pour un assouplissement des critères de régularisation des sans papiers et l’abandon d’une politique du chiffre. L’abrogation du délit de solidarité, celle de la circulaire Guéant sur les étudiants étrangers ou encore la circulaire d'août 2012 sur les campements nomades illicites (qui s'adresse essentiellement aux populations Rroms) ont incontestablement marqué une rupture avec le sarkozysme. Mais ces mesures sont peu ou mal appliquées.

Pour l’essentiel, la politique de l’immigration menée aujourd’hui est malheureusement comparable à celle de la période précédente, car notre législation continue à « fabriquer des sans papiers » et des familles ni régularisables, ni expulsables. Un des problèmes provient de ce que l'immigration relève de la compétence du ministère de l’intérieur. Penser l’immigration au seul titre de la sécurité est en soi un non sens. Ce n’est pas au ministère de l’intérieur de définir une politique migratoire. Quand tout est entre les mains du ministère de l’intérieur, cela donne une vision presque policière de l’immigration.

Aujourd’hui, il faut aller plus loin.

lampedusa1.jpgCar «l'affaire Leonarda» ne peut pas masquer le drame récent de Lampedusa, qui a rappelé après bien d'autres naufrages, que la mer méditerranée était en train de devenir un cimetière marin pour des milliers d'immigrants originaires du Moyen Orient et d'Afrique. La réponse de l'Union Européenne, en cette circonstance, n'a pas été à la mesure du défi : en proposant uniquement d'augmenter les crédits de l'agence Frontex, dont le rôle est de surveiller les frontières extérieures de l'UE, les Européens démontrent qu'ils ne cherchent qu'à repousser au loin ces migrants, quelle que soit leur situation sanitaire ou humanitaire, condamnant des dizaines de milliers d'entre eux à la misère et parfois à la mort.

naufrage-de-lampedusa.JPGSoyons clair : il n'est pas possible de dresser sur la Méditerranée un "mur" comme les Américains ont échoué à en dresser un sur le Rio Grande. Il n'est pas possible de décréter la fin des flux migratoires au regard de la détresse économique, politique, humanitaire et sanitaire des populations concernées. Cette question ne peut donc pas se régler par les seules réponses policières. Personne ne peut penser qu’à l’inverse, ce sujet sera réglé sans frontières et sans entraves. La question du développement avec le soutien des Européens des pays au sud de la Méditerranée est une donnée essentielle du problème : mais ne nous y trompons pas, le rythme et la qualité de ce développement ne suffiront pas à stopper ces flux migratoires. À nous de définir comment on régule la mobilité légitime des personnes et comment nous nous donnons collectivement, Français et Européens, les moyens d'accueillir dignement ces migrants.

Dans ce cadre, il faut d’abord définir notre projet européen. On ne peut plus continuer à organiser la concurrence entre nous, à nous exclure les uns les autres, selon l’origine ou le degré de pauvreté. Pourtant, on continue avec une logique européenne qui nous impose de nous faire du mal.

Le Parti Socialiste, ses parlementaires et notre gouvernement doivent retrouver la boussole qui semble leur faire défaut aujourd'hui et qui doit nous conduire collectivement à réformer en profondeur notre politique migratoire. Cette boussole n'est pourtant pas loin : elle a été réactualisée en conformité avec les valeurs émancipatrices et humanistes de la gauche lors des conventions que le PS a organisées en 2010 et 2011, validée lors de l'adoption du projet socialiste en juin 2011.

Il est temps d’agir.

Frédéric FARAVEL

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