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Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 11:55

La victoire du FN dans un canton du Var en octobre 2013 est-il emblématique d'une dérive de l'électorat vers l'extrême droite ou faut-il relativiser au regard du contexte local ? La complexité de la situation ne peut pas être traité à la légère. Cette élection partielle interroge encore l'état de notre démocratie.

Encore un cas particulier ?

n-BRIGNOLES-FN-large570.jpgCertains pouvaient encore trouver des arguments pour se rassurer au soir du 1er tour des élections cantonales partielles de Brignoles, le dimanche 6 octobre 2013. Laurent Lopez, candidat du Front national, avait rassemblé sur son nom 40,4 % des suffrages exprimés, mais ses 2 718 voix étaient en légère baisse après les scrutins précédents. Le FN avait obtenu 32,97 % des suffrages au 1er tour en 2011 (2 757 voix), 34,9 % en 2012 (2 734 voix).

Selon cette analyse, il n'y aurait pas une aggravation particulière du risque FN, l'abstention était élevée comme c'est le cas pour les partielles, encore plus dans un contexte de deux annulations de scrutin. Au 1er tour le 6 octobre, seulement 33,40 % des électeurs du canton s'étaient rendus aux urnes. Il eut été dans ces conditions assez intriguant que le FN ne perde pas quelques voix ; au regard de ce niveau d'abstention le score du FN démontre au contraire une remarquable constance mais qui n'avait rien à voir avec un renversement politique irrémédiable. Et puis on est dans le Var et le FN avait déjà emporté de quelques voix le canton en mars 2011, face à un PCF vieillissant («Hanotin style») qui n'a pas su passer le relais. Tout cela finalement ne serait encore une situation particulière dont il ne faudrait pas tirer d'enseignements nationaux.

Sauf que Laurent Lopez a remporté dimanche 13 octobre ce scrutin avec 53,9 % des voix, selon les chiffres définitifs communiqués par la préfecture du Var. Laurent Lopez a recueilli 5 031 voix, contre 4 301 pour son adversaire UMP Catherine Delzers (46,1 %). Le taux de participation était de 45,26 % ce dimanche, en hausse de près de 12 points par rapport au 1er tour, a indiqué la préfecture du Var.

1489157 3 0fb0 marine-le-pen-a-lille-le-5-mars-2011Le FN a donc pour la première fois sérieusement profité de la progression de la participation qui entre les deux tours bénéficiait jusqu'ici au Front Républicain. Il gagne près de 2 300 voix. Laurent Lopez, missionné par Marine Le Pen, pour représenter sur ce territoire le visage supposément «dédiabolisé» du FN et du «Rassemblement Bleu Marine», a donc emporté un très grande partie de l'afflux des abstentionnistes du 1er tour et sans doute (comme à Villeneuve-sur-Lot) 15 à 20 % des électeurs de gauche qui refusent désormais de voter pour une pâle copie UMP alors qu'ils ont l'original FN sous les yeux - que les médias s'échinent à présenter comme ayant évolué.

Dans ces conditions, les résultats du canton de Brignoles marquent une défaite pour l'ensemble des forces républicaines à droite évidemment, mais d'abord à gauche, qui va devoir trouver d'urgence les éléments du sursaut.

Une défaite de la droite

Jusqu'ici, la droite et l'UMP avaient à peu près beau jeu d'expliquer que – malgré les discours ambigus de ses responsables – ils étaient le rempart républicain contre la montée de l'extrême droite. Mais les élections partielles précédentes qui ont opposé au 2nd tour l'UMP au FN ont toujours été emportées de manière serrée, avec la discipline d'une partie majoritaire de l'électorat de gauche, alors que l'UMP a toujours refusé de se prononcer pour la défense républicaine en cas de duel gauche-FN.

Il est d'ailleurs probable que si le candidat communiste soutenu par le PS s'était retrouvé en duel contre le FN, l'UMP aurait ouvertement refusé de donner une consigne de vote «Front Républicain» que la plupart des dirigeants de l'UMP ont déjà du mal à prononcer lorsque le candidat est socialiste.

Mais les précédentes élections partielles avaient placé l'UMP en tête ; le FN n'était que le challenger. À Brignoles, dans un territoire où le FN a le vent en poupe comme dans tout le sud-est de la France, c'est le FN qui est arrivé en tête et l'UMP qui était challenger. Pour une partie grandissante de l'électorat, l'UMP a échoué à représenter une opposition au gouvernement de gauche, et ce pour deux raisons :

  • jfcope-ce3de.jpgl'incapacité à s'organiser démocratiquement et à élaborer des propositions alternatives à celle du gouvernement Hollande-Ayrault ;
    la légitimité que les positions ambiguës de l'UMP offre de fait au FN (il serait un parti républicain puisqu'il n'est pas interdit, le seul problème avec le FN serait sa politique européenne et la volonté de sortir de l'euro…).

Ainsi, l'UMP a convaincu une partie de l'électorat de droite comme de gauche que le FN était désormais l'alternative ; c'est la marque du sondage sur les intentions de vote aux Européennes de mai prochain, qui place l'UMP derrière le FN. En ne se déplaçant pas pour soutenir leur candidate de 2nd tour (alors que le candidat communiste et le PS avaient immédiatement appelé à faire barrage au FN en votant pour elle), les dirigeants de l'UMP ont clairement avoué leur échec et abandonné leurs responsabilités.

On voit mal de quelle autorité ils pourront se prévaloir pour s'opposer en mars prochain aux tentations d'alliance entre la droite et l'extrême droite.

Une défaite de toute la gauche

Mais avant tout, le scrutin de Brignoles marque au premier comme au second tour une brutale sanction de l'électorat de gauche en direction des partis qui s'en réclament.

Au premier chef, c'est une sanction pour la gauche gouvernementale (PS-EELV).

cahuzac referenceToutes les élections partielles depuis juin 2012 ont été perdues par les candidats PS. Avant Brignoles, dans deux scrutins, législatives partielles de l'Oise et du Lot-et-Garonne, le PS a été éliminé, incapable de se maintenir au 2nd tour, condamné à appeler au "Front Républicain" et à voter UMP. À chaque fois, une partie (encore majoritaire mais pour combien de temps) des dirigeants socialistes expliquent que ces élections partielles sont des cas particuliers ; a fortiori, les deux législatives métropolitaines : il est vrai que succéder à Jérôme Cahuzac après le scandale qu'il a provoqué était difficile, mais cela marque l'échec du Parti et du gouvernement à convaincre qu'ils avaient tiré les leçons de «l'affaire Cahuzac». Dans l'Oise, face au candidat UMP ressuscité mais corrompu, Jean-François Mancel, il eut été pourtant plus aisé de faire la différence avec l'adversaire.

La raison est évidemment plus profonde que celle d'une malheureuse séquence de cas particuliers dans des circonscriptions difficiles : à chaque fois, l'abstention dans l'électorat de gauche dès le 1er tour est massive et ces électeurs ne sont plus sensibles aux arguments visant à mettre en avant le risque FN.

discours Maurel samediÀ ce titre, en dehors de l'intervention d'Emmanuel Maurel, la table ronde des universités d'été de La Rochelle consacrée à la lutte contre l'extrême droite, est particulièrement éclairante sur l'erreur politique et stratégique de la direction du PS. Les interventions convergeaient vers une logique fausse :

  • - mettre en avant le danger électoral du FN,
  • - dénoncer moralement ce parti,
  • - tout cela étant jugé suffisant pour que l'électorat de gauche se rassemble derrière le PS aux municipales et aux européennes et fasse ainsi barrage à l'extrême droite.

 

Sauf que le peuple de gauche n'écoute plus de tels discours qui, s'ils portent une partie nécessaire – oui il existe un danger électoral FN, oui il faut dénoncer le hiatus du FN avec les valeurs républicaines –, sont parfaitement biaisés et insuffisants. Répondant à Malek Boutih, Emanuel Maurel a heureusement rappelé que l'extrême droite se nourrissait évidemment de la misère sociale. Il se nourrit également des renoncements de la gauche au gouvernement, jugés comme tels par nos électeurs :

  • - il n'y a pas en France de majorité politique en faveur d'une politique d'austérité à l'échelle européenne et nationale,
  • - il n'y a pas plus de majorité en faveur d'une politique économique de l'offre et de réduction du coût du travail,
  • - il n'y a pas de majorité non plus pour la flexibilité du marché du travail qui a été imposée au travers de l'ANI,
  • - enfin, il n'y a pas de majorité en faveur d'une régression des droits sociaux en matière de retraite.

Il n'y a pas de majorité politique sur tous ces sujets, car les Français n'ont pas voté pour en mai et juin 2012 ! Ce n'était pas les engagements qu'on leur avait soumis et sur lesquels ils se sont prononcés.

Depuis un an et demi, l'électorat de gauche a l'impression que le gouvernement mène une politique économique et sociale qui contredit le programme que le PS avait adopté en juin 2011 et qui contredit les 60 engagements déjà très prudents de François Hollande durant la campagne des élections présidentielles.

Alors ils votent avec leurs pieds au 1er tour, ils votent avec leurs pieds au 2nd tour quand le PS y est encore présent. Et certains font plus grave : ils préfèrent parfois voter au 2nd tour pour le candidat de l'extrême droite car «on ne l'a pas encore essayé». Cela démontre le niveau de défiance qui les animent désormais vis-à-vis de la gauche qu'ils ont porté au pouvoir au printemps 2012.

553049-manuel-valls-cecile-duflotIl est vrai que cette situation ne peut être que renforcée par l'incapacité des deux partis principaux – PS et EELV – du gouvernement à avoir une stratégie commune lors des élections partielles. Ne nous y trompons pas, la décision du parti écologiste dans le Var de présenter un candidat autonome au premier tour de la cantonale partielle n'a rien à voir avec le malaise que peuvent ressentir les militants écologistes, leurs responsables, et au-delà bon nombre de militants socialistes, face à la politique du gouvernement (hors logement et éducation) et plus encore lorsque le ministre de l'intérieur déclenche des polémiques qui contraignent Jean-Marc Ayrault tout autant que Cécile Duflot à le recadrer. Non, la décision de ne pas soutenir le candidat communiste au 1er tour était une erreur. Mais, à l'inverse ne nous trompons pas non plus sur les causes profondes de la défaite de Brignoles : si tous les électeurs de gauche du 6 octobre avaient voté pour un seul candidat (1 579 voix cumulées – 23,47 % des suffrages exprimés), cela aurait sans doute évité l'élimination de la gauche, mais fondamentalement c'est un score historiquement bas et cela n'aurait en rien empêché le FN d'emporter le canton au 2nd tour, les résultats du 13 octobre ayant depuis démontré la dynamique à l’œuvre.

melucheCette défaite n'est cependant pas la défaite de la seule gauche gouvernementale.

Il n'aura échappé à personne que le principal candidat de gauche lors du 1er tour de Brignoles était un élu du PCF. Peut-être y existe-t-il des raisons internes et locales au parti communiste qui expliquent une difficulté à succéder à un conseiller général communiste reconnu ? Mais avant tout, les électeurs de gauche en s'abstenant massivement le dimanche 6 octobre ont fait la démonstration imparable qu'ils ne faisaient pas la distinction entre deux gauches qui seraient aujourd'hui irréconciliables ; l'idée que le Front de Gauche représenterait une alternative au PS ou à l'attelage PS-EELV est parfaitement incompréhensible pour l'électorat de gauche.

Cela marque trois enseignements :

  • - la stratégie de Jean-Luc Mélenchon est condamnée à l'échec ;
  • - les municipalités d'union de la gauche conduites par le PCF souffriront aussi des mauvais choix du gouvernement lors des élections municipales de mars 2014 ;
  • - il n'y a pas en France de communes où le risque de la droite et/ou de l'extrême droite soit suffisamment faible pour donner libre cours aux affrontements internes à la gauche (encore plus quand on a géré une commune ensemble).

Ces enseignements devraient inciter plus encore le Parti Communiste Français à privilégier le rassemblement contre la stratégie agressive du Parti de Gauche ; ils devraient également inciter le Parti socialiste à ne pas dresser artificiellement des listes autonomes contre les dernières municipalités communistes où il était associé.

Mais ces considérations stratégiques sont peu de choses face au problème de fond que toute la gauche doit impérativement résoudre si elle veut réellement transformer la société dans la durée et donc éviter que l'extrême droite ou une droite extrêmisée et radicalisée accède au pouvoir en 2017.

L'urgence du sursaut à gauche

Face aux renoncements de la gauche au pouvoir, qui comme nous l'avons vu impacte électoralement toute la gauche, ce sont d'abord et avant tout les catégories populaires, qui avaient voté Hollande à la Présidentielle et socialiste aux Législatives de 2012, pour sanctionner la politique économique et la violence sociale de Nicolas Sarkozy, qui nous font défaut aujourd'hui… soit en s'abstenant, soit en sautant le pas du vote FN. Notre feuille de route stratégique et politique doit donc impérativement de repartir à la conquête de l'électorat populaire, comme l'indiquer Emmanuel Maurel à La Rochelle le 24 août dernier.

Dans l'électorat FN, on aura noté depuis plusieurs années la distinction qui est possible entre une partie de l’électorat populaire et ouvrier du nord et de l'est de la France, et l'électorat traditionnel de la droite mais radicalisé du midi provençal et languedocien (commerçants, petits artisans, etc.). C'est évidemment l'électorat populaire et ouvrier, qui existe aussi dans le sud-est, qu'il est possible de reconquérir, et qu'il nous faut reconquérir, en menant une politique qui répond à sa détresse et ses préoccupations économiques et sociales.

Cependant, cet électorat populaire et ouvrier souffre de la part d'un certain nombre d'élus socialistes (et leurs conseillers) d'un double mépris.

  • - Le mépris «Terra Nova» : on se souvient de la note publiée par ce think-tank du vivant d'Olivier Ferrand, qui concluait de manière définitive au conservatisme des catégories populaires, proposant au Parti Socialiste d'abandonner son discours habituel fondé sur l'alliance entre classes moyennes et classes populaires, pour s'adresser à l'addition des minorités ethniques et sexuelles et des classes moyennes supérieures éduquées… avec le programme économique social-libéral qui va avec ;
    - Le mépris «Gauche populaire» : un collectif d'intellectuel s'était constitué dans la foulée de cette note pour en dénoncer le grave mépris qui la sous-tendait et la rupture qu'elle impliquait avec la mission émancipatrice historique de la gauche. Mais, ce collectif s'est depuis fait voler son bébé par un certain nombre de députés opportunistes qui ont préempté dans les médias le label «gauche populaire». Ainsi, émerge depuis un nouveau type de mépris : si cette sensibilité propose une réorientation de la politique économique gouvernementale au service des intérêts des catégories populaires, elle rejette plus ou moins toute avancée sérieuse dans les domaines qui lui paraissent au mieux accessoires, au prétexte que les classes populaires rejetteraient par principe celles-ci : donc elles seraient incapables d'entendre ou de comprendre les débats sociétaux (mariage pour tous, PMA, politique migratoire, Rroms) ou européens. C'est là une nouvelle forme de mépris à l'égard de ces catégories sociales, c'est aussi un abandon idéologique en termes d'éducation populaire et d'humanisme qui font toutes deux partie des fondamentaux de la gauche.

D'une certaine manière, la stratégie personnelle d'affirmation de l'ordre et de l'autorité (sans la justice) et de triangulation, portée par Manuel Valls, participe de cette vision méprisante pour les catégories populaires. Plutôt que de faire de la pédagogie sur la nécessité de changer de politique migratoire vers plus d'humanisme, il dénonce les Rroms en tant qu'ethnie, il justifie l'expulsion d'une enfant kosovare de 15 ans scolarisée au sein de l'école républicaine … parce qu'il considère sans se poser de questions éthiques que l'opinion française le soutiendra et servira sa carrière politique. C'est là une des nombreuses illustrations du populisme qui gangrène désormais tout le panel de la vie politique française.

C'est aussi une aubaine pour des postures clientélistes : le clientélisme tel qu’on l’entend d’habitude consiste à établir une relation d’intérêt personnel ou collectif entre un élu et les citoyens. Les suffrages se monnayant contre des services. L’idéologie est bien loin, les considérations politiques inopérantes, seule compte la capacité de l’élu d’actionner les bons leviers du pouvoir afin de régler quelques problèmes concrets et obtenir des avantages pour le plus d’électeurs possibles. Dans l’esprit de bien des élus qui fonctionnent au clientélisme (mais aussi des citoyens, parce que les citoyens sont les premiers soutiens du clientélisme), il n’y rien de répréhensible. Pour eux l’intérêt général n’est que la somme des intérêts particuliers des électeurs clients. La mort des grands modèles, des schémas politiques simples, des structures partisanes tentaculaires qui encadraient et organisaient les luttes, la vie sociale et culturelles des quartiers populaires, a ainsi laissé place à des icônes populistes. Au-delà du clientélisme, du populisme et de la maîtrise parfaite du covoiturage et de la location de mini-bus, l’engouement que suscite Samia Ghali dans les quartiers nord, a de quoi ébranler les derniers rénovateurs de Solférino.

Le Parti Socialiste doit donc revenir aux fondements de sa mission historique transformatrice et émancipatrice. Il doit assumer totalement son «autonomie solidaire», expression inventée par Harlem Désir où on a bien vu la solidarité automatique et irréfléchie mais en rien l'autonomie, vis-à-vis du gouvernement, pour pousser à la réorientation de sa politique.

Maurel AG Motion 3L'émancipation économique et sociale doit de nouveau être au cœur de sa politique, tout en assumant son humanisme et sa mission d'éducation populaire. Il y a urgence à rompre avec les dérives de l'année écoulée :

  • - ce «socialisme de l'offre» où l'on voit bien "l'offre" en réponse aux exigences du patronat, mais en rien le "socialisme" et encore moins les résultats pour l'emploi et les droits des chômeurs et des travailleurs ;
  • - cette abdication devant les logiques austéritaires et libérales européennes qui conduit le gouvernement à tenter de réduire la dette par l'impôt (jusqu'à saturation pour les classes moyennes) alors qu'il aurait fallu la réduire grâce à une politique de croissance (aujourd'hui on ne réduit ni la dette ni les déficits).

Si le Parti Socialiste ne mène pas une campagne sur la réorientation des politiques économiques européennes, sur la révision du traité budgétaire et l'augmentation du budget communautaire, alors il sera durement sanctionné (et dans tous les cas ce sera dur car François Hollande a finalement plié devant les conservateurs européens : pacte de croissance vidé de son sens mais ratification du traité budgétaire ; acceptation sans conditions sérieuses d'un budget européen en recul) ; les électeurs ne nous suivront pas sur un discours moral limité à «il faut sauver la construction et l'idée européennes» ; ils suivront pas le PSE si celui-ci se donne comme candidat à la présidence de la Commission européenne un membre d'un SPD (Martin Schulz) prêts à faire une grande coalition avec Angela Merkel… tout simplement parce que c'est le choix d'abdiquer devant les théories libérales et les partis conservateurs qui est en train de tuer l'idée européenne partout dans le cœur des Européens.

 

Ce tournant doit impérativement être opéré avant les municipales et les européennes, sauf à laisser une nouvelle fois quelques charlatans autoproclamés "docteurs en opinion publique", nous expliquer que décidément les Français seraient de droite et qu'il n'est pas possible de mener une politique de gauche… en oubliant que c'est à gauche que les Français avaient voté au printemps 2012, dans la dynamique du discours du Bourget dont il reste peu de défenseurs aujourd'hui.

Frédéric FARAVEL

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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 10:54

Rythmes-scolaires_article_main.jpgDepuis deux semaines, les médias se font l'écho de l'échec annoncé ou supposé (pour les plus cléments) de la réforme des rythmes scolaires. Chacun y va de son témoignage de parents décrivant des enfants plus fatigués qu'auparavant (on manque cependant de recul et d'études sur le sujet moins d'un mois après la rentrée scolaire), d'enseignants qui se plaignent du manque de concertation et des défauts de transversalité avec les activités périscolaires (ce dont la plupart ne s'était jamais préoccupé auparavant), ou de maires qui jurent que financièrement et organisationnellement c'est impossible à mettre en place que ce soit en 2013 ou en 2014.

Il faut cependant repartir à la base de la réforme des rythmes scolaires, qui est une partie d'une ambitieuse refondation de l'école en cours. Les écoliers français subissent des journées plus longues et plus chargées que partout ailleurs dans le monde. Cette forte concentration du temps d’enseignement est inadaptée, car c'est une source de fatigue et de difficultés d’apprentissage. La réforme doit mieux répartir les heures de classe sur la semaine, alléger la journée et programmer les enseignements lorsque la faculté de concentration des élèves est grande.

Si la volonté farouche de mettre en œuvre ce réaménagement des temps de l'élève/enfant est bien engagé depuis l'installation du gouvernement de gauche et la nomination de Vincent Peillon, comme ministre de l’Éducation Nationale, la réflexion a été menée depuis plusieurs années dans la communauté éducative et fait suite à un rapport commandé par le précédent ministre (UMP), Luc Châtel, qui avait conclu aux conséquences catastrophiques de l'imposition sous Xavier Darcos de la semaine de 4 jours. Car c'est bel et bien une réforme qui fut imposée sans concertation en 2008 et qui eut pour conséquence terrible de surcharger les journées des élèves.

Charybde et Scylla

discorde-au-plus-haut-point-entre-jean-francois-cope-zet_69.jpgAinsi, Jean-Michel Fourgous, maire ultra-libéral de la commune d’Élancourt (78), et Jean-François Copé, président de l'UMP, député et maire de Meaux (le cumul devant lui laisser le loisir de visiter son Hôtel de Ville au moins deux heures par semaine), ont-ils une démarche parfaitement hypocrite quand ils lancent une pétition pour supprimer ou reporter cette nécessaire réforme, dont le principe était déjà acté par leur propre camp politique. On sent là l'instrumentalisation politicienne qui fait peu de cas de l'intérêt des enfants et de leurs familles.

Cette agitation pétitionnaire, si inhabituelle à droite, cache une autre réalité : l'absence de culture de concertation chez les édiles de droite, l'absence de priorité à l'éducation et à l'enfance dans leurs communes.

  • Si Jean-Michel Fourgous et d'autres maires de droite qui avaient pourtant choisi septembre 2014 s'agitent aujourd’hui, c'est qu'ils n'imaginent pas assumer d'en préparer la mise en œuvre. Cette réforme est pourtant annoncée depuis l'été 2012, et discutée avec les partenaires nationaux ; le décret du 26 janvier dernier a précisé le cadre de la nouvelle organisation du temps scolaire (notamment le nombre d'heures d'enseignement maximum par jour) et des adaptations locales possibles (mercredi ou samedi, septembre 2013 ou 2014). S'il s'agissait de mettre en œuvre dans sa commune les nouveaux rythmes en septembre 2014, le maire avait au minimum 20 mois pour s'y préparer. Mais cela signifie dialoguer avec les enseignants, avec les parents d'élèves, avec les agents communes, cela suppose une culture de la concertation, et c'est insurmontable pour lui.
    Si Jean-François Copé ne veut pas assumer les coûts engendrés par la réforme des rythmes en terme d'aménagement du temps périscolaires, c'est que sa priorité politique est ailleurs. Quand il repointe le bout de son nez sa bonne ville de Meaux, le président de l'UMP a une préoccupation : montrer qu'il est un bon shérif. Le jour où son conseil municipal votait à sa demande le refus de mettre en œuvre la réforme, 17 millions d'euros étaient votés pour investir dans l'augmentation des caméras de vidéo-surveillance ou augmenter le nombre de policiers municipaux, dont les effectifs atteignent déjà 155 agents. Rappelons que Meaux compte 51 000 habitants à la louche, on laissera chacun libre de mesurer les choix budgétaires du maire de Meaux…

le-ministre-de-l-education-vincent-peillon-g-parle-le-30-se.jpgL'application de la réforme des rythmes scolaires connaît un autre écueil : confrontée à une injonction réactionnaire et démagogique sur son flanc droit, elle a fait l'objet d'une posture zélatrice d'une minorité de maires de gauche. Lorsque le Président de la République et le Premier Ministre ont annoncé que les communes pourraient choisir de n'entrer dans les nouveaux rythmes qu'en 2014, certains ont choisi de s'afficher comme «les bons élèves» du gouvernement, dénonçant parfois ceux qui choisissaient de prendre un an supplémentaire d'être des fossoyeurs de la refondation de l'école, coupables de «préférer aménager des ronds points» plutôt que d'investir dans l'éducation (je me souviens d'une sénatrice du Val-d'Oise qui a osé proférer ce genre de bêtise).

Or, ce zèle politique ou politicien a fait l'impasse sur la complexité à organiser un nombre déterminant d'acteurs au service des élèves : enseignants, parents d'élèves, associations culturelles ou sportives, agents communaux… résultats les difficultés parfois réelles relevées au début de cet article sont la conséquences directes d'une impréparation et parfois d'une improvisation. Improvisation budgétaire comprise, puisque ces municipalités n'ont eu que quelques mois pour évaluer les coûts supplémentaires qu'impliquaient la réforme, balayant l'obstacle en comptant sur l'aide financière (50€ par élève et par an) promise aux communes précoces.

On pourra toujours dire que les erreurs commises parfois avec légèreté par les zélateurs serviront de contre-exemple aux prochaines, mais elles ont pris le risque inconséquents de dévaloriser l'ensemble de la refondation de l'école dans l'opinion publique.

Que faire ?

adapter-les-rythmes-scolaires-c-est-possible-81848.pngL'éducation doit être l'une des priorités absolues de la puissance publique à tous les échelons d'intervention. L'effort budgétaire doit être conséquent tant au niveau de l’État, des Régions, des Départements ou des Communes.

Si l'on veut mettre en place avec un contenu pédagogique de qualité les nouveaux rythmes scolaires, le coût supplémentaire pour une année budgétaire équivaut à 350 000 € minimum pour une commune de 30 000 habitants, pour peu que celle-ci ait déjà une pratique avancée des politiques de l'enfance.

La question financière n'est donc pas anodine. Le gouvernement ferait donc bien d'entendre ces quelques nécessités :

  • maintenir sur plusieurs années l'accompagnement financier (50€ par élève et par an) de la mise en œuvre de la réforme et de l'étendre aux communes qui entreront dans le droit commune en septembre 2014 ;
    la baisse des dotations de l’État aux collectivités locales (4,5 Mds € en 3 ans) est évidemment contre-productive dans ce contexte. Leur maintien permettrait tout à la fois de consolider l'investissement porté par les collectivités (66% de l'investissement public) et l'effort budgétaire de celles-ci sur le social et l'enfance ;
    il faut renforcer et rationaliser les dispositifs de péréquation financière entre collectivités pour réduire le procès en inégalité territoriale.

Le maître mot du dossier se résume ensuite à des questions de méthode, de cadre et de projet.

Concernant la méthode, il convient de prendre le temps et de faire l'effort d'écouter l'ensemble des partenaires : directeurs d'établissements, équipes enseignantes, associations et fédérations de parents d'élèves, animateurs périscolaires et au-delà tous les services municipaux dont les conditions de travail doivent évoluer (pour 30 000 habitants, vous aurez entre une douzaine et une quinzaine de services différents : techniques, animation, restauration, propreté, et j'en passe…), évidemment associations – et pas seulement celles qui seraient amenées à intervenir dans les activités périscolaires si c'est la pratique locale de le leur confier, mais aussi toutes les associations culturelles et sportives dont les horaires et les services pourraient évoluer au regard des modifications des temps d'une bonne partie de leur public.

Le dialogue et la concertation, cela ne se résume à une grand messe rapidement mené, mais c'est la nécessité d'organiser des dizaines de rendez-vous, de passer des dizaines avec les différents interlocuteurs, parfois de manière croisée, pour faire de la pédagogie sur l'objet de la réforme et trouver ensemble les solutions. Ça prend du temps, c'est parfois tendu, mais in fine sur 20 mois de préparation, c'est la garantie d'une démarche partagée.

Il faut donner des cadres. Les témoignages qui s'étendent sur la fatigue accrue des enfants ont souvent un point commun : la multiplication des rythmes différents d'une journée à l'autre. Un élève, surtout au plus jeune âge, surtout si au regard du territoire concerné les parents sont contraints de partir tôt ou de rentrer tard au travail – ce qui implique dans tous les cas que les enfants ont des journées longues –, a besoin de bornes précises et identifiées dans sa journée : il doit savoir qu'il entrera dans l'accueil périscolaire du matin à telle heure, que la classe commencera à telle heure, que la pause méridienne dure de telle à telle heure, que la classes de l'après-midi s'achève à l'heure dite pour laisser place aux activités périscolaires… et qu'on ne lui impose pas chaque jour un rythme différent.

La demi-journée supplémentaire d'enseignement doit être choisie avec soin et le débat ne peut être celui d'un choix brut entre le mercredi ou le samedi. Il faut trouver un moyen objectif d'évaluer les conséquences de chaque choix et la manière dont les familles s'y adapteront. On peut très bien bâtir sur ces bases avec les associations de parents d'élèves un questionnaire permettant de faire réfléchir les parents sur leur organisation et leur préférence en fonction des différents cas de figure ; si cet outil est construit en concertation avec les associations, il a deux avantages : celui de faire la pédagogie des conditions complexes de mise en œuvre des nouveaux rythmes (au-delà du «moi ça m'arrange comme ça»), celui d'objectiver la perception des enjeux par les familles.

Rythmes-scolaires_SEB_2187.jpgPour conclure, il faut effectivement appuyer la réforme des rythmes scolaires sur un projet éducatif de territoire réel. Cela implique que les activités périscolaires ne soient pas de la garderie maquillée ; que les équipes pédagogiques d'animation périscolaire disposent des temps suffisant pour mettre en œuvre des activités cohérentes et suivies (le midi, l'après-midi, le mercredi – toute la journée ou l'après-midi) ; que les directions périscolaires travaillent en transversalité avec les équipes enseignantes (on retrouve ici la nécessité du dialogue et de la concertation préalables).

Cela implique aussi qu'on sache tenir compte du rythme de l'enfant. La réforme vise à alléger le nombre d'heures d'enseignement dans une journée et à travailler sur la concentration des élèves, mise à mal dans le format antérieur. On allège pas la journée d'enseignement pour bombarder l'enfant d'occupations qui l'épuiseront tout autant. La peur du vide peut tuer la réforme. Dans cette conception, la pause méridienne est capitale : les enfants doivent disposer de temps de restauration sereins et suffisants ; ils doivent avoir accès bien sûr durant ce temps à des activités de qualités préparées dans les conditions que l'on a décrites plus haut, mais ils doivent également pouvoir profiter d'un temps de repos. La journée de l'élève est suffisamment longue en raison des contraintes économiques et sociales que chacun connaît dans notre société pour que l'on puisse aménager de manière utile son droit à la paresse.

* * *

Il est temps de sortir des caricatures d'une droite hypocrite et des pièges que nous nous sommes nous-mêmes tendus. La refondation de l'école, dont la réforme des rythmes scolaires est une pierre essentielle, mérite mieux que les «à peu près» qui nous sont servis aujourd’hui. Il en va du bien-être et de la réussite des élèves français.

Frédéric FARAVEL

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 13:41

valls_vice_president.jpgVoici près d'une semaine que le débat public français est focalisé sur une nouvelle déclaration polémique du Ministre de l'Intérieur, Manuel Valls. Ce dernier a estimé, mardi 24 septembre, sur France Inter que les Rroms «ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres» et qu'«une minorité de familles veut s'intégrer en France».

Après celles lancées cet été, alors qu'avait été diffusé à la presse un courrier à l'exécutif dans lequel il dénonçait l'inspiration supposée laxiste du projet de loi pénale portée par sa collègue Christiane Taubira, Garde des Sceaux, Manuel Valls récidive, choisissant obstinément d'imposer à l'exécutif sa feuille de route, son calendrier et ce qu'il croit être ses intérêts en terme d'image.

Ce dernier a même réussi le tour de force avec la complicité d'une partie de la presse de faire passer Cécile Duflot, qui a ouvertement critiqué cette prise de position détonante lors des journées parlementaires des écologistes, de fauteuse de trouble.

Pourtant, à chaque fois, c'est bien le Ministre de l'Intérieur qui provoque volontairement le désordre en enfourchant sur divers thèmes des positions parfaitement démagogiques, voire ouvertement populistes. Plus largement, la liberté de ton dont dispose Manuel Valls et la relative complaisance ou indulgence dont il bénéficie de la part de l'exécutif démontrent que celui-ci est entré dans une dérive libéral-sécuritaire, qui rend aphone le parti socialiste mais qui reste résistible, peut et doit être renversée.

La circulaire du 26 août 2012

La victoire de François Hollande le 6 mai 2012 a mis fin à une période sombre pour la République Française.

Le quinquennat de Nicolas Sarkozy avait débuté par l'institutionnalisation d'une ligne politique nauséabonde, qu'il avait peu à peu imposée dans le débat public depuis 2002 : la création du ministère de l'immigration et de l'identité nationale portait dans l'exécutif une stratégie national-populiste, qui n'a cessé de légitimer pendant 5 ans le discours du Front National, tout en participant à sa dédiabolisation. Le discours de Grenoble en 2010, qui faisait des Gens du Voyage et des Rroms des boucs émissaires explicitement désignés à la vindicte populaire, fut le moment de franchissement définitif des lignes rouges républicaines ; la stratégie buissonnienne de la campagne présidentielle de 2012 n'était pas une nouvelle étape de cette dérive à droite mais une simple confirmation.

La circulaire interministérielle NOR INTK1233053C du 26 août 2012 «relative à l’anticipation et à l’accompagnement des opérations d’évacuation des campements illicites» mettait fin à la dérive de l'action de l’État. Son préambule marque explicitement les principes sur lesquels sa mise en œuvre est fondée :

«L'action de l’État relative aux campements illicites s’inscrit dans le respect des principes fondateurs de la République.
En premier lieu, le respect des décisions de justice ne saurait être mis en question. Il revient au préfet d’exécuter celles-ci, lorsqu’il est ordonné par le juge qu’il soit mis fin, au besoin avec le concours de la force publique, aux occupations illicites de terrains. Lorsque la sécurité des personnes est mise en cause, cette action doit être immédiate. Dans les deux situations, au-delà de la responsabilité de l’État, il en va des fondements même du contrat social dans notre Nation.
Il convient également, au regard de ces principes, d’assurer un traitement égal et digne de toute personne en situation de détresse sociale. Il vous incombe donc, en initiant le travail le plus en amont de la décision de justice qu’il est possible, de proposer des solutions d’accompagnement en mobilisant prioritairement les moyens de droit commun de chacun des partenaires. Cela suppose, dans une logique d’anticipation et d’individualisation, l’établissement, chaque fois que possible, d’un diagnostic et la recherche de solutions d’accompagnement, dans les différents domaines concourant à l’insertion des personnes (scolarisation, santé, emploi, logement/mise à l’abri...).»

Tous ces principes sont parfaitement fondés et légitimes. Sur cette base, il est parfaitement légitime que les maires, quelles que soient leurs orientations politiques (PCF, EELV, PS, UMP ou UDI), demandent le démantèlement des campements illicites qui se trouvent sur leur territoire communal. Cela n'en fait pas des soutiens objectifs aux propos récents du Ministre de l'Intérieur ou des otages du supposé angélisme incohérent de leurs formations politiques quand celles-ci les dénoncent.

Le problème provient directement de la mise en œuvre du démantèlement des camps. Dès les premiers mois de l'action du gouvernement, on a pu constater ici et là que la hiérarchie dans les priorités des démantèlements était souvent liée à l'orientation politique voire à l'identité géographique des communes dont les maires demandaient les démantèlements : priorité aux soutiens politiques et au département du Ministre, priorité moins évidente pour les communes dont les Maires étaient critiques ou supposés tels pour le ministre (qu'ils soient membres du PCF, d'EELV, ou même du PS).

Plus grave, la circulaire du 26 août 2012 n'est pas appliquée correctement (pour rester poli). C'est Dominique Baudis, défenseur des droits (qui agit en tant que tel, mais dont on n'oubliera pas qu'il est une personnalité de centre-droit et que sa mise au point sonne comme un camouflet pour une gauche qui n'applique pas ses propres directives). Dominiqué Baudis a dénoncé dès le 27 septembre dernier, dans un contexte qu'il a qualifié de difficile, «l'irrationnalité des arguments, des comportements et des prises de position ; […] on ne peut pas réduire à un problème national ce qui est un défi adressé à tout notre continent». «Cette circulaire interministérielle d'août 2012 n'est pas appliquée dans tous les cas, loin s'en faut, [ne demandant] pas autre chose que l'application de toute la circulaire». Il dit avoir été saisi de 4 000 cas de personnes dont les droits ont été ignorés au moment des démantèlements des camps en un an. «Quand le bilan (général et personnalisé) n'est pas réalisé, le démantèlement se passe mal». manuel-valls-enerve.pngUn constat que le défenseur des droits avait déjà fait en juillet dernier. Il avait envoyé ses recommandations au gouvernement. «Hélas, à ce jour, nous n'avons toujours pas de réponse» de Matignon, a-t-il regretté.

Amalgames et méconnaissance des Rroms

Malheureusement, l'embardée du Ministre de l'Intérieur le 24 septembre démontre qu'au-delà du non respect par la puissance publique de ses propres principes d'action (qui nécessiterait sans doute un regard plus appuyé du Premier Ministre et du Président sur l'action du ministère) Manuel Valls décide de chevaucher les pires amalgames sur une population fragile, afin de s'aligner sur l'opinion supposée de catégories sociales elles-mêmes soumises à une grande violence économique et sociale.

La dénonciation sans nuance des «modes de vie extrêmement différents des nôtres» et qu'«une minorité de familles veut s'intégrer en France» dénote soit d'une mauvaise foi absolue soit d'une méconnaissance tragique des populations concernées. Les Rroms qui quittent la Roumanie et la Bulgarie pour l'ouest de l'Europe le font dans une logique évidente d'immigration économique, renforcée par des pratiques discriminatoires ethniques, mais aussi économiques et sociales.

Ce qui est mis en cause c'est le nomadisme jugé inadapté à la société moderne. Dans le même registre, voici plusieurs mois que le patron de L'Express, Christophe Barbier, explique sur toutes les ondes (et encore récemment sur France Info) que le nomadisme est incompatible avec l'idéal républicain qui se confondrait avec un idéal de vie sédentaire. Encore une fois, ce type d'expression est erroné car cela introduit une confusion entre les Gens du Voyage, qui vivent depuis plusieurs siècles sur le territoire national et sont citoyens français et les Rroms d'Europe orientale. Les citoyens français «Gens du Voyage» se voient avec de telles prises de position niés dans leur mode de vie nomade alors qu'il est permis par les lois de la République contrairement à ce qu'indique M. Barbier.

A contrario, les Rroms, dont on dénonce le supposé nomadisme, sont des populations qui ont adopté depuis plusieurs décennies, et plus encore, un mode de vie sédentaire dans leurs pays d'origine. Soumis à l'exploitation réelle de multiples groupes mafieux, ils viennent rechercher en France un mieux-être économique et non imposer la possibilité d'exercer un nomadisme anarchique, irrespectueux du droit et de la République. La précarité territoriale des immigrants Rroms est d'abord dûe à leur exploitation et à l'inapplication de la circulaire d'août 2013 : le démantèlement sans préalable social atomise un peu plus les groupes qui étaient contraints à ces campements illicites, renforçant ainsi la main-mise des groupes maffieux sur ces familles, tout en les éloignant des outils de l'intégration que sont la scolarisation des enfants, l'accès au logement provisoire puis pérenne, et l'accès à l'emploi.

L'amalgame actuel entre Gens du Voyage et Rroms nous ramènent 3 ans en arrière, c'est-à-dire à l'amalgame sarkoziste du discours de Grenoble, qui cherchait à dresser une partie des citoyens français contre d'autres citoyens français nomades en les assimilant à une population migrante, exploitée, discriminée, dont on entretient plus ou moins sciemment la précarité institutionnelle, économique et sociale.

553049-manuel-valls-cecile-duflot.jpgCécile Duflot était donc parfaitement fondée à dénoncer les propos de son collègue de l'Intérieur. Elle rappelle Hollande et le gouvernement à leurs engagements : le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault pourrait expliquer à Manuel Valls qu'à Nantes l'insertion ça marche, et que la ligne Buisson-Sarkozy est indigne d'un ministre qui se dit républicain. À ce titre, il est effectivement lamentable que Manuel Valls et ses soutiens d'une part, et certains collaborateurs du Président de la République d'autre part, cherchent à déguiser parfois des discussions de fond en couac gouvernemental.

Car en effet, il ne s'agit pas d'un couac mais d'un débat de fond : «On ne peut pas considérer et on ne peut pas dire qu'il y a des catégories de population où leur origine justifierait qu'elle ne puisse pas s'intégrer [...] que leur pratique et leur mode de vie sont un dérangement pour leur voisin. […] Parce que quand on dit ça, on est au delà de ce qui met en danger le pacte républicain. […] Quand tous, nous avons dit que le discours de Grenoble [de Nicolas Sarkozy] était un scandale absolu, nous ne pouvons pas laisser penser que nous pourrions utiliser les mêmes méthodes […]. Et ça ce n'est pas la responsabilité des ministres mais c'est la responsabilité du président de la république. […] Parce qu'au-delà de son programme, il a été élu pour réparer des blessures douloureuses, […] des blessures qui ont visé des grandes catégories de personnes, des musulmans considérés comme pas intégrés ou pas intégrables, comme posant un problème à l'identité nationale, des blessures causées aux Rroms, populations parmi les plus stigmatisées d'Europe. […] Ce rôle essentiel qui a été confié au président de réparer les blessures, d'apaiser les tensions... c'est le pacte de valeurs qui a fondé cette majorité.»

retrouver l'intervention intégrale de Duflot ici

Jean-Marc Ayrault n'a finalement pas dit autre chose devant les parlementaires écologistes en rappelant la nécessité d'appliquer la circulaire gouvernementale, circulaire dont on a vu que son application posait question. Ainsi, Manuel Valls contrevient tout simplement à ligne gouvernementale par ses propos et il est dramatique qu'il ait fallu attendre l'intervention de Cécile Duflot pour que le Premier Ministre rappelle à tous le cadre de la politique gouvernementale, alors que le Président de la République reste silencieux.

Comment imaginer que dans un pays comme le nôtre nous ne soyons pas en mesure de travailler à l'intégration de 15 à 20 000 personnes ? Comment imaginer que le Ministre de l'Intérieur puisse proférer de tels amalgames, démontrant sa une stratégie de communication populiste à visée personnelle, sans qu'il soit remis clairement à sa place, et pire encore que soit organisé avec l'indulgence de l'exécutif les pétitions de soutien à son égard ?

Laisser ainsi passer tels débordements valide le discours et les thèses de l'extrême droite, bien plus que le supposé angélisme dénoncé par Manuel Valls. Dominique Bussereau a résumé à sa manière la situation : «Valls est le meilleur ministre de l'UMP», aphorisme cinglant qui démontre à la fois la dérive de l'aile droite du PS et le niveau de décomposition politique à l’œuvre dans le principal parti de droite.

D'aucun dénoncent également le point Godwin qui aurait été atteint par certains responsables politiques comme Daniel Cohn-Bendit, mais qu'on le veuille ou non le rapprochement avec les commentaires exprimés sur l'immigration des juifs d'Europe centrale dans les années 1920-1930 est saisissant : les familles yiddish fraîchement immigrées étaient également jugées non intégrables et incompatibles avec la société française du fait de leur misère sociale, de leur langue, de leur habillement et de leur mode de vie. Manuel Valls n'est ni Laval, ni Maurras, mais en entretenant les amalgames au plus haut niveau de l’État, il entretient la peur et le rejet de ces populations, il nourrit les réflexes xénophobes d'une population française fatiguée et tentée plus que jamais par le vote FN.

La tentation de l'ordre avant la justice

Le Parti Socialiste et la gauche ont longtemps été accusés d'être incompétents ou angéliques en terme de politique de sécurité publique. Pourtant, l'articulation nécessaire entre police d'ordre et police de tranquillité publique, entre prévention et répression, entre justice et police, était déjà inscrite dans les orientations de la gauche dès les lignes fixées par Gilbert Bonnemaison dans les années 1970-1980. Et en matière de sécurité publique, il me paraît difficile d'expliquer que des personnalité comme Pierre Joxe furent suspectes de laxisme.

Dès octobre 1997, lors de la convention de Villepinte sur la sécurité, Lionel Jospin et Jean-Pierre Chevènement font de la sécurité une priorité (ce qui ne signifie d'ailleurs pas que la gauche ait considéré auparavant que cela n'en était pas une). Invoquant le «droit à la sûreté» de la Déclaration des Droits de l’Homme, le Premier Ministre et son ministre de l’intérieur déclarent que «la sécurité est une valeur de gauche» et que la gauche agira pour que les catégories populaires ne soient plus les oubliées d'une insécurité quotidienne dont elles souffrent plus fortement que le reste de la population. La création de la police urbaine de proximité, supprimée ensuite par Nicolas Sarkozy, en avait été une des traduction les plus concrètes.

Il n'y a donc pas à avoir de mauvaise conscience à gauche dans ce débat, notamment quand on mesure les résultats plus que douteux de la décennie Sarkozy sur ce terrain. Au contraire, le démantèlement de la police de proximité, l'accumulation de lois "faits divers", ou encore la "politique du chiffre", ont profondément déstabilisé la sécurité publique et perverti notre système judiciaire (peines planchers) lui-même affecté par une réforme violente de sa géographie administrative, une réduction de ses moyens et des contraintes inutiles (jurys citoyens en correctionnelle).

taubira.jpgLa réforme pénale préparée et portée par Christiane Taubira était donc parfaitement nécessaire ; d’autant qu'il n'y a pas à gauche de débat entre défenseurs de l'ordre, d'un côté, et de la justice, de l'autre, opposition parfaitement artificielle et populiste. Là encore, la polémique sournoise (une lettre confidentielle adressée au Président de la République mais transmise aux médias), engagée par le ministre de l'Intérieur en plein milieu de l'été, fut profondément démagogique et dommageable à la gauche et l'efficacité de l’État. Là encore, il donnait contre son camp des arguments et des citations réutilisables par la droite et le FN contre la remise en ordre d'une Justice républicaine traumatisée pendant 10 ans et presque sciemment rendue inefficace par l'expérience sarkoziste.

Une fois encore, dans une stratégie de communication politique déjà mise en œuvre dans sa méthode par l'ancien Président de la République, l'actuel ministre de l'Intérieur recherchait le soutien d'une opinion déboussolée contre son propre camp. Il réintroduisait du même coup le soupçon contre sa famille politique dans l'opinion. Le bougisme vallsien a succédé en la matière au bougisme sarkozyste, sauf qu'ici la triangulation se fait contre les principes démocratiques et humanistes de la gauche.

Pire, les amis de Manuel Valls tentaient de dresser contre l'angélisme supposé de la gauche le réalisme supposé des élus locaux du parti (procédé réutilisé hier dans Le Journal du Dimanche concernant les Rroms). Dans une tribune parue le 21 août 2013 dans Libération et intitulée « La gauche affranchie », les proches du Ministre dénonçait « Le récit de la gauche […] soit faible soit inadapté. Faible parce qu’il reposait trop souvent sur l’idée de restauration […]. Inadapté parce qu’il a longtemps fait l’impasse sur les questions identitaires qu’elle a voulu réduire trop souvent à leur dimension sociale. » Ainsi, deux limites étaient franchies : revenir sur des politiques réactionnaires étaient assimilées à une « restauration » mal venue – il eut donc fallu poursuivre le chemin de la Réaction –, la sécurité (comme auparavant l'immigration) serait désormais liée à la question identitaire (c'est sans doute pour cela que Manuel Valls défend l'interdiction du simple voile à l'université). Tout cela sous le gage du «réformisme», car on l'aura compris le gouvernement de Jean-Marc Ayrault est au main de dangereux révolutionnaires droits-de-l'hommistes.

Pour eux, «La gauche affranchie, c’est donc celle qui décide de porter haut et fort les valeurs d’autorité, de respect et d’ordre.» Si cette tribune pouvait être noyée dans quelques phrases creuses sur la défense de l'éducation, de la laïcité et des valeurs républicaines, il n'y était pas une seule fois question de justice républicaine ou de justice sociale, deux notions au cœur du projet de la gauche… les signataires préférent sans doute à la justice sociale la défense du monde de l'entreprise, car «La gauche affranchie, c’est celle qui, au fond, se met au service de ceux qui créent de la richesse, notamment des entreprises et tout particulièrement des petites et moyennes, qui souffrent de charges excessives» (charges plutôt que cotisations, n'est-ce pas).

Cette "gauche affranchie" ne retient plus que l'ordre et l'autorité, qui sans la justice sont incapables d'instaurer une société démocratique et républicaine, incapables de d'entretenir et de consolider le lien social, le "vivre ensemble". Le même appel à l'ordre et à l'autorité avait déjà secoué le parti socialiste en 1933 quand Marcel Déat et les «Néos» (socialistes) avaient lancé leur offensive contre Léon Blum et la majorité de la SFIO lors de son XXXème congrès. Certains dérivèrent plus loin ensuite.

Cette tribune introduit là encore une suspicion dramatique : si les amis du Ministre de l'Intérieur en appellent ainsi à l'ordre et à l'autorité, c'est que le reste de la gauche soutiendrait des positions libertaires et abandonneraient les classes populaires victimes de l'insécurité. Et comme le ministre est minoritaire face à ses "irresponsables", une nouvelle fois la droite et le FN pourront dénoncer la chienlit social-démocrate à l’œuvre.

La réalité est pourtant tout autre. L’État se doit de reprendre pied dans tous les territoires qu'il a abandonné précédemment : les populations ont droit à des services publics forts et de qualité (de l'éducation à la justice en passant par la police), qui ont été mis à mal pendant 10 ans, laissant souvent seuls les élus locaux face à des habitants souvent légitimement excédés. En ce sens, la polémique sur la supposée absence d'action de Jean-Claude Gaudin (quels que soient ses tords), qui opposait le ministre de l'Intérieur au maire UMP de Marseille, ne pouvait être que contre-productive car elle renvoyait tous les maires face à leurs administrés sur des compétences pourtant régaliennes.

D'autre part, si la création de Zones de Sécurité Prioritaires était une initiative nécessaire, elles ne peuvent pas être à elles-seules le viatique de la politique de sécurité publique du gouvernement. Pour revenir sur la polémique marseillaise, on connaît les limites de la mauvaise répartition des effectifs policiers entre police de maintien de l'ordre et police de proximité : en aucun cas, la présence temporaire ou durable d'effectifs de gendarmes mobiles ou de CRS dans un quartier soumis à l'insécurité ou au trafic de drogue ne permet de résoudre la situation.

La question qui est posée à la gauche est celle du niveau des effectifs durables dans les commissariats des quartiers populaires ; mais là encore, ceux-ci continuent d'encaisser la baisse engagée dans les années précédentes. La RGPP a beau être annulée, des objectifs de "rationalisation" ou de "modernisation" des services publics continuent de menacer l'existence de certains commissariats de quartiers populaires et la pérennité de leurs effectifs, donc de leurs heures d'intervention et de présence sur le terrain. Interrogé sur le sujet lors de la même émission de France Inter du 24 septembre durant laquelle il s'en est pris aux Rroms, le Ministre de l'Intérieur n'a pu fournir aucune réponse convaincante.

Enfin, il convient de tenir un discours cohérent à gauche. Trop de responsables socialistes locaux défendent dans leurs programmes pour les élections municipales la création de service de Police Municipale ou l'augmentation de leurs effectifs, voire désormais leur armement. L'existence des Polices Municipales est parfois nécessaire, mais il faut savoir subtilement doser son effort : trop fréquemment, la création de ces services ou l'augmentation de leurs effectifs accélèrent la diminution parallèle des effectifs de Police Nationale dont l'action pour la sécurité et la tranquillité sont pourtant indispensables, d'autant que les Polices Municipales ne peuvent agir sans le concours de la Police National et dans les cas les plus lourds (comme le trafic de drogue ou les violences) sont parfaitement incompétentes (au sens administratif du terme).

Ainsi, la préservation de la sécurité républicaine et de la tranquillité publique ne sera en aucun cas le résultat de la course à la vidéosurveillance, de la création de polices municipales, ou de la multiplication des cars de CRS, mais de l'inscription durable sur les territoires d'effectifs de Police National ou de Gendarmerie.

La fuite en avant social-libérale ouvre l'espace pour la dérive sécuritaire

Le discours de la "gauche affranchie" est finalement assez clair et cohérent : «La gauche affranchie est aussi une gauche qui n’a plus peur d’être réformiste et qui ne réduit pas son action à la seule intervention de l’État en se demandant en permanence si ce qu’elle fait est vraiment de gauche. La gauche affranchie, c’est celle qui, au fond, se met au service de ceux qui créent de la richesse, notamment des entreprises et tout particulièrement des petites et moyennes, qui souffrent de charges excessives».

Pour cette aile droite assumée du PS, la mission historique du socialisme démocratique disparaît derrière une volonté de "modernisation", c'est-à-dire d'une adaptation ou d'une transformation du modèle républicain français et universaliste selon les exigences du néo-libéralisme mondialisé. L'appel à l'ordre et à l'autorité vise ainsi à remplacer la fonction d'émancipation des classes populaires que c'était fixé à l'origine le parti socialiste ; la protection sociale et économique, l'intervention de l’État social républicain laisse la place au seul État répressif censé "protéger" les citoyens.

Alors que Manuel Valls n'a fait que 5% aux primaires citoyennes, qu'il n'a jamais confronté son orientation politique à un congrès du PS, il pèse d'un poids terrible sur les débats de ce parti. C'est lui le véritable surmoi du PS et non une supposée domination de la pensée marxiste. Ce non dit d'une ligne social-libérale et sécuritaire qui pèse sur le PS s'est traduit lors du congrès de Toulouse lorsque la motion majoritaire de ce parti désormais aphone a intégré dans ses représentants au sein des instances nationales un nombre disproportionné d'amis politiques du Ministre – disproportionné car la ligne qu'ils défendent est somme toute éloignée de ce qui était écrit dans leur motion.

reforme-fiscale-2011.gifMais c'est pourtant leurs idées qui tiennent qu'on le veuille ou non le haut du pavé dans l'action gouvernementale. Avec le CICE et les 20 milliards offerts sans contreparties aux entreprises sous prétexte de compétitivité mais surtout pour faire "baisser le coût du travail" ; avec l'accord national interprofessionnel qui a gravement affecté le code du travail afin d'offrir au patronat de plus fortes marges de manœuvre ; avec le projet de réforme des retraites, qui parce l'"on vit plus longtemps, donc on doit cotiser plus longtemps" propose d'allonger la durée de cotisation jusqu'à 43 ans. Dans le même temps, la question des salaires et celle du pouvoir d'achat sont devenues quasiment tabou, sauf par l'entremise du débat imposé par une aile droite du PS un peu large encore sur le "ras-le-bol" fiscal.

Pourtant en terme de "ras-le-bol fiscal", bien qu'on ait enfin décidé de ré-indexer l'année prochaine le barème de l'impôt sur le revenu sur l'inflation, il n'est pas prévu de limiter les efforts des classes moyennes et populaires mais ceux des entreprises : après les cadeaux fiscaux déjà réalisés, il est désormais envisagé de compenser leur hausse de cotisations sur les retraites par une baisse des cotisations employeurs sur la branche famille. N'oublions pas que la hausse de la TVA prévue pour le 1er janvier prochain est censée financer le CICE… On n'a pas entendu cette aile droite là se joindre à d'autres - Maintenant la Gauche, un Monde d'Avance ou La Gauche Durable - qui réclamaient une véritable réforme fiscale en commençant par la progressivité de la CSG (première étape avant sa fusion espérée avec l'impôt sur le revenu) ou par le gel des hausses de TVA qui vont d'abord pénaliser les classes moyennes et populaires.

bandeau_logos.jpgNon, depuis plusieurs semaines, les sociaux-libéraux du PS se sont attaqués à la suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires ou encore réclament une nouvelle brèche dans le code du travail sur la question de l'ouverture des magasins le dimanche.

Personne pour répondre qu'au-delà de l'application de loi et d'une décision de justice (la circulaire sur les campements illicites disaient "le respect des décisions de justice ne saurait être mis en question") – qui devrait être chères à ceux qui réclament de l'ordre et l'autorité – il y aussi des principes de protection des salariés, qui sans un code du travail forcément déséquilibré en leur faveur se trouveraient à la merci du bon vouloir de l'employeur, autre et plus grave déséquilibre social. Personne non plus pour rappeler que si des salariés se plaignent d'être mal payés, et doivent pour vivre accumuler heures supplémentaires ou travail dominical, c'est qu'il y a sans doute un problème dans notre pays de sous-rémunération qui mériterait la convocation urgente d'une conférence nationale sur les salaires et l'emploi.

Non, ce matin (lundi 30 septembre 2013), les ministres concernés étaient convoqués pour réfléchir à des adaptations de la législations… et personne n'a moufté !

Selon les défenseurs de cette liberté d'entreprendre et d'écraser les salariés, ce sont les "angélistes" du PS et les partis qui se situent à sa gauche (EELV, PCF) qui auraient perdu le contact avec les "vrais gens" et ne chercheraient plus à répondre à leurs préoccupations. Ils conviendraient pour cela de durcir le ton sur les questions de sécurité, d'identité et d'immigration, ceux qui contesteraient cette ligne étant des bobos désincarnés, parfois marxistes mal dégrossis. Les questions de progrès sociétal devraient également être abandonnées, mariage pour tous, PMA, régulation des drogues, etc. allant à l'encontre des préoccupations essentielles des Français.

En réalité, les sociaux-libéraux n'ayant pas les moyens au travers de leur politique de satisfaire les attentes des catégories populaires – emplois, pouvoir d'achat, services publics forts de proximité –, ils leur offrent un succédané populiste de l'action politique : le langage sécuritaire et autoritaire, une logorrhée antifiscale. Plus grave, certains n'ont pas même la volonté de satisfaire ces classes populaires : le salarié moderne est celui qui est corvéable et adaptable à merci, dont le salaire et la protection sociale ne plombent plus la compétitivité de l'entreprise qui pourra alors créer des richesses et de l'emploi avec des individus jetables.

Le discours sécuritaire et identitaire est donc un dérivatif bien venu pour détourner l'attention de cette partie de la population.

1489157 3 0fb0 marine-le-pen-a-lille-le-5-mars-2011Mais cette stratégie est erronée : elle ne permet pas de reconquérir l'électorat ouvrier du nord et de l'est de la France qui choisit peu à peu de confirmer son vote par Marine Le Pen. Ce n'est qu'en apportant durablement des réponses économiques et sociales à cette population excédée que l'on pourra la détourner du Front National et permettre ensuite de lui faire entendre un discours éthique qui déconstruit la véritable stratégie de l'extrême droite.

Celle-ci, n'en déplaise à Malek Boutih qui cherchait à convaincre les socialistes du contraire à La Rochelle le 24 août 2013, s'est toujours nourrie de la misère et de la détresse sociales. En menant une politique sociale-libérale qui désespère les classes populaires et en faisant sonner à leurs oreilles les sirènes sécuritaires et identitaires, l'aile droite du PS et tout particulièrement les amis du Ministre de l'Intérieur pavent le chemin qui mènera à notre défaite collective en 2014 et 2017, et  légitiment toujours plus le discours d'une extrême droite maquillée de dédiabolisation. Ils porteront, si on ne les arrête à temps, la responsabilité de l'accession au pouvoir d'une droite extrêmisée alliée à l'extrême droite.

Frédéric FARAVEL

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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 14:42

Ce n'est pas dans mes habitudes, mais j'ai décidé de reproduire ici la mise au point que le Maire (PCF) de Bezons a faite sur son blog, suite aux trois pages de l'édition nationale et départementale du Parisien aujourd'hui.

Je partage l'intégralité de ses propos.

Intitulée en couverture "24 heures dans l'immeuble livré aux dealers", cette série d'articles présente une situation effectivement difficile pour de nombreux habitants mais omet (volontairement ?) de présenter les démarches engagées par les élus et la puissance publique pour résoudre un problème grave. Le Parisien n'a même pas jugé bon de vérifier le point de vue de la commune, ce qui est selon moi une véritable erreur sinon une faute. Cela ne vise qu'à faire un coup commercial pour booster les ventes du journal, cela crée exagérément un climat anxiogène et peut même perturber si l'on n'y prend garde le travail des forces de l'ordre.

On a connu Le Parisien plus inspiré... Il mérite aujourd'hui un carton rouge !

Frédéric FARAVEL

Le Colombier : ce que Le Parisien a oublié d’écrire

parisien.jpgDans le dossier qu’il consacre à la résidence du Colombier le 19 septembre, Le Parisien oublie de mentionner certains faits pourtant portés à sa connaissance.

Oui, la présence des dealers dans cette résidence est avérée. Oui elle exaspère les résidents. Mais pourquoi ne pas avoir rappelé les multiples actions conduites sous l’impulsion du maire de Bezons et de l’Amicale des locataires contre ces trafics ? Actions dont la journaliste avait pourtant fait état dans diverses éditions du même quotidien.

A plusieurs reprises, le maire, son équipe, les locataires, et dirigeants d’associations ont, en effet, conjointement organisé des manifestations visant à chasser les dealers mais aussi à sensibiliser les pouvoirs publics, et plus particulièrement le ministre de l’intérieur et le Préfet du Val-d’Oise, en charge de notre sécurité.

Cette mobilisation a également conduit à obtenir du bailleur Logirep l’engagement d’une enveloppe de 300 000 €  pour des travaux sécurisant l’immeuble, travaux accompagnés de l’installation de la vidéosurveillance. Par ailleurs, l’action du maire devrait aboutir à l’inscription et aux subventionnements, par l’État, de travaux dans cette résidence au titre de l’ANRU.

L’engagement de la Municipalité et des locataires pour lutter contre ces trafics de cannabis, est étroitement lié à la mobilisation, élargie à toute la population bezonnaise (5 000 pétitions et 600 personnes lors du rassemblement) contre la fermeture du commissariat de Bezons. Commissariat, aujourd’hui préservé et pour lequel  le maire de Bezons, mais aussi les principaux syndicats de police, continuent de réclamer le renforcement des effectifs.

Par ailleurs, à l’initiative du maire, se réunit la semaine prochaine, le Comité local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) de Bezons,  au sein duquel siège le Préfet et le Procureur de la République. Et le premier point inscrit à l’ordre du jour de cette instance, à la demande du maire, concerne justement ce trafic. Et mieux encore, toujours à son initiative, les amicales de locataires du quartier participeront à cette réunion.

Nous aurions aimé que figurent dans cet article ces éléments positifs qui démontrent la combativité de celles et ceux qui habitent Bezons, aiment leur ville et ne se résignent pas.

Dominique Lesparre

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5 septembre 2013 4 05 /09 /septembre /2013 07:08

Le 10 septembre prochain aura lieu la première manifestation contre la réforme des retraites à l'initiative de la CGT, de FO, de la FSU et de Solidaires.


La manifestation parisienne aura lieu à 14H et partira de République vers Nation.

Maintenant la Gauche tient à se rendre à ce rendez vous pour venir saluer les manifestants et les organisateurs. Les responsables nationaux du courant seront présents à ce titre.
Si nous n'appelons pas à défiler en tant que Maintenant la Gauche courant du Parti Socialiste, les camarades du courant syndiqués et qui le souhaitent le feront d'ailleurs avec leur organisation syndicale, nous tiendrons un point fixe à côté du défilé de la manifestation.

Rendez vous est donc donné le 10 septembre à 14H devant le Léon de Bruxelles de la place de la République, 8 avenue de la République.

Je vous rappelle le communiqué de presse du courant sur la réforme annoncée le 27/08 par le Premier Ministre.

Je vous invite également à diffuser autour de vous l'appel des socialistes pour les retraites et à le faire signer.

Amitiés socialistes,
Frédéric FARAVEL
Mandataire fédéral

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 07:29

4hpv5-LOGO CGTLe Premier ministre vient d’annoncer les grandes lignes de la future réforme des retraites.

Cette réforme se situe dans la continuité des précédentes en privilégiant la poursuite jusqu’en 2020 de l’allongement de la durée de cotisation prévue par la loi Fillon, et en prolongeant ces dispositions après 2020. Il serait ainsi demandé 43 ans de cotisations aux jeunes nés à partir de 1973 alors même qu’on sait qu’ils rentrent de plus en plus tard dans le monde du travail. Ils atteindront ainsi l’âge du taux plein bien après 65 ans. Pour la CGT, ces dispositions sont orientées contre la jeunesse.

Enfermé dans le dogme dans la baisse du « coût du travail », le Premier ministre annonce une prochaine réforme de la branche famille de la Sécurité sociale destinée à transférer son financement sur les ménages.

Certaines dispositions qui pourraient apparaître favorables aux salariés, notamment au sujet de la pénibilité, des femmes et des jeunes, n’auraient qu’une portée très limitée sur les salariés concernés. Exemple : une carrière complète de travail pénible conduirait à un départ à 60 ans, sous certaines conditions restrictives.

Ces annonces justifient donc pleinement la mobilisation des salariés lors de cette rentrée notamment avec la journée d’action du 10 septembre pour les salaires, l’emploi et une protection sociale de haut niveau.

Montreuil, le 27 août 2013

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20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 12:58

Le président et le gouvernement de la République se doivent évidemment de tracer des perspectives à long terme pour que leur action ne soit pas une simple administration ou cogestion à court terme et courte vue d'une situation donnée, enfermée dans le carcan du capitalisme financier mondialisé.

Ainsi, les critiques émises par l'UMP et ses principaux responsables sont non seulement un mauvais procès mais tombe à plat. Il est évident qu'elle ne partage pas une partie des orientations mises en œuvre par le gouvernement, mais elle ne peut tirer argument du séminaire du lundi 19 août 2013 à l’Élysée pour démontrer que celui-ci serait incapable de résoudre les problèmes actuels et quotidiens des Français se résolvant à une manœuvre dilatoire, car :

  • - non seulement elle s'est déjà elle-même prêtée à ce type d'exercice ;
  • - la résolution des défis du pays d'aujourd'hui serait impossible sans la considérer dans un projet plus large.

La question de savoir s'il s'agit en fin de compte d'une bonne opération de communication politique est par ailleurs un sujet totalement différent et parfaitement secondaire.

la-france-de-2025_4007987.jpgÀ la veille de l'élection présidentielle, François Hollande avait publié un petit livre de dialogue avec Edgar Morin. Ce dernier disait : « On ne peut rétablir confiance et espérance que si l'on indique une voie nouvelle. Pas seulement la promesse de sortir de la crise mais aussi de changer la logique dominante. » Et celui qui allait devenir Président de la République lui répondait : « La politique ne se réduit pas à la bonne intendance de l'économie. On semble avoir oublié, pendant les dernières décennies, la politique a trop abdiqué devant l'économique. » Nous pouvons donc constater que le président de la République revient donc à une intuition plutôt juste en proposant de travailler à l'état de la France pour 2025.

Cela implique cependant de savoir penser les ruptures nécessaires pour imprimer une logique différente de celle qui nous conduit actuellement à accélérer la diminution des dépenses publiques sans parvenir pour autant à résorber nos déficits, et du même coup à mettre à mal les services publics et donc la cohésion sociale (pourtant l'un et l'autre facteurs de croissance économique). L'exercice mis en musique hier à l’Élysée par le gouvernement touche évidemment sa limite lorsque l'on sait que l'essentiel du travail sera fourni par la commission de prospective, dirigée par M. Pisani Ferry. valls_19-08-2013.jpgOr la prospective est un exercice faussé qui oublie l'improbable, l'inattendu et l'imprévu et qui amène une autorité à se croire exonérer d'élaborer et de porter un projet politique (les sorties de Manuel Valls sur la justice puis sur l'immigration posent d'ailleurs question sur le niveau du partage d'un même projet entre certains membres du gouvernement). C'est l'aveu que le nouveau pouvoir avait oublié l'avertissement d'Edgar Morin. Qu'il manquait de vision, d'ambition, d'audace.... Bref, qu'il gouvernait au jour le jour. En somme, qu'il était tombé exactement dans ce piège qui menace toujours ceux qui sont passés aux affaires.

Rien n'est perdu pour autant et c'est pour cela qu'il faut impérativement analyser ce qui manque dans le travail actuel pour permettre à la gauche au pouvoir de donner suffisamment de perspectives aux attentes du pays et du peuple de gauche, pour l'emporter à nouveau en 2017.

Résoudre le manque de cohérence financière

Malgré le plan d'investissements d'avenir, il paraît aujourd'hui évident que l'investissement public est appelé dans les circonstances actuelles à diminuer. En effet, les baisses annoncées des dotations aux collectivités territoriales impliquent que celles-ci auront à la fois moins de marges de manœuvre pour assurer leur rôle de bouclier social essentiel en période de crise économique mais aussi moins de capacité à jouer leur rôle d'acteur économique (alors qu'elles assurent 60 à 70 % des investissement publics dans le pays).

Résoudre le manque de cohérence territoriale :
projets-prioritaires-et-projets-reportes-selon-les-preconis.jpgIl n'est pas pertinent de se limiter à additionner les projets engagés en divers points du territoire national (le renforcement de la municipalisation du PS a amené certains de ses élus à croire qu'on disposait d'un projet pour le pays quand on consolidait les projets locaux ou qu'on tentait de les généraliser à l'échelle nationale, alors que les deux natures sont foncièrement différentes). Il est plus que jamais nécessaire d'interroger leur opportunité et surtout leur capacité à faire système, donc à créer un dynamique.

Si le rapport de Philippe Duron (Maire de Caen, président de l'agglomération Caen-la-Mer et député, spécialiste de longue date des questions de transports) propose de mettre enfin terme à une logique du tout TGV pour se réorienter vers la réponse aux besoins de transport quotidiens des habitants et de maillage du territoire, le cas problématique du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes démontre par exemple qu'on interroge insuffisamment la pertinence des fonds engagés dans cette infrastructure, dont on peut raisonnablement douter de l'utilité au regard des infrastructures existantes dans l'Ouest français et leur capacité à monter en charge.

Fessenheim.jpgDe même, comment peut-on sérieusement engager la transition énergétique avec pour seul discours/symbole la fermeture de la centrale de Fessenheim en 2016, tout en continuant d'investir massivement dans l'entretien du parc nucléaire et la recherche pro-nucléaire ? Et ceci, sans jamais réfléchir aux nécessaires démantèlement à venir, sans jamais renforcer de manière conséquente l'investissement dans la recherche et l'industrialisation des énergies renouvelables…

Résoudre le manque de cohérence européenne

Comment engager la transition écologique sans remettre en cause le modèle actuel de la PAC ? Celui-ci oscille sur un postulat pernicieux de productivisme agricole mâtiné de préservation des paysages. Elle pèse par ailleurs toujours plus lourdement en pourcentage sur un budget européen qui – déjà malthusien – vient d'entrer avec notre accord dans une logique austéritaire. Cette logique nous aliène ainsi une bonne part de nos partenaires européens et nous rend inaudibles sur d'autres sujets.

Comment engager la transition énergétique sans le faire de manière coordonnée à l'échelle continentale ? Tout en risquant en parallèle d'amoindrir encore la protection de nos industries, en s'engageant de la pire des manières dans la négociation d'un traité de libre-échange transatlantique.

Comment engager la réflexion à 10-15 ans sur l'avenir du pays sans commencement d'harmonisation fiscale et sociale des différents États de l'Union Européenne ?

Enfin, comment mener à bien les différents projets d'innovation et de transition indispensables à la cohésion et à la compétitivité européennes en maintenant en l'état les statuts de la Banque centrale européenne (BCE), qui l'empêchent de financer directement les investissements nécessaires ?

Réviser la relation des socialistes et de la gauche à l'exercice de l’État et du pouvoir

Ayrault_19-08-2013.jpgL'été 2013 a été marqué par un Président de la République omniprésent sur terrain, auprès des Français. François Hollande a souhaité donner l'image d'un président de la République qui s'occupe du quotidien mais il a curieusement laissé le Premier Ministre mettre en musique un séminaire gouvernemental sur l'avenir du pays à 10 ans.

Cette pseudo-inversion des rôles démontre la confusion qui existe à gauche sur le fonctionnement de nos institutions. Elle rappelle au demeurant que leur logique n'est pas non plus interrogées : plus personne ne parle de VIème République. Le "Président normal" était de toute évidence une stratégie de communication de campagne, elle permettait par ailleurs d'éviter le débat de fond sur nos institutions et l'état de notre démocratie ; le sujet est d'autant plus criant qu'on est désormais revenu à l'hyper-présidence induite par la Vème République réduite au quinquennat.

Enfin, la logique voudrait que ce soit le rôle du parti majoritaire, en l'occurrence le Parti Socialiste, de conduire l'exploration de l'avenir et de penser aux manières de transformer la société française, quand le gouvernement devrait être chargé de mettre en œuvre les engagements du candidat élu. Mais, ce dernier s'était déjà largement exonéré du projet socialiste patiemment élaboré de 2009 à 2011 ; il ne laisse aujourd'hui au Parti aucune marge de travail et de débat. La direction du PS est donc essentiellement chargée de l'anesthésie des militants (comme ce fut le cas de 1998 à 2001 avec un autre Premier secrétaire), la pâleur des intitulés des tables-rondes et ateliers prévus pour les universités d'été du PS en 2013 en témoigne.

Harlem_Desir_France_Info.jpgLa direction du Parti est aujourd'hui réduite à un rôle de porte-parole du gouvernement français ; elle n'est pas toujours bien inspirée, comme le prouve les sorties d'Harlem Désir qui apportent résonance à chaque provocation stériles de Jean-Luc Mélenchon et mettent maladroitement le PCF en demeure de rompre avec lui (alors que les municipales s'annoncent déjà complexes).

Il est grand temps que chacun reprenne son rôle et assume le débat et la nécessaire confrontation avec les logiques libérales et conservatrices qui se sont imposées depuis 20 ans en Europe. La Gauche ne saurait se contenter en France comme ailleurs d'être un moindre mal comparé à la violence prévisible des éventuelles réformes de la droite. Pour vaincre les populismes, les communautarismes et sauver la construction européenne de ses propres dirigeants, nous avons besoin de véritables ruptures.

Frédéric FARAVEL

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16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 07:47

Dans un article publié le samedi 13 juillet 2013 et intitulé « Francois Hollande, chef de tout mine de rien », le quotidien Libération s'interroge sur la méthode de gouvernement du Président de la République.

En voici quelques extraits :
images.jpg« […] depuis un mois, il ne fait plus de doute pour personne que le chef de l’État est plus que jamais le chef de tout. Et donc de sa majorité. Et il le sera de plus en plus. […] Mais ce faisant, Hollande retombe dans cette contradiction institutionnelle : chef de l’État ou chef de la majorité ? “Il oscille entre les deux en permanence“, reconnaît un dirigeant socialiste. Mais c’est presque obligatoire, selon ce pilier du PS : “Les institutions ont évolué : pour les Français, le patron, c’est le président, point barre. Alors président de tout, c’est normal.“ […] Et comme la gestion du PS par Harlem Désir est jugée “consternante“ par la plupart des ministres, y compris ses anciens soutiens… il y a comme un vide.
Chapelles. A l’Élysée, on reconnaît que cette première année parlementaire a été “à la limite du dérapage ou du burn out“. Beaucoup de psychodrames, mais pas de crise. L’agitation récente au sein du PS, qui a vu s’agréger plusieurs chapelles pour rappeler au Président son engagement pour une grande réforme fiscale, annonce-t-elle une volonté d’en découdre avec le gouvernement ? ″Non, il n’y a pas d’alternative à la majorité actuelle. Rien que de très normal à ce qu’il y ait des débats“, balaie un proche du chef de l’État.
Hollande compte beaucoup sur lui-même et sa connaissance du PS. “C’est un politique à l’ancienne, confie un proche. Un artisan, un peu solitaire, qui écoute beaucoup mais décide seul, et qui n’aime pas que d’autres portent sa parole.“ Ce qui fait dire à ce poids lourd de la majorité : “Tout le système Hollande est fondé sur la hollandie. C’est une erreur : aujourd’hui, tout remonte à lui. Et il n’est pas protégé, il n’y a ni cible ni fusible.“ »

Tout est décrit dans ces quelques lignes. Mais alors que le quotidien de centre-gauche glose à l'envie sur ce qui semble être la fin de la « présidence normale » – posture inventée pour marquer la différence avec la présidence « ventilateur » de Nicolas Sarkozy, mais impossible à tenir dans le cadre des institutions de la Ve République –, un élément important de la situation est finalement éludé.

Il y aurait en effet bien plus à dire sur le rapport du PS au pouvoir que la dénonciation implicite de la gestion du Parti par le premier secrétaire actuel et le rappel de la connaissance intime des rouages de la Rue de Solférino par le titulaire de la charge suprême.

« Un artisan, un peu solitaire, qui écoute beaucoup mais décide seul »

hollande_brest.jpgCertains auront été jusqu'à dire que François Hollande dirigeait le pays comme un président de Conseil Général – peu crédible – ou plutôt regardait sa majorité comme il avait géré le PS lorsqu'il en était le Premier Secrétaire. Cette seconde hypothèse est sans doute plus vraisemblable. Non pas que la carrière politique du Président de la République ait commencé lorsqu'il devint premier secrétaire délégué en mai 1997, non pas que le personnage soit resté bloqué à un rang inférieur à celui qu'exige sa fonction actuelle ; mais il est évident que la charge du Premier secrétariat exercée pendant onze ans, dont six sans tutelle, l'aura profondément marqué, alors même qu'il avait été choisi par Lionel Jospin pour son connaissance de l'organisation et sa capacité à servir d'édredon du Parti.

Or c'est l'une des caractéristique de l'exercice hollandais du pouvoir. Cet homme de parti a toujours soigneusement évité de faire valider à l'organisation qu'il dirigeait, puis dont il a reçu le soutien pour la conquête du pouvoir, des positions franches. Les congrès à la mode Hollande ont toujours accouché de textes d'orientation ou de synthèse assez tièdes, au point que le Parti était arrivé, sans programme et sans colonne vertébrale, nu face à la tornade Ségolène en novembre 2006. Et au lendemain d'une nouvelle défaite prévisible en mai 2007, aucun travail n'a été conduit pour relever le Parti avant un congrès de Reims qui s'apparenta à une bérézina qui aurait pu être définitive.

Le seul débat interne qu'il tenta d'assumer fut celui sur le référendum interne sur le TCE (automne 2004), entaché de graves irrégularités (pour ne pas dire de fraude), auquel il avait été acculé par son opposition interne, et qu'il chercha à utiliser pour marginaliser celle-ci. Malheureusement, la faiblesse de sa victoire par ailleurs contestée ne pouvait affronter la révolte d'un peuple de gauche qui désavoua très majoritairement la position officielle du PS et qui empêcha le premier secrétaire de sévir contre ses opposants.

Il est vrai que telles avanies vous vaccinent pour un moment.

« Tout le système Hollande est fondé sur la hollandie. C’est une erreur : aujourd’hui, tout remonte à lui »

La Hollandie est encore une forme d'OVNI de la galaxie PS. Voilà un homme qui fut pendant 11 ans premier secrétaire et qui n'a jamais organisé autre chose qu'un petit groupe d'amis (parfois très anciens) pesant modérément dans le parti, pour l'aider à diriger ou à conquérir, sans jamais le dépasser.

Quelle différence avec les Mitterrand (qui lui aussi savait cultiver les amitiés anciennes), les Fabius (le pro des réseaux d'élus), les Rocard, ou les Strauss-Kahn… ou même avec Martine Aubry, qu'on sait pourtant peu enthousiaste à l'organisation d'un courant (ce qu'elle avait fini par admettre plus ou moins finalement). À part « Tonton », cela a peu réussi aux autres me direz-vous…

Et de fait, c'est parfaitement isolé, étrillé sur son bilan à la tête du PS, marginalisé et moqué par tous ceux qui voyaient déjà DSK à l’Élysée, ou qui avaient considéré que ses synthèses molles démontraient une absence de convictions, qu'il est parti à la conquête de la Présidence. Et qu'il a su utiliser avec ses rares soutiens une procédure qu'il dénonçait lui-même. La Primaire citoyenne offrait à François Hollande l'espace pour contourner le Parti, dont il avait pourtant besoin, et fonder sa candidature après l'élimination de DSK. La Primaire n'a pas tranché de ligne politique, pas plus que les congrès sous Hollande ne le faisaient. La Primaire a sélectionné celui que les électeurs de gauche venus voter considéraient comme le mieux placé dans les sondages pour battre Sarkozy.

hollande-aubry-primaire.jpgMartine Aubry aurait sans doute eu avantage à être désignée par les militants socialistes, portant la légitimité d'un projet construit sous sa férule. Le candidat issu de la Primaire pouvait lui piocher allègrement dans ce projet que ses amis avaient implicitement dénoncé à longueur de conventions (notamment celle sur « l'égalité réelle ») sans jamais assumer cependant ouvertement une ligne contradictoire.

Le candidat Hollande n'était pas tenu par le Projet socialiste, il a rédigé seul ses 60 engagements (étonnant parfois ses propres amis lorsqu'il s'est agi d'affirmer le recrutement de 60 000 postes en 5 ans dans l’Éducation Nationale). Peu de mois après son élection, les exégètes de la "pensée hollandaise" expliquaient déjà qu'il était d'ailleurs le mieux placé pour interpréter la portée et la signification de ses engagements.

Aubry-Toulouse.jpgD'ailleurs, à nouveau le congrès de Toulouse reprenait les bonnes vieilles habitudes de 1997-2008 : pas de lignes affirmées. Ce qui permit à de nombreux cadres de la motion 1 de monter à la tribune du congrès pour vitupérer contre le faux débat sur la compétitivité imposé par le patronat (on se souviendra de Jean-Marc Ayrault, au premier rang devant la tribune, raturant des pages entières du discours qu'il avait préparé, à l'écoute de celui de Martine Aubry ovationnée) quelques jours avant que le Premier Ministre n'annonce, en parfaite concordance avec le Président, le Pacte de compétitivité.

La ligne était tranchée dans le sens choisi par Hollande et la Hollandie (elle avait sûrement mûrie depuis plusieurs mois si ce n'est des années) mais elle n'avait jamais été débattue et assumée dans un cadre collectif.

Comment faire vivre le PS avec la Présidence Hollande ?

Capture decran 2012-08-28 a 17.43.57Harlem Désir a été imposé dans des échanges au sein des salons feutrés de la République, préféré à Jean-Christophe Cambadélis. Difficile dans ces conditions d'être autonome du Palais.

Les rares initiatives prises par la nouvelle direction de la Rue de Solférino – comme le projet de référendum sur les institutions et la moralisation de la vie publique – ont été superbement ignorées. Le Premier Secrétaire choisi est raillé par ceux-là mêmes qui l'ont imposé, y compris quand il tenta d'imposer, avec il est vrai trop peu de subtilité, une correction des scores sur la convention « notre Europe » (la mise sous tutelle des fédérations des Bouches-du-Rhône, du Pas-de-Calais et de l'Hérault étaient passées par là) qui contraignait le Parti à adopter une ligne plus offensive que celle souhaitée par l'exécutif. La correction du texte de la direction par tweet matignonesque s'avéra donc inopérante, mais elle avait démontré que le PS n'était pas dirigé du bureau d'Harlem Désir.

On a pu voir également à quel point les prises de positions du Parti Socialiste sont tenues en grande estime, quand, au lendemain du vote par le Bureau National d'un texte sur les retraites qui se démarquait du très néfaste rapport Moreau, 141051477.pngla ministre des affaires sociales (rescapées des débris du courant strauss-kahnien) expliquait que la position du parti qui a fait élire la majorité parlementaire était « une position parmi d'autres ». On a pu voir également l'attention que portait le Président de la République à la position du parti qu'il avait conduit pendant 11 ans quand il réaffirmait le 14 juillet 2013 qu'il était nécessaire de rallonger la durée de cotisation, là où le PS indiquait qu'il n'était pas nécessaire et utile d'envisager cette solution avant 2020. « Rien que de très normal à ce qu’il y ait des débats » donc, surtout quand on n'en tient pas compte.

On aborde à nouveau les contradictions et la schizophrénie du PS face aux institutions de la Vème République. Bien que Michel Debré ait associé Guy Mollet à la rédaction de ce que Mitterrand qualifiait de «coup d’État permanent», cette constitution a causé la scission de la SFIO en 1958-1959 et l'identité démocratique profonde du PS (dont il a hérité de la définition du socialisme démocratique par Léon Blum lors du congrès de Tours de 1920) reste rhétive au présidentialisme et son fonctionnement serait plus adapté à un régime parlementaire primo-ministériel.

De fait, le PS se retrouve désarmé tout à la fois face au « monarchisme républicain » de la Vème qu'il soit mitterrandien ou "normal" et à la mutiplicité des présidents d'exécutifs locaux, tanguant comme le dit Emmanuel Maurel entre le "crétinisme présidentialiste" et le "crétinisme localiste". Plus personne ne parle désormais au PS de la VIème République : certainement pas le titulaire actuel de l'Elysée qui comme tous les aspirants à la haute fonction a toujours préféré l'idée d'un régime présidentiel, et plus du tout le bouillonnant Arnaud Montebourg qui préfère aujourd'hui déclarer sa flamme aux gaz de schiste (qu'il avait pourtant condamné auparavant).

reformefiscale-a68e2.jpgAu moment où certains au PS commence à redécouvrir timidement sur la question fiscale que le Parti Socialiste ne peut être un parti comme les autres et doit porter l'aspiration au socialisme démocratique, sauf à se transformer progressivement en un sous Parti Radical, il est temps que les responsables socialistes fassent l'inventaire de son rapport au pouvoir, quitte à imposer au Président de la République son propre agenda.

C'est la condition nécessaire (mais pas suffisante) pour éviter une bérézina électorale en 2014 et 2015 et permettre la réélection de François Hollande en 2017.

Frédéric Faravel

pour mémoire, deux citations de Léon Blum qui rappelle la mission du socialisme démocratique :

1919 : "On est socialiste à partir du moment où l'on a considéré ce fait essentiel : le patronat et le salariat s'engendrant l'un l'autre et s'opposant l'un à l'autre, à partir du moment où l'on se refuse à accepter ce fait comme nécessaire et éternel, à partir du moment où l'on a cessé de dire : “ Bah !, c'est l'ordre des choses ; il en a toujours été ainsi, et nous n'y changerons rien ”, à partir du moment où l'on a senti que ce soi-disant ordre des choses était en contradiction flagrante avec la volonté de justice, d'égalité, de solidarité qui vit en nous."

1920 : "Ouvrez votre carte du Parti. Quel est l’objet que le parti socialiste jusqu’à présent se donnait à lui-même ? C’est la transformation du régime économique."

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1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 07:45

budget europeen 2013Le magazine allemand Die Spiegel a publié ce week-end des allégations, relayées depuis par le quotidien britannique The Guardian, selon lesquelles la NSA aurait espionné à grande échelle et avec des moyens technologiques disproportionnés plusieurs Etats membres de l'Union Européenne - France, Allemagne, Italie, Espagne, Grèce - ainsi que les institutions mêmes de l'Union Européenne, dont les débats internes du Conseil européen. Ces révélations proviennent une nouvelle fois de l'ancien analyste de la NSA en fuite, Edward Snowden.

Depuis les gouvernements et plusieurs responsables politiques des Etats concernés ont exigé sur un ton tout de même extrêmement poli des explications au gouvernement des Etats-Unis d'Amérique. Cette affaire a également donné lieu à une nouvelle passe d'arme pichrocolline entre Harlem Désir et Jean-Christophe Cambadélis, rivalisant de déclarations pour savoir quelle serait la position du PS sur ce scandale.

Face à cette diplomatique de levée de boucliers, les Etats-Unis ont annoncé qu'il répondrait à l'Union Européenne "par la voie diplomatique" : traduisez "secrètement".

Il me paraît nécessaire que les gouvernements et responsables politiques européens lèvent d'un cran leur exigence ; l'affront fait aux Européens est désormais public, il convient d'y apporter une réponse publique.

snowden.jpgIl convient également d'analyser de nouveau notre relation avec les Etats-Unis d'Amérique. Une nouvelle fois, il a été démontré que les Européens, tout occidentaux et démocrates qu'ils soient, n'avaient pas forcément les mêmes intérêts que leurs "amis" d'Outre-Atlantique. Et ici, la distinction entre George W. Bush et Barack Obama n'existe pas, même s'il n'est pas anodin que le Président démocrate est dans l'action en contradiction flagrante avec ses multiples déclarations comme candidat et en fonction. Il n'est pas anodin non plus que les élus du parti démocrate reprennent à leur compte les aboiements des pires républicains à l'encontre de Snowden, alors qu'ils avaient dénoncé les mêmes pratiques liberticides et déloyales lorsqu'elles avaient été mises en place sous le précédent président.

Cette situation doit fortement interroger l'Europe dans sa relation stratégique avec l'Amérique et plus encore la France qui a fait le choix contestable de rejoindre le commandement intégré de l'OTAN sous la présidence Sarkozy. Plus que jamais, la nécessité de construire de manière autonome une défense européenne se fait sentir et pour cela la pression sur la Grande-Bretagne devra s'accroître.

Surtout, il est détestable que les négociateurs américains connaissent désormais le détail du mandat fixé par les chefs d'Etat européens au Commissaire néerlandais chargé de discuter avec eux du projet de Traité transatlantique de libre-échange. Ainsi, il ne reste plus que les parlementaires européens et les parlementaires nationaux, et donc a fortiori les citoyens, à ne pas être au courant du mandat de négociation. Il est donc plus qu'urgent que ces négociations soient désormais suspendues, se tenant dans un contexte par trop défavorable aux intérêts de l'Union Européenne.

mlgeurope-700x300-copie-1.jpgNotons à l'intention des dirigeants du PS français, que les militants socialistes avaient très largement voté en faveur de la suspension de ces négociations, sur proposition de "Maintenant la Gauche", le 6 juin dernier et que plutôt que de rivaliser par communiqués de presse, pour déterminer superficiellement qui est ou aurait été le meilleur premier secrétaire, ils feraient bien de mettre en oeuvre la volonté des socialistes, clairement exprimée.

Il est aussi évident qu'une partie essentielle du dossier doit se régler par la réorientaiton de l'Union Européenne. Il est urgent de changer la couleur politique dominante au sein de la commission européenne, car de José Manuel Barroso à Karel de Gucht (le commissaire flamand) les Américains n'avaient sans doute pas besoin d'espionner l'UE pour remporter les négociations : par autisme idéologique, les ultra-libéraux de la commission étaient déjà prêts à leur vendre avec enthousiasme l'économie européenne. L'enjeu des prochaines élections européennes sera tout autant d'éviter une déferlante des national-populismes que d'installer une majorité de gauche au parlement européen et donc à la tête de la Commission.

Après, si certains considèrent que l'enjeu du moment est d'offrir l'asile politique à Snowden... pourquoi pas... on peut toujours faire un pied de nez à nos "amis", mais l'essentiel n'est pas là.

Frédéric FARAVEL

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 14:20

Des attentes sociales qui devront trouver des réponses ailleurs !

4hpv5-LOGO_CGT.gifLa fameuse grande conférence sociale s’achève.

La CGT y a, durant ces 2 jours, fortement porté les attentes des salariés et ses propositions pour sortir de la crise.

La voix des salariés, largement ignorée dans la période, avait besoin de se faire entendre afin de rappeler l’urgence sociale notamment sur l’emploi et les salaires. L’affichage d’une conférence sociale consacrée à l’emploi a tourné court dans les faits. Le temps de débat, à peine de plus de deux heures en deux jours, ainsi que les annonces, ne répondent en rien à l’enjeu et confirment l’orientation gouvernementale sur la baisse du coût du travail. Pour autant, nous relevons que la question des stages, soulevée par la CGT, a fait l’objet d’un engagement du premier ministre à légiférer avant la fin d’année. De même, notre exigence d’évaluation des aides publiques se traduira par la constitution du comité de suivi du CICE, afin de faire une évaluation du dispositif.

Le refus de parler des salaires alors même qu’il s’agit d’une des principales attentes des salariés dans la période n’a pas empêché la CGT de porter cette revendication dans toutes les tables rondes. Le Premier Ministre annonce la création d’un observatoire des rémunérations au sein du Commissariat Général à la Stratégie et à la Prospective ; cela valide que la question des salaires est une préoccupation prioritaire dans notre pays.

A l’heure où le besoin de financement de la protection sociale nécessite de nouvelles ressources, l’augmentation des salaires, y compris par l’instauration effective de l’égalité hommes-femmes, est une des pistes incontournables.

Tout en précisant qu’il faudra faire des efforts, le gouvernement reste muet sur les orientations qu’il prendra sur la réforme des retraites mais confirme le calendrier : concertation à partir du 4 juillet et « dès le mois de septembre, le gouvernement prendra ses responsabilités ».

Il est urgent que les salariés se saisissent de ces questions. Nous devons maintenant mettre en œuvre notre plan de travail : durant tout l’été aller à la rencontre des salariés afin de construire avec eux une journée d’action dès début septembre pour peser sur les choix qui seront faits.

Montreuil, le 21 juin 2013

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