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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 07:27

Le Président de la République a tenu hier après sa deuxième conférence de presse du mandat comme il s'y était engagé à le faire tous les six mois. Certains pourront évidemment discuter de la forme choisie par François Hollande pour ses deux premiers rendez-vous avec la presse - dans la salle des fêtes de l'Elysée devant un parterre de 400 journalistes qu'il avait pourtant promis de ne plus convoquer dans les lieux du pouvoir, et avec un gouvernement sagement parqué en rang d'oignons sur le côté de la salle - mais on retiendra surtout qu'il tient cet engagement nécessaire de rendre des comptes aux Français par média interposés.

3266627_3_6bc7_francois-hollande-lors-de-sa-deuxieme_08ba9e.jpgLe Président a fait techniquement une prestation habile voire réussie. On connaît son talent de judoka de la formule et de l'ironie, organisant parfois ses propres questions et ses propres réponses. Il a tenu à faire passer deux messages, deux slogans majeurs, pour la deuxième année de son quinquennat : "Offensive" et "mouvement", de ce côté-là c'est également carton plein puisque c'est ainsi que toute la presse de ce matin entame ses analyses ou ses éditoriaux. Il est également revenu sur l'erreur d'une de ses précédentes prestations médiatiques : François Hollande avait expliqué qu'il n'était pas un Président socialiste ; la bévue est relativement corrigée puisqu'il réaffirme être un socialiste devenu le Président de la République qui veut "faire réussir la France". C'est symbolique mais au moins cela le distingue (même s'il a fallu une correction) de la piteuse campagne jospinienne de 2002 lorsque l'on avait découvert que le grand homme n'avait "pas un programme socialiste".

L'art du déséquilibre sportif et oratoire confine cependant à l'habileté machiavélique lorsqu'il récuse le qualificatif de "social-démocrate", voire de social-libérale, pour définir la politique qu'il mène. Non, bien sûr, tout serait "socialiste". Pourtant, comme le disait Marie-Noëlle Lienemann, jeudi matin sur France Inter, pour qualifier la ligne politique plus ou moins ouvertement défendue par Pierre Moscovici, ministre de l'économie et des finances, on rappellera qu'un socialiste ou un social-démocrate aurait apporté des contreparties sociales à toute concessions faite au patronnat, quand un social-libéral se contente de se plier à l'interprétation libérale de la compétitivité.

Le service politique de France Inter - qui n'est pas connu pour son gauchisme échevelé (rappelons que ce n'est pas Daniel Mermet qui le dirige) - en faisait même la remarque, doutant du "caractère socialiste" d'un certain mesures prises ou annoncées (pacte de compétitivité, ANI, retraites, etc.).

Mais toutes ces remarques préliminaires ne sont que peu de choses quant au fond du discours du Président de la République, dans lequel il nous faut bien faire le tri.

Une offensive nécessaire sur la réorientation européenne

On connaît évidemment les désaccords qui distinguent mon courant politique et les mesures défendues par François Hollande quant à la manière de traiter "la langueur" dans laquelle s'est enfoncée l'Union Européenne. D'abord bien pire qu'une langueur, c'est bien une impasse à laquelle nous sommes confrontés aujourd'hui, impasse qui pourrait bien mener la construction européenne à son délitement, comme nous avions souhaité en alerter les socialistes dans la convention Europe de juin.

Il y a un péché originel dans l'action européenne de François Hollande c'est la ratification forcée du Traité Merkozy que nous avions pourtant collectivement dénoncé. L'argument du président était que le Pacte de Croissance qu'il aurait arraché à ses homologues changeait radicalement la donne et la signification de ce traité, ce n'était évidemment pas le cas et l'on a vu depuis ce qu'il en était de l'évanescence du Pacte de Croissance. De même, la signature du projet de budget d'austérité proposé par le Conseil Européen marque bien que la réorientation de la construction européenne n'est pas engagée mais que les logiques austéritaires imposées par les libéraux et les conversateurs, menée par Angela Merkel et David Cameron sont pleinement actives. Il me paraît évident que sur ces bases le travail à mener désormais n'en sera que plus compliqué.

Cependant, François Hollande a fait sur ce sujet quelques affirmations et une annonce qu'il me paraît nécessaire de décrypter ou discuter.

"Les lignes ont bougé depuis un an. Quand je regarde ce qui s'est produit : la zone euro a été stabilisée, des instruments de solidarité ont été introduits, l'Union bancaire a été définie. Il y a eu aussi une nouvelle doctrine de la Banque centrale européenne. La Grèce que l'on pensait, à un moment, menacée de ne plus pouvoir figurer dans la zone euro, a été sauvée comme d'autres pays.
Les taux d'intérêt, qui paraissaient pour certains pays insupportables, ont baissé. Je ne parle pas du nôtre qui est à son plus bas historique : jamais l'Etat n'avait emprunté avec un coût de l'argent aussi faible.
Ce résultat, que je revendique, n'a été possible que parce que la France a su jouer le rôle de trait d'union entre l'Europe du Nord et l'Europe du Sud, dans le cadre de l'indispensable - je dis bien indispensable - couple franco-allemand, sans lequel l'Europe ne peut pas avancer.
Mais aujourd'hui, ce qui frappe l'Europe, ce n'est plus la crise financière. Je le redis ici : elle est derrière nous. Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait plus de menaces, mais les causes ont été régulées et jugulées." :

Je ne suis pas convaincu que la crise de la zone euro soit derrière nous ni que ses causes aient été régulées et jugulées. Le décalage structurel entre pays du nord et du sud reste profond et les exigences des premiers vis-à-vis des seconds pour rétablir leur situation crée des tensions sociales et politiques qui peuvent encore provoquer le pire, sans que les taux d'intrérêts soient réellement supportable en Grèce, Espagne, Portugal ou à Chypre ou que les mécanismes de solidarité qu'il défend soient assurés de fonctionner en leur faveur. De même, si la doctrine de la BCE a évolué sous le coup de la réalité, elle reste dérogatoire et personne ne peut dire que ce changement sera durable et que la BCE pourra faire preuve de la flexibilité nécessaire à une politique monétaire dynamique, les textes régissant cette institutions n'ayant pas été révisés et restant contradictoire avec une bonne partie des actions de Mario Draghi. Cependant, il paraît vraisembable que la France tente de faire le lien entre les pays du nord et du sud, nous ne sommes pas dans le secret des discussions européennes, mais dans tous les cas, c'est la seule marge de manoeuvre dont dispose la Présidence Hollande face à l'intransigeance merkelienne.

"Ce qui frappe l'Europe, ce n'est pas la crise financière, c'est la récession : récession provoquée par des politiques d'austérité ; récession qui touche tous les pays de la zone euro - certains moins que d'autres, mais je pourrais faire des comparaisons, y compris avec l'Allemagne, pour ces six derniers mois ; récession qui menace jusqu'à l'identité même de l'Europe, jusqu'à la confiance des peuples en leur destin.
La Commission européenne a commencé à comprendre les risques et les menaces. Elle a décidé d'ajuster, d'adapter le rythme de la consolidation budgétaire à la conjoncture. C'est un bon signal.
Mais, pour moi, ce délai - deux ans pour la France - ce n'est pas un répit, c'est un rebond, c'est une opportunité pour une reprise plus rapide en France et en Europe. Car l'enjeu, je le répète, c'est la croissance, c'est la sortie de la crise, c'est la fin de la récession." :

La réalité de la récession - plus que le "risque" - est aujourd'hui effectivement pire que celui de la crise financière. Si la Commission européenne propose de transiger avec le plan de charge de réduction des déficits qu'elle avait établi avec Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, c'est à la fois pour tenir compte de cette réalité mais en l'accompagnant d'exigences drastiques en termes de réformes structurelles libérales sur les retraites (nous y reviendrons) et le marché du travail. Il ne s'agit pas encore de proposer un rebond fondé sur la mise en oeuvre de politiques de croissance. De fait, François Hollande n'a pas abandonné le fantasme d'une règle d'or auto-imposée. europa_logo.pngLors de la présentation mardi à Paris de l'Appel "Une autre Europe est possible !" lancée par les ailes gauche du PS et du SPD, Emmanuel Maurel avait clairement expliqué «Ces réformes ne sont rien d'autre qu'un acte de vandalisme contre notre modèle social», «au moment même où la Commission est obligée de constater que le retour accéléré à zéro déficit public ne marche pas, elle veut renforcer les dispositions pour aller dans cette direction. C'est une Europe low cost qu'on est en train de fabriquer». «Ce que nous disons est partagé par d'autres forces en Europe. Il n'y a pas qu'une seule politique possible, ce n'est pas vrai car la politique c'est faire des choix et prendre des risques», a insisté Emmanuel Maurel dans un message implicite à François Hollande.

"L'offensive, c'est d'abord lancer une initiative européenne. [...] L'initiative que je prends, elle se décline en quatre points et je la soumets à nos partenaires. Premier point, c'est d'instaurer avec les pays de la zone euro un gouvernement économique qui se réunirait, tous les mois, autour d'un véritable Président nommé pour une durée longue et qui serait affecté à cette seule tâche. Ce gouvernement économique débattrait des principales décisions de politique économique à prendre par les États membres, harmoniserait la fiscalité, commencerait à faire acte de convergence sur le plan social par le haut et engagerait un plan de lutte contre la fraude fiscale. [...] La deuxième étape de l'initiative que je propose est tournée vers les générations futures avec un plan pour l'insertion des jeunes. [...] Troisième temps de l'initiative, une Communauté européenne de l'énergie destinée à coordonner tous les efforts pour les énergies renouvelables et réussir ensemble - alors que l'Europe a des
pays qui n'ont pas les mêmes politiques énergétiques - à assurer la transition énergétique. Le quatrième temps, c'est une nouvelle étape d'intégration avec une capacité budgétaire qui serait attribuée à la zone euro et la possibilité, progressivement, de lever l'emprunt."
:

Pour la première fois, François Hollande donne ici un contenu concret à la réorientation de la construction européenne pour laquelle il est censé plaider. Autant le Pacte de Croissance qu'il prétendait avoir obtenu s'est avéré insaisissable, autant ici le Président de la République met la droite allemande au pied du mur en l'obligeant à répondre à une proposition forte d'intégration européenne qu'elle prétend elle-même défendre. D'autre part, il assortit sa proposition de gouvernement économique, dont il faudra tout de même un peu discuter l'architecture, d'éléments essentiels et opérationnels pour le quotidien des salariés européens, puisque le gouvernement économique ne peut évidemment avoir de sens s'il n'est pas associé à l'urgence de l'harmonisation sociale et fiscale "par le haut" que la gauche européenne attend depuis plus de 20 ans. Espérons que cette offensive ne connaisse pas sur le fond et sur la forme la même destinée que son Pacte de croissance. Je reste plus circonspect sur le plan européen d'insertion des jeunes, non que je néglige sa nécessite ou la réalité de l'engagement du Président sur ce dossier, mais parce qu'on voit mal comment il pourrait être sérieusement mis en place dans le cadre budgétaire austéritaire accepté par le Président au sommet de Bruxelles. Je ne peux que souscrire à la nécessité d'une communauté européenne de l'énergie (qui pourrait d'ailleurs un peu bousculer les vieilles lunes françaises sur le nucléaire) ; enfin la capacité budgétaire attribuée à la zone euro et à lever l'emprunt est une nécessité, revendication déjà ancienne des socialistes français (adoptée sous l'influence des ailes gauches successives du PS depuis 2003).

Le cap est maintenu sur le front de la compétitivité... mais pour quels résultats sur l'emploi ?

Le Président de la République assume pleinement l'orientation social-libérale donnée à son quinquennat dès octobre 2012. Mais il le fait également, et c'est nouveau en assumant la continuité avec les mesures engagées par son prédécesseurs. "La seconde réforme nous a été présentée avant même que nous nous installions. Il fallait déjà faire ce que nos prédécesseurs n'avaient pas engagé ou, plutôt, avait décidé et reporté : le pacte de compétitivité, l'allègement du coût du travail. Pardon de prendre les choses comme elles s'appellent puisqu'il s'agit bien de cela : l'allègement du coût du travail pour être meilleur sur les marchés internationaux. Cela a été le rapport Gallois. Le pacte de compétitivité a engagé 20 milliards d'euros d'allègements et beaucoup d'autres mesures pour l'innovation." Peu importe que ces mesures soient en contradiction avec le projet socialiste de juillet 2011 qu'il n'a pas contesté, avec le discours du Bourget et avec ceux des principaux leaders de la motion 1 lors du congrès de Toulouse.

Il revendique également la réfome du marché du travail qui correspond à la transposition dans la loi de l'Accord National Interprofessionnel de flexibilisation de l'emploi : "la quatrième réforme que le gouvernement de Jean-Marc AYRAULT a menée ou plutôt que les partenaires sociaux ont engagée, c'est l'accord sur la sécurisation de l'emploi, la réforme du marché du travail. [L'intervention au Mali] a caché l'ampleur de la portée d'une décision que prenaient les partenaires sociaux. Pas tous mais en tout cas, les syndicats majoritaires. Une réforme que l'on jugeait impossible à faire. Elle est là, votée hier par le Parlement." Nous avons heureusement quelques un à en mesurer l'importance et surtout ce qu'elle représente comme reculs pour les droits des salariés. Peu importe également que l'une des principales mesures de l'ANI soit la transposition des accords compétitivité emploi proposés par Nicolas Sarkozy que le candidat Hollande et les socialistes avaient combattu pendant la campagne électorale. Avec cette déclaration, il avoue implicitement qu'au-delà d'appeler constamment à un "compromis historique", il a probablement pesé sur le rythme des négociations et le contenu final de l'accord qu'il considère mettre en oeuvre avec les orientations social-libérales qui lui vont comme un gant.

Enfin, puis enfin puisque l'Elysée considère que ces réformes sont faites dans le but d'inverser la courbe du chômage d'ici à la fin de l'année et d'avancer au-delà vers le retour au plein emploi, c'est donc à cette aune qu'elles devront être jugées. Et l'on peut déjà en dire quelques mots. Le Président juge que la "boîte à outils" (à laquelle il faut ajouter les emplois d'avenir et les contrats de génération) - expression heureusement abandonnée - est complète et il en attend les résultats de son utilisation. Mais même en les élargissant sous condition au privé, les emplois d'avenir ne peuvent être en mesure de compenser les destructions d'emplois en cours, pas plus que les exonérations de cotisations qui constituent l'essentiel des CG. Les 20 milliards de cadeaux fiscaux sans contrepartie du Pacte de Compétitivité eux-mêmes ne sauraient être en mesure de relancer l'activité économique et donc les création d'emploi. Pour sortir de la récession, les entreprises ont avant tout besoin d'avoir les carnets de commande remplis et lorsque l'investissement privé est en berne, que le crédit bancaire l'est également, je ne comprends toujours pas que l'on décide de couper aveuglément dans les dépenses publiques, ce qu'il appelle le "sérieux budgétaire" alors qu'en l'orientant correctement elle pourrait fort bien compenser les manques du privé. Ainsi les milliards d'économies annoncés sur le dos des collectivités territoriales qui fournissent pourtant 66% des investissements publics sont parfaitement contreproductifs.

Maurel_Lienemann_une_autre_Europe_est_possible.jpgCe défaut d'investissements publics a cependant été repéré puisqu'il a "demandé à Jean-Marc Ayrault de présenter au mois de juin un plan d'investissements, pour les dix ans qui viennent, autour de quatre grandes filières : le numérique, la transition énergétique, la santé et les grandes infrastructures de transports." La question du financement alors qu'il a engagé une politique de rigueur budgétaire pose question. Je préfère à tout le moins qu'il propose de réorienter l'épargne des Français - comme le demandait Maintenant la Gauche - plutôt que de céder ses participations actuels au capital de grandes entreprises privées ou publiques, alors qu'il y a nécessité que la puissance publique pèse au maximum pour réorienter la stratégie industrielle d'un certain nombre d'entre elles. Je suis par contre plus circonspect sur l'appel aux capitaux étrangers, alors qu'on peste contre le caractère extérieur des détenteurs de la dette française et que l'origine "souveraine" de certains de ces capitaux pose potentiellement quelques problèmes de politiques extérieures.

Le risque de faire exploser la gauche et la cohésion sociale sur les retraites

hollande_retraites_2012.jpgLe candidat Hollande s'était engagé à une nouvelle et durable réforme des retraites, le système mis en place par la droite lui paraissant à la fois injuste et insuffisamment financé. C'était son 18ème engagement (ci-contre).

Mais dans les annonces du chef de l'Etat hier, on note quelques adaptations : les négociations n'ont pas été engagées dès l'été 2012 (comme bien d'autres projets qui auraient dû l'être) mais on lui pardonnera, car il a préféré fixer à nouveau l'âge légal à 60 ans par décret, pour marquer le début de son mandat.

On voit cependant comment a été cornaquée à distance la négociation sur le marché du travail et l'on peut commencer à avoir quelques craintes pour celles sur les retraites. Concernant le montant des pensions, on peut déjà s'inquiéter de voir les décisions qui ont été prises avec la désindexation.

Plus encore, ne se concentrant plus que sur les carrières longues, le Président oublie complètement la question de la pénibilité qui était pourtant explicitement dans ses engagements.

Enfin, François Hollande clot avant le début des négociations entre partenaires sociaux la question de l'évolution des recettes : "[...] il y a un principe qui est celui de l'évidence. Dès lors que l'on vit plus longtemps, parfois beaucoup plus longtemps, on devra travailler aussi un peu plus longtemps." Cette évidence qui n'en est pas une avait pourtant été contestée par le PS en 2010 et le député François Hollande lui-même, bien que la majorité des socialistes aient accepté le pasage à 41,5 annuités de cotisation. Aller au-delà paraît injuste socialement dans un pays marqué par près de 40 ans de chômage de masse, car peu de salariés seront en mesure de présenter à un âge "avancé" plus de 40 annuités pleines. C'est également une illusion de parler de l'allongement de la durée de la vie comme si elle était uniforme, au-delà même de la question de la pénibilité, quand on constate que la durée de vie en bonne santé des ouvriers est descendue à 62 ans.

De ce fait, il vient encadrer de telle manière les négociations sociales que jamais les propositions de hausse modérée des cotisations qui pourraient être faites par FO ou la CGT ne seront pris en compte. Cela revient à enfermer la conférence sociale dans un dialogue forcément mortifère car exclusif entre la CFDT et le MEDEF qui débouchera sur une retraite à la carte, signe avant coureur de la mise en cause des retraites par répartition - comme le demande la Commission européenne.

C'est enfin attiser les divisions à gauche au risque de les rendre irrémédiables et cela juste avant la série de scrutins intermédiaires qui va jalonner 2014 et 2015.

C'est sur le fond et sur la forme l'exacte stratégie opposée qu'il faudrait adopter au moment où la France et la Gauche doivent gagner des batailles européennes.

Frédéric FARAVEL

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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 12:34

| Par Stéphane Alliès - Mediapart.fr

Il y a un an, l’Élysée. Il y a dix ans, Dijon. Depuis que le hollandisme est à l’épreuve du pouvoir, chez de nombreux socialistes, l’antienne est récurrente, souvent désolée et accompagnée d’un soupir : «Hollande gère le pays comme il gérait le parti.» Les similitudes entre les deux expériences de gouvernance n’ont cessé d’accompagner les analyses des socialistes interrogés tout au long de cette première année de pouvoir.

À chaque renoncement, volte-face et temporisation ; à chaque fois que l’Élysée a fait savoir son refus systématique de la bataille idéologique ; à chaque fois qu’il a été jugé prioritaire d’apaiser la situation, l’allusion au PS d’après le congrès de Dijon revient. Le constat est très souvent le même : dans l’exercice du pouvoir à la sauce hollandaise, l’habileté se mue en immobilisme. On peut même retrouver dans les conditions de l’accession réelle du futur président à la tête du PS les raisons et les conséquences de son appréhension du pouvoir.

 

En patron des socialistes, Hollande a effectué deux quinquennats. Le premier en cohabitation avec Lionel Jospin (1997-2002), “à la Harlem Désir”, en chef d’un “parti-courroie de transmission”, rangé derrière le chef d’État socialiste. Son bilan est alors bien moins critiqué que ne l’est d'ores et déjà celui de Désir. Il était sans doute plus aisé de diriger un PS sans opposition interne d’importance dans la gauche plurielle. Quant au bilan du 21-avril ? Il est celui de Jospin, en aucun cas le sien.

C’est au congrès de Dijon (16-18 mai 2003) que Hollande entame son deuxième quinquennat solférinien, désormais en première ligne, en chef de l’opposition. Et c’est ce congrès, où les socialistes sont censés tirer les leçons de leur élimination au premier tour de la présidentielle, qui va constituer le “péché originel” du hollandisme en responsabilité. Comme si cette prise de pouvoir avait déterminé une orientation et un style que Hollande paye aujourd’hui à l’Élysée, tour d’ivoire imperméable au mouvement social, comme l’était Solférino au terme de son mandat.

Décryptage des sept symptômes, comme autant de péchés capitaux, du «syndrome de Dijon» au fondement de la pratique hollandiste du pouvoir.

S’accommoder des insuffisances démocratiques

Comme Mitterrand, Hollande s’est accommodé quand il le dirigeait des errances de son parti et des dérives de ses barons. Lorsque Mediapart l’a reçu, avant la présidentielle, le 13 avril 2012, s’il n’esquivait pas les critiques en inertie sur les votes truqués de certaines fédérations, elles n’ont pas semblé l'atteindre outre mesure. Il confia même dans un sourire, après l’émission : «Mitterrand aussi a triché à Épinay, en s’appuyant sur les grosses fédérations», lors du congrès de 1971, où il s’était emparé du PS sur les ruines de la SFIO.

À la manœuvre de ce congrès de Dijon, dans l’entourage de François Hollande, on trouve tous ceux qui traverseront avec lui les années de direction du PS, tous devenus ministres ou responsables des postes clés des institutions : François Rebsamen, Stéphane Le Foll, Jean-Yves Le Drian, Bruno Leroux, Kader Arif ou Michel Sapin. L’opposition, divisée, frise les 40%, mais beaucoup assurent encore aujourd’hui que le scrutin a été volé.

Laisser prospérer les comportements coupables

Hollande se repose sur les trois puissantes fédérations des Bouches-du-Rhône, du Pas-de-Calais et de l’Hérault, qui représentent alors à elles trois 30% des cartes du parti. Et qui votent au canon – un terme du jargon socialiste pour dire “bourrer les urnes”. Au congrès de Dijon, Hollande recueille entre 80% et 90% dans ces trois départements. Alors que les résultats sont bien plus serrés, voire défavorables, dans les autres fédérations. Les «Bouches-du-Nord», qui avaient fait le congrès d’Épinay, sont ressuscitées.

Une autonomie absolue est alors laissée à ces trois fiefs, laquelle aboutira, sans que jamais le parti de l’ère Hollande ne s’en saisisse, à des dérives clientélistes et antidémocratiques. Sous le mandat de Martine Aubry, elles occasionneront des mises sous tutelle plus ou moins importantes. Et des procédures judiciaires ont été déclenchées, visant trois des plus ardents soutiens de Hollande à l’époque : Jean-Pierre Kucheida, Jean-Noël Guérini et Robert Navarro (lieutenant de Georges Frêche, souvent suspendu sous Hollande, mais exclu seulement sous Aubry). Il faut l'écouter répondre aux interpellations de Fabrice Arfi, lors de notre émission durant la campagne présidentielle.


Mediapart 2012 - Les questions qui fâchent, les... par Mediapart

À chaque fois, le même constat : pas au courant, jamais mêlé directement. Le premier secrétaire d’alors a le laisser-faire coupable, gagne du temps, se contentant d’assurer qu’il fait confiance à la parole de ses amis, et ne tranche pas malgré les alertes nombreuses. Au bout du compte, c’est la justice qui se charge aujourd’hui d’examiner des dérives qu’il a tolérées. Toute ressemblance avec une affaire récente…

S’en remettre au socialisme des territoires

Corollaire de cette assise socialiste dans les baronnies, Hollande développe dès le congrès de Dijon une vision territoriale de la politique, où les « grands élus » sont érigés en exemple d’administration des citoyens. «Nous avons cette chance au Parti socialiste d’avoir des élus. Je dirai même que nous n’en avons pas encore suffisamment», lance-t-il depuis la tribune du congrès. L’action de Gérard Collomb, François Rebsamen, Jean-Yves Le Drian ou Alain Rousset sera souvent citée en exemple au cours de l’ère Hollande au PS… Ah, les élus locaux… S’il y a bien un succès à retenir de l'action de Hollande au PS, ce sont ses victoires aux élections municipales, régionales, ou cantonales. Entre 2004 et 2008, la «France des territoires» est presque devenue entièrement socialiste, permettant in fine la prise du Sénat en 2011, depuis présidé par un autre fidèle de Hollande, Jean-Pierre Bel.

© dr 

Sa déclaration de candidature à la présidentielle, il la fera depuis sa mairie de Tulle. Depuis cette Corrèze dont il n’a cessé de se prévaloir durant la campagne présidentielle (lire notre enquête à Tulle). Élu président, il n’a pas hésité à se rendre en mars dernier à Sombernon, pour livrer un discours enflammé sur… la ruralité. Comme aux plus belles heures de ses fêtes de la Rose dans le pays profond qu’il affectionnait tant quand il dirigeait le parti, voici le président Hollande vantant le «pays d’Auxois-Morvan» (discours intégral ici) : «La ruralité est à la fois notre histoire et notre avenir. C’est notre histoire parce que c’est dans la ruralité que la France s’est fondée avec son agriculture, sa production, ses paysages, ses traditions. Mais la ruralité, c’est aussi un facteur de confiance en l’avenir parce que c’est dans les territoires ruraux que nous pourrons trouver les leviers de notre propre développement.» 

Aujourd’hui critiqué dans ses propres rangs, comme un «président conseiller général» (par le député PS Pascal Cherki), François Hollande a sans cesse plaidé dans ces années-là pour que la façon dont le PS gérait ses collectivités locales influence jusqu’à la gestion de l’État. Avec lui est né ce «socialisme des territoires», ce modèle de gestion/coopération entre États et collectivités, cette écoute permanente des élus de terrain et la priorité laissée avant tout au compromis, l’amenant finalement à reporter son acte III de la décentralisation (lire ici). De peur de brusquer certains de ces «grands élus», il ne va s’attaquer au mille-feuille institutionnel français que pour proposer d’en rajouter un échelon, avec la métropolisation, et modifier des modes de scrutin, tout en renvoyant le reste des décisions à plus tard.

Mettre au placard une génération

Au congrès de Dijon, François Hollande l’emporte face à la gauche du parti et aux rénovateurs. Hollande préfère alors mettre au placard une génération de trentenaires et quadras (Vincent Peillon, Benoît Hamon, Arnaud Montebourg, et toute l’aile gauche issue de l’Unef et ex-gauche socialiste, rangés derrière Henri Emmanuelli et Jean-Luc Mélenchon). À ce moment, pas question de synthèse avec eux. Pas question de céder aux lubies du NPS (Nouveau parti socialiste) sur le cumul des mandats, ni aux obsessions archaïques de l’aile gauche et de ses critiques du libéralisme. Pas question non plus de transiger avec cette opposition interne sur une éventuelle remise en cause de l’Union européenne.

Sur la scène de Dijon, en bon connaisseur de l’histoire de son parti, il parle toutefois à gauche : «Nous avons même montré un tel goût pour la gestion que, souvent, nous avons pu céder quelque peu à cette tentation de croire séduire nos adversaires en étant plus orthodoxes qu’eux. Je ne crois pas que ce soit nécessaire.» Mais en coulisses, il noue alliance avec strauss-kahniens et fabiusiens, deux écuries organisées dans la perspective de la présidentielle de 2007, plutôt convaincu d'une nécessaire adaptation libérale du socialisme français.

Interrogé par Mediapart en 2008 sur cet épisode, François Hollande assumait. «Je voulais que notre ligne politique ne soit pas fonction des personnalités qui la soutenaient, mais de la cohérence et de la constance de nos positions, disait-il. Dès lors que les rénovateurs se lançaient pour un combat en faveur d’une VIe République parlementaire, contre les institutions européennes et critique de la politique économique que nous avions suivie, la synthèse n’était pas possible entre des intérêts inconciliables. Je ne contestais pas leur souhait de rénovation et je trouvais regrettable que cette génération ne puisse donner sa pleine mesure. Je me suis donc retrouvé, sans que j’aie à le souhaiter ou à le regretter, avec Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius et beaucoup d’autres, moins parce que je les avais sollicités que parce qu’ils étaient à ce moment-là sur la même ligne que moi.»

En fin de compte, lui président, ses adversaires une décennie durant finiront tout de même ministres. Ressortis du placard hollandais, les rénovateurs de Dijon (Montebourg et Peillon) ne sont pas franchement choyés par l'exécutif, plutôt laissés seuls face à leurs difficultés. Quant à l'aile gauche, elle se résume à un ministère délégué pour Benoît Hamon.

Mettre la rénovation en berne

Dans son discours de Dijon, la rénovation était promise, mais elle avait déjà des airs de slogan creux, ne laissant guère de place à l’innovation politique. Diversité et parité sont saluées, même si les instances du parti ne seront plus du tout paritaires par la suite, et que hormis la promotion de cinq camarades représentant «toutes les couleurs de notre parti» au conseil national, la diversité dans la représentation socialiste aura été tellement faible que Nicolas Sarkozy la ringardisera à peu de frais à coups de Rachida Dati, Rama Yade ou Fadela Amara. Ironie de l’histoire, cette dernière avait auparavant été l’une des rares “issues de la diversité” promue secrétaire nationale au sein du PS de François Hollande. Aujourd’hui encore, si la parité est respectée au gouvernement, les principaux postes ont été réservés à des mâles blancs (à l’exception notoire de Christiane Taubira).

À Dijon, la rénovation interne de François Hollande passait aussi par le référendum militant, celui sur la constitution européenne y était déjà annoncé. Mais après le oui des encartés socialistes en décembre 2004 (un vote lui aussi entaché d’irrégularités, mais favorable à 59%), le non des Français (à 55%, et de la majorité des électeurs de gauche) a enterré, semble-t-il à jamais, l’appétence référendaire du président-premier secrétaire Hollande. Bien que promis dans son programme pour le premier semestre de son mandat, le référendum sur les institutions est aux oubliettes, et toute tentative de faire resurgir le sujet (comme récemment sur la moralisation, même par la direction du PS) est jusqu’ici à chaque fois balayée d’un revers de main par l’Élysée.

Quant à la primaire, le François Hollande de Dijon n’en parle pas. Mais elle était déjà pour lui inconcevable au-delà du cercle socialiste, ce cénacle vieillissant composé à majorité d’élus, de collaborateurs d’élus et d’employés municipaux. Pourquoi se risquer à s’embarquer dans des votes incontrôlables ?

C’est en dehors de la direction du parti qu’il se convertit à l’exercice de la primaire ouverte à tous, après s’y être au début opposé. Comme il avait bataillé contre la date trop tardive selon lui du scrutin. Contre son gré, le PS, obligé de se rénover après le coma dans lequel il l’avait laissé, a fait son bonheur présidentiel. Débarrassé du mistigri de l’appareil éléphantesque, il récolte un succès impensable un an avant, profitant du crash de Strauss-Kahn. Juste avant le premier tour, il glissait aux journalistes : «Ce qui m’amuse toujours, c’est que si mes camarades m’avaient écouté, je n’aurais pas été désigné. J’étais contre les primaires et contre le calendrier.»

L’hégémonisme plutôt que l’union de la gauche

À Dijon, François Hollande indique le fond de son analyse stratégique du 21-avril et la leçon qu’il en tire pour son parti : «Ce n’est pas notre hégémonie qui a fait problème l’année dernière, c’est notre faiblesse d’abord qui nous a rendus impropres à figurer au second tour de l’élection présidentielle.» Dans la période post-gauche plurielle, les relations avec Les Verts sont tendues à chaque scrutin local où les accords électoraux se font le plus souvent a minima. Celles avec le PCF sont exécrables au fur et à mesure des conquêtes socialistes dans les bastions communistes. Sur le fond, le PS de Hollande est productiviste et pour l’économie de marché, et les divergences sur ces points ne seront jamais débattues avec des partenaires devenus peu à peu concurrents.

Au terme du mandat Hollande à Solférino, le «grand parti socialiste» appelé de ses vœux à Dijon est bien loin. Le parti n'a pas doublé ses effectifs comme promis, et l'ouverture aux adhérents à 20€ n'a pas été un modèle d'intégration. Le PS verra bientôt les écologistes venir contester le leadership à gauche, aux européennes de 2009. Le périmètre idéologique du PS s’est même réduit, avec le départ de Jean-Luc Mélenchon, lassé du recentrage opéré sous Hollande, qu’il juge irréversible, et qui ouvrira le champ à une autre force contestataire d’importance au PS, le Front de gauche. Hollande souhaitait un PS plus hégémonique à gauche, il doit désormais gérer la tempête récoltée par le vent semé, et faire face à son propre camp, rarement aussi divisé en période de pouvoir.

© Patrick Artinian 

Parler à gauche, mais décevoir les classes populaires

À l’époque, le congrès de Dijon est perçu comme celui d’un retour à gauche pour le PS. En pleine contestation contre la réforme des retraites, François Chérèque a laissé l’invitation au congrès lettre morte, tout à sa négociation avec le gouvernement Raffarin. Le leader de la CGT, Bernard Thibault, est lui présent à Dijon. Et ovationné.

Sans prévenir les représentants des autres motions, François Hollande intègre même au dernier moment dans le texte d’orientation «le droit à la retraite à 60 ans à taux plein». Il s’agira du dernier vote – unanime alors – d’un congrès socialiste sur la question des retraites. À la tribune, François Hollande donne rétrospectivement le sentiment de livrer un “discours du Bourget avant l’heure”, berçant d’illusions une audience socialiste ravie d’entendre une opposition franche à la réforme des retraites.

«Le projet du gouvernement appelle un refus majeur de la part des socialistes», explique Hollande, qui refuse cette «philosophie qui consiste à demander aux salariés de travailler plus longtemps pour gagner moins». Et de lâcher : «L’allongement de la durée de cotisations – 40, 41, 42 ans et davantage encore si c’est nécessaire – était la position du Medef, c’est la solution du gouvernement Raffarin !» Mais une fois devenu président, cet allongement de la durée de cotisations a bel et bien été entériné, et plus encore. L’annonce d’une nouvelle réforme des retraites laisse présager l’achèvement de la trahison de Dijon.

Il faut dire que, depuis ce congrès, François Hollande s’est peu à peu éloigné du mouvement social, et le PS avec lui. Jusqu’à ce 5 mars 2005, à Guéret. Lors d’une manifestation de défense des services publics, Hollande est visé par des boules de neige venues des rangs syndicaux et nonistes. Après le référendum européen du 29 mai, le PS ne descend plus dans la rue. Seul le Mouvement des Jeunes Socialistes va dans les cortèges, et y est plus ou moins bien accueilli. Au départ de Hollande, le PS n’est même plus signataire des collectifs de la Ligue des droits de l’Homme ou du Réseau éducation sans frontières.

De Dijon 2003 à Dijon 2013 : «Elles sont où vos promesses» ?

À la tête du parti, Hollande est apprécié par les militants, mais surtout pour ses blagues, rarement pour des discours marquants. Il est en revanche constamment contesté, voire méprisé, par le reste des cadres et hiérarques du parti. Frontalement par l’aile gauche, puis par les fabiusiens. Plus secrètement par les strauss-kahniens. Parmi les responsables socialistes, son autorité ne lui aura jamais été reconnue. Mais il aura profité de son art de la synthèse (qu’il magnifiera lors du congrès du Mans, en 2005, rassemblant de façon factice un parti fracturé par le référendum européen).

En quittant la direction PS en 2008, François Hollande n’avait pas souhaité rester neutre, et avait soutenu la motion de Bertrand Delanoë, présentée comme largement favorite et dans la continuité de son réformisme social-démocrate converti au libéralisme. Une motion qui avait fini derrière celle de Ségolène Royal, à égalité avec celle de Martine Aubry, et peu devant l’aile gauche de Benoît Hamon. Un constat de désaveu, après un congrès où tous les cadres du parti ont insisté sur la nécessité de «remettre le parti au travail». Comme pour bien souligner qu’il ne travaillait plus sous Hollande.

Depuis, l'ancien premier secrétaire, même devenu président, n’est plus majoritaire au PS. Il a réussi à se faire désigner par les sympathisants en “alchimiste” (lire notre analyse). C'est-à-dire en parvenant à assumer à merveille la posture du “candidat normal”, le plus à même dans les sondages de faire tomber Sarkozy. Mais une fois qu’il a réussi à incarner son “moment”, il n’est pas redevenu majoritaire à Solférino pour autant, incapable d’imposer un proche à sa tête.

François Hollande, le 9 octobre 2011François Hollande, le 9 octobre 2011© Hugo Vitrani

Pour fêter sa première année au pouvoir, le PS a choisi de jouer l’offensive européenne contre l’Allemagne d’Angela Merkel. Avant de se faire recadrer, une nouvelle fois, par l’exécutif. Le texte européen du parti devra néanmoins être voté par les militants, et beaucoup à Solférino s’interrogent sur le résultat des votes. Jusqu’ici, à chaque fois que le parti a essayé de bousculer l’attentisme de son ancien premier secrétaire, sur le non-cumul des mandats, le droit de vote des étrangers, l’usage du référendum sur la moralisation, comme sur la question européenne, Hollande a tranché pour l’enterrement. Des ouvriers grévistes de PSA-Aulnay se font applaudir au conseil national du PS (lire notre article) ? Hollande décide deux semaines plus tard de s’opposer à l’amnistie sociale des syndicalistes, quitte à susciter l’incompréhension et l’amertume (lire notre article).

À Dijon, François Hollande avait évoqué sa vision du socialisme au pouvoir : «Alors aussitôt, s’ouvre l’autre procès, celui de la mauvaise conscience, de la trahison, du reniement, de l’abandon, comme si venir au pouvoir serait nécessairement une compromission et que ça se terminait toujours de la même façon : par la capitulation. Parce que, maintenant, nous dit-on, le capitalisme serait devenu trop fort et la social-démocratie trop faible. Comme si le système devait nous dévorer tout cru, comme s’il était possible, d’entrée de jeu, de se mettre précisément hors du système.»

En mars dernier, François Hollande a tenté une opération de com pour relancer sa dynamique. Deux jours durant, il a quitté Paris pour s’installer en province et retrouver le contact avec les Français. À Dijon, évidemment. De ces deux jours, on retiendra surtout qu’un syndicaliste s’est fait exfiltrer manu militari par le service d’ordre, pour avoir demandé : «Elles sont où vos promesses ?»

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 14:53

pselogo2Les préliminaires de la convention Europe du PS viennent de s'achever mardi 30 avril au soir en eau de boudin. Après s'être vertement fait corriger son texte par le chef du gouvernement qui a orchestré une campagne de dénigrement des socialistes les assimilants à des germanophobes, la direction du PS - Harlem Désir en tête - a interdit toute expression alternative à son orientation amputée.

Le_canard_enchaine_30-04-2013.jpgIl est pourtant plus que nécessaire d'assumer la confrontation politique et idéologique avec les conservateurs et les libéraux européens, menés par la CDU-CSU d'Angela Merkel et les Conservateurs britanniques de David Cameron. Cette option nécessaire est d'ailleurs partagée par le SPD et son Président Sigmar Gabriel, qui comme on le sait est un grand germanophobe...

Las, non seulement le bureau national a voté sur ordre l'interdiction de diffusion du texte "Europe : le sursaut, c'est urgent !" proposé par Maintenant La Gauche et Emmanuel Maurel, d'une part, et Un Monde d'Avance et Guillaume Balas, d'autre part, celui-ci a également interdit à ces derniers de déposer des amendements communs avec Maintenant la Gauche... ce qui aboutit à la situation ubuesque que les mêmes amendements seront soumis deux fois au vote des militants. Cette phase s'achève dans la tristesse et le ridicule.

Le débat sur la nécessité de réorienter la construction européenne, peu à peu asphyxiée par l'austérité généralisée et la montée des égoïsmes nationaux - nourrissant l'un et l'autre les populismes et les fascismes -, méritait pourtant mieux que cela. Maintenant la Gauche s'y était préparé avec conviction et j'ai eu le plaisir d'animer un groupe de travail qui a produit un certain nombre d'analyses sur ce dossier.

Vous trouverez ci-dessous la plupart des mes contribution au débat dans ce cadre. En espérant que la direction du PS et ceux qui pèsent sur elle retrouvent la raison avant la fin de la convention.

Frédéric FARAVEL

Réorienter la construction européenne,
c'est vital et c'est maintenant !

Les résultats des élections italiennes – pas si surprenant que cela – aurait dû être, pour les socialistes et sociaux-démocrates européens, le signal d'alarme définitif (après l'Espagne, le Portugal, la Grèce…) sur l'incohérence politique et économique qu'il y avait à soutenir et à mettre en œuvre des politiques d'austérité.

Ces élections sont venues dire à quel point les Européens rejettent l’austérité que tous les États de l'Union Européenne appliquent avec zèle, et à laquelle l’Europe est désormais identifiée au risque de se détourner même finalement du projet européen.

De tous les pays de l’Union, l’Italie était le plus europhile avec la Belgique. Signataire du traité de Rome, elle était le pays qui avait accepté presque comme une évidence de payer de nouveaux impôts pour pouvoir entrer dans l’euro et au sein duquel les enquêtes d'opinion, tout récemment encore, plébiscitait la rigueur de Mario Monti, érigé à Bruxelles et à Berlin en modèle du nouvel homme politique, par idéalisme européen. Dans l’Italie divisée, incertaine, toujours entre deux crises politiques, l’Europe était le socle commun, le seul vrai consensus national, mais ses électeurs viennent de donner plus de 50% de leurs voix à deux candidats qui avaient axé toute leur campagne sur la dénonciation de l’Europe. Silvio Berlusconi est ressorti de sa tombe politique en cognant systématiquement sur Mme Merkel et les choix qu’elle aurait imposés à l’Italie. Beppe Grillo, comique entré en politique, a assuré le triomphe de son Mouvement 5 étoiles en dénonçant les élites pro-européennes et proposant une sortie de l’euro.

L’Europe a réuni contre elle la seule vraie majorité qui se soit dégagée de ce scrutin, et cela alors même qu’un sondage vient de révéler que le pourcentage de Français voyant dans l’Union européenne une « source d’espoir » était tombé de 61% à 38% en dix ans.

Depuis longtemps évident, le divorce entre les Européens et l’Europe devient une réalité  qu’il faudrait être aveugle pour ne pas voir. L'idée d'une construction européenne porteuse de progrès devient minoritaire en Europe et cette défiance est autrement plus inquiétante pour elle que toutes les questions qui vont se poser sur l’avenir de l'euro. Si la gauche européenne ne sait pas vite faire entendre et comprendre que l’austérité n’est pas européenne mais de droite, que les politiques européennes ne sont pas décidées par l’Europe en tant que telle mais par les partis qui la dominent aujourd’hui, qu'il existe une réelle alternative politique, si elle ne propose pas au plus vite une réorientation profonde et radicale de la construction européenne, c’est l'unité européenne qui sera bientôt en danger.

Le danger serait qu'au nom des compromis européens et des traités déjà signés nous abandonnions tout combat politique face à la droite et toute tentative de réorientation des institutions européennes.

I-  Arrêtez les, ils sont en train de tuer l'Europe !

I.1.  Les occasions manquées et le dévoiement de la construction européenne :

UnionEuropeenneLa stratégie de Lisbonne (1999-2000), le Traité de Nice (2000-2001), la partie III du TCE (sanctuarisation de l'orientation libérale des politiques communes), le traité de Lisbonne (2007) ont engagé une logique de négation des souverainetés populaires dans la manière dont ils ont été élaborés (dans des cénacles restreints) et ratifiés (en faisant fi de la consultation populaire).

1.a-  L'impasse de la stratégies de Lisbonne :

Depuis 2000, les États membres de l'Union européenne se sont dotés d'une stratégie de développement économique, baptisée « Stratégie de Lisbonne » et révisée en 2004-2005, qui donne pour objectif à l'union « devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale » ; la politique de cohésion de l'union s'est donc coulé dans cette stratégie, qui privilégie compétitivité, recherche et innovation. Toutefois, le quatrième rapport d’étape de la Commission laisse apparaître l’importance des disparités qui séparent toujours les États membres et ralentissent la croissance.

Le quatrième rapport de la Commission européenne sur la politique de cohésion (30 mai 2007) conduit à s’interroger sur le caractère proportionné de ces moyens, eu égard à l’insuffisance de la croissance dans l’Union et au maintien de fortes disparités économiques et sociales entre les États membres, plus particulièrement avec les nouveaux adhérents.

les présupposés de la « stratégie de Lisbonne » contradictoires avec les objectifs des politiques de cohésion :

Les conclusions de ce 4ème rapport ne pouvaient corriger la dynamique en court pour deux raisons essentiels. D'abord, comme on l'a vu dans la partie précédente, les perspectives financières 2007-2013 marquent un tassement certain de l'effort financier de l'union en faveur de l'intégration européenne. Mais surtout, la traduction concrète de la « stratégie de Lisbonne » dans l'application de la politique de cohésion en a changé le sens durablement et a détourné l'effort de l'union de la réduction des disparités régionales sur le territoire communautaire.

En effet, en mettant l'accent sur la compétitivité, la « stratégie de Lisbonne » conduit à privilégier au sein même de la politique de cohésion le soutien à des projets élaborés dans des régions ou des États déjà hautement compétitifs ; l'accent est donc mis sur l'innovation et la recherche, les réseaux trans-européens (RTE), l'« adaptabilité des travailleurs » et la flexibilité du marché du travail. Les trois premiers termes sont évidemment nécessaires mais s'ils sont renforcés par une politique de cohésion déjà en repli par ailleurs le résultat de la stratégie de Lisbonne appliquée aux politiques de cohésion ne peut être que le renforcement des dynamiques pré-existantes et l'aggravation des disparités régionales.

les fondements de la stratégie de Lisbonne, illustration de l'idéologie libérale d'une division internationale du travail :

Cette stratégie de politique économique élaborée conjointement par des gouvernements libéraux et des gouvernements socialistes, qui avaient cédé sur leurs valeurs (comme le dit si bien Martine Aubry) illustre parfaitement ce que décrit l'introduction du texte de notre convention nationale : « La croyance en un système vertueux de progression sociale généralisée et de partage du travail harmonieux (les produits à faible valeur ajoutée pour les pays émergents, la frontière technologique pour les pays développés) a été balayée.», car la stratégie de Lisbonne est une tentative d'application concrète de cette croyance sociale-libérale.

La « stratégie de Lisbonne » a, de fait, renforcé une situation antérieure déjà déséquilibrée que l'Union européenne paie aujourd'hui lourdement dans le contexte de la crise économique. La République fédérale allemande fait près de 50 % de son PIB à l'exportation, en grande partie dans l'UE ; de ce fait elle écrase les productions et les exportations des autres États membres, alors que dans le même temps le consommateur allemand consomme peu et a eu tendance à moins consommer encore après les politiques d'adaptabilité et de flexibilité du marché du travail élaborées par les gouvernements Schröder puis Merkel. D'une certaine manière la stratégie de Lisbonne transpose au niveau européen et la logique de la mondialisation et encourage en son sein les pratiques de dumping que l'on reproche à la Chine.

la stratégie de Lisbonne à nouveau révisée :

La stratégie de Lisbonne a été adoptée au Conseil européen de mars 2000 en vue de faire de l’Europe « l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde en 2010 ». Centrée sur la compétitivité, ses lacunes en matière de cohésion sociale et d’environnement ont conduit à l’adoption, au Conseil de Göteborg en 2001, d’une stratégie complémentaire, dite de développement durable. Considérant à la fin 2004 qu’elle ne remplissait pas ses objectifs (rapport Kok), la stratégie de Lisbonne a été recentrée en 2005 sur la croissance économique et l’emploi par la Commission Barroso (rapport Cohen-Tanugi).

En 2006, puis à nouveau en 2008, les objectifs ou priorités ont été redéfinis, rendant difficile l’identification sur le long terme des principaux objectifs de la stratégie. D'autre part, bien que le gouvernement français prétende que cette stratégie est aujourd'hui présentée comme un succès, nous avons vu que la Commission elle-même s'interroger sur les résultats contradictoires avec les objectifs affichés que cette stratégie impliquait pour la politique de cohésion de l'union, pilier de la construction européenne qui fait de l'Union autre chose qu'une simple zone de libre-échange.

Cependant la stratégie de Lisbonne révisée pour 2020 est marquée par l'opposition de plusieurs lignes politiques contradictoires, qui conduit au renvoi de son application par les États membres et amoindrit toute coopération européenne renforcée.

1.b-  Une accumulation de traités successifs qui ont éloigné les Européens de la construction européenne :

C'est par la volonté conjointe de François Mitterrand et d'Helmut Kohl que la construction européenne est sortie de l'impasse dans laquelle elle s'était enlisée depuis la fin des années 1970. L'Acte unique fixe pour objectif l’achèvement du marché intérieur (l'effectivité des libertés de circulation accordées en droit depuis 1957 sous le nom de marché commun) à la fin de 1992. La Commission prévoyait en ce sens l'adoption d'environ 300 directives pour démanteler les barrières physiques, politiques et fiscales faisant obstacle à la libre circulation des marchandises, des services, des capitaux et des personnes (les quatre libertés fondamentales). Il introduit une procédure de décision pour l'harmonisation relative à l'établissement du marché intérieur par un vote à la majorité qualifiée du Conseil des ministres, à l'exclusion des questions fiscales et sociales. C'est le dernier traité européen à n'avoir connu aucun « incident » de ratification.

Dès le Traité de Maastricht dont la voie avait été ouverte par l'Acte Unique et qui ouvrait la voie à l'union économique et monétaire et à la citoyenneté européenne, les électeurs danois refuseront la ratification et le traité n'entrera en vigueur qu'après l'adoption de clauses opt-out pour le Danemark et la Grande-Bretagne.

Le Traité de l'Union Européenne sera plusieurs fois révisée par la réunion de conférences inter-gouvernementales (CIG), qui représentaient évidemment les intérêts des différents gouvernements nationaux (et donc en théorie leurs citoyens), mais introduisaient de fait pour les citoyens une distance avec les processus successifs de révisions, d'autant distant que toutes ces révisions s'illustraient par leur complexité technique.

Cette complexité technique, étrangère à la nécessité de transparence qui rend possible l'exercice de la souveraineté populaire, se doublait par ailleurs de choix politiques qui restreignaient chaque fois les champs d'action monétaires puis budgétaires des États-Nations, sans que jamais la légitimité politique ne se retrouve au niveau européen.

Dès le traité d'Amsterdam, les principes de convergences pour accomplir la monnaie unique sont inscrits comme carcan des budgets européens ; le Parti Socialiste s'était d'ailleurs prononcé contre sa ratification en mars 1996, mais déjà le gouvernement de Lionel Jospin s'était plié, dès sa constitution, aux engagements pris peu de mois avant par le gouvernement Juppé.

L'élargissement accéléré au États d'Europe centrale et orientale nécessitait une nouvelle révision pour adapter les institutions européennes ; mais la CIG (1999-2000) qui aboutit au traité de Nice accoucha d'une souris qui fut rejeté en tant que tel par les Irlandais, avant qu'ils ne soient forcés de revoter.

L'impasse démocratique était évidente et la nécessité d'y répondre et de rendre intelligible conduisit à la réunion d'une Convention pour l'avenir de l'Europe (2002-2003). Mais là-encore, ce fut une occasion manquée. Présidée par Valéry Giscard-d'Estaing, elle avait pour net handicap d'avoir été constituée de bric et de broc et de ne représenter les citoyens que de manière très indirecte. Là où une assemblée constituante, réclamée de nombreuses fois par les socialistes, aurait sans doute apporté des résultats, cette convention à la faible légitimité déboucha sur un nouveau texte complexe, auquel son président ajouta sans débat une IIIème partie qui inscrivait dans le long terme l'orientation néo-libérale donnée aux politiques communes. Cet abus fut avalisé par les gouvernements européens.
Tout le processus fut sanctionné par les référendums négatifs en France et au Pays-Bas (2005) ; ce sont majoritairement les électeurs de la gauche française qui s'opposèrent d'ailleurs le plus fortement au TCE le 29 mai 2005. Incapable d'envisager un plan B, les gouvernements conservateurs s'accordèrent sur le traité de Lisbonne copie conforme du TCE en lui faisant éviter au maximum les voies référendaires. Ainsi, le Parlement français ratifia-t-il en 2008 un traité européen que les Français avaient rejeté 3 ans plus tôt.

Il n'est pas étonnant dans ces conditions – quelle que soit l'analyse que l'on porte sur ces deux derniers textes et quels qu'aient pu être les votes des uns et autres le 29 mai 2005 – que les citoyens européens se sentent de plus en plus éloignés de la construction européenne. Les Français mais nombre d'Européens considèrent désormais que l'Europe se bâtit dans leur dos, sur des bases dont ils discutent le bien fondé, avec le sentiment de plus en plus net que quel que soit leur choix politique dans leur pays, la voie actuelle de la construction européenne contrecarrera toute volonté de changement.

Cette prise de distance est très nette à gauche et elle renforce également les impostures politiques portées par les partis populistes xénophobes.

Loin de chercher à dépasser par le haut cette situation, alors que la crise financière qui menaçait de mettre à bas l'union monétaire aurait nécessité une rupture avec les erreurs du passé, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et José Manuel Barroso ont préféré renforcer les modes de fonctionnement inter-gouvernementaux qui avaient déjà échoué en rédigeant et signant le TSCG.

[...]

3.d-  Le cas de Chypre, une Europe qui n'a pas encore tiré enseignement de ses erreurs ?

L'affaire de Chypre est particulièrement grave à nos yeux. Pour la première fois, le soutien de l'Union Européenne est soumis à la taxation des avoirs des déposants chypriotes, sans que soient forcément garantis comme cela a été annoncé pour toute l'UE les dépôts en dessous de 100 000 €. Il y a eu deux poids deux mesures, n'en déplaisent à ceux qui ont argumenté sur le fait qu'il s'agissait de fiscalité nationale, prétextant également après coup que c'était une première étape dans la lutte contre les paradis fiscaux et le blanchiment ; s'il ne s'était agi que de cela nous aurions applaudi tant l'Europe a tergiversé dans ce domaine.

Le coup était trop rude et le coût imposé aux citoyens chypriotes étaient insupportables, ne pouvant qu'encourager en leur sein des opinions europhobes, risquant également de jeter un État membre de l'Union Européenne dans les bras de la Russie de Poutine, visée par le plan et prête à subventionner Chypre plutôt que de voir amoindrir ses intérêts.

Mario Draghi a choisi la force, avec l'accord de l'Eurogroupe, pour obliger le gouvernement, le parlement et le peuple chypriotes à accepter le plan de sauvetage de l'UE et du FMI.

Après avoir «pris acte» du rejet du plan d'aide par Nicosie, la BCE a sorti son arme de dissuasion massive: le blocus monétaire. Une arme encore jamais utilisée dans la crise de l'euro. L'institution monétaire a prévenu qu'elle n'alimenterait plus les banques chypriotes en liquidités tant que le plan de sauvetage UE-FMI ne serait pas accepté.

C'est la première fois que la BCE brandit ouvertement cette arme de l'asphyxie financière pour faire accepter un plan de sauvetage européen. Face à un tel déploiement de force, le ministre des Finances chypriote et le gouverneur de la banque centrale de l'île n'ont pas d'autre choix que de laisser les banques fermées jusqu'à nouvel ordre… car S'ils ouvraient les banques maintenant, alors que la BCE bloque l'accès aux liquidités, les gens se rueraient sur les guichets. Mais faute de billets suffisants, ils risquent de ne pouvoir retirer leurs avoirs.

Le plan B chypriote est une grande illusion : il est fondé sur l'illusion d'obtenir un nouveau prêt gagé que les actifs existants de l'île (entreprises publics, biens de l'église...) et sur les actifs futurs incertains (ressources gazières). Tout cela pour 6 milliards d'euros (1/3 du PIB). Or, la dette publique de Chypre est déjà à un niveau équivalent à son PIB (17 milliards d'euros). A cela se rajoute les 10 milliards de prêt de l'UE. Chypre aurait donc un endettement de 200 % de son PIB. Un tel niveau d'endettement implique que tous les actifs de l'île sont déjà mis en gage. Il n'y a donc pas de ressources nouvelles à exploiter. Quant au gaz, encore faudrait-il que son exploitation génère une véritable nouvelle ressource publique, ce qui n'est pas garanti, à moins d'un taux de taxation qui risquerait de rendre l'exploitation gazière non rentable.

Au total, le plan B du gouvernement chypriote revient à faire payer la faillite de son secteur bancaire par les contribuables au lieu de faire payer les créanciers. Ceci afin de sauver un modèle économique insoutenable fondé sur une hypertrophie de son secteur financier. Il paraît clair que si ce plan était adopté par le Parlement, Chypre serait amené à sortir de la zone euro et à procéder à une dévaluation... ce qui entraînerait immédiatement une perte pour les épargnants supérieure à celle qui était envisagée par le plan A négocié avec l'UE. En voulant éviter la peste, Chypre risque de choisir le choléra.

Le plan finalement adopté par le Parlement chypriote sous pression de la Commission peut être considéré comme un plan C. Il consiste à préserver les épargnants qui possèdent un compte de moins de 100 000 euros et à faire porter sur les gros épargnants (souvent étrangers) une partie du sauvetage du système bancaire chypriote pour un montant de 6 à 7 milliards d'euros. Cependant, il ne faut pas oublier que l'essentiel de l'effort sera fait par les contribuables, les salariés du privé et des fonctionnaires, puisque la majorité du plan de sauvetage (10 milliards d'euros) sera financé par la dette publique.

In fine, la séquence chypriote est un désastre. Même si le système bancaire de ce petit pays tient debout, on n’a pas fini de mesurer les effets secondaires: l’Union européenne noyée dans l'improvisation, la montée d'un ressentiment anti-allemand en Europe, Berlin qui s’énerve de payer pour les petits, et puis le fossé béant entre les peuples et les gouvernants…

Mais l'affaire chypriote, c'est aussi un festival de mauvaise foi. A Bruxelles d’abord. On nous a parlé de « plan d'urgence » pour une « économie casino », comme Pierre Moscovici le 24 mars. Mais on connaît depuis longtemps les travers de Chypre, ses banques gonflées à l’hélium ! La vérité, c'est que ce pays n'aurait jamais dû entrer dans l'Union européenne. Seulement, faute d'une vraie intégration bancaire et fiscale, on a fermé les yeux sur ce paradis toxique. Et la situation s’est encore aggravée à cause de la crise grecque voisine.

C’est à cause de cette tolérance passée que le gouvernement chypriote a aussi été de mauvaise foi. Il a foncé à Moscou pour réclamer des fonds. Comme si personne n'avait prévenu Nicosie : l'Union européenne, ce n'est pas à la carte. On est dedans ou dehors.

Et puis, il y a la Russie.

Dernière mauvaise foi olympique ! Ses dirigeants sont en colère car on ne leur avait pas annoncé la taxe sur les dépôts. Mais encore heureux ! Sinon, les 20 milliards de dollars russes déposés à Chypre se seraient envolés vers un autre refuge, et il y en a plein ! Et puis, on n'a pas toujours connu Vladimir Poutine aussi passionné par la défense de la propriété privée. Par exemple, lorsque le groupe pétrolier Ioukos a été dépecé et son patron, Mikhaïl Khodorkovski, emprisonné.

Les intentions de Bruxelles étaient correctes : assainir le système bancaire chypriote, éviter une contamination à d’autres pays, et faire contribuer les gros épargnants était nécessaire. Mais la méthode est indéfendable. C’est une contre-publicité terrifiante pour l'UE, alors que les observateurs vantaient une sortie de la tempête financière. Dans sa formule initiale, le plan de l’UE visait l'épargne des petits épargnants, et pas seulement les grandes fortunes étrangères.

Peu importe au fond si l’idée venait de Bruxelles ou de Nicosie. Elle aurait dû être écartée tout de suite. L'UE a ébréché d'un seul mouvement deux de ses piliers : la confiance et le droit de propriété. La confiance vient du fait que nos sociétés européennes sont bâties sur l'État de droit, et non sur l’arbitraire. Ça veut dire les mêmes droits pour tous. Or on porte un coup à cette confiance en violant le droit de propriété, une sécurité fondamentale qui nous différencie, par exemple, de la Russie. C'est une atteinte à notre culture juridique. Le dimanche 24 mars, Pierre Moscovici parlait de mauvaise communication. C’est malheureusement bien plus grave que ça. L’Europe a trahi sa parole et affecté sa crédibilité.

I.4.  La construction européenne est en train de perdre la « bataille culturelle » :

Plus que jamais les peuples et les citoyens considèrent que la construction européenne se fait au mieux sans les consulter, mais de plus en plus fréquemment emprunte des voies auxquelles ils sont opposés ou qu'ils considèrent comme contraire à leurs intérêts (c'est d'ailleurs souvent le cas).

Conjugué à la durée et la dureté des crises financières, économiques et sociales, auxquelles font face presque tous les pays de l'Union, les solutions proposées par les gouvernements, la Commission et la BCE aggravant par ailleurs le mal, les réflexes populistes, mais plus souvent encore nationalistes et xénophobes prennent le dessus.
À moyen terme, c'est l'idée même de construction européenne qui va être mise en cause par les Européens eux-mêmes, avec le risque évident que « le bébé soit jeté avec l'eau du bain » et que le continent entre dans une période de tensions politiques, économiques et sociales jamais connue depuis les années 1930.

II-  Pour sortir de l'impasse, osons une stratégie de rupture !

II.1.  La crise de la sociale-démocratie européenne :

PSElogoLa sociale-démocratie européenne est en crise. Les partis socialistes, sociaux-démocrates ou travaillistes dans l'Union Européenne étaient majoritaires dans les gouvernements européens à la fin des années 1990 ; ils sont aujourd'hui une poignée et les possibilités de voir les gouvernements français, belge (coalition baroque) et danois être rejoints dans un proche avenir sont faibles.

1.a-  Un modèle théorique épuisé :

Mais cette bérézina électorale a été précédée de l'épuisement d'un modèle et d'une pensée. On a toujours opposé la tradition du socialisme républicain français au modèle social-démocrate européen nordique, supposé plus efficace. Pourtant, il comporte en son sein les éléments de rebond efficaces pour sortir de la crise actuelle, concomitante de l'épuisement de ce fameux modèle. Le discours qui a voulu imposer l'idée que le socialisme français – appuyé sur le rôle de l’État, des services publics et de l'intervention plus ou moins directe de la puissance publique dans l'économie – était caduque ou archaïque correspond également à cette période d’affaiblissement majeur du mouvement socialiste et social-démocrate en Europe.

Cette crise est lourde et durable car structurelle.

Le projet social-démocrate nordique est né dans l'immédiat après-guerre, anticipé de peu par les sociaux-démocrates suédois. Il a été triomphant à la fin des années 1960 et dans les années 1970, en Allemagne et en Europe du Nord, avec des formes différentes adaptées à chaque États-Nations. Or ce n'était pas un modèle idéologique autonome, mais un entre-deux, un juste milieu, la réponse que ces pays d'Europe occidentale avaient trouvé entre le modèle capitaliste américain et le modèle totalitaire soviétique. Dans les débats qui ont pu opposer socialistes français et sociaux-démocrates nordiques, ils ne revendiquaient d'ailleurs pas l'idéologie : nous étions les idéologiques et eux les « pragmatiques », ceux qui défendaient le juste équilibre, l'idée française d'une autonomie politique vis-à-vis des États-Unis apparaissant par ailleurs comme une aberration.

Le congrès de Bad Godesberg a cependant esquissé la théorisation de ce pragmatisme : il s'agissait de construire un compromis entre le monde du travail et celui du capital, détenteur du pouvoir dans l'entreprise, de privilégier la négociation sociale (contrat) à l'intervention directe du politique (loi) dans le champ économique et social. L’État était donc réduit à un rôle de régulateur, prélevant et redistribuant (et la force du modèle nordique est évidemment l'ampleur de cette redistribution sociale organisée), plutôt qu'un État acteur et organisateur de l'économie. La régulation du marché était par ailleurs légère. Cette économie sociale de marché, ce compromis bâti avec la démocratie chrétienne n'était pas une alternative au modèle dominant mais une évolution plus sociale du modèle dominant et inégalitaire.

Ce modèle ne peut plus fonctionner. Il s'était construit et fonctionnait dans un équilibre, à la suite d'un rapport de force au sein de l'État-Nation, lorsque les résultats électoraux en leur sein participaient également des variations du rapport de force capital-travail. Cadre dans lequel le « rapport de classes », le rapport de force dans l'entreprise était organisable sans que l'on ait besoin d'être détenteur du capital.

Le socialisme jauressien découle lui du fait républicain qui est un fait politique avant d'être un fait social, qui pose l'égalité des citoyens comme principe du contrat politique et social. Le grand apport du socialisme, qui n'est pas opposable mais complémentaire de la sociale-démocratie nordique, était d'expliquer que ce concept d'égalité civique n'était pas limité au politique mais devait s'étendre au social : ainsi le socialisme républicain est rédhibitoire avec tout ce qui organise l'exploitation ou justifie les inégalités. L’État / la puissance publique doit être l'incarnation de l'intérêt général : doit être car il ne l'est pas spontanément et cela dépend du rapport de force politique et social. L'intervention économique de la puissance publique ne saurait être le seul levier mais saurait être disqualifiée en soi : c'est notre conception des services publics et de l'économie mixte, qui n'est pas l'économie sociale de marché… dans ce cadre, le capital est parfois public, parfois socialisé, coopératif ou mutualiste, parfois privé.

La crise du capitalisme mondialisé, qui découle de la vision libérale de la mondialisation, doit nous inciter à revenir sur la question de l'économie mixte, de la capacité et de la pertinence à nous réinvestir sur le capital et la nature de la propriété de certains moyens de production, pour reconstruire un rapport de force nouveau, alors que la sociale-démocratie n'est plus en mesure de répondre avec ses modèles historiques.

La grande force de la sociale-démocratie – notre grande faiblesse – a été d'incarner le rapport de force social : c’était le parti des syndicats, parfois issu des syndicats (le Labour Party) et du monde du travail unifié dans de grandes organisations syndicales, corollaires des grandes organisations de production, des grandes structures industrielles – dont nous n'avons jamais vraiment eu d'équivalent en France. Or l'émiettement du monde du travail percute de plein fouet la sociale-démocratie dans son rapport à celui-ci. Elle n'est plus en mesure de le représenter et il ne se reconnaît plus dans nos partis nationaux.

C'est aussi la conséquence de choix politiques concrets plus encore que de questions idéologiques. Quand les sociaux-démocrates assuraient ce «juste milieu» entre la peur du communisme soviétisé et la pression «amicale» du capitalisme américain, l'équilibre pouvait fonctionner. Mais la Chute du Mur et la disparition de la menace militaire soviétique a fait enfourcher à toute la sociale-démocratie européenne, en partie par tropisme atlantiste, l'idéologie néo-libérale, que nous avons rebaptisé pudiquement social-libéralisme. La transformation des anciens partis communistes d'Europe de l'Est a été encore plus radicale, n'ayant aucune autre référence historique qu'un modèle discrédité, qui n'a jamais été du socialisme. L'effet sur des sociétés blessées n'en a été que plus grave encore.

tony-blair-2-sized.jpgLes plus âpres défenseurs de l'entrée de la capitalisation dans les systèmes de retraite par répartition étaient dans nos rangs. Blair, après avoir rompu avec les Trade Unions pour séduire une partie des classes moyennes supérieures thatchériennes, a théorisé tous les renoncements, sur fond de caricature collectiviste du socialisme français, promouvant l'individu qui n'avait pas pourtant jamais été absent de la réflexion socialiste.

Il nous faut aujourd'hui porter des ruptures pratiques avec les 20 ans de social-libéralisme ; les méthodes peuvent être rénovées (primaires) mais cela ne suffit pas pour remobiliser les catégories populaires et moyennes dans un projet positif de conquêtes.

Une étude du milieu des années 2000 de la Friedrich-Ebert Stiftung, qui n'est pourtant pas connu pour son côté populiste et révolutionnaire, décrivait le caractère « arrivé » des responsables SPD. Issus de trois générations militantes, ils auraient oublié leurs racines ouvrières, bardés de diplômes, que n'avaient pas forcément leurs prédécesseurs, ils y sont décrits comme ne considérant plus indispensable toute une série de solidarités collectives ; La société des socialistes (2006, Sawicki-Lefebvre) décrit également les travers comparables un appareil sclérosé et peuplé de cadres politiques qui n'ont plus forcément d'expérience sensible de la réalité et des difficultés vécues par nos concitoyens des classes populaires et moyennes que nous sommes censés défendre et représenter. Le discours entendu sur la valorisation de l'individu dans ce cadre est biaisé car on n'oublie qu'elle est possible uniquement possible dans un cadre où les solidarités collectives et les droits fondamentaux sont forts et garantis.

Illustrons notre propos par deux exemples essentiels au cœur des débats de la sociale-démocratie européenne.

1) la sécurité sociale professionnelle :

Tout le monde vante les mérites du système danois, ce qui n'a pas empêché nos camarades sociaux-démocrates d'essuyer de nombreuses défaites dans les années 2000 et de n'aboutir qu'à une victoire étriquée en 2011. Il faut prendre en compte ce que rapportent les syndicalistes danois : l'alternative entre indemnisation et travail attaque l'identité profonde du travailleur danois, qui votait social-démocrate, car il se conçoit d'abord comme un travailleur là où un Français se conçoit prioritairement comme un citoyen). Lorsqu'il est indemnisé, il perd son identité sociale, d'acteur de l'entreprise et du progrès collectif, capable de négocier sa force de travail, pour n'être plus qu'une fonction dont on use uniquement lorsqu'on en a besoin. Son existence sociale n'est plus reconnue en tant que telle.

Nous ne pouvons plus continuer dans l'idée que l'indemnité et la survie physique est suffisante pour compenser l'identité et le rôle social des travailleurs et de tous ceux qui aspirent à l'être. D'une certaine manière, nous avons été confrontés à un phénomène comparable avec le RMI puis le RSA. La solidarité et l'assistance sociale sont nécessaires mais il est indispensable de construction une société et des rapports de production qui assurent le travail et l'emploi. Sarkozy a su parfaitement surfer lors de la campagne électorale de 2007 sur notre incapacité d'alors à produire de la reconnaissance sociale de la place de l'individu dans le monde de la production, comme dans celui de la citoyenneté.

220px-Gerhard_Schroder_-cropped-.jpg2) la construction européenne :

Le drame de la construction européenne est que rien n'a remplacé les États-Nations comme cadre du compromis social, ou de l'intervention de la puissance publique dans l'économie. L'espace politique européen est totalement insuffisant face au grand marché et alors que l'on nous demande toujours d'attendre une Europe sociale qui ne vient pas. Cette Europe sociale ne peut émerger spontanément car les formes de la régulation sociale sont devenues antinomiques avec les solutions prônées par les troisièmes voies libérales et sociales-libérales : retraites par répartition, assurance maladie solidaire, droit du travail forcément protecteur des salariés pour contraindre le patronat… Depuis les mesures Schröder, l'essentiel des cadres syndicaux ont quitté le SPD ; il n'y a plus un seul délégué syndical dans le groupe parlementaire SPD ; ces derniers ont d'ailleurs quasiment disparu de l'appareil politique.

Schröder et  ont théorisé la baisse des indemnités chômage pour « lutter contre l'assistanat ». Depuis que la gauche a inventé ce type de critiques contre elle-même, les droites européennes ne font que les répéter et les décliner.

Si les partis sociaux-démocrates d'Europe centrale se sont par ailleurs tous effondrés c'est qu'ils ont été les plus actifs et les plus radicaux pour mettre en œuvre cette troisième sociale-libérale, dans des pays où ils représentaient finalement une certaine modération après les « thérapies de choc » du début des années 1990. Sauf qu'ils ont été les plus frappés dès que les premiers bugs de la mondialisation financière sont intervenus et que l'alternative n'était plus composée que de partis conservateurs, parfois nationalistes et crypto-fascisant comme en Hongrie.

Il y a donc urgence à reconstruire un projet commun qui tranche avec ce modèle social-démocrate épuisé et dévoyé en social-libéralisme. Ne donnons pas de leçons, mais revendiquons fièrement notre modèle républicain pour créer avec nos camarades une nouvelle synthèse dynamique qui permettra de sortir de la crise.

1.b-  Une stratégie politique dans l'impasse :

La construction européenne s'est historiquement construite sur un compromis entre une démocratie chrétienne qui avait accepté la nécessité du compromis social, pour éviter les conflits intérieurs qui furent source des fascismes, et une sociale-démocratie qui se concevait comme le « juste milieu » entre les modèle soviétique et américain. La reconstruction européenne s'est déroulée dans ce cadre, avec l'idée qu'il fallait réconcilier des peuples qui s'étaient violemment affrontés à plusieurs reprises, en créant au sein d'une de ses nations les plus avancées et les plus cultivées les ferment de la barbarie nazie et d'une déshumanisation totale.

La paix et le développement était le ciment de la construction européenne ; le compromis et la coalition entre sociaux-démocrates et démocrates chrétiens en étaient le moteur politique. Ce compromis s'illustrait par l'alternance des présidences du parlement européen. Cette alternance s'est maintenue, alors qu'elle est politiquement anachronique et contre-productive.

Or, après près de 70 années de paix à l'ouest, 24 ans après la chute du Mur et malgré les guerres yougoslaves, tout ne peut pas être sacrifié sur l'autel de la «Paix européenne» ; c'est une réalité vécue par des millions de citoyens qui sont nés avec et qui ne peut pas maquiller les sacrifices économiques et sociaux qu'on leur impose aujourd'hui. C'est bien là toute l'ambigüité du prix Nobel qui a été accordée à l'Union Européenne.

Les droites européennes se sont transformées sous l'effet de la mondialisation libérale et de la révolution reagano-thatchérienne, en parallèle avec l'épuisement du modèle social-démocrate nordique. Les chantres du social-libéralisme ont pêché par naïveté, leur ligne politique les incitait à s'entendre avec ceux dont ils partageaient le discours économique néo-libéral. Les conservateurs et les néo-conservateurs ont poussé leur avantage au maximum.

Le PPE ce n'est plus les « gentils » démocrates-chrétiens des années 50-70 avec qui la sociale-démocratie avait conclu un compromis pour permettre la construction européenne. Le PPE, s'il n'est pas plus uni que le PSE, c'est aujourd’hui un rassemblement de conservateurs qui impose ses conditions et parfois couve en son sein des acteurs particulièrement réactionnaires et nationalistes.

Gauchir artificiellement les discours pré-électoraux n'est pas en soi une solution, on le voit bien avec le décrochage dans les intentions de vote de Peer Steinbrück, candidat SPD à la chancellerie. Les électeurs allemands ne peuvent avoir confiance en un candidat qui n'est pas en phase avec le programme de son parti et qui n'est pas clair non plus sur la stratégie d'alliance qu'il adoptera.

Si la gauche européenne veut être en mesure de proposer une alternative sérieuse aux libéraux et aux conservateurs, elle doit analyser sincèrement les raisons de son échec et résoudre la question de sa ligne politique et de sa stratégie d'alliance. Affirmons donc clairement qu'il n'est plus possible de cogérer le Parlement européen avec le PPE, qu'il n'est plus possible de s'entendre avec les gouvernements conservateurs pour avaliser une Commission européenne mi-chèvre, mi-chou où notre naïveté et parfois notre abdication politique servent de caution à un agenda économiquement néo-libéral et socialement conservateur si ce n'est réactionnaire.

Nos alliés naturels sont ceux de la gauche européenne et des écologistes, c'est avec eux qu'il faut tenter de construire une majorité au parlement européen et de porter un candidat à la Présidence de la commission, qui sera capable de présenter une équipe de Commissaires politiquement cohérente.

II.2.  On ne peut plus dire : « Et maintenant, l'Europe sociale ! » :

Le PS ne peut pas raconter une nouvelle fois aux Français que l'Europe sociale sera la prochaine étape et qu'il faudra encore une fois être patient, que les efforts consentis une fois encore vers plus de rigueur économique, de libéralisation des marchés, de pertes de souveraineté populaire nationale non compensées au niveau européen, seront récompensés par une nouvelle étape plus juste (Les Français ne sont plus des serfs médiévaux crédules).

Le socialistes qu'ils soient au gouvernement ou qu'ils exercent des responsabilités partisanes doivent cesser de porter le complexe du minoritaire :

  • quand on est au gouvernement avec nos interlocuteurs intergouvernementaux : le « discours de Strasbourg » n'était qu'un prélude à l'acceptation du mauvais compromis budgétaire du sommet de Bruxelles ;
  • quand on est avec nos camarades du PSE, la délégation du PS français considérant que nous serons de toute façon minoritaires et préfère adopter ce qu'elle croit être la posture du compromis pour reculer à nouveau. Nous avions quelque peu rompu avec cette mauvaise pratique sous la direction de Martine Aubry, ce qui avait conduit à une évolution certaine des positions du PSE sous la présidence de Poul Nyrup Rassmussen. Il n'est pas possible de reprendre une attitude effacée, alors que les enjeux n'ont jamais été aussi fort.

Hollande conference presse 13-11-2012On peut avoir plusieurs lectures du discours que François Hollande a prononcé mardi 5 février pour la première fois devant le Parlement européen de Strasbourg, deux jours avant le sommet de Bruxelles où l'adoption du budget de l'UE pour la période 2014-2020 a conduit à un budget de récession.

D'aucuns y verront la poursuite de la stratégie des petits pas qu'il aurait commencé à mettre en œuvre depuis son élection le 6 mai dernier pour la réorientation de l'Europe et qui a abouti au Pacte de Croissance, complément qui aurait à lui seul justifier que la France ratifie le traité Merkozy et qu'on force les députés socialistes à voter un texte qu'ils avaient combattu pendant la campagne des élections législatives... au demeurant, on peine toujours à identifier la concrétisation du pacte en question...

A l'appui de cette thèse, plusieurs passages de son allocution, qui expliquent que la généralisation et la stratification des politiques d'austérité vont mettre à mal la construction européenne en en éloignant les citoyens :

  • "L'intérêt national est en train de prendre le pas sur l'intérêt européen. (...) S'il est vrai que la crise de la zone euro est désormais largement derrière nous, nous sommes loin d'en avoir tiré toutes les conséquences. Ce qui nous menace n'est plus la défiance des marchés mais c'est celle des peuples."
  • "Faire des économies oui, affaiblir l'économie non !"
  • "L'Europe laisse sa monnaie, l'euro, vulnérable à des évolutions irrationnelles dans un sens ou dans un autre (...) Une zone monétaire doit avoir une politique de change sinon elle se voit imposer une parité qui ne correspond pas à l'état réel de son économie".
  • "Pour l'avenir, de véritables ressources propres seront indispensables, sinon c'est la construction européenne qui se trouvera remise en cause."

Certains voient également dans son intervention la démonstration que la France rentrera avec détermination dans le débat de l'intégration politique et l'efficacité européenne :

  • "Depuis trop longtemps, l'Europe doute d'elle-même, hésite sur ces choix. Elle met trop de temps à prendre des décisions majeures", il serait donc temps d'ouvrir un "grand chantier de la réforme de la politique économique et monétaire dans l'UE".
  • "L'Europe met trop de temps à prendre les décisions majeures, et trop peu à réfléchir à ses orientations et à son architecture d'ensemble", la solution serait donc dans les coopérations renforcées transcendées par le concept d'"une Europe différenciée qui ne serait pas une Europe à deux vitesses, ni une Europe à la carte."

Pourtant, sur ce dernier sujet, si la "défiance des peuples" est enfin clairement dite par un chef d’État devant le Parlement européen, on peine à identifier précisément qu'elle est la pensée institutionnelle du Président de la République et où est réinsérer le nécessaire rétablissement de la souveraineté populaire dans la construction européenne.

Mais surtout, François Hollande étaye de peu de choses concrètes son intervention et donc le cœur de son propos ne peut qu'être renvoyé à l'urgence du moment qui est la négociation des perspectives financières 2014-2020 et du budget européen. Or, si on lit bien son discours, le Président retombe dans la naïveté ou la pusillanimité qui a trop souvent affecté les socialistes français lorsqu'ils doivent se confronter à des gouvernements européens libéraux-conservateurs ou à leurs propres camarades socialistes européens : un complexe du minoritaire tellement intégré, qu'ils vont à la négociation en proposant ce qui leur paraît être déjà un compromis, et donc contraints tôt ou tard de reculer sur le compromis.

Ainsi, alors que le budget européen - qui implique une partie de la réussite de la construction européenne (politique de cohésion, investissements d'avenir, politique agricole...) et s'incarne dans des programmes "populaires" comme Erasmus - est sous pression des suédois, des allemands, des néerlandais et des britanniques, qui exigent des coupes radicale, le Président Hollande accepte de fait le terrain de ces adversaires.

Que vaut la revendication "de véritables ressources propres" à l'avenir pour le budget communautaire face à un "Faire des économies oui" ? Comment ne pas comprendre que cette affirmation "Un compromis sur le budget européen est possible mais il faudra raisonner les pays européens qui veulent aller au-delà de ce qui est raisonnable dans les coupes." implique qu'il a accepté des coupes budgétaires, dont il ne s'agit plus que de discuter du caractère raisonnable.

Non, au milieu de la crise économique, alors que la cohésion européenne est en cause, le budget européen devrait augmenter pour ne pas aggraver les logiques d'austérité partout à l’œuvre à l'échelle nationale. Il n'est pas cohérent, il n'est pas politiquement efficace car illisible, de dénoncer l'austérité d'une main, pour s'y résoudre de l'autre dans la négociation budgétaire...

III-  L'Europe que nous voulons et qui ne peut plus être reportée à des lendemains qui chantent

III.1.  Créer les conditions pour sortir de la crise :

1.a-  Un budget européen pour la croissance :

L'Union ne passera pas de cap nouveau à budget européen constant. Elle doit se donner les moyens de ses ambitions. Le budget européen doit devenir fédéral, pouvoir recourir à l'emprunt, et ses recettes ne peuvent pas continuer à être constituées des seules contributions des États.

Sans refondation complète de l'instrument budgétaire, sans reconquête politique et démocratique de cet instrument, il n'existe pas de perspective d'une «Europe non libérale».

Le budget de l'UE (2011) représente 1,01% du PIB de l'Union européenne (inférieur aux prévisions du cadre financier 2007-2013). C'est inférieur au budgets européens des années 2000-2006 alors que l'UE a dû faire face à un élargissement bien plus important que les précédents en 2004 puis 2007.

La France et d'autres États n'ont cessé de le conduire dans une logique de réduction en renationalisant l'essentiel des politiques économiques (jusqu'à la crise des dettes souveraines et de l'euro) et des grandes politiques communes. Cette orientation absurde met en cause notre avenir ; le budget actuel est trop réduit pour prétendre financer l'élargissement.

Bien au contraire, nous nous prononçons pour une augmentation de ce budget européen.

L'élément central d'une telle reconquête doit être la création d'un impôt européen, voté par le Parlement Européen, pour que se substitue à la logique des transferts entre pays celle des transferts entre contribuables (entreprises et citoyens).

Le maintien de politiques fiscales nationales au sein de la zone euro est une spécificité économique : il n'existe aucun autre exemple de zone monétaire sans règle commune. De ce fait, les États de l'UE s'inscrivent dans une logique de défiscalisation compétitive. Les Socialistes doivent initier un projet européen fiscal, fondé sur la détermination de règles d'harmonisation et sur le transfert des impôts nationaux vers des impôts européens, au service d'un budget européen.

L'UE doit recourir à l'emprunt pour financer ses grands investissements, l'élargissement, et lutter contre les inégalités territoriales et sociales. L'emprunt, comme instrument majeur du développement et de la croissance en Europe, s'impose comme la contrepartie logique à la mise en œuvre de l'harmonisation fiscale et sociale.

L'UE doit d'autant plus s'engager sur cette voie que l'endettement de nombre des États a considérablement limité leur capacité d'intervention pour qu'ils puissent sauver le système bancaire entre 2008 et 2010 et faire face aux conséquences économiques et sociales de la crise.

1.b-  Assumer clairement et institutionnellement le changement de priorités et d'orientations de la BCE :

L'Europe doit constituer le cadre des socialistes pour promouvoir la lutte contre le règne du marché et du libéralisme économique. De ce point de vue, le statut de la BCE est pour nous une aberration. En guise d'indépendance, la BCE fait aujourd'hui allégeance aux dogmes libéraux. A travers ses objectifs et son statut, elle est l'outil du marché et non l'outil du politique. La réforme de la politique monétaire européenne et des statuts de la BCE doivent devenir un objectif majeur des socialistes européens. La croissance et l'emploi doivent être les objectifs prioritaires de la politique monétaire dans le respect de la recherche d'une inflation limitée. Il doit être mis fin à des modalités d'indépendance de la BCE, sans aucun équivalent dans le monde. Les socialistes doivent promouvoir l'idée d'une BCE responsable devant les institutions communautaires.

La BCE doit se comporter comme une banque centrale et ne pas s'interdire d'agir comme ses homologues américaines et chinoises pour faire de la monnaie un outil économique : la BCE rachèterait-elle également des titres publics, comme l’a fait récemment la Banque centrale américaine ? Il s’agit sans doute du moyen le plus efficace pour détendre sérieusement les tensions sur les taux sur le marché des emprunts d'État.

1.c-  des politiques communes au service du développement et de la solidarité européenne (politique de cohésion, PAC) :

Restaurer l'efficacité de la politique de cohésion

Les élargissements ont été mal accompagnés par un affaiblissement de la politique de la cohésion. Or cette politique était un outil fondateur de la construction européenne qui permet de réduire les disparités sociales et territoriales de l'Union. Sans cet effort fondamental le fonctionnement du marché européen ne peut qu'aggraver les inégalités, mettre en concurrence territoires et travailleurs et in fine nourrir la défiance des populations à l'encontre du projet européen.

L'échec annoncé de la stratégie de Lisbonne appliquée à la politique de cohésion impose donc une refondation majeure de ce pilier des politiques de l'Union.

La politique de cohésion doit retrouver son orientation originelle, en conformité avec les principes établis dans les traités européens. L'objectif est bien de « réduire l'écart entre les niveaux de développement des diverses régions et le retard des régions les moins favorisées ». La contradiction avec la stratégie de Lisbonne est évidente puisque celle-ci parie sur le seul renforcement de la compétitivité. Les fonds de la politique de cohésion ne sauraient être mise au service d'une telle stratégie, mais doivent s'orienter clairement dans une mission de rattrapage économique. Les régions compétitives peuvent renforcer leurs atouts sans l'intervention de la politique de cohésion qui doit au contraire nourrir un développement endogène durable, qui profiterait en retour à l'ensemble des populations et des territoires de l'Union.

Une politique de cohésion refondée doit pouvoir s’appuyer sur de nouvelles perspectives financières plus ambitieuses (les crédits étaient à la baisse de 2007 à 2013), une coordination des politiques économiques, un renforcement de l’administration européenne et un renforcement des pouvoirs d’initiative et de contrôle du Parlement européen.

Pour une réforme progressiste de la PAC

Aucune politique agricole depuis que l’Europe existe n’a inversé la tendance à la diminution des emplois. Est-ce à dire pour autant que nous nous résignons à la disparition d’un pan entier de notre civilisation ? Ce choix, subi ou voulu, va-t-il permettre à d’autres pays dans le monde de se positionner utilement dans le commerce international ? Quelle est notre stratégie pour l’autosuffisance alimentaire des pays en développement ? Que devient notre sécurité alimentaire ?

L’agriculture européenne est confrontée à une grave alternative : poursuivre son industrialisation, faire de la production un « minerai » exploité à bas prix ; ou bien s’intégrer dans un projet de société au service des personnes et des territoires. Le temps joue en faveur du 1er scénario.

L’Europe tourne le dos à son agriculture. Les prix à la production sont en chute libre et la compensation publique n’est que partielle.

Le revenu d’un agriculteur sur deux n’atteint pas le niveau du SMIC. Les marges de manœuvre pour de nouveaux investissements sont nulles. Le double effet de la concentration des élevages et de la concurrence déloyale ne met pas la production à l’abri des délocalisations.

La PAC a été progressivement détricotée depuis les années 1980 ; en 2013, sa réforme sera l’un des dossiers européens les plus urgents. Les socialistes européens doivent travailler à des propositions politiques fortes :

  • À budget constant, l'UE ne peut faire une réforme positive de la PAC. Le poids de la PAC dans le budget communautaire (45%) est un héritage à dépasse
r, sans le faire au détriment des politiques communes qui participent de la réduction des inégalités et de la qualité du mode de vie des Européens. Le budget global de l'UE doit augmenter, en baissant proportionnellement la part de la PAC en son sein ;
  • S'appuyer sur le principe de la souveraineté alimentaire, impliquant une régulation concertée des échanges internationaux, sous l’autorité des Nations Unies. La stabilisation des cours mondiaux et la garantie de prix intérieurs stables reflétant les coûts réels de production devraient impliquer un renforcement des conditions sociales et environnementales de production, une maîtrise des volumes et une redistribution des aides entre agriculteurs ;
  • Exiger l’abandon des accords de libre-échange au profit d’accords préférentiels renforcés, l’augmentation de l’aide publique au développement agricole et l’abandon de toute production d’agro-carburants entrant en concurrence avec les productions vivrières ;
  • Mettre l'accent comme le propose le rapport de l'Évaluation internationale des sciences et technologies agricoles au service du développement (EISTAD) sur le développement de l’agro-écologie, des circuits courts entre producteurs et consommateurs, et sur la valorisation des connaissances paysannes et locales.
  • 1.d-  une stratégie pour la défense et l'innovation de l'industrie européenne :

    L'Union doit également investir puissamment dans les secteurs d'avenir, en particulier dans les activités à haute valeur ajoutée de la nouvelle économie de la connaissance et développer une politique industrielle. Elle doit définir et adopter, en lien avec les partenaires sociaux, des lignes directrices pluriannuelles en matière de politique industrielle. Celles-ci devraient comprendre des propositions d'action par secteur (création de synergies, de pôles de développement, spécialisation particulières..) Le programme Airbus et le lanceur Ariane ont fait de l'Union Européenne une des grandes puissances de l'aérospatiale. Nous pouvons espérer rééditer la performance avec le programme Galileo. Par ailleurs, une véritable politique industrielle doit également assurer une bonne gestion des secteurs plus traditionnels afin d'anticiper les restructurations et mettre en place à temps des programmes de reconversion des bassins industriels, en associant tous les acteurs concernés.

    Donner un rôle économique et social à l'Europe lui permettra de faire un bond de géant en direction de la création d'une entité fédérale et permettra de relancer le moteur de la construction européenne.

    1.e-  poser les bases du «juste échange», arrêter d'être les dindons de la farce de la «mondialisation libérale» :

    [...]

    III.2.  Remettre les citoyens au cœur de la construction européenne :

    • Une intégration politique plus importante doit nécessairement être précédée d'un travail sur les valeurs communes et l'intérêt général entre Européens, ce qui ne peut se faire sous la pression d'une crise économique organisée ;
    • La méthode intergouvernementale qui a échoué a été renforcée avec l'adoption du traité Merkozy ; la réaction du parlement européen sur le budget doit ouvrir d'autres perspectives permettant la restauration de la souveraineté populaire.
    • Créons les conditions pour bâtir des majorités progressistes à l'échelle européenne, ne nous trompons pas sur la désignation de notre candidat à la Présidence de la Commission Européenne.

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    25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 09:31

    Le site Atlantico a publié une vidéo "volée" dans les locaux du Syndicat de la Magistrature (SM), sur laquelle on découvre un "murs des cons". Les militants de ce syndicat se sont semblent-ils défoulés en chargeant un panneau d'affichage interne, auquel le public n'a pas d'accès, des photos des principaux zélateurs du sarkozisme, de quelques journalistes (comme le très chiracophile David Pujadas), le responsable du syndicat concurrent (USM) et même d'"hommes de gauche" comme Jack Lang.

    mur-des-cons-filme-au-sein-des-locaux-du-syndicat-de-la-mag.jpgDepuis, une partie des responsables politiques de droite a décidé d'enfourcher cette vidéo - Atlantico vole ce qu'elle peut, son directeur (le camarade Ferjou, avec qui j'ai fait mon service national) doit penser qu'il tient là l'équivalent des enregistrements de Médiapart dans les affaires Bettencourt et Cahuzac (oui faut bien le dire tout le monde n'est pas au même niveau d'investigation et de journalisme) - pour dénoncer les "juges rouges" et vitupérer sur l'absence d'impartialité d'un bon tiers des magistrats du pays, puisque c'est le score du SM. Jean-François Copé exige une commission d'enquête parlementaire, rien que cela, que la Garde de Sceaux sévisse et certains réclament même la dissolution du syndicat.

    Cette manoeuvre cache mal la tentative de diversion de l'UMP et de toute la droite en général, qui depuis plus de 10 ans a fait des magistrats et de l'indépendance de la justice une de ses principales cibles. En effet, il est parfaitement hypocrite d'expliquer qu'une décoration intérieure destinée aux permanents et aux responsables du SM met en cause l'impartialité de la justice française, quand les conservateurs et les centristes ont pendant 10 ans multiplié les entraves aux investigations judiciaires, les pressions par parquet interposé pour orienter les procédures, et les réformes visant à dévaloriser le juges et le fonctionnement démocratique de la justice.

    C'est également une bien piètre manipulation de responsables qui ont de nombreuses casseroles et qui s'attendent tous un jour ou l'autre à recevoir une lettre d'un juge (rouge, forcément), dès que l'opportune diversion de l'affaire Cahuzac permettra à nouvau de jeter un oeil tranquille sur Sarkozy, Woerth, Balladur ou Copé. Ces personnages ont été tellement habitués dans le même temps à obstruer la marche de la justice ou à manipuler les procureurs, qu'ils ne peuvent imaginer que des militants syndicaux, pétris de convictions et de détermination, soient capable de faire preuve de professionnalisme et d'impartialité lorsqu'ils exercent leurs missions de fonctionnaires. Il est vrai que la nature du service public et du service de l'Etat est devenue depuis longtemps étrangère à la droite française.

    Sur le fond de l'affaire, tout cela montre bien que le monde syndical est étranger à Atlantico et à l'UMP. On pourra peut-être les emmener dans les locaux de la CGT ou de FO, de la plus petite UD ou UL jusqu'à Montreuil... le pauvre Jean-François risque de faire une attaque sous le choc. Mais s'il souhaite aujourd'hui une commission d'enquête contre le SM, je lui propose de faire un tour à Solférino pour vérifier les stocks d'affiches du MJS qui des "Arnaqueurs" à "La Honte" pourraient être soumis à des poursuites pour diffamations si l'on suivait l'analyse de Christian, Jean-François et les autres.

    Que dire de la poupée vaudoue Sarkozy que mon épouse a imposée depuis plusieurs années dans notre domicile : piétié ne vous en prenez pas à moi, je n'y suis pour rien je vous le jure !...

    Rassurons tout de même nos amis de l'UMP... Il est probable qu'au rythme où vont les choses -  de volte-face sur l'aministie sociale concernant les faits entre 2007 et 2012 (alors que s'exerçait une véritable répression d'Etat sur toute une partie de l'action syndicale) à l'absence d'encadrement sur les licenciements profitabilité, en passant par l'oubli de la loi sur les reprises d'entreprises industrielles - il es probable que les prochains "murs des cons" que l'on découvrira dans des locaux de syndicats de salariés compteront de nombreux responsables politiques et élus de gauche... malheureusement.

    Frédéric FARAVEL

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    24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 08:13

    Mediapart.fr - 23 avril 2013 | Par Rachida El Azzouzi

    Le 7 mars dernier, dans un article que vous pouvez retrouver ici, intitulé «La CFDT aux prises avec sa base chez Sanofi», nous relations le divorce qui couvait entre les militants CFDT du géant pharmaceutique Sanofi et leur direction nationale. Cette dernière leur reprochait notamment d’avoir «failli» en manifestant aux côtés de la CGT et de l’extrême gauche pour une loi contre les licenciements boursiers ainsi qu’en décriant publiquement l’ANI, l’accord sur la réforme du marché du travail signé en janvier dernier par la CFDT aux côtés du patronat, de la CFE-CGC et de la CFTC.

     

    La direction du syndicat visait particulièrement Pascal Vially, son coordonnateur chez Sanofi, sorte de trait d’union entre les délégués syndicaux et centraux des différents sites. Salarié de la division “vaccins” à Marcy-l’Étoile dans le Rhône, syndicaliste depuis les années 2000, il est l’un de ceux qui, médiatiquement, mènent le combat, depuis que le groupe a annoncé en juillet 2012 un plan de restructuration prévoyant, d'ici à 2015, 914 suppressions nettes d'emplois et 800 redéploiements par mobilité interne, dont 300 d'une région à l'autre.

    Dans le rang des cédétistes Sanofi, cette remise en cause de Pascal Vially n’avait pas plu. En soutien, une pétition avait aussitôt été lancée et mise en ligne sur internet. Véronique Pamiès, déléguée centrale pour la santé animale sur le site de Lyon, membre depuis dix ans de la CFDT, fait partie des instigateurs de cette pétition. Elle fut l’une des rares militantes à parler à visage découvert dans notre article, car «c’est très dur de faire valoir des positions qui ne sont pas dans la ligne confédérale». La sanction n’a pas tardé. Pour avoir porté sur la place publique ce différend interne, elle a été démandatée début avril, quelques jours après la publication de notre article (ci-dessous, le mail de sa direction).

    mail_CFDT_sanofi.pngPascal Vially, pourtant considéré comme «un militant extraordinaire» par sa direction, devait connaître le même sort dans les prochaines semaines. Mais il a préféré anticiper et rendre sa «démission forcée». Ce mardi 23 avril, il a adressé un long courrier de cinq pages, «une lettre cathartique», que Mediapart publie dans son intégralité ci-dessous, à Laurent Berger, le n°1 de la CFDT et aux dirigeants de sa fédération chimie, dans lequel il dit tout. Sur son engagement, son malaise, sa déception, ses désillusions de militant.

    Il raconte de l’intérieur la vie d’un responsable syndical aux prises avec sa hiérarchie, le décalage entre le terrain et les bureaux, les dérives d’appareil, dans lesquels d'autres se reconnaîtront, et rend sa carte, «dans la douleur», avec une certitude acquise tout au long de ces mois consacrés à la lutte contre un vaste plan social : «Les structures CFDT (syndicats, fédération, confédération) sont en décalage complet avec les revendications de la majorité des adhérents et militants de terrain, et (...) la démocratie interne de la CFDT ne fonctionne malheureusement pas

    Pascal Vially n’envisage pas de prendre sa carte dans un autre syndicat, car «c’est partout pareil, dit-il, le même fonctionnement, la même politique d'appareil, pas de tête qui dépasse». Il arrête définitivement le syndicalisme pour redevenir le technicien supérieur de laboratoire qu’il était à son entrée chez Sanofi en 1999, et assumer le citoyen qu’il est : «Un déçu de la gauche au pouvoir qui peut voter rose, rouge, vert ou MoDem, tout à la fois, réformiste et contestataire.» Deux qualités impossibles aujourd’hui à la CFDT ? Pascal Vially pose la question. Dans le sillage de sa «démission forcée», d’autres camarades cédétistes devraient rendre leur carte, écœurés par ce dénouement. Chez le leader français de la pharmacie, la CFDT est le syndicat majoritaire. Elle représente quelque 8 000 salariés sur les 28 000 que compte le groupe.

    Lettre démission

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    8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 07:31

    Le choc de l'Affaire Cahuzac est terrible.

    Si les Français estiment selon un récent sondage BVA que le gouvernement a plutôt bien géré la crise, il faut y voir un avis désabusé sur le thème "vue la situation détériorée, ça aurait pu être pire...". En effet, parallèlement la côte de popularité de l'exécutif continue de s'effondrer (sans même tenir compte de "l'affaire"), et les Français continuent de perdre confiance dans leurs institutions et dans leurs élus, considérant que la grande majorité d'entre eux sont corrompus (ce qui n'est évidemment pas le cas).

    Il y a donc urgence à réagir sans opposer nos combats économiques et sociaux et nos combats démocratiques, indissociables, lorsqu'on est socialiste.

    Regardons les choses froidement - dans la période, ça changera. La droite - pas plus recommandable pourtant - exige un remaniement, une partie des parlementaires de gauche suggèrent que ce remaniement permettrait de gagner du temps devant l'opinion. Mais, à quoi bon remanier, si c'est pour continuer à mener une politique économique et sociale, sans plus d'inflexion. On voit bien, on sait, que le Président de la République n'a pour le moment pas l'intention de changer de cap. Le discrédit total de Jérôme Cahuzac ne peut évidemment suffire à faire tomber une politique de "rigueur de gauche" ; il la menait avec conviction mais en répondant à la commande de ses tutelles élyséenne et gouvernementales. Notre combat pour exiger le "tournant de la relance", impérieux et nécessaire, ne doit pas faiblir, il faut continuer sur ce chemin difficile à construire des convergences pour patiemment convaincre de la nécessité politique et vitale de ce tournant. Mais, si le plus tôt le mieux, et si possible dès avant les prochaines élections locales (qui s'annoncent difficiles et qui si elles se confirmaient être une sanction pour la majorité actuelle réduirait évidemment les marges de manœuvre de cette majorité et donc les capacités à opérer ce nécessaire tournant), reconnaissons le ce n'est pas demain matin que nous l'obtiendrons.

    Poursuivons nos combats urgents concernant la transposition de l'Accord National Interprofessionnel sur la flexibilisation de l'emploi dans la loi, concernant l'encadrement/interdiction des licenciements "profitabilité", concernant la réorientation de la construction européenne, etc.

    Si le chemin est long et difficile sur les questions économiques et sociales, il n'en reste pas moins que les Français attendent de nous des actes forts qui permettent de consolider la démocratie française. Dans ce contexte, il convient de préciser que je confonds pas le combat pour la VIème République et une véritable démocratie parlementaire avec des outrances verbales qui conduisent à mettre l'ensemble des élus et du personnel politique dans le même panier des corrompus et des connivents en appelant à un "coup de balais" parfaitement populiste.

    Emmanuel Maurel, Jérôme Guedj, Paul Quilès, Marie-Noëlle Lienemann,  responsables nationaux du courant  “Maintenant la Gauche”, devant la gravité de la situation,  ont appelé à l’organisation d’un référendum sur la moralisation de la vie publique et a des changements institutionnels importants. Ils apportent leur soutien à la déclaration du premier secrétaire du PS Harlem Désir.

    Ils soulignent que le  passage par voie référendaire  exige des dispositions très fortes pour modifier, réellement  en profondeur les pratiques politiques et la vie démocratique comme :

    • Le mandat parlementaire unique ;
    • L’interdiction et la sanction des conflits d’intérêt ;
    • La garantie absolue de l’indépendance de la justice ;
    • La lutte implacable contre la fraude et l’évasion fiscale.

    J'y ajouterai également pour ma part avec Paul Quilès l’acceptation de la nomination des principaux ministres par une commission composée de parlementaires et de magistrats, ainsi que le mandat à donner au Président de la République pour exiger la fin des "Paradis fiscaux" en Europe (Chypre, Luxembourg, Autriche, îles anglo-normandes, etc.).

    S’agissant d’un enjeu démocratique majeur, c’est l’ensemble  des forces républicaines qui doit prendre part à l’élaboration des changements nécessaires et soumis au vote des Français. Dans ce cadre, et ayant toujours été opposé à un retournement d'alliance politique qui viendrait à remplacer le Front de Gauche par certains centristes, je ne comprends pas que Pascal Durand, secrétaire national d'Europe Ecologie Les Verts, ait limité son appel pour des propositions communes sur la moralisation de la vie politique à la gauche, aux écologistes et au MODEM. Au regard de la gravité de la situation, qui dépasse les différences de politiques économiques, sociales et européennes, j'ai pu entendre chez quelques rares élus UMP (Bruno Lemaire ou Laurent Wauquiez, qui se distinguent ici des déclarations indécentes de Jean-François Copé, François Fillon, Nathalie Kosciusko-Morizet et Valérie Pécresse) faire des propositions sérieuses et intéressantes.

    On sait que toutes ces propositions risquent d'être bloqués par un parlement frileux et incertain (surtout sur le cumul des mandats et le contrôle du patrimoine des élus - sur ce sujet même le tribun Mélenchon est contre... les coups de balais ont leurs limites, hein...) et qu'il est des périodes qui nécessitent parfois de recourir directement au peuple, notamment quand la crédibilité des institutions - à tort ou à raison - semble être en jeu.

    Ceux qui expliquent que le référendum régional alsacien plaide contre l'appel à l'intelligence populaire, et qui oublient que nous avions réclamé le référendum sur le TCE, le traité de Lisbonne et le TSCG, devraient ne pas insulter les motivations des électeurs alsaciens. L'UMP alsacienne reproche à la gauche son échec, mettant sur le compte de l'affaire Cahuzac le rejet de son projet mal ficelé et qui mettait en question l'égalité des territoires dans la République. Les ressors internes alsaciens - y compris l'usure de l'UMP locale - du rejet du projet de fusion des collectivités étaient bel et bien présents, ne confondons pas les sujets pour tenter de justifier nos conservatismes.

    Le peuple attend. La réforme démocratique est indissociable de la transformation sociale. Dans la période, elle doit la précéder et être un élément de plus dans le rapport de force que nous construisons en faveur d'une nouvelle politique.

    Frédéric FARAVEL

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    3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 13:24

    Je me suis beaucoup interrogé sur la pertinence de me prononcer sur le sujet. Mais comme de nombreux militants socialistes, il n'est pas possible de retenir à la fois l'expression de ma colère, de mes angoisses et de mes interrogations. Je crois qu'il est temps de libérer la parole des militants de gauche avant qu'il ne soit trop tard.

    cahuzac_reference.jpgJérôme Cahuzac a donc procédé hier après-midi à des aveux complets (presque ?) devant le juge d'instruction qui l'a mis en examen. Le ministre du budget, en charge de la lutte contre la fraude fiscale, avait donc caché l'existence d'un compte en Suisse, à UBS puis dans la Banque Reyl à Genève, et enfin à Singapour. Il était donc lui-même un fraudeur et fait accablant il a menti à tous les responsables politiques, à ses supérieurs, à la représentation nationale et à tous les Français.

    Il faut revenir un moment sur le rôle de Médiapart dans cette affaire. Les journalistes de ce média en ligne ont fait leur travail, consciencieusement, dans la ligne d'indépendance et de gauche qu'ils se sont fixés dès la création du site voici 5 ans. Médiapart avait raison, son enquête était sérieuse, ses recoupements solides ; cela fera réfléchir ceux des responsables politiques de mon camp, le Parti Socialiste, qui avaient insulté le journal et son Directeur, Edwy Plenel, alors qu'ils avaient précédemment loué voire encensé leur travail quand il s'agissait des affaires Karachi ou Woerth-Bettencourt. Qu'on se le dise, il faut respecter le travail de ces journalistes qui font honneur à leur profession et il faudra faire preuve d'une grande prudence quand il s'agira de commenter leurs prochaines enquêtes. Il eût été préférable dans cette situation que l'administration fiscale française ne jette pas la confusion en cherchant à trouver des preuves de l'inexistence du compte au moment où la justice française venait d'ouvrir une enquête préliminaire.

    La faute morale, impardonnable, de Cahuzac va inévitablement rejaillir et salir durablement l'image des responsables et des partis politiques dans l'opinion. Qu'il se déclare « dévasté » par le remord et le poids de sa faute est finalement assez peu important au regard des dégâts provoqués et de ce qui a plus que vraisemblablement motivé réellement ses aveux : des perquisitions à UBS sur fond de coopération judiciaire franco-suisse (cf. Le Temps). On est probablement loin du sursaut moral de l'homme mais plus dans l'analyse froide de la stratégie de défense à appliquer.

    Une seule raison de satisfaction à ce stade, c'est que la justice française fait enfin librement son travail, ce qui est en soi déjà une rupture importante avec les mœurs politiques de la période précédente mais aussi sous de nombreux gouvernements de droite comme de gauche. Comme le présente avec humour le compte « Humour de Droite » sur Facebook, François Hollande et Jean-Marc Ayrault étaient-ils trop occupés à manipuler le juge Gentil contre Nicolas Sarkozy pour préserver Jérôme Cahuzac ? Non évidemment, il est à mettre au crédit du président de la République et du gouvernement ce respect indispensable de l'indépendance de la Justice.

    Maintenant, il faut regarder ce que je crois être les leçons du symptôme Cahuzac et regarder ce que cela peut vouloir signifier plus largement du comportement de certains responsables politiques.

    cope-piscine.jpgJe veux d'abord dénoncer l'indécence des dirigeants de la droite parlementaire. Je n'évoque pas le Front National qui fera ses choux gras du « tous pourris » habituel et dont les dirigeants ont été régulièrement condamnés, au-delà du caractère nauséabond de leur projet politique, et n'ont donc rien d'exemples de vertu. D'aucuns considèrent que l'UMP et l'UDI ont fait preuve de retenue vis-à-vis de Jérôme Cahuzac avant qu'il n'avoue sa fraude ; ils y voient un progrès dans la sérénité du débat politique, j'y vois personnellement une complicité intellectuelle, celle d'une droite dont de nombreux dirigeants sont impliqués dans des affaires d’État, plus graves encore que la fraude fiscale, ou apportent leur soutien sans discernement à ceux qui y sont impliqués, ne manquant pas une occasion d'insulter les journalistes et les juges. Les sorties du Président de l'UMP, grand ami de Zyiad Takkiedine, sont à ce titre un festival de mauvaise foi et pour une fois il n'y a bien que Laurent Wauquiez qui rehausse le niveau dans ce camp politique, invitant droite et gauche à balayer devant leurs portes, à changer radicalement le rapport des hommes politiques à l'argent et la façon de concevoir les conflits d'intérêts.

    Je ne peux pas non plus ne pas exprimer mon ressenti sur ce que je perçois comme de la légèreté de la part des dirigeants socialistes, mes dirigeants. Si François Hollande et Jean-Marc Ayrault avaient été au courant des malversations de l'ex ministre délégué, la situation eût été odieuse et proprement lamentable. Je ne peux pas y croire un seul instant, je pense avec sincérité qu'ils ont été victimes d'un mensonge ; mais cette situation ne me rassure pas un instant.

    Ce qui m'interroge c'est ce qui a pu conduire un personnage comme Jérôme Cahuzac à gravir les marches du pouvoir les unes après les autres. Comment se fait-il que personne n'ait été interpelé ou suffisamment choqué par le parcours de ce médecin qui « délaisse sa vocation » pour les profits attendus de la chirurgie esthétique et/ou du conseil au profit d'entreprises pharmaceutiques (cette dernière possibilité reste encore soumise à instruction judiciaire, donc ce n'est pas formellement prouvé) ? Comment se fait-il que personne ne se soit sérieusement interrogé sur les sources importantes de conflits d'intérêts que cela laissait supposer ? Comment se fait-il que personne n'ait été bousculé sur ce que cela signifie en terme de confusions dans la hiérarchie de valeurs, notamment pour un socialiste ?

    Beaucoup d'entre nous l'ont pensé, personne – moi compris – ne l'a clairement exprimé publiquement évidemment mais également dans nos débats internes. Cette incapacité à dire les choses entre nous était une erreur. Nous aurions dû monter au créneau, nous ne l'avons pas fait, sans doute par peur que l'expression de notre « défiance » ne conduise à notre isolement – toujours mortel en politique – ou nous expose aux insultes de ceux qui considèrent que des interrogations sur leurs amis sont en soi un crime de lèse-majesté ou le début du populisme. Insultes que certains n'ont de toute façon pas retenues. Ainsi, nous n'avons pas ouvertement lancé d'alerte, et nous avons laissé nos dirigeants dans leur aveuglement : l'absence d'alerte et l'aveuglement sont l'un comme l'autre condamnables ; l'aveuglement est profondément inquiétant.

    Car cette confusion dans la hiérarchie des valeurs chez certains hauts responsables de gauche fonctionne en parallèle et se nourrit de la désidéologisation qui est à l’œuvre depuis une trentaine d'années. Nous avons créé une catégorie de responsables politiques professionnels, formés dans les grandes écoles mais aussi parfois dans nos grandes collectivités, qui n'ont plus le sens du commun, le sens du réel, et – plus grave encore – n'ont plus parfois le sens de la portée du socialisme démocratique. Une étude du milieu des années 2000 de la Friedrich-Ebert Stiftung, qui n'est pourtant pas connu pour son côté populiste et révolutionnaire, décrivait le caractère « arrivé » des responsables SPD ; La société des socialistes, publié par les sociologues et politologues Frédéric Sawicki et Rémi Lefebvre, décrit également les travers comparables un appareil sclérosé et peuplé de cadres (j'en fais partie) politiques qui n'ont plus forcément d'expérience sensible de la réalité et des difficultés vécues par nos concitoyens des classes populaires et moyennes que nous sommes censés défendre et représenter.

    nouveau-logo-psL'abdication devant les recettes libérales et social-libérales, et finalement leurs assimilations complètes, est pour moi indissociable de cette perte de repère par rapport aux valeurs fondatrices du socialisme démocratique. L'incapacité à opérer le tournant de la relance alors que la rigueur qu'elle soit de gauche ou de droite nous emmène à grande vitesse dans le mur est l'autre face de la médaille de cette défaite intellectuelle et morale.

    Il faut tirer d'abord des conséquences institutionnelles à cette affaire-symptôme. François Hollande a eu raison d'appeler aujourd'hui à un ressaisissement et d'annoncer plusieurs mesures importantes :

    • le renforcement de l'indépendance de la Justice par la réforme du Conseil Supérieur de la Magistrature ;
    • le renforcement de la lutte contre les conflits d'intérêts ;
    • l'interdiction définitive pour tous élus ayant été condamnés pour corruption ou fraude fiscale d'exercer à nouveau des responsabilités politiques.

    Il faut aller plus loin et changer la République. Il est trop facile et lamentable de disqualifier tout appel à la VIème République en les renvoyant aux populismes et aux extrêmes de gauche et de droite comme l'a fait ce matin Jean-Marie Colombani sur France Inter. Notre régime politique – cela a été analysé depuis longtemps – favorise l'irresponsabilité politique. Changeons en ! Réformons le statut pénal du chef de l’État, faisons des ministres des justiciables comme les autres en supprimant la Cour de Justice de la République, instaurons sur le modèle américain sans tomber dans ses travers des enquêtes parlementaires sur les nominations de ministres et de grands responsables publics…

    Mais, au-delà, car le socialisme français est indissociable de l'expérience républicaine, c'est à une refondation, un ressourcement du socialisme qu'il faut aujourd'hui s'employer. C'est urgent et incontournable, pour retrouver nos repères, retrouver nos valeurs, et retrouver le sens de notre engagement et mener une véritable transformation sociale.

    Frédéric FARAVEL

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    30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 19:12

    2681483_hollande_640x280.jpgC'est peu de dire que l'intervention télévisée du chef de l'Etat crée un malaise au sein de la gauche. Pendant une heure et quart - une demie heure de plus que prévu - François Hollande ne s'est pas adressé aux Français, il ne s'est pas adressé au peuple de gauche (il n'a pas prononcé le mot une seule fois), mais aux chefs d'entreprises et au monde de la finance - celui-là même qu'il désignait comme son adversaire lors du discours du Bourget.

    Jeudi soir, nous avons donc bien assisté à l'enterrement de ce discours du Bourget, dont beaucoup de ses électeurs lui demandait pourtant de retrouver l'esprit.

    Etant régulièrement taxé par certains de tenir des propos excessifs, je vous transmets ci-dessous deux analyses portées par des journalistes de natures et d'opinions profondément différentes. Le premier est Thomas Legrand, chroniqueur matinal sur France Inter qui défend habituellement un réformisme très prudent ; le secon est "L'adieu à la gauche" publié par Mediapart, dès la fin de l'interview du Président... On constatera que les deux analyses sont finalement assez peu éloignées. Comprenne qui pourra...

    Frédéric FARAVEL

    François Hollande, un président totalement désidéologisé

    legrand.jpgVous avez bien sûr regardé le président hier soir… Alors ?

    Ce qui m’a frappé c’est la désidéologisation totale de son discours. Nous étions hier en présence d’un président, qui semblait parfaitement compétent et à l’aise… mais parfaitement dépolitisé. On appelle ça sans doute le pragmatisme. Il nous a d’ailleurs présenté, non pas des idées pour changer la société mais une « boîte à outils », pour la réparer. Alors il vaut peut-être mieux avoir Monsieur bricolage à l’Elysée plutôt qu’un phare de la pensée mais dans la culture de la gauche française ça doit faire un choc. Après tout, lors de la primaire de 2011, François Hollande représentait déjà la tendance la moins idéologique du PS…et c’est lui qui a été choisi ! Le ton et les solutions proposées hier faisaient éclater au grand jour un pragmatisme totalement assumé. A voir l’aisance et la forme d’autorité qui se dégageait du Président, on comprenait qu’il se sentait enfin fait lui-même…enfin débarrassé de l’obligation d’être socialiste ! le discours pour les entrepreneurs, le choc de simplification, le discours sur les récidivistes, sur le budget de la défense, sur les retraites aurait pu être tenu par n’importe quel autre pragmatique du centre-droit ou du centre-gauche… aucune emphase, aucune grandiloquence… de l’émotion simplement pour évoquer la guerre au Mali et les otages….le refus de la dramatisation mais la geste de la détermination…de petits mensonges, notamment sur ses prévisions de croissances passées, aucune mesquinerie politicienne, pas d’aigreur contre ceux qui le critiquent : François Hollande était hier (plutôt qu’un président normal) un président tout court…

    Et donc pas un président socialiste !

    Non, les objectifs affichés -réduire le chômage, sauver notre modèle et même réorienter notre économie vers des secteurs d’avenir comme l’environnement- ne nécessitent pas d’être socialiste ni même écologiste. C’était aussi les objectifs de Nicolas Sarkozy et de Jacques Chirac !… Même si le prédécesseur de François Hollande n’a jamais cessé de faire de l’idéologie (au moins d’affichage) pendant cinq ans. Le débat UMP/PS est devenu simplement un débat autour de la compétence et de la capacité à agir. « J’ai les manettes et je sais m’en servir »…voilà ce que nous disait François Hollande hier. Sans idéologie, l’objectif n’est plus de changer le monde. Le grand dessein c’est de faire baisser le chômage… Le but de toute l’action décrite hier par le Président est donc de retrouver la croissance. Mais dire « mon but c’est la croissance », c’est un peu comme dire au début d’un voyage en voiture « mon but c’est la station service ». Alors c’est vrai qu’il y aurait quelque chose de présomptueux à détailler par le menu ce que l’on ferait si on avait de la croissance. C’est vrai que quand on en est à pousser la voiture, dans l’esprit de ceux qui poussent, eh bien, la station service, ça devient le but. Après trente ans de crise(s)…on en est peut-être là ! Conclusion : si vous attendiez un grand timonier, vous serez catastrophés, si vous attendiez simplement que le conducteur du véhicule en panne sache à peu près où se trouve la station service…vous pouvez être plutôt rassuré ce matin !

    François Hollande : les adieux à la gauche

    | Par François Bonnet et Mathieu Magnaudeix

    Disons-le tout net. Rendre intéressante l’intervention présidentielle, jeudi soir sur France 2, relevait largement de la mission impossible. Un président dans une impopularité jamais connue sous la Cinquième République au bout de dix mois de mandat ; un taux de chômage au-dessus des 10 %, frôlant les records historiques de 1997 ; un pouvoir d’achat des Français en recul pour la première fois, au vu des statistiques du dernier trimestre 2012 ; une crise de l’Europe et de l’euro sans précédent, avec un État membre, Chypre, dont l’économie explose et un autre État membre, l’Italie, sans gouvernement et dans une impasse politique durable.

    Or, paradoxalement, cette mission impossible fut presque accomplie. Car une immense surprise ressort de ce long propos présidentiel qui, aux alentours de la dixième minute, a dû perdre l’essentiel de ses auditeurs assommés de chiffres et de jargon technique. François Hollande mettait en scène et en mots la cérémonie de ses adieux à la gauche. « Je ne suis plus président socialiste, je suis le chef d’État de la France », devait-il d'ailleurs préciser aux alentours de la quarantième minute.

    Nous venions de l’apprendre et le devinions : effectivement, François Hollande aura réussi l’exploit, dans cette cinquième intervention « devant les Français » depuis son élection, de ne pas prononcer le mot « gauche », de ne pas même citer le nom du parti socialiste, de ne pas même évoquer « les écologistes », d'ignorer délibérément les questions de majorité politique. Plus de gauche, plus de droite ; plus de partis ; plus de majorité politique ou parlementaire. Un abus impressionnant du « je ». Voilà la révélation de cette intervention : la dissolution de la politique, des débats, des alternatives, dans un « je » présidentiel renouant avec les pires démons de nos institutions.

    La métamorphose est d’une rapidité surprenante, si l’on veut bien se référer à celui qui fut le précédent président issu de la gauche : François Mitterrand. Chacun sait aujourd’hui son plaisir entier à avoir endossé les habits de ce présidentialisme exacerbé et monarchique tant vilipendé dans le talentueux pamphlet du Coup d’État permanent. Mais François Mitterrand dut attendre un peu pour cela, laissant un temps l’illusion d’une démocratie sociale et parlementaire prospérer : 1983 fut un premier tournant ; en 1986, la cohabitation fut la renaissance d’un présidentialisme sans limite ; 1988-1995 fut une caricature de cette monarchie constitutionnelle à la française.

    Voilà François Hollande faisant l’intégralité de ce parcours, qui prit deux mandats de sept ans…, en dix mois ! Effarante régression, au moment où un pays en crise profonde recherche et a impérativement besoin de mobilisations citoyennes, de corps intermédiaires, de débats déconcentrés, de processus innovants de décision, de prises de risques, pour s’extirper d’une crise historique et mener dans la paix civile et sociale une mutation équivalente à la révolution industrielle.

    François Hollande a donc, en ce jeudi 28 mars, effacé la politique par une succession de « je » présidentiels. Cette posture consistant à tout revendiquer, à tout assumer, à affirmer tout décider (jusqu’à préciser, tel un directeur comptable, que « les achats des administrations seront désormais tous regroupés », pour d’obscures économies…) ne fait pas qu’affaiblir le système politique. Elle ridiculise son système de pouvoir : le premier ministre n’a pas été cité – il n'existe plus –, les ministres ont tout juste été évoqués, comme d’insolents élèves dont il fallait parfois savoir accepter les incartades.

    Dès lors, que reste-t-il sur cette table rase, où le Parlement, les partis et le gouvernement ne sont au mieux que d’obscurs et irresponsables appendices ? Il reste un président, homme seul face au peuple et face à une crise dont les prolongements et les complexités sont sans précédent. « Qui peut croire une telle fable ? » aurait dit Nicolas Sarkozy en un autre temps et sur un autre sujet.

    C’est le pari de François Hollande : tenir coûte que coûte sur un mode de récit, qui peut sembler suranné, irréel, voué à l’échec, mais dont il estime qu’il sera in fine entendu par l’opinion. Le pari est d’autant plus stupéfiant qu’au sortir de cette heure et quart d’entretien, on ne sait à qui François Hollande a parlé. Pas à la gauche : il ne l’a pas même évoquée. Pas à la droite : il n’a pas fait de pas important en sa direction. Alors à qui ? Aux chefs d’entreprise et décideurs économiques, incontestablement : « J’ai besoin de tous les Français ! Et les chefs d’entreprise, leur réussite est la nôtre. »

    Oublis et renoncements

    Alors à qui ? François Hollande a parlé au centre. Un supposé centre géographique du paysage politique dont on ne voit plus guère la traduction politique. Ce n’est évidemment pas l’UDI de Jean-Louis Borloo, qui se retrouvera ce jeudi dans la majorité « hollandaise ». Il ne reste donc de visible… que François Bayrou. François Bayrou, dont les positions politiques et sociales, les harangues contre la dette publique, les engagements européens et même la posture solitaire « au-dessus » des partis, apparaissent plus que jamais compatibles avec la nouvelle doxa présidentielle.

    Pour préparer cette intervention, l'Élysée avait consulté tous azimuts. François Hollande, le secrétaire général de l'Élysée, le conseiller en communication Claude Sérillon avaient rencontré parlementaires et responsables de la majorité. « Ils voulaient trouver des idées, raconte une personne consultée. Mais ils n'ont trouvé que des mini-trucs. »

    Pendant près d'une heure, le président a surtout parlé d'économie, dans un discours souvent très technique, émaillé de chiffres, finalement digne du haut fonctionnaire qu'est resté cet ancien élève de la promo Voltaire de l'ENA. On connaît le goût de Hollande pour les plus obscures subtilités budgétaires. Les téléspectateurs ont été servis. Car le chef de l'État n'a pas tant parlé des grands bouleversements économiques du monde que de microéconomie, de vie des entreprises. Avant d'en venir à la grande annonce de cette soirée : un « choc de simplification » ! « Aujourd'hui, une entreprise est obligée de transmettre à l'administration 3 000 informations par an, nous allons diminuer de deux fois, trois fois ce chiffre. »

    Ce soudain « choc de simplification », trouvaille de communicant (écho au « choc de compétitivité » de l'automne), n'a pas pour autant éclairci le propos présidentiel. Il devait ensuite rentrer dans le détail d'aménagements fiscaux échappant au contribuable moyen. « On aménagera la fiscalité pour que ce soit plus simple et moins coûteux » en cas de cession d'entreprise. Il a toutefois réaffirmé sa promesse : avant la fin de l'année, la courbe exponentielle du chômage sera infléchie. « Ça va augmenter jusqu'à la fin de l'année, à la fin, nous allons avoir une baisse du nombre du chômeurs. Ce n'est pas un vœu ou un pronostic, c'est un engagement, une bataille. »

    Et de rappeler que les « outils sont là » : les contrats d'avenir, les contrats de génération, le crédit d'impôt de 20 milliards pour les entreprises, ainsi que la loi sur la sécurisation professionnelle (elle sera votée la semaine prochaine par les députés), fruit de l'accord de janvier entre plusieurs syndicats et le patronat, qui suscite bien des remous à gauche.

    « Il n'y avait jamais eu un tel accord sur cette question du marché du travail », s'est vanté François Hollande, qui oublie un peu vite l'accord de 2008, qui n'était certes pas si global mais avait entériné, entre autres, la rupture conventionnelle entre salarié et employeur. « Ma priorité, c'est l'emploi. Mon cap, la croissance, je veux que la France connaisse une croissance. J'ai ce devoir de remettre de la croissance », a martelé le chef de l'État, déplorant la « croissance nulle ». François Hollande a aussi annoncé une réforme de la formation professionnelle des demandeurs d'emploi. « Je vais proposer qu'un chômeur sur deux puisse avoir une formation professionnelle dans le délai de deux mois. »

    Pour tenter de ressusciter l'esprit du discours du Bourget, lors duquel il avait présenté la finance comme son « ennemi », François Hollande a aussi présenté une nouvelle mouture de sa taxe à 75 %, censurée par le Conseil constitutionnel, puis édulcorée par le Conseil d'État. Elle sera acquittée non pas par les personnes physiques comme le prévoyait le dispositif au départ, mais par les entreprises dans le cas de salaires supérieurs à 1 million d'euros. « L'entreprise sera responsabilisée », estime François Hollande, qui calcule lui-même que la mesure concernera « très peu » de cadres dirigeants.

    Afin de relancer le pouvoir d'achat, le président a admis ne pas avoir de baguette magique. Mais il a proposé que les 4 millions de Français qui bénéficient d'une participation, en théorie bloquée pendant cinq ans, puissent la débloquer « immédiatement sans pénalité fiscale ».

    Pour le reste, François Hollande a déroulé un agenda social attendu, entre réforme des allocations familiales et des retraites. Il a confirmé la piste d'une réduction des allocations familiales pour les ménages les plus aisés. Et laissé entendre que si les plus petites retraites ne seront pas baissées, il pourrait augmenter la durée de cotisation requise pour toucher une retraite à taux plein.

    Affaire Cahuzac

    Mais là ou l'entretien du chef de l'État frappe, c'est surtout par ses absences et/ou ses renoncements en matière de réformes estampillées de gauche. Le cumul des mandats ? Ce sera mercredi en conseil des ministres… La réforme, elle, sera effective « avant la fin de mon mandat ». Évaporée donc la piste d'une réforme applicable dès les municipales de 2014 (à vrai dire, plus grand-monde n'y croyait). 

    Le droit de vote des étrangers ? Le chef de l'État ne l'a même pas évoqué. Le mariage pour tous ? François Hollande ne reviendra pas dessus. En revanche, une des informations principales de la soirée est le quasi-enterrement d'une de ses promesses de campagne : le recours à l'assistance médicale à la procréation pour les couples de femmes. « La PMA, ça n'est pas dans le texte, c'est renvoyé au comité d'éthique. » Jusqu'ici, rien de neuf. Pour déminer le texte, François Hollande a en effet renvoyé le sujet à cette instance consultative. La nouveauté, c'est que le président s'engage désormais à « respecter » la décision du comité d'éthique. Une façon de dire niet au recours à la PMA pour les couples de femmes, puisque la jurisprudence montre que le comité d'éthique y a toujours été hostile (lire notre article).

    Depuis deux semaines, la majorité, franchement déprimée par la succession de mauvaises nouvelles économiques, l'affaire Cahuzac ou encore l'élimination de la candidate socialiste à Beauvais, osait espérer un « discours offensif ». « Il faut que François Hollande arrête de faire comme s'il était premier secrétaire du PS. Il est président de la République, il doit fixer un cap et s'y tenir ! » plaidait la socialiste Colette Capdevielle. « Le gouvernement doit avoir du courage, affronter les murs de l'argent et faire les réformes indispensables pour qu'on bouge ! » défendait le secrétaire national d'EELV, Pascal Durand.

    D'autres, au contraire, n'avaient plus beaucoup d'illusions, à l'instar du député de Paris, Pascal Cherki, qui tançait mercredi soir un Hollande « président de conseil général ». L'attaque ad hominem était violente. Ses camarades socialistes lui en ont beaucoup voulu. Même s'ils savent que la formule est d'autant plus dure qu'elle contient une part de vérité. Quant à l'écologiste Jean-Vincent Placé, qui, ce jeudi matin, disait attendre « une révolution politique », il l'aura obtenue à sa façon : les écologistes, officiellement deuxième parti de la coalition gouvernementale, n'ont pas été cités. Seule consolation pour lui: le parti socialiste n'existe pas davantage dans la nouvelle pensée présidentielle !

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    27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 08:48

    Nous ne sommes pas encore sortis des habituelles et rassurantes analyses que certains de nos commentateurs ou responsables politiques sont capables de produire aux lendemains de résultats électoraux gravissimes.

    Cela fait près de 20 ans que le triptyque : "1/ nous n'avons sans doute pas fait assez de pédagogie ; 2/ mais c'est de toute manière une circonscription qui vote traditionnellement à droite ; 3/ il faut faire barrage au Front national" sert d'analyse électorale au PS au soir des premiers tours d'élections qui laissent en piste la droite et FN. Ne pas regarder plus loin, c'est se mentir sur la déception à gauche qui nourrit l'abstention et met en péril notre capacité à agir durablement aux services de Français. Et de se planquer également derrière l'évidente figure repoussoir de Jean-François Mancel.

    Sur un autre ton, moins naïf, c'est là-encore ce que l'on remarque dans l'édito politique de Thomas Legrand ce matin sur France Inter. Une lueur de lucidité sur ce qui est en jeu apparaît pourtant.

    "Alors il y a bien sûr la particularité locale et la personnalité controversée de Jean-François Mancel, l’élu UMP, qui n’a rien d’un rassembleur. Mais ce chiffre montre quand même qu’une partie importante, très politisée des électeurs de gauche (celle qui se déplace lors d’élections partielles isolées) votent maintenant sans états d’âmes pour le FN. Pour comprendre ce qui paraît être une bizarrerie politique il faut faire appel d’abord à la géographie et parler des travaux de Christophe Guilluy. L’Oise, département de la Picardie est, ce que l’on appelle, une terre « rurbaine ». Elle est composée de cette classe populaire repoussée des agglomérations, soit par le prix des loyers (la gentrification des anciens quartiers populaires), soit par le sentiment de devenir une minorité dans certaines parties de la banlieue. Les emplois industriels sont partis à l’étranger, le chômage flambe, la désertification culturelle y est une réalité. L’Oise fait partie de tous ces départements –de la zone grise- qui se trouvent (par exemple) en périphérie de la région parisienne, après le bout des lignes de RER et avant les zones vraiment rurales. La population de ces départements est trop loin de la ville-monde pour comprendre et profiter de la mixité sociale et ethnique, apaisée et qui fonctionne, dans une grande partie de la banlieue et de la ville (et dont on ne parle jamais) et assez près -pour en avoir peur- de certaines cités ghettos, violentes, effrayantes et dont on parle tout le temps.
    La gauche a perdu pied dans ces zones, entre ville et campagne !
    Oui, dès lors, deux analyses sont possibles : la plus répandue affirme que la France populaire, à l’image de l’Oise devient de plus en plus raciste. Au point que même les électeurs de gauche préfèrent le FN à l’UMP (c’est l’analyse notamment de Patrick Buisson, le stratège de Nicolas Sarkozy, théoricien et partisan de la droitisation de l’UMP). L’autre analyse, que je pense plus pertinente, dit que ces zones grises ne représentent pas toute la France, loin de là. Et, de surcroît, que les résultats de ces élections (tout comme les enquêtes d’opinion à répétition et mal interprétées) ne dessinent pas une France qui sombrerait dans le racisme. En réalité, c’est en haussant le ton mais en modérant son propos sur le fond, en recentrant son discours sur les questions sociales et sur la critique du libéralisme et de l’Europe que Marine Le Pen progresse. L’immigration est maintenant présentée par le FN comme un facteur de dérèglement économique. L’aspect identitaire de son discours est recentré sur les valeurs de la République et la méfiance envers les dérives d’un extrémisme religieux plus que sur des questions raciales comme c’était le cas avec son père. C’est peut-être un détournement intellectuel ou un hold-up politique mais, toujours est-il que, pour avoir des voix, Marine Le Pen choisit de mettre en avant le social et les valeurs de la République (même détournées) ! Et ça marche. C’est moins la preuve d’une dérive raciste, d’une haine de l’autre, sur la base de différences raciales ou ethniques, que la preuve d’une colère sociale et d’un sentiment de dépossession démocratique. C’est aussi ce que tendent à démontrer Emmanuel Todd et Hervé Le Bras, (que nous avons reçus vendredi dernier), dans leur, décidément passionnant essai, Le mystère français, au Seuil."

    Je remarque qu'au-delà de la gauche du PS - Maintenant la Gauche avec Emmanuel Maurel ou plus modérément Un Monde d'Avance, quelques responsables socialistes commencent à prendre la mesure des dangers qui nous attendent ; le député Jean-Christophe Cambadélis - dont je partage pas forcément toutes les analyses - perçoit cependant bien que "Les élections de l’Oise sont un laboratoire grandeur nature de ce qui mature voire fermente réellement dans notre pays".

    Dans tous les cas, il serait faux de dire que le cas de la circonscription dans laquelle a été élue Jean-François Mancel n'apporte aucune leçon à retenir tant son cas serait particulier et uniquement représentatif des "zones grises".

    Tout d'abord parce que, contrairement à ce que certains commentateurs ou responsables politiques nous expliquent, les territoires où la gauche est aujourd'hui mise en difficulté entre une droite en déshérence républicaine et le FN sont souvent d'anciens territoires ancrés à gauche : c'est le cas de ces bourgs ouvriers de l'Oise longtemps acquis au PCF, c'est le cas aussi d'autres territoires que je connais bien, dans le Gard où Marine Le Pen est arrivé en tête au premier tour de l'élection présidentielle (ancien terrain de chasse partagé du PCF et des socialistes) ou du Vaucluse où Marine Le Pen a réalisé son pourcentage le plus important (qui présente pourtant une longue histoire Rad-Soc et SFIO).

    1489157 3 0fb0 marine-le-pen-a-lille-le-5-mars-2011Il n'en reste pas moins que si 40 à 45% des électeurs socialistes du dimanche 17 mars (1er tour) - c'est-à-dire le corps le plus motivé de l'électorat socialiste du secteur (puisqu'il se mobilise lors d'une élection partielle) - ont voté pour la candidate du FN, cela marque un grave échec pour les socialistes. l'électorat socialiste s'était déjà bien plus abstenu que les autres, mais désormais il indique au moins partiellement :

    • qu'il n'est plus convaincu que la gauche et le PS en particulier soit plus compétent pour lutter contre les injustices qu'ils estiment subir. Tout cela marque la réussite (temporaire je l'espère) de l'imposture politique de Marine Le Pen qui maquille son projet ultra-nationaliste, xénophobe et fasciste, en lutte contre la mondialisation libérale, l'Europe présentée comme intrinsèquement austéritaire et contre l'islamisme (vaste blague) ;
    • qu'il a été convaincu depuis longtemps (et c'est bien plus grave à mon sens) que dans les difficultés, ce n'est pas la coalition ou l'alliance de ceux qui partagent la même souffrance et la même condition sociale qui permettra de lutter contre et de vaincre les injustices imposées par un système fondamentalement inégalitaire. Non l'effet cumulé d'une quarantaine d'années de chômage de masse, de "pensée unique" libérale et d'abdication d'une partie de la gauche face à elle ont ancré durablement dans l'esprit populaire qu'on ne pouvait s'en sortir que dans la compétition parfois la plus violente avec son voisin d'usine ou dans la file de pôle emploi. Bref, pour être lapidaire, la lutte des classes serait aujourd'hui autant battu en brèche d'un côté par ceux qui sont convertis à la "lutte des races" (expression de Renan) et à l'immense masse des Français qui ont cédé devant l'individualisme.

    Les conséquences de ces tristes défaites morales et politiques de la gauche peuvent avoir de graves conséquence politiques et électorales sur le long terme : dès les élections locales, ces voix peuvent manquer à la gauche et l'on sait par ailleurs que ces résultats électoraux pèseront dans le rapport de force en perspective de 2017.

    Mais plus largement, si l'on veut s'assurer que la gauche gouverne dans la durée, il faut d'urgence agir sur deux fronts simultanés :

    • un travail profond et appuyé de déconstruction de l'imposture politique mariniste, mais cela ne sera efficace que si le second axe est ouvert ;
    • un tournant, si ce n'est de la relance, au moins dans l'affichage des priorités du gouvernement qui doit désormais offrir aux attentes de son électorat des satisfactions économiques et/ou sociales : salaires, retraites, protection de l'emploi (loi sur les licenciements abusifs), stratégie industrielle défensive et offensive (loi sur les reprises, nationalisation temporaires, innovation...).

    C'est aujourd'hui qu'il faut agir... J'entends encore les tenants de la rigueur de gauche expliquer qu'après deux ans d'efforts on pourra redistribuer les fruits aux Français. Or au moment où l'activité économique se contracte encore, où le gouvernement annonce qu'il va réduire de 4,5 milliards d'euros les dotations aux collectivités (qui représentent pourtant 66% de l'investissement public !?!), on voit bien que la stratégie de réduction à marche forcée des déficits publics ne permettra ni de réduire sérieusement la dette ni de rétablir la croissance. On voit mal quels fruits seront alors dégagés.

    Nous ne pouvons non plus nous permettre de faire l'impasse sur les municipales, les régionales et les départementales, comme si c'était de simples dommages collatéraux.

    Par ailleurs, les dégâts culturels et politiques qui ont été provoqués ne sauraient être corrigés en 1 an et demi avant les élections de 2017, c'est donc bien aujourd'hui que le combat doit être engagé.

    Réagissons ! Maintenant !

    Frédéric FARAVEL

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    21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 16:12

    Frederic Faravel 14-07-2012IDFM.pngVendredi soir, 22 mars à 23h15, je participerai à l'émission IdFM soir de Radio Enghien - Fréquence 98.0 MHz. Membre du bureau fédéral du PS Val-d'Oise, il est évident que j'interviendrai d'abord comme militant socialiste et comme mandataire fédéral de la motion 3 "Maintenant la Gauche", qui rassemble l'aile gauche du Parti Socialiste.

    Seront présents sur le plateau, animé par Stéphane Aujé, des jeunes responsables départementaux de l'UMP et du MODEM.

    Les sujets soumis seront :

    • Affaire Cahuzac : Un ministre du budget peut-il détenir un compte en Suisse ? Que penser de l'exemplarité du gouvernement promise par François Hollande ?
    • Motion de censure : est-ce vraiment utile ?
    • Doit-on légiférer pour faire respecter la laïcité dans le privé ? (Débat suite au licenciement jugé illégal d'une assistante maternelle portant le voile dans une crèche)
    • Karim Benzema et son refus de chanter La Marseillaise : cela mérite-t-il un retrait de l'équipe de France ?

    Facebook: http://www.facebook.com/idfmsoir et vers notre compte Twitter: @idfmsoir.

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