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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 13:53

sources : Grey-Britain ; The Guardian ; The Irish News ; An Phoblacht ; The Irish Times

Le-Parti-travailliste-perd-du-terrain-en-Grande-BretagneLe parti travailliste est bien en convalescence. Le parti dirigé, depuis septembre 2015, par Jeremy Corbyn, issu de l’aile gauche du Labour, était au centre des scrutins qui se sont déroulés jeudi 5 mai en Grande-Bretagne. Premier test pour un leader élu il y a 8 mois et sous le feu des critiques issues de son propre camp, les élections locales, avec des résultats contrastés, lui ouvrent, comme nous l’avions annoncé, une période de répit. Les travaillistes conservent la direction du gouvernement du Pays de Galles, sont balayés en Écosse mais se tiennent bien mieux qu’annoncé en Angleterre. Le travailliste Sadiq Khan est élu maire de Londres, troisième titulaire du mandat après le travailliste Ken Livingstone (2000-2008) et le très conservateur Boris Johnson (2008-2016).

Avec des pertes inférieures à 20 sièges, le parti travailliste résiste bien mieux que prévu au renouvellement d’un tiers des sièges de conseillers locaux en Angleterre. Par ailleurs, le travailliste Marvin Rees (en photo plus bas) arrache le siège de maire de Bristol au sortant, un indépendant. Le Labour dirige donc désormais les quatre villes anglaises dont le maire est élu directement par les citoyens : Bristol, Liverpool, Londres et Salford. Il devrait prendre facilement le fauteuil de maire du greater Manchester qui sera soumis au scrutin en 2017, dans le cadre d’une dévolution au Nord de l’Angleterre. Andy Burnham est pressenti pour le poste.

C’est une réelle performance pour un parti que les bookmakers donnaient grand perdant à 5 contre 2. En pourcentage, le Labour, avec une hausse de 4 points, passe devant les Conservateurs, qui enregistrent une baisse équivalente, sanctionnant les désillusions provoquées par la politique conservatrice.

Le parti eurosceptique et de plus en plus xénophobe UKIP continue sa progression régulière, remplaçant les Tories (conservateurs) dans un certain nombre de conseils et attirant une partie de l’électorat ouvrier blanc traditionnellement favorable aux travaillistes. Rappelons que la structuration sociale britannique fait la part belle aux communautés ethniques et religieuses.

[résultats complets des élections locales britanniques du 5 mai 2016]

Londres, victoire prévisible du Labour

sadiq-khan-manifes_3591843bC’est bien dans ce contexte qu’il faut comprendre pourquoi Sadiq Khan (en photo ci-contre), élu maire travailliste de Londres, est présenté par la presse française comme musulman. Ce fils d’un chauffeur de bus pakistanais et d’une couturière, né et élevé dans l’ensemble d’habitat social public Henry-Prince, a su faire partager sa volonté d’un Londres pour tous. Si les instituts de sondage ont observé une relative prudence, les conservateurs ont bel et bien acté rapidement la défaite de leur candidat, le millionnaire Zac Goldsmith. Les tories londoniens l’accusent d’avoir mené une campagne négative, axée sur les liens supposés de Sadiq Khan avec les milieux islamistes, alors même que Goldsmith a bénéficié du soutien de l’imam radical sensé incarné la connivence du Labour avec les musulmans radicaux.

A l’inverse, le travailliste a travaillé à « réconcilier les Londoniens avec Londres », se fixant comme objectif de réduire la fracture sociale exacerbée par les 8 ans de mandats de Boris Johnson. Ce dernier, comme le fait Cameron à la tête du pays, a approfondi le fossé entre les riches et les pauvres dans la capitale britannique, qui recense aujourd’hui un nombre record de milliardaires. Et où le prix moyen d’une habitation est de 446.000 £. Sadiq Khan a bénéficié du rejet de la politique gouvernementale dans une ville où 45 des 73 circonscriptions parlementaires sont tenues par le Labour.

Après recollement de la seconde préférence, Sadiq Khan obtient 57% des voix face à son principal adversaire, le tory Zac Goldsmith. En première préférence, qui a vu Khan dominer avec 44%, le troisième des 12 candidats, la Green Sian Berry, était reléguée à 6% des bulletins.

Le dépouillement a duré en raison, aussi, d’un deuxième scrutin : celui qui vise à désigner les membres de l’Assemblée du grand Londres. Forte de 25 membres, dont 14 élus par circonscriptions et 11 sur une élection par liste, elle a pour mission de faire contre-pouvoir face au maire. Ce dernier dispose d’un budget de 21 milliards de livres pour trois missions majeures : les transports, le logement et la sécurité. Au final, les travaillistes ont également remporté les élections pour la Greater London Assembly, emportant 12 des 25 sièges. Les tories en obtiennent 8, les Greens et UKIP 2 chacun et les LibDems 1.

En Angleterre, les travaillistes résistent bien

Marvin Rees, Labour’s candidate for Bristol Mayor at The Trinity Centre, Bristol. Date: 15/10/2015 Photographer: Simon Galloway/Staff. Copyright: Local World Marvin Rees, Labour’s candidate for Bristol Mayor at The Trinity Centre, Bristol. Date: 15/10/2015 - Photographer: Simon Galloway/Staff. Copyright: Local World

Il est vrai que le gouvernement de Cameron a enchaîné les faux pas. Plusieurs de ses projets, parmi les plus impopulaires, ont été retoqués, sans que le désamour des Britanniques pour les Tories n’en soit minoré. Dans la dernière semaine de campagne, les travaillistes ont modifié leur approche. Ils ont appelé les électeurs à utiliser le bulletin de vote Labour pour « envoyer un message à Cameron ». En Angleterre, le message semble être passé. Or, les travaillistes, grands vainqueurs du scrutin local précédent, ne pouvait décemment s’attendre qu’à des pertes. Ainsi, sur 34 metropolitan mayorals, les plus grandes villes, il en détenait déjà 32… De même, il disposait de deux des quatre maires élus directement par les citoyens ; il en détient désormais l'intégralité.

Le Labour ne déplore la perte que 11 sièges de conseillers alors que les prévisions tablaient sur 200 à 250 sièges en moins. Il conserve l’essentiel de ses bastions. Y compris dans le Sud de l’Angleterre, une région qui ne lui est pourtant pas favorable.

C’est dans cette partie du Royaume-Uni, où les swing voters sont nombreux que Corbyn était attendu. Ses opposants internes doutaient de la capacité de son discours, ancré à gauche, de fidéliser cet électorat sensible. Ils annonçaient déjà que le choix du nouveau leader du parti de critiquer l’austérité allait éloigner une frange de votants plus sensibles à un récit centriste. En conservant ses positions à Southampton, Crawley et Hastings, Corbyn a démenti les Cassandre blairistes.

Mais le Labour n’est pas encore sorti d’affaire. Dans le nord de l'Angleterre, les suffrages qu’il perd vont, pour beaucoup, vers les eurosceptiques de UKIP qui progressent avec régularité, confortant leur position d’opposants aux travaillistes devant des Tories en recul.

Grave alerte pour le Labour au Pays de Galles

leanne-wood-carwyn-jones-plaid-labourAu Pays de Galles, les conservateurs paient le prix fort de leur incapacité à gérer la crise de l’acier (11 sièges). Et UKIP fait une entrée remarquée à l’Assemblée nationale galloise (en anglais National Assembly for Wales, en gallois Cynulliad Cenedlaethol Cymru) avec 7 élus. Les travaillistes reculent d’un siège (29), alors qu'ils disposaient jusqu'ici de la majorité absolue.

ci-contre : Carwyn Jones et Leanne Wood

Les nationalistes de gauche Plaid Cymru renouent avec les victoires électorales et 12 élus. Leur charismatique leader, Leanne Wood, a battu un ministre régional travailliste sur un duel. Les Libéraux-démocrates conservent un siège.

Premier ministre sortant et leader des travaillistes gallois, Carwyn Jones a expliqué les reculs de sa formation par les dissensions internes au Labour et notamment au Parliamentary Labour Party (PLP, le groupe parlementaire de la Chambre des Communes). Cela ne suffira pas sur la durée. S’étant toujours considéré comme dans son fief, le Welsh Labour n’a pas été en capacité de prendre en compte les nouvelles aspirations d’une population qui souffre, certes, de la politique conservatrice mais aspire aussi au renouvellement de sa représentation politique.

L’assemblée nationale du Pays de Galles s’est donc réunie mercredi 11 mai pour élire son gouvernement local. Carwyn Jones pensait retrouver son poste de premier ministre dans un fauteuil. Mais la réunion a viré à la crise politique et le Pays de Galles a été privé de gouvernement durant 7 jours. Un premier bras de fer est survenu à l’occasion de l’élection du président de l’assemblée, le Presiding Officer (l’équivalent du leader de la Chambre des Communes). Plaid Cymru a réglé, à cette occasion, ses comptes avec son ancien leader, Dafydd Elis-Thomas, qui avait soutenu un candidat Labour au poste de crime commissioner, et avait décidé de se présenter contre l’avis de son parti au "perchoir" du Pays de Galles. C’est Elin Jones, soutenu par la direction de Plaid Cymru, qui a remporté le scrutin à bulletins secrets à l’issue d’un vote serré. Le Labour ne pouvait pas se réjouir de cette issue, car il avait deux candidats au poste d’adjoint.

Au moment de l’élection du Premier Ministre du Pays de Galles, le travailliste Carwyn Jones a été opposé à Leanne Wood, considérant la candidature nationaliste comme une simple posture. Mais les élus conservateurs et ceux de UKIP ont voté pour Leanne Wood. L’abstention du Lib-Dem a généré un résultat nul. Avec 29 voix pour chacun des candidats, le Labour a subi un camouflet inattendu. Les nationalistes gallois ont fermement démenti tout accord avec les conservateurs et UKIP, si jamais leur candidate était finalement élue, s'engageant à présenter un gouvernement minoritaire.

Les travaillistes gallois avaient continué à agir comme si Plaid Cymru était toujours un parti de second rang. Certes, les nationalistes n’ont emporté qu'un siège supplémentaire, mais c'est celui de leur leader au cœur du bastion travailliste du Sud du Pays de Galles. Par ailleurs, leurs scores sont partout en hausse et ils sont parvenus à élargir leur base à des habitants strictement anglophones. Le Welsh Labour se raccroche à l'idée de n’avoir perdu qu’un siège quand on lui annonçait trois pertes.

Finalement, mercredi 18 mai, l’assemblée nationale galloise a réélu Carwyn Jones comme premier ministre, après que les travaillistes et Plaid Cymru ont trouvé un accord le 17. Scellé par une déclaration commune des deux partis, il met fin à une situation de blocage politique. Après avoir passé plusieurs jours à se renvoyer l’accusation d’arrogance, le Welsh Labour et Plaid Cymru ont fini par se retrouver autour de la table des négociations. L'accord ouvre la voie à un cabinet travailliste minoritaire dont Carwyn Jones conserve la tête. Le Labour et les nationalistes ont publié un texte commun mettant en avant l’engagement du futur premier ministre gallois à mettre en œuvre des politiques « de nature à permettre des accords transpartisans ».

L’élection de Jones met fin, provisoirement, à une énième dépression dans les rapports complexes entre le Labour et Plaid Cymru. De 2007 à 2011, les deux partis de gauche avaient gouverné ensemble. Cette alliance, rendue incontournable par le score record alors obtenu par les nationalistes, s’était terminé dans la rancœur. L’élection de Carwyn Jones ce 18 mai ouvre une nouvelle ère avec un « soutien sans participation » de Plaid Cymru à la majorité relative travailliste. Leanne Wood a bien précisé que l’accord ne valait pas « coalition » et que « le Labour ne doit rien considérer comme acquis ». Jones devra redoubler de finesse pour s’assurer une majorité à chacun de ses textes. Il devrait donner des gages à gauche notamment sur l’éducation et la santé pour conforter l’accord avec les nationalistes.

Cette expérience pourrait aussi donner des idées à l’équipe de Corbyn. Le leader travailliste n’est pas hostile à des alliances politiques nouvelles avec les nationalistes gallois et avec les Greens pour construire une majorité à Westminster en vue des élections générales de 2020.

[résultats complets pour l'Assemblée nationale galloise]

En Écosse, les indépendantistes de gauche achèvent de remplacer les travaillistes

leadersLes élections au Parlement écossais ont fini par entraîner le Labour écossais dans les limbes.

les leaders des partis écossais (à gauche Ruth Davidson, au centre Nicola Sturgeon, deuxième en partant de la droite Kezia Dugdale)

Alors que les travaillistes considéraient, il y a encore dix ans, l’Écosse comme leur bastion, ils viennent de concéder leur troisième défaite consécutive, après en avoir été quasiment chassé l'année dernière par le Scottish national party (SNP, indépendantistes de gauche) lors des élections générales de mai 2015 (Le SNP avait remporté 56 sièges sur les 58 représentants l’Écosse à la Chambre des Communes, n'en laissant qu'un au Labour et un aux Tories - illustration ci-dessous - résultats complets de mai 2015). Le Labour reste, en pourcentage, la deuxième force politique écossaise, au parlement régional, ils ont cependant perdu 10 points et sont désormais devancés par des conservateurs menés par la populaire Ruth Davidson. Les Scottish Tories enregistrent un gain de 16 sièges au parlement régional.

general_elections_map_UK_2015

Cependant le SNP a perdu 6 sièges et n'est pas parvenu à renouveler sa majorité absolue ; il semble avoir atteint un palier. Le parti dirigé par la première ministre Nicola Sturgeon enregistre malgré tout une troisième victoire consécutive, son premier succès personnel en tant que leader du SNP. Les gains en voix du SNP au scrutin majoritaire (+1,1 points) ne compensent pas le léger recul sur le scrutin proportionnel (-2,3 points) ; surtout cela masque mal que des circonscriptions clé ont basculé aux Libéraux-démocrates ou aux conservateurs, qui engrangent sans doute des résultats dans l'électorat opposé à l'indépendance (Les travaillistes écossais étaient divisés sur la question, alors que le Labour était traditionnellement le représentant régional de l'unionisme). Nicola Sturgeon, qui bénéficiera d'une majorité indépendantiste au Parlement régional grâce au soutien des 4 députés Scottish Greens, doit se préparer à freiner l’usure inhérente à l’exercice du pouvoir. Pour l’heure, elle peut savourer son bonheur : dans l’électorat de gauche, le SNP a remplacé le Labour.

L’arrivée en septembre 2015 de Jeremy Corbyn à la tête du parti sur une ligne de rupture avec le New Labour est intervenue trop tard pour enrayer la déroute annoncée. L’électorat de gauche se trouvait, d’ores-et-déjà, dans le giron indépendantiste. De surcroît, la seule remise en avant d’un programme de gauche se révèle insuffisante pour inverser la vapeur, dans un contexte politique désormais nettement polarisé autour de la question nationale. Ceci explique notamment l’échec de la leader locale du Labour, Kezia Dugdale, dont le discours anti-austéritaire peine à masquer sa difficulté à définir la conception travailliste du maintien de l’unité du royaume.

Le Labour Party – et Corbyn au premier chef, qui a besoin de rétablir une assise en Écosse s'il veut consolider les positions du Labour et ne pas être dépendant d'éventuels futurs « partenaires » d'une coalition à construire – aurait pourtant tout intérêt à permettre la conduite des affaires par un gouvernement régional SNP minoritaire tout en déplacement les enjeux de la question nationale à la question sociale.

[résultats complets pour le Parlement régional écossais]

Statu quo en Irlande du Nord

2015-12-19_new_15513755_I1Le principal enjeu de ce scrutin, alors que les accords de paix du Good Friday (1998) prévoient un partage du pouvoir entre catholiques et protestants, était de savoir si les Républicains de Sinn Féin, profitant de la poussée démographique de la communauté catholique, pouvaient prétendre au poste de Premier ministre. Chez les unionistes protestants, le Democratic Unionist Party (DUP), majoritaire, a mené son « project fear » pour mobiliser, à son profit, son électorat face à la « menace catholique » (un attentat à la bombe perpétré à Belfast contre un gardien de prison en mars dernier par le groupe terroriste dissident new IRA leur a énormément facilité la tâche).

ci-contre : Martin McGuinness, vice premier ministre (SF) et Arlene Foster, première ministre (DUP)

Il semble y avoir réussi et Sinn Féin a de nombreuses raisons d'être déçu de cette année 2016 après une relative contre-performance lors des élections générales en République d'Irlande en février dernier (13,8%, +4 points, + 9 sièges, mais à comparer avec les 19,5% des élections européennes de mai 2014).

L'électorat nationaliste et républicain semble s'être moins mobilisé que les Loyalistes : Sinn Féin perd 2,9 points à 24% et un siège avec 28 députés ; les nationalistes modérés du Social Democratic and Labour Party (qui dominaient électoralement la communauté catholique dans les années 1980-1990) continuent leur décrue constante en perdant 2,2 points à 12% et 2 sièges avec 12 députés. Comparativement, les deux partis unionistes concurrents perdent aussi des voix mais en moindre importance : DUP 29,2% (-0,8 point), maintien à 38 députés ; UUP 13,2% (-0,6 point), maintien à 16 députés.

Le parti de l'Alliance – qui veut dépasser les clivages politiques « confessionnels », mais au projet politique flou – atteint 7% (-0,7 point) et conserve ses 8 sièges. Les écologistes du Green Party triplent leurs suffrages passant de 0,9 à 2,7% et double leur représentation avec deux députés. Les plus raides des unionistes – Traditional Unionist Voice – passent de 2,5 à 3,4% et conservent leur unique député. Enfin, le petit parti de gauche anti-austérité People before Profit Alliance (également présent en République d'Irlande) et lié aux partis trotskystes irlandais et britannique Socialist Workers Party est la seule nouveauté de ce scrutin et réunit 2% des suffrages et réussit à faire élire deux députés.

local_elections_UK_mai_2016En conséquence, c'est le statu quo à Stormont et les quatre principaux partis nord-irlandais vont à nouveau co-gérer la province, le DUP recueillant le poste de Premier Ministre avec sa leader Arlene Foster et Sinn Féin continuant d'occuper le poste de Vice Premier Ministre avec Martin McGuinness, ancien leader de l'IRA, dans ce rôle depuis 2007.

[résultats complets pour le parlement nord-irlandais]

* * *

Au final, le paysage politique britannique global sort pratiquement inchangé de ce premier scrutin après la victoire surprise de David Cameron aux élections générales il y a tout juste un an. Beaucoup de partis socialistes ou social-démocrates auraient aimé avoir des résultats comme celui du Labour Party à l'issue de ces élections locales, car si on met de côté l'Ecosse, le Royaume-Uni apparaît bien rouge dans sa carte locale. Cependant, pour le leader du Labour, il devient urgent de passer à la vitesse supérieure. Il doit faire valoir ces résultats plutôt encourageants, pour démontrer que son programme de gauche n’est pas un repoussoir électoral. C’est ce à quoi s’est employé Jon Trickett, député à Westminster et coordinateur de la campagne du Labour pour cette séquence électorale : « Le rôle du Labour sous la direction de Jeremy Corbyn est bien de continuer à reconstruire la confiance, restaurer l’espoir et poser les fondations pour une alternance politique et une Grande-Bretagne meilleure dès 2020. »

L’aile droite travailliste avait annoncé une déroute, menaçant Corbyn d'un putsch si le parti perdait plus de 250 conseillers. Malgré l'invalidation de son pari, elle n’entend pas lui faciliter la tâche sur ce sujet même si elle a acté que Corbyn est bien là pour durer.

En parallèle des élections locales, le Labour conserve deux parlementaires

A côté des élections locales, peu d’observateurs ont relevé que le parti travailliste a conservé deux sièges de parlementaires lors d’élections partielles tenues également le 5 mai 2016. Le Labour remporte le scrutin à Sheffield Brightside and Hillsborough ainsi qu’à Ogmore, au Pays de Galles. Dans les deux cas, la majorité est nette.

Corbyn-avec-Gill-FurnissDans la circonscription de Sheffield Brightside and Hillsborough, Gill Furniss tentait de succéder à son mari, décédé d’un cancer, neuf mois après avoir été élu. La travailliste a obtenu 62% des voix. Le candidat de UKIP est arrivé en deuxième position avec 22%, suivi par les LibDems (6,1%).

ci-contre : Gill Furniss et Jeremy Corbyn

Les conservateurs n'obtiennent que 5,6%). Le Labour progresse de 5,8 points alors que UKIP recule de 2,2 et que les conservateurs chutent de 5,4 points.

A Ogmore, le Welsh Labour ne pouvait pas se permettre de perdre. Il fait élire Chris Elmore, un ancien apprenti boucher âgé de 32 ans, avec 52,6% (-0,3 point). UKIP hisse sa candidate en deuxième place 16,2% (+1,2 points). Plaid Cymru récolte la 3e place avec 15,7% (+5,6 points). Les conservateurs perdent 3,3 points à 12,6% ; les LibDems sont insignifiants avec 3%. Chris Elmore succède à Huw Irranca-Davies, député à Westminster depuis 2002, qui a démissionné pour se faire élire à l’Assemblée nationale galloise.

Après les élections locales, Jeremy Corbyn peut se permettre de rappeler les parlementaires à l’ordre

Labour party leader Jeremy Corbyn speaks during Prime Minister's Questions in the House of Commons, London.

La réunion du PLP promettait d’être agitée au lendemain des élections locales. Les opposants au leader travailliste avaient fourbi leurs armes sur les plateaux de télévision. Certains voyaient dans l'affirmation de Sadiq Khan de mettre un terme à une stratégie de forte confrontation entre les camps une fenêtre d'opportunité (y compris en France, un politologue proche de Manuel Valls salua sa prise de position l'interprétant comme une remise en cause de la stratégie « classe contre classe » qu'il attribue à Corbyn).

Or, lundi 9 mai en fin d’après-midi, Jeremy Corbyn a pris ses adversaires par surprise en tirant le premier. Il a demandé aux membres du parlement de cesser les polémiques les uns contre les autres en public et de concentrer leurs tirs sur les conservateurs. D'une certaine manière, on peut désormais se demander si l'intervention de Sadiq Khan n'avait pas été « téléphonée » avec « Jez » et qu'elle n'était pas un appel à moins de critiques contre la politique économique conservatrice mais un appel à ne pas dresser de camps retranchés dans le PLP contre Corbyn.

Il a précisé qu’il n’attendait pas d’eux qu’ils soient aux ordres : « Je n’attends pas et je ne veux pas de loyauté aveugle, mais nos adhérents et sympathisants attendent de nous que nous soyons totalement concentrés sur les conservateurs. Nous devons au moins nous respecter les un et les autres à défaut d’être unis. » Il a souligné que nombre de retours d’adhérents du parti avec lesquels il a discuté témoignent qu’ils en ont assez de voir leurs représentants au parlement « parader dans les médias pour faire la course au commentaires » sur le destin du Labour party.

A la lumière des résultats, moins catastrophiques qu’annoncés, Jeremy Corbyn a estimé que le parti n’était pas encore prêt pour gagner les prochaines élections générales, mais qu’il allait dans la bonne direction : « Soyons clair. Les résultats sont mitigés. C’est seulement la première étape pour construire une majorité électorale, convaincre des électeurs qui votent pour les autres partis et mobiliser ceux qui ont tourné le dos à la politique, à l’image de ce que nous avons fait à Londres et Bristol. »

Il a rappelé les projections de la BBC, ou le Labour devance désormais d’un point les conservateurs, alors qu’un an auparavant, ces derniers avaient une avance de 7 points.

Lors de la réunion du PLP, on a pu constater que le chemin était encore long. L’aveuglement de certains perdurent, notamment sur le Pays de Galles, où l’on préfère mettre en avant le fait que la polémique sur l’antisémitisme et les propos de l’ancien maire de Londres, Ken Livingstone, qui auraient fait perdre des voix. Certains refusent encore d’admettre que Plaid Cymru est en train de reprendre du terrain au cœur des bastions du Labour comme le démontre l’élection de la porte-parole du parti Leanne Wood.

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Published by Frédéric FARAVEL - dans Europe Socialisme(s) européen(s)
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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 11:23

Le lundi 18 avril 2016, l'école de formation proposait à ses participants un panorama historique et politique des gauches européennes. Rémi Lefebvre, professeur à l'université Lille-2, ayant été empêché pour des raisons professionnelles de faire l'intervention prévue ce soir-là, j'ai donc assuré l'intervention.

Alors que la social-démocratie traverse une période de crise prolongée, mêlant tout à la fois des raisons stratégiques, sociologiques et idéologiques, il est utile de regarder quelle est la situation réelle de la gauche en Europe dans sa diversité. Social-démocratie, écologie politique, gauche radicale, les situations varient évidemment énormément selon les réalités nationales, mais de grandes lignes de lecture peuvent se distinguer à l'échelle européenne. Il était donc utile de faire le point sur les convergences, les divergences, les opportunités et les impasses au moment où la gauche espagnole négocie dans des conditions difficiles pour savoir si elle est capable de proposer un nouveau gouvernement.

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Vous trouverez ci-dessous les vidéos de la séance.

 

29e séance de l'école de formation sur le panorama des gauches européennes le lundi 18 avril 2016

29e séance de l'école de formation sur le panorama des gauches européennes le lundi 18 avril 2016

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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 23:28

En ce dimanche 24 avril 2016, les électeurs autrichiens ont placé le candidat du FPÖ en tête du premier tour de l'élection présidentielle à 37%, loin devant les partis habituels de gouvernement - SPÖ, sociaux-démocrates et parti du Chancelier, et ÖVP, conservateurs et partenaires du Chancelier, chacun à 11% - ou son désormais challenger écologiste à moins de 20%.

Le SPÖ a refusé de donner des consignes de vote pour le second tour.

Évidemment, les réseaux sociaux s'enflamment et s'indignent. Décidément, pour les uns, les Autrichiens seraient indécrottables et pour les autres ce qui le disent seraient de dangereux naïfs.

Je lis ainsi des commentateurs "autorisés" nous expliquer que la raison de la victoire relative de l'extrême-droite au premier tour de l'élection présidentielle autrichienne est "l'insécurité culturelle"... Insistant sur le très faible taux de chômage (5,8%), ils font à nouveau du piège identitaire la nouvelle boussole de "leur gauche" (peut-on encore l'appeler comme cela ?).

Pourtant en Autriche, pas d'immigration massive non plus pour justifier les obsessions des identitaires à la sauce Valls/Le Guen. Donc où serait le problème ?

Depuis 60 ans, le compromis gouvernemental permanent entre conservateurs et sociaux-démocrates a effacé le clivage droite-gauche (sans oublier l'ultime brouillage de l'alliance régionale SPÖ/FPÖ), éteint toute alternative politique réelle et sous l'effet de la pression néolibérale et ordolibérale il a mis sur la défensive classes populaires et moyennes. Encore une fois, ce sont les questions économiques et sociales et celle de la souveraineté populaire qui produisent la montée du national-populisme. Sans message émancipateur conséquent la gauche socialiste ne peut pas lutter. Reprendre le message national-identitaire ne fait qu'aggraver le problème ! Cette analyse est évidemment valable pour d'autres pays européens, et notamment la France.

Considérer que la mise en cause de l'émancipation républicaine, du progrès social et de la souveraineté populaire soit un problème identitaire serait la seule manière de faire le lien : on a bien compris que ce n'est pas là le fond de la thèse de "l'insécurité culturelle". C'est là où il y a eu dérapage dans l'initiative du Printemps Républicain, dont le manifeste (que j'ai signé, donc qu'on ne me fasse pas le coup de me tromper d'adversaire et d'être aveugle à ces sujets) prétendait défendre une vision combattante généreuse de l'identité républicaine pour une expression de l'identité républicaine qui définit un ennemi intérieur : islamistes, islamo-gauchistes, gauche soixante-huitarde laxite et naïve. La République vivra si elle émancipe et si elle rassemble, sans rien négliger de tous ses adversaires, mais tout réduire comme cela a été fait n'est pas plus efficient en terme électoral. Ce n'est qu'en améliorant les conditions de vie des gens, en redonnant un rôle et une centralité à la majorité sociale du pays (tant du point de vue démocratique que social) que nous reprendrons du poil de la bête. Toute autre stratégie, celle suivie par Manuel Valls, Jean-Marie Le Guen, et même François Hollande, ne conduira qu'à opposer entre eux des concitoyens qui partagent les mêmes difficultés et les mêmes peines, en offrant un boulevard au FN qui profite de cette confusion pour remplacer dans le débat politique et dans l'imaginaire des électeurs la question sociale par la question identitaire en recevant de fait caution et crédibilité par l'exécutif et ses soutiens.

Que la crise des réfugiés attise encore plus des situations instables où l'extrême-droite joue sur les angoisses de populations fragilisées est assez évident. Que la réalité migratoire soit présente ou lointaine par ailleurs. Le fait que la question des réfugiés aient dominé la campagne présidentille ne change rien au raisonnement. On peut même se dire que dans certains pays la machine à fantasme fonctionne d'autant mieux que l'immigration est absente ou quasi (Autriche, Slovaquie... Quant à la Hongrie, Orbán aurait pu rassurer ses électeurs : personne ne veut y rester) mais la réalité est qu'à force de voter sans que rien ne change, à force de voter et que la situation concrète se dégrade dans la vie quotidienne depuis que la machine à déstructurer les modèles de protection sociale s'est mise en marche, il apparaît légitime aux électeurs de se demander à quoi cela sert de voter ÖVP ou SPÖ (ou à quoi cela sert de voter tout court) et qu'il est plus facile pour les nationaux-populistes de remplacer la question sociale par la question identitaire.

Cela devient consternant quand des "responsables" de "gauche" valident ce remplacement et crédibilisent les thèses de l'extrême-droite plutôt que de reconstruire des perspectives émancipatrices et démocratiques concrètes.

Frédéric Faravel

résultats du premier tour de l'élection présidentielle autrichienne du dimanche 24 avril 2016 (infographie TV autrichienne)

résultats du premier tour de l'élection présidentielle autrichienne du dimanche 24 avril 2016 (infographie TV autrichienne)

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 20:49

Le samedi 9 avril 2016 après-midi aura démontré jusqu'à la caricature les impasses dans lesquelles se trouvent la gauche et tout particulièrement les socialistes, près d'un an avant les élections présidentielles, et qu'il nous faudra dépasser, si nous voulons éviter tout à la fois le ridicule, le déshonneur et l'élimination.

Comme les autres membres des instances nationales du Parti Socialiste, je suis resté enfermé durant quelques heures au troisième sous-sol du 101, rue de l'université dans la salle Victor-Hugo où se réunissait le conseil national du PS. Pendant ce temps, dehors, dans le monde réel, des dizaines de milliers de salariés défilaient dans les rues de Paris et de 200 autres villes du pays pour exiger le retrait du projet de loi El Khomri. C'était pourtant parmi ces personnes que se trouvaient ceux qui ont fait la victoire de la gauche en 2012 et sans doute même de très nombreux électeurs de François Hollande dès le 1er tour. C'était à leurs côtés que nous aurions dû être...

La mobilisation sociale compense à ce stade par la détermination le nombre "attendu" par les impatients ou ceux qui veulent la dénigrer. N'oublions pas que la fatigue et les désillusions ont profondément pénétré notre société et le peuple de gauche : il est dur de dépasser la résignation lorsque les mobilisations sociales sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy qui ont préparé le terrain au retour de la gauche à l'Elysée se sont vues "récompensées" par les reniements récurrents de son successeur. Car à tout prendre, personne - même les plus sceptiques - n'auraient imaginé qu'une telle dérive de la "gauche" au pouvoir fut possible. Plus encore, personne n'aurait imaginé qu'un projet de loi de loi comme celui porté par Myriam El Khomri fut envisageable, surtout à un an des présidentielles alors que les erreurs des 4 années précédentes ont déjà largement érodé le crédit présidentiel, le périmètre et la solidité de sa majorité présidentielle que auraient été nécessaires pour un sujet aussi important (abstraction faite de l'orientation du projet).

Comme pour chaque projet majeur du quinquennat Hollande, excepté le "mariage pour tous", il y a sans doute un élément de sidération récurrent qui accompagne la surprise y compris chez ceux (rares) qui se réjouissent de ses contrepieds. Mais la Nuit Debout semble désormais démontrer qu'un cap est franchi ; au-delà du renouvellement des modes d'actions politiques (pour la France, car on peut y retrouver de manière plus modérée les échos des Indignados de la Puerta del Sol ou du mouvement Occupy aux USA), et sans tomber dans les élucubrations et la novlangue gauchistes de fin d'AG du mouv', cette initiative inédite marque une sorte de "convergence des luttes"... ou plutôt comme le disait spontanément aux journalistes un participants/spectateurs, il s'agit d'une agrégation des mécontentements à gauche, le "ras-le-bol dépasse largement la seule loi El Khomri".

Comme précédemment, le projet de loi prend au dépourvu ceux qui ont permis l'élection de François Hollande - et qui sont aujourd'hui dans la rue - et ses propres soutiens politiques. A aucun moment, le Parti Socialiste n'a été associé aux décisions du quinquennat. Effacé au point de savoir s'il y avait encore un parti et premier secrétaire avec Harlem Désir, c'est peut-être pire encore depuis deux ans avec Jean-Christophe Cambadélis qui multiplient moulinés et coups de menton pour un vide politique tout aussi important. Faisons le bilan, au-delà de la répétition des déroutes électorales, de l'action de Jean-Christophe Cambadélis : ce sont des coups politiques d'appareil... un "référendum" bidon sur l'unité de la gauche aux régionales, une injonction à annoncer son soutien à François Hollande, le running gag de l'Alliance Populaire qu'on lance tous les deux mois, mais surtout le gain d'un congrès fondé tout à la fois sur l'appel au légitimisme et le mensonge (un mensonge réussi car Martine Aubry et ses amis ont préféré être aveugles et sourds, et d'une certaine manière - même en quittant le secrétariat national du PS - continuent de l'être).

Car enfin, répondant à un ami, premier secrétaire fédéral méridional (motion A), en marge du conseil national, qui me reprochait de "pourrir" Camba sur les réseaux sociaux, je tenais à remettre les choses en place : "Dis mois Camba nous dit qu'il applique la motion A votée par les militants en créant l'Alliance Populaire, mais tu ne crois pas que pour réussir et nous sortir de la panade il aurait pu s'enorgueillir d'appliquer sa motion sur des sujets autrement plus cruciaux ? comme le budget 2016 - sur lequel il avait réuni en juillet 2015 une large majorité du BN pour ne rien en faire et capituler devant l'exécutif - ou comme le droit du travail... votre motion dit exactement le contraire du projet de loi El Khomri... tu ne crois pas que c'était plutôt là-dessus qu'on attendait qu'il applique sa motion ?"... "Si, bien sûr..."

pour une analyse de projet de loi El Khomri cliquer ici

J'aurais pu continuer et être désagréable en disant que nous avions atteint le déshonneur sur cette histoire de déchéance de nationalité, avec le ridicule de Cambadélis s'excusant de n'avoir pas réussi à convaincre la droite de voter le compromis de l'Assemblée Nationale qui inscrivait à la fois la déchéance de nationalité et la possibilté de l'apatridie dans la constitution de la République française... Pourtant le Premier secrétaire s'était lui-même dicté devant le BN (et sans lui demander son avis d'ailleurs) les conditions de la sortie de crise : ni stigmatisation des binationaux, ni apatridie... donc Camba s'excuse devant les Français de ne pas avoir convaincu la droite d'adopter une solution qu'il condamnait publiquement devant les socialistes...

Comment s'étonner dans ces conditions que le PS perde des milliers d'adhérents ? Oh, ce n'est pas de façon bruyante... Ceux qui partent ne renouvellent pas leur cotisation plutôt que de claquer la porte avec fracas. Des quelques 135.000 adhérents en capacité de voter au congrès de Poitiers en juin 2015, seuls quelques 75.000 avaient participé. Le résultat en est qu'à peine plus de 86.000 socialistes étaient à jour de cotisation fin 2015 (ils n'ont pas tous voté) et que près de 110.000 adhérents potentiels sont encore dans les fichiers actifs du PS. En un an, le PS a perdu une capacité de 25.000 adhérents et dans les mois qui viennent d'ici la présidentielle il peut encore en perdre autant. On est loin des centaines de milliers de personnes que Cambadélis "voient" s'engager dans la campagne présidentielle.

Comment tenir dans ces considérations ? comment supporter d'assister à un conseil national du PS alors que votre coeur et votre raison vous pousseraient à rejoindre les manifestants ? Comment supporter tout cela pendant qu'on joue la montre, pour éviter de voir des dizaines de membres des instances nationales quitter l'Assemblée Nationale pour partir entre République et Nation, en faisant une présentation hors sol et sans débat contradictoire de l'avant projet de loi Egalité-Citoyenneté ?

Il faut se dire que le sujet majeur de ce CN est suffisamment important pour que le vote qu'on vous demandera  à la fin vous donne le coeur au ventre.

Le CN devait valider la participation théorique du PS à des primaires de la gauche et des écologistes. Les justifications en sont évidentes : avec la tripolisation de la vie politique, largement consécutive aux erreurs commises par François Hollande et ses gouvernements, le rassemblement est la seule manière pour la gauche d'assurer sa présence au second tour de l'élection présidentielle, seule la relégitimation par les débats avec les citoyens peut permettre à l'ensemble de la gauche de sortir de l'impasse dans laquelle ce quinquennat l'a plongée.

Cependant pendant plus de deux heures, jouant de l'évitement, du mépris et souvent de la condescendance, la direction du PS a tenté de fixer des conditions à ces primaires telles qu'elles ne pourraient jamais avoir lieu. L'essentiel se jouent d'ailleurs sur la capacité laissée aux socialistes de présenter plusieurs candidats. Qu'un seul socialiste puisse se présenter face aux représentants des partenaires et la compétition et le débat seraient déséqulibrés, que ce socialiste puisse être le seul président sortant et alors tous comprendraient le marché de dupe d'une opération de ré-adoubement artificiel qui ferait fi du de l'inventaire de son quinquennat.

Vous trouverez ci-joint le texte de la résolution du PS sur les primaires adopté en conseil national samedi à l'unanimité ; je l'ai votée tout en mesurant les difficultés qu'elle contient, car
il reste cependant d'énormes ambiguïtés souhaitées comme telles par la direction :

  • - la pluralité des candidatures socialistes à cette primaire n'est pas encore acquise, elle dépendra avant tout de notre capacité à mettre la pression d'ici juin pour que la direction du parti n'impose qu'une seule candidature PS à la primaire de la gauche. Si tel était le cas et que le CN tranchait entre différentes candidatures pour imposer qu'il n'y en ait qu'une seule face aux candidats des partenaires de gauche, il y a fort à partir que seule celle de Hollande s'il souhaite être candidat aboutirait ce qui ferait avorter immédiatement la primaire tant sur le projet que sur les personnes ;
  • - la direction du PS refuse qu'un cadre commun politique - ne serait-ce que minimum - soit défini, qu'il sorte ou non des débats citoyens qui doivent se tenir de la fin du printemps à l'automne. Ce n'est pas mon avis ni celui de l'aile gauche du PS qui souhaite que les débats citoyens soient pris en compte pour qu'on puisse faire le bilan du quinquennat et que les erreurs commises soient analysées et servent de leçons pour le programme à venir, et que les candidats à la primaire - en plus de soutenir le ou la gagnant(e) - s'engagent à défendre un nouveau rapport de la gauche au pouvoir et une nouvelle pratique des institutions (si ce n'est leur réforme profonde)...
  • - enfin, nous avons un véritable problème à partir du moment où le PS a décidé lors d'un précédent CN de ne pas avoir de programme pour les présidentielles (donc pour les législatives). Si en plus il ne devait y avoir qu'un seul candidat PS autorisé à se présenter dans les primaires, cela signifierait que le PS lui signerait d'autant plus un chèque en blanc sur les propositions qu'il porterait...

À partir du moment où Hollande était le candidat du PS, du MRC et du PRG en 2012, que la majorité parlementaire qu'il contraint (plus que de recevoir son assentiment) est composée des mêmes, que des membres du PS soutiennent sa candidature on ne peut exclure celle-ci a priori sauf à exclure le PS en tant que tel du périmètre de la gauche et donc TOUS ses membres du périmètre. Je le redis le meilleur moyen de démontrer qu'il n'est plus dans le périmètre de la gauche c'est de démontrer que son bilan et sa ligne sont largement désavoués par le peuple de gauche dans une primaire de la gauche. Et moi je regarde ça tranquillement car je suis convaincu que nous pouvons le battre.

Nous pouvons encore obtenir des primaires réellement ouvertes à condition de mettre la pression dans le parti et sur la place publique... Je ne vous cache pas qu'en l'absence de primaires réellement ouvertes je considère que nous serions déliés de tout engagement et obligation vis-à-vis du candidat qui serait soutenu par la direction du parti. Ce candidat sera sans doute éliminé au soir du 1er tour, soldant ainsi le naufrage définitif d'un appareil hors-sol, mais le reste de la gauche - un PCF en perdition qui aura vu le Front de Gauche mourrir de ses contradictions, EELV qui n'en finit plus de se décomposer (seule action directe efficiente mais finalement pas souhaitable non plus de François Hollande) - sera lui aussi explosé et les conditions de la recomposition de la gauche pour l'avenir du pays seront gravement compromises.

A nous donc de faire le lien entre les mobilisations qui commencent pour que François Hollande comprenne enfin que la responsabilté commande qu'il s'écarte ou pour que grâce au rassemblement de la gauche, celle-ci se dote d'une plateforme commune et d'un(e) candidat(e) qui saura la faire sortir de l'ornière et permettra que l'avenir de la République ne soit pas hypothéquée.

Frédéric FARAVEL

 

résolution du CN du Parti socialiste adoptée à l'unanimité le 9 avril 2016 sur les primaires à gauche

Les membres du CN dans la salle Victor Hugo de l'Assemblée Nationale (c. Mathieu Delmestre)

Les membres du CN dans la salle Victor Hugo de l'Assemblée Nationale (c. Mathieu Delmestre)

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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 15:00

LE MONDE DES LIVRES | 23.03.2016 à 18h06 • Mis à jour le 24.03.2016 à 10h36 | Par Serge Audier

Quand la gauche se réinventait. Le PSU, histoire d’un parti visionnaire, 1960-1989, de Bernard Ravenel, La Découverte, 384 p., 24,50  €.

La gauche française traverse l’une des plus profondes crises identitaires de son histoire. Si, pour les uns, il faut accélérer la fin du socialisme et assumer un libéralisme économique décomplexé, d’autres cherchent des alternatives du côté des expériences anticapitalistes comme celle du Chiapas, Etat du sud-est du Mexique et berceau du mouvement zapatiste,ou des mouvements démocratiques comme Podemos en Espagne.
Une approche différente consiste à se retourner sur l’histoire de la gauche française, en examinant ses courants qui, minoritaires ou vaincus, ouvraient de précieux « possibles ». C’est ce que suggère le beau travail historique que publie Bernard Ravenel sur le Parti socialiste unifié (PSU) : son titre, Quand la gauche se réinventait, sonne comme une invitation à réactiver le geste de ce parti politique qui pesa plus que ses faibles résultats électoraux.

Né en avril 1960, autodissous en 1989, le PSU a été le foyer d’un sursaut éthique et démocratique. Porté par des figures politiques et intellectuelles – comme Claude Bourdet, Alain Savary, Gilles Martinet, Pierre Mendès France –, il incarne une « nouvelle gauche » qui se cherche alors un peu partout dans le monde. Mais le PSU répond aussi au contexte français, celui d’une guerre d’Algérie interminable qui viole le principe d’autodétermination des peuples. Devant l’impuissance du Parti communiste et la grave compromission du Parti socialiste – la SFIO de Guy Mollet – dans la sanglante répression algérienne, le PSU veut éviter à la gauche sa déchéance morale.

L’internationalisme restera une des constantes du PSU. Au-delà, il voulait inventer un socialisme dans la liberté, adapté au nouveau capitalisme, qui évite l’autoritarisme stalinien du Parti communiste, mais aussi le pâle réformisme d’une SFIO sous influence atlantiste. Comme son nom l’indique, le PSU visait à réunifier le mouvement ouvrier, scindé depuis le congrès de Tour de 1920 entre socialistes et communistes, sur des bases nouvelles. Issu de trois microformations – le Parti socialiste autonome (PSA), l’Union de la gauche socialiste (UGS) et Tribune du communisme –, il prônait un « réformisme révolutionnaire » original.

« Modifier radicalement les rapports sociaux »

Selon sa charte d’unification, le PSU souhaitait grouper travailleurs manuels et intellectuels pour conquérir le pouvoir et créer une société socialiste. Celle-ci consisterait en une organisation rationnelle de l’économie satisfaisant les besoins de tous, grâce à la collectivisation des principaux moyens de production et d’échange, et par la planification de l’investissement et de la production. Son originalité venait de son aspiration à « modifier radicalement les rapports sociaux » et à « introduire, en même temps qu’une réelle démocratie économique à tous les échelons de la production, la plus complète démocratie politique dans tous les rouages administratifs de la société ». Ce qui supposait une décentralisation des pouvoirs, depuis les régions jusqu’à l’entreprise – on appellera bientôt cela l’« autogestion ».

Cependant, l’unification sera bien difficile, même dans cette modeste formation. Née d’un « mariage de raison », selon la formule du mathématicien Laurent Schwartz, elle avait été cimentée par la guerre d’Algérie. Mais, très vite, bien des clivages, dans des congrès souvent houleux, allaient surgir, sur fond de divergences culturelles, notamment entre, d’un côté, laïcs et athées intransigeants, et, de l’autre, chrétiens de gauche.

Le PSU n’en garde pas moins son identité, y compris vis-à-vis de la stratégie plus classique de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS) de François Mitterrand – d’ailleurs peu apprécié à cause, notamment, de son rôle durant la guerre d’Algérie. Le PSU présente en effet la particularité de rester en contact étroit avec les luttes syndicales dans les entreprises, mais aussi avec les luttes étudiantes et les manifestations anti-impérialistes contre la guerre du Vietnam. Nombre de militants syndicaux de la CFDT et d’étudiants de l’UNEF y sont aussi encartés…

Donner une dynamique politique à la rébellion

Aussi comprend-on le rôle-clé que joue ce parti dans le mouvement de Mai 68 – le jeune Michel Rocard s’imposant comme un des organisateurs des manifestations. Alors que le PSU porte des slogans comme « L’université aux étudiants ! L’usine aux travailleurs ! », il entend donner une dynamique politique à la rébellion. Selon les mots du bureau national du 17 mai, celle-ci doit être prolongée vers une union entre ouvriers, paysans et étudiants, autour de « la contestation de l’autorité et la revendication du pouvoir, du contrôle direct des étudiants, des travailleurs, des citoyens sur les décisions qui les concernent ». Si Mai 68 a été une explosion se diffusant de la révolte étudiante au mouvement ouvrier, le PSU n’y fut pas pour rien.

Reste qu’il peine à traduire son implantation sociale en réussite électorale, atteignant après l’échec de Mai 68 un peu moins de 4 % des voix aux élections législatives, tout comme Michel Rocard à l’élection présidentielle de 1969. En outre, après avoir été un des moteurs du PSU, celui-ci deviendra un protagoniste de sa crise interne. Lui et ses amis rejoignent en effet le Parti socialiste lors des Assises du socialisme en 1974, qui arriment au parti refondé par Mitterrand des forces de la CFDT et du PSU, sans que le projet autogestionnaire soit solidement intégré.

Aussi le PSU estime-t-il garder sa raison d’être. Dans l’effervescence post-68, alors qu’un pôle maoïste s’affirme, le parti accompagne les nouvelles luttes dans les entreprises et l’armée, ainsi que les « nouveaux mouvements sociaux » – féminisme, régionalisme, écologie, antinucléaire. Dans les années 1970, il sera au cœur des combats autogestionnaires pour la reprise de l’entreprise Lip de Besançon – Charles Piaget, l’animateur du mouvement, étant du PSU – et des résistances du Larzac. Là encore, il s’agit d’articuler dynamique politique et mouvements sociaux ou sociétaux.

Ainsi, en 1973, le PSU anime le Groupe pour la liberté de l’avortement et de la contraception stéphanois (Glacs), qui pratique des avortements dans les milieux populaires. Un autre combat pionnier portera sur les droits des travailleurs immigrés, victimes de conditions de vie et de travail exécrables. L’une des plus grandes originalités du PSU concerne, enfin, dès les années 1960, le thème de l’urbanisme et, bientôt, de l’écologie – une idée chère au successeur de Rocard à la tête du parti, Michel Mousel. Le PSU mena ainsi campagne sur « la ville livrée au capitalisme », prônant là encore le contrôle par les habitants de leur « cadre de vie ».

Après la victoire de la gauche en 1981, Huguette Bouchardeau, la candidate PSU, devient, en 1983, secrétaire d’Etat, puis ministre de l’environnement. Mais la rigueur et la conversion à l’économie de marché irritent le PSU, tandis que certains de ses anciens membres ou alliés de la CFDT sont des acteurs de ce tournant… Devant cette ironie de l’histoire, Bernard Ravenel, qui resta jusqu’au bout un responsable du PSU, préfère exhumer les « graines de l’avenir » plantées par ce parti démocratique, anti-impérialiste et écologique.

En construisant « un pont entre une génération et une autre », il espère contribuer à revivifier la pensée critique, et suggère que la gauche perd sa raison d’être si elle renonce à démocratiser radicalement la société et l’économie. N’est-ce pas là l’idéal toujours vivant du socialisme ?

Michel Rocard et Pierre Mendès France, lors d’un rassemblement de la gauche, à Paris, le 27 mai 1968. FONDATION GILLES CARON/GAMMA

Michel Rocard et Pierre Mendès France, lors d’un rassemblement de la gauche, à Paris, le 27 mai 1968. FONDATION GILLES CARON/GAMMA

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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 14:44

Je vous recommande de lire ci-dessous l'excellent article d'analyse paru dans La Tribune lundi 29 février sous la plume de Romaric Godin. En effet, la République d'Irlande loin d'être un finisterre de l'Europe est un Etat totalement partie prenante de la construction européenne et membre de la zone euro, à la différence de son grand voisin et ancienne métropole coloniale britannique.

Longtemps structurée par les seules rivalités entre partis issus du nationalisme irlandais (alternance entre Fianna Fail et Fine Gael qui s'étaient séparés en 1922 sur la question de savoir à quel degré d'autonomie et/ou d'indépendance pouvait accéder l'Irlande alors que la Grande Bretagne la menaçait d'une guerre totale si les Républicains n'acceptaient pas la partition de l'île et le traité qu'elle voulait leur imposer), les effets de la dérive de la construction européenne et de l'austérité imposée à tous changent désormais profondément la structure du paysage politique de la République d'Irlande.

Le Sinn Féin - républicains irlandais de gauche - apparaît à nouveau comme une force politique majeure grâce à l'implication récente de ses dirigeants nordistes (branche politique de l'IRA) dans les affaires du sud ; il a engagé depuis plusieurs années une campagne politique contre l'austérité, sur des fondements socialistes démocratiques, sans abandonner l'espoir d'une réunification républicaine de l'Irlande. Ces élections générales sonnent cependant comme une déception pour les Républicains irlandais : portés par leur lutte contre l'abrogation de la gratuité de l'eau, ils auraient pu espérer devenir le 2e parti de la République avec près de 20% des intentions de vote ; ils arrivent en quatrième position derrière le Fine Gael (du premier ministre sortant Enda Kenny), le Fianna Fail et les candidats indépendants en termes de suffrages avec 13,85%, mais ont obtenu quelques 23 sièges dans le nouveau Dail. Leur campagne a fait les frais de quelques erreurs de communication mais aussi dans les dernières semaines d'une véritable campagne de haine comparable à la menace d'un défilé de chars soviétiques sur les Champs Elysées en cas de victoire de la gauche française en 1981. Cependant, les deux grands partis irlandais ne peuvent plus prétendre dominer seuls la politique irlandais ; ils ne peuvent plus compter non plus sur le petit parti travailliste irlandais (6,6% des voix - 6 sièges : autant qu'un petit parti de gauche anti-austérité) qui leur servait de force d'appoint et à perdu 13% des suffrages en 5 ans pour avoir mené aux côtés du Fine Gael la politique ultra-libérale imposée par la commission européenne.

La leçon est implacable pour la gauche européenne qui ferait bien d'observer de plus près la recomposition en cours en République d'Irlande.

Frédéric FARAVEL

Elections en Irlande : les trois leçons pour l'Europe

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La lourde défaite de la coalition sortante en Irlande est aussi une défaite pour la stratégie économique des autorités européennes à l'oeuvre depuis 2010. Quels enseignements tirer du scrutin irlandais ?

Les élections irlandaises du 26 février n'étaient pas qu'un test pour le gouvernement sortant du Taoiseach (premier ministre) Enda Kenny, c'était aussi une épreuve électorale pour les politiques imposées par les autorités européennes à partir de 2010 à ce pays comme au quasi-reste de la zone euro. Car la politique de la coalition sortante, qui regroupait le Fine Gael du premier ministre et les Travaillistes du Labour, n'est pas celle du programme de ces partis lors des précédentes élections, c'est celle qui a été imposée par la troïka (BCE, FMI, Commission européenne). Lorsque, en avril 2011, le nouvel exécutif a tenté, comme il s'y était engagé, de faire payer les créanciers des banques plutôt que les contribuables, la BCE, alors dirigée par Jean-Claude Trichet, l'a forcé à faire marche arrière, menaçant de « lancer une bombe sur Dublin », autrement dit, de sortir "manu militari" l'Irlande de la zone euro si elle désobéissait.

« Élève modèle »

A partir de 2013, l'Irlande a eu le statut « d'élève modèle » de cette politique : premier pays à sortir du « programme » de la troïka, premier à revenir sur les marchés, premier à retrouver une croissance entretemps devenue très rapide. En mars 2014, le Parti populaire européen (PPE) avait choisi Dublin pour lancer sa campagne pour les élections européennes, laquelle avait abouti à la nomination de Jean-Claude Juncker, le candidat soutenu par Angela Merkel, à la présidence de la Commission. La chancelière n'avait alors pas assez de louanges pour Enda Kenny. Un an plus tard, alors que l'Eurogroupe tentait de briser la volonté de changement du nouveau gouvernement grec, Wolfgang Schäuble, Jeroen Dijsselbloem et ce même Jean-Claude Juncker n'en finissaient pas de se référer, inlassablement, à l'exemple de l'Irlande, pour justifier le prétendu succès des « réformes ».

Échec cuisant pour Enda Kenny... et les dirigeants de la zone euro

C'est dire si le bilan d'Enda Kenny doit être identifié à celui des dirigeants de la zone euro. Et donc, si son échec est aussi le leur. Or, cet échec est cinglant. Sur les « premières préférences » (les Irlandais établissent des votes par ordre de préférence), le Fine Gael et le Labour obtiennent respectivement 25,52% et 6,61 %. Ces 32,13% des voix représentent un recul de 23,6 points. 43% de l'électorat de la coalition en 2011 l'ont abandonné vendredi dernier. Certes, le Fine Gael demeure la première force d'Irlande, mais c'est une bien piètre consolation : il revient sous son score de 2007, à un niveau assez traditionnel. Bref, il retrouve son électorat habituel alors que la crise lui donnait l'opportunité de remplacer le Fianna Fáil comme parti dominant de la politique irlandaise. Surtout, Enda Kenny aura bien du mal à constituer une nouvelle coalition.

Cette défaite est donc aussi la défaite des autorités européennes. Aussi, ces dernières seraient-elles bien inspirées de retenir quelques leçons de ce scrutin irlandais de 2016.

1ère leçon : la croissance ne suffit pas

Le premier enseignement de l'élection est que la croissance du PIB ne suffit pas à effacer les effets négatifs de l'austérité et des « réformes ». Cet enseignement était déjà apparu clairement après les élections espagnoles du 20 décembre. Les taux de croissance, dont se félicitent les autorités européennes, ne représentent en effet qu'une partie de la réalité. Mais c'est oublier que cette prospérité est forcément très inégale car elle est fondée sur un abaissement du coût du travail. Ainsi, les ménages les plus fragiles sont encore plus fragilisés par une précarisation accrue de l'emploi, des salaires faibles, des transferts sociaux réduits et des services publics dégradés.

> L'erreur d'Enda Kenny

Enda Kenny a donc commis une erreur fondamentale en niant cette situation et en centrant son discours sur la « poursuite de la reprise », alors que la majorité des Irlandais vivent encore un quotidien marqué par les mesures d'austérité. Dès lors, la crédibilité de son discours a fondu comme neige au soleil. En deux semaines, son parti a perdu cinq points dans les sondages. Les électeurs ont compris, non sans raison, son slogan sur la reprise comme un simple déni de réalité.

> Une croissance malgré l'austérité, pas grâce à l'austérité

L'autre élément, plus propre à l'Irlande, est que la croissance du pays n'est, en réalité, pas le fruit de l'austérité. Elle est le fruit de la stratégie d'attractivité du pays pour les grandes multinationales, stratégie centrée sur la faiblesse des impôts sur les sociétés. Or, là encore, les électeurs irlandais n'ont pas été dupes. Ils savent que la croissance « à la chinoise » du pays ne leur profite pas parce qu'elle est dopée artificiellement par les transactions de ces groupes mondiaux dont la présence n'améliore que très partiellement la vie quotidienne des Irlandais. Le discours d'Enda Kenny - soutenu implicitement par les Européens -, qui consistait à lier la croissance du pays à la politique d'austérité, est donc apparu à la fois déconnecté du terrain et mensonger. Les Irlandais savent que la croissance est revenue en dépit de la politique de la coalition, non grâce à elle. Ils n'ont donc pas été « ingrats » ou « irréfléchis », mais bien logiques et réfléchis en sanctionnant le gouvernement sortant.

> Un modèle « non inclusif »

La leçon à retenir pour l'Europe est qu'il convient de remettre en question cette logique de « réformes » visant à abaisser le coût du travail. Cette stratégie est économiquement discutable et conduit à des croissances « non inclusives », pour reprendre les mots des grands instituts économiques européens. S'extasier sur des chiffres est donc inutile et contre-productif : la zone euro, pour survivre, doit promouvoir un modèle de croissance « inclusif ».

2e leçon : la destruction des systèmes politiques

La deuxième leçon est politique. Comme en Grèce et en Espagne - et dans une moindre mesure au Portugal -, les « réformes » et l'austérité ont fait exploser le système politique traditionnel. La cause en est évidente. En Irlande, lorsque la deuxième phase de la crise a débuté, en novembre 2010, le gouvernement Fianna Fáil de Bertie Ahern a tenté de réduire l'ajustement en faisant participer les créanciers au sauvetage des banques, seule source du déficit public. Mais la BCE a menacé le gouvernement, lequel gouvernement a finalement reculé, acceptant le « programme » de la troïka. En avril 2011, le nouveau gouvernement d'Enda Kenny a fait la même tentative - c'était sa promesse - mais comme la BCE a réagi de même, le gouvernement a, de nouveau, fait machine arrière. L'électorat a tiré de ces événements une conclusion très simple: les trois partis traditionnels du pays mènent la même politique et sont incapables d'imposer leurs vues à la zone euro - ils sont donc inutiles. Certes, en Irlande, l'alternance a toujours été rare et peu signifiante, les deux partis étant de centre-droit. Jusqu'en 2011, cette alternance de forme permettait au système politique de fonctionner. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Les Irlandais ont besoin d'une vraie alternance et le caractère factice du système politique traditionnel apparaît au grand jour. Ceci a conduit à un pays difficilement gouvernable.

> Fianna Fáil en hausse, mais pas assez pour sauver les partis traditionnels

Certes, Fianna Fáil obtient un beau score au regard de ses espérances de début de campagne : 24,35 % des voix, soit 6,8 points de plus qu'en 2011. Mais compte tenu du mécontentement général, cette hausse demeure bien réduite. L'ancien parti dominant de l'Irlande qui, jadis, était capable de rassembler dans toutes les classes de la société n'a pu récupérer que moins d'un tiers des déçus de la coalition. Pour se convaincre que ce score du Fianna Fáil est médiocre, il faut se souvenir qu'il s'agit du deuxième plus mauvais score depuis 1927... après celui de 2011. Bref, le Fianna Fáil n'apparaît pas vraiment comme une alternative. Les deux grands partis ensemble ne cumulent, du reste, que 49,9 % des voix, un record historique de faiblesse. Jamais Fine Gael et Fianna Fáil n'avaient mobilisé moins de la moitié de l'électorat. En 2007, par exemple, ils cumulaient 69 % des voix.

> Poussée de la gauche radicale

Les déçus de la politique d'austérité sont donc allés ailleurs. Mais les Irlandais sont désemparés. Ils n'ont pas su choisir une direction claire et se sont dispersés dans trois directions. Première direction, la gauche radicale qui, avec le Sinn Féin, les Verts et l'Alliance contre l'austérité, obtient le plus haut score de son histoire dans ce pays très conservateur qu'est l'Irlande :  20,52 % des voix contre 14 % en 2011. Le caractère très particulier du Sinn Féin, longtemps vitrine de l'IRA, mais aussi une campagne électorale médiocre, ont cependant joué contre lui et son score, 13,85 %, est au final, très décevant pour lui. L'Alliance contre l'Austérité (3,95 %) en a profité, mais elle reste un mouvement marginal, quand bien même elle aura 5 sièges.

> Le succès des indépendants et de l'abstention est celui du non-choix

La deuxième direction empruntée par les électeurs a été celle des indépendants, lesquels recueillent 17,83 % des voix, contre 12,1 % en 2011. Les Irlandais, faute de mieux, ont donc souvent fait le choix de personnalités qu'ils jugent honnêtes et compétentes, en dehors des grands partis. Mais ce choix reflète en vérité surtout un désarroi : celui de ne pouvoir choisir sa politique car il existe des indépendants de tous bords, d'extrême-gauche, ultraconservateurs, libéraux ou sociaux-démocrates. Faute de pouvoir choisir sa politique, on a donc choisi des hommes. Cela ressemble en fait à un non-choix. Comme l'est le "choix" de l'abstention -la troisième direction -, en hausse de 5 points ce 26 février.

> Le désarroi des opinions publiques fabrique l'instabilité politique

La deuxième leçon pour l'Europe est donc celle-ci : en abandonnant l'idée de pouvoir proposer de vraies alternatives pour complaire aux autorités européennes, les partis traditionnels ont perdu leur capacité de mobilisation. Il s'ensuit un désarroi de l'électorat, cherchant où il peut des alternatives et de l'espoir, avec comme conséquence une dispersion des voix qui rend les pays difficilement gouvernables. Les élections portugaises du 4 octobre et espagnoles du 20 décembre ont confirmé cette leçon. Les « réformes » promues par tous les grands partis sont des machines à détruire les systèmes politiques. Ce sont des machines à créer de l'instabilité politique et à porter des partis radicaux au pouvoir. Ce sont donc des sources potentielles de crises nouvelles, non de prospérité, comme on le croit souvent. Ces dissolution des systèmes politiques se voient aujourd'hui sur tout le continent.

3e leçon : la leçon à la social-démocratie européenne

La dernière leçon est pour la social-démocratie européenne. Le Labour irlandais a subi ce 26 février une débâcle historique. Avec 6,67 %, les Travaillistes réalisent le troisième plus mauvais score de son histoire, le pire depuis 1987. Il perd près de 13 points en cinq ans et n'aura que 6 élus, un seul de plus que l'Alliance contre l'Austérité. Certes, le Labour irlandais n'a jamais vraiment percé dans le pays, bloqué par un Fianna Fáil qui était perçu comme le parti de la classe ouvrière. Il a toujours été très « centriste » et un allié traditionnel du Fine Gael. Mais 2011 et l'éclatement de ce dernier parti avait donné une chance historique au Labour. Avec 19,5 %, il réalisait alors son meilleur score depuis 1922 et parvenait à séduire les déçus du Fianna Fáil sur un programme anti-austéritaire. Mais il a bradé cette chance en s'alliant avec Enda Kenny. Pour beaucoup de ses électeurs, le Labour n'a pas su jouer son rôle d'amortisseur de la politique d'austérité du gouvernement. En réalité, soucieux de « bien faire », le Labour a été solidaire de cette politique et actif dans sa mise en œuvre, ne cessant d'insister sur le caractère « nécessaire » des réformes. Or, on l'a vu, ce caractère était loin d'être évident.

> La déroute du parti de "l'absence d'alternative"

Le Labour s'est alors enfermé dans une logique d'absence d'alternative, il est devenu le « parti TINA ("there is no alternative", il n'y a pas d'alternative) ». Durant la campagne, il l'a confirmé en ne se dissociant guère du Taoiseach et en publiant une publicité très parlante dans les journaux : les opposants au gouvernement sous forme de groupe de rock baptisé « no direction ». Histoire de dire que seul le gouvernement sortant avait une direction. Mais comme cette direction n'était pas celle que souhaitait l'électorat, le Labour est apparu comme un parti d'opportunistes sans foi ni loi, inutile politiquement, et subissant logiquement les conséquences de la volonté de changement des électeurs. Une grande partie de ses électeurs de 2011 sont retournés au Fianna Fáil, qui s'est engouffré dans l'espace laissé au centre-gauche, d'autres sont allés à sa gauche. Désormais, les électeurs des partis qui se situent sur sa gauche représentent plus de trois fois ceux du Labour. On voit mal comment le Labour pourra se remettre d'un tel désastre politique et idéologique.

> Le choix de la social-démocratie européenne

L'histoire du Labour irlandais doit être une leçon pour la social-démocratie européenne. Lorsque cette dernière refuse d'incarner une alternative aux politiques de centre-droit, mais au contraire, se fait son bras armé et son allié, son sort est souvent scellé. Les travaillistes néerlandais de Jeroen Dijsselbloem pourraient connaître un score similaire : le dernier sondage le fait passer de 38 à... 9 sièges ! C'est ce qu'a compris le PS portugais, pourtant très réformiste, qui tente de porter une alternative au centre-droit en s'alliant avec la gauche radicale. C'est ce que refuse de comprendre un PS français pressé de couper l'herbe sous le pied du centre-droit, réduisant ainsi encore son utilité politique. Bref, les élections de la lointaine Irlande sont une nouvelle preuve de l'impasse des politiques d'austérité. Mais la leçon risque encore une fois d'être très rapidement oubliée.

Les résultats complets des élections irlandaises sur le site de l'Irish Times (en anglais).

Gerry Adams, président de Sinn Féin, et député au Dail Eireann, durant la campagne électorale (février 2016)

Gerry Adams, président de Sinn Féin, et député au Dail Eireann, durant la campagne électorale (février 2016)

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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 14:58

Je me permets de publier ici l'analyse extrêmement intéressante de Roger Martelli parue dans Regards.fr le mercredi 10 février 2016 sur l'état de la construction européenne et les questions posées par ses dérives.

Frédéric FARAVEL

Sortie de l’euro et de l’Europe, "européisme", "réalisme", souverainisme, nationalisme… Roger Martelli répond à Frédéric Lordon sur le type de rupture que la gauche doit opposer à un projet européen dévoyé.

Delenda Carthago, « Carthage doit être détruite », s’exclamait Caton l’Ancien à chacun de ses discours, au temps de la rivalité de Rome et de Carthage. « La zone euro doit être abandonnée », réclame inlassablement Frédéric Lordon. Il faut lui reconnaître que Carthage fut effectivement détruite. Les litanies opiniâtres du vieux conservateur romain n’en furent toutefois pas la cause, mais le fait que Rome, alors puissance montante de la Méditerranée, avait les moyens de terrasser son adversaire.

Or, à ce jour, hors de l’euro ou dans l’euro, le problème est que les forces de transformation sociale n’ont pas les ressources capables de les faire gagner.

Dans ces conditions, promettre la victoire par la sortie de l’euro a, au mieux, la vertu mobilisatrice de Paul Reynaud – futur dernier chef de gouvernement de la IIIe République – affirmant en septembre 1939 : « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts ».

Quelle rupture avec l’Europe ?

Ceux qui disent que la question de l’Europe devrait être un élément structurant des controverses à venir, et donc un thème majeur de la présidentielle de 2017, ceux-là ont raison.

Tout consensus factice, qui ignorerait les divergences réelles sur ce point, serait source de désastres futurs. Il y a pour l’instant une ligne de fracture, à court terme insurmontable, entre ceux qui considèrent que le cadre actuel de l’Union est aménageable en l’état et ceux qui pensent que seule une rupture du cadre lui-même rend possible une ultérieure avancée démocratique et sociale.

Une fois ce constat admis, inutile de se cacher que, à l’intérieur d’un parti pris de rupture, les désaccords sont profonds et que les toutes dernières années les ont avivés. Reste à savoir si ces désaccords sont à ce point fondamentaux qu’ils nécessitent d’installer des barrières à l’intérieur d’une gauche bien à gauche.

En 2005, après la victoire du "non" contre le projet de Traité constitutionnel européen, la Ligue communiste révolutionnaire expliqua qu’un clivage décisif opposait désormais les "antilibéraux" et les "anticapitalistes". Je continue de penser que la LCR avait tort, qu’elle en a payé l’addition, mais que nous l’avons tous payée avec elle. Je ne voudrais pas qu’une semblable dispute nous paralyse aujourd’hui.

J’ai commencé par une pique à l’encontre de Lordon. Cela ne m’empêche pas de juger qu’il exprime avec force une cohérence que je récuse dans sa trame, mais que je ne méprise pas. Dans ses livres récents, Lordon se réclame en permanence de Spinoza pour plaider en faveur d’une vision "réaliste" des rapports internationaux. Le "mondialisme", nous dit-il, est une belle idée, mais une parfaite utopie dans un monde où règne le rapport des forces. Il n’y a pas de mobilisation sociale ou civique sans "affect", ajoute-t-il. Or, depuis deux siècles, les "affects" politiques se construisent dans un cadre national. Tout parti pris subversif doit donc s’enraciner avant tout dans un cadre national.

C’est sur cette base-là, et sur elle seulement, que des rapports solidaires peuvent se nouer entre les nations.

En ce sens, "l’européisme" qu’il exècre est au mieux un enfant perverti de l’internationalisme. Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup y ramène, expliquait Jaurès. Lordon se rêve-t-il en nouveau Jaurès ? En tout cas, son propos est clair ; c’est en redonnant à chaque nation la base de sa souveraineté économique et donc en lui restituant sa monnaie nationale, que l’on créera, mais ultérieurement, les bases d’une coopération continentale équilibrée.

Des motifs solides m’éloignent de ce cadre de pensée.

1. Tout d’abord, le "réalisme" est un piège à mes yeux.

En matière d’analyse des relations internationales, il existe une théorie dite "réaliste", qui a été formalisée aux États-Unis il y a plus d’un demi-siècle. Elle repose sur un postulat simple : « La politique internationale, comme toute politique, est une lutte pour la puissance » (Hans Morgenthau, 1948). Lordon nous propose une version "de gauche" du paradigme réaliste. La lutte des classes se confond avec la guerre, or la guerre récuse "l’angélisme". Dès lors, toute lutte oppose dans chaque camp les faibles et les forts, les durs et les mous, les déterminés et les indécis, les radicaux et les capitulards. Qui veut la guerre doit se doter des armes pour la mener. D’abord la fougue d’Achille et l’ordre militaire d’Agamemnon ; la prudence du vieux Nestor et la ruse d’Ulysse ne viennent qu’après…

Cette façon de voir, qui n’échappe pas à un certain virilisme, n’est rien d’autre que celle de la guerre froide, même si elle est vue de gauche. Il y aurait toujours deux classes (aujourd’hui le "peuple" et la "caste" ou les "élites") et donc deux camps. On ne dit plus "classe contre classe" – l’histoire communiste fait que la formule est mal vue. Mais il y aurait le système et l’anti-système, eux et nous, camp contre camp. L’histoire pourtant devrait faire réfléchir. Le communisme d’après 1945 a voulu "choisir son camp" et lui donner toutes les ressources de la puissance. À l’arrivée, il a perdu. Pas seulement parce que ses forces étaient inférieures, mais parce que pour gagner il en est arrivé à pousser si loin les logiques de la puissance (discipline, étatisme, coercition) qu’il est devenu le contraire de ce pour quoi des millions d’individus s’étaient reconnus en lui. La vérité du "réalisme", hélas, ce fut le stalinisme. La Russie soviétique crut qu’elle avait ainsi assis définitivement sa puissance ; elle ne vit pas qu’elle créait en fait les conditions de sa paralysie, puis de sa nécrose.

Aujourd’hui, où l’on nous explique à longueur de temps que nous sommes en état de guerre, la logique ne devrait pas être de s’adapter à la guerre mais de s’en sortir. Le réalisme supposé de la puissance est toujours un leurre, quel que soit le "camp" qui en use. Dans le cas du mouvement critique (dont le mouvement ouvrier a été longtemps la figure historique majeure), il conduit au désastre. En ce sens, ce qui s’est produit hier se reproduira demain.

2. À sa manière, Lordon n’affirme curieusement rien d’autre que ce que prônait… le PCF jusqu’aux années 1980.

Que disaient alors les communistes ? Que la crise était « avant tout nationale », que la lutte contre le capitalisme l’était tout autant et que le socialisme ne pouvait être qu’aux « couleurs de la France ». Cette conception avait sa force et je l’ai longtemps partagée, avec passion. Elle n’est plus la mienne aujourd’hui, même si je n’ai aucune envie de seulement lui tourner le dos.

Nous vivons dans un monde qui n’est plus seulement la juxtaposition des nations. Ce n’est pas que la nation se soit évanouie, comme le pensaient certains, ni que l’État national ait perdu toute possibilité d’agir sur l’ordre des choses. Mais l’interdépendance des sociétés humaines fait que la structuration du social se fait dans un cadre qui n’est plus uniquement celui de "l’inter-national", mais qui est fait tout autant de "supra-national". Le communisme ou le socialisme "dans un seul pays" a toujours été une illusion ; ce l’est plus que jamais aujourd’hui.

Le problème de notre temps n’est pas que la mondialisation ait imposé comme figure dominante celle du supranational, mais qu’elle ait totalement superposé mondialité et capitalisme, efficacité et concurrence, gestion supranationale et gouvernance. Qu’on le veuille ou non, que cela soit facile ou difficile, nous sommes devant un dilemme, que l’on ne peut nier et que l’on doit assumer. Si nous quittons le terrain du supranational, nous le laissons aux forces dominantes et, ce faisant, nous leur abandonnons le monopole d’énonciation de ce qui est raisonnable et de ce qui ne l’est pas, de ce qui est légitime ou illégitime, de ce qui est possible et de ce qui est impossible. Mais si nous occupons le terrain du supranational, nous devons le faire d’une manière qui ne nous englue pas dans la forme aujourd’hui imposée (concurrence et gouvernance) de la supranationalité. Dans un cas, nous nous isolerions ; dans l’autre cas, nous nous enliserions.

3. Il se trouve que la superposition savamment construite par les forces dominantes ne vaut pas que pour le cadre supranational.

Elle ne concerne pas que l’UE. Elle s’est tissée à l’intérieur de chaque territoire, du local au planétaire, jusqu’à devenir partout une évidence incontournable, celle du "TINA" (There is no alternative). Les défaites, "nos" défaites ont été enregistrées partout, et la plupart du temps elles ne l’ont pas été d’abord dans le cadre européen. Celui-ci n’est pas plus voué par nature à "l’ordolibéralisme", que le cadre national ne l’est au "post-capitalisme". En fait, mieux vaut nous débarrasser des explications commodes en termes de "d’abord" ou "d’avant tout".

Ni "avant tout européenne" ni "avant tout nationale" : c’est dans chaque territoire que se mène la lutte pour un autre modèle de développement et une autre architecture démocratique. On peut même ajouter : c’est dans la mesure où les transformations sont pensées de façon cohérente à toutes les échelles, du haut en bas ou de la cave au grenier, que l’action transformatrice puise sa puissance de conviction pour gagner et sa force de réalisation pour construire une rupture avec l’ordre dominant.

Contrairement à ce que sous-entend Lordon, toute pensée transformatrice dans le cadre européen n’est pas un "européisme" ; en sens inverse, toute prise en compte du fait national et des capacités d’action de l’État national n’est pas un "souverainisme". Mais "l’européisme" et le "souverainisme" sont les deux pièces d’un étau qui étouffe la dynamique démocratique. Je ne vois pas en quoi proposer d’agir dans les institutions européennes pour les contester est européiste ; en revanche, je ne vois pas pour l’instant en quoi Lordon nous évite le piège du souverainisme.

4. Pour réfléchir sur l’enjeu européen, l’expérience grecque n’est pas secondaire.

Mais en faire l’opérateur par excellence d’une pensée renouvelée est à mes yeux une impasse. Je crains que, sur la question grecque, les désillusions ne soient à l’aune d’un excès d’espérance. Dans la gauche de gauche, on a trop vu, dans la victoire de Syriza, le nouveau "maillon faible", celui qui, après tant d’expériences malheureuses, allait enfin créer la faille par laquelle finirait par s’engouffrer l’urgence de révolution.

S’il y a pour moi une leçon à tirer, c’est précisément que le maillon faible n’existe pas, qu’il n’y a pas de moment magique à partir duquel s’enclenchent les cycles vertueux. L’action transformatrice, l’imposition de logiques de rupture ne peuvent se penser que comme un processus étalé dans le temps, fait d’avancées et de reculs, où seule compte la cohérence des efforts accomplis dans chaque territoire. D’une manière ou d’une autre, toute avancée dans un territoire, local, régional ou national, qui ne s’appuie pas sur une mobilisation correspondante ailleurs est potentiellement vouée à une inefficacité au mieux relative, quand ce n’est pas à un échec final.

Au début des années 1980, la victoire en France de l’union de la gauche dans une Europe en voie de néo-libéralisation, c’était en germe la possibilité du renoncement social-démocrate. Des centaines de milliers de manifestants et d’électeurs en Grèce et une opinion publique européenne qui regarde, fût-ce avec sympathie, mais qui n’agit pas pour soutenir, cela limite d’emblée le champ de manœuvre pour l’État d’un pays peu puissant, dont la société est éclatée. Un "non" majoritaire en France sans mouvement politique européen pour en imposer une vision continentale, et sans construction politique nationale pour y aider, cela crée la possibilité d’une reprise en main par les dominants, en France comme ailleurs. De puissants mouvements d’indignés, ici ou là, qui ne peuvent se raccorder à une contestation continentale coordonnée, cela donne de l’air frais mais n’offre pas nécessairement une force propulsive généralisée sur la durée.

Le constat de départ est tout simple : il n’existe pas encore, à l’échelle continentale, de mouvement social et politique assez fort pour contester l’hégémonie des forces dominantes de la finance et de la rationalité technocratique. Bien des raisons expliquent ce fait ; mais force est de constater que cette carence de longue durée est un lourd handicap. La surmonter est une rude tâche ; s’en détourner est une faute. De plus, c’est un leurre : il n’est pas plus commode de vaincre le "système" dans le cadre national que dans le cadre européen.

5. À bien des égards, il n’y a pas plus de projet "européen" de transformation qu’il n’y a de projet "national".

Les forces de critique doivent formuler un projet cohérent de rupture avec les logiques dominantes. Ce projet a des dimensions territoriales particulières, mais dont l’efficace ne vaut que si ces dimensions s’articulent entre elles. On peut donc énoncer de façon spécifique le niveau territorial particulier du projet transformateur ; cela n’en fait pas pour autant un projet régional, national ou européen par nature.

De ce point de vue, je mettrais pour ma part en garde contre des formules qui me paraissent relever davantage de la rhétorique que de la pensée stratégique. Pour tenir compte de l’expérience grecque, on trouve par exemple (je pense aux réflexions stimulantes de Coutrot et Khalfa) les idées suivantes : une France de gauche ne devrait pas proposer une sortie de l’euro, mais engager unilatéralement des mesures en rupture avec la logique de fonctionnement des traités et, sur cette base, en assumer les conséquences, jusqu’à une possible exclusion de l’euro.

Je comprends l’intention qui sous-tend la proposition, mais je n’en vois pas très bien les implications. Un "Grexit" aurait fragilisé l’euro, mais ne l’aurait pas remis en cause ; un "Franxit", lui, affecterait dans ses structures fondamentales un dispositif certes dominé dès le départ par l’Allemagne, mais qui est l’expression d’un couple central, face à un Royaume-Uni resté monétairement en marge. Une exclusion de la France signifierait, de facto, une fin de l’euro et donc une remise à plat globale. Et si, malgré tout, on est convaincu qu’une logique anti-austérité conduisait nécessairement à la rupture avec l’Union, autant l’envisager sans attendre. Mais auquel cas, se pose la question de l’alternative. La France seule dans la "mondialisation" ? Impossible. Des alliances, mais avec qui ? Des États plus faibles ? Il faut en trouver qui veuillent bien d’un tel accord et il faut que ledit accord soit à la fois équilibré (pas de rapport déguisés de domination, du type "Françafrique") et efficace dans la jungle internationale. Des relations privilégiées avec la Russie ou la Chine, plutôt qu’avec l’Allemagne ? Pas sûr qu’on ne tombe pas de Charybde en Scylla…

Auquel cas, la position qui consiste à dire que l’on rompt et que l’on n’a peur d’aucune conséquence risque de n’être guère qu’une posture un peu incantatoire du "même pas peur !"… Ce fut au départ la posture des socialistes après 1981. Elle n’a pas duré très longtemps. Bien sûr parce que… les socialistes sont les socialistes. Mais il ne faut pas sous-estimer un autre problème, qui ne tient pas seulement à une propension socialiste au compromis. Si la radicalité moderne est un processus long de passage d’une dominante à une autre et si la conception que nous avons de la sphère publique s’écarte de la logique étatiste, qui garantit qu’une accélération trop rapide du processus de rupture ne débouchera pas, une fois de plus, par commodité, sur une étatisation de fait des secteurs décisifs ? Nous aurions alors fait reculer l’appropriation privée, pas nécessairement progresser l’appropriation sociale. Ce qui poserait à la fois des problèmes de construction politique (il faut des majorités pour accepter l’accélération et ses conséquences) et des problèmes d’éthique politique (il faut de l’émancipation et pas de la collectivisation). Se contenter de dire que l’on va vers la rupture et qu’on verra ensuite les conséquences me semble manquer un peu trop d’esprit de suite.

Mieux vaut alors s’en tenir à l’idée que l’on ira le plus loin possible dans la tension entre l’exigence émancipatrice et un cadre européen qui en nie pour l’instant la pertinence. En ajoutant bien sûr que, à chaque moment, un débat public national, sur la base d’une information permanente, permettra au peuple (ici l’ensemble des citoyens) d’exercer dans les meilleures conditions sa souveraineté, c’est-à-dire d’être informé, de délibérer, de décider et d’évaluer, le plus souvent possible par voie directe.

6. Je termine par un retour sur "l’européisme".

Communiste, je viens d’une culture française qui a été radicalement critique à l’égard de la construction européenne entreprise après 1945. Je n’ai pas varié dans l’intensité critique et "l’européisme" n’est décidément pas mon horizon. Mais j’ai fini par me convaincre qu’il y avait un piège meurtrier, quelle que soit la logique historique de l’Union européenne, à identifier l’Europe telle qu’elle est à l’Europe telle qu’elle doit être.

Je suis même étonné qu’une pensée qui se veut "non utopique" et "réaliste" n’aille pas plus loin. Nous vivons dans un monde inégal et instable, de plus en plus polarisé et de plus en plus incertain. Par-là ce monde, qui regorge de potentialités, est en même temps un monde dangereux, non pas parce qu’il est menacé par la "guerre des civilisations", mais parce qu’il est gangrené par la concurrence et la gouvernance. Au moment où le nationalisme de rétraction, du "eux et nous" et du "chacun chez soi" est en train de prospérer, le jeu de la puissance (économique, militaire, politique) est plus que jamais le régulateur par excellence.

Se plier à la loi de la puissance est un leurre ; en ignorer les effets est un enfantillage. Or, si l’on excepte quelques États continentaux, le niveau qui détermine l’influence échappe pour l’essentiel aux États nations. En Europe, en tout cas, aucun État n’atteint ce seuil de crédibilité, pas même l’Allemagne. D’une manière ou d’une autre, c’est l’Europe qui, quelle qu’en soit l’extension, constitue une force qui compte vraiment. La question clé n’est pas alors de discuter de la pertinence du cadre (il l’est à l’échelle mondiale) mais de son orientation.

L’Europe dans la mondialisation sera-t-elle une Europe-marché, une Europe-puissance ou une Europe-société ? L’Europe a-t-elle ou non, par son histoire et sa configuration, des ressources pour peser en faveur d’une autre mode de développement, d’une autre dynamique citoyenne, d’une autre conception du caractère structurant des droits, d’une autre manière d’articuler le social et le politique ?

Pour une souveraineté… populaire

Si ces ressources existent, comment les mobiliser ? Comment faire en sorte que l’orientation générale des choix ne soit pas fixée par les marchés, les lobbies et les technostructures, mais par les populations, toutes les populations sans exception ? Comment faire en sorte que les peuples d’Europe, sans pour autant se définir comme un « peuple européen », apprennent à se considérer comme un acteur commun d’un destin continental transcendant celui de chacun de leurs États ?

Dès l’instant où ces questions occupent le devant de la scène, la controverse du fédéralisme et du souverainisme n’a plus de sens. Le cadre européen est stratégique pour l’avenir de chaque peuple européen et pour l’équilibre du monde, mais il n’a pas encore l’épaisseur d’un cadre unanimement reconnu de citoyenneté. Le cadre national, même affaibli, reste un cadre de politisation, mais il n’a plus la force propulsive qui en faisait le lieu où se déterminaient "avant tout" les rapports de force. L’Europe n’a pas la centralité suffisante et la nation ne l’a plus. Inutile de pleurer les bonheurs nationaux d’hier ou de rêver du bonheur européen de demain : les deux affirmations précédentes sont vraies en même temps. Il n’y a donc pas d’autre choix que de les accepter en même temps.

Disons-le en un mot : la souveraineté reste une question centrale, mais il s’agit surtout de dire si elle est populaire ou non. Locale, régionale, nationale, continentale ou planétaire, peu importe le territoire : l’essentiel est de se convaincre et de convaincre que la souveraineté sera populaire ou qu’elle ne sera pas.

Roger Martelli

Que faire de l'Union Européenne ?
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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 20:22
François Hollande : du droit de vote des étrangers aux élections locales à la déchéance de nationalité, il aura fallu moins de 4 ans...

François Hollande : du droit de vote des étrangers aux élections locales à la déchéance de nationalité, il aura fallu moins de 4 ans...

 

Alors que Christiane Taubira venait de démissionner et que François Hollande nommait à sa place Jean-Jacques Urvoas qui s'est surtout illustré jusque là par des positions qui ne favorisaient pas l'idée de justice, Manuel Valls présentait devant la commission de lois de l'Assemblée Nationale le "compromis" dont l'élaboration avait été confiée à Dominique Raimbourg et ... Urvoas.
 

Selon lui, il était de nature à rassurer ceux qui s'étaient émus de la première version du texte. Qu'en est-il ?

Le seul point positif c'est la ratification de la convention internationale pour limiter l'apatridie, sauf que de fait cela implique que la déchéance de nationalité s'adresse ... aux binationaux nés Français ! Donc rien de nouveau sous le soleil sauf pour ceux qui aiment être pris pour des imbéciles... Enfin le nouveau texte élargirait la déchéance aux délits alors qu'elle n'était prévue par le projet de loi uniquement pour les crimes : ces propositions aggravent donc le texte précédent !!!

 

Or sur son blog, le premier secrétaire souhaite accréditer l'idée farfelue que les socialistes auraient été entendus : une telle présentation est une insulte à l'intelligence. Le texte est plus que jamais contraire aux principes socialistes ! Le PS devra se prononcer contre. Il faudra donc que les membres du bureau national fasse preuve de détermination et de courage lundi prochain lors de leur réunion pour couper court à une odieuse pirouette supplémentaire qui sinon mettrait à bas ce qu'il reste du peu de crédibilité de la direction de ce parti.

Frédéric FARAVEL
membre du bureau du Bureau National des Adhésions du PS
membre du bureau fédéral du PS Val-d'Oise

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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 13:54

Suite au travail réalisé avec plusieurs collaborateurs de sénateurs socialistes, nous publions une tribune dans Le Plus de l'Obersateur afin d'illustrer l'inefficacité et le caractère inapproprié de l'article 2 du projet de loi de révision constitutionnelle.

Déchéance de nationalité : le PS tourne le dos à ses valeurs. Une expérience traumatisante

LE PLUS. La déchéance de nationalité divisent les socialistes. Alors que l'examen de la révision constitutionnelle doit débuter le 5 février prochain, Naza Mokhtary, secrétaire de la section PS d’entreprise du Sénat, et d'autres collaborateurs parlementaires auprès de sénateurs socialistes, dénoncent dans une tribune le revirement d'une partie importante de leur famille politique sur ce sujet.

Édité par Sébastien Billard 

François Hollande et Manuel Valls place de la République, le 10 janvier 2016 (D. ALLARD/SIPA).

Contre toute attente, car au regard de nos positions pas si anciennes que cela, au regard de la place de l’égalité dans nos valeurs constitutives, on aurait pu s’attendre à ce que les militants, unanimement, fassent obstacle à cette mesure. On assiste au contraire à la décrédibilisation de la parole des militants qui y sont opposés.

 

Une inversion complète de nos repères et de nos valeurs

 

Pourquoi cette aphasie ? Parce que la majeure partie des militants socialistes est constituée d’élus, de collaborateurs d’élus et d’aspirants à être l’un ou l’autre.

 

Les auteurs de cette tribune n’y font pas exception : militants socialistes mais aussi salariés de parlementaires. La pérennité de notre contrat ne repose que sur la loyauté ; et c’est cette loyauté qui, entre autre, nous permet de payer nos loyers à la fin de chaque mois.

 

Nous nous sommes engagés dans cette voie professionnelle avec l’idée et la volonté de défendre les valeurs d’égalité, de liberté et de solidarité. Ces mots ne sont pas vains dans notre quotidien professionnel : ils représentent notre boussole. Aussi, nous ne pouvons nous résoudre à ce qu’un nombre significatif de parlementaires socialistes, sous le regard gourmand de la droite, s’accommodent d’une mesure qu’ils combattaient hier.

 

Nous faisons l’expérience traumatisante d’une inversion complète de nos repères et de nos valeurs, sans pouvoir exprimer haut et fort notre désaccord. Notre silence "public" n’exprime pas tant une crainte personnelle que le souci de mettre notre parlementaire dans l’embarras vis-à-vis de l’exécutif.

 

Une mesure inefficace dans la lutte contre le terrorisme

 

Pourtant, à ce jour, 21 fédérations départementales du PS ont d’ores et déjà pris position contre la constitutionnalisation de la déchéance de nationalité.

 

Parmi elles, le 15 janvier dernier, la fédération de Paris s’est explicitement prononcée contre, proposant, faute de mieux, l’indignité nationale ; certains de nos camarades et de nos élus n’ont pas manqué de disqualifier nos convictions en taxant nos arguments de "boboïtude parisienne" aveugle aux réalités de la France.

 

À ces camarades, on rappelle humblement et sans gloire que les Parisiens ont vécu au plus près la tragédie ; qu'ils connaissent tous – a minima – quelqu’un qui a perdu un proche. Ce n’est donc pas par irresponsabilité ou cécité que nous sommes opposés à la constitutionnalisation de la déchéance de nationalité.

 

Cette mesure, que tous s’accordent à reconnaître comme inefficace dans la lutte contre le terrorisme, n’a de symbolique que la ségrégation qu’elle opère entre mono et binationaux. L’argument, répété comme un mantra, que la déchéance de nationalité vise les terroristes et pas les binationaux, relève, à ce jour, de la fable.

 

Une réponse inappropriée aux attentats de 2015

 

Nous avons réalisé un tableau portant sur la nationalité des auteurs des attentats de 2015. Aucun d’eux n’auraient pu faire l’objet d’une déchéance à l’exception d’un Franco-belge !

 

Statuts administratifs des terroristes ou ayant été reconnus comme tels, car ayant commis les attentats de janvier et de novembre 2015

 

 

Chacun appliquera à ce tableau sa propre grille de lecture, mais, sans préjuger de la suite, personne ne peut plus dire que la déchéance étendue aux binationaux nés français est une réponse appropriée aux attentats de 2015.

 

Il semblerait que des compromis soient en cours de rédaction. Quelqu’en soit l’issue, on ne peut ignorer que réviser notre Constitution en la matière donnerait toute compétence au législateur – actuel et futur – de déchoir, en fonction de l’émotion du moment.

 

Dans toutes les hypothèses, y compris celle où la droite sénatoriale, majoritaire, envisagerait de jouer la surenchère constitutionnelle et la division, nous tenons à la disposition de nos camarades une note faisant la synthèse des arguments contre l’inscription de la déchéance de nationalité dans notre Constitution.

 
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Published by Frédéric FARAVEL - dans République Parti Socialiste gauche
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11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 13:51
La "une" de Libération, édition du lundi 11 janvier 2016

La "une" de Libération, édition du lundi 11 janvier 2016

En "une" de Libération s'étale désormais un appel d'intellectuels et de quelques rares responsables politiques à une primaire à gauche. "Nous n’acceptons pas que la menace du FN, le risque terroriste et l’état d’urgence permanent servent de prétexte pour refuser de débattre des défis auxquels notre société est confrontée. Il n’y a pas de fatalité à l’impuissance politique."

a publicité pour une fois réussie autour de cette initiative - qui subit cependant la concurrence médiatique du décès impromptu de David Bowie - tient par ailleurs au fait qu'elle n'émane pas de dirigeants politiques dont ceux qui veulent à tout prix éviter le débat à gauche auraient tôt de dénoncer l'opération égotique. L'initiative ne réussira peut-être pas mais il me paraît indispensable de la soutenir, alors qu'une large partie de la gauche institutionnelle était empêtrée par les servitudes des appareils et de la vie parlementaire [signer ici].

Car des primaires de la gauche sont la condition sine qua none pour conjurer l'irréparable. La voie suivie jusqu'ici nous a conduit à l'échec collectif et au bord d'une défaite qui pourrait être plus violente encore qu'en 1993. Il convient désormais de tout faire pour créer les conditions du rassemblement de la gauche - socialiste (au sens large), démocratique et écologiste - pour 2017, afin que notre camp soit en position de l'emporter lors des élections présidentielle et législatives et d'écarter le spectre de l'extrême droite nationaliste, xénophobe et anti-sociale. Il est urgent d'entamer les discussions collectives pour définir une plateforme programmatique commune simple et intelligible pour nos concitoyens qui soient en mesure de répondre à leurs attentes, à leurs angoisses et à leurs aspirations :

- retrouver le chemin de la croissance et de l'emploi par un redressement productif durable, en enclenchant solidement une véritable transition écologique ;

- refonder notre système de solidarité et de protection sur la base de la justice sociale ;

- assurer une présence réelle et concrète de la République pour nos concitoyens au travers de services publics forts, de libertés publiques garanties et protégées, du respect des droits des salariés ;

- restaurer les conditions de la souveraineté populaire et d'une démocratie réelle, par une réforme de nos institutions et un combat déterminé pour la réorientation de la construction européenne...

Dans ce cadre commun, l'ensemble des sensibilités de la gauche française peut alors donner rendez-vous et remobiliser le peuple de gauche, ceux qui ne veulent pas désespérer, ceux qui attendent plus de progrès et de justice sociale. Sur cette base, nous devons organiser des primaires ouvertes à toute la gauche – sans exclusive – pour désigner un ou une candidat(e) commun(e), qui pourra alors défendre devant les Français un véritable projet d'avenir, de justice sociale et de concorde républicaine.

Cependant, il faut être lucide le Président de la République sortant peut évidemment tuer dans l'oeuf toutes chances de relèvement en se présentant hors de tout cadre collectif sur le mode d'une candidature de "droit divin" - considérant qu'il y aurait une légitimité automatique pour le sortant à se représenter -, ou même en participant à une primaire à gauche. Dans le premier cas, aucun socialiste ne pourrait se sentir tenu d'avaliser cette candidature : les statuts du Parti Socialiste indiquent clairement que le candidat soutenu par le PS doit être désigné dans le cadre de primaires citoyennes ouvertes ; si tel n'était pas le cas le président sortant ne pourrait prétendre que nous faisions sa campagne, il pourrait également provoquer l'implosion de la famille socialiste (que tout ce qu'il avait fait jusqu'ici n'avait pas encore obtenu).

Mais, au-delà, soyons honnêtes avec la dyarchie exécutive française : François Hollande et Manuel Valls se sont totalement discrédités pour des raisons de confiance (reniement des engagements économiques, sociaux et européens du candidat Hollande), d'efficacité de la politique menée et fondée sur des choix contestables d'un point de vue de gauche (hausse du chômage, aucun redressement financier, régression des conditions de vie et de protection des salariés) et de valeurs (déchéance de nationalité, régression des libértés publiques) et qu'ils ne peuvent prétendre aujourd'hui rassembler la gauche qui est la seule manière qu'elle soit présente au second tour de la présidentielle.

François Hollande a érigé le cynisme comme un mode de gouvernement et de conservation du pouvoir à un point que peut-être même François Mitterrand n'avait pas imaginé. Il a failli, il a trahi les engagements pris devant ses électeurs, il a nié les intérêts de ceux pour qui la gauche est censée agir, il a diminué la souveraineté populaire et les intérêts de la République française en s'opposant pas à la dérive ordo-libérale d'une construction européenne devenue post-démocratique.

Aussi, si le Président sortant ou son premier ministre étaient candidats, les primaires à gauche, le débat sur l'inventaire de la politique conduite depuis juin 2012, l'élaboration d'une plateforme programmatique de rassemblement de la gauche n'auront tout simplement pas lieu : la gauche sera divisée donc battue et éliminée.

C'est donc une condition de salubrité publique que l'un comme l'autre se retire après un bilan aussi piteux. Il est temps d'entamer une campagne résolue pour exiger qu'ils s'écartent dans l'intérêt de la gauche, des catégories sociales qu'elle a pour mission de défendre et même de la République.

Frédéric FARAVEL

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