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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 13:25

On se souvient que Nicolas Sarkozy avait lourdement agi pour assurer la succession de Jean-Claude Trichet. L'omni-président, sauveur du monde et de l'union européenne, a beau s'afficher régulièrement avec la Chancelière Angela Merkel, il faut croire qu'il trouvait quelques limites au modèle allemand, dont il nous fait pourtant l'éloge sur la scène national.

Aussi il était inenvisageable que succède à un « latin » comme M. Trichet (oui oui, on voit très bien notre ex-PSU de grand banquier parler fort et avec les mains un individu pétri de culture germanique et rigoureuse. Le président de la Bundesbank, longtemps sur les rangs et poussé par Angela pour devenir le nouveau patron de la Banque Centrale Européenne (BCE), avait même fini par jeter totalement l'éponge en partant pour le privé.

Mario-Draghi.jpgLa nomination de Mario Draghi, représentant de l'Italie et de Goldman-Sachs au sein de la BCE, avait donc était présentée comme une grande victoire du président français : un latin succèderait à un autre latin et la BCE ne se mettrait pas à la remorque d'une trop austère politique germanique.

Las, bien que l’Élysée explique que face à la crise de l'euro – et malgré l'accord européen de Bruxelles – il faudra bien que la BCE intervienne massivement pour la résoudre « Elle le fera d'ailleurs. La question étant, désormais, de savoir si elle le fera à temps... ou trop tard », le président de la BCE a tenu depuis sa nomination à démontrer à plusieurs reprises qu'il n'était pas indispensable d'être allemand pour soutenir l'austérité et l'ultra-libéralisme (au demeurant ce n'est pas l'exécutif français actuel qui permet de concevoir l'existence d'une alternative).

Les États européens ont besoin d'aller chercher sur les marchés quelques 150 milliards d'euros au premier trimestre 2012, or dans le contexte tendu actuellement (malgré la réussite de la dernière émission obligataire espagnole) cela s'annonce complexe ; les fonds européens de secours sont à sec, et les Européens ont l'interdiction de l'abonder. Mais la BCE refuse d'annoncer qu'elle rachèterait tous les titres de la dette de la zone euro au-dessus d'un certain niveau de taux d'intérêts (attention ! Mesure révolutionnaire !).

Mais lundi 19 décembre 2011, Mario Draghi et son équipe ont durablement douché ceux qui espèrent que l'Europe use enfin de la politique monétaire.

Ainsi dans le Financial Times. Mario Draghi accordait sa première grande interview depuis sa nomination et affirmait avec aplomb : racheter massivement de la dette n'est pas possible car les statuts de la BCE ne le permettent pas ! Et d'ajouter : « la politique monétaire ne peut pas tout. C'est aux États de rassurer sur leur discipline budgétaire et leurs réformes structurelles ». Dans Les Échos, le nouveau patron de la Bundesbank, Jens Weidmann, dit exactement la même chose : « on ne surmontera certainement pas la crise de confiance actuelle... en violant la Loi ».

Ainsi après avoir été ridiculisé par Angela Merkel, auquel il n'opposait qu'une faible résistance, Nicolas Sarkozy est humilié par celui dont il a défendu la candidature à la présidence de la BCE. Mais il est vrai que lorsque l'on explique que l'Europe et la France ont besoin d'austérité et de « règle d'or », il est bien difficile de contredire, les véritables responsables économiques et politiques de la zone euro qui appliquent les conséquences concrètes d'un tel discours.

Cependant Nicolas Sarkozy n'est pas le seul à avoir été démenti par les déclaration de MM. Draghi et Weidmann. Francois-Hollande-casquette.pngEn effet, les maîtres de la BCE ont rappelé des évidences négligées avec trop de légèreté par François Hollande, candidat à la Présidence de la République Française. Les statuts de la BCE ne permettent pas en l'état de mener des actions qui sortiraient l'Union européenne et la zone euro de la spirale dépressive dans laquelle elle s'enfonce. Toutes les décisions qui avaient d'ailleurs été prises sous Jean-Claude Trichet étaient exceptionnelles et temporaires car hors traité donc illégales.

Le candidat, qui s'enfermait déjà dans l'annonce d'une austérité rose et d'une « règle d'or » post-présidentielles, était dans l'erreur en affirmant qu'on pouvait mettre en œuvre des solutions à la crise dans le cadre des Traités actuels, sans avoir à les modifier. Le traumatisme « hollandais » du 29 mai 2005 semble rendre François Hollande incapable (et pour le coup Martine Aubry avec lui) de s'engager dans une dynamique politique dont la France et l'Europe ont besoin. L'accord européen de Bruxelles est mauvais car il institutionnalise une austérité qui asphyxie l'Europe, mais le Traité de Lisbonne n'apporte aucune solution. Il faut donc changer de traité.

Une solution social-démocrate peut être présentée aux peuples européens :

  • zoneEuroPS.jpgmodifier les statuts de la BCE pour qu'elle intègre la croissance et l'emploi dans ses objectifs, qu'elles puissent émettre des eurobonds et monétiser les dettes souveraines des États membre de l'Union européenne ;
  • donner au parlement européen de nouvelles prérogatives pour qu'il puisse devenir le véritable représentant de la souveraineté populaire européenne, auquel serait soumis un gouvernement européen ;
  • doter l'Union d'un réel budget communautaire voté par le parlement européen, avec des recettes propres et une capacité d'emprunt qui permette d'en faire un levier économique.

Mais les Européens et les Français attendent encore qu'un candidat ou qu'une force politique progressiste prenne la mesure des besoins.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral du PS Val-d'Oise aux relations extérieures

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 13:47

Sur France inter ce matin (lundi 19 décembre 2011), le conseiller et ami préféré du candidat socialiste à l'élection présidentielle était interrogé sur une proposition inscrite dans le projet adopté ce week-end par Europe-Ecologie / Les Verts pour 2012 concernant l'encadrement des loyers.

MichelSapin.jpgMichel Sapin indiquait qu'il était normal que sur le logement socialistes et écologistes aient des propositions différentes. Alors rafraichissons lui la mémoire :

  • projet PS version longue : "nous élargirons la taxe sur les logements laissés vacants à l'ensemble des agglomérations dans les zones de pénuries [...]. Nous mettrons en place un encadrement des loyers lors de la première location ou à la relocation dans les zones de spéculations immobilière..." + 150.000 logements sociaux construits par an + seuil SRU à 25 % au lieu de 20 (amendes x 5) + règles des 3 tiers bâtis...
  • projet PS version courte : "nous agirons prioritairement sur les factures logement par un encadrement des loyers à la première location et à la relocation dans les zones de spéculation immobilières..." + 150.000 logements sociaux construits par an + seuil SRU à 25 % au lieu de 20 (amendes x 5) + règles des 3 tiers bâtis...
  • accord de majorité parlementaire PS-EELV : "Un objectif de construction de 500.000 logements par an dont 150.000 logements sociaux (dont 15 à 20% de logements très sociaux) [...] la taxe sur les logements laissés vacants sera renforcée et la loi de réquisition systématiquement appliquée. [...] nous renforcerons fortement les sanctions de la loi SRU et la part de logements sociaux à atteindre sera portée à 25%."
  • projet 2012 d'EELV : "Maîtriser les loyers en les encadrant à la relocation, en alignant les premiers loyers au niveau du quartier et en plafonnant les prix au m². Décréter immédiatement un moratoire de 3 ans sur les loyers." + construction de 500.000 logements par an dont 160.000 logements sociaux (dont 30.000 PLAI)...

Est-ce donc si différent ?

Rappelons également au passage que l'accord PS-EELV pour une majorité parlementaire est bien conçu pour la durée d'une mandature. En effet, si vous lisez attentivement, ne serait-ce que la première page du document, vous découvrirez écrit en gros "2012-2017" donc pas "5 ou 10 ans" comme l'a affirmé ce matin Michel Sapin.

Il y a urgence à ce que François Hollande et son équipe de campagne (qui décide unilatéralement qui sont les animateurs départementaux de sa campagne sans tenir compte de la réalité du terrain) se rappellent du projet des socialistes que le PS a mis patiemment 3 ans à élaborer. Ou alors nous ne pourrons voir dans les régulières dérives de ces dernières semaines qu'une anticipation des reniements à venir du candidat.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral du Parti Socialiste Val-d'Oise aux relations extérieures

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 11:04

Depuis plusieurs semaines, Bernard Guetta, journaliste et chroniqueur pour les questions internationales sur France Inter et à Libération, est amené à commenter régulièrement les évolutions rapides de la crise de l'euro, conséquence de la crise de système qui met à mal les économies occidentales.

On se souvient qu'il avait été sévèrement dénoncé lors de la campagne référendaire de 2005 pour une présentation que les partisans du NON au projet de TCE jugée excessivement partiale. Mais depuis plusieurs semaines, Bernard Guetta, européen et fédéraliste convaincu, a prononcé des chroniques courageuses et lucides, mettant en exergue la crise démocratique en cours qui ne risque pas seulement d'emporter la zone euro mais également toute la construction européenne.

Ainsi le jeudi 10 novembre 2011, dans sa chronique intitulée "La vraie menace pesant sur l'Union" : "On va vers un noyau dur fédéral mais le problème est que, parti comme c’est, ce fédéralisme à quelques uns ne sera pas politique mais uniquement économique. Ce n’est pas pour rien qu’on ne parle pas de «gouvernement économique» mais de «gouvernance commune» car elle n’aura de fédérale que le nom, totalement usurpé en l’occurrence. Le fédéralisme, c’est un exécutif et un législatif communs, une démocratie commune et non pas du tout des décisions et règles concoctées entre gouvernements nationaux à l’issue de compromis obscurs et qui s’imposeront aux peuples concernés sans qu’ils aient eu leur mot à dire. Non seulement ce vers quoi on se dirige n’est pas le fédéralisme mais ce n’est plus la démocratie. C’est un on ne sait quoi, inacceptable et dont l’inéluctable rejet menacera l’Europe autrement plus que ses dettes publiques."

De même, le jeudi 25 novembre "La cohérence allemande et le silence de la France" : "Ce que veut l’Allemagne, c’est qu’une modification des traités européens empêche à l’avenir un pays de la zone euro de trop s’endetter à l’abri de la monnaie unique et, lorsque cela aura été fait, alors, là, oui, peut-être, sans doute puisque cela se fait déjà et qu’il n’y a pas d’autre solution, les Allemands accepteront-ils que la Banque centrale déroge à ces règles, exceptionnellement, pour la première et la dernière fois, afin de résoudre la crise actuelle.

Le projet allemand est de faire de la rigueur budgétaire la religion de l’Union européenne et, dans le même temps, de lui faire faire un bond vers le fédéralisme économique et politique car cette crise est venue démontrer – c’est son bon côté – que l’Europe ne pouvait pas avoir une monnaie unique et 27 politiques économiques, fiscales, sociales et industrielles divergentes. [...]

Pour être cohérente et claire, la position de l’Allemagne est loin d’être indiscutable mais le fait est aussi qu’on n’en entend pas d’autres. Que pense, sur le fond, Nicolas Sarkozy ? On l’ignore. Il négocie, se dépense, s’escrime mais à quoi ? On ne le sait pas. On ne connaît pas sa vision d’avenir pour l’Europe, pas plus qu’on n’entend la gauche française, les autre gauches européennes, les autres gouvernements et le Parlement de l’Union en proposer une. Ce drame se joue dans un silence assourdissant que seule rompt la cohérence allemande."

Encore le 29 novembre, "Triste compromis pour l'Europe" : "La démocratie paraît partie pour régresser en Europe alors même que Nicolas Sarkozy aurait pu n’accepter le renforcement du Pacte exigé par Angela Merkel qu’en échange d’une progression de la démocratie européenne. Dès lors que nous déciderons ensemble de nos politiques économiques, aurait-il pu dire, il faut doter l’Union d’un exécutif procédant du suffrage universel paneuropéen, d’une démocratie parlementaire. C’eut été la logique. Il aurait pu l’obtenir de Berlin car le congrès de la démocratie-chrétienne allemande, de la droite au pouvoir, vient de se prononcer en ce sens mais il s’en est gardé par crainte de perdre ceux des électeurs de droite pour lesquels le fédéralisme est un chiffon rouge. C’est, peut-être, la sortie de crise mais il n’y a pas de quoi danser de joie."

Et le 2 décembre "Le double danger du compris Merkozy" : "En un mot comme en cent, le deal à venir est scellé : ce sera, comme prévu, l’Europe de la rigueur contre une intervention, conjoncturelle et non pas institutionnalisée, de la BCE en faveur des États en difficultés.

C’est une solution. Elle rassurera tous ceux qu’inquiétait la possibilité d’une évolution fédérale. Elle peut apaiser les marchés et contribuer, ainsi, à une sortie de crise. Elle contribuera également à conforter le candidat Sarkozy qui pourra faire valoir aux Français qu’ils ébranleraient cette construction en ne le reconduisant pas mais l’Europe – c’est le double danger de ce compromis franco-allemand – sera toujours plus identifiée à la rigueur budgétaire et sociale et toujours moins démocratique car ses politiques communes ne seront pas le fruit d’un choix des électeurs européens mais d’obscures tractations entre gouvernements qui pourront tous continuer à dire : «Ce n’est pas moi, c’est l’Europe». C’est une solution mais ce n’est pas forcément la meilleure."

Enfin le mardi 6 décembre, il pouvait décrire le manque de courage et d'alternative réelle "La gauche, la droite et l'Europe" : "L’une de gauche, l’autre de droite, les Français sont maintenant saisis de deux propositions pour l’Europe. Celle que le président de la République et la chancelière allemande ont détaillée hier avant de la soumettre, jeudi, aux autres dirigeants européens se résume au seul mot de rigueur. [...] Concession allemande aux objections françaises, ce n’est pas la Cour de Justice européenne, le pouvoir judiciaire, qui imposerait ces sanctions mais il faudrait, pour s’y opposer, une majorité qualifiée des 17 pays de l’euro. Cela suffit à assurer qu’elles seront prises et, parallèlement, les 17 s’engageraient, par cette même modification des traités, à introduire la «règle d’or» dans leur Constitution et à s’obliger ainsi à un retour progressif à l’équilibre budgétaire sous la surveillance de leurs Cours constitutionnelles. [...]

 

Présentée [...] par François Hollande devant le congrès des sociaux-démocrates allemands, elle est naturellement plus à gauche puisqu’elle prône des investissements communs dans la croissance, une politique industrielle commune, la taxation des transactions financières et l’augmentation des impôts indûment baissés ces dernières décennies. Ce n’est plus seulement la réduction des dépenses mais c’est pourtant aussi la rigueur puisque François Hollande souhaite refaire passer le déficit sous la barre des 3% dès 2013 et revenir à l’équilibre en 2017. Avec des remèdes sensiblement différents, l’objectif essentiel est bien sûr le même – l’assainissement des finances publiques – et ces propositions ont un second point commun.

L’une et l’autre passent à côté de la nécessité d’instaurer une démocratie européenne, de fédéraliser l’Union, dès lors que ses politiques économiques deviendront communes. Elles le font délibérément car la gauche et la droite restent tétanisées par le « non » de 2005 qu’elles attribuent, à tort, à une montée du souverainisme et non pas au refus, légitime, d’une Union ignorant la démocratie."

Bernard Guetta dessinait en creux ce dont a besoin la construction européenne pour dépasser la crise actuelle :

  • modifier les statuts de la BCE pour qu'elle intègre la croissance et l'emploi dans ses objectifs, qu'elles puissent émettre des eurobonds et monétiser les dettes souveraines des Etats membre de l'Union européenne ;
  • donner au parlement européen de nouvelles prérogatives pour qu'il puisse devenir le véritable représentant de la souveraineté populaire européenne, auquel serait soumis un gouvernement européen ;
  • doter l'Union d'un réel budget communautaire voté par le parlement européen, avec des recettes propres et une capacité d'emprunt qui permette d'en faire un levier économique.

Mais voilà, la chronique du 9 décembre (cliquez ici pour écouter) contredit les précédentes. Bernard Guetta craint-il finalement comme nombre de responsables politiques de fragiliser la construction européenne en dénonçant les voies suicidaires qu'elle avait prises ? Toujours est-il qu'alors qu'a été adoptée cette nuit à Bruxelles la logique qu'il dénonçait depuis plusieurs semaines, il salue désormais comme positive la conclusion de cet accord. Voilà un revirement regrettable et inexplicable. A moins que Hess et Val aient rappelé au chroniqueur que leur nomination dépendait de Sarkozy et qu'il ne fallait pas charger la barque, mais je ne veux pas y croire.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral aux relations extérieures du PS du Val-d'Oise

Chronique du 9 décembre 2011 de Bernard Guetta sur France Inter à 8h15 :

Ce n’est pas l’unanimité. L’accord conclu cette nuit à Bruxelles – car accord il y a eu, véritable et important accord – ne liera que les 17 pays de la zone euro et six autres membres de l’Union qui s’y sont joints.
La Hongrie et, surtout, la Grande-Bretagne font bande à part tandis que la Suède et la République tchèque réservent leur réponse. La Grande-Bretagne s’éloigne du cœur de l’Union mais, outre que cela ne nuira pas, et bien au contraire, à la poursuite de la construction européenne, les décisions prises cette nuit à Bruxelles sont maintenant susceptibles d’apaiser la tempête qui ébranlait l’Union depuis la crise grecque.
Fondamentalement, cet accord à 23 repose sur les propositions avancées lundi par la France et l’Allemagne. D’un coté, les pays de la monnaie unique s’engageront, par accord intergouvernemental, à ne plus dépasser le plafonnement de leurs déficits budgétaires et de leur endettement. Sous peine de sanctions quasiment automatiques, les pays de l’euro s’engagent à ne plus laisser se recréer les dérapages financiers qui avaient causé cette crise et, de l’autre côté, la Banque centrale européenne est implicitement autorisée à racheter de la dette des pays les plus affaiblis afin de calmer les marchés. La Banque centrale est implicitement autorisée à intervenir sur les marchés et cet élargissement de son rôle est d’autant plus marqué que c’est maintenant elle qui aura à gérer le fond de solidarité que l’Union avait déjà mis en place.
C’et un véritable accord, d’autant plus important qu’au fil des mois et des alertes, cette tempête avait déjà changé beaucoup de choses en Europe. Dos au mur, l’Union européenne avait commencé par s’asseoir sur ses traités en venant au secours de plusieurs de ses membres alors même qu’elle s’était interdit, à l’origine, toute solidarité financière au sein de la zone euro par crainte que la monnaie unique ne devienne le parapluie à l’abri duquel des Etats creuseraient leurs déficits.
Traités ou pas, des Etats s’étaient tout de même surendettés en profitant de la solidité de l’euro mais, traités ou pas, la solidarité avait tout de même prévalu  et la zone euro, dans l’urgence, l’avait pérennisée avec la création du fonds commun permettant d’épauler un Etat en difficultés et dont la Banque centrale aura désormais la responsabilité. Simple zone monétaire à sa naissance, la zone euro était déjà virtuellement devenue une zone économique en voie d’intégration et avait déjà acté – deuxième changement – la nécessité d’un pilotage commun de ses économies par ses chefs d’Etat et de gouvernements.
Cette gouvernance économique n’avait encore fait que s’esquisser mais sa logique était qu’elle puisse conduire les pays de l’euro à harmoniser leurs fiscalités, travailler ensemble aux conditions d’une relance et définir des projets d’investissements communs et même une politique industrielle commune dont le besoin est criant. C’était une virtualité mais elle devient une probabilité maintenant que l’accord de cette nuit fait émerger, au sein de l’Union, un groupe d’Etats décidés à renforcer leur intégration. Beaucoup plus qu’un plan de sauvetage, ce peut être un nouveau départ pour l’Union.

 

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 08:22

Évidemment, les saillies nationalistes et germanophobes d'Arnaud Montebourg, comparant Angela Merkel à Otho Von Bismarck, et de Jean-Marie Le Guen, comparant les voyages de Sarkozy en Allemagne à celui de Daladier se rendant à Munich, sont d'une bêtise crasse. Sous entendre ainsi que les dirigeants démocratiques d'une Allemagne exemplaire de ce point de vue serait des copies d'ancien dirigeants réactionnaires/militaristes ou nazis est naturellement une insulte qui n'apporte rien au débat politique. Dans le cas de Jean-Marie Le Guen, le ridicule est complet puisqu'en stipendiant les voyages de Nicolas Sarkozy en Allemagne, l'UMP pourra aussi bien lui rétorquer que François Hollande allant aujourd'hui à Berlin pour le congrès du SPD n'est pas en reste.

UnionEuropeenne-copie-2.JPGCependant, tous les voyages ne se valent pas, et sans insulter nos voisins et partenaires allemands, il existe un débat politique à mener avec eux concernant de nombreuses divergences dans l'approche de la construction européenne et dans les solutions politiques nécessaires pour répondre à la crise actuelle. Ce débat, Martine Aubry l'avait annoncé durant la campagne des primaires en rappelant qu'une fois élue Présidente de la République, elle aurait à l'engager sans fard avec Angela Merkel, en attendant que le SPD sous la conduite de Sigmar Gabriel puisse accéder au pouvoir en 2013 à la tête d'une coalition Rouge-Verte.

La crise actuelle est une crise de système ; les réformes libérales, que se sont volontairement imposées les Etats occidentaux durant les 35 dernières années, ont abouti au paroxysme d'une crise financière, économique et sociale, que les partis conservateurs et libéraux ont le toupet d'intituler "crise des dettes souveraines". Les assauts actuels des marchés sur les finances publiques posent crûment désormais la question de la crise démocratique, dont le premier soubresaut avait été le rejet légitime du projet de Traité Constitutionnel Européen par les Français et les Néerlandais, puis le rejet du Traité de Lisbonne par les Irlandais.

Les gouvernements mettent en place des politiques d'austérité - inefficaces au demeurant - sous pression des acteurs des marchés financiers et des agences de notations, alors qu'aucun suffrage civique n'est venu valider une telle option. Les gouvernements sont défaits et sont faits sans retour aux urnes car celui-ci est vécu comme un vecteur d'instabilité par les financiers. Le gouvernement d'union nationale en Grèce et le référendum avorté de Papandréou en sont une nouvelle fois une illustration criante, mais également l'installation du gouvernement technique de Mario Monti en Italie.

Il est évident que la zone euro ne peut pas continuer à être gérée sans un minimum de convergence économique, fiscale et sociale. Les écarts entre les Etats membres ne peuvent qu'être - en période de crise - source de tension et d'éclatement. Chacun des Etats seraient également soumis à une violente dégringolade économique si la monnaie unique venait à disparaître ; et l'Union européenne et la zone euro ont l'avantage de peser suffisamment sur l'économie mondiale pour engager une profonde réorganisation des rapports économiques mondiaux (pour peu que les Européens s'accordent dessus) pour qu'on décide non seulement de sauver la monnaie unique mais également d'en faire des outils politiques efficaces pour les Européens et sur la scène mondiale.

Sarkozy-Barroso-Merkel.jpgOr pour faire face à cet enjeu majeur, nous ne disposons pas aujourd'hui d'acteurs politiques qui prennent la mesure de la situation.

La régression Sarkozy

Alors que l'Union européenne et la zone euro souffrent d'un déficit démocratique majeur, les peuples ne se sentant pas associés à la construction européenne, Nicolas Sarkozy propose de revenir à un fonctionnement inter-gouvernemental, méthode dépassée car les négociations entre gouvernements européens dans un cadre aussi intégré que l'Union européennes ne peuvent prétendre suffisamment à l'onction démocratique nécessaire pour les citoyens européens se sentent engagés par des décisions lourdes de conséquences. Dans nos Etats européens, c'est un fait que l'intégration économique, la monnaie unique et les nombreux transferts de souveraineté ont affaibli les souverainetés nationales. Il n'est plus véritablement possible de revenir sur les transferts de souveraineté déjà engagés sans provoquer un délitement de l'Union et de nos économies respectives. Or si la souveraineté populaire ne trouve pas à s'incarner à l'échelle des décisions européennes, nous agrandirons encore le fossé entre les citoyens et l'Union européenne, et c'est bientôt la construction européenne elle-même qui sera mise en cause. A ce titre, les propositions de Nicolas Sarkozy sont non seulement un recul démocratique, y compris au regard du Traité de Lisbonne, mais également une stratégie suicidaire pour l'Europe.

L'impasse Merkel

Angela Merkel propose une autre impasse pour la construction européenne. Confrontés aux assauts et à la spéculation des marchés, engagés dans des politiques d'austérité inefficaces imposés de l'extérieur, les Etats européens ne sortiront pas de la crise sans un bol d'air financier. Or la Chancelière allemande propose de valider par traité des logiques économiques dangereuses et d'aggraver également le hiatus démocratique européen :

  • Elle exige un approfondissement des politiques d'austérité, alors que celles-ci ont déjà démontré leur incapacité à résoudre les crises. Notons au passage que l'Allemagne - du fait d'une situation économique complexe - s'est très longuement abstenue de respecter les critères de Maastricht qu'elle veut ériger en prison de fer pour les Etats européens ;
  • elle refuse en soi un changement de statut et de stratégie de la Banque Centrale Européenne, par l'émission des Eurobonds et le rachat direct des dettes souveraines, prétextant des questions de doctrines institutionnelles, mais jouant avant tout sur le "traumatisme" historique de l'hyper inflation allemande de 1923 ;
  • elle considère enfin que les Etats qui connaissent des difficultés financières sont laxistes et doivent être soumises à des sanctions juridiques de la Cour de Justice de l'Union Européenne (CJUE). C'est une logique institutionnelle purement allemande, de faire primer en toute chose le droit sur la politique quand c'est plutôt l'inverse en France et dans de nombreux autres pays européens (même si nous vivons également et heureusement sous régulation constitutionelle et juridique). Il y a là matière à débat institutionnel entre nous, mais qui n'autorise en rien les insultes et les raccourcis historiques ridicules.

Des solutions existent à gauche

Les acteurs actuels de ce que nous considérons à tort comme un couple ou un moteur franco-allemand doivent donc impérativement être remplacés si nous voulons sortir de l'ornière. Les élections allemandes ne se dérouleront pas avant 2013, mais on peut considérer que le Parti Socialiste français et le SPD allemande avaient entamé sous la direction de Sigmar Gabriel et de Martine Aubry un travail important qui a nourri les propositions alternatives du Parti Socialiste Européen. Les projets de ces différentes organisations politiques peuvent permettre d'envisager des solutions politiques efficaces à l'échelle européenne.

Les Grünnen ont également eu l'occasion d'infléchir une position initiale calquée sur le rigorisme budgétaire de la chancelière allemande sous l'influence d'Europe-Ecologie / Les Verts. Les positions fédéralistes et démocratiques des écologistes européens sont connues ; elles peuvent venir favorablement en appui d'une stratégie sociale-démocrate européenne refondée. En appui seulement, car les écologistes ont tout de même tendance à sous-estimer les logiques nationales.

Les positions de Jean-Luc Mélenchon sont assez floues. Le Parti Communiste Français avait fini par accepter le fait communautaire et commençait à intégrer que les luttes européennes pouvaient avoir des débouchés politiques. Mais l'ancien socialiste a sensiblement glissé d'un combat démocratique commun à une grande partie de la gauche française contre le projet de TCE, à une posture plus "souverainiste" proche de celle de Jean-Pierre Chevènement qui n'est en rien efficace.

Les craintes de François Hollande

FrancoisHollande.jpgLa position de François Hollande, candidat du Parti Socialiste et du Parti Radical de Gauche, doit être scrutée avec attention. Il peut porter l'alternance en France dès mai-juin 2012 et ainsi changer une bonne partie des paramètres du débat européen, notamment dans la relation qu'il inventera au moins pendant un an avec Angela Merkel. Martine Aubry lui avait tracé la voie, il a pris sans doute la mesure du dossier en se déplaçant deux semaines de suite à Bruxelles puis à Berlin ; mais François Hollande est aujourd'hui au milieu du gué si ce n'est ambigu.

Il a évidemment raison de fustiger l'aligement de Sarkozy sur les positions économiques de l'Allemagne. Il a également raison de dénoncer la procédure de sanctions économiques contre les Etats sous l'égide de la CJUE proposée par Merkel, comme son aversion contre-productive pour les Eurobonds. Nicolas Sarkozy courant après Angela Merkel, François Hollande pouvait aisément dénoncer l'impuissance du Président sortant, qui prétend à Toulon que Merkel et lui s'accordent sur l'essentiel et se fait désavouer/ridiculiser le lendemain par la Chancelière sur les eurobonds et la CJUE.

Mais François Hollande ne veut pas de nouveau Traité européen. Et là, il y a incohérence. Car sans nouveau traité européen, toutes les interventions de la Banque Centrale Européenne (BCE) sur les marchés pour soutenir la zone euro sont hors traité et de fait illégales. Sans nouveau traité européen, pas d'Eurobonds. Sans nouveau traité, le parlement européen ne peut acquérir de nouvelle prérogative et devenir le véritable représentant de la souveraineté populaire européenne. Sans nouveau traité pas de réel budget européen voté par le parlement européen, avec des recettes propres et une capacité d'emprunt qui permette d'en faire un levier économique. Sans nouveau traité, pas de réforme des statuts de la BCE et donc pas de prise en compte de la croissance et de l'emploi dans son action...

C'est parfaitement contradictoire avec les aspirations des socialistes français. Mais l'explication est psychologique et le candidat la donne dans son interview au Journal du Dimanche daté du 4 décembre : "J’ai à l’esprit l’expérience du Traité constitutionnel européen : des mois et des mois pour être négocié, puis pour être ratifié et autant pour être repoussé."

François Hollande n'a toujours pas digéré son échec de 2004-2005 sur le projet de TCE ; il est marqué par la défaite du OUI et le désaveu que le peuple de gauche avait alors infligé à la majorité des responsables socialistes. Un nouveau traité réveille donc sa crainte de subir une nouvelle fois cette campagne et cet échec. Mais c'est une erreur car cela impliquerait que les Français (et d'autres) ont repoussé les textes de Bruxelles et de Lisbonne par europhobie ou euroscepticisme : ce n'est pas le cas. Il faut présenter aux Européens une stratégie eurovolontariste sans argumentaire eurobéat. François Hollande doit donc prendre pleinement la mesure de la tâche et dépasser ses propres blocages. La gauche en a besoin pour gagner en 2012, les Français et les Européens attendent des solutions, des vraies !

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral du PS Val-d'Oise aux relations extérieures

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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 08:08

 

Notre pays connait une situation gravissime. Depuis 2007, l'ensemble de la planète financière a plongé l'économie réelle dans la crise - une crise durable qui met à vif tous les défauts du système, une crise du capitalisme financier dérégulé. Après quelques mouvements d'épaules et déclarations martiales en 2008 sur la fin des paradis fiscaux, sur le contrôle des banques d'affaires et la régulation des marchés financiers, force est de constater que ce sont les politiques et les États – dont tout le monde avait indiqué la renaissance en 2008 – qui se retrouvent le couteau sous la gorge.

Les troubles économiques et financiers ne sont pas totalement abstraits ; ils ont en tout cas des résultats très concrets : allez demander aux Grecs, aux Espagnols, aux Portugais ce qu'ils subissent depuis des mois... allez demander aujourd'hui dans les cortèges londoniens comment se sentent les centaines de milliers de grévistes britanniques face à l'énième attaque du gouvernement conservateur contre les services publics... allez demander aux 30.000 chômeurs français supplémentaires (la courbe vient de repasser au-dessus des 10 % d'actifs n'ayant pas du tout travaillé dans le mois) comment ils vivent la situation... allez même demander aux entreprises et aux collectivités comment elles vont boucler leurs trésoreries quand les banques expliquent qu'elles n'ont plus assez de liquidité pour prêter, y compris à des entités considérées comme financièrement saines...

Les marchés financiers spéculent sur les dettes souveraines, qui ont pour origine trois facteurs essentiels :

  • le choix fait depuis les années 1970 de financer les États sur les marchés et non par les banques centrales ;

  • le choix politique, volontariste, sous l'influence de la "révolution" reagano-thatchérienne, libérale et anti-fiscale, des gouvernements de couper dans les recettes fiscales ;

  • les milliards d'euros engagés en 2008-2009 pour sauver le système bancaire...

Les projets politiques de Sarkozy et Merkel mettent en péril la construction européenne

Aujourd'hui, les États sont dans une seringue aggravant les politiques d'austérité déjà mises en œuvre, sous l'influence des grands groupes financiers, des agences de notation et d'instances internationales dont les vieilles lunes libérales sont l'unique boussole. Il ne s'agit pas ici de dire qu'il faut supprimer les agences de notation - nous en auront toujours besoin - mais de dire que si les pressions sont fortes, il n'est pas encore interdit d'envisager des sorties de crise.

Les attaques contre la zone euro nécessitent une réponse. Les défauts des institutions européennes, tels qu'ils sont aujourd'hui dénoncés (BCE corsetée dans son action - rappellera-t-on assez que toutes les interventions de la BCE sur les marchés en ce moment sont totalement hors traité ? -, illisibilité politique, technocratie, démocratie anémiée), valident a posteriori les arguments des NONistes de 2005. Il est évident qu'un espace économique réuni au sein d'une même monnaie doit être régi par un gouvernement commun qui mène une politique économique, cette politique économique devant être validée par la souveraineté populaire, c'est-à-dire par des élections.

Mais voilà, Angela Merkel – en retrait sur ce point des propres positions de son parti politique, la CDU – a imposé dans le débat une révision des traités qui entérine une aggravation du déni démocratique de la construction européenne : renforcement d'un pacte européen d'austérité pourtant inapplicable et inefficient, sanctions automatiques pour les États "laxistes", et peut-être (ce n'est pas encore sûr) rachat des dettes des États par la BCE... Tout cela sans aucune intervention de la souveraineté populaire et de la démocratie. Nous assistons donc à un transfert de pouvoir d'une souveraineté nationale devenue inefficiente dans la mondialisation vers des institutions européennes toujours plus technocratiques, sans qu'à aucun moment la souveraineté populaire soit rétablie au niveau européen. Ce n'est pas un gouvernement économique qui va être mis en place, c'est une gouvernance technique de la zone euro, mot horrible.

Il paraît peu probable que Nicolas Sarkozy aurait plaidé avec les cadres de la CDU allemande auprès de la Chancelière pour une solution visant à restaurer une part de souveraineté populaire au niveau européen. La droite française vit et cultive pire qu'un déni de réalité, elle développe des mensonges. Le sauvetage de la zone euro par une gouvernance technocratique serait par le petit détour d'une perte de souveraineté nationale une restauration de la souveraineté amputée par nos dettes. La droite française ne veut toujours pas entendre parler d'un véritable fédéralisme démocratique européen. Et face au sentiment de perte de puissance de l’État-Nation, les portes-flingues de Nicolas Sarkozy - Claude Guéant, la droite populaire - développent une rhétorique nationaliste de bas étage. C'est ainsi qu'il faut entendre le discours du ministre de l'intérieur qui annonce qu'il y a "trop d'étrangers en situation régulière" en France.

Nicolas Sarkozy sait que la situation sociale, économique, que les évolutions européennes du moment nourrissent les arguments du Front National et d'une Marine Le Pen dont les niveaux dans les sondages n'ont jamais été aussi élevés à 6 mois de l'élection présidentielle. Le Président sortant veut rameuter pour lui-même au premier tour une partie radicalisée de son électorat et s'assurer pour le second un report de voix qu'il juge aujourd'hui insuffisant (un tiers pour le moment annoncé) en provenance de l'électorat frontiste. D'une certaine manière, Nicolas Sarkozy tente maladroitement copier la stratégie de Mitterrand, c'est-à-dire de rassembler son camp, mais il prend aussi le risque de légitimer le discours de l'extrême droite. Pour l'instant sa remontée dans les sondages – dûe à un rétablissement de sa parole médiatique, de manière mécanique après les primaires socialistes – semble interdire un 21-Avril à l'envers, mais n'oublions pas que le FN est rarement là où on l'attend.

Le rassemblement de la gauche - et lui seul - doit nous guider dans les campagnes de 2012

La situation est donc grave économiquement, elle est grave politiquement. La gauche aurait ainsi de quoi se mettre sous la dent pour enfoncer le clou et démontrer devant les Français l'impérieuse nécessité du changement. Le principal candidat de la Gauche – François Hollande – devrait utiliser son temps à rassembler son camp en s'appuyant sur la dynamique des primaires et un parti remis en ordre de marche par l'action de sa première secrétaire.

Mais le candidat socialiste ne profite pas de ses atouts. Depuis le 16 octobre 2011, d'abord parce que les médias sont « contraints » de rattraper le retard de temps de parole accumulé par la majorité présidentielle, François Hollande court derrière l'agenda médiatique du Président sortant. Ce fut le cas pour son intervention télévisée au journal de France 2, alors qu'il ne devait reprendre la parole que le 20 novembre devant les Jeunes Socialistes, indiquant qu'il voulait donner du sens à la rigueur. C'est le cas pour son rendez-vous à AREVA dans les jours à venir pour répondre aux attaques (par ailleurs fallacieuses) du président de la République sur le nucléaire.

Les difficultés sont surtout importantes dans la manière que son équipe de campagne et lui-même ont de gérer les relations avec les partis de gauche. Je ne reviendrai pas sur l'épisode désastreux de la signature de l'accord de majorité parlementaire et électoral entre le PS et EELV, qui fut « corrigé » après coup à la demande du candidat et de ses proches.

Mais le lundi 28 novembre 2011, François Hollande a fait sur BFM TV plusieurs déclarations qui n'ont pas manqué de provoquer la colère à gauche :

  • François Hollande ne serait « pas le candidat d'un parti » ;

  • François Hollande n'appliquera s'il est élu que les parties qu'ils jugent « essentielles » dans l'accord PS-EELV ;

  • François Hollande a clairement envisagé que François Bayrou, président du MODEM, appartienne à la majorité présidentielle si jamais ce dernier appelait à voter pour lui au 2nd tour.

Ces déclarations appellent donc trois commentaires.

François Hollande devrait comme ancien premier secrétaire du Parti Socialiste et comme concurrent victorieux des primaires citoyennes organisées par le Parti Socialiste être un peu respectueux du PS, dont les militants sont appelés à faire sa campagne, en tant qu'organisation mais aussi respectueux des engagements que prend celui-ci. Le projet du PS contient par ailleurs, avec le travail réalisé en commun dans le PSE, les pistes des solutions alternatives à la politique et aux projets de Merkel et Sarkozy. Plutôt que de mépriser ainsi le PS, son travail et donc ses militants, il conviendrait qu'il s'inspire du travail réalisé pour s'exprimer enfin sur un sujet sur lequel il est attendu.

François Hollande, nonobstant le triste épisode du MOX, a validé l'accord PS-EELV ; il devrait donc considérer également l'accord passé avec les écologistes avec un peu plus de respect sinon c'est sa parole qui sera entachée d'inconstance.

François Hollande sait parfaitement que la participation du MODEM à une majorité de centre-gauche est un casus belli au sein de la gauche française et même du PS. Casus belli dont s'est immédiatement emparé Jean-Luc Mélenchon. Quel intérêt avait-il à faire une telle déclaration, alors que François Bayrou présente des propositions politiques contraires au projet socialiste ? Si M. Bayrou préfère faire battre Nicolas Sarkozy en votant Hollande au 2nd tour, grand bien lui fasse, mais on ne bâtit pas une politique commune, une majorité commune sur le seul rejet d'un président sortant. Ces affirmations du candidat socialiste ne sont pas à la hauteur de l'enjeu.

Aujourd'hui, bien que François Hollande soit encore crédité d'une très forte avance au 2nd tour sur Nicolas Sarkozy, l'écart entre le principal candidat de droite et le principal candidat de gauche a fondu. Mais 47 % des Français déclarent aujourd'hui ne vouloir ni de Sarkozy ni de Hollande comme président de la République, c'est un signal inquiétant. François Hollande et ses équipes doivent se ressaisir ; le projet du PS permet de proposer des solutions pour sortir de la crise économique, de la crise sociale, de la crise démocratique et de la crise européenne ; le projet du PS peut être surtout la base du rassemblement de la gauche, seule garantie de sa victoire en mai et en juin 2012. Il est temps que de hauts dirigeants du Parti Socialiste lui rappelle ces faits incontournables... pour le bien du pays.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral aux relations extérieures du PS Val-d'Oise

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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 07:48

Depuis plusieurs semaines, il se prépare un tour de passe-passe dont les conservateurs et les libéraux européens ont le secret, avec souvent la participation active d'une partie des médias (heureusement certains ont tiré les leçons du 29 mai 2005).

Ainsi les dirigeants européens auraient pris la mesure de la situation et décidé qu'il n'était plus suffisant de coller des rustines sur une jambe de bois. Enfin, nos gouvernants auraient choisi d'agir pour sauver 1- la zone euro et 2- la construction européenne.

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy se seraient accordés sur la modification des Traités pour résoudre les incohérences qui seraient à la base de la crise actuelle de la zone euro. Dans un dialogue à trois avec le président de la commission européenne, José Manuel Barroso, et en oubliant quelques autres partenaires européens, un certain nombre de propositions seraient intégrées :

  • organiser « une convergence des politiques économiques, budgétaires et fiscales » des pays de la zone euro ;
  • instaurer des sanctions économiques automatiques contre les pays ne respectant pas le Pacte de stabilité ;
  • donner à la Cour de Justice européenne un rôle de garant du respect de ce Pacte ;
  • prévoir une procédure de soutien aux pays en difficulté et prendre acte de la création du Fonds monétaire européen qui aurait les moyens d’une solidarité financière conditionnelle ;
  • établir une procédure de sortie d’un pays de la zone euro...

Barroso et Sarkozy soutiendraient la création à terme d'euro-obligations face aux risques de crise de la dette, ce que refuse encore les Conservateurs allemands, mais en revendiquant en échange pour la Commission un droit d'intrusion renforcé dans les budgets nationaux pour démontrer à Angela Merkel leur sérieux austère.

Il est par ailleurs surprenant à cet effet que ce soit la Chancelière allemande qui donne des leçons de perfection financière et budgétaire, lorsque l'on sait la dette allemande est de loin la plus importante de la zone euro.

Outre que la crise financière actuelle est improprement appelée "crise des dettes souveraines" - car il s'agit en fait d'une crise politique conséquence de près de 40 ans de choix de désaisissement des outils de la puissance publique à quelque échelle que ce soit (notamment en supprimant des recettes) -, ces propositions constituent un véritable hod-up démocratique, un attentat contre la souveraineté populaire européenne, qui risque d'élargir plus encore le fossé entre les citoyens et les institutions européennes qui conduisent (mal) la construction européenne.

Un Traité sur ces bases devra être rejeté par le peuple. Il n'est en rien porteur du fédéralisme et ce que nombre d'entre nous appellent de leur voeux les Etats-Unis d'Europe ou la République Sociale Européenne.

Voilà ce qui doit être mis en oeuvre pour sauver la construction européenne :

  • la nomination de la Commission doit être soumise à une majorité politique définie au sein du Parlement européen, dont les membres doivent être désignés selon le même mode de scrutin dans tous les pays européens ;
  • la Commission doit devenir sur ces bases un véritable gouvernement européen qui travaille à l'harmonisation fiscale et sociale de l'Union européenne et qui favorise la convergence des politiques industrielles européennes pour éviter l'accroissement du fossé entre les situations économiques des Etats européens et de la zone euro ;
  • la Banque centrale européenne doit prendre en compte dans ses statuts la croissance et l'emploi, ses statuts doivent pouvoir être modifiés par le Parlement européen et le Conseil européen (à la majorité qualifiée) ;
  • la Banque centrale européenne doit pouvoir émettre des eurobonds afin de racheter le cas échéant la dette des Etats européens ;
  • l'Union européenne doit pouvoir se doter d'un véritable budget pour financer des grands projets unificateurs, fondé sur la possibilité d'emprunter et surtout sur des recettes venant des Etats mais avant tout indépendantes (notamment la taxe sur les transactions financières). Ce budget fédéral serait voté par le Parlement et incarnerait effectivement concrètement la réalité du projet fédéral européen ;
  • les parlements nationaux seraient seuls maîtres des budgets nationaux, les contraintes des 3% du PIB comme maximum du déficit ne seraient valables qu'en période de croissance économique.

Voilà un programme que devrait porter la gauche européenne. Sans cela, l'Europe ira dans le mur Traité Merkozy ou pas.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral aux relations extérieures du Parti Socialiste du Val-d'Oise

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 07:57

Rappelons-nous de l'état dans lequel était le Parti Socialiste au lendemain du congrès de Reims et des 11 ans de premier secrétariat de François Hollande.

Deux élections présidentielles perdues face à un président et/ou une majorité sortante impopulaires ; un parti dépourvu de projet, replié sur lui-même et dans les collectivités territoriales qu'il "détenait", incapable de parler à la société, aux syndicats, aux intellectuels, aux universitaires, aux associations ; un parti coupé de tous ses partenaires habituels, écologistes, radicaux et communistes ; un parti qui ne fonctionnait plus que sur le mode de conflits entre personnalités plus ou moins compétentes ou plus ou moins médiocres ; un parti qui se satisfaisait de la "cohabitation territoriale" (le mot est de François Hollande), suffisamment heureux qu'il était de gagner les élections intermédiaires...

Le déroulement du congrès de Reims fut l'acmée de cette lente et délétère dérive. Ségolène Royal, symbole de la transformation du PS en un mix de club d'élus locaux et de club de supporters, était à deux doigts de devenir Première secrétaire du PS ; le parti subissait la scission, même restreinte, d'une partie des amis de Jean-Luc Mélenchon, de Marc Dolez et d'Utopia, partis fonder le Parti de Gauche ; le congrès était incapable d'accoucher sur un texte final majoritaire, dont le PS n'avait pas d'orientation politique ; le duel de second tour entre Martine Aubry et Ségolène Royal se soldait par la victoire de la première, séparée de la seconde par une petite centaine de voix, avec des accusations croisées de fraudes électorales.

La machine ne pouvait qu'être difficile à remettre en marche. Martine Aubry avait fait adopter un petit viatique pour structurer une majorité interne autour de la motion D (Aubry, Fabius, Cambadélis), de la motion C (Hamon, Emmanuelli) et d'une partie de la motion A (Delanoë). Un secrétariat national de combat était mis en place. Mais nous avons continué à payer 11 ans d'immobilisme et le congrès de Reims jusqu'aux élections européennes de juin 2009 qui furent une cinglante défaite pour le PS.

La direction du PS autour de Martine Aubry releva le gant et amorça un long travail de reconstruction :

  • reconstruction d'une orientation politique avec plusieurs conventions thématiques offensives ;
  • reconstruction d'une relation intense avec la société civile et les intellectuels pour approfondir notre réflexion et asseoir nos propositions ;
  • reconstruction d'une relation de travail, sinon de confiance, avec nos partenaires politiques (écologistes, radicaux, citoyens, communistes) ;
  • mise en oeuvre d'un chantier de rénovation profonde de nos pratiques politiques...

En juin 2011, le projet socialiste était adopté à l'unanimité du conseil national du PS (même si certains autour de l'actuel candidat socialiste camouflaient déjà leurs récrimininations) ; le mode de désignation du candidat socialiste était sur les rails ; la stratégie politique du PS était limpide, fondée sur le rassemblement de la gauche (avec en priorité Europe-Ecologie/Les Verts - EELV).

Les primaires citoyennes ont entre temps eu lieu. Elles ont été un succès populaire réel puisque près de 3 millions de concitoyens sont venus voter pour désigner le candidat socialiste et radical de gauche. François Hollande est sorti vainqueur de cette primaire face à Martine Aubry, il est légitime pour conduire les socialistes à l'élection et tous désormais espèrent que la gauche dans son ensemble se montrera capable de mettre à la retraite Nicolas Sarkozy.

* * *

AubryDuflotC'est pourquoi le spectacle donné à gauche depuis deux jours est profondément affligeant. Alors que le Parti Socialiste avait remonté son handicap dans l'opinion, et notamment à nouveau convaincu de la force de ses principes et de ses convictions, les multiples contradictions autour de l'accord qu'il a signé avec EELV entâchent terriblement son image.

  1. alors que la France fait face avec l'Europe à une grave crise financière, économique et sociale - ce qui est finalement une crise de système - le candidat socialiste et ses premiers partisans n'ont trouvé rien de mieux pour démontrer leur "fermeté" (histoire de compenser la mollesse supposée de François Hollande) que d'être d'une intransigeance radicale avec EELV, quand il faudrait être intransigeant avec les dérives actuelles des acteurs financiers et face à la droite. Nous avons donné l'impression de ne pas vouloir de rassemblement à gauche et donné corps à l'idée qu'une partie des socialistes envisageaient à nouveau un accord politique avec le centre en rechange ;
  2. alors que François Hollande avait pour tâche de rassembler la gauche, il a fallu que, mardi 15 novembre, Martine Aubry, redevenue Première secrétaire du PS, vienne conclure elle-même l'accord avec Cécile Duflot, secrétaire nationale d'EELV, qu'avait mis dans l'impasse Michel Sapin et les amis du candidat ;
  3. alors que l'accord est signé par les deux responsables en chef des partis concernés, lors du bureau national du Parti socialiste du mardi 15 novembre en fin de journée, les amis de François Hollande retirent du texte signé les éléments concernant l'arrêt du retraitement du MOX à La Hague, déchet nucléaire extrêmement dangereux. On apprendra plus tard qu'AREVA ou EDF seraient intervenus auprès de certains responsables du PS ;
  4. alors que tous (ou presque) les socialistes disaient s'accorder sur la nécessité d'un accord de rassemblement de la gauche et d'un contrat de gouvernement (stratégie revendiquée dans les textes du PS), les élus parisiens - au premier rang desquels Anne Hidalgo et Bertrand Delanoë - dénoncent la réservation de circonscriptions parisiennes gagnables pour les écologistes et s'en prennent avec une rare violence verbale à la Première Secrétaire du PS.

Ces évènements déplorables, accumulés en 48 heures, avec en dernier rebondissement le rétablissement du paragraphe sur le MOX dans le texte de l'accord, sous la condition d'un "plan de reconversion [...] permettant de maintenir le nombre d'emplois", posent de nombreuses questions.

Militants socialistes comme militants des organisations partenaires, nous sommes tous désormais confrontés à l'incertitude sur l'actualité ou la caducité du projet socialiste adopté définitivement en juin 2011 : depuis la désignation de François Hollande comme candidat du PS et du PRG, ses amis n'ont eu de cesse de remettre en cause les principales orientations politiques de ce projet, en premier lieu sur la stratégie économique, la stratégie européenne et la transformation écologique de l'économie française. Négocier avec les socialistes devient pour tout le monde un exercice d'une rare insécurité puisque plus personne ne connaît la référence programmatique valable.

Depuis la désignation de François Hollande comme candidat du PS et du PRG, nombre de ses amis ont décidé que c'était désormais eux qui faisaient la pluie et le beau temps dans la vie du parti au mépris des instances du PS et des règles de fonctionnement de celui-ci. D'aucuns réclamaient donc une modification de la composition du secrétariat national du PS ou la tête du porte-parole Benoît Hamon, affichant ainsi devant l'opinion publique la défiance qu'ils avaient vis-à-vis du PS. C'était tout simplement nier les principes de loyauté et de responsabilité qui habitent les dirigeants du PS, quelle que soit leur responsabilité. Ici ou là, ils ont multiplié - et multiplient toujours - les pressions pour favoriser la désignation de candidats inféodés pour les élections législatives, alors que c'est aux militants du PS de désigner démocratiquement leurs candidats aux législatives. Il faut donc croire que pour quelques uns des amis de François Hollande les 9 & 16 octobre derniers, ce n'était pas les primaires citoyennes mais un congrès du PS qui se déroulait.

Pire que cela, nous pouvons tous avoir une interrogation morale ! Martine Aubry, première secrétaire du PS, a conclu les négociations et signé avec Cécile Duflot, secrétaire nationale d'Europe-Ecologie/Les Verts un accord politique ; c'est un engagement fort au nom de tous les socialistes. La Realpolitik veut que l'on puisse douter dans le moyen ou long terme de la fermeté de certains engagements, face à la "dure réalité" de l'exercice du pouvoir, mais là un seuil navrant a été franchi : la valeur de cette signature n'a pas tenu 12 heures avant que les proches du candidat modifient dans le dos de tous le texte qui avait été signé ; par la même, ils salissaient le PS et sa première secrétaire, ils insultaient tous les socialistes et leur sens des valeurs et de l'honnêteté en politique.

Enfin, les grands élus locaux socialistes démontrent une nouvelle fois qu'ils n'ont cure de l'enjeu majeur du changement de majorité. A Lyon comme à Paris, leur préoccupation essentielle consiste au contexte de préparation des élections locales et non au condition du changement en France et en Europe.

Comment !? Cécile Duflot, candidate dans la 6e circonscription à Paris ?! Des écologistes dans des circonscriptions de gauche à Lyon ?! Mais c'est une attaque directe contre les municipalités socialistes ?!?

Nous avons toujours voulu un contrat de gouvernement avec les écologistes. Un contrat de gouvernement s'accompagne d'un accord électoral avec les écologistes, un accord électoral qui leur garantisse un groupe parlementaire alors que le mode de scrutin actuel ne le permettrait pas naturellement car il est insuffisamment démocratique selon nos propres canons socialistes. Il était évident que des circonscriptions anciennement socialiste, ou dans tous les cas très favorables à la gauche, seraient réservées pour nos partenaires ; sinon c'était mentir à EELV c'était mentir devant l'opinion publique. Il était évident que des territoires symboliques pour la gauche ferait l'objet de cet accord électoral. Il faut donc assumer pleinement celui-ci et cesser de donner à penser que les élus socialistes ne seraient rien d'autres que des barons, d'un parti qui n'auraient plus de socialiste que le nom.

Nous n'avons pas travaillé autour de la Première Secrétaire dans la direction nationale et dans les directions départementales du PS pour voir dilapider ce travail et ces acquis précieux, au premier rang desquels se trouvent la restauration d'une image positive et progressiste du Parti Socialiste. Il est temps que tous reprennent le sens des responsabilités ; les dirigeants socialistes portent la responsabilité majeure de conduire toute la gauche à la victoire en mai et en juin 2012. Ils ne doivent pas décevoir. Cela suffit de perdre des élections imperdables, il est temps de changer la France, de changer la République et de changer l'Europe.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral aux relations extérieures pour le Parti socialiste du Val-d'Oise

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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 07:59

liberte-de-la-presse1.jpgEn 2005, lors de l'affaire des caricatures de Mahomet, l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo avait fait sensation en publiant en couverture une excellente caricature de Cabu mettant en scène un Mahomet déprimé, la tête dans ses mains, se plaignant : "c'est dur d'être aimé par des cons" (évidemment par cons il faut entendre les intégristes qui disent l'aimer comme prophètes, pas l'ensemble des musulmans).

Au lendemain de l'attentat dont ses locaux ont été victimes, l'équipe rédactionnelle de Charlie Hebdo doit se dire à peu près la même chose. L'incendie des locaux du journal est une violation, une attaque évidente contre le principe de la liberté de la presse et il est naturel que l'hebdomadaire reçoive le soutien des démocrates, quelles que soient l'avis que l'on puisse porter sur la qualité du journal (pour ma part, je n'ai pas cédé à caricature de me précipiter pour acheter un Charia Hebdo - pas forcément de très bon goût, mais après tout il paraît que c'est ça la libre-pensée ; si France Soir, qui est un mauvais quotidien, était attaqué, je défendrai sa liberté, mais je n'irai pas plus l'acheter).

Personne ne s'étonne que la gauche radicale, la gauche parlementaire ou la droite républicaine apportent donc leur soutien à un journal devenu le symbole de la liberté de la presse. Mais on est plus sceptique devant le soutien apporté par une Marine Le Pen, en visite sur le Capitole, ou par Claude Guéant qui en a profité pour présenter quelques amalgames.

Concernant Marine Le Pen, les ficelles de la manipulation et de l'instrumentalisation sont extrêmement visibles : la nouvelle madonne de l'extrême droite française a depuis longtemps maquillé son discours anti-immigrés et anti-musulmans sous un vernis de pseudo-défense de la laïcité. Dénoncer l'intégrisme musulman équivaut pour elle à dénoncer l'Islam, défendre "l'identité française", celle qui ne saurait tolérer selon elle les prénoms arabes, berbères, turcs ou africains dans l'Etat-civil républicain.

Avec Claude Guéant, c'est évidemment plus insidieux. Le rôle du ministre de l'intérieur est évidemment de défendre les citoyens contre la violence illégitime, de défendre les principes républicains contre les atteintes dont ils sont victimes. Mais le ministre de l'intérieur sait comme toujours salir la République par des additions discursives dont il a le secret. Hier donc, nous avons appris que Charlie Hebdo était victime d'un attentat (allez on accordera au ministre de l'intérieur que c'est probable, même si l'enquête n'a rien dit encore...) ; interrogé pour savoir s'il était "difficile de critiquer la religion en France aujourd'hui" alors que des catholiques intégristes manifestent depuis plusieurs jours devant le Théâtre de la Ville où se joue la pièce Sur le concept du visage du fils de Dieu, Claude Guéant a souligné que ceux-ci "protestent, expriment aussi une opinion, ils ne brûlent pas".

La belle affaire donc... Claude Guéant vient d'un coup de tordre le coup à l'hypothèse d'un complot d'extrême droite qui ferait croire que des méchants musulmans auraient attaqué Charlie pour retourner la colère populaire contre les musulmans et attirer vers l'extrême droite les électeurs (pourtant ça s'est déjà vu des coups tordus). Et en même temps, le ministre de l'intérieur nous explique donc qu'il y a des gentils intégristes qui "ne brûlent pas", alors que vraissemblablement des méchants intégristes existent et qu'ils sont eux assurément islamistes. CQFD.

Notons par ailleurs que depuis hier matin, il est déjà indiqué, sans même que l'enquête ait eu lieu, que l'attentat dont a été victime Charlie Hebdo serait le fait d'islamistes. C'est possible, il est évident que le site de Charlie Hebdo a été victime de hackers islamistes, de même que sa page Facebook, pour l'attentat on verra.

Enfin, rappelons que les gentils intégristes catholiques ont obtenu la paroisse de Saint-Nicolas-du-Chardonnet par une action violente d'occupation contre les autorités officielles de l'Eglise Romaine. Rappelons surtout que les gentils intégristes catholiques avaient mis le feu dans la nuit du 22 au 23 octobre 1988, au cinéma Espace Saint-Michel à Paris, qui diffusait l'excellent film La dernière tentation du Christ de Martin Scorcese. Claude Guéant doit se dire que les gentils intégristes catholiques ont changé et que le seul mal qu'ils feraient aujourd'hui serait de faire de la publicité à une mauvaise pièce de théâtre.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral aux relations extérieures du Parti Socialiste du Val-d'Oise

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Published by FARAVEL - dans Société
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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 08:09

EUSE.jpgLe Premier Ministre grec, Georges Papandréou, a annoncé "par surprise" lundi soir sa décision de soumettre à référendum l'accord sur l'aide de l'Union Européenne et du FMI à la Grèce. Depuis la nuit de lundi à mardi, tout ce que l'Europe et l'Occident compte de bonnes âmes néo-libérales hurlent à la trahison. Les bourses européennes s'effondrent (mais pas qu'elles puisque Tokyo a ouvert en baisse de plus de 2%) ; les taux d'intérêt de la dette italienne dépasseraient désormais les 6% ce qui devriendrait insoutenable ; Nicolas Sarkozy et Angela Merkel annoncent à mot couvert que de la seule faute de Georges Papandréou la zone euro serait dangereusement atteinte et que les prêts consentis précédemment à la Grèce et qui devaient être versés dans les prochains jours pourraient être suspendus.

Rappelons tout de même que la "catastrophe", déclenchée par celui que Mme Parisot a eu le bon goût de qualifier d'"anormal" et de "pas loyal", était déjà en cours avant l'annonce du Premier Ministre grec. Les bourses avaient recommencé à flancher, les taux d'intérêt de la dette italienne s'étaient déjà emballés, la zone euro était déjà en danger et souffrait d'un grave défaut de gouvernance. Par contre, il faudra rappeler à Mme Merkel et M. Sarkozy que les gouvernements (sauf à se considérer comme monarque de droit divin) sont l'émanation des peuples et qu'ils négocient en leur nom. Il est donc logique qu'à un moment on leur rende des comptes. Aussi, le chantage merkozien sur la délivrance des fonds décidés lors de l'accord de juillet 2011 parce que le gouvernement grec soumettrait au peuple l'accord de fin octobre est particulièrement indécent. Si quelqu'un rompt le contrat en l'occurrence, il s'agit bien du Président français et de la Chancelière allemande, pas du Premier Ministre grec.

A ce stade, il convient de préciser que je ne suis pas un profond défenseur du référendum, même affublé du qualificatif d'initiative populaire. Cette procédure est nécessaire quand il s'agit d'adopter une constitution mais elle est extrêmement réductrice voire populiste pour régler les affaires gouvernementales.

Toujours est-il qu'il est bon de rappeler la situation dans laquelle se trouvait le Premier Ministre grec, par ailleurs Président de l'Internationale Socialiste. M. Papandréou est arrivé aux affaires avec le PASOK après la débâcle du parti de la droite conservatrice "Nouvelle Démocratie" en 2009. L'économie battait de l'aile du fait de la défaillance de la droite et les socialistes grecs arrivaient aux affaires avec un programme de relance de gauche (pour ceux qui étaient à La Rochelle cet été et qui ont eu la chance de participer à l'atelier sur la crise européenne et d'entendre le tableau brossé par un professeur de l'université d'Athènes, ancien eurodéputé du PASOK, ils peuvent passer au paragraphe suivant). C'est lors de la mise en oeuvre de ce programme que le gouvernement Papandréou a découvert la situation réelle du pays : le gouvernement "Nouvelle Démocratie" avait maquillé les finances grecques avec la complicité de Goldman-Sachs et l'aveuglement bienveillant et volontaire de la Commission européenne de José Durao Barroso.

S'en suivit une longue descente aux enfers des socialistes grecs, contraints par les marchés et leurs généreux partenaires gouvernementaux européens d'appliquer des plans d'austérité qu'ils n'avaient pas choisis et qu'ils auraient même combattus s'ils avaient été en campagne électorale, sous peine de de ne pas être soutenus. Vive la solidarité européenne ! Quant à la nécessité d'effacer une partie de la dette grecque, les gouvernements européens s'y sont refusés réellement jusque fin octobre. Evidemment les effets des politiques d'austérité ont eu le résultat prévisible : l'économie grecque s'est effondrée, le gouvernement s'est trouvé de moins en moins en capacité de rembourser ses emprunts, la situation sociale s'aggravant et provoquant des troubles publics presque insurrectionnels. La réponse des Européens bien que lente a toujours été constante : "il faut plus d'austérité"... Une fois le malade mort en effet, il y a fort à parier qu'il ne soit plus malade.

Les députés socialistes grecs se faisaient insulter dans la rue ; le président de la République grecque a dû fuir les célébrations de la fête nationale à Salonique récemment. Mais quelle serait l'alternative au PASOK ? La "Nouvelle Démocratie", alliée de Sarkozy, Merkel, Barroso et Cameron, qui a maquillé les comptes, et qui annoncent qu'elle dénoncera tous les accords financiers si elle revenait au pouvoir ? Les communistes grecs, staliniens rétrogrades, et l'extrême gauche protestataire (des anarchistes violents aux trotskystes et au maoïstes) qui ont trouvé dans le rejet populaire, exercé dans les grèves générales, un succédané bien commode à leur absence de projet politique ? L'extrême droite nostalgique des "Colonels" ou l'Eglise Orthodoxe ? L'état de déconfiture de la scène politique grecque était telle qu'aucun gouvernement et aucune majorité n'avait plus les moyens de faire appliquer quoi que ce soit, tant les uns comme les autres sont décrédibilisés. Le Référendum sur le nouveau plan d'austérité imposé par les droites européens, et dont le rejet est plus que probable, est sans doute le dernier moyen de remettre les pendules à zéro et de forcer l'Union Européenne (peuples et gouvernements) à se poser les bonnes questions.

Il est évident que les peuples européens ne veulent pas endurer, sauf à risquer une explosion sociale, les recettes libérales indigestes que les gouvernements conservateurs proposent. D'aucuns peuvent considérer que lorsque le peuple est en désaccord il faut changer ou dissoudre le peuple (certains donnaient dernièrement dans Médiapart cette caractéristique à un responsable français qui s'imagine déjà Premier Ministre en mai 2012).

L'Europe ne sortira pas de la crise si on ne transforme pas profondément le système comme l'expliquait Martine Aubry et certains de ses soutiens pendant la campagne des Primaires Citoyennes. Espérons qu'à gauche ce message soit entendu, au moment où M. Cahuzac a expliqué que le programme socialiste était caduque. Le peuple français a droit à une alternative : cette alternative est inscrite dans le projet socialiste, elle doit être appliquée grâce à une profonde transformation économique française et européenne. Les Européens ont droit à une alternative, celle-ci est inscrite dans les projets du Parti Socialiste Européen, adoptés depuis 18 mois sous la houlette de Poul Nyrup Rassmussen et de Martine Aubry, et qui auraient évité bien des tourments aux socialistes grecs et à Georges Papandréou.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral aux relations extérieures du Parti Socialiste du Val-d'Oise

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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 07:05

manif-tunisie-elections-241011-7.jpgLe parti islamiste Ennahda est en passe d'obtenir un score de 30 à 40  % pour les élections à l'assemblée constituante qui doivent donner un nouveau cadre politique à la Tunisie issue de la Révolution de Jasmin. La Presse internationale a énormément contribué à édulcorer l'image d'Ennahda comparant ce parti à l'AKP turc. Ce n'est pas la presse internationale qui a fait voter les Tunisiens ; les classes populaires ont souvent tendance en période de trouble à se réfugier dans des solutions conservatrices et parfois réactionnaires, d'autant que les forces progressistes populaires sont intrinsèquement faibles.

La Tunisie de 2011 est dans l'état de la France en 1871.

La République n'est pas une évidence et les forces de la réaction sont puissantes ; les "paysans" français de 1871 sont les prédécesseurs des classes populaires sous-employées de la Tunisie profonde, qui sort comme la France post-impériale de la soumission à une dictature proto-fasciste. La seule chance de la Tunisie est que personne ne peut faire peur à la population en dénigrant une quelconque "Commune de Paris" à la manière tunisienne.

L'avenir de la Tunisie dépend maintenant de l'attitude des partis laïcs. Le Congrès pour la République (CPR) de Moncef Marzouki (gauche nationaliste) pourrait obtenir 15 à 16% ; Ettakatol - Front Démocratique pour le Travail et les Libertés (FDTL), parti membre consultatif de l'Internationale Socialiste - atteindrait 15 % (certains de nos camarades du PS français étaient candidats pour Ettakatol dans la diaspora franco-tunisienne). Le Parti démocratique progressiste (centre gauche) fait cependant les frais de son histoire de parti de l'opposition officielle face au RCD de Ben Ali. Plusieurs petits partis laïcs se partagent les miettes même si quelques voix pro-islamistes viendront renforcer Ennahda issues d'une liste manipulée par un homme d'affaires américano-tunisiens.

Les partis républicains en France ont mis quelques années à opposer un front commun contre les monarchistes qui étaient majoritaires au Parlement français au lendemain de la chute du Second Empire. Mais la chance des républicains français étaient la division de la Réaction en France entre monarchistes "Légitimistes" et "Orléanistes" et Bonapartistes. La Tunisie n'a pas cette chance : Ennahda est uni. En France, les républicains modérés ne soutenaient pas les différents monarchistes, mais aujourd'hui Marzouki négocie déjà avec Ennahda et nos camarades d'Ettakatol pourraient avec le Parti ouvrier et communiste tunisien de Hama Hammami renforcer une coalition autour des islamistes chargée de rédiger la constitution.

Les partis laïcs doivent faire bloc. Il n'est pas aujourd'hui question de mettre en oeuvre un programme politique mais de rédiger une constitution républicaine et démocratique qui ne peut être pleine si les islamistes la rédigent. Si le CPR et le FDTL s'allient avec les islamistes, ils seront les fossoyeurs de la Révolution de Jasmin. En tout état de cause, les partis socialistes européens devraient demander à l'IS de mettre en suspend le statut d'Ettakatol.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral aux relations extérieures du Parti Socialistes du Val-d'Oise

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