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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. J'anime aussi le groupe d'opposition municipale de gauche "Vivons Bezons" et je suis membre du groupe d'opposition de gauche ACES à la communauté d'agglomération Saint-Germain/Boucle-de-Seine.
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Gauche Républicaine & Socialiste

24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 10:19

à croire que Bernard Guetta et Thomas Legrand, avec lesquels je suis en général assez critique (surtout le second, tant sur le fond que la forme), s'étaient donnés le mot ce matin du lundi 24 février 2014. Pour une fois, ces deux éditorialistes ont produit des analyses à la fois pédagogiques et politiquement sérieuses. Je ne résiste donc pas à les reproduire ici. La première porte sur ce que les commentaires et ultimatums du week-end - après les violences perpétrées par les black blocks en marge de la manifestation nantaise contre le projet d'aéroport international à Notre-Dame-des-Landes - disent du niveau d'ambigüités respectives du tandem exécutif et des écologistes un bémol cependant le titre n'est pas du tout au niveau). La seconde nous permet de prendre du recul pour analyser sans caricature le renversement soudain du pouvoir mafieux de Ianoukovitch en Ukraine... tout reste à faire et Timochenko n'est pas Jeanne d'Arc.

Frédéric FARAVEL

C'est çui Qui Dit Qui Est !

france inter - Thomas Legrand - 24 février 2014

Après les violences à l’issue de la manifestation à Nantes contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes Jean-Marc Ayrault a demandé a ses ministres écologistes de «sortir de l’ambiguïté».

© MaxPPP - 2014

Oui, et au delà des violences, évidement condamnées par les écologistes Jean-Marc Ayrault songeait aussi aux déclarations de Cécile Duflot qui, tout en étant membre du gouvernement, se disait – avant la manifestation de tout cœur avec les marcheurs qui s’opposaient à un projet soutenu par le même gouvernement auquel elle appartient. Situation, il est vrai, pour le moins incongrue ! Mais si l’on y regarde de plus près, en matière d’ambigüité c’est "çui qui dit qui y est" comme on dit dans les cours de récré !

Les verts sont au gouvernement en vertu d’un accord politique signé entre le PS et EELV. Et dans cet accord, il n’est pas fait mention de Notre Dame des Landes. Martine Aubry et Cécile Duflot avaient convenu que ce désaccord ne les empêchait pas de gouverner ensemble… Cette clause imprudente était porteuse de difficultés futures… nous y sommes. En réalité, les militants écologistes sont à fond dans la contestation de Notre Dame des Landes alors que les responsables du parti (et singulièrement les ministres écologistes) y attachent moins d’importance. Tout simplement parce qu’ils ont acquis la certitude que l’aéroport ne verra jamais le jour. Trop d’oppositions, même au sein du gouvernement, même parmi les socialistes, existent pour que le projet soit viable. Seulement il est impossible de l’affirmer pour l’instant alors que les élus locaux PS, à la veille d’une série d’élections se sont fortement mobilisés en faveur du projet. L’ambigüité sur la question est donc du coté des socialistes.

AubryDuflotAu delà de NDDL, les sujets de discorde entre le PS et EELV se multiplient…

Oui et notamment sur la question de la transition énergétique ! Une loi sur ce sujet est en préparation. Et l’enjeu de cette loi est beaucoup plus déterminant pour la cohésion de la majorité que Notre-Dame-des-Landes. Philippe Martin, le ministre (socialiste) chargé de l’écologie, doit faire face à de très fortes pressions internes au gouvernement. Parce que les socialistes ne sont pas au clair idéologiquement sur ces questions. Et si Martine Aubry avait, à la tête du Parti Socialiste, fait largement évoluer la ligne, François Hollande, lui n’a jamais fait montre de convictions très affirmées sur le sujet.

L’accord Verts-PS était plus perçu par le Président comme une synthèse politique et non comme l’aboutissement d’un travail idéologique et conceptuel. Du coup, sur le nucléaire, sur les gaz de schiste, sur le diesel en ville on sait clairement ce que pensent les écologistes mais personne ne peut dire avec certitude quelle est la position des socialistes.

Le paradoxe pour les écologistes c’est qu’ils ont la conviction, que parmi les cadors socialistes c’est encore Jean-Marc Ayrault qui est le plus écolo-compatible. La nature de la loi de transition énergétique, et surtout le montant des sommes allouées à la recherche et au développement des énergies renouvelables vont déterminer la viabilité de l’accord vert/PS. Entre aujourd’hui et juin (date à laquelle la loi doit être présentée) il y a les élections municipales et européennes. Le poids électoral des écolos sera, bien sur, pris en compte par François Hollande. Mais l’on attend surtout de comprendre le fond de sa pensée sur ces questions.

L’ambigüité que Jean-Marc Ayrault reproche aux écologistes…est en réalité celle le Président de la République !

La mi-temps ukrainienne

france inter - Bernard Guetta - 24 février 2014

Il y a, pour l’heure, deux vainqueurs et une perdante, les Ukrainiens et l’Union européenne d’un côté, la Fédération de Russie de l’autre. Cette majorité d’Ukrainiens qui veut s’arrimer à l’Union pour sortir leur pays de l’arbitraire et de la corruption a gagné, spectaculairement gagné, puisque Viktor Ianoukovitch, le président déchu, est en fuite, que les velléités sécessionnistes des dirigeants des régions pro-russes n’ont pas duré, samedi, plus d’une poignée d’heures et que de nouvelles élections se préparent.

PHOdccaa880-9c9e-11e3-9289-343b968b1141-805x453.jpgL’Union européenne a, quant à elle, marqué des points inespérés puisque c’est au nom de ses valeurs et sous son drapeau que les Ukrainiens se sont mobilisés et ont, de fait, renversé ce président qui avait refusé, sous pression russe, l’accord d’association avec les 28. Non seulement cette Union en plein désarroi et si désaimée à l’intérieur a redécouvert là la force d’attraction qu’elle conserve à l’extérieur mais ce sont trois de ses ministres des Affaires étrangères, allemand, français et polonais, qui ont réussi à faire céder Viktor Ianoukovitch en allant ensemble à Kiev arrêter un bain de sang.

L’Union sort grandie de cette crise alors que la Russie et son président y ont tout perdu puisque Vladimir Poutine a échoué à dicter ses choix à l’Ukraine dont l’équipe de transition affirme sa volonté de reprendre les négociation sur l’accord d’association. La Russie a perdu la partie dans un pays où ses partisans sont nombreux et qui est la pièce maîtresse de son aire d’influence mais, aussi nette qu’elle soit, ce n’est que la photographie de l’instant, la mi-temps d’un match qui est loin d’être achevé.

Pour ce qui est des Ukrainiens, d’abord, ils vont devoir faire face, maintenant, à la difficulté de toute révolution qui est de conserver son unité une fois la victoire acquise. C’est un redoutable défi parce que les partis existants sont faibles, que l’extrême-droite nationaliste a pris un poids politique sur les barricades de Kiev et qu’il y a un trop plein de figures de l’opposition qui auront du mal à faire front. La nouvelle scène politique ukrainienne ne sera pas facile à organiser mais là n’est pas le plus problématique.

Ethnolingusitic_map_of_ukraine.pngLe grand problème viendra, demain, de l’Union européenne qui n’a pas les moyens financiers de remettre sur pied l’économie ukrainienne et ne veut pas ouvrir ses portes à ce pays car elle a bien trop de difficultés intérieures pour pouvoir envisager de s’ouvrir à un Etat plus grand que la France. Epaulée par le FMI et la Banque mondiale, l’Union fera tous les efforts qu’elle pourra mais son aide sera forcément conditionnée à des exigences de réformes qui seront socialement douloureuses. Sa popularité risque vite de s’en ressentir.

Pour l’Union, la tâche sera vertigineuse alors que la Russie n’a elle qu’à attendre que cette révolution s’essouffle comme toute révolution pour rappeler que l’Ukraine dépend des tarifs gaziers préférentiels qu’elle lui consent et réactiver ses réseaux dans l’Ukraine orientale, ce à quoi elle s’est discrètement employée dès hier. C’est dès maintenant, avant qu’elle n’ait digéré son échec, qu’il faut proposer à la Russie des conversations sur la stabilité et la coopération en Europe, c’est-à-dire en Ukraine.

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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 11:44

La majorité des commentateurs s'accorde à saluer l'esprit de consensus qui a présidé à la décision du Président de la République de panthéoniser quatre personnalités éminentes et incontestables de la Résistance ou de l'opposition politique à Vichy et à la collaboration.

  • Jean Zay, ministre radical-socialiste de l'éducation dans le gouvernement de Front Populaire dirigé par Léon Blum, assassiné par la Milice en 1944 ;
  • Pierre Brossolette, dirigeant de la Résistance de la première heure et militant socialiste, qui préféra se suicider plutôt que de parler après son arrestation ;
  • Germaine Tillion, ethnologue et dirigeante et fondatrice du réseau du musée de l'Homme, déportée à Ravensbrück ;
  • Geneviève Anthonioz-De Gaulle, membre du réseau du musée de l'Homme, également déportée à Ravensbrück, et fondatrice d'ATD-Quart-Monde.

1890477_10152260045370350_563735827_o.pngCes personnalités sont incontestables ; on peut d'ailleurs s'étonner que les deux hommes ne soient pas rentrés plus tôt dans le Temple républicain de la colline Sainte-Geneviève, les deux résistantes étant décédées plus récemment.

Il faut d'emblée écarter deux fausses critiques :

  • il aurait fallu ne panthéoniser que des femmes pour rattraper le retard... malheureusement, ce retard ne sera jamais rattrapé, et il n'est pas imaginable qu'on ne célèbre plus la mémoire d'aucun homme sous ce seul prétexte ;
  • il serait de mauvais goût de panthéoniser Pierre Brossolette qui s'était fortement affronté en interne avec Jean Moulin qui repose là depuis 1964. On voit tout de suite le ridicule de cette dernière assertion au regard de la hauteur de la cause.

Non, en fait François Hollande a pris peu de risques et a pratiqué dans cette panthéonisation comme il dirigeait autrefois le PS à coup de synthèse molle. C'est uniquement l'unité nationale refondée issue de la Résistance qui est ici célébrée sans message politique supplémentaire, alors qu'il eut été possible de donner une portée plus haute du moment qu'avait été fait le choix d'une panthéonisation plurielle.

Que dire de l'annonce qui doit être faite au Mont-Valérien lors de la célébration du groupe Manouchian ? Transformer la commémoration du 70 anniversaire de l'exécution des membres de cette cellule FTP-MOI en annonce des nouveaux entrants au Panthéon, souligne à quel point on oublie ou minorise la mémoire de Missak Manouchian et de son épouse Mélinée.

Quel beau message eût été pourtant leur panthéonisation, permettant de célébrer tout à la fois un couple résistant et leur amis militants martyrs tout en rappelant ce que la France doit à l'immigration. Et cela sans même poser la question de savoir s'il fallait célébrer un résistant communiste ou pas.

Je suis également troublé que Grands Hommes en Grands Hommes on oublie Léon Blum, dont l'apport à l'histoire politique et sociale de notre pays et majeur et qui, seul et abandonné de tous, réussit en captivité à plaider pour la légitimité du Général De Gaulle auprès de Roosevelt, à ridiculiser le régime de Vichy au cours du Procès de Riom qui lui fut intenté, fut déporté à Buchenwald pour revenir participer à la reconstruction du pays.

Des personnalités féminines qui méritaient d'entrer au Panthéon, notre histoire politique, sociale et littéraire n'en manque pas non plus : Olympe de Gouges et l'irruption de la Femme dans la Révolution, Flora Tristan qui lia question sociale et féminisme dès la première moitié du XIXème siècle ou encore George Sand, incarnation de la liberté individuelle et de la création littéraire, ou encore Simone de Beauvoir. Voilà autant de personnalités écartées.

Frédéric Faravel

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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 10:25

033_ria14-2382656_4993.jpgJ'avoue éprouver un certain malaise depuis hier soir alors que la Place de l'indépendance à Kijev est le théâtre d'affrontements de plus en plus violents depuis mercredi, jour où étaient décomptés 25 morts parmi les manifestants, chiffre largement dépassé le lendemain puisque c'est près de 100 victimes qui ont été dénombrées.

L'UMP a choisi son camp par la voix d'Hervé Mariton – passé les protestations de pure forme – qui propose de reconnaître la suzeraineté russe sur l'Ukraine.

Beaucoup de citoyens réagissent en exprimant leur solidarité avec le peuple ukrainien victime de l'acharnement de «ses» dirigeants à vouloir conserver le pouvoir à tout prix, y compris celui du sang du peuple. Mais de nombreuses voix s'élèvent désormais pour relativiser... Dire que décidément tout est plus compliqué que ce que l'on croit et que ce que les médias voudraient bien nous dire. Ma première réaction est de dire qu'on le savait effectivement déjà.

L'Ukraine est un pays divisé, profondément divisé, qui souffre des tiraillements cumulés qui existent dans les Républiques de l'ex-Union Soviétique et des poussées populistes constatées dans les États d'Europe centrale.

BHL_Maidan.jpgLes premières réactions gênantes me sont apparues quand les railleries ont commencé sur le numéro désormais habituel de «sauveur de l'Humanité» que s'est attribué Bernard-Henri Lévy. L'intervention excessive de ce jouisseur mondain, plus intéressé par le retentissement du son de ses mots dans les médias que par toute autre chose, est effectivement risible et ridicule.

Faire assaut de faux bons sentiments pour exiger à 3 jours de la fin de JO déjà entachés originellement et exposer ainsi sa parole à l'échec incantatoire ne démontre qu'une chose : appeler des athlètes à quitter une compétition qui est leur seule préoccupation pour ne même pas obtenir une réaction de leur part est la preuve qu'on ne veut faire que bruit. Les premières victimes en sont les manifestants de Maïdan et les Ukrainiens, car la seule intervention de BHL sert ensuite à jeter le discrédit sur la cause qu'il entend défendre ou plutôt qu'il utilise à des fins de promotion personnelle.

La critique au vitriol de BHL étant devenu le gage, le synonyme d'une certaine indépendance d'esprit, on glisse rapidement chez certains dans une jésuistique dangereuse : «puisqu'à bon droit, je dénonce le cirque et l'imposture BHL, je suis dans le vrai en dénonçant la réalité populaire et démocratique de l'insurrection ukrainienne». Un mode de raisonnement déjà couramment utilisé par Éric Zemmour et consorts pour s'ériger en rempart et résistant au «politiquement correct», ce qui finalement renvoient ce type d'argumentation et de personnages au même ridicule que BHL.

Le prétexte Svoboda

2014-02-20ukraine3.jpgPlus grave est la publication hier soir sur le site de L'Humanité (qu'on a connu mieux inspirée ces derniers temps) d'un article intitulé «Ukraine: le parti Svoboda est fasciste». Information déjà connue, ce parti s'illustrant depuis plusieurs années dans la Rada, le parlement ukrainien, et sa présence étant réelle sur Maïdan depuis le début des manifestations.

Mais quoi ! Svoboda n'est pas l'insurrection ou alors cela voudrait dire que tous les manifestants depuis 3 mois et la majorité de la population ukrainienne seraient fascistes ?!?? Allons reposons les choses... Quand on a un gouvernement corrompu, affairiste et violent, ça permet toujours à des mouvements fascistes de surfer, mais il n'y a pas de fatalité à considérer qu'entre les pro-Poutine mafieux et les fascistes il n'y aurait rien. L'Humanité est malhonnête sur ce coup-là. Cet article analyse la situation avec des lunettes datées. Comme quand Mitterrand pensait qu'il ne fallait pas vexer les Serbes. J'y vois malheureusement la trace d'un héritage soviétique toujours mal digéré.

Mais ce sont les commentaires qui accompagnent cet article sur les réseaux sociaux qui m'inquiètent le plus. Une sorte de réplique «anti-système», pendant de la défiance populiste et xénophobes manipulatrice qui s'est déchaînée voici quelques semaines autour de «l'affaire Dieudonné» : tous les médias français et occidentaux seraient forcément orientés «car on nous ment vous savez» (et donc seule L'Humanité avec ses envoyés spéciaux - elle en a ? - aurait fait un vrai travail d'investigation). «Et les manifestants de Maïdan on nous a caché que c'était des complices des fascistes et qu'ils étaient accompagnés par des prêtres présents sur la Place». Et puis «vous savez Svoboda fait deux millions de voix c'est tout de même inquiétant» (j'y trouve là les mêmes arguments des chroniqueurs de droite qui s'offusquent de la percée d'Aube Dorée en Grèce – de 0 à 7 et bientôt à 10% - quand le véritable phénomène politique est que c'est Syriza, la gauche radicale, démocratique et européenne qui reçoit aujourd'hui la confiance issue de la colère populaire grecque avec près de 35% des intentions de vote).

Le FN fait bien plus que les deux millions de voix de Svoboda... Or les corps électoraux français et ukrainiens sont de poids comparables... Aujourd'hui dans ceux qui s'opposent aux pourris il y a Svoboda... Tous ceux qui critiquent Hollande en France seraient-ils coupables de collusion avec le FN ? Coupables de lui servir la soupe ? On m'objectera que la France n'est pas en situation insurrectionnelle et que la comparaison touche ses limites. J'en conviens mais arrêtons de réduire la signification de cette nouvelle Révolution ukrainienne

Or plus on attend plus on cède à l'idée de "attention c'est compliqué vous savez", plus on donne de victoires d'un côté à Poutine et à ses valets et l'autre aux fascistes...

1012986.jpgÊtre sûr Maïdan depuis 3 mois, devoir se défendre de forces de l'ordre ouvertement violentes, puis riposter contre un pouvoir qui a perdu toute légitimité en faisant tirer contre son peuple, ça n'est pas être fasciste.

Et que devrions-nous faire si les démocrates dans la rue sont de fait alliés des fascistes ? parce que c'est le cas. Car il est évident qu'en soufflant le chaud et le froid, qu'en maniant des fausses concessions aussitôt récusées et la répression la «Famille» Ianoukovitch a joué l'escalade et déclenché l'affrontement depuis le début de la semaine. Dans ces situations, tout groupe se radicalise pour répondre et se défendre, et la peur qui fait fuir une partie des manifestants renforcent mécaniquement le poids de la présence des réactionnaires ; qui ne sont d'ailleurs pas seuls dans les affrontements puisque des «éléments d'extrême gauche» sont également signalés dans le déclenchement des heurts. Est-ce suffisant pour condamner le mouvement ?

Légitimité institutionnelle ? Et si on faisait un peu de politique ?

Peu importe désormais que les fascistes soient en partie responsables de l'intensité des affrontements depuis hier soir, un gouvernement corrompu et autoritariste, aux ordres de l'étranger, tue son peuple... et a perdu toute légitimité.

Ianoukovitch a été élu démocratiquement me direz-vous et son mandat ne s'achève que dans un an. Voilà une lecture du respect absolu des institutions que je ne m'attendais pas à trouver à gauche, surtout quand les institutions ont été retaillées pour consolider un pouvoir autoritaire et corrompu. En 2010, Ianoukovitch a reçu 49% des suffrages contre 47 à Timochenko. Il a gagné – après avoir été mis à la porte pour les mêmes faits qu'on lui reproche encore aujourd'hui – dans un contexte de déconfiture de l'actuelle opposition, totalement déconsidérée pour n'avoir pas su assurer la stabilité du pays. C'est ce qui explique également la montée de Svoboda. Je n'ai donc aucune illusion sur les leaders de l'opposition, mais les manifestants ne sont pas naïfs et sont depuis longtemps organisés malgré eux.

180443203.jpgDepuis trois mois, ce sont des élections anticipées qui sont réclamées sur Maïdan, on a connu des revendications plus réactionnaires. Depuis trois mois, les manifestants proviennent de toutes les régions du pays, y compris russophones où le Parti des Régions de Ianoukouvitch était censé régner en maître. Plus aucune manifestation pro-présidentielle n'est d'ailleurs organisée depuis un mois et demi, où les manifestants eux-mêmes témoignaient avoir été payés pour venir soutenir Ianoukovitch. Aucune mobilisation spontanée populaire ne va d'ailleurs dans ce sens, ce qui pourrait éventuellement éviter à la société ukrainienne de sombrer dans la guerre civile. Le Parti des Régions lui-même est en train d'exploser, des députés se désolidarisant du président – le Maire de Kijev lui-même – ou certains parmi les plus proches et bénéficiaires de ses largesses fuyant le pays. Hier soir la Rada a voté à la majorité pour l'abrogation des mesures d'exception qui fondaient la «légalité» de la répression. On a connu légitimité populaire mieux assise et dans n'importe quel pays un peu démocratique traversant une crise, des élections anticipées auraient été engagées depuis longtemps.

Et c'est là où l'article de L'Humanité est malhonnête parce qu'en pointant aujourd'hui Svoboda alors qu'ils sont là depuis le début ils essaient de discréditer tout un mouvement au moment le plus dramatique et vital, de trouver une légitimité à Ianoukovitch et à son action immonde (par nostalgie de la puissance russe avant 1991)...

Impuissance ou "pilatisation" européenne

Fabius et consorts vont faire ce qu'ils peuvent mais Ianoukovitch et Poutine vont gagner du temps, multiplier les provocations pour finir le sale boulot.

Comment expliquer que les Berkouts étaient en déroute jeudi matin, après une contre-offensive des manifestants où étaient bien sûr présent les fascistes de Svoboda, tout d'un coup des unités ultra-calmes sorties de nul part et armées de kalachnikov se mettent en place et alignent la foule avant de tirer. Qui a décidé de l'assaut de jeudi matin ? Qui a organisé cette mise en scène si ce n'est ceux qui des deux côtés ont intérêts à la déflagration, soit Ianoukovitch et la "Famille" et les fascistes ?

Fabius_BFMTV.jpgCette stratégie se poursuit sous nos yeux, la Présidence ukrainienne ayant annoncé avoir trouvé un accord avec l'opposition, que les ministres français, allemands et polonais des Affaires étrangères refusent à cette heure de confirmer tant la manipulation est la règle de ce pouvoir. Enfin, Laurent Fabius le fait depuis la Chine car l'exécutif français n'a rien trouvé de mieux que de ne pas surseoir à ce voyage chinois et de laisser les Allemands et les Polonais seuls à Kijev... Et que faisait hier notre Président de la République – quand cette crise européenne devrait occuper tout son temps, lui qui s'est attelé à représidentialiser son image (tel son prédécesseur), il recevait Philippe Starck, qui je n'en doute pas doit avoir un avis éclairer sur la relance économique et l'avenir du continent.

L'avenir du Continent, c'est bien cela qui est en jeu. Face à une Russie autocratique qui a choisi comme espace de développement géostratégique l'Eurasie, avec une mythologie et des représentations qui emprunte tout à la fois à Ivan le Terrible, aux Romanov et à Staline, les Ukrainiens veulent vivre normalement c'est-à-dire dans un État de droit ; c'est cela que représente l'aspiration européenne, pas forcément adhérer à l'UE mais se détacher de la tradition autocratique russe... Et cette aspiration là n'a rien à voir avec le combat des fascistes de Svoboda : ne leur donnons pas la victoire par défaut, inaction et lâcheté...

Cyniquement, peut-être faut-il rappeler que le conflit n'est pas suffisamment enlisé pour qu'on ne puisse plus intervenir comme en Syrie, et que l'Ukraine est à nos frontières et non de l'autre côté de la Méditerrannée. Mais surtout, lorsqu'on a une morale d'internationaliste, il n'est pas tolérable de soutenir par défaut un gouvernement corrompu qui tire sur son peuple, tenu comme la cordre soutient le pendu par une nouvelle autocratie russe.

Ukraine_Protest_815924a-copie-1.jpgOr que peut offrir l'Union européenne aux Ukrainiens ? Pas grand chose et d'abord parce qu'elle n'en a pas la volonté. Poutine joue sur cela depuis le début lui qui veut reconstituer l'espace soviétique au travers d'une vaste zone de libre-échange au profit de «sa» Russie, conglomérat d'obligés et de dictateurs. Il a exigé l'arrêt de l'accord d'association et à fortement acheter le gouvernement ukrainien qu'il méprise par ailleurs ; l'UE si elle avait voulu de cet accord aurait mis les moyens pour que Ianoukovitch et son gouvernement n'aient pas d'autre choix que d'aller au bout de leurs engagements. Nous n'en serions peut-être pas là aujourd'hui. Le Conseil européen semble être tombé d'accord sur des mesures individuelles de gels des avoirs et de non délivrance de visa : on connaît malheureusement l'efficacité de ce type de mesures. Surtout au regard des investissements des oligarques ukrainiens en France, il y a longtemps que notre gouvernement aurait pu sévir.

Espérons que la nouvelle majorité parlementaire ukrainienne dans cette crise tienne seulement assez longtemps pour que de nouvelles élections générales soient effectivement organisées et puissent reprendre un vrai travail pour garantir une association de l'Ukraine à l'Union, à condition que celle-ci y mette le prix.

Frédéric FARAVEL

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19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 09:01

La place de l'indépendance, siège des manifestations pro-européennes et anti-Poutine depuis 3 mois, est depuis cette nuit le théâtre d'intenses combats de rue déclenchés par l'intervention violente des forces spéciales auxquelles ont répondu avec détermination les manifestants.

Ukraine_Protest_815924a.jpgIl ne s'agit pas d'être naïfs et de croire que tous les manifestants présents sur Maïdan seraient d'inoffensifs bisounours - oui, parmi eux, il y a quelques groupes paramilitaires fascistes et réactionaires - mais il faut reconnaître que l'immense majorité des Ukrainiens mobilisés depuis plusieurs mois sont des citoyens de base ulcérés par la dérive autoritaire et oligarchique du régime pro-russe du président Ianoukovitch et par la reprise en main du pays depuis Moscou. Si les manifestations ont tenus aussi longtemps à Kijev, c'est parce que l'aspiration indépendantiste et européenne à gagner sur des territoires qui étaient jusqu'ici essentiellement tournés vers la Russie. La division interne du pays reste profonde mais il serait caricatural de considérer aujourd'hui que seules les habitants des régions occidentales veulent porter avec fermeté leur exigence de démocratie et d'indépendance vis-à-vis d'une Russie qui a décidé de s'éloigner chaque jour des standards humanistes et démocratiques pour célébrer un nationalisme irrédentiste, autoritaire et nostalgique à la fois de Staline et des Romanov.

Ne nous faisons pas d'illusion, il y a peu de chances que la crise se dénoue rapidement et favorablement. Au soutien déterminé que la Russie apporte à Ianoukovitch et à "la Famille" s'oppose la pusillanimité de l'Union Européenne, si bien traduite par les communiqués de presse tellement tièdes du Parti Socialiste français. La Pologne et l'Allemagne sont évidemment favorables à soutenir le peuple ukrainien, mais trop de pays européens ont décidé de s'enterrer dans une tradition neutraliste, et par ailleurs l'Union Européenne n'aura sans doute pas les moyens pour assumer une stratégie de confrontation avec la fédération de Russie.

Quant à l'UMP, on a entendu ce matin que la solution résidait pour ce parti conservateur dans une condamnation de pure forme des dirigeants ukrainiens et surtout par la reconnaissance de l'asservissement de l'Ukraine à la Russie : ce qui implique aussi de fermer les yeux sur la dictature bélarusse, sur les occupations russes de provinces géorgiennes et moldaves et d'avaliser la transformation de la Moldavie en Etat tampon mafieux.

Les Occidentaux ont décidé d'aller regarder sans grande réaction Poutine célébrer sa Russie hors du temps à Sotchi. Ces Jeux Olympiques étaient déjà une honte avant de commencer, ils seront abondamment arrosés du sang des Ukrainiens avant la fin des festivités.

Il n'y a bien que Bernard Guetta à conserver quelque optimisme, mais comme c'est la seule possibilité rationnelle de trouver un débouché positif à cette crise, cette guerre civile européenne, j'ai reproduit sa chronique matinale ci-dessous.

Frédéric FARAVEL

Parce que son histoire est intimement liée à celle de l’Ukraine et parce qu’elle ne veut pas que la Russie se rapproche de ses frontières en remettant la main sur ce pays, la Pologne est de tous les Etats membres de l’Union européenne le plus ardent défenseur de l’opposition ukrainienne. Avec la Suède et les trois Pays baltes, c’est elle qui avait le plus poussé à la conclusion d’un accord d’association entre l’Ukraine et l’Union mais que disait, hier, son Premier ministre ?

         « Nous allons continuer à œuvrer à un compromis en Ukraine, déclarait Donald Tusk alors qu’on n’en était qu’à 7 morts et non pas 25 dans les rues de Kiev, car une guerre civile à petite ou grande échelle ou un conflit rampant et permanent ne serait sûrement ni dans l’intérêt de l’Ukraine ni dans celui de la sécurité et de la stabilité de la région ». Pleinement solidaire de l’opposition pro-européenne, la Pologne n’en prêche pas moins les concessions réciproques et un grand compromis car ces violences ne se sont pas produites dans un lointain pays ou même aux marges de l’Europe mais en plein cœur du continent, dans un pays plus grand que la France et que bordent l’Union européenne à l’Ouest et la Fédération de Russie à l’Est.                

         La Pologne a raison. L’enjeu n’est pas seulement cette malheureuse Ukraine une fois de plus déchirée, comme toujours, entre les pôles d’attraction européens. L’enjeu, c’est l’Europe, le continent Europe et, au-delà de lui, le monde car si l’engrenage de la violence n’est pas au plus vite arrêté, si l’Ukraine s’installait dans la guerre civile et qu’une ligne de front en venait à la partager, ce serait l’Union européenne et la Fédération de Russie qui se trouveraient, de fait, de part et d’autre de cette ligne.

         Ce ne serait pas la guerre mais la tension en deviendrait extrême sur tout le continent. L’Union et la Fédération se retrouveraient face-à-face et tous les si fragiles espoirs de coopération entre les puissances occidentales et la Russie sur les dossiers les plus chauds du monde s’envoleraient pour faire place à des vraies batailles d’influence, en Iran comme en Syrie. 

         La crise ukrainienne n’est pas nationale ni même régionale. Elle est internationale. Elle est extrêmement inquiétante et, face à cet incendie, l’urgence n’est pas de vainement sanctionner les dirigeants ukrainiens mais d’immédiatement exercer, sur eux comme sur l’opposition, toutes les pressions possibles une faveur du compromis si justement prôné par la Pologne. Il faut proposer une médiation, des rencontres en terrain neutre ou l’envoi d’une mission de bons offices et, parallèlement, ouvrir des discussions, secrètes au besoin, entre l’Union européenne et la Fédération de Russie visant à faire de l’Ukraine ce qu’elle ne peut rien être d’autre – un pays neutre et un pont entre les deux piliers du continent, le laboratoire d’une coopération continentale qui est aussi économiquement indispensable que politiquement.

Il n’est pas trop tard. Comme la Pologne, les grandes fortunes ukrainiennes plaident le compromis. Le pouvoir et l’opposition se parlaient encore cette nuit. Il n’est pas déjà trop tard mais l’alerte est rouge.

Bernard Guetta

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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 08:54

liberte_sanscadre.jpgPremier(e)s signataires

Florence Autret, auteur et journaliste ; Antoine Bozio, directeur de l’Institut des Politiques Publiques ; Julia Cagé, économiste à Harvard, Ecole d’économie de Paris ; Daniel Cohen, professeur à l'Ecole normale supérieure et à l'Ecole d'économie de Paris; Anne-Laure Delatte, économiste au CNRS, université Paris X et OFCE ; Brigitte Dormont, professeur à l’université Paris Dauphine ; Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives Economiques ; Philippe Frémeaux, président de l’institut Veblen ; Bruno Palier, directeur de recherches au CNRS, Sciences Po ; Thierry Pech, directeur général de Terra Nova ; Thomas Piketty, directeur d’études à l'EHESS, professeur à l’Ecole d’économie de Paris ; Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France, directeur d’études à l’EHESS ; Xavier Timbeau, directeur du département Analyse et prévision, OFCE, Sciences Po ; Laurence Tubiana, professeur à Sciences Po, présidente de l’Iddri


Signez l'appel

L’Union européenne traverse une crise existentielle, comme vont bientôt nous le rappeler brutalement les élections européennes. Cela concerne au premier chef les pays de la zone euro, enferrés dans un climat de défiance et une crise de la dette qui est très loin d’être terminée, alors que le chômage persiste et que la déflation guette. Rien ne serait plus faux que de s’imaginer que le plus dur est derrière nous.

C’est pourquoi nous accueillons avec le plus grand intérêt les propositions formulées à la fin de l’année 2013 par nos amis allemands du groupe de Glienicke en vue d’un renforcement de l’union politique et budgétaire des pays de la zone euro. Seuls, nos deux pays ne pèseront bientôt plus grand chose dans l’économie monde d'aujourd'hui. Si nous ne nous unissons pas à temps afin de porter notre modèle de société dans la mondialisation, alors la tentation du repli national finira par l’emporter, et engendrera des frustrations et des tensions à côté desquelles les difficultés de l’union sembleront joyeuses. Par certains côtés, la réflexion européenne est beaucoup plus avancée en Allemagne qu’en France. Economistes, politistes, journalistes, et avant tout citoyen(ne)s français(es) et européen(ne)s, nous n’acceptons pas la résignation qui tétanise actuellement notre pays. Par cette tribune, nous voulons contribuer au débat sur l’avenir démocratique de l’Europe et pousser plus loin encore les propositions du groupe de Glienicke.

Zone euro : un entre-deux intenable

Il est temps de le reconnaître : les institutions européennes actuelles sont dysfonctionnelles, et doivent être repensées. L'enjeu central est simple: il faut permettre à la démocratie et la puissance publique de reprendre la main, afin de réguler efficacement le capitalisme financier mondialisé du 21e siècle, et de mener les politiques de progrès social qui manquent cruellement à l’Europe actuelle. Une monnaie unique avec 18 dettes publiques différentes sur lesquels les marchés peuvent librement spéculer, et 18 systèmes fiscaux et sociaux en concurrence débridée les uns avec les autres, cela ne marche pas, et cela ne marchera jamais. Les pays de la zone euro ont fait le choix de partager leur souveraineté monétaire, et donc de renoncer à l’arme de la dévaluation unilatérale, sans pour autant se doter de nouveaux instruments économiques, sociaux, fiscaux et budgétaires communs. Cet entre-deux est la pire des situations.

Il ne s’agit pas de mettre en commun la totalité de nos impôts et de nos dépenses publiques. Trop souvent, l’Europe actuelle se montre stupidement intrusive sur des sujets secondaires (comme le taux de TVA sur les coiffeurs et les clubs hippiques), et pathétiquement impuissante sur les sujets importants (comme les paradis fiscaux ou la régulation financière). Il faut renverser l’ordre des priorités : moins d’Europe sur les sujets sur lesquels les pays membres se débrouillent très bien tout seuls ; plus d’Europe quand l’union est indispensable.

Un impôt commun sur les sociétés

Concrètement, notre première proposition est que les pays de la zone euro, à commencer par la France et l’Allemagne, mettent en commun leur impôt sur les bénéfices des sociétés (IS). Seul, chaque pays se fait berner par les multinationales de tous les pays, qui jouent sur les failles et les différences entre législations nationales pour ne payer aucun impôt nulle part. En cette matière, la souveraineté nationale est devenue un mythe. Pour lutter contre l’optimisation fiscale, il faut donc déléguer à une instance souveraine européenne le soin de déterminer une assiette commune aussi large que possible et rigoureusement contrôlée. On peut imaginer que chaque pays continue de fixer son propre taux d’IS sur cette assiette commune, avec un taux minimal de l’ordre de 20%, et qu’un taux additionnel soit prélevé au niveau fédéral, de l’ordre de 10%. Cela permettrait d’alimenter un budget propre de la zone euro, de l’ordre de 0,5% à 1% du PIB.

Comme l’indique à raison le groupe de Glienicke, une telle capacité budgétaire permettrait à la zone euro d’impulser des actions de relance et d’investissement, notamment en matière d’environnement, d’infrastructures et de formation. Mais contrairement à nos amis allemands, il nous semble essentiel que ce budget de la zone euro soit alimenté par un impôt européen, et non par des contributions des Etats. En ces temps de disette budgétaire, la zone euro doit démontrer sa capacité à lever l’impôt de façon plus juste et plus efficace que les Etats, faute de quoi les peuples ne lui donneront pas le droit de dépenser. Au delà, il faudra généraliser très rapidement au sein de la zone euro l’échange automatique d’informations bancaires et engager une politique concertée de rétablissement de la progressivité de l’impôt sur les revenus et les patrimoines. Tout en menant en commun une politique active de lutte contre les paradis fiscaux externes à la zone. L'Europe doit permettre d'apporter de la justice fiscale et du volontarisme politique dans la mondialisation: c'est le sens de notre première proposition.

Un parlement pour la zone euro

Notre seconde proposition, la plus importante, découle de la première. Pour voter l’assiette de l’impôt sur les sociétés, et plus généralement pour débattre et adopter démocratiquement et souverainement les décisions fiscales, financières et politiques que l’on décidera à l’avenir de mettre en commun, il faut instituer une Chambre parlementaire de la zone euro. Nous rejoignons là encore nos amis allemands du groupe de Glienicke, qui hésitent cependant entre deux formules : soit un parlement de la zone euro regroupant les membres du parlement européen des pays concernés (une sous-formation du parlement européen réduite aux pays de la zone euro); soit une Chambre nouvelle, fondée sur la réunion d’une partie des députés des parlements nationaux (par exemple, 30 députés français issus de l’Assemblée nationale, 40 députés allemands issus du Bundestag, 30 députés italiens, etc., en fonction du poids démographique de chaque pays, suivant un principe simple: un citoyen une voix). Cette seconde solution, qui reprend l’idée de « Chambre européenne » formulée par Joschka Fisher en 2011, est selon nous la seule formule permettant d’avancer vers l’union politique. Il est en effet impossible de déposséder complètement les parlements nationaux de leur pouvoir de voter l’impôt. C’est au contraire en s’appuyant sur les souverainetés parlementaires nationales que l’on peut bâtir une souveraineté parlementaire européenne partagée.

Une architecture vraiment démocratique

Dans ce schéma, l’Union européenne comporterait deux chambres : le Parlement européen actuel, élu directement par les citoyens des 28 pays ; et la Chambre européenne, représentant les Etats au travers de leurs parlements nationaux. La Chambre européenne ne concernerait dans un premier temps que les pays de la zone euro souhaitant aller vers davantage d’union politique, fiscale et budgétaire. Mais elle aurait vocation à accueillir tous les pays de l’UE acceptant d’aller dans cette voie. Un ministre des finances de la zone euro, et à terme un véritable gouvernement européen, seraient responsable devant la Chambre européenne.

Cette nouvelle architecture démocratique de l’Europe nous permettrait enfin de sortir de l’inertie actuelle, et du mythe selon lequel le Conseil des chefs d’Etat pourrait tenir lieu de seconde Chambre représentant les Etats. Cette mauvaise fable signe l’impuissance politique de notre continent : il est impossible de représenter un pays par une seule personne, sauf à se résigner au blocage permanent qu’impose l’unanimité. Pour passer enfin à la règle de la majorité sur les décisions fiscales et budgétaires que les pays de la zone euro choisiront de mettre en commun, il faut créer une véritable Chambre européenne, où chaque pays serait représenté par des députés représentant tous les bords politiques, et non par leur seul chef d’Etat.

Mutualiser partiellement les dettes

Notre troisième proposition concerne directement la crise de la dette. Notre conviction est que la seule façon d’en sortir définitivement est de mettre en commun les dettes des pays de la zone euro. Faute de quoi la spéculation sur les taux d’intérêt recommencera encore et toujours. C'est également la seule façon pour que la BCE puisse mener une politique monétaire efficace et réactive, à l’image de la Federal reserve américaine (qui aurait elle aussi bien du mal à faire son travail correctement si elle devait arbitrer chaque matin entre la dette du Texas, du Wyoming et de la Californie). La mutualisation des dettes a de facto déjà commencé avec le Mécanisme Européen de Stabilité, l’Union Bancaire en gestation, ou les OMT de la Banque centrale, qui impliquent d'une façon ou d'une autre les contribuables de la zone euro. La légitimité démocratique de ces mécanismes doit être clarifiée au plus vite.

Il faut maintenant aller plus loin et repartir pour cela de la proposition de « fonds de rédemption des dettes européennes » faite fin 2011 par le conseil des économistes conseillant la chancellerie allemande, visant à mettre en commun toutes les dettes dépassant 60% du PIB dans chaque pays, et lui ajouter un volet politique. On ne peut en effet décider vingt ans à l’avance à quel rythme un tel fonds sera ramené à zéro. Seule une instance démocratique, à savoir la Chambre européenne issue des parlements nationaux, sera à même de fixer chaque année le niveau du déficit commun, en fonction notamment de l’état de la conjoncture.

Les choix qui seront faits par cette instance seront parfois plus conservateurs, et parfois plus libéraux, que ceux que nous souhaiterions personnellement. Mais ils seront pris de façon démocratique, à la règle de la majorité, au grand jour. Certains à droite souhaiteraient que ces décisions budgétaires soient cantonnées à des instances post-démocratiques ou figées dans le marbre constitutionnel. D’autres à gauche voudraient avoir la garantie que l’Europe mènera pour toujours la politique progressiste de leur rêve avant d’accepter tout renforcement de l’union politique. Ces deux écueils doivent être dépassés si l’on veut sortir de la crise actuelle.

Un moyen d’aller plus loin ensuite

Trop souvent, le débat sur les institutions politiques européennes est repoussé comme technique ou secondaire. Mais refuser de débattre de l’organisation de la démocratie, c’est en vérité accepter la toute-puissance des forces du marché et de la concurrence. C’est abandonner tout espoir que la démocratie reprenne le contrôle du capitalisme au 21e siècle. Car ce nouvel espace de décision est crucial pour le destin de la zone euro. Au-delà des questions macroéconomiques ou budgétaires, nos modèles sociaux sont un bien commun qu’il s’agit à la fois de préserver et d’adapter mais également d’utiliser pour nous projeter avec succès dans la mondialisation. De la convergence des systèmes fiscaux à celle qui prend de plus en plus de force d’investissement social, les initiatives du couple Franco-Allemand ou les coopérations renforcées ne suffisent plus. L’Europe à 28 tarde sur ces sujets à traduire le consensus en actes et se contredit lorsqu’il s’agit de mobiliser des moyens. Une Chambre Européenne serait le lieu de décisions, dont les conséquences en termes de déficit public ou de transfert entre Etats seraient assumées parce que les droits et les devoirs associés à la mise en commun seraient explicités. Le champ est large et on peut rêver que des sujets qui peinent aujourd’hui puissent être débattus et tranchés : co-détermination à l’Allemande qui en associant les salariés aux décisions stratégiques de l’entreprise semble avoir été un atout considérable pour conserver un tissu productif cohérent ; accueil de la petite enfance de qualité et accessible à tous ; formation et qualification de tous tout au long de la vie ; harmonisation des législations sociales ; lutte contre le changement climatique par un prix significatif des émissions de CO2…

On peut changer les traités

Beaucoup s'opposeront à nos propositions en arguant du fait qu'il est impossible de modifier les traités, et que le peuple français ne veut pas d'un approfondissement de l'intégration européenne. Ces arguments sont faux et dangereux. Les traités sont modifiés en permanence, et ils l'ont encore été en 2012 : l'affaire fut réglée en guère plus de 6 mois. Malheureusement, il s'agissait d'une mauvaise réforme des traités, qui n'a fait qu'approfondir un fédéralisme technocratique et inefficace. Clamer que l'opinion n'aime pas l'Europe actuelle, et en conclure qu'il ne faut rien changer d'essentiel à son fonctionnement et aux institutions en place, est une incohérence coupable. Lorsque de nouvelles propositions de réformes des traités viendront du gouvernement allemand, dans les mois qui viennent, rien ne dit qu'elles seront plus satisfaisantes que celles de 2012. Plutôt que d'attendre les bras ballants, il est nécessaire qu'un débat constructif s'engage aujourd'hui en France, pour que l'Europe devienne enfin sociale et démocratique.

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 16:19

L'émission Du Grain à moudre, ce mardi 11 février 2014, sur France Culture était l'occasion de faire le point sur les alliances en cours entre ultra-conservateurs, réactionnaires et fascistes. Sur fond de glissement général des partis politiques français vers la droite (ce qui ne traduit pas forcément un glissement automatique des Français dans le même sens - on y reviendra dans un prochain article), une "révolution conservatrice" est-elle en cours ?

Une émission passionnante à réécouter avec Eric Fassin (professeur à l’Université Paris-8 Vincennes-Saint Denis - Département de science politique et Centre d’études féminines et d’études de genre, Chercheur à l’Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux-IRIS, CNRS/EHESS) et Alain-Gérard Slama (historien, essayiste, professeur à Sciences-Po).

Frédéric Faravel

Une révolution conservatrice est-elle à l'oeuvre en France ?

du-grain_a_moudre_11-02-2014.gifQuitte à avoir un os à ronger, autant le ronger jusqu’au bout. Après la masturbation obligatoire, après l’entrisme des associations homosexuelles à l’école, voici donc venue la promotion de la nudité pour tous. Enième polémique à propos des ABCD de l’égalité, supports pédagogiques proposés par l’Education nationale pour contribuer à lutter contre les préjugés sexistes.

En s’en prenant, dimanche, au livre « Tous à poil », ouvrage de littérature jeunesse pourtant bien inoffensif, Jean-François Copé savait qu’il tenait là un sujet hautement inflammable. Car une partie de l’opinion est à cran, depuis l’élection de François Hollande, sur les questions de société, en particulier celles touchant à la famille et aux enfants.

C’est en tout cas ce dont semblent témoigner les manifestations à répétition de ces derniers dimanches : contre l’assouplissement de l’IVG mi-janvier, contre la PMA et la GPA début février, contre tout et tout le monde lors de ce Jour de colère qui aura vu s’agréger des revendications soudées par un même rejet : celui des élites. A chaque fois, des milliers, voire des dizaines de milliers de manifestants. Quantité non négligeable, mais bien insuffisante tout de même pour représenter une véritable menace pour le pouvoir en place.

C’est pourtant dans la foulée de ces mobilisations que le gouvernement a choisi de renvoyer à plus tard (a priori 2015) la présentation de son projet de loi sur la Famille. Capitulation pour les uns, mesure d’apaisement pour les autres : faut-il voir dans cette décision une réponse à un mouvement de fond qui toucherait l’ensemble de la société française ? «Une révolution conservatrice est-elle à l’œuvre en France ?»

 

 

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 08:23

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Avec Dominique Lesparre, la Gauche est rassemblée pour que Bezons reste fidèle aux valeurs de progrès, de solidarité et d'humanité qui l'animent depuis plusieurs décennies (centres de santé, priorité à l'enfance, action sociale…).

Militant socialiste, je voterai dès le dimanche 23 mars pour la Gauche et Dominique Lesparre.

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5 février 2014 3 05 /02 /février /2014 08:19

excellente analyse de mon ancienne directrice de recherche Béatrice Gilbin-Delvallet, dont l'esprit de géographe est toujours aussi affuté sur les enjeux de la décentralisation, la construction des territoires et les interactions des pouvoirs locaux.

La gazette des communes - 5 février 2014

Redécoupages des régions, fusion des communes, non-cumul des mandats… Béatrice Giblin, à la base du concept de géopolitique locale, combat les idées reçues à-propos de l'Acte 3 de décentralisation. La directrice de la revue Hérodote prône une réforme des collectivités menée dans la durée.

B.-Giblin.pngEn s’en prenant à l’organisation territoriale source, à ses yeux, de « lourdeurs » et d’ « exaspération fiscale », François Hollande ne tient-il pas désormais un discours très proche de son prédécesseur ?

Je ne le crois pas. François Hollande utilise le conditionnel et se réfère directement à son expérience à la tête du conseil général de Corrèze pour défendre la place du département en milieu rural.

L’ancien maire de Neuilly-sur-Seine, lui, employait un ton beaucoup plus martial.

Il s’en remettait aux plans prédéterminés de Jacques Attali et Edouard Balladur. Des personnalités sans doute très qualifiées, mais fort éloignées de la gestion des collectivités locales…

En quoi le pouvoir actuel adopte-t-il une politique si différente ?

Depuis un an et demi, la ministre chargée de la Décentralisation, Marylise Lebranchu consulte notamment les acteurs locaux. Il était impossible de ne pas associer élus et cadres de la fonction publique territoriale à sa réflexion : il y a des gens qui savent penser en dehors de Paris !

Elle fait le choix de la démocratie, par définition source de discussions, de débats et donc de conflits. Sa réforme est le reflet de cette concertation, ce qui la rendra très probablement imparfaite, notamment sur la répartition des compétences entre les différents échelons.

Etes-vous favorable, comme le suggère François Hollande, à la disparition des conseils généraux sur le territoire des nouvelles métropoles ?

Etant donné le caractère polémique du sujet, il est évident qu’il n’y aura pas de réforme pour le simple plaisir de réformer. Mais ceux qui s’attendent à un big-bang territorial dans les six mois qui viennent risquent d’être déçus.

Ce débat n’en est qu’à ses prémices. Régler ces questions difficiles et délicates, comme celle-ci, réclame du temps.

Il semble judicieux de supprimer les départements dans des métropoles de plusieurs millions d’habitants. Cependant – si les conseils généraux disparaissent effectivement de ces territoires bien souvent inégalitaires – que deviendra la nécessaire proximité avec les populations les plus pauvres pour leur attribuer l’aide sociale ?

Quel regard portez-vous sur les métropoles issues de la première loi «Lebranchu», promulguée le 28 janvier ?

Elles marquent un grand changement, puisque, pour la première fois dans l’histoire de France, les métropoles n’exerceront pas obligatoirement toutes les mêmes compétences. Ce qui est vrai pour le grand Lyon aujourd’hui ne le sera pas forcément demain pour la métropole d’Aix-Marseille ou de Brest.

C’est un progrès considérable, car toutes les métropoles ne couvrent pas 70% du territoire d’intervention d’un département-croupion comme l’est celui du Rhône, et tous les départements ne gèrent pas des «quartiers sensibles», comme à Vaulx-en-Velin, dont ils sont ravis de se délester.

Le redécoupage des régions, prôné par François Hollande, peut-il améliorer le développement des territoires ?

Le découpage actuel des régions date de 1956. Il a été opéré sur un coin de table par des hauts fonctionnaires «éclairés» du commissariat général au Plan, pour stimuler le développement économique insuffisant de certains territoires comme l’ouest, moins urbanisé et moins industrialisé à l’époque que l’est du territoire national.

Ces régions-programme n’ont pas été pensées comme pouvant devenir des collectivités territoriales telles qu’elles le sont depuis les lois de décentralisation de 1982 et 1983.

Des fusions sont-elles utiles aujourd’hui ?

L’argument en faveur d’un redécoupage est essentiellement économique. Mais marier deux régions comme l’Auvergne et le Limousin ne va pas en faire automatiquement  une région dynamique.

Rattacher la Loire-Atlantique à la Bretagne, c’est mettre deux crocodiles, Nantes et Rennes, dans le même marigot. A moins de transférer toutes les institutions à Notre-Dame-des-Landes (sic), qui de ces deux capitales régionales va, alors, assurer le leadership d’une Bretagne élargie ?

Je ne suis pas certaine que ces pistes soient nécessairement gages d’efficacité. En Allemagne, les Länder sont de tailles hétérogènes ; l’agglomération d’Hambourg mord sur trois länder différents dont la ville-Etat. Pour autant, personne ne pose la question de leur redécoupage.

Comment expliquez-vous, alors, le plaidoyer présidentiel en faveur de plus grandes régions ?

François Hollande semble bel et bien avoir été convaincu par la doxa vantant l’efficacité de régions plus grandes. Malgré l’absence de solide démonstration en ce sens, elles seraient, affirme-t-on, moins coûteuses pour les contribuables, plus compétitives et davantage adaptées à la mondialisation.

C’est curieux car, il y a dix ans, on ne parlait que de subsidiarité : il fallait que les décisions soient prises au plus près des populations et du territoire concerné. Désormais il faut des ensembles plus vastes afin de faire des économies d’échelle, en supprimant les doublons sources de dépenses inutiles voire pour certains « experts » de gabegie.

Un renforcement du pouvoir des régions vous parait-il cependant nécessaire ?

La centralisation, qui a atteint son paroxysme au milieu des années 1960, a montré ses limites. L’Etat ne peut plus revenir à l’époque où les permis de construire étaient délivrés par les préfets et non les maires, et que ces derniers apprenaient la création de villes-nouvelles sur leurs territoires… par le biais de la presse ! Il convient de gérer, aujourd’hui, les politiques au bon niveau.

Les régions seraient sans doute plus efficaces que l’Education nationale pour déterminer les territoires prioritaires où le nombre d’élèves par classe serait beaucoup plus petit pour éviter les décrochages échecs scolaires alors que dans d’autres territoires les classes pourraient être plus chargées.

Il en est de même dans le domaine de la santé où, à rebours de ce qui a été prévu pour les agences régionales de santé (ARS) imposées par l’Etat, les régions devraient être associées aux décisions qui concernent la santé de leur population.

Faut-il en finir avec les 36 000 communes, comme le souhaite la directrice de l’Institut français pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques (IFRAP), Agnès Verdier-Molinié ?

Sur le modèle de l’Allemagne où la densité de population est trois fois plus forte qu’en France, Madame Verdier-Molinié estime qu’une commune doit regrouper au minimum 5 000 habitants. A-t-elle oublié que certains territoires, de montagne notamment, ont une densité démographique très faible ? Combien de temps les enfants mettront-ils alors pour se rendre à l’école ? Est-elle au courant que la plupart des élus municipaux ne coûtent pas un sou à la République ?

Soyons plus pragmatiques et moins dogmatiques : tenons compte de la réalité géographique et historique pour penser une réforme territoriale, car ces schémas apparemment si logiques peuvent s’avérer inapplicables voire absurdes !

Au-delà du matraquage médiatique de quelques fausses évidences, le système actuel demeure-t-il, selon vous, lisible aux yeux de nos concitoyens ?

De la commune au syndicat mixte, la France compte à elle seule le tiers des structures territoriales de l’Europe : c’est assurément trop. Très hétérogènes – il y en a de très petites et de très vastes – les intercommunalités restent mal identifiées : quelles sont leurs limites territoriales ? Quelles sont leurs compétences ? Peu de nos concitoyens le savent, et conservent de fait une image technocratique de cette structure.

En revanche, les autres strates telles que la commune, le département, la région et l’Etat sont parfaitement lisibles. Je rappelle, par ailleurs, que c’est l’Etat et l’Europe qui sont le plus pourvoyeurs de découpages fonctionnels(1) contribuant à embrouiller les citoyens… et même les élus locaux !

L’interdiction à venir du cumul parlementaire-président d’exécutif local ne va-t-il pas faciliter la réforme des territoires ?

Sans doute, oui. Mais elle va aussi affaiblir le poids du pouvoir local à Paris et renforcer la technostructure qui est déjà difficile à faire bouger.

Si les principaux élus du bassin minier n’avaient été que maires et non pas aussi députés dans les années 1990, ils n’auraient pas pu assurer la reconversion si difficile de leur territoire.

Que changera la limitation du cumul sur le plan local ?

Le non-cumul favorisera aussi, et c’est heureux, la parité. Elle devrait également permettre de réconcilier une partie des Français avec la vie politique, même si je suis persuadée que l’on ne parlerait pas autant de Montpellier sans la mégalomanie de Georges Frêche.

Mais attention : l’impossibilité pour les maires de cumuler leur mandat avec des pouvoirs discrétionnaires comme la présidence d’une SEM ou de l’office HLM ne sera facteur ni de simplification, ni d’économie…

Comment expliquez-vous le climat de défiance envers les élus locaux ?

Si elle est légitime pour une infime minorité d’entre eux, la diabolisation d’élus irresponsables et obnubilés par leur seule réélection ne fait qu’alimenter le discours «tous pourris» tenu par le Front national.

Je ne conteste pas que certains élus, à l’approche des élections, embauchent plus que de raison dans la fonction publique territoriale. Mais ne me dites pas qu’il n’existe pas non plus des postes inutiles dans la fonction publique d’Etat ou les entreprises…

Est-ce réellement une faute de ne pas avoir mutualisé et réduit les effectifs communaux et intercommunaux quand 25% de votre population est au chômage ?

La géopolitique des régions, mode d’emploi

Quel est le point commun entre l’implantation de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la crise des banlieues françaises de 2005, la gentrification du quartier d’Harlem à New York ou encore la gouvernance du Grand Paris ? Tous ces évènements ont donné lieu à un conflit, entre des acteurs ne partageant pas la même conception de leurs territoires.

Dire que les élus locaux et les fonctionnaires territoriaux font de la géopolitique n’est donc pas une caricature journalistique galvaudant cette discipline très médiatisée : c’est le constat de Béatrice Giblin.
Au sein de l’Institut français de géopolitique (IFG), elle, Philippe Subra et quelques autres enseignants-chercheurs appliquent, depuis une vingtaine d’années, le raisonnement géopolitique à tous ces conflits locaux contemporains.

Contrôle du territoire - Leur discipline – autrefois réservée à l’analyse des conflits internationaux – met en lumière les stratégies de divers acteurs(2) se disputant le contrôle et l’usage d’un territoire.

Les travaux de géopolitique locale, ou géopolitique interne, portent aussi bien sur la montée en puissance des collectivités territoriales depuis la décentralisation, et les luttes de pouvoirs entre administrations locales et administrations déconcentrées que sur les rapports de force entre institutions ou entre responsables politiques lors d’opérations d’aménagement du territoire ou d’élections, les recompositions territoriales à l’œuvre, les rivalités entre forces économiques et sociales, etc…

FPT ou cabinet - Objectif : démonter les ressorts profonds des stratégies de gouvernance, des alliances électorales, mais aussi de certains blocages liés à des affrontements entre groupes de pression opposés sur la construction de ligne à grande vitesse ou à l’implantation de logements sociaux.

A la frontière du technique et du politique, les diplômés de l’Institut Français de Géopolitique travaillent autant dans la fonction publique territoriale que dans les agences de conseil ou les cabinets d’élus.

Note 01:

parcs naturels régionaux, zones relevant de la loi Montagne ou soumise à la loi Littoral, zones urbaines sensibles, zones de revitalisation rurale, SCOT…

Note 02:

élus, préfets, présidents de chambre de commerce, entrepreneurs, riverains, militants environnementalistes, etc.

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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 12:35

Les cotisations versées pour votre compte par l'employeur à un contrat collectif obligatoire de santé (mutuelle d'entreprise) constituent un avantage en nature qui était jusqualors exonéré de cotisations sociales et d'impôt sur le revenu.

A compter de l'imposition des revenus 2013, les cotisations à la charge de l'employeur correspondant à des garanties couvrant le remboursement des frais de maladie, de maternité, et d'accident seront réintégrées à votre salaire imposable et soumises à l'impôt. Les cotisations afférentes aux risques d'incapacité de travail et de décès resteront non-imposables.

Cette nouvelle mesure fiscale scandaleuse sera douloureuse pour les 13 millions de salariés concernés qui, d’après le centre technique des institutions de prévoyance, se traduira par une hausse de l’impôt sur le revenu de 90 à 150EUR en moyenne pour chaque salarié !

Sur la base d’une cotisation mensuelle de 100EUR prise en charge à 50% par l’employeur :

La somme à réintégrer dans le salaire imposable sera de 600EUR par an (50x1)

Si le taux marginal d’imposition est égal à :

Le salarié verra ses impôts augmenter de :

14%

+ 84EUR

30%

+ 180EUR

41%

+ 246EUR

La part des cotisations versée par les salariés à une mutuelle continuera, elle, à être déductible de leur revenu imposable, mais le plafond de déduction sera abaissé. Il passera de 8 888 EUR pour l'imposition des revenus 2012 à 5 925 EUR pour celle de 2013...

Cette mesure fiscale est donc totalement irresponsable ! Comment peut-on taxer les frais de santé et les considérer comme avantage en nature alors qu'ils contribuent à mieux protéger et soigner les salariés ? Mais « cest la loi, lANI », celle qui a été votée par une majorité au parlement et le début des transferts de de la fiscalité sur les ménages dans le cadre de l'annonce par Hollande du pacte de responsabilité… Raison de plus pour se mobiliser tous ensemble le 6 février prochain !

 10H00  | RASSEMBLEMENT devant le GIM
RDV 34, avenue Charles de Gaulle | 92000 Neuilly-sur-Seine | Métro : Porte Maillot ou Sablons                     
                              
   

 14H00  |  MANIFESTATION RÉGIONALE

RDV à République en direction de Nation

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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 07:59

mardi 21 janvier 2014

4hpv5-LOGO CGTLe gouvernement, sous la pression sociale et politique, vient d’annoncer le report, au printemps prochain, du débat parlementaire sur la suppression des élections prud’homales.

Si le ministre Michel Sapin ne renonce pas totalement à son projet, il a du revoir ses prétentions et ravaler son mépris affiché à l’égard de la CGT !

En effet, grâce à la mobilisation : pétitions par dizaines de milliers, interventions dans les assemblées générales et audiences solennelles, interpellations des députés et sénateurs, déclarations unitaires, conférences de presse… les arguments de la CGT portant sur le recul démocratique et social que représentait l’abandon des élections des juges prud’hommes au suffrage universel, ainsi que sur l’inconstitutionnalité du projet, ont fait boule de neige parmi les parlementaires mais aussi auprès des autres organisations syndicales encore hésitantes !

Face à cette contestation, le ministre du Travail est donc contraint de faire machine arrière en annonçant le report, de plusieurs mois, de la partie du projet de loi portant sur la désignation des conseillers prud’hommes.

Plus que jamais, l’action continue

Pour la CGT, il est impératif de poursuivre les actions syndicales, dans l’unité la plus large, afin de maintenir la pression sur le gouvernement et les parlementaires pour que ce projet soit définitivement enterré. Nous devons exiger du gouvernement qu’il annonce dès maintenant la tenue et la date des élections prud’homales afin qu’elle puisse avoir lieu au plus tard en décembre 2015.

La CGT réaffirme sa disponibilité pour travailler à une plus grande participation des salariés à ces élections. Le groupe de travail du Conseil Supérieur de la Prud’homie doit se réunir sans attendre pour y travailler ! Un courrier de la CGT est adressé en se sens à son président.

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