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Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 13:53

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La gauche a gagné l'élection présidentielle. La gauche a remporté les élections législatives et ainsi les Français ont offert au Président de la République une majorité pour mettre en oeuvre le changement qu'il a promis. Même le Parti Communiste Français, réuni hier en conférence national, alors qu'il votait le soutien sans participation, a pris comme slogan : "Réussir le Changement !".

François Hollande a fait des promesses (très) raisonnables, dira-t-on ; François Hollande a également fait des propositions qui font débat à gauche comme le retour à l'équilibre budgétaire en 2017 et son contrat de génération. Malgré cela, les attentes sont immenses dans un pays tant abimé par 10 ans de gouvernements conservateurs, dont 5  de sarkozisme.

La victoire à la présidentielle était un marche-pied indispensable pour espérer transformer le pays et l'Europe. Sans la conquête démocratique du pouvoir, il n'y avait pas d'horizon du changement comme le croient le NPA ou LO. Alors comme le disent nos camarades communistes, donnons nous les moyens de réussir.

En 1936, arrivant pour la première fois au pouvoir, quelques responsables socialistes s'étaient dits "enfin, les difficultés commencent". Nous ne sommes plus dans le même contexte, la gauche - localement et nationalement -  est une habituée du pouvoir, même si elle en a été écartée nationalement pendant 10 ans. Dans ce cas, Martine Aubry a raison de dire "non, ce ne sont pas les difficultés qui commencent, mais les solutions qui arrivent". Les solutions arrivent parce que les socialistes ont travaillé pendant 3 ans à un projet alternatif au sarkozisme et au lepénisme ; mais toutes les solutions ne sont pas encore là car la complexité de notre monde est profonde et parce que des propositions du projet socialiste n'ont pas été reprises dans le projet présidentiel.

logounmondedavance.jpgDans ces conditions, le congrès du Parti Socialiste - au sein des débats de toute la gauche - qui se tiendra cet automne est essentiel. Nous ne pouvons pas nous permettre de faire un congrès en catimini, au cours duquel les débats qui nous traversent seraient abordés en quelques jours. Nous avons besoin d'un parti de débat qui ne soit pas atone sous prétexte de ne pas gêner le gouvernement.

Plusieurs débats incontournables doivent donc être abordés lors du congrès du PS, ce qui invalide par avance toute idée de motion unique qui serait un préalable irrépressible au rassemblement des socialistes et de la gauche.

Voici les débats que nous devons animer :

  • Économie :
    • Le PS a ouvert une réflexion sur le "Juste échange", concept qui a commencé à irriguer les débats entre social-démocrates européens, il est désormais dépasser réellement les axiomes éculés du libre-échange ;
    • François Hollande le disait lui-même l'austérité ne peut être l'horizon donné à nos citoyens, mais alors quelle alternative politique économique et financière mettre en œuvre alors même que le nouveau ministre de l'économie s'apprête à faire des propositions assez classiques en la matière ;
    • L’échec de l’organisation d’un système productif soumis aux seuls marchés réhabilite le rôle de la puissance publique. En matière de restauration économique, la création du ministère du "redressement productif" est un signe encourageant, mais c'est encore un concept de politique industrielle à rendre concret ;
    • Le service public doit être rétabli dans sa puissance légitime pour garantir l’égalité pour tous et un véritable exercice de nos droits sur l’ensemble du territoire : nous ne pouvons pas éluder la question du statut de La Poste ou de la SNCF, ou encore la question d'un pôle public de l'énergie ;
  • image003.jpgSocial & Solidarité :
    • les salaires (SMIC, plafond dans le privé, échelle des salaires), les droits des salariés et les conditions de travail ne doivent plus être un sujet tabou ;
    • en termes de droit, de santé, de sécurité, d'immigration, d'éducation, c'est la justice et la portée des valeurs républicaines qui doivent reprendre le dessus, comme cela était proposé lors de la convention nationale "Pour l'égalité réelle" ;
  • Europe : Nous devons reprendre le chemin vers une Europe démocratique et sociale (protectionnisme européen intelligent, mutualisation des dettes, modification des statuts de la Banque Centrale Européenne ou possibilité pour le Parlement Européen de modifier facilement ses statuts, légitimité démocratique de la commission, relance européenne, eurobonds, un parlement européen représentant la souveraineté populaire européenne...). Cela commence par la nécessité de soumettre à référendum le nouveau Traité européen, si jamais il avait été renégocié après les propositions de François Hollande (dans le cas contraire, il serait hors de question de rentrer dans une procédure de ratification) ;
  • Renforcer notre démocratie : il est temps de reprendre le chemin pour une VIe République primo-ministérielle et parlementaire, sujet qui semble avoir disparu de nos échanges ; nous devons aussi entamer une  réelle rénovation démocratique consolidée et approfondie des pratiques politiques. La moralisation de la vie politique française (95% de nos élus sont honnêtes) doit être une des priorités de nos mandats ;
  • Francais-Musulman.jpgRaffermir la République : comment construire une "gauche populaire" ? L'abstention massive des catégories populaires, quelles que soient leurs origines géographiques ou culturelles, alors que les plus privilégiés adoptent avec constance un "vote de classe" pour défendre leurs intérêts. Cette abstention massive rend d'ailleurs peu opérant les discours analysant les dernières élections comme une reconquête de l'électorat populaire par le Front de Gauche ou le Parti Socialiste. Dans le même temps, la structuration et la consolidation du vote FN notamment dans ces catégories de population nécessitent d'apporter des réponses aux angoisses des Français sans jamais céder sur les valeurs républicaines et sans jamais tomber dans le piège de l'instrumentalisation de l'insécurité ou de l'immigration. Il faut trouver une alternative qui fasse pièce aux discours ethnicisants frontistes, sarkozistes, d'un côté, et terra-novistes de l'autre, pour ne chercher qu'une seule chose : rassembler les Français en fonction de leurs intérêts économiques et sociaux et de l'égalité d'accès aux services publics, sur tout le territoire. Bref dans un discours républicain intégrateur ;

  • AubryDuflotRaffermir le rassemblement à gauche : Le mirage de l'alliance centriste s'est éloigné en même temps que le naufrage de François Bayrou. Les élus centristes sont en train de se recomposer en binôme plus ou moins dépendant d'une UMP post-sarkoziste qui se cherche entre fidélité à la République et tentation frontiste. Mais le PS aurait tort de sombrer dans la suffisance et l'hégémonie. Le score de Jean-Luc Mélenchon a démontré qu'il existait un espace politique pour une gauche radicale et démocratique, qui malgré ses critiques (parfois justifiées) vis-à-vis du PS ne manquent pas à la gauche. Il n'est pas non plus question de remettre en cause l'accord patiemment élaboré avec Europe Écologie - Les Verts qui donne une coloration riche à la nouvelle majorité parlementaire et qui doit nous rappeler que hors des élections présidentielles l'audience politique des écologistes est désormais très large dans de nombreux territoires. À nous de consolider le rassemblement de la gauche, en entretenant un débat franc et ouvert avec chacun de nos véritables partenaires, en organisant des convergences politiques et programmatiques avec eux et également en améliorant les modes de représentations politiques de nos concitoyens ;

  • La question de l'organisation socialiste européenne et internationale : Le PSE doit faire face à la crise de l'Union européenne et la déshérence d'un de ses membres - le PASOK - sous l'effet des diktats des conservateurs européens. 33577_445255978790_725093790_5575532_712655_n.jpgLa clarification politique entamée par le PSE sous l'impulsion de son ancien président Poul Nyrup Rassmussen n'a pas atteint le groupe Socialistes & Démocrates au Parlement européen, où nos camarades continuent la cogestion avec les conservateurs. L'internationale socialiste n'a pas d'orientation claire ; son organisation est vérolée par la présence de partis qui n'ont plus rien de socialistes, alors qu'il a fallu exclure en catastrophe sous la pression légitime des "printemps arabes" le RCD de Ben Ali et de RND de Moubarak en 2011 !?! tout cela doit être remis sur la table pour que l'action internationale et européenne des socialistes s'ouvrent à de véritables organisaitons progressistes capables de penser la transformation sociale à l'échelle globale, et que nous devenions collectivement capables de dialoguer avec ONG et partenaires sociaux afin de bâtir un monde plus équitable et plus vivable.

Frédéric FARAVEL
Secrétaire fédéral aux relations extérieures du PS Val-d'Oise

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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 21:51

La_Marseillaise_zenith_13-06-2012.jpg

La gauche remporte largement le second tour des élections législatives du 17 juin 2012. Les chiffres officiels du ministère de l'intérieur sont sans appel :

  • 10 députés pour le Front de Gauche ;
  • 280 députés du Parti Socialiste ;
  • 12 députés du Parti Radical de Gauche ;
  • 22 députés divers gauche ;
  • 18 députés d'Europe-Ecologie Les Verts ;
  • 2 députés régionalistes antillais ;
  • 2 députés du MODEM ;
  • 14 députés du Nouveau Centre et de l'Alliance centriste ;
  • 6 députés du Parti Radical (valoisien) ;
  • 194 député de l'Union pour un Mouvement Populaire ;
  • 15 députés divers droite ;
  • 2 députés du Front National et 1 député de la Ligue du Sud.

Si l'on compare à l'échelle nationale les résultats du premier et du second tour des législatives, il est en siège plus favorable encore au PS que l'on ne pouvait s'y attendre au soir du 10 juin :

  • Le bloc de gauche faisait 12 millions de suffrages ; il en a fait hier soir 11,7 millions (ce n'est pas la dynamique à gauche qui crée le résultat
  • L'UMP et ses alliés faisaient 9 millions de voix ; ils ont obtenu hier soir plus de 10 millions.
  • L'extrême droite rassemblait 3,6 millions d'électeurs ; en étant moins présente au second elle recueille 872 422 voix.

Le report de voix de l'extrême droite vers la droite classique dépasse à peine 1 million de suffrage, soit moins d'un tiers contre 50 % lors des précédents scrutins.

L'explication de la lourde défaite de la droite, plus forte que la plupart des sondages ne l'envisageait, provient du comportement politique des électeurs du FN :

  • ces électeurs, à quelques exception près, se sont très peu ou pas reportés sur les candidats de droite, quand ceux-ci étaient opposés à la gauche en duel... en tout cas moins que lors des précédents scrutins (Les électeurs du MODEM - moins signifiant en masse - ont fait de même par ailleurs) ;
  • dans les triangulaires, l'électorat FN baisse un peu là où il n'avait aucune chance de l'emporter, sans véritable effets de "vases communiquant" entre le FN et la droite, comme on avait pu le constater auparavant. Les candidats d'extrême droite ont progressé partout où l'enjeu d'un siège était palpable ;
  • dans les duels gauche-FN, le candidat FN progresse, démontrant le ralliement de certains électeurs de droite "classique" aux alliances avec l'extrême droite.

1489157 3 0fb0 marine-le-pen-a-lille-le-5-mars-2011Nous assistons donc à une réelle consolidation du vote FN qui sera de plus en plus en capacité de faire élire des députés au scrutin majoritaire, d'autant que l'UMP va rester profondément empêtrer dans le piège du "ni-ni" et dans les fractures que le débat de la relation au FN va provoquer dans ces rangs (attisés volontairement par Marine Le Pen, dont le but est ouvertement de faire éclater l'UMP), même si les responsables UMP les plus FN-compatibles ont souvent été battus.

Cela impose deux réflexions majeures :

  • celle de la reconquête d'une partie de l'électorat populaire qui est abandonné au FN ;
  • celle du mode de scrutin, car l'excuse du scrutin majoritaire pour éviter l'élection de candidats d'extrême droite ne tient plus.

La parité n'est pas au rendez-vous.

logoUMA95Avec les représentants de la motion C du Val-d'Oise, nous avions dénoncé l'année dernière la feuille de route législatives proposée par le Premier secrétaire fédéral, et ce que nous avions annoncé s'est produit : le Val-d'Oise, la gauche valdoisienne n'enverra aucune députée à l'assemblée nationale. Mais la préoccupation qui motivait cette feuille de route n'était pas la parité, mais assurer l'élection ou la réélection en priorité de trois maires majeurs du PS : 5e, 8e, 10e.

Il est triste que cette logique se retrouve à l'échelle du pays : le nombre d'élues progressent mais avec 150 députées, la France est très loin de l'exemplarité, le PS en est loin aussi : il avait présenté 46% de candidates mais majoritairement dans des circonscriptions très difficiles, nous auront une 100ne de députées socialistes soit moins d'un tiers du groupe... 46% contre 30% cherchez l'erreur.

La logique de Vème République est plus que jamais non démocratique.

Le PS atteint la majorité absolue mais recueille à peine 26% du corps électoral. L'essentiel de l'assemblée nationale est constituée par deux partis qui ne rassemblent pas la majorité des électeurs. Évidemment, la crise de la démocratie est une réalité et nous pouvons constater que l'absence de véritable débat politique dans cette campagne a renforcé l'abstention ; nous devons nous interroger sur la place respectives des législatives et des présidentielles.

Nous devons nous interroger également sur le mode de scrutin alors qu'avec la proportionnelle les écologistes et le Front de gauche auraient pu obtenir une 40ne de députés chacun ; alors que le PRG, le MUP ou le MRC qui sont absents de la réalité concrète électorale de ce pays sont finalement très bien payés. Notre majorité elle-même n'est pas représentative de son électorat.

Enfin, avec un bloc de gauche de 342 députés, la gauche n'aura pas la majorité des 3/5e : quid des réformes institutionnelles ? Nous resterons vigilants sur les engagements pour des réformes renforçant la démocratie et notamment sur l'adoption du droit de vote des étrangers.

La rénovation doit se poursuivre.

Ce n'est pas les parachutages qu'il faut bannir, car les députés sont des élus de la nation et non d'un territoire ; mais quand on appelle à la démocratie participative, on ne peut refuser de se soumettre au vote des militants. Il y a fort à parier que si Ségolène Royal avait affronter une primaire dans une circonscription réservée femme par le PS, La Rochelle aurait envoyé une Députée socialiste à l'Assemblée. Comment enfin prétexter de la règle du désistement républicain pour le candidat de gauche arrivé en tête quand la direction maintient la candidat de Fawaz Karimet arrivé 3e à Laon, contre René Dosière  et une candidate de droite.

De même, il est urgent de renforcer les opérations mains propres du PS dans certains territoires ou fédérations : Nicolas Bays élu à la place  de Kucheida à Liévin a failli d'un cheveux ne pas être candidat parce que l'on n'osait pas désigner un candidat contre un autre à qui on avait refusé son investiture ? Comment attendre le dernier moment pour retirer son investiture à Sylvie Andrieux, alors qu'on savait qu'elle allait être renvoyée en correctionnelle pour détournement, avec un risque réel de faire élire un député FN supplémentaire (on a frôlé de peu la catastrophe le FN atteignant 49,01%) ? Comment ne pas voir qu'en certains points de notre territoire, ces légerétés avec la morale publique ou l'aveuglement de certains de nos responsables ont pu coûter par ricoché à d'autres candidats que ceux mis en cause par les médias ou la justice ?

Ce manque de cohérence risque de nous coûter cher à l'avenir, si nous n'y mettons pas un terme rapidement.

Un mot sur une autre élection, celle qui s'est tenue hier en Grèce.

480542_10150981621012147_285993677_n.jpgJe ne comprends pas que l'on puisse se réjouir comme l'a fait ce matin sur France Inter la porte-parole du gouvernement du fait que Nouvelle Démocratie, le parti conservateur, soit arrivé en tête du scrutin. C'est se réjouir de la "victoire" du camp politique qui a falsifié les comptes publics grecs ; c'est se réjouir implicitement de l'alliance entre les conservateurs (et quels conservateurs !?) et le PASOK, soit une terrible défaite culturelle et politique, au moment où des voix de hauts responsables du PSE commençaient à s'élever en faveur d'une alliance à gauche avec le SYRIZA.

Nous sommes en train de perdre notre boussole. D'autant que la coalition ND-PASOK signifie une perpétuation des plans d'austérité qui n'ont jusqu'ici donné aucun résultat et ont même aggravé la situation, donc conduisent tout droit la Grèce à la banqueroute et renforcent les risques pour la zone Euro. La peur du SYRIZA est ridicule, pire elle est suicidaire. Vouloir éviter à tout prix la gauche radicale en Grèce risque de nous amener à des crises plus graves encore.

Frédéric FARAVEL
Secrétaire fédéral aux relations extérieures du PS Val-d'Oise

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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 07:05

La poussée à gauche est nette. C’est le premier enseignement que l’on peut tirer du premier tour des élections législatives. Pourtant, rien n’est encore joué. Certes une majorité d’électeurs ont voulu confirmer leur vote du 6 mai, et « donner au changement une majorité ». Autrement dit, ils ont voulu donner une majorité sur laquelle François Hollande et le gouvernement de Jean-Marc Ayrault puissent compter. Pour autant, la droite n’est pas terrassée. Il va falloir confirmer, prolonger et amplifier le vote du 10 juin. Pas une seule voix ne doit manquer aux candidats arrivés en tête de la gauche dans les différentes circonscriptions !

L’abstention est forte, beaucoup trop forte ! Bien sûr, un certain nombre d’électeurs se sont démobilisés pensant que l’essentiel avait été fait le 6 mai dernier après la défaite de Sarkozy. D’autres ont eu du mal à aller aux urnes, ayant du mal à se retrouver dans un premier tour où il y avait le plus souvent plus d’une dizaine de candidats. L’inversion du calendrier (législatives après les présidentielles) n’aide pas nombre de nos concitoyens à comprendre les enjeux de cette élection. Les enjeux du deuxième tour seront plus faciles à appréhender.

L’UMP est bien en crise après la défaite de son candidat aux présidentielles. Un nombre de plus en plus grand de ses élus sont perméables aux sirènes de l’extrême-droite. La droite baptisée « centriste » est elle aussi mal en point. La candidate socialiste a largement devancée François Bayrou. C’est tant mieux ! Et tant pis si Daniel Cohn-Bendit pense que c’est « une faute du PS », lui qui comme quelques-uns (heureusement minoritaires aujourd’hui) n’arrivent pas à renoncer à l’ouverture à droite !

Le Front national confirme son enracinement (et ce nationalement). Parallèlement, il faut aussi souligner qu’il recule nettement par rapport à son score des présidentielles. La fonction tribunicienne, le rôle du « chef » (de la « chef » en l’occurrence) restent forts dans l’électorat que peut rassembler comme toujours l’extrême-droite. Battre Marine Le Pen dans la circonscription d’Hénin-Beaumont est donc en ce sens important !

Ce premier tour permet de vérifier aussi le rôle central joué par le Parti socialiste au cœur de la gauche. Les institutions de la Vème République et l’inversion du calendrier (législatives mises après les présidentielles depuis 2002) accentuent ce phénomène. L’absence de toute proportionnelle aux législatives renforcent le vote « utile ». Mais plus fondamentalement, les électeurs de gauche réaffirment leur volonté d’utiliser le vote PS pour en finir vraiment avec une décennie de domination électorale de la droite, et tout ce que cela signifie en termes de politique au service des plus privilégiés. Il n’empêche que le rassemblement de la gauche doit rester la ligne de conduite des socialistes. Dans les urnes, comme au gouvernement. ! Un gouvernement de la gauche unie, un gouvernement PS-FdG-EELV serait un signe fort en Europe alors que la crise de l’Euro s’approfondit du fait de la politique menée jusqu’à présent sous la houlette de Merkel et de Sarkozy.

Au lendemain du 17 juin, il faudra ouvrir une discussion sur le programme de la majorité à l’Assemblée comme sur les priorités gouvernementales. Cela tient en quelques mots :

Rompre avec les politiques d’austérité, et faire front face à tous les gouvernements conservateurs européens !

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 14:20

«C’est au peuple grec de décider de son sort, en rejetant tout diktat, en rejetant les poisons que lui administrent ses “ sauveurs ”, en s’engageant librement dans les coopérations indispensables pour surmonter la crise, avec les autres peuples européens.»

Rejoignez l'appel lancé sur Mediapart par Etienne Balibar, philosophe, Vicky Skoumbi, rédactrice en chef de la revue αληthεια (Athènes), Michel Vakaloulis, philosophe et sociologue, et bien d'autres. Et n'oubliez pas notre soirée exceptionnelle de soutien au peuple grec, mercredi 13 juin, avec la retransmission en direct sur Mediapart du concert d'Angélique Ionatos au Théâtre de la Ville.

pour signer la pétition : cliquez ici

 

The text is also available in English, Greek, and German.

Dans l’enchaînement d’événements qui, en trois ans, ont jeté la Grèce au fond du gouffre, chacun sait que les responsabilités des partis au pouvoir depuis 1974 sont écrasantes. Nouvelle Démocratie (droite) et Pasok (socialiste) n’ont pas seulement perpétué la corruption et les privilèges, ils en ont bénéficié et en ont fait bénéficier largement les fournisseurs et les créanciers de la Grèce, pendant que les institutions communautaires détournaient le regard. On pourrait s’étonner, dans ces conditions, que les dirigeants européens ou le FMI, transformés en parangons de vertu et de rigueur, s’emploient à ramener au pouvoir ces mêmes partis faillis et déconsidérés, en dénonçant le « péril rouge » incarné par Syriza (coalition de gauche radicale), et en promettant de couper les vivres si les nouvelles élections du 17 juin confirment le rejet du « Mémorandum » qui s’est manifesté le 6 mai dernier. Non seulement cette ingérence est en contradiction flagrante avec les règles démocratiques les plus élémentaires, mais ses conséquences seraient dramatiques pour notre avenir commun.

Il y aurait là une raison suffisante pour que, comme citoyens Européens, nous refusions de laisser étouffer la volonté du peuple grec. Mais il y a plus grave. Depuis deux ans, les dirigeants de l’Union européenne, en étroite concertation avec le FMI, travaillent à déposséder le peuple grec de sa souveraineté. Sous prétexte d’assainir les finances publiques et de moderniser l’économie, ils imposent une austérité draconienne qui étouffe l’activité économique, réduit à la misère la majorité de la population, démantèle le droit du travail. Ce programme de « redressement » à la mode néo-libérale se solde par la liquidation de l’appareil productif et le chômage de masse. Pour le faire passer, il n’a fallu rien de moins qu’un état d’exception sans équivalent en Europe occidentale depuis la fin de la deuxième guerre mondiale : le budget de l’État est dicté par la Troïka, le Parlement grec réduit à une chambre d’enregistrement, la Constitution plusieurs fois contournée. La déchéance du principe de la souveraineté populaire va de pair avec l’humiliation de tout un pays. Or elle atteint ici des sommets, mais ne concerne pas exclusivement la Grèce. Ce sont tous les peuples de ses nations constitutives que l’Union européenne tient pour quantités négligeables lorsqu’il s’agit d’imposer une austérité contraire à toute rationalité économique, de combiner les interventions du FMI et de la BCE en faveur du système bancaire, ou d’imposer des gouvernements de technocrates non élus.

A plusieurs reprises, les Grecs ont fait savoir leur opposition à cette politique qui détruit le pays en prétendant le sauver. D’innombrables manifestations de masse, 17 journées de grève générale en deux ans, comme les actions de désobéissance civique ou le mouvement des Indignés de Syntagma, telles ont été les marques du refus opposé par le peuple grec au sort qu’on lui réserve sans le consulter. Cette voix du désespoir et de la révolte, quelle réponse allait-on lui donner ? Le doublement de la dose létale et la répression policière ! C’est alors, dans un contexte de délégitimation complète des gouvernants, que le retour aux urnes est apparu comme la seule issue pour éviter l’explosion sociale.

Mais l’affaire est désormais très claire : les résultats du 6 mai dernier ne laissent aucun doute sur le rejet massif de la politique imposée par la Troïka. Et devant la perspective d’une victoire de Syriza aux élections du 17 juin prochain, une campagne de désinformation et d’intimidation a été déclenchée aussi bien à l’intérieur du pays qu’au niveau européen. Elle vise à exclure Syriza des interlocuteurs politiques dignes de confiance. Tous les moyens sont bons pour le disqualifier, à commencer par son étiquetage « extrémiste » et le parallélisme avec les néo-nazis de l’Aube Dorée. Toutes les tares ont été imputées à Syriza : escroquerie et double langage, irresponsabilité et infantilisme revendicatif. A en croire cette propagande haineuse qui prend le relai de la stigmatisation raciste du peuple grec, Syriza mettrait en danger les libertés, l’économie mondiale et la construction européenne. La responsabilité conjointe des électeurs grecs et de nos dirigeants serait de lui barrer la route. Brandissant la menace d’une exclusion de l’euro et d’autres chantages économiques, une manipulation du vote populaire se met en place. C’est une « stratégie du choc » par laquelle les groupes dominants s’efforcent de détourner le vote du peuple grec selon leurs intérêts, qu’ils prétendent être aussi les nôtres.

Nous, signataires de ce texte, ne saurions nous taire devant cette tentative de déposséder un peuple européen de sa souveraineté, dont les élections forment le dernier recours. Il faut que cessent immédiatement la campagne de stigmatisation de Syriza et les chantages à l’exclusion de l’eurozone. C’est au peuple grec de décider de son sort, en rejetant tout diktat, en rejetant les poisons que lui administrent ses « sauveurs », en s’engageant librement dans les coopérations indispensables pour surmonter la crise, avec les autres peuples européens.

Nous l’affirmons à notre tour : il est temps que l’Europe perçoive le signal envoyé le 6 mai dernier par Athènes. Il est temps d’abandonner une politique qui ruine la société et met les peuples sous tutelle afin de sauver les banques. Il est urgent de mettre un terme à la dérive suicidaire d’une construction politique et économique qui transfère le gouvernement aux experts et institue la toute-puissance des opérateurs financiers. Il faut une Europe qui soit l’œuvre de ses citoyens eux- mêmes, au service de leurs intérêts.

Cette nouvelle Europe que, comme les forces démocratiques en train d’émerger en Grèce, nous appelons de nos vœux et pour laquelle nous entendons nous battre, est celle de tous ses peuples. Dans chaque pays, ce sont deux Europes politiquement et moralement antithétiques qui s’affrontent : celle de la dépossession des êtres humains au profit des banquiers, et celle qui affirme le droit de tous à une vie digne de ce nom et s’en donne collectivement les moyens. Ce que nous voulons donc avec les électeurs, les militants et les dirigeants de Syriza, ce n’est pas la disparition de l’Europe mais sa refondation. C’est l’ultralibéralisme qui suscite la montée des nationalismes et de l’extrême droite. Les vrais sauveurs de l’idée européenne sont les partisans de l’ouverture et de la participation des citoyens, les défenseurs d’une Europe où la souveraineté populaire n’est pas abolie mais étendue et partagée.

Oui, à Athènes c’est bien l’avenir de la démocratie en Europe et de l’Europe elle-même qui est en jeu. Par une étonnante ironie de l’histoire, les Grecs appauvris et stigmatisés se retrouvent en première ligne de notre combat pour l’avenir commun.

Écoutons-les, soutenons-les, défendons-les !

Premiers signataires
Etienne Balibar, philosophe
Vicky Skoumbi, rédactrice en chef de la revue αληthεια (Athènes)
Michel Vakaloulis, philosophe et sociologue

Et :

Giorgio AGAMBEN; Michel AGIER, anthropologue; Tariq ALI, historien; Tewfik ALLAL; Denis ALLARD, chercheur au CNRS; Elmar ALTVATER; Charles ALUNNI, philosophe; Bernard ANCORI, professeur d’épistémologie, vice-président Sciences en Société; Dominique ANGEL, artiste; Arturo ARMONE CARUSO, metteur en scène et comédien; Chryssanthi AVLAMI, historienne;

Jean-Marc BABOU; Alain BADIOU, philosophe; Maria-Benedita BASTO, maître de conférences, Université Paris IV; Fethi BENSLAMA; Philippe BERAUD, économiste, professeur d'université; Fernanda BERNARDO; Samuel BIANCHINI, artiste et maître de conférences; Annie BIDET-MORDREL; Jacques BIDET; Guillaume BOCCARA, anthropologue, CNRS-EHESS; Constantinia BOGOS-HELFER, médecin; Carlo BORDINI, poète; Paul BOUFFARTIGUE, sociologue; Jean-Raphaël BOURGE, politologue; Jean Pierre BOURQUIN, peintre; Wendy BROWN, University of California;

Claude CALAME, Directeur d'études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales; Patrick CAVAGNET; Didier CHATENAY, physicien, CBRS; Gérard CLADY; Pierre CLEMENT, biologiste; Rémi COIGNET, critique; Catherine COLLIOT-THELENE, philosophe; Thomas Coutrot, économiste atterré, co-président d’ATTAC; Marie CUILLERAI, philosophe, Université Paris 8; Philippe CYROULNIK, critique d’art;

Dominique De BEIR, artiste; Judith DELLHEIM, économiste, Berlin; Christine DELPHY, sociologue CNRS; Christian DEPARDIEU; Anne DIMITRIADIS, metteur en scène; Noël DOLLA, artiste peintre; Costas DOUZINAS; Jérôme DUPIN, artiste et professeur des écoles nationales supérieures d'art;

Maria EFSTATHIADI, écrivain; Jean EISENSTAEDT; Nabil EL HAGGAR; Julia ELYACHAR; Roland ERNE, University College Dublin; Trevor EVANS, Berlin School of Economics and Law

Camille FALLEN; Olivier FAVIER; Jeanne FAVRET-SAADA, Ethnologue, Marseille; Anita FERNADEZ, cinéaste, Paris; Franck FISCHBACH, philosophe;

Florent GABARRON, psychanalyste; William GASPARINI, sociologue, professeur des universités; Jakob GAUTEL, artiste plasticien et enseignant; Elisabeth GAUTHIER, Espaces Marx, Réseau Transform !; Claude GAUTIER, Université Paul Valéry Montpellier 3; François Gèze, éditeur; Nigel GIBSON, Boston USA; Françoise GIL, sociologue; Alain GLYKOS, universitaire et écrivain; Nilüfer GOLE, EHESS; Stathis GOURGOURIS, philosophe, écrivain; Éric GUICHARD, philosophe (CIPh), Maître de conférences (ENSSIB/ENS-Ulm)

Patrice HAMEL, artiste plasticien; Marie-Elisabeth HANDMAN, anthropologue, Paris; Keith HART, anthropologue; Carlos HERRERA, professeur de droit; Nancy HOLMSTROM;

Engin ISIN;

Jean-Paul JOUARY, philosophe; Baudouin JURDANT, professeur émérite;

Jean-Pierre KAHANE, mathématicien, membre de l’Académie des sciences; Maria KAKOGIANNI; Jason KARAÏNDROS, artiste, professeur Ecole des Beaux-Arts de Rouen, ESADHaR; Anne KEMPF, enseignante; Danièle KERGOAT, sociologue; Delphine KOLESNIK-ANTOINE, maître de conférences, philosophie; Dimitra KONDYLAKI, dramaturge, traductrice; Robert KUDELKA; Cécile KOVACSHAZY, Universität Bremen;

Jean-Marc LACHAUD, Professeur d’esthétique à l’Université de Strasbourg; Rose-Marie LAGRAVE, directrice d’études à l'EHESS; Bernard LAHIRE, sociologue; Gérard LANIEZ, chargé de mission, Ville de La Rochelle; Jérôme LEBRE; Jean-Pierre LEFEBVRE, Professeur de Philosophie, Ecole Normale Supérieure; Stéphane LEVY, cinéaste; Guy LELONG, écrivain; Jean-Marc LEVY-LEBLOND, physicien et essayiste; Laurent LOTY, chercheur au CNRS; Michael Lowy, sociologue; Seloua LUSTE BOULBINA, philosophe;

Pierre MACHEREY, philosophe; Bernard MAITTE, physicien, historien des sciences; Henri MALER, philosophe; Philippe MANGEOT; Bernard MARCADE, critique d’art, Paris; Alexandros MARKEAS, compositeur, professeur au Conservatoire de Paris; Philippe Marlière, Politologue, University College London; Tomaz MASTNAK, Ljubljana/University of California at Irvine; Jean MATRICON; Ugo MATTEI, Professor of Law, Università Torino and California; Alexandros MARKEAS, compositeur, professeur au Conservatoire de Paris; Jérôme MAUCOURANT, Université de Lyon; Robert MILIN artiste, professeur dans une Ecole Nationale Supérieure d’Arts; Paul-Antoine MIQUEL; Miquel MONT, artiste plasticien; Laila MOUSTAFA; Ariane MNOUCHKINE;

Jean-Luc NANCY, philosophe; Toni NEGRI, philosophe; Frédéric NEYRAT, philosophe

Bertrand OGILVIE, Université Paris 8; Josiane OLFF-NATHAN; Martine OLFF-SOMMER

Silvia PAGGI, Université de Nice-Sophia Antipolis; Mariella PANDOLFI, Professeur d’anthropologie, Université de Montréal; Leo PANITCH, York University, Toronto Canada; Νeni PANOURGIA, anthropologue; Catherine PAOLETTI, philosophe; Roland PFEFFERKORN, professeur de sociologie, Université de Strasbourg; Ernest PIGNON-ERNEST; Mathieu Potte-Bonneville; Ludovic POUZERATE, acteur, auteur et metteur en scène;

Yvon QUINIOU, philosophe

Jacques RANCIERE, philosophe; Emmanuel RENAULT, philosophe; Judith REVEL; Michèle RIOT-SARCEY, historienne; Avital RONELL; Miriam ROSEN, journaliste-traductrice; Rossana ROSSANDA

Anne SAADA, historienne; Maria Eleonora SANNA; Diogo SARDINHA; Robert SAYRE, professeur émérite, Université Marne-la-Vallée; Marta SEGARRA, Université de Barcelone; Cristina SEMBLANO, économiste; Guillaume SIBERTIN-BLANC, philosophe; Paul SILICI, Maire de Saorge; Richard SMITH; Jean-Paul SOUVRAZ, artiste peintre; Michalis SPOURDALAKIS, sociologue; Bernard STIEGLER; Ann Laura STOLER; Efi STROUSA, historienne et critique d'art; Michel SURYA, revue Lignes

Danielle TARTAKOWSKY, professeur d’histoire, Université Paris 8; Etienne TASSIN; Jean-François TEALDI, journaliste audiovisuel public; Catherine THENEVIN, ingénieur à l’Institut Jacques Monod, Université Paris 7; Spyros THEODOROU, directeur, Echange et diffusion des savoirs; Bruno TINEL, économiste; André TOSEL, philosophe; Josette TRAT, sociologue

Carmela URANGA, artiste plasticienne et traductrice;

Eleni VARIKAS; Dimitris VERGETIS, psychanalyste, directeur de la revue grecque αληthεια; Jérôme VIDAL, directeur de RdL la Revue des Livres;

Heinz WISMANN; Frieder Otto WOLF, Freie Universität Berlin, ex-Membre du Parlement Européen

Clemens ZOBEL, politiste, Université Paris 8; Radmila ZYGOURIS.

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 07:07

Merkel.jpgElle a parlé, la sainte Chancelière "jouez hautbois, résonnez musettes"... Stupeur ce matin en allumant I télé avant de partir au boulot. Le chroniqueur économique de la chaîne d'information continue nous explique qu'une révolution politique est en cours car Mme Angela Merkel vient de se dire enfin prête à une Union Politique pour compléter le traité budgétaire...

Pour soutenir son propos, l'interview qu'elle a accordé ARD-Morgenmagazin et les entretiens bilatéraux qu'elle a eu avec le premier ministre britannique en perdition David Cameron.

Que dit-elle ? La révolution est-elle en marche ? La Chancelière va-t-elle toucher les écrouelles ?

La chancelière allemande, Angela Merkel, a déclaré, hier matin, qu'elle souhaitait travailler à une "union politique" en Europe, quitte à accepter l'idée d'une Europe à deux vitesses si certains pays bloquent. "Nous avons besoin de plus d'Europe (...), d'une union budgétaire (...), et nous avons besoin avant tout d'une union politique. Nous devons, pas à pas, abandonner des compétences à l'Europe", mais "nous ne devons pas rester immobiles, parce que l'un ou l'autre (pays) ne veut pas encore suivre", a-t-elle ajouté. Elle explique également qu'elle ne croit pas "qu'il y ait un seul sommet capable de tout régler d'un coup", soulignant qu'elle voulait proposer au sommet de juin un programme de travail avec l'objectif d'une union politique, tempérant ainsi les attentes autour du sommet de l'Union européenne prévu à la fin de juin, alors que la maison est en feu aujourd'hui.

De fait, Mme Merkel avait été quelque peu bousculée par l'entrée en jeu du nouveau président français, bien que les propositions de ce dernier soient extrêmement modérées. Elle reste cependant extrêmement en retrait des propositions fédéralistes de son propre parti, la CDU, qui semble sur ce sujet ne pas avoir l'oreille de la Chancelière.

Ces déclarations sont à lire à l'aune de la seule politique intérieure allemande et absolument pas de l'intérêt général européen :

  • Mme Merkel a besoin des votes du SPD et des Grünen pour ratifier le traité budgétaire et elle négocie avec eux des concessions sur d'autres dossiers. Ils viennent notamment d'obtenir ce que personne n'avait jusqu'ici obtenu de la "nouvelle Dame de Fer", une véritable taxe sur les transactions financières (bien loin de la taxe de bourse rétablie par feu Nicolas Sarkozy). Libre ensuite à chacun d'apprécier la valeur de l'échange et s'il était légitime que le SPD et les Grünen devraient accepter de voter le TCSG ;
  • La Chancelière allemande donne également des gages à son électorat conservateur en cognant une nouvelle fois sur ses petits camarades européens, du côté de la méditerrannée, dont il faudrait peu à peu se débarasser, car c'est la première fois qu'un responsable européen dit "sérieux" annonce vouloir utiliser la méthode des "coopérations renforcées" (qu'elle a contribuées à réduire les années précédentes) pour soutenir une logique d'exclusion et de marginalisation et non de progrès et d'avant-garde.

De fait, les propos de la Chancelière sont loin de représenter une avancée politique : l'union politique nécessaire est renvoyée à une échéance lointaine et elle n'a pas évolué d'un iota sur les questions économiques. Pour elle, comme pour tous les conservateurs européens, une politique de croissance ce sont des réformes structurelles visant à réduire le coût du travail et les droits des salariés dans le reste de l'Europe, afin de préserver les parts de marché pour les exportations allemandes. Peu lui chaut que le problème ne soit pas le coût du travail, mais la stratégie industrielle, car quels que soient les efforts des salariés européens ils ne seront jamais compétitifs en termes de rémunérations avec des Chinois ou des Indonésiens.

David Cameron, aux abois, poussé par le démocrate en campagne qu'est redevenu Barack Obama, avait décidé de mettre l'eau dans son vin de conservateur british gentry : la situation économique britannique est telle (ils viennent de décider une perte de pouvoir d'achat de 7% des britanniques), que les méthodes allemandes et conservatrices ont atteint la limite que les européens occidentaux sont capables d'endurer. Il réclamait donc auprès de Mme Merkel une relance européenne : "Nein !"

Nein aussi et toujours aux eurobonds ou au soutien à l'Espagne. Bref, n'en déplaise à tous les chroniqueurs économiques de droite qui se sont accrochés aux média radio et télé comme des berniques à un rocher, Mme Merkel n'a pas changé, elle n'a pas fait sa révolution. Elle vient d'adresser une fin de non recevoir, un camouflet, à François Hollande, en humiliant au passage ses "amis" Cameron et Rajoy. C'est le seul point positif de cette affaire, elle n'est pas plus sortie de l'isolement dans lequel elle s'est enferrée qu'elle n'aurait fait sa révolution.

Le Parti des Socialistes Européens (PSE) a sur ces sujets pris des positions fermes qui auraient intérêts à être défendues dans les campagnes législatives qui vont se tenir dans les pays européens d'ici 18 mois (lire ici).

Nous avons besoin de réformes européennes économiques immédiates alternatives au projet de traité budgétaire qui enfermerait l'Europe dans l'austérité suicidaire. Mais nous avons aussi besoin de construire une véritable fédération européenne pour rétablir la souveraineté populaire qui a été sappée par la mondialisation, la financiarisation et la technocratie.

Loin d'être un progrès vers l'union politique, les propos de Mme Merkel sont un nouveau maquillage d'une technocratie libérale intergouvernementale, qui a mené l'Union Européenne, dans l'impasse où elle est aujourd'hui, technocratie qui serait renforcée par le projet de traité qu'elle a imposé aux Européens avec son supplétif français, Nicolas Sarkozy.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral du PS Val-d'Oise aux relations extérieures

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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 14:55

Le Parti socialiste européen (PSE) s’est dit favorable à ce que les euro-obligations soient inscrites parmi les priorités du prochain sommet européen (28 juin). À la veille du sommet européen informel du 23 mai, les Premiers ministres et dirigeants du PSE se sont réunis à Bruxelles afin de discuter des moyens de promouvoir leur programme de croissance.

Le Président du PSE, Sergei Stanishev, a déclaré: «Le sommet informel aurait dû être un moment décisif pour l’Europe, montrant qu’elle s’engageait résolument dans une politique de croissance progressiste. Si nous voulons rétablir la confiance en Europe, nous devons nous atteler ensemble à l’élaboration d’un programme de croissance durable qui tienne compte de chaque État membre. Les euro-obligations sont conformes à ce principe démocratique fondamental, et sont un outil précieux pour sortir de la crise de la dette». Il a ajouté: «Ces obligations, combinées à une taxe sur les transactions financières et à un renforcement de la Banque européen d’investissement, peuvent contribuer à stabiliser l’UE, à générer de la croissance et à créer des emplois».

S’agissant du débat sur la Grèce, M. Stanishev a souligné que: «Le projet européen est fondé sur la solidarité. Nous nous devons dès lors d’apporter un soutien inconditionnel au peuple grec et d’appuyer le plan d’Evangelos Venizelos, afin de permettre une sortie de crise responsable et progressiste. Maintenant que l’Europe s’engage enfin dans une politique progressiste et qu’une nouvelle dynamique s’installe, la Grèce ne doit pas rater sa chance».

Hannes Swoboda, Président du groupe S&D au PE, a ajouté: «Le Conseil européen du 28 juin doit être décisif pour l’Europe, lui donner une nouvelle orientation fondée sur des politiques alternatives. Des politiques de croissance, d’investissement et d’emploi. Le niveau élevé du chômage dans tous les pays d’Europe, en particulier chez les jeunes, n’est pas seulement inacceptable, il est aussi socialement injuste. La semaine dernière, l’OCDE a approuvé notre appel à des mesures en faveur du renforcement de la croissance et a souligné qu’il était indispensable de procéder à des réformes sociales, de renforcer la BCE et d’investir davantage dans l’éducation et la R&D. Il est de notre devoir de poursuivre sur la voie d’une solution alternative à la crise, et le soutien à notre approche se renforce un peu plus chaque jour».
Les dirigeants du PSE sont convenus de préparer un programme global de croissance et d’investissement en prévision du Conseil européen du 28 juin.

Attendees at the PES Prime Ministers and leaders meeting 23 May 2012:
• Werner Faymann (SPÖ, Austria)
• Elio di Rupo (PS, Belgium)
• Bruno Tobback (SP.A, Belgium)
• Sergei Stanishev (BSP, Bulgaria)
• Hannes Swoboda (leader of S&D EP)
• Zoran Milanovic (SDP, Croatia)
• Yiannakis Omirou (EDEK, Cyprus)
• Bohuslav Sobotka (CSSD, Czech Republic)
• Jean-Marc Ayrault (PS, France)
• Sigmar Gabriel (SPD, Germany)
• Evangelos Venizelos (PASOK, Greece)
• Attila Mesterházy (MSZP, Hungary)
• Laszlo Kapolyi (MSZDP, Hungary)
• Eamon Gilmore (LP, Ireland)
• Pier Luigi Bersani (PD, Italy)
• Riccardo Nencini (PSI, Italy)
• Alex Bodry (LSAP, Luxembourg)
• Jean Asselborn (LSAP, Luxembourg)
• Diederik Samsom (PvdA, Netherlands)
• Alasdair McDonnell (SDLP, Northern Ireland)
• António José Seguro (PS, Portugal)
• Robert Fico (SMER-SD, Slovak Republic)
• Alfredo Pérez Rubalcaba (PSOE, Spain)
• Hannes Swoboda (S&D Group in the EP)
• Karl-Heinz Lambertz (PES Group in the CoR)
• Martin Schulz (President of the European Parliament)
• Maria Damanaki (European Commissioner)
• Zita Gurmai (PES Women President)
• Kaisa Penny (ECOSY President)
• Philip Cordery (PES General Secretary)
• Massimo D’Alema (FEPS)
• George Papandreou (PASOK & Socialist International)

 

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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 13:16

Le communisme bolchévique (léninisme, trotskisme, stalinisme, maoïsme) était vicié dès l'origine ; la social-démocratie est aujourd'hui mise en échec par la mondialisation et échoue à penser une alternative politique, culturelle et économique au néo-libéralisme, quand certains n'ont tout simplement fait qu'abandonner leurs valeurs en se vautrant dans le blairisme ou le social-libéralisme.

Pour aider à penser la politique dans ces temps troublés et difficile, je vous rappelle qu'il est un ouvrage à mettre entre toutes les mains.

Frédéric Faravel

Couverture de l'ouvrage : Réconcilier marxisme et démocratie - David Muhlmann

"Réconcilier marxisme et démocratie"

David Muhlmann

Actualités/Essais/Documents / Essais

Date de publication : 14/05/2010

EAN13 : 9782021002027

 

 

http://www.recherche-et-organisation.com/upload/om_news/muhlmann.jpgCe livre pourrait avoir pour sous-titre Du bon usage de Rosa Luxemburg. Il restitue en effet la vie et l’œuvre de la fondatrice de la Ligue spartakiste, assassinée en 1919, qui a su percevoir avec une lucidité exemplaire la dérive autoritaire du bolchévisme d’un côté, et la capitulation de la social-démocratie de l’autre. Son souci n’est pourtant pas purement historique, puisqu’il tente aussi d’éclairer, à la lueur des textes du siècle passé, les débats et enjeux politiques d’aujourd’hui, et de dessiner les voies possibles d’un renouveau fidèle aux enseignements de Marx.

Alors que les recherches se multiplient dans le monde, notamment en Allemagne, aux États-Unis et en Amérique latine, où son influence est particulièrement vivace, aucun travail d’envergure ne lui a été consacré en France depuis plus de trente ans. C’est précisément l’ambition de cet ouvrage que de présenter et de mettre ses œuvres en perspective pour mieux contribuer au développement d’une pensée radicale actuelle, indissociablement socialiste et démocratique, face aux crises à venir. Il appuie son propos sur huit entretiens menés avec des intellectuels et des leaders de la gauche internationale, parmi les meilleurs spécialistes mondiaux de Rosa Luxemburg : Daniel Bensaïd, Michael Löwy, Toni Negri, Paul Singer, Paul Le Blanc, Isabel Loureiro, Nahiriko Ito, Michael Krätke.


Né en 1974, David Muhlmann est docteur en sociologie (Institut d’Études Politiques de Paris) et psychanalyste. Il a publié Les Étapes de la pensée psychanalytique (Desclée de Brouwer, 2007).

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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 09:04

Duflot_Titon_Paris11_31-05-2012.jpgCécile Duflot, candidate d'Europe Ecologie / Les Verts et du Parti Socialiste dans la 6ème circonscription de Paris pour les élections législatives, a organisé chaque jeudi des ateliers citoyens au sein desquels les habitants pouvaient venir débattre et faire partager leurs réflexions sur les projets de la gauche pour le pays.

Hier soir, dans l'école de la Rue Titon (XIème arrondissement), se déroulait l'atelier citoyen consacré à la priorité donnée à la jeunesse par la gauche et le nouveau président de la République.

J'animais une des trois tables rondes prévus pour accompagner les discussions, celle consacrée à l'école et intitulée "Redonner à l'école les moyens de faire vivre l'égalité des chances" (au passage j'aurais préféré qu'on y substitut l'expression "égalité république", bien plus pertinente).

Vous trouverez ci-dessous le rapport que j'ai rédigé pour rendre compte des débats du soir et qui développe la courte présentation orale que j'ai faite en conclusion qui ne pouvait évidemment être totalement fidèle à l'intensité de nos discussions.

Vous trouverez également ici un tableau comparatif des différents programmes de gauche (EELV, Eva Joly, Accord PS-EELV, PS, François Hollande) sur ce thème, ainsi que le document préparatif élaboré par l'équipe de campagne de Cécile Duflot (télécharger ici).

bonne lecture,

Frédéric Faravel


I- Débat sur l'accueil et le rôle de la maternelle :
 

Le programme de François Hollande et du PS proposent de favoriser la scolarisation dès deux ans pour les familles qui le souhaitent ; le Programme du PS envisage également de rendre obligatoire l'accueil en maternelle à partir de 3 ans.

L'ensemble des participants de la table ronde ont insisté sur la notion d'accueil et de socialisation au sein de l'école maternelle, notion différente de celle de la scolarisation qui pourrait éventuellement faire entrer de trop jeunes enfants dans une logique de compétition et de sélection, et sans doute d'échec pour ceux qui ne sont pas issus de milieux aisés. L'école maternelle doit donc se recentrer sur son rôle, qui n'est pas de commencer à apprendre à lire avant l'école élémentaire, mais d'éveiller l'enfant sur le monde qui l'entoure, l'autre (l'adulte qui n'est pas un parent comme l'enfant), les temps de la journée, etc.

Des avis divergents se sont exprimés sur l'accueil des enfants de moins de 3 ans à l'école maternelle, certains avançant que les professionnels de la petite enfance y étaient unanimement critiques voire opposés ; l'accueil en maternelle à cet âge est alors présenté comme un pis aller face aux offres insuffisantes en mode de garde et en crèches, notamment dans les quartiers populaires.

Cependant, là où l'accueil « précoce »des enfants en maternelle est encouragé, les familles sont satisfaites, il n'est pas vécu comme un mode de garde de remplacement (les territoires concernés développent souvent en parallèle une politique publique importante en direction de la petite enfance) et il s'adresse souvent à des familles issues des classes moyennes.

Les programmes écologistes et socialistes insistent l'un comme l'autre sur la nécessité de développer une politique volontariste en parallèle concernant la petite enfance.

Tous les participants se sont accordés sur l'importance du rôle de l'école maternelle, alors que celle-ci a été mise à mal par les 10 années de gouvernement de droite, et particulièrement stigmatisée sous le ministère Darcos.


II- Débat sur la pédagogie :

Une forte inquiétude s'est exprimée sur la révision des programmes réalisée hors de tout travail partenarial par les ministre Darcos et Châtel. Les programmes sont mal organisés sur le cycle et mènent à un bachotage effréné avec souvent des impasses, alors même qu'on les jugent appauvris dans certains de leurs contenus. La question des programmes d'Histoire, de Géographie, d’Éducation civique fait l'objet d'une attention particulière car la révision Darcos-Châtel porte la trace d'a priori idéologiques négatifs (la « mondialisation » est forcément heureuse, la Vème République est le meilleur régime d'Europe, le mouvement ouvrier n'est pas traité, l’État Français Vichy sont au mieux survolés).

La culture générale doit rester partie intégrante de l'enseignement jusqu'au bac ; ainsi l'Histoire et la Géographie doivent redevenir obligatoire en Tle S ; les enseignements de culture générale ne doivent pas être dévalorisés ou abandonnés dans les filières technologiques et professionnelles (certains défendant l'idée que ces filières apportent un choix supplémentaire qui peut répondre aux attentes de publics divers et qu'il ne faut pas faire l'impasse sur la question des débouchés professionnels). Il a été demandé à ce que le développement durable et l'enjeu de l'environnement soit plus pris en compte dans les programmes.

D'autres sujets ont également été abordés :

  • l'importance de la transition de l'école élémentaire vers le collège, dont la différence des modes de fonctionnement peut déstabiliser les élèves les plus fragiles (le programme PS parle de l'attention portée à la transition en 6ème) ;
  • l'importance pédagogique des projets d'établissement qui permettent aux équipes pédagogiques d'éveiller leurs élèves sur le monde extérieur et d'apprendre différemment, tout en accompagnant leur réussite scolaire. Un long exemple a été donné sur l'expérience d'une école « Agenda 21 ». L'éducation doit offrir aux enfants des choses qu'ils ne peuvent pas toujours acquérir dans leurs familles (école et hors école) ;
  • l'évaluation des élèves doit passer d'une logique de l'échec à une logique positive. « Les notes ne servent à rien ». Il faut mettre en avant une dimension collective : le groupe et l'autre sont avant tout des ressources, un soutien, plutôt qu'une comparaison. La priorité doit être donnée à la lutte contre l'échec : privilégier une pédagogie du projet qui donne à l'élève confiance dans ses propres aptitudes (plus il est jeune, mieux c'est). Il faut sortir de la culture de l'individualisme et de la compétition ;
  • il faut apprendre à l'élève à apprendre et les orientations scolaires ne doivent pas être irréversibles (restaurer les passerelles).


III- Débat sur les moyens de l'enseignement :

Il y a urgence à refondre les rythmes scolaires sur la semaine et à l'année (éviter des semaines trop intenses sans pour autant rester à la semaine de 4 jours, travailler sur le temps scolaire et les vacances sur l'année).

Les participants ont insisté sur le besoin de renforcer le dialogue entre l'école, les associations, les services périscolaires, les mouvements d'éducation populaires : cela renvoie à la proposition écologiste (mais au-delà cf. appel de Bobigny) de consolider et d'encourager les dynamiques de projets éducatifs locaux.

S'il est important que l'effort que veut promouvoir la gauche au pouvoir pour l'éducation nationale se concentre en priorité sur le primaire et les ZEP, les participants ont noté que celles-ci étaient limitées à des territoires trop restreints.

Plusieurs participants ont défendu l'idée de développer au sein des établissements (secondaires) des activités d'éveils entre professeurs et élèves qui créent une vie scolaire en dehors des rapports traditionnels d'enseignement et de subordination enseignant-élève et des compétences directes des enseignants.


IV- Le rôle et les conditions du métier d'enseignant :

Les participants ont évidemment soutenu la fin de l'hémorragie de postes dans l'éducation nationale (77 000 postes supprimés en 5 ans) et le projet de créer 60 000 postes dans le mandat qui s'ouvre.

Si l'on s'accorde sur l'objectif de décharger les enseignants des missions qui ne relèvent pas de l'enseignement dès septembre 2013, les participants soulignent que l'enseignant conserve dans tous les cas un rôle social et qu'il doit être capable de prendre en compte la personnalité et l'environnement des élèves qu'il a en face de lui. Cependant les enseignants ne sont pas forcément aptes à traiter certaines questions : il faudra donc mettre les moyens d'accompagnement nécessaires pour créer des postes d'assistant(e)s social(e)s, d'infirmier(e)s scolaires, de psychologues et pour les équipes RASED (enseignants spécialisés et psychologues), ainsi que les EVS et AVS.

La question de la titularisation des précaires a été abordée ; mais l'accent a surtout été mis sur le rétablissement de la formation pratique et pédagogique initiale et continue des futurs enseignants. Une inquiétude existe quant aux moyens de recruter suffisamment d'enseignants correctement formés dans les années à venir alors que les outils adaptés ont été supprimés par la droite.

La nécessité de développer une « vie scolaire » plus importante implique par ailleurs que les enseignants aient les moyens de rester plus longtemps au sein de l'établissement. Et parallèlement il s'agit également de favoriser leur autonomie pédagogique.

Enfin, il a été question de lier formation et évaluation des enseignants. Les notions défendues pour l'évaluation des élèves s'appliquant également à celle des enseignants ; il s'agit de rompre avec une logique purement hiérarchique, non collective, de l'évaluation. À ce titre, l'autonomie des chefs d'établissement serait à remettre en question.

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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 09:48

Pour inscrire son action dans la durée, la Gauche revenue au pouvoir doit faire preuve d'exemplarité en termes de morale publique et de rapport au pouvoir. Les Français ont soifs de justice et ne donneront crédit aux dirigeants qui prétendent la mettre en oeuvre qu'à la condition qu'ils aient confiance dans la probité et l'honnêteté de ceux-ci. C'est aussi là que se joue le sentiment d'être représenté correctement et la garantie du respect de la souveraineté populaire. La Charte de déontologie signée par les ministres du Gouvernement Ayrault 1 participe de cet effort ; il faut rendre vivant et concret ces symboles et être intransigeants, ne tolérer aucun pas de côté, quels que soient les élus mis en cause.

C'est pourquoi je partage pleinement le point de vue d'Edwy Plenel, directeur de la Rédaction de Médiapart, publié ce jeudi 31 mai 2012, dans la tribune qui suit.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral du PS Val-d'Oise en charge des relations extérieures

PLENELMediapart, la gauche et l’indépendance
31 mai 2012 | Par Edwy Plenel

Des lecteurs se sont étonnés de nos révélations récentes ayant mis dans l’embarras le Parti socialiste et certains de ses élus. Ils vont devoir s’étonner souvent tant Mediapart sera, sous la gauche au pouvoir, ce qu’il fut sous la droite : un journal d’information, indépendant et participatif, assumant sans états d’âme sa fonction de contre-pouvoir démocratique. L’inverse serait se renier nous-mêmes et, surtout, trahir votre confiance.

A travers l’exemple précis d'un parlementaire, Pascal Terrasse, député PS abonné à Mediapart et ayant nourri le Club de Mediapart de ses contributions, nous avons illustré, avec plus d’insistance, ce que nous avions déjà mis en évidence : l’usage largement privé, au bénéfice de leurs loisirs et de leur entourage familial, par les députés de l’enveloppe mensuelle de 6 412 € qui, sans contrôle ni imposition, leur est attribuée pour leur fonction publique d’élu de la nation. Notre enquête mettait en évidence la banalisation, auprès de parlementaires pourtant très avertis de la nécessité d’une République vraiment irréprochable, de ces pratiques qui lui sont totalement contraires.

Passer d’une réflexion générale à une démonstration incarnée est la vertu d’exemplarité de tout enquête aboutie. Posée depuis des années, la question de cette IRFM (indemnité représentative de frais de mandat) reste pendante grâce à l’indifférence intéressée de nombreux parlementaires, de droite comme de gauche. L’illustrer, preuves à l’appui à travers un cas particulier, grâce à des documents inédits démontrant cet usage privatif sans complexe d’un argent public, c’est bousculer cette torpeur parlementaire qui fait le lit des idéologies autoritaires et des démagogies anti-démocratiques. C’est dire à la prochaine Assemblée nationale que cela ne peut plus durer, tout comme ne peut plus continuer l’opacité financière des deux Chambres où sont faites et votées les lois supposées s’imposer à tous et n’être ignorées de personne (lire notre article récent sur les dépenses cachées de la présidence de l'Assemblée).

De ce point de vue, Mediapart n’a fait que suivre l’exemple de la presse britannique qui, révélant en 2009 le scandale des notes de frais des parlementaires (un résumé en anglais sur Wikipédia), a obligé la démocratie anglaise à être meilleure, plus vertueuse et plus transparente.

Loin de susciter des accusations de populisme ou des plaintes pour vol visant nos sources, les révélations de nos confrères londoniens débouchèrent sur une enquête indépendante nourrie par le droit d’accès aux documents d’intérêt public instauré en 2000, suivie de la radiation des parlementaires les plus gourmands et de poursuites judiciaires ayant même conduit l’un d’eux, un travailliste, pour quelques mois en prison. Les montants en cause (27 000 € pour le cas le plus lourd et le plus sévèrement sanctionné) sont du même ordre que ceux mis en évidence par nos enquêtes (au moins 15 000 € dans l'exemple que nous avons documenté).


Fonction démocratique et responsabilité professionnelle

Cette enquête sur les frais des députés n’est pas la seule, sur Mediapart, à avoir récemment bousculé le nouveau pouvoir. Nous avons aussi mis en évidence, dans le feuilleton Karachi, à travers des documents de 1998, combien les pesanteurs gouvernementales, ces mauvaises habitudes au prétexte d’une continuité étatique, pouvaient amener une nouvelle majorité (de gauche) à fermer les yeux ou à ne pas trop les ouvrir sur des faits de corruption avérés concernant la précédente (de droite).

De même, nous avons souligné le grand risque de conflits d’intérêts que prenait le nouveau pouvoir en nommant, dans le secteur de la communication et des médias, des personnalités ayant eu ou ayant toujours des liens avec les acteurs économiques concernés.

Tout comme nous avons dévoilé l'enquête interne sur les « irrégularités » de la section socialiste de Liévin et, surtout, révélé les attendus du renvoi devant le tribunal pour « détournement de fonds » d'une députée socialiste marseillaise, candidate à sa réélection – deux informations qui posent concrètement la question de la moralisation de la vie publique, jusqu'aux clientélismes locaux qu'abrite une politique professionnalisée, déconnectée des réalités sociales ordinaires.

Bref, nous avons d’ores et déjà commencé notre travail de lanceur d’alertes à l’attention des nouveaux gouvernants socialistes. Pour les habitués de Mediapart, il n’y a là rien de nouveau. C’est ce que nous avons toujours fait, et c’est même notre raison d’être : apporter des faits d’intérêts publics inédits ou inconnus dont la force d’évidence met en branle le débat public, oblige à des remises en cause, dessine les contours des réformes nécessaires. La seule nouveauté, c’est que la gauche a conquis le pouvoir présidentiel, en attendant d’y ajouter, sans doute, la majorité parlementaire.

Or cette nouveauté nous oblige, forcément : un contre-pouvoir est, par essence, le censeur du pouvoir. L'interpellation est légitimement plus forte envers ceux qui détiennent le pouvoir, avec ce qu'il suppose de tentations et de facilités. « Le changement, c’est maintenant », clamait le slogan de campagne du candidat François Hollande, devenu le septième président de la Vème République. Cette exigence concerne d’abord ceux qui, par la grâce de son élection, se sont rapprochés du pouvoir, le détiennent ou le soutiennent. Et notre fonction démocratique est de la faire valoir.

Mais c’est aussi notre responsabilité professionnelle. Car, contrairement à ce qu'ont voulu accréditer les calomnies qui nous ont visé – des « méthodes fascistes » de 2010 à l'« officine socialiste » de 2012 –, ce ne sont pas des préjugés partisans qui ont nourri nos curiosités investigatrices sous la présidence de Nicolas Sarkozy, mais une culture farouche de l’indépendance de la presse, de sa responsabilité sociale et de son devoir d’information.

Il ne suffit pas de croire que l’on pense politiquement juste pour informer vrai. C’est même tout le contraire tant les convictions, aussi pertinentes ou légitimes soient-elles, sont l’ennemi le plus redoutable de la vérité, plus efficace encore que le mensonge tant elles empêchent souvent de voir, d’admettre et de reconnaître les faits qui nous dérangent, bousculent nos certitudes et ébranlent nos croyances.

Sans cette culture professionnelle d’indépendance, laquelle est d'abord une pratique collective librement exercée, Mediapart n’aurait pas accumulé les découvertes (Karachi, Bettencourt, Tapie, Takieddine, Libye, etc.) qui, aujourd'hui prolongées pour la plupart par des enquêtes judiciaires, attendent l’ex-président Sarkozy, lequel finira forcément par rendre des comptes à des magistrats – si, du moins, la justice n’est pas entravée. Nous n’avons pas oublié qu’à l’inverse, les médias qui, aujourd'hui, flattent les nouveaux gouvernants avec un zèle impayable sont ceux qui, hier, nous accusaient d’anti-sarkozysme primaire, couraient tendre leur sébile aux états généraux présidentiels de la presse, jugeaient que ce président agité, après tout, ce n’était pas si grave, soutenaient sa réforme régressive de l’audiovisuel public, embrayaient en soutien de son débat sur l’identité nationale, etc.

Les pouvoirs qui, quand des médias dérangent leur confort par leurs informations, les transforment en adversaires politiques sont les mêmes qui ne les imaginent qu'en courroies de transmission dociles. Une culture démocratique authentique, pratiquée avec l'exemplarité que suppose l'exercice du pouvoir en son sommet, est celle qui accepte l'interpellation loyale de la presse, ses révélations embarrassantes, les faits qu'elles dévoilent, les questions qu'elles posent, et qui, par conséquent, en tire les conséquences pour le bien commun, qu'il s'agisse de sanctions individuelles ou de réformes radicales.


La question centrale des conflits d'intérêts

Y compris pour tous ceux qui souhaitent qu'elle réussisse, le pire service à rendre à la gauche désormais aux affaires serait donc de faire confiance à une presse moutonnière, opportuniste, intéressée. Son ressort n’est pas l’indépendance et ses exigences, mais l’intérêt et ses avantages. Elle ne peut être qu'un allié de circonstance, ni fiable ni fidèle, tant elle témoigne, par ses propres conflits d’intérêts et mélanges des genres, de l’état de faiblesse de notre culture démocratique, des corruptions qui la minent et des soumissions qui l’asservissent.

L’indépendance de la presse n’est pas seulement une utilité (pour les citoyens qui bénéficient des informations qui en résultent), elle est également une obligation (pour ceux qui s’en réclament afin de gagner la confiance des lecteurs). De ce point de vue, voir l’un des trois propriétaires du Monde, le financier Pierre Bergé, aux côtés de la première secrétaire du PS à l’Elysée et traité avec les mêmes égards qu’elle lors de la cérémonie d’investiture du nouveau président n’est pas moins discréditant pour notre profession que s’il s’était agi de celui du Figaro pour la réélection de l’ancien.

Epinglant la présence du directeur de Libération sous la tente VIP des invités de marque à la Bastille au soir du 6 mai, Le Monde oublia de signaler ce fait compromettant, dans une enquête pourtant consacrée aux relations incestueuses entre journalistes et politiques telles qu'elles furent dévoilées par la présidentielle. Quant à son médiateur, il s'est contenté de le relever sans s'en offusquer outre mesure.

A Mediapart, d’avoir contribué, par notre incessant travail d’information, à éclairer nos compatriotes afin qu’ils choisissent majoritairement d’en finir avec le sarkozysme et d'avoir explicitement souhaité l'alternance dans l'espoir d'une alternative, ne nous donne aucun droit, mais nous lègue un devoir : tracer la même route d’indépendance et de distance, de liberté et d’exigence. Choisir toute autre direction serait retomber dans les ornières et les impasses où la presse française se discrédite et se meurt : celles de la perte de confiance des lecteurs, de l’oubli du droit de savoir et du devoir d’informer, de la course aux subventions étatiques dans une opacité totale, de la soumission à des actionnaires extérieurs aux métiers de l’information, de la promotion, banalisation et généralisation des conflits d’intérêts.

Loin d’être mineure ou anecdotique, cette question des mélanges d’intérêts, où les métiers se corrompent, où les responsabilités s’égarent, où public et privé s’emmêlent, est au cœur du redressement démocratique qu’appelle le vote majoritaire du 6 mai 2012. Les magistrats italiens, spectateurs impuissants de la déliquescence de la république transalpine, font de cette acceptation tacite du conflit d’intérêts le ressort primordial de la diffusion d’un « code culturel de la corruption », qui place l’abus de pouvoir au cœur de son exercice coutumier (lire notamment Le Retour du Prince, livre d'entretien avec le procureur Roberto Scarpinato).

En 2010, grâce aux révélations de Mediapart dans l’affaire Bettencourt, mettant en évidence la tolérance dont bénéficiait la double responsabilité d’Eric Wœrth, à la fois ministre du budget et trésorier de l’UMP, chargé des finances de l'Etat et de celles d'un parti, un énième rapport sur la nécessaire moralisation des fonctions publiques fut commandé à une énième commission, présidée par le vice-président du Conseil d’Etat. Il suffit de rappeler la définition, pourtant contournée, retenue par cette commission des conflits d’intérêts pour comprendre que notre République française, hélas, en est devenue, elle aussi, le royaume – et qu’il nous faut, d’urgence, y mettre fin si nous ne voulons pas donner raison à ceux qui la combattent, la discréditent et la calomnient.

« Un conflit d’intérêts, écrivait-elle, est une situation d’interférence entre une mission de service public et l’intérêt privé d’une personne qui concourt à l’exercice de cette mission, lorsque cet intérêt, par sa nature et son intensité, peut raisonnablement être regardé comme étant de nature à influencer ou paraître influencer l’exercice indépendant, impartial et objectif de ses fonctions. L’intérêt privé d’une personne concourant à l’exercice d’une mission de service public s’entend d’un avantage pour elle-même, sa famille, ses proches ou des personnes ou organisations avec lesquelles elle entretient ou a entretenu des relations d’affaires ou professionnelles significatives, ou avec lesquelles elle est directement liée par des participations ou des obligations financières ou civiles. »


Notre devoir de vérité

Au moment où se met en place un nouveau pouvoir, avec, derrière la façade du gouvernement et de ses nouveaux ministres, une petite armée de collaborateurs, conseillers, missionnés, sans compter les inévitables intrigants et courtisans, solliciteurs et visiteurs, poser cette question des intérêts croisés, du privé qui se mêle du public et qui s'y emmêle, c’est évidemment lancer l’alerte pertinente. Celle qui est utile à tous, gouvernants comme gouvernés, élus comme citoyens, majorité comme opposition.

D’autres journalistes n’ont sans doute pas la même conception du métier : préférant courtiser le pouvoir quand il est à son zénith pour mieux l’assassiner quand il est tombé, ils se fichent de ce droit de savoir des citoyens pour lui préférer leur gloriole personnelle. Plutôt que la responsabilité sociale immédiate, ils cultivent la postérité littéraire à venir. De livre en livre, le talentueux écrivain Franz-Olivier Giesbert en donne l’exemple le plus accompli, au détriment du journaliste qu’il est supposé être. C’est ainsi que sa récente livraison, Derniers carnets, nous décrit, anecdotes à l’appui, Edouard Balladur et ses deux Nicolas, Sarkozy et Bazire, comme des forbans avérés dès 1993-1995, réalité dont le directeur du Point a, pendant près de 20 ans, oublié d’informer ses lecteurs. Au point de plutôt les inviter, hier, à soutenir ceux qu'il assassine aujourd'hui avec délectation.

« La politique ne supporte pas le mensonge », affirmait François Hollande en 2006, dans un livre d’entretiens qu’il avait souhaité intituler Devoirs de vérité. Le journalisme non plus. Revenant sur sa première fonction publique véritable, qui fut d’être en 1982 directeur de cabinet d’un éphémère porte-parole du gouvernement (il s’agissait de Max Gallo, passé en 2007 au sarkozysme et… à l’Académie française), le futur président de la République confia alors avoir retenu « de cette brève expérience qu’à l’origine de toute affaire, au-delà de son contenu même, il y a d’abord un mensonge. La vérité est toujours une économie de temps comme de moyens. La vérité est une méthode simple. Elle n’est pas une gêne, un frein, une contrainte ; elle est précisément ce qui permet de sortir de la nasse. Même si, parfois, dans notre système médiatique, le vrai est invraisemblable ».

De ce vrai invraisemblable, Mediapart ne cesse de faire l’expérience, tant nos informations dérangeantes ont toujours mis du temps à briser le mur de l’indifférence et du conformisme médiatiques. Mais nous préférons cet inconfort de la liberté au confort des servitudes et des dépendances. Tout simplement parce que c’est ce que nous vous devons, à vous, lecteurs, sans qui nous n’existerions pas. Et c’est pourquoi nous avons fait nôtre depuis le premier jour cette injonction de Charles Péguy quand il lança, en 1900, ses Cahiers de la Quinzaine face à une presse plus soucieuse de racolage commercial que d’intérêt public : « Dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, dire bêtement la vérité bête, ennuyeusement la vérité ennuyeuse, tristement la vérité triste. »

Tel est, aujourd'hui, sous la présidence de François Hollande, comme hier, sous celle de Nicolas Sarkozy, notre devoir. Un devoir de vérité.

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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 14:00

23 mai 2012 | Par Edwy Plenel - Mediapart.fr

PLENEL-copie-1.jpgEn Grèce se joue l’avenir commun des peuples européens : non seulement celui de nos économies, mais celui de nos démocraties. Les Grecs ne sont pas responsables d’une crise produite par l’aveuglement d’une Europe ayant abandonné la politique pour la finance. Si la solidarité avec le peuple grec s’impose, c’est parce qu’elle est la condition préalable d’un changement véritable. La guerre d’Espagne fut l’épreuve européenne du Front populaire, la crise grecque est celle de la présidence Hollande.

Quo vadis Europa… Où vas-tu Europe ? Il y a deux ans, Jean-Luc Godard posait inlassablement cette question de façon prophétique dans sa dernière œuvre, Film Socialisme. Avec cette acuité visionnaire des poètes et des peintres, le cinéaste avait mis en scène la dérive aveugle de nos sociétés saisies par le profit et le cynisme en embarquant son équipée sur un paquebot de croisière aux allures de casino flottant, bulle de spéculation et de divertissement qui s’en allait, inconsciente et oublieuse, vers la catastrophe. De la fiction à la réalité, ce paquebot n’était autre que ce Costa Concordia qui, depuis, a vraiment fait un naufrage improbable sur les récifs d’une petite île italienne, tout près des côtes…

Symbolisée par une escale à Athènes, la Grèce était omniprésente dans cette fable prémonitoire qui fut l’occasion d’un entretien mémorable sur Mediapart. Revenant aux sources de l’invention démocratique, Godard y soulignait sa fragilité, ce risque permanent que faisaient courir à cet idéal l’imprévoyance et l’inconscience humaines : «Démocratie et tragédie ont été mariées à Athènes sous Périclès et sous Sophocle. Un seul enfant, la guerre civileFilm Socialisme à peine terminé, la réalité de la crise financière grecque le rattrapait, au point que Godard en fit un argument symbolique pour décliner l’invitation du Festival de Cannes.

«Suite à des problèmes de type grec, je ne pourrai être votre obligé à Cannes, avait-il répondu. Avec le Festival, j’irai jusqu’à la mort, mais je ne ferai pas un pas de plus.» Façon métaphorique de dire qu’il ne jouerait plus ce jeu-là, et de nous inviter à faire de même face aux «problèmes de type grec». Un jeu de convention et de résignation qu’il s’amusera à déconstruire dans une époustouflante leçon de liberté offerte, à Paris, aux lecteurs de Mediapart. Ce jeu, c’est celui qui conduit aux catastrophes, par la perte et l’abandon, le confort et la routine. Le jeu du profit immédiat, des gains faciles, des consensus obligés, du court terme, des automatismes de pensée et des renoncements à imaginer.

Ainsi, revisitant le pays où fut inventée l’idée d’une démocratie des citoyens, Godard nous rappelait-il à nos devoirs : nos vrais héritages et nos dettes véritables. A cette aune, la Grèce, c’est la politique, tandis que la finance en est la négation. L’une s’efforce de penser le bien commun quand l’autre s’en tient à l’intérêt particulier. Autrement dit, si la finance est une réalité, avec ses banquiers, ses bourses et ses spéculateurs, elle n’en est pas moins une aberration dans le registre démocratique, car elle ne pense rien de ce qui fait une société, ses solidarités, ses espérances, ses confiances, ses transmissions, ses formations, ses mémoires, ses imaginaires, etc.

Une crise politique bien plus que financière

Pièce solidaire du puzzle de la crise européenne, la crise grecque est politique autant, sinon plus que financière : crise de la politique (son impuissance à inventer une alternative) et des politiques (les conséquences de celles qui ont été menées). Loin d’être à la marge, elle est au cœur de la crise qui ébranle notre continent, son Union européenne et les vingt-sept pays qui la composent. Crise économique et financière certes, mais aussi crise de civilisation, crise d’espérance, crise de confiance, crise d’avenir. Actuel maillon faible, la Grèce n’en est pas moins solidaire de la chaîne européenne dont elle fait partie et qui, si nous la lâchons, peut se rompre en cascade.

Son futur sera, peu ou prou, le nôtre tant le pays de l’invention démocratique est, désormais, le théâtre même de la tragédie européenne : c’est en Grèce que se joue l’affrontement des politiques soucieuses de l’humanité et des nouvelles barbaries qui n’en ont cure. A la manière des idiots utiles, les meilleurs alliés de ces régressions identitaires, haineuses et violentes, qui, faute de sursaut démocratique, ne cessent de renaître en Europe, sont ceux-là même qui nous ont menés là où nous sommes. Tous ceux qui ont fait l’éloge de cette économie financiarisée, dépouillant le bien public, creusant les inégalités, confondant richesse et valeur, épuisant les solidarités, démoralisant les peuples, augmentant la corruption, se satisfaisant de l’amoralisme.

Leur idéologie aveugle, qui relève de la croyance et de l’imprécation, est, dans l’ordre politique, une non-pensée. Ils ne pensent pas, ils comptent. Ils ne rêvent pas, ils accumulent. Ils n’inventent pas, ils thésaurisent. Comme si leurs chiffres désincarnés n’étaient pas résultats d’additions humaines, elles-mêmes tissées de ces complexités et de ces improbabilités qui font les sociétés, leurs relations et leurs conflits ! De cette non-pensée complice des catastrophes menaçantes, un quotidien français qui, au siècle dernier, était encore la tribune de l’autonomie du politique, de sa volonté et de sa légitimité, vient d’offrir le condensé.

Dans un éditorial de son journaliste directeur, qui toutefois n’en est plus le directeur de publication, ce poste clé étant revenu au bras gestionnaire des financiers qui en sont devenus les propriétaires, Le Monde a ainsi sommé les Grecs de choisir entre l’euro ou la drachme, comme un proviseur lancerait un ultime avertissement à un mauvais élève avant de l’exclure pour indiscipline. Cet éditorial du 23 mai est une caricature tant les poncifs y sont accumulés : la Grèce «petit pays», sans que l’on connaisse l’étiage de la grandeur ; l’affirmation que «chaque Grec a déjà touché depuis janvier 2010 l’équivalent de 31 000 euros», imposture statistique qui ne veut rien dire, sinon insinuer le mensonge selon lequel cet argent, «chaque Grec» se le serait mis dans la poche ; le rappel au «règlement intérieur», ces «règles du jeu de l’Union monétaire» qu’il faudrait aveuglément respecter et appliquer, comme si l’Europe elle-même n’avait pas dû les faire évoluer à rebours des engagements de ses traités devant l’inexorable aggravation de la crise…

«Aux Grecs de choisir, conclut Erik Izraelewicz, l'auteur de cet éditorial. En espérant qu’ils feront le bon choix. Sinon, l’Europe devra en tirer les conséquences. Sans états d’âme.» Les Mrs Tina d’invention thatchérienne («There Is No Alternative») semblent avoir une inépuisable descendance. Les peuples peuvent bien s’épuiser à voter jusqu’au dernier scrutin, rien n’y fera pour les moutons de Panurge du capitalisme financier : il faut se débarrasser de ces peuples indociles et imprévisibles, surtout s’ils votent mal, c’est-à-dire s’ils ont l’impudence d’imaginer d’autres solutions que celles qu’on leur a imposées sans jamais leur demander leur avis, voire en le violant quand ils l’ont donné – souvenons-nous de la volte-face des gouvernants français après le référendum de 2005 dont le «non» majoritaire fut ignoré.

Le résultat de 20 ans d'aveuglement

L’Europe n’est pas menacée par des Grecs qu’il faudrait punir, mais par les dirigeants, responsables irresponsables, qui la conduisent dans une impasse. De ce point de vue, comme le souligne une tribune récente sur Mediapart, la Grèce est «un laboratoire pour l’Europe», celui où s’expérimentent de supposées sorties de crise qui n’ont d’autre logique que de préserver avant tout les intérêts des minorités privilégiées et des classes dominantes. Faut-il, par exemple, rappeler à l’éditorialiste directeur du Monde que les mesures imposées à la Grèce par le Mémorandum épargnent l’Eglise orthodoxe, plus grand propriétaire financier du pays, ménagent banquiers et armateurs, malgré leur responsabilité dans les fraudes et évasions fiscales, ou maintiennent des dépenses militaires inconsidérées qui enrichissent les pays européens fournisseurs, parmi lesquels, au premier rang, l’Allemagne et la France ?

Telle qu’elle a été façonnée ces dernières décennies, l’Union européenne a remplacé la solidarité politique par la rivalité économique. L’ébauche de coordination communautaire de politiques économiques y privilégie la concurrence au détriment de la coopération. L’harmonisation des politiques fiscales, la lutte contre l’évasion fiscale, la rupture avec les paradis fiscaux : rien de tout cela, qui est pourtant au cœur d’une politique où l’égalité (devant l’impôt) est la condition de la liberté (du citoyen), ne figure parmi ses priorités. Faisant de la compétition le ressort unique des dynamiques économiques, le Traité de Lisbonne, entré en vigueur début 2009, a même interdit aux pays de la zone euro de venir en aide à un Etat membre.

Comment ne pas voir l’évidence que ces certitudes idéologiques ont volé en éclats sous l’effet de la crise financière ? N’a-t-il pas fallu, en contravention avec ce même Traité de Lisbonne, improviser en catastrophe des mécanismes de solidarité jusqu’alors non seulement inexistants, mais jugés néfastes ? N’a-t-on pas, au printemps 2010, inventé dans l’urgence un Fonds de stabilité financière pour permettre à la Grèce et à l’Irlande de continuer à honorer les remboursements de leur dette publique ? Mais n’a-t-on pas, hélas, dans le même mouvement, perpétué les maux anciens en pérennisant la tutelle des intérêts financiers sur les politiques économiques des Etats européens ?

Nul besoin en effet d’être un supposé expert pour prendre conscience de cette aberration qui interdit aux Etats de se financer directement auprès de la Banque centrale européenne à bas taux d’intérêt. Que cache-t-elle ? Simplement l’enrichissement spéculatif des banques privées sur le dos des peuples soumis aux politiques d’austérité ! Car, dans le catastrophique système actuel, ce sont les banques privées qui font des profits records en prêtant aux Etats débiteurs à des taux prohibitifs, tandis qu’elles se financent à un très faible taux auprès de la BCE… Comment nommer ce tour de passe-passe sinon une arnaque dont sont victimes – car tel est bien le tableau grec – les plus démunis et les moins protégés, les retraités aux pensions dévaluées, les malades sans soins, les pauvres sans logements, les fonctionnaires licenciés, les petits entrepreneurs en faillite, les jeunes sans travail, l’armée ordinaire des sans-grade et des sans voix ?

20 ans d’aveuglement, l’Europe au bord du gouffre… Décryptant dans son dernier ouvrage collectif ainsi intitulé cette course à l’abîme, le toujours pertinent et pluraliste regroupement des «économistes atterrés» démasque l’irrationalité qui la gouverne : «L’étrange clause de “non-sauvetage” (no bail-out), introduite dès le Traité de Maastricht (1992) qui a fondé l’euro, semble incompréhensible au citoyen ordinaire. Pourquoi interdire aux Etats qui unissent leurs monnaies de s’entraider ? En fait, cette clause reflète l’obsession néolibérale d’imposer aux Etats la discipline des marchés financiers. (…) Interdire l’aide entre Etats, c’est obliger chacun à se présenter seul devant le tribunal des marchés et à respecter vigoureusement leurs lois : réformes fiscales favorables aux revenus du capital, baisse des dépenses publiques, flexibilité, privatisations…»

Les solutions réalistes sont radicales

Voilà pourquoi nous devons être totalement solidaires de la Grèce, de son peuple, de son économie comme de ses dettes. Pour mettre fin à cette spirale infernale. Pour ne pas lui offrir une victoire qui serait notre défaite à tous, et pas seulement celle des Grecs. Car, rappellent encore les «économistes atterrés» c’est à ce même «brillant dispositif (qui) s’est effondré avec la crise financière», démontrant que les marchés ne sont ni efficients ni rationnels tout en creusant brutalement la dette et les déficits, que l’on voudrait toujours «confier la tutelle des politiques économiques des Etats».

N’est-ce pas «à la finance dérégulée que l’on demande de financer les déficits qu’elle a provoqués» ? N’est-ce pas ce qui se joue dans les éprouvettes humaines du laboratoire grec où Commission européenne et FMI imposent privatisations, baisse des salaires et des pensions, facilitations des licenciements à la seule fin de garantir aux créanciers privés le remboursement rubis sur l’ongle de la dette publique ? N’est-ce pas cette logique infernale qu’il faut enfin briser, non seulement en parlant croissance dans les sommets mondiaux ou européens, mais en remettant le travail productif au cœur de l’économie et la politique solidaire au poste de commande ?

Loin d’être une utopie, c’est la seule voie réaliste. La crise, son ampleur, sa profondeur, son interdépendance, appellent des radicalités qui sont des pragmatismes. Autrement dit des solutions qui attaquent les problèmes à la racine, et non plus en surface. La preuve qu’elles existent, c’est qu’elles ont été au cœur des débats entre ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir (la compétition des primaires socialistes) et avec les forces politiques qui leur ont permis d’y parvenir (les partis qui ont appelé à voter François Hollande le 6 mai). Depuis une année, la gauche, dans sa diversité, du Front de gauche à EELV en passant par le PS, en discute. Faudrait-il croire qu’un éditorial du Monde, lequel est propriété de deux financiers qui ont affiché leur soutien au candidat socialiste – MM. Pierre Bergé et Matthieu Pigasse –, suffit à balayer plusieurs années de réflexions et d’engagements citoyens ?

Livrant à l’arbitrage du débat public leurs divergences sur le type de croissance ou sur le sort de la dette, les «économistes atterrés» résument parfaitement cette voie alternative : «Nous sommes unanimes à juger qu’il faut réformer les traités européens pour réduire l’importance des marchés financiers, desserrer leur étreinte autour des peuples et construire une véritable solidarité entre les pays, qui reposerait sur la coopération et l’harmonisation dans le progrès.» Ils en déduisent quatre exigences : «garantir le rachat de titres publics par la BCE» ; «reporter les coûts de la récession et les pertes des banques sur leurs actionnaires ainsi que sur les ménages les plus aisés» ; «désarmer la spéculation», c’est-à-dire taxer les transactions financières, réguler strictement les marchés de produits dérivés, limiter drastiquement l’activité des fonds spéculatifs, interdire la spéculation pour compte propre des banques ; enfin, «instaurer des politiques européennes coopératives» qui privilégient la solidarité et le travail, plutôt que la concurrence et la finance.

Les principes qui inspirent une telle politique sont ceux qui ont permis à l’Islande de sortir du gouffre où la crise l’avait plongée. Candidat à l’entrée dans l’Union européenne depuis 2009, cet Etat insulaire connaît aujourd’hui une baisse de l’inflation, un recul du chômage et une reprise de la croissance, alors même que son économie s’effondra à partir de la crise des subprimes (2007), annonciatrice de la crise bancaire inaugurée par la faillite de Lehman Brothers (2008). Née d’un sursaut populaire, la voie islandaise fut d’une simplicité aussi efficace que radicale : faire payer l’essentiel de la dette par les créanciers eux-mêmes. Si cela a marché, c’est que cette seule exigence enrayait la machine infernale.

Des nombreux leurres lancés pour conduire les peuples à leur faillite, la dette est en effet le premier. Non pas la dette en tant que telle, mais la dette entendue de façon seulement comptable, à la manière d’un chiffre absolu qui n’aurait pas d’histoire. «On dit au peuple grec qu’il a une dette mais personne ne sait d’où elle est issue ni ce que l’on paie», rappelait sur Mediapart Sofia Sakorafa, parlementaire grecque la mieux élue et députée de Syriza, nouveau parti arrivé en tête de la gauche aux dernières élections législatives. Reprenant une exigence portée en France par l’association Attac d’un audit citoyen de la dette publique, sa demande d’un audit international de la dette grecque est de bon sens. Pourquoi n’y aurait-il pas des créances douteuses à effacer, des créanciers discutables parce que juges et parties, des dettes engagées par des gouvernants corrompus, des dépenses ainsi financées mais détournées de leur objet, etc. ?

Notre dette grecque, la vraie démocratie

Manquant à la plus élémentaire solidarité internationale et refusant de suivre l'exemple du Front de gauche, le Parti socialiste ne s’est pas donné la peine de recevoir Alexis Tsipras, le leader de Syriza, cette coalition de la gauche radicale grecque, en visite à Paris en début de semaine. Pourquoi ? Parce que, membre de l’Internationale socialiste, le PS aurait ainsi déplu à son parti frère, le Pasok ? Mais l’échec de ce dernier n’est-il pas flagrant et, surtout, depuis quand l’appartenance à l’IS, qui accueillit sans trop de scrupules les partis des ex-dictateurs tunisien et égyptien, Ben Ali et Moubarak, exclut-elle d’autres rencontres et discussions, dans le nécessaire pluralisme des gauches en mutation ?

Si l’on pose cette question, c’est parce que cette attitude est mauvais signe, tout comme l’appel indistinct lancé aux Grecs par le ministre des affaires étrangères du nouveau gouvernement de gauche à «ne pas se prononcer pour des formations qui, de fait, les feraient sortir de l’euro». Faut-il comprendre que le nouveau pouvoir français appelle le peuple grec à voter pour les deux partis qui l’ont conduit dans l’ornière, Nouvelle démocratie pour la droite, le Pasok pour la gauche, partis dont, de plus, les corruptions sont notoires ? Et qu’il tient pour quantité négligeable les convictions européennes déclarées de Syriza parce que son programme n’est pas compatible avec les exigences actuelles de l’UE, celles imposées par le couple «Merkozy» que les socialistes ont dit vouloir combattre durant la campagne électorale ?

Pourtant, même l’ancienne gauche du Parti socialiste, celle qui se retrouve aujourd’hui au gouvernement avec Benoît Hamon, sans parler de l’inclassable Arnaud Montebourg dont la campagne fut la surprise des primaires socialistes et dont la plume est ensuite devenue celle de François Hollande, ne sont pas en terrain inconnu face au programme de Syriza (découvrir ici une version française). Il suffit de le lire attentivement pour y retrouver des propositions plus réformistes que révolutionnaires, inspirées de ce réformisme radical qui fut, au début du XXe siècle, l’honneur de la social-démocratie. Nous ne voulons pas croire que, déjà, les mots n’aient plus le même sens, une fois au pouvoir…

Car comment ignorer cette force nouvelle, ses audaces et ses innovations, alors que le laboratoire grec nous montre déjà de quels monstres peut accoucher la crise grecque ? N’est-ce pas un parti explicitement néo-nazi, l'Aube dorée, qui a aussi surgi à Athènes ? Et il faudrait persévérer dans les mêmes erreurs dont les déchets nourrissent ce fumier politique ? Ignorer les formations qui inventent des réponses inédites, mieux à même de répondre aux attentes populaires dévoyées par le racisme et la xénophobie? Alors même que, partout ailleurs dans ce qui fut le monde occidental, de la France (avec la droite extrême née du sarkozysme) aux Etats-Unis (lire ici l'Américain Paul Krugman qui souligne la droitisation extrême des républicains), la crise nourrit de nouvelles forces réactionnaires, profondément anti-démocratiques, ayant la liberté en défiance, l’égalité en horreur et la fraternité en haine ?

«Je veux secouer les gens, et je veux faire comprendre que l’homme n’est pas, de droit divin, un être démocratique. Que la démocratie a été une création, une conquête de l’histoire, qu’elle est constamment en danger et que, d’ailleurs, elle est en train de ficher le camp.» L’homme qui parlait ainsi fut grec avant de devenir français, puis de se muer en passeur de la démocratie grecque, de sa promesse et de son exigence, en France même. De livres en séminaires, Cornelius Castoriadis (1922-1997) n’a cessé de sonner le tocsin de la catastrophe possible, en nous enjoignant de prendre soin de notre «dette grecque», la vraie démocratie, une démocratie des citoyens, offerte à tous, sans oligarques ni privilégiés. Au mitan du XXe siècle, face aux totalitarismes, il avait fondé avec Claude Lefort le mouvement Socialisme ou Barbarie, laboratoire d’une rénovation intellectuelle de la gauche. Et il n’a cessé de poursuivre dans cette veine : démocratie ou barbarie, démocratie véritable ou barbarie nouvelle… (on l'écoutera ici avec plaisir décrire ce que serait une vraie démocratie).

Préfaçant Ce que fait la Grèce, l’un de ses recueils posthumes, l’historien et helléniste Pierre Vidal-Naquet rappelait que la cité n’est pas une île, autrement dit que l’idéal démocratique est une interdépendance, de peuples à peuples, de nations à nations, avec par conséquent une obligation de solidarité. Et c’est alors qu’en hommage à la Grèce de Castoriadis, à son espérance mêlée d'inquiétude, il cite un texte anglais célèbre, celui-là même qui donna à Hemingway le titre de son roman sur la guerre d’Espagne, Pour qui sonne le glas.

C’est la fameuse méditation du prédicateur John Donne (1572-1631), symbole de l’humanisme renaissant : «Personne n'est une île, entière en elle-même ; tout homme est un morceau de continent, une partie du tout. Si une motte de terre est emportée par la mer, l'Europe en est amoindrie, tout autant que s'il s'agissait d'un promontoire, ou que s'il s'agissait du manoir d'un de tes amis ou le tien propre : la mort de chaque être humain me diminue, parce que je fais partie de l'humanité, et donc, n'envoie jamais demander pour qui sonne le glas; il sonne pour toi.»

En Europe, le glas ne sonne pas pour les Grecs. Il sonne pour nous.

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