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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. J'anime aussi le groupe d'opposition municipale de gauche "Vivons Bezons" et je suis membre du groupe d'opposition de gauche ACES à la communauté d'agglomération Saint-Germain/Boucle-de-Seine.
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Gauche Républicaine & Socialiste

18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 13:38

JF_Mancel.jpgL'élection législative partielle du dimanche 17 mars 2013 s'est conclue par l'élimination de la candidate socialiste dès le premier tour, laissant le très sulfureux Jean-François Mancel -UMP- (invalidé en 1998 et 2012 ; Inoxydable, malgré ses démêlés judiciaires et une dernière affaire qui lui valut, en 2005, une condamnation à 18 mois de prison avec sursis, 30.000 € d'amende et 10 ans d'inéligibilité, avant que la cour d'appel n'annule l'inéligibilité) face au Front National. Seules quelques dizaines de voix séparaient pourtant le PS de l'UMP au soir du second tour en juin 2012.

Ce résultat sonne donc comme une sanction de la politique menée depuis l'élection de François Hollande à la Présidence de la République ou à tout le moins comme le constat de la désaffection marquée de l'électorat de gauche.

Capture decran 2012-08-28 a 17.43.57Cela fait près de 20 ans que le triptyque : « 1/ nous n'avons sans doute pas fait assez de pédagogie ; 2/ mais c'est de toute manière une circonscription qui vote traditionnellement à droite ; 3/ il faut faire barrage au Front national » sert d'analyse électorale au PS au soir des premiers tours d'élections qui laissent en piste la droite et FN. Ne pas regarder plus loin, c'est se mentir sur la déception à gauche qui nourrit l'abstention et met en péril notre capacité à agir durablement aux services de Français.

Il est temps de regarder la situation en face, temps de changer de logiciel, c'est-à-dire d'opérer le « tournant de la relance » attendu par le peuple de gauche qui a porté François Hollande et sa majorité parlementaire au printemps 2012.

flormittalLes sujets ne manquent pas sur lesquels le gouvernement et la majorité parlementaire peuvent marquer leur volonté nouvelle de s'adresser aux salariés des catégories populaires et moyennes et de rassembler la gauche :

  • une loi sur l'encadrement des licenciements abusifs ;
    une loi sur la reprise des entreprises rentables avec priorité aux salariés ;
    la définition d'une doctrine claire et opérationnelle sur la pratique des nationalisations (temporaires ou pas dans les secteurs industriels stratégiques) ;
    la correction par les parlementaires de gauche, dans la volonté de jouer pleinement leur rôle, de l'accord national interprofessionnel CFDT-MEDEF qui est déséquilibré en faveur du patronat ;
    une ambitieuse réforme fiscale, telle qu'elle avait été réfléchie par le Parti Socialiste en 2011 ;
    des règles et un financement justes de notre système de retraite par répartition…

La gauche et le gouvernement français doivent également prendre la tête de l'offensive pour une réorientation réelle de la construction européenne, aujourd'hui soumise aux exigences austéritaires des conservateurs européens et d'Angela Merkel. La voie actuelle précipite l'ensemble de nos économies vers la récession et inscrit durablement une logique de régression sociale qui dessert l'idéal européen.

1725389 3 aa19 francois-hollande-et-angela-merkel-la 17c454La récente résolution votée par le Parlement Européen pour refuser le projet de budget, adopté par les gouvernements lors du sommet de Bruxelles, doit offrir au Parti Socialiste et au gouvernement français l'occasion de l'audace qui lui a manqué : François Hollande n'avait pas osé alors refus l'accord et la direction du PS avait aveuglément soutenu ce compromis délétère, de peur d'être en décalage avec le Président de la République. Les cartes sont désormais rebattues, il faut reconstruire le rapport de force contre les conservateurs pour imposer un soutien efficace à la relance.

banque-chypriote.JPGLes résultats des élections en Italie – véritable référendum contre l'austérité à la mode européenne – ou la colère des Chypriotes, qui vont subir une véritable spoliation pécuniaire, au prétexte de sauver leur système bancaire et sous pression européenne, sont là pour nous rappeler que les solutions de Merkel, Barroso et Cameron conduisent l'Union Européenne vers la désagrégation et nourrissent les réflexes populistes et identitaires.

Il est plus que temps de réagir, il est plus que jamais nécessaire de lancer une nouvelle politique et d'entamer aujourd'hui une nouvelle phase du quinquennat Hollande.

Frédéric FARAVEL

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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 14:56

Eric Dupin - slate.fr - 8 mars 2013

Economie, moeurs, évolutions institutionnelles... Le PS n'arrive plus à faire vivre le débat sur ces sujets en interne ou dans son dialogue avec le gouvernement, à tel point que celui-ci est remplacé par des pétitions d'élus dans les médias.

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- Plusieurs dirigeants socialistes, dont Martine Aubry, Harlem Désir et Jean-Marc Ayrault, lors du congrès de Toulouse, le 28 octobre 2012. REUTERS/Jean-Philippe Arles. -

Les socialistes français sont farcis de défauts mais on leur accorde généralement une rare vertu: ces gens-là savent débattre. L’histoire du PS est rythmée par des joutes politiques internes qui mêlent subtilement empoignades idéologiques et chicanes personnelles. Abritant une large gamme de sensibilités, qui vont du centre-gauche aux franges de la gauche radicale, ce parti n’est jamais aussi dynamique que lorsqu’il fait vivre sans complexes cette luxuriante diversité interne.

Or voici que le PS, revenu au pouvoir au printemps dernier, semble l’avoir oublié. Tétanisés par la crise, aspirés par les ministères, peu assurés de leurs orientations, les socialistes n’osent plus se parler franchement. Ils s’interdisent de débattre, au fond, de ce qui leur tient lieu de ligne.

Langue de bois massif

L’austère politique économique mise en oeuvre est résolument hors champ de discussion alors même qu’elle est loin d’emporter la conviction profonde des cadres socialistes. Leurs parlementaires maugréent, mais seulement à voix basse. «Oui, il y a des députés déprimés au sein du groupe, mais le débat sur une autre politique n’existe toujours pas», déplore ainsi Karine Berger, députée PS des Hautes-Alpes mais aussi secrétaire national à l’économie du parti.

Timorée comme jamais, la direction du PS n’ose prendre la moindre position qui gênerait l’exécutif, comme en témoigne la discussion qui s’est déroulée au bureau national du 12 février. Ce jour-là, les courants de la gauche du parti — Un monde d’avance de Benoît Hamon et Maintenant la gauche d’Emmanuel Maurel, rejoints en l’espèce par les représentants de la motion de Pierre Larrouturou — s’étaient unis pour présenter un texte appelant les parlementaires européens à rejeter le projet de budget adopté par le Conseil.

«Pas question de discuter d’un texte qui affaiblit le président de la République», leur a sèchement répondu Harlem Désir. Le premier secrétaire s’est empressé de faire voter, à la majorité, une motion qui «apporte son soutien total au président de la République dans son combat déterminé contre les conservateurs européens, face auxquels il porte avec courage et constance l’exigence d’une réorientation de l’Europe pour la croissance, l’emploi et la solidarité». Langue de bois massif.

Pour l’heure, le nouveau numéro un socialiste s’est limité à défendre le rôle propre de son parti en prenant position pour une application de la loi sur le non-cumul des mandats dés 2014. Mais, là encore, le débat interne a été évité. Un vote en ce sens a été acquis à l’unanimité, au bureau national du 19 février, alors que chacun sait que le gouvernement, avec la complicité de nombre d’élus socialistes, est partisan d’une mise en oeuvre de cette réforme à la fin du quinquennat.

Refuge dans la pétitionite

Privés de vrais lieux de débats internes — dans les instances du parti ou dans les réunions des groupes parlementaires —, les socialistes qui veulent s’exprimer en sont réduits à prendre publiquement l’opinion à témoin. C’est ainsi que s’est banalisée une étrange méthode: le recours à la pétition de la part de responsables politiques. Le procédé trahit cruellement l’impuissance douloureusement ressentie par les élus socialistes.

La première pétition de députés socialistes date de septembre dernier. Elle rappelait François Hollande à son engagement d’accorder le droit de vote aux étrangers pour les élections locales. Moins cette promesse pouvait être tenue et plus il convenait de la brandir haut et fort.

En marge du débat sur le mariage homosexuel, partisans et adversaires de la procréation médicale assistée (PMA) se sont même affrontés à coup de textes. Cent députés socialistes ont pétitionné en sa faveur tandis que quarante autres s’y déclaraient opposés dans un courrier adressé à leur président de groupe, Bruno Le Roux.

Les tensions au sein du gouvernement ont aussi fait l’objet d’initiatives pétitionnaires visant à peser sur les rapports de force. A l’occasion de l’affaire Mittal, 90 députés socialistes et écologistes ont signé un texte soutenant la proposition d’Arnaud Montebourg d’une prise de contrôle publique temporaire du site de Florange.

Le non-cumul des mandats a, bien entendu, été concerné par cette fièvre de pression pétitionnaire. Par les temps qui courent, on ne cherche plus à convaincre une majorité dans les instances décisionnaires. On se contente de brandir sa vérité, avec ses pairs, pour prendre date. C’est ainsi qu’une quinzaine d’élus socialistes ont pu affirmer, par un texte rendu public en décembre dernier, qu’il était «urgent de remettre l'agenda économique et social en tête des priorités de l'action gouvernementale».

Etonnamment, les socialistes les plus en phase avec l’exécutif se sentent eux aussi obligés de sacrifier au rite pétitionnaire. Pleins d’humilité, cent parlementaires du PS ont signé un texte appelant à retranscrire «dans la loi, sans en modifier l’équilibre, l’accord» conclu sur l’emploi en janvier entre certains partenaires sociaux.

Quelque peu grandiloquente, leur prose appelle à «dépasser les débats du XXème siècle entre lutte des classes et compromis réformiste» tout en se gardant de détailler le fond de cet accord auquel s’oppose vivement l’aile gauche du parti. Là encore, les socialistes n’en ont pas débattu.

Le parti court-circuité

Cette situation bizarre résulte d’un choix politique conscient du chef de l’Etat. François Hollande n’a pas voulu prendre le risque d’impliquer le PS dans la définition de sa politique. La désignation d’Harlem Désir comme premier secrétaire visait à confier la «vieille maison» à un homme pas trop gênant.

L’autre candidat à ce poste, Jean-Christophe Cambadélis, fut alors jugé plus dangereux. Le député de Paris confirme, d’une certaine manière, ces craintes en reprochant aujourd’hui à Hollande de ne point avoir mis le PS au «centre» de son «dispositif politique», contrairement à ce que fit François Mitterrand en son temps.

Dans les années quatre-vingt, le premier secrétaire du PS, Lionel Jospin, était assez étroitement associé aux grandes décisions prises en petit comité. Le parti, où s’affrontaient des courants de pensée affirmés, pesait alors d’un tout autre poids dans le jeu politique.

Ces temps-là sont révolus. La minorité de gauche qui s’était comptée lors du congrès de Toulouse d’octobre 2012 est relativement isolée et surtout victime de la rigidité d’une majorité qui s’abrite derrière sa position de force.

La crainte du débat est d’autant plus vive que le cap est flou. C’est parce qu’il entend garder les mains libres pour ajuster sa politique en fonction de circonstances que le président de la République ne veut pas que ses camarades en discutent.

dupin_0.jpgQui plus est, Hollande éprouve déjà quelques difficultés à maintenir la cohésion gouvernementale. On conçoit qu’il ne veuille pas que le parti soit source de problèmes supplémentaires.

Ce court-circuitage du parti n’en comporte pas moins de réels inconvénients. Il prive l’exécutif, aux prises avec une lourde impopularité, d’un utile capteur d’humeurs comme d’un précieux laboratoire d’idées. En l’absence de médiations partisanes, le pouvoir se trouve plus que jamais engagé dans un dangereux face à face avec l’opinion.

Eric Dupin

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 09:00

Lundi 4 mars 2013 | Par Ludovic Lamant - Mediapart

C'est la principale vertu de la crise politique italienne : elle relance avec force le débat sur les bienfaits de l'austérité en Europe, qui s'était presque évanoui ces derniers mois. Depuis les résultats du scrutin, qui ont plongé Bruxelles dans un état de choc, d'autres signes d'un ras-le-bol populaire à l'encontre de l'extrême rigueur se sont multipliés, comme autant d'avertissements destinés aux dirigeants européens.

Au Portugal, des centaines de milliers de personnes sont descendues samedi dans les rues de 40 villes du pays, pour dénoncer une énième visite de la «Troïka» (commission européenne, FMI, BCE) à Lisbonne.

En Grande-Bretagne, des électeurs ont profité jeudi d'une élection partielle organisée à Eastleigh, dans le sud de l'Angleterre, pour infliger un camouflet à David Cameron : la formation du chef du gouvernement s'est fait doubler, non seulement par les libéraux-démocrates, mais aussi par les nationalistes d'UKIP, cette formation xénophobe et euro-sceptique qui est favorite des sondages pour les élections européennes de 2014 en Grande-Bretagne.

En Autriche enfin, où deux élections régionales anticipées se déroulaient dimanche, l'homme d'affaires milliardaire Frank Stronach, 80 ans, a réussi dimanche son pari. Sa formation, jusqu'alors totalement inconnue, est entrée dans les parlements régionaux de Carinthie et Basse-Autriche, grignotant notamment sur l'électorat traditionnel de l'extrême droite grâce à un discours là encore très eurosceptique.
manifestation_lisbonne.jpgSamedi à Lisbonne, manifestation contre la visite de la «Troïka»Samedi à Lisbonne, manifestation contre la visite de la «Troïka»© Reuters.

Dans ce contexte, les indicateurs économiques des derniers jours semblent confirmer le sombre scénario d'une Europe qui, selon l'expression du prix Nobel américain Paul Krugman, «s'auto-détruit». Dans ses prévisions de printemps, la commission anticipe désormais une récession pour la zone euro tout entière (–0,3%) cette année. Quant au chômage, son taux a atteint, en janvier, un sommet historique, à 11,9% dans la zone.

«Il faut s'attendre à des tensions sociales et politiques d'une rare intensité. Les peuples européens vont faire face à une situation sans précédent», avait prédit l'économiste André Orléan, directeur de recherche à l'EHESS, dans un entretien en janvier à Mediapart. Les convulsions des derniers jours pourraient bien lui donner raison.

Pourtant, au cœur de la machine bruxelloise, la musique est très différente. En tout cas au sein de la commission européenne, dont les compétences ont été accrues pour gérer la sortie de crise, et en particulier surveiller les politiques budgétaires des États membres (à travers une batterie de textes entrés en vigueur depuis moins d'un an, comme le «six pack», puis le traité dit TSCG, et enfin le «two pack»). Le message reste toujours le même : les États doivent poursuivre leurs politiques d'«assainissement budgétaire», quels que soient les sacrifices par lesquels il faudra passer. L'austérité, combinée à des réformes structurelles, est la seule voie possible.

L'ombre des élections générales allemandes

José Manuel Barroso, le patron de la commission, l'a reconnu sans détour la semaine dernière : «La question à laquelle nous devons répondre est la suivante : faut-il déterminer notre politique économique en fonction de considérations électoralistes de court terme, ou en fonction de ce qu'il doit être fait, pour remettre l'Europe sur le chemin d'une croissance durable ? Pour moi, la réponse est claire.»

imageKeynes.pngQuant à Olli Rehn, l'austère commissaire finlandais, responsable respecté des affaires économiques, il observe la même ligne intransigeante. Dans une intervention jeudi à Londres, il s'est toutefois risqué à une provocation inhabituelle de sa part, se disant... keynésien. «Je ne suis pas sûr que le propre Keynes serait keynésien aujourd'hui (...) Moi, en tout cas, j'en suis un», a-t-il lâché, en référence à l'auteur de la Théorie générale, souvent désigné comme l'instigateur du New Deal aux États-Unis, politique de relance de l'économie par la... dépense publique. Ce qui n'a pas empêché le commissaire, dans la foulée, d'exhorter les pays en crise à poursuivre sur le chemin de la rigueur.

Bref, le noyau dur de la commission refuse tout changement de cap, et serre les rangs. Et comment ne pas voir en Mario Monti, le président du conseil italien, applaudi à tout rompre lors d'une conférence à Bruxelles jeudi, deux jours à peine après avoir encaissé un sévère revers dans les urnes en Italie, un symbole de cet entêtement bruxellois, insensible aux aléas électoraux ?

Le refrain est à peu près identique à Francfort, où siège la Banque centrale de Mario Draghi, mais aussi à Berlin. C'est Wolfgang Schaüble, le ministre des finances allemand, qui est sans doute l'auteur de la formule la plus spectaculaire : il a évoqué le risque d'une "infection" de la crise italienne au reste de l'Europe, sans hésiter à stigmatiser une nouvelle fois les pays du Sud de l'Europe.

Pourquoi cette rigidité ? L'une des explications est liée à la tenue d'élections générales en Allemagne, à l'automne prochain. D'ici là, les chantiers européens sont suspendus, selon un consensus implicite à Bruxelles. Plus question d'évoquer au grand jour la future union bancaire (dont les travaux avancent), ou de voler au secours d'un nouvel État menacé de faillite. Encore moins de desserrer l'étau de l'austérité, clé de voûte de la politique allemande... Bref, la crise italienne tombe à un très mauvais moment.

C'est tout l'enjeu des semaines à venir : l'Europe peut-elle se permettre d'attendre la fin de l'année, et l'après-scrutin allemand, pour lâcher du lest budgétaire ? La commission va-t-elle oser opérer un virage d'ici là ? Concrètement, deux pistes sont envisageables. D'abord en jouant sur le calendrier, en allongeant la durée de remboursement de la dette : ce serait un ballon d'oxygène pour bon nombre de pays. La commission a déjà accordé à certains pays, comme la Grèce, le Portugal ou l'Espagne, au cas par cas, une année supplémentaire pour tenir les objectifs budgétaires. L'exécutif n'exclut pas de donner un délai à Paris également.

Les lignes bougent aux Pays-Bas

Autre piste : s'assurer que les politiques d'austérité au Sud de l'Europe soient complétées par des politiques de relance au Nord ("contracycliques", disent les économistes), pour relancer l'activité dans toute l'Europe, et contrer la récession. L'Allemagne est directement visée, car elle en aurait les moyens. Mais la campagne électorale rend le scénario impossible.

Dans son discours à Londres, le commissaire européen y a pourtant fait directement allusion : «Ceux qui ont des marges de manœuvre budgétaires peuvent poursuivre des politiques contracycliques, avec des investissements ciblés dans des projets porteurs de croissance, comme la recherche et les infrastructures : c'est ce que fait la Suède aujourd'hui.» Mais les remarques de Rehn ne devraient pas avoir beaucoup d'impact outre-Rhin...

D'autres voix, toutefois, se font entendre dans la capitale belge. Y compris des commissaires de l'équipe Barroso, qui désapprouvent l'extrême rigueur prônée par la commission. C'est le cas de l'Italien Antonio Tajani, à l'industrie (ex-proche de Silvio Berlusconi), qui a déclaré que «les Italiens ne veulent pas seulement des sacrifices et encore des sacrifices». Autre second couteau de l'exécutif européen, le socialiste hongrois Laszlo Andor s'est ouvertement interrogé : «Les prévisions économiques continuent de se détériorer. À part conserver la foi, est-ce que nous ne devrions pas nous y prendre différemment ?»

De manière plus spectaculaire, le débat est en train de prendre dans un pays jusqu'alors modèle en Europe pour la gestion de ses comptes publics – et proche allié de Berlin lorsqu'il en va de l'austérité : les Pays-Bas. Le ministre des finances (et président de l'Eurogroupe) Jeroen Dijsselbloem, qui doit annoncer une batterie de nouvelles mesures en fin de semaine, a prévenu : «Nous ne devrions pas étudier uniquement des mesures d'économies budgétaires, mais aussi des dispositifs pour relancer l'économie et créer des emplois

Ces voix suffiront-elles à contraindre la chancelière Angela Merkel à bousculer son calendrier de campagne ? François Hollande avait tenté, dans la foulée de sa victoire à la présidentielle, de faire bouger les lignes à Bruxelles, obtenant un "pacte de croissance" en juin 2012. Mais son contenu s'est révélé décevant, et n'a pas suffi à sortir l'Union de l'anémie économique. Aujourd'hui, le silence du président français sur les leçons du scrutin italien est saisissant.

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 10:25

Mediapart - 1er mars 2013 | Par Rachida El Azzouzi

Les détracteurs de l’accord sur la réforme du marché du travail, dit de «sécurisation de l'emploi» et signé le 11 janvier sans la CGT et Force ouvrière, le répètent en boucle. À quelques mois près, avec les nouvelles règles de représentativité syndicale issues de la loi du 20 août 2008, cet accord paraphé par seulement 3 organisations syndicales sur 5, la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC, aurait été minoritaire, donc sans objet.

Car au vu de ces nouvelles règles, seule la CFDT aurait été en mesure de signer. Faute d’une audience suffisante auprès des salariés, la centrale chrétienne et la confédération des cadres auraient en effet perdu le droit de s’asseoir autour de la table des négociations et de signer des accords interprofessionnels avec le patronat au plan national. Jusqu'à présent, les 5 confédérations (CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC) bénéficiaient d'une présomption «irréfragable» de représentativité: cela grâce à un décret gouvernemental obsolète datant des années 1960.

Mais la loi du 20 août 2008 bouleverse la donne. Désormais, pour être représentatifs dans une entreprise de plus de dix salariés, les syndicats doivent obtenir au moins 10% des voix aux élections professionnelles (comités d'entreprise, délégués du personnel). Et pour être représentatifs dans la branche et au niveau national, ils doivent obtenir 8% des voix au total chez les salariés des grandes entreprises, ceux des très petites entreprises, chez les employés à domicile et chez les ouvriers agricoles. Ce qui semble loin d’être le cas pour la CFTC et la CFE-CGC, selon les premières estimations. Des estimations liées aux élections dans les TPE (très petites entreprises), qui ont eu lieu pour la première fois en décembre dernier.

Pour la CGT et Force ouvrière, qui ont refusé de signer l'accord, un «texte destructeur du droit du travail, qui sécurise les patrons et précarise un peu plus les salariés», et qui appellent les Français à descendre dans les rues, mardi 5 mars, à la veille de l’examen en conseil des ministres du projet de loi qui doit retranscrire cet accord, l’argument est de taille pour faire pression sur les députés.

«Il n’y a pas volonté d’accélérer ou de retarder le calendrier»

«FO et la CGT, qui ont refusé de le signer, ont une influence beaucoup plus importante, et c'est le problème. Si la négociation avait eu lieu 6 mois plus tard, un syndicat n'aurait pas été autour de la table, ou alors pas avec une voix délibérative, c'est la CFTC, et une autre organisation aurait été reconnue légitime uniquement pour engager la parole de l'encadrement, la CFE-CGC.» Mercredi, devant l'association des journalistes de l'information sociale (Ajis), le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, qui se mord presque les doigts d’avoir appelé l’an dernier à voter Hollande pour «virer Sarkozy», a de nouveau mis en cause la légitimité des 3 syndicats signataires de l'accord, «minoritaires au regard des futures règles».

Bernard Thibault, accompagné de son successeur Thierry Lepaon, a même été plus loin. Alors que la représentativité des syndicats doit être tranchée en avril-mai, au moment même où l’accord sur l’emploi sera discuté au Parlement, il a accusé le ministère du travail de retarder à l'été l’entrée en vigueur de ces nouvelles règles. Histoire de «sécuriser» l'accord sur l'emploi du 11 janvier et d’éviter toute pollution des débats.

«Il semblerait qu'au ministère du travail on attende plutôt juillet-août pour officialiser les résultats, a-t-il dénoncé. Effectivement fin mars, ça peut être un peu délicat d'officialiser le fait que la représentativité des acteurs syndicaux a bougé et que, de fait, l'accord depuis traduit dans un projet de loi est affaibli sur sa légitimité politique, du côté social, au moment où le parlement va en débattre

«Faire comme si c'était toujours le nombre de signataires qui comptait plus que leur représentativité, c'est juridiquement juste mais politiquement indéfendable, a-t-il assené. C'est comme si on élisait des députés mais qu'on disait aux citoyens : vos députés ne feront les lois qu'un an après que vous les avez élus. En attendant, les règles anciennes, que les socialistes ont toujours décriées, continuent de fonctionner, et notamment des négociations de branches, dont certaines découlent de l'accord interprofessionnel, pourraient se dérouler selon les anciennes règles

Au cabinet du ministre du travail, Michel Sapin, on ne comprend pas la «bronca» du n°1 de la CGT. «Elle n’a pas de sens ! Il doit y avoir une incompréhension de sa part. Il n’y a pas volonté d’accélérer ou de retarder le calendrier. Il est fixé depuis des années et bien avant l’alternance de mai dernier. Nous suivons le processus avec ces différentes étapes. Avant la fin mars, pour ce qui est de la représentativité au niveau interprofessionnel, les résultats seront présentés au haut conseil du dialogue social puis le ministre tranchera et prendra un arrêté sans doute en avril-mai. Dès que l’arrêté sera pris, les nouvelles règles entreront en vigueur», assure-t-on.

Quid alors des mesures contenues dans le fameux accord national interprofessionnel, comme la complémentaire santé ou les droits rechargeables à l’assurance-chômage, renvoyant à des négociations de branches ? «Leur négociation devrait se dérouler sous l’empire des nouvelles règles. Le processus de représentativité dans les branches sera certes plus complexe à établir car il y a 750 branches et que les vérifications seront plus longues mais tous les arrêtés devront être pris avant la fin août.»

À suivre...

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 08:17

Le score des élections italiennes, qui se sont déroulées les 24  et 25 février 2013, sidère une partie des commentateurs politiques européens.

bersani.jpgLa victoire du Parti Démocrate (centre un peu à gauche) est réelle à la chambre des députés : La coalition de "gauche" de Pier Luigi Bersani, qui remporte 29,5% des voix, s'adjuge la majorité des sièges à la Chambre (340 des 630 sièges), grâce à un système qui accorde 54% des fauteuils à la formation arrivant en tête.

Mais au Sénat, où la prime de majorité est accordée par région, les résultats donnent le centre gauche très loin de la majorité absolue des 158 sièges. En termes de voix, la gauche en remporte 31,63% et la droite 30,71%.

beppe_grillo.jpgLa remontée spectaculaire de Silvio Berslusconi et de sa coalition de droite ou le très mauvais score des listes centristes de droite de Mario Monti (9%) ne sont pourtant pas les véritables révélations de ce scrutin. S'il est vrai que Berlusconi doit une bonne partie de son bon résultat à une campagne démagogique, le véritable vainqueur des élections est le mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo, ancien comique, reconverti dans un rôle tribunicien très vaguement de gauche (salaire minimum, écologie, ...) si l'on considère que son discours s'appuie sur des boucs émissaires (le "système", les immigrés, l'Europe en soi).

Selon les résultats officiels, il obtient aux alentours de 25 % dans chacune des deux chambres, devenant la troisième force politique du pays et devançant même le Parti Démocrate en tant que tel.

Victoire très relative du centre gauche, défaite avérée et sévère du Président du Conseil qui a fait avaler aux Italiens la potion amère de l'austérité, remontée d'un Berlusconi démagogique et victoire d'un populiste inclassable : au-delà de l'ingouvernabilité de l'Italie (il faut disposer de la majorité à la chambre et au sénat, et Grillo refuse toute discussion avec le centre gauche), ce sont les politiques d'austérité qui continuent d'être violemment sanctionnées aujourd'hui en Italie, hier lors des autres scrutins récents dans les Etats de l'Union Européenne.

Jusqu'ici rien de catastrophique ne s'est électoralement produit en Europe :

  • les Danois ont donné une majorité relative aux sociaux-démocrates,
  • les Belges ont réussi à trouver un compromis fédéral pour que le gouvernement soit dirigé dans un contexte très complexe par le socialiste Elio Di Rupo,
  • au Pays-Bas les libéraux ont réussi à entrainer les très centristes travaillistes néerlandais avec eux en coalition sur leur base programmatique,
  • les conservateurs grecs ont devancé d'un cheveu Syriza (gauche radicale, mais favorable au maintien de l'euro, n'en déplaise aux Echos et à Dominique Seu) ce qui leur donne - grâce au mode de scrutin - une majorité parlementaire qui leur évite de subir l'éventuel chantage des néo-nazis d'Aube Dorée...

Quel sera le coup suivant ? En Espagne, le rejet du gouvernement conservateur ne donnera pas forcément une chance aux socialistes qui avaient été également rejetés pour les mêmes raisons, le mouvement des indignés n'offrant jusqu'ici aucun débouché politique. Au Portugal, la droite libérale pourrait être pareillement rejetée mais il n'existe pas dans ce pays de tradition d'union de la gauche qui pourrait offrir une véritable majorité alternative. Et le pire est à venir quand les électeurs européens constatent scrutin après scrutin que les orientations fondamentales de la politique économique et financière n'évoluent pas avec les changements de majorité : l'austérité semblant être l'unique horizon des gouvernements qu'ils soient de centre-droit ou de centre-gauche.

La majorité de gauche en France est issue d'une conjonction de phénomènes politiques : rejet du sarkozisme, montée de la candidature du Front de Gauche avec Jean-Luc Mélenchon, campagne de François Hollande marquée par le volontarisme du discours du Bourget qui a fait un temps oublié la ligne qu'il avait défendue lors des primaires citoyennes. Depuis le tournant social-libéral impulsé par l'Elysée a été extrêmement rapide et renvoie une bonne partie de l'électorat de François Hollande aux désillusions de la rigueur et de l'austérité : ratfication du traité Merkozy, Pacte de compétitivité, soutien inconditionnel à l'accord national interprofessionnel MEDEF-CFDT, "couleuvre avalée" sur le budget européen...

1489157 3 0fb0 marine-le-pen-a-lille-le-5-mars-2011Les élections locales de 2014 et 2015 pourrait s'avérer plus difficile qu'un simple rééquilibrage politique en général défavorable... Si en Italie c'est le populisme version Grillo, ambigu certes mais qui ne remet pas en cause les fondements démocratiques italiens, en France c'est vraisemblablement le Front National et les franges les plus réactionnaires de l'UMP qui profiteront de la poursuite de politiques de rigueur qui ne résolvent en rien la question de la dette publique et continue de dégrader la situation économique et sociale. Au-delà des prochaines élections locales, c'est évidemment l'élection de 2017 qui risque d'être dramatique si un tournant de la relance n'est pas rapidement opéré.

La question est également posée à l'échelle de l'Union Européenne. Les politiques libérales, conservatrices, sociales-libérales imposées aux Européens, tant au niveau national qu'au niveau européen depuis plus de 15 ans, sont en train de tuer doucement l'idée généreuse et progressiste de la construction européenne, dont les citoyens s'éloignaient déjà par manque de fonctionnement démocratique et l'absence de prise en compte de la souveraineté populaire.

La gauche européenne a en la matière une énorme responsabilité : si elle n'est pas capable de rompre avec les impasses libérales qui n'ont abouti qu'à l'échec, si elle n'est pas capable de dire que l'austérité ce n'est pas l'Europe en soi mais des choix politiques effectués par des gouvernements et des forces politiques que l'on peut parfaitement déconstruire, si elle n'est pas capable d'offrir une alternative européenne à ces orientations politiques, c'est l'Union Européenne qui finira par sombrer dans les populismes et la récession, avec toutes les nations qui la composent.

Frédéric FARAVEL

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 15:56

Bartolone_perchoir.jpgVoici quelques jours, le Président de l'Assemblée Nationale, Claude Bartolone exprimait un point de vue quelque peu jésuitique sur la manière d'aboutir au rassemblement de la gauche pour les prochaines élections locales : "C'est au PCF de choisir : on ne pourra pas venir demander les voix des socialistes pour maintenir des municipalités communistes tout en ayant comme seul objectif d'affaiblir le président de la République et le gouvernement".

C'est effectivement moins agressif que les déclarations de Luc Carvounas, secrétaire national aux relations extérieures - proche de Manuel Valls - qui donnait un ultimatum au Front de Gauche le sommant de soutenir la politique du gouvernement sous peine de mesures de rétorsion électorale. Ce dernier devra prendre sans doute un peu de temps pour apprendre que lorsqu'on est en charge des relations avec les partenaires, on essaie - sans naïveté - de trouver des éléments qui rapprochent les partenaires et non l'inverse.

C'en est pourtant pas moins faux et inopérant.

En effet, Claude Bartolone se trompe profondément s'il croit que le PS est propriétaire des électeurs du 22 avril dernier, au tout du moins des 15 à 20% qui représentent le noyau incompressible des électeurs socialistes. Il se trompe aussi sans doute dans l'analyse électorale de la situation qu'il connaît le mieux - celle de la Seine-Saint-Denis - où une partie de l'électorat du centre et du centre-droit s'est habitué à voter PS pour renverser les municipalités PCF, quand il lui en donnait l'occasion. Ce modèle électoral est limité dans le temps, car le nombre de municipalités communistes archaïques est aujourd'hui quasiment inexistant ; et surtout, il n'est sans doute pas transposable géographiquement au-delà de la Seine-Saint-Denis.

"[...] Pour qu'il y ait accord électoral dans une ville, il faut que les partis qui le signent partagent l'essentiel du projet de société", c'est donc là, derrière cette juste affirmation, que se cache la deuxième erreur du Président de l'Assemblée Nationale. Il n'y a pas aujourd'hui entre la plupart des élus socialistes, communistes ou écologistes, et sans doute encore moins entre leurs électeurs, de divergences de fond sur le projet de société que la gauche devrait mettre en oeuvre.

Les uns comme les autres sont d'ailleurs parfois décontenancés par certaines mesures prises par le gouvernement : les collectivités notamment s'inquiètent de se voir imposer une austérité budgétaire, qu'elles n'ont pas choisi, qu'elles n'ont pas demandé, et dont elles ne se jugent pas responsables ; une bonne partie des électeurs de François Hollande lors des premier et second tours sont tout simplement déçus de certains choix (Pacte de compétitivité, adoption du traité Merkozy, volonté d'alignement absolu sur l'accord MEDEF-CFDT, etc.) ou du rythme des réformes proposées (c'est bien de miser toute sa mobilisation sur le Mariage pour tous, mais il faudrait doter la BPI d'un vrai capital (200 milliards nécessaires contre les piètres 40 milliards accordés), adopter enfin une loi sur les licenciements, consolider la refondation de l'école...).

logos GAUCHEAinsi, il n'est pas dit que tous les dirigeants locaux socialistes souhaitent rentrer dans une logique d'ostracisme à l'égard de leurs partenaires communistes, lorsque le projet local est bien tenu, malgré leurs critiques contre le gouvernement, d'autant qu'ils en partagent souvent silencieusement une partie. Il n'est pas dit non plus que les électeurs que Claude Bartolone détermine comme "socialistes" décident de voter contre des maires PCF, si les perspectives offertes par ses municipalités tiennent la route et si jusqu'ici les élus PS n'avaient jamais rien dit contre la politique municipale menée ; c'est d'autant plus improbable qu'une partie des électeurs socialistes partagent une bonne partie des critiques du PCF contre certaines orientations gouvernementales.

Et puisqu'il faut parler de l'électorat socialiste, nous devrions être vigilants quant à la montée en puissance de la grogne des enseignants. Le projet de refondation de l'école, la nécessité de changer les rythmes scolaires, ne font pas de doute pour moi, et l'action de Vincent Peillon, comme ministre de l'Education Nationale, va dans le bon sens. Cependant, alors que la concertation sur la refondation de l'école a duré en tout en pour tout un peu moins de deux mois l'été dernier, il conviendrait d'agir plus fortement pour réussir ces transformations nécessaires : donner aux collectivités les moyens d'accompagner le changement de rythmes, d'alléger les programmes, d'améliorer la formation professsionnelle continue, de reconstruire les dispositifs d'aide aux enfants en difficultés scolaires, etc.

Sans cela, alors que les enseignants sont comme tous les Français dans un rapport de défiance avec la politique, il est évident que nous donnerons toujours plus de champ pour la contestation et les réflexes corporatistes (car oui il y en a et ils "réchauffent" quand on n'a plus confiance en rien).

Le rassemblement de la gauche est nécessaire pour affronter un contexte qui sera plus complexe pour la gauche lors des élections de 2014, que ce ne fut le cas lors des élections intermédaires précédentes. Mais il ne pourra pas se faire dans une ambiance de chantage ou de menaces (voilées ou pas) ; il se fera uniquement sur la base de la pertinence des projets municipaux locaux, qui devront répondre aux besoins des habitants d'avoir encore un bouclier social et des services publics locaux forts pour faire face à une crise qui dure.

Frédéric FARAVEL
Mandataire fédéral de la motion 3 du PS Val-d'Oise

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 09:50

chokri_belaid.jpgL'assassinat de Chokri Belaïd, avocat, leader du Mouvement des Patriotes Démocrates et opposant de la gauche laïque le plus dur et le plus médiatique, mercredi 6 février au matin, vient de rallumer de manière ouverte la crise politique larvée dans laquelle s'enferrait depuis plusieurs mois la Tunisie.

En effet, deux ans après la "Révolution de Jasmin", et l'accession au pouvoir avec une majorité relative des islamistes d'Ennahda au pouvoir, aucun des enjeux du pays n'a trouvé une issue :

  • l'élaboration de la constitution patine ;
  • la crise économique et sociale s'accroît d'autant plus que le pays est considéré instable par les investisseurs étrangers ;
  • la corruption est toujours présente ;
  • la population ne peut faire confiance à des forces de l'ordre jugées violentes et trop liées à l'ancien régime de Ben Ali...

Dans ces conditions, les contradictions qui ont émergé après la première phase révolutionnaire ne font que s'accroître. Le gouvernement issu des précédentes élections ne tient que sur une coalition hétéroclite : la gauche nationaliste du Congrès pour la République du Président Marzouki et les sociaux-démocrates d'Ettakatol complètent la majorité relative des islamistes d'Ennahda. Les divergences évidentes entre ses formations expliquent l'impasse constitutionnelle et l'impossibilité de traiter la crise économique que subit le pays.

Les contradictions internes à Ennahda entre une frange "réaliste" minoritaire, représentée par le Premier Ministre, Hamadi Jebali, et la grande majorité des élus et des cadres du parti, plus conservateurs voire plus radicaux, se sont accrus. Les exigences des seconds sur la place de la religion dans la société et la remise en cause de la laïcité et de la liberté de conscience dans la constitution sont à la source du dialogue de sourds.

Depuis six mois, le premier ministre tentait de réduire l'influence de ses rivaux internes en cherchant à mettre à flot un gouvernement d'union nationale qui élargirait les prérogatives de ses alliés de gauche et associerait l'opposition laïque. Les résistances des conservateurs et des radicaux ont bloqué le processus, au point que le Congrès pour la République, parti du Président de la République, menaçait de quitter le gouvernement dans les prochains jours.

Sur fond de chômage et de tensions sociales fortes, les éléments les plus radicaux des islamistes d'Ennahda, en association avec les Salafistes, entretenaient un climat de violence contre les laïcs sur la place publique, dans les médias et dans les institutions publiques, pour obtenir un recul évident des acquis modernistes de l'indépendance tunisienne.

Les appels au meurtre contre les principaux opposants laïcs tournaient régulièrement sur les réseaux sociaux, étaient relayés dans certaines mosquées - Belaïd était le premier sur la liste -, avec la complicité évidente des cadres d'Ennahda (en tout cas avec la neutralité bienveillante de la plupart d'entre eux) : finalement, tout opposant aux islamistes étaient villipendés comme contre-révolutionnaire, comme le démontre l'assassinat en octobre perpétré par des islamistes, soutenus par les responsables d'Ennahda.

tunisie-manifestations.jpgLa situation est donc redevenue ouvertement explosive et les contradictions internes d'Ennahda paraissent à mon sens irréductible. Depuis hier, a réaction de la société tunisienne contient à la fois en elle-même le meilleure et le pire :

  • il est heureux que le camp laïque et moderniste ait réagi avec une mobilisation importante dans les rues de Tunis. Le niveau de violence islamiste va peut-être resouder le camp de la gauche laïque, qu'avait divisé la naïveté ou l'opportunisme de ceux qui avaient choisi d'entrer dans la coalition gouvernementale d'Ennahda ;
  • la force des tensions sociales peut rapidement dégénérer et donner l'occasion aux conservateurs et aux radicaux de tenter un coup de force sécuritaire, au moindre prétexte, afin de balayer leurs adversaires.

L'annonce d'un gouvernement technique et d'élections anticipées par le Premier Ministre démontre surtout à quel point celui-ci est d'abord isolé dans son propre camp, n'étant pas soutenu par le patron d'Ennahda Rached Ghannouchi. Dans le climat de violence animé par les islamistes et les pseudo ligues de défense de la Révolution (en fait des milices réactionnaires), comment peut-on espérer que le nouveau scrutin démocratique se déroule dans des conditions saines, qui puisse redonner une chance à la Tunisie de sortir de l'impasse.

Le piège contre-révolutionnaire est activée. Ceux qui rejettent la portée de l'universalisme et considère qu'il y aurait une voie spécifique aux "nations islamiques" avec une "démocratie adaptée", ne sauraient avoir de démentis aussi concrets que le processus révolutionnaire en cours en Tunisie suit un cheminement assez similaire à ses prédécesseurs européens... y compris dans la menace de l'accession de la Contre-Révolution au pouvoir (après 1789 et 1793, le Directoire, le Consulat et l'Empire ; après 1848, la victoire du parti de l'Ordre et du Prince-Président Bonaparte ; après la Commune, la longue paranthèse Thiers/Mac Mahon ; après la Révolution russe, le stalinisme...).

Le risque est majeur aujourdhui que les éléments conservateurs et réactionnaires qui constituent la majorité d'Ennahda ne balaye les véritables éléments révolutionnaires et modernistes de la Tunisie. Toute la gauche doit désormais rompre avec un parti dans lequel elle ne peut avoir aucune confiance pour reconstituer un front d'unité laïque capable de sauver la République tunisienne. Les mots d'ordre des manifestants d'hier à Tunis sont les bons : il faut renverser le régime en place et balayer Ennahda et Ghannouchi avant qu'ils ne les balayent eux-mêmes.

Frédéric FARAVEL

Bochra-Belhaj-Hmida.jpgretrouvez également ci-dessous l'entretien avec Bochra Belhadj Hmida,

Avocate tunisienne, cofondatrice et ex-présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates

France Inter - 07/02/2013 à 7h50

pod_cast_radio_france.jpg

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 08:23

On peut avoir plusieurs lectures du discours que François Hollande a prononcé mardi 5 février pour la première fois devant le Parlement européen de Strasbourg, deux jours avant le sommet de Bruxelles où l'adoption du budget de l'UE pour la période 2014-2020 s'annonce difficile.

D'aucuns y verront la poursuite de la stratégie des petits pas qu'il aurait commencé à mettre en oeuvre depuis son élection le 6 mai dernier pour la réorientation de l'Europe et qui a abouti au Pacte de Croissance, complément qui aurait à lui seul justifier que la France ratifie le traité Merkozy et qu'on force les députés socialistes à voter un texte qu'ils avaient combattu pendant la campagne des élections législatives... au demeurant, on peine toujours à identifier la concrétisation du pacte en question...

Hollande_Strasbourg_05-02-2013.jpgA l'appui de cette thèse, plusieurs passages de son allocution, qui expliquent que la généralisation et la stratification des politiques d'austérité vont mettre à mal la construction européenne en en éloignant les citoyens :

  • "L'intérêt national est en train de prendre le pas sur l'intérêt européen. (...) S'il est vrai que la crise de la zone euro est désormais largement derrière nous, nous sommes loin d'en avoir tiré toutes les conséquences. Ce qui nous menace n'est plus la défiance des marchés mais c'est celle des peuples."
  • "Faire des économies oui, affaiblir l'économie non !"
  • "L'Europe laisse sa monnaie, l'euro, vulnérable à des évolutions irrationelles dans un sens ou dans un autre (...) Une zone monétaire doit avoir une politique de change sinon elle se voit imposer une parité qui ne correspond pas à l'état réel de son économie".
  • "Pour l'avenir, de véritables ressources propres seront indispensables, sinon c'est la construction européenne qui se trouvera remise en cause."

Certains voient également dans son intervention la démonstration que la France rentrera avec détermination dans le débat de l'intégration politique et l'efficacité européenne :

  • "Depuis trop longtemps, l'Europe doute d'elle-même, hésite sur ces choix. Elle met trop de temps à prendre des décisions majeures", il serait donc temps d'ouvrir un "grand chantier de la réforme de la politique économique et monétaire dans l'UE".
  • "L'Europe met trop de temps à prendre les décisions majeures, et trop peu à réfléchir à ses orientations et à son architecture d'ensemble", la solution serait donc dans les coopérations renforcées transcendées par le concept d'"une Europe différenciée qui ne serait pas une Europe à deux vitesses, ni une Europe à la carte."

Pourtant, sur ce dernier sujet, si la "défiance des peuples" est enfin clairement dite par un chef d'Etat devant le Parlement européen, on peine à identifier précisément qu'elle est la pensée institutionnelle du Président de la République et où est réinsérer le nécessaire rétablissement de la souveraineté populaire dans la construction européenne.

Mais surtout, François Hollande étaye de peu de choses concrètes son intervention et donc le coeur de son propos ne peut qu'être renvoyé à l'urgence du moment qui est la négociation des perspectives financières 2014-2020 et du budget européen. Or, si on lit bien son discours, le Président retombe dans la naïveté ou la pusillanimité qui a trop souvent affecté les socialistes français lorsqu'ils doivent se confronter à des gouvernements européens libéraux-conservateurs ou à leurs propres camarades socialistes européens : un complexe du minoritaire tellement intégré, qu'ils vont à la négociation en proposant ce qui leur paraît être déjà un compromis, et donc contraints tôt ou tard de reculer sur le compromis.

Ainsi, alors que le budget européen - qui implique une partie de la réussite de la construction européenne (politique de cohésion, investissements d'avenir, politique agricole...) et s'incarne dans des programmes "populaires" comme Erasmus - est sous pression des suédois, des allemands, des néerlandais et des britanniques, qui exigent des coupes radicale, le Président Hollande accepte de fait le terrain de ces adversaires.

Que vaut la revendication "de véritables ressources propres" à l'avenir pour le budget communautaire face à un "Faire des économies oui" ? Comment ne pas comprendre que cette affirmation "Un compromis sur le budget européen est possible mais il faudra raisonner les pays européens qui veulent aller au-delà de ce qui est raisonnable dans les coupes." implique qu'il a accepté des coupes budgetaires, dont il ne s'agit plus que de discuter du caractère raisonnable.

Non, au milieu de la crise économique, alors que la cohésion européenne est en cause, le budget européen devrait augmenter pour ne pas aggraver les logiques d'austérité partout à l'oeuvre à l'échelle nationale. Il n'est pas cohérent, il n'est pas politiquement efficace car illisible, de dénoncer l'austérité d'une main, pour s'y résoudre de l'autre dans la négociation budgétaire...

François Hollande a l'avantage sur ces adversaires Cameron et Merkel d'avoir été récemment élu et d'être moins contesté. Il a également pour lui que la conjoncture politique avec la démonstration malienne de la France lui donne une certaine autorité.

Qu'il saisisse l'opportunité pour rompre avec la logique malthusienne prônée par les conservateurs qui risquent de tuer l'union européenne.

Frédéric FARAVEL

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 08:18

Cochin_Port_royal.jpegLa mort d'un bébé in utero à la maternité Cochin-Port-Royal de Paris a déclenché une émotion énorme dans l'opinion.

On n'a pas encore les résultats complets des différentes enquêtes commandées par l'Assistance Publique Hôpitaux de Paris (APHP), le ministère de la santé ou consécutive à la plainte du compagnon de la femme qui a perdu le bébé.

Cependant, les premières conclusions de l'APHP transmises hier soir sont pourtant inquiétantes : aucun défaut de moyens et aucun défaut de personnel. On retrouve ici le même processus qu'en octobre dernier, lorsqu'une famille avait perdu son enfant sur l'autoroute A20 en cherchant à rejoindre la maternité de Brives depuis Figeac... La grossesse était à risque, la famille n'en veut à personne, c'est la "faute à pas de chance", la faute à tout le monde et à personne en même temps... Circulez, y a rien à voir !

On touche pourtant les limites d'une logique comptable de la santé publique et notamment de la maternité. Il est préoccupant que dans une maternité réputée excellente, au coeur de Paris, on échelonne les priorités, en considérant qu'une grossesse à risque proche du terme peut être renvoyée au domicile. Il est bon que certaines de nos maternités disposent de moyens concentrés et exceptionnels mais on ne peut aboutir à une forme d'"industrialisation" (le terme est impropre) des naissances, alors que des territoires ruraux ou périurbains deviennent des déserts médicaux, hospitaliers et maternels (l'Etat vient d'ailleurs être condamné après la fermeture en 2009 de la maternité Valréas dans le Vaucluse et devra la rouvrir dans les mois prochains).

Une fois encore, Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf), posait hier les bonnes questions. Il est nécessaire de déterminer si «la France a les maternités et le niveau qu’elle doit avoir pour l’accueil des femmes et de la petite enfance», a-t-il expliqué à l’AFP. «Lorsque l’on passe de la 7e à la 20e place en Europe pour la mortalité infantile comme le dit la Cour des comptes, ça doit interpeller le politique. Les Samu prennent de plus en plus en charge des accouchements inopinés parce que les centres où les femmes sont suivies ne peuvent pas les prendre en charge, c’est pareil en néonatalogie», a-t-il précisé.

Le Dr Pelloux souligne qu’il est indispensable de «rouvrir des maternités, des lits, installer des maisons de naissance, réinvestir dans l’humain de manière à accompagner les femmes et améliorer leur accueil au niveau des maternités». Et d’ajouter : «Le personnel fait ce qu’il peut, il est sans arrêt au taquet et on ne sait plus où mettre les malades. Nous avons toujours très peur de commettre une faute ou une erreur parce que nous n’avons pas les moyens de travailler».

Le gouvernement et la gauche doivent rompre franchement comme l'envisageait le projet du Parti Socialiste avec les logiques des 10 années précédentes : la santé n'est pas rentable. La ministre Marisol Touraine a emporté 1,5 milliards € supplémentaires pour le budget de la santé, c'est une bonne chose. Il est temps désormais de rompre également avec la loi HPST qui continue de détruire la santé publique en France.

Frédéric FARAVEL

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 08:05

GPALe débat parlementaire s'est ouvert hier par un discours magistral de la Garde des Sceaux, Christiane Taubira (cf. la vidéo ci-dessous), un mauvais numéro d'acteur de biopic, Henri Gay-No et une prière de rue de l'association intégriste, homophobe et crypto-fasciste anormalement autorisée par le Préfet de Police de Paris (ce qui a valu à quelques députés - notamment notre camarade valdoisien, Gérard Sébaoun - d'être bousculés par les CRS pour les empêcher d'aller interpeler les "manifestants")...

Le débat parlementaire est désormais lancé, il arrive tard ; il arrive après qu'on ait laissé le temps aux pires opposants de se mobiliser contre le projet, et aux pires propos homophobes de se répandre dans le pays ; il arrive à un moment où la société française y est favorable et en même temps commence à être agacé qu'on ne concentre le débat public sur ce seul sujet.

Le projet n'en est pas moins légitime et nécessaire pour faire avancer les principes d'égalité et d'émancipation qui sont au coeur des convictions socialistes et républicaines.

Désormais, la main de nos parlementaires ne doit pas faiblir : pour réaliser l'égalité, il faudra le 12 février adopter enfin le mariage et l'adoption pour tous, et ensuite dans les mois à venir adopter la PMA pour tous les couples.

Je l'ai déjà écrit la question de la Gestation Pour Autrui (GPA), c'est-à-dire des "mères porteuses", n'est en rien connectée avec les deux sujets précédents, malgré ce que voudrait imposer quelques lobbies minoritaires LGBT et surtout les pires opposants caricaturaux. La GPA implique une marchandisation du corps humain, de la même manière que la prostitution et l'esclavage, incompatible avec la République et le Socialisme, et ne sera autorisée pour aucun couple, ce qui invalide tout argument sur une supposée rupture d'égalité.

L'annonce ce matin de la circulaire du ministère de la Justice - publiée vendredi - pour accorder la nationalité française aux enfants nés à l'étrangers d'une GPA, mais dont le père biologique est français, est donc mal venue, car elle va donner la possibilité aux outranciers réactionnaires qui s'opposent au projet de mariage pour tous d'instiller la confusion. Qu'on résolve un problème humain qui fait de certains enfants des apatrides, ce qui est incompatible avec le droit international, était nécessaire. Il n'était pas utile politiquement de le faire en même temps que le débat sur le mariage pour tous. Le gouvernement vient de se compliquer la tâche et de rajouter à des difficultés pour toutes les personnes directement concernées par le projet de loi.

Donc, soyons très clair, on ne peut pas être socialiste et républicain et validée le principe de la GPA et en conséquence, s'il faut donner une nationalité à des personnes qui existent, il n'est pas compatible avec les principes républicains de valider une filiation fondée sur la GPA.

Frédéric FARAVEL


Retrouvez l'intégralité de l'intervention de... par LCP

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