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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. J'anime aussi le groupe d'opposition municipale de gauche "Vivons Bezons" et je suis membre du groupe d'opposition de gauche ACES à la communauté d'agglomération Saint-Germain/Boucle-de-Seine.
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Gauche Républicaine & Socialiste

13 avril 2021 2 13 /04 /avril /2021 08:52

J'ai rédigé pour la Gauche Républicaine et Socialiste la note ci-dessous publiée hier sur la situation en Irlande du Nord et le déclenchement d'émeutes loyalistes depuis près de deux semaines qui mettent en péril la paix civile et tout le travail accompli depuis les "Accords du Vendredi Saint" en 1998.

Frédéric FARAVEL
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons
Coordinateur national des pôles thématiques de la GRS

jeunes émeutiers loyalistes dans la nuit du 7 au 8 avril 2021

jeunes émeutiers loyalistes dans la nuit du 7 au 8 avril 2021

Le décès du Prince Philip aura peut-être offert un fragile répit à la province du Nord de l'Irlande. En effet, certains initiateurs unionistes des manifestations prévues pour le week-end avaient appelé à leur suspension vendredi soir par « respect pour la reine et pour la famille royale ». Des heurts ont cependant à nouveau éclaté dans la soirée, mais d'une ampleur moindre que ces deux dernières semaines. Alors que cette semaine correspond tout à la fois au 105e anniversaire de la Révolution irlandaise de Pâques 1916 et au 23e anniversaire du « Good Friday Agreement »1 qui a ramené la paix dans la partie de l''Île toujours rattachée au Royaume Uni, qu'est-ce qui explique cette flambée de violence ?

Après plusieurs jours de tension et d'accrochage, les événements ont particulièrement dégénéré dans la nuit du 7 au 8 avril qui ont donné lieu à une sorte de "déjà-vu" qu'on pensait enterré. Une foule « unioniste »2 s’est rassemblée sur Lanark Way, à Belfast, « où un autobus a été incendié », ont rapporté les forces de la police nord-irlandaise. Des incendies ont été signalés sur cette avenue, où d’énormes barrières métalliques séparent un quartier catholique d’un quartier protestant, selon la correspondante de la BBC, Emma Vardy. Des centaines de personnes ont jeté des cocktails Molotov. La circulation du métro a été suspendue. Depuis le 29 mars, chaque nuit apporte son nouveau lot d’échauffourées et de violence. Des groupes d’adolescents, certains âgés d’une douzaine d’années seulement, armés de briques, de barres de fer et de cocktails Molotov, affrontent des forces de l’ordre retranchées derrière des Land Rover blindées et des canons à eau. Les jeunes assaillants sont généralement quelques dizaines, quelques centaines dans le pire des cas, souvent encouragés et applaudis par les adultes, parfois manipulés par des groupes paramilitaires unionistes. La police d’Irlande du Nord accuse notamment deux groupes paramilitaires unionistes de manipuler les jeunes émeutiers : l’Ulster Volunteer Force (UVF)3 et l’Ulster Defence Association (UDA)4.

Face aux émeutes déclenchées à l'initiative de jeunes manifestants unionistes, la première ministre nord-irlandaise, Arlene Foster, a déclaré sur Twitter dans la nuit du 7 au 8 avril : « Il ne s’agit pas d’une manifestation. C’est du vandalisme et une tentative de meurtre. Ces actions ne représentent ni l’unionisme ni le loyalisme. » Pourtant ce tweet cache mal le fait qu'elle est en grande partie responsable de la situation. Son parti, le Democratic Unionist Party (DUP)5, et elle-même avaient mené une campagne acharnée en faveur du Brexit aux côtés d'une partie des conservateurs britannique et de Boris Johnson ; un temps indispensable à la majorité parlementaire de Theresa May, le DUP avait également compliqué les négociations déjà invraisemblables entre le Royaume Uni et l'Union européenne (UE) pour organiser la sortie du premier de la seconde. Arlene Foster fait donc face aux conséquences directes de ce choix politique qui n'avait d'ailleurs pas été suivi dans la province puisque les citoyens d'Irlande du Nord avait voté à 55% en faveur du maintien dans l'UE.

Conséquences du Brexit et effet révélateur

Or l’accord de paix signé en 1998 a estompé la frontière entre la province britannique et la République d’Irlande ; le Brexit est donc venu fragiliser le délicat équilibre, en nécessitant l’introduction des contrôles douaniers entre Royaume-Uni et UE. Après d’âpres négociations, Londres et Bruxelles sont parvenus à s’accorder sur une solution, le protocole nord-irlandais, qui permet d’éviter le retour à une frontière physique sur l’île d’Irlande en déplaçant les contrôles dans les ports nord-irlandais. Si des dispositions ont été prises pour accompagner les entreprises de la province face à cette transformation, les nouvelles dispositions, qui, de fait, maintiennent l’Irlande du Nord dans l’union douanière et le marché unique européens, entraînent des perturbations dans les approvisionnements. Au début du mois de mars 2021, le premier ministre britannique, Boris Johnson, avait été confronté, lors d’une visite en Irlande du Nord, à un mécontentement croissant sur les conséquences du Brexit. Favorable à un abandon pur et simple des contrôles sur les marchandises en provenance de Grande-Bretagne, Arlene Foster a jugé « intolérable » les dispositions entrées en vigueur le 1er janvier dernier. De son côté, Michelle O’Neill, vice premier ministre de la province et leader du Sinn Féin6 pour l'Irlande du Nord, a refusé de le rencontrer, lui reprochant son « approche téméraire et partisane » vis-à-vis du protocole nord-irlandais.

Mais, plus profonde une partie importante de la population unioniste éprouve un sentiment de trahison. Les émeutiers s’intéressent peu à la complexité des questions commerciales nées du Brexit, mais « sont en colère » car ils comprennent (enfin) qu’ils ont été trahis précisément par le gouvernement britannique envers lequel leurs parents, leurs grands-parents et leurs arrière-grands-parents faisaient preuve d’une loyauté aveugle. Boris Johnson avait promis une circulation sans entrave entre la province et la Grande Bretagne, ce qui n’est évidemment pas le cas. la ministre de la justice nord-irlandaise, Naomi Long (membre du parti de l'alliance7) a ainsi résumé la situation sur la BBC4 : « Ils ont nié l’existence de toute frontière, alors même que ces frontières étaient érigées ».

Certains pensent également que les négociateurs du Brexit ont cédé aux nationalistes, qui aurait tacitement menacé d’une réponse sanglante à la perspective de toute reprise des contrôles à la frontière irlandaise. En réalité, les responsables nationalistes de la province – y compris ceux qui n'ont jamais pris part aux agissements paramilitaires – s'étaient publiquement inquiétés que le rétablissement de la frontière ne déclenche des troubles. « Cela a créé un précédent explosif selon lequel beaucoup de jeunes loyalistes regardent le protocole et arrivent à la conclusion que la violence est récompensée », a déclaré le militant unioniste Jamie Bryson au journal News Letter.

Les braises de la « guerre civile » toujours chaudes 23 ans après ?

Mais le Brexit ne représente que l’un des aspects d’une crise plus large chez les Unionistes en Irlande du Nord. En 2017, ils ont perdu leur majorité historique à l’Assemblée régionale de Stormont. Puis, en 2019, les élections britanniques ont, pour la première fois, envoyé plus de députés nationalistes que d’unionistes à Westminster. S’y ajoutent les signes d’un mouvement démographique, avec la jeune génération, vers les nationalistes, donnant aux unionistes le sentiment d’être une minorité assiégée.

Dans ce contexte, l'Irlande du Nord est tout juste sorti de sa deuxième crise institutionnelle. De 2017 à 2020, le DUP a choisi une stratégie d'obstruction après la perte de la majorité unioniste au parlement de Stormont, refusant de reconstituer le gouvernement provincial qui regroupe les cinq grands partis d'Irlande du Nord. Indispensable à Theresa May, le DUP tenu contre vents et marées dictant une bonne partie des décisions concernant la province depuis Westminster où le gouvernement britannique avait été contraint de gérer les affaires courantes en l'absence de gouvernement provincial. Les choses ont changé lors qu'Arlene Foster, comme son prédécesseur Peter Robinson avant elle, a été prise dans un scandale politico-financier qui a largement entamé son « crédit » politique. Sinn Féin, SDLP8 et Alliance Party ont eu beau jeu dès lors d'exiger soit le retrait d'Arlene Foster ou ses excuses publiques avant de reconsidérer la possibilité de reformer un gouvernement multipartite. En 2019, une fois Boris Johnson débarrassé de l'épée de Damoclès du DUP qui avait pénalisé Theresa May au sein de la Chambre des Communes, la position d'Arlene Foster était devenu fragile. Les négociations pour un gouvernement provincial ont repris et ont abouti à sa reformation en janvier 2020, toujours avec Arlene Foster en premier ministre, mais dans lequel les positions des nationalistes irlandais et en premier du Sinn Féin étaient renforcées.

Ce dernier a d'ailleurs logiquement utilisé toute la période qui a suivi le référendum sur le Brexit pour plaider avec force d'arguments en faveur d'une réunification de l'Irlande : le Brexit est un choix anglais ; les citoyens d'Irlande du Nord ne souhaitaient pas quitter l'UE (et pour atteindre 55% en faveur du maintien, il a bien fallu que des « Protestants » votent aussi contre le Brexit) ; la réunification de l'Irlande permettra à tous les citoyens irlandais au nord comme au sud de bénéficier du rétablissement d'une situation économique déséquilibrée. Le Sinn Féin bénéficie d'une véritable efficacité politique car il est le seul parti depuis 20 ans à être présent dans les deux parties de l'Île (il est l'opposition au gouvernement libéral-conservateur de la République, il participe au gouvernement provincial du nord avec le poste de vice premier ministre depuis mai 2007). La crise sanitaire a évidemment ralenti cette campagne mais ne l'a pas arrêtée et les pénuries résultant de l'application de l'accord commercial entre l'UE et la Grande-Bretagne depuis janvier 2021 ont renforcé son point de vue. « Nous pensons qu’un référendum [d’unification] peut être organisé dans les cinq ans », déclarait le 2 mars 2021 Mary Lou McDonald, présidente du Sinn Féin et cheffe de l'opposition en République d'Irlande. Sa stratégie est de développer initialement une unification économique. Elle évoque, par exemple, la mise en place d’un système de santé unifié.

Les tenants de l'Unionisme sont donc particulièrement sur la défensive. Ces dernières semaines, les leaders unionistes ont tenté d'attaquer l'image des dirigeants du Sinn Féin pour enrayer leur chute. Cela a culminé voici quelques semaines. En effet, à la fin du mois de mars 2021, le responsable du service de police de l'Irlande du Nord (PSNI) décidé de ne pas poursuivre vingt-quatre responsables du Sinn Féin qui avaient assisté, à la fin de juin 2020, aux obsèques de Bobby Storey, qui aurait été le chef du renseignement de l’Armée républicaine irlandaise (IRA), malgré les restrictions en vigueur contre l’épidémie due au coronavirus. La présence dans la foule de Michelle O’Neill et de Mary Lou McDonald a été perçue par une partie des Unionistes les plus intransigeants comme un bras d’honneur fait au fragile équilibre politique dans la province. Qu’importe si Michelle O’Neill a présenté des excuses pour ne pas avoir respecté les règles de distanciation physique. Les principaux partis unionistes ont appelé le chef du PSNI, Simon Byrne, à démissionner, affirmant que les communautés avaient perdu confiance en son autorité. Arlene Foster a affirmé que l’adhésion de la population aux restrictions était menacée en raison de la perte de confiance dans la loi et l’ordre causée par la décision de ne pas poursuivre les membres du Sinn Féin. C'est là aussi toute la limite de cette campagne : si Mme Foster (dont la crédibilité est-elle profondément écornée) jugeait que la présence à cet enterrement était inacceptable (et pire que ses propres turpitudes) alors elle pouvait décider de ne plus collaborer avec le Sinn Féin et mettre fin au gouvernement autonome. Elle a choisi de continuer de diriger la province avec des dirigeants qu'elle cherche pourtant chaque jour à salir dans l'opinion publique. On ne peut imaginer grand écart plus inconfortable, mais il est certain que le feu couvant a été alimenté par de nombreuses giclées d'huile d'Arlene Foster.

Notons pour finir de décrire le contexte que des opérations de police contre le trafic de drogue dans le comté d’Antrim, sur lequel l'Ulster Defence Association (UDA) a la mainmise, ont également contribué à attiser les tensions dans la province ; l'UDA cherche sans doute au travers des émeutes a réaffirmé sa capacité de nuisance et à forcer les autorités à la "laisser en paix".

Appels au calme

Depuis plusieurs jours, les appels au calme se multiplient de tous les côtés. Après avoir longtemps soufflé sur les braises ou ignoré la situation, les classes politiques britannique, irlandaise et nord-irlandaise ont finalement appelé au calme jeudi 8 avril. Boris Johnson s’est exprimé pour la première fois, se disant « profondément préoccupé ». Le gouvernement nord-irlandais a publié une déclaration commune : « La destruction, la violence et les menaces de violence sont complètement inacceptables et injustifiables, quelles que soient les inquiétudes que puissent avoir les communautés. » Naomi Long, ministre provinciale de la Justice (précédemment citée), a expliqué comprendre le sentiment de colère des Unionistes : « Même la plupart des gens qui s’opposent au Brexit ont une certaine sympathie pour ceux qui se sentent trahis. On leur avait promis des lendemains merveilleux mais c’était un fantasme. Le Brexit n’allait jamais se terminer de cette façon. Ceux qui sont au gouvernement [britannique] le savaient, mais ils étaient plus intéressés par leur ascension vers le pouvoir que par les questions d’instabilité en Irlande du Nord. »

Tout en dénonçant les manipulations du DUP que nous avons décrites plus haut, le Sinn Féin a tout à la fois appelé les dirigeants politiques à s'unir pour mettre fin aux émeutes et placé les dirigeants unionistes devant leurs contradictions : « Aujourd'hui, nous devons être unis pour appeler toutes les parties concernées à s'abstenir de nouvelles menaces ou de recourir à la violence et appeler ceux qui dirigent les jeunes à s'engager dans la violence à cesser. Il y a de la place pour tout le monde dans le processus politique, mais il n'y a aucune place dans la société pour ceux qui sont armés et illégaux et qui devraient se dissoudre. Vous êtes les ennemis de la paix. Ceux qui sont impliqués dans la violence, les dommages criminels, la manipulation de nos jeunes et les attaques contre la police doivent cesser. »

« Soulignant que la violence est inacceptable, ils ont appelé au calme, a réagi Dublin. C’est par le dialogue et un travail sur les institutions mises en place par l’accord du Vendredi saint qu’il faut avancer. » La Maison Blanche a également appelé au calme, se disant « préoccupée » par ces violences qui interviennent alors que le président des Etats-Unis, Joe Biden, fier de ses origines irlandaises, avait déjà exprimé ses inquiétudes concernant les conséquences du Brexit pour la paix dans la province.

La situation est préoccupante car le gouvernement et l'opinion publique britanniques ne semblent pas prendre la mesure de la situation, alors même que le feu couve depuis 2016. Sur Twitter, Jennifer Cassidy, chercheuse irlandaise en diplomatie à l’université d’Oxford, s’interrogeait ainsi sur le relatif silence des médias britanniques : « Si ces violences avaient lieu dans n’importe quelle autre partie du Royaume-Uni, il y aurait une couverture médiatique vingt-quatre heures sur vingt-quatre, des appels au calme, à la paix, des discours pendant des heures au Parlement. Mais parce que c’est l’Irlande du Nord, vous pensez que dire “ ne faites pas ça ” suffira ? Réagissez. »

Car les émeutes sont bien le révélateur d'un mal beaucoup plus profond qui ne se résoudra que par des choix et des initiatives politiques inédites et sans doute iconoclastes. Sans cela, la guerre civile pourrait renaître dans la province sous une forme nouvelle. La situation actuelle participe en tous les cas d'un processus de délitement progressif du Royaume-Uni.

1 Good Friday Agreement : en Français, « accord du Vendredi Saint » négocié sous l'égide de Tony Blair et du premier ministre irlandais et signé par plusieurs partis d'Irlande du Nord (SDLP, Sinn Féin, UUP, UDP et PUP) le 10 avril 1998, il a mis en place le processus de paix qui a démocratisé la province, refondé totalement les services de police, abouti au désarmement des différents groupes paramilitaires…

2 Unionistes : L'Unionisme est l'affirmation politique de la volonté de rester membre du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord plutôt que de rejoindre l'Etat libre puis la République d'Irlande. L'Unionisme défend les intérêts des communautés protestantes d'Irlande du Nord (Anglicans et Presbytériens) qui y sont encore majoritaires. Souvent confondue avec le « Loyalisme », cette dernière dénomination politique est plus particulièrement utilisée pour désigner les mouvements paramilitaires protestants qui ont alimenté la guerre civile pendant 29 ans.

3 L'Ulster Volunteer Force (UVF) est un groupe paramilitaire loyaliste d'Irlande du Nord, fondé en 1966, reprenant le nom d'une ancienne milice unioniste. Son objectif affiché est de lutter contre l'IRA et pour le maintien de l'Irlande du Nord dans le Royaume-Uni. Le nom vient des Ulster Volunteers, créés en 1912 pour défendre l'union entre l'Irlande et la Grande-Bretagne. L'UVF est placée sur la liste officielle des organisations terroristes du Royaume-Uni et des États-Unis. Pendant le conflit nord-irlandais, l'UVF s'est rendue responsable de 426 morts (sur 3500). Le 27 juin 2009, l'Ulster Volunteer Force achève officiellement son désarmement. En 2020, le PSNI évalue à 12 500 le nombre de membres de l'UVF et de l'UDA en cas de reprise des affrontements communautaires (5000 pour l'UDA et 7500 pour l'UVF).

4 Ulster Defence Association (UDA) : c'est la principale organisation paramilitaire protestante loyaliste, créée en 1971, par la fusion des groupes paramilitaires loyalistes de l'époque. Elle a été une collaboratrice zélée et recherchée par l'Armée britannique dans son occupation de la province dans les années 1970, avant de mener son propre agenda terroriste pour lutter contre les Nationalistes et Républicains irlandais. Elle a ainsi infiltré l'armée et les renseignements britanniques, de grandes loges maçonniques écossaises et orangistes. Devenue illégale seulement en 1992, elle serait de près de la moitié des morts du conflit. Le parti politique qui lui servait de vitrine officielle l'Ulster Democratic Party (UDP, à ne pas confondre avec le DUP de Ian Paisley et Arlene Foster) est un des signataires du Good Friday Agreement. Depuis son désarmement progressif depuis 2007, l'UDA s'est souvent recyclé dans le contrôle d'actions mafieuses et notamment le trafic de drogue.

5 Democratic Unionist Party : Parti unioniste fondé en 1971 par des dissidents du parti unioniste officiel de l'époque (Ulster Unionist Party) pour lutter contre le mouvement des droits civiques et représenter le point de vue des loyalistes les plus intransigeants dans le conflit nord-irlandais. Il a été dirigé par le pasteur presbytérien fondamentaliste Ian Paisley de 1971 à 2008. Bien que non signataire des « Accords du Vendredi Saint », c'est son acceptation finale en 2007 de participer et conduire le gouvernement multipartite de la province avec le Sinn Féin qui sortira l'Irlande du Nord de la crise qui avait conduit à la suspension pendant 5 ans des institutions autonomes. Ian Paisley allait même être premier ministre de mai 2007 à juin 2008, avec pour vice premier ministre Martin McGuinness, un des principaux anciens chefs militaires de l'IRA. Le DUP a toujours récupéré depuis le poste de premier ministre.

6 Sinn Féin : « nous-mêmes » en gaélique. C'est le parti politique actuel le plus ancien d'Irlande. Fondé en 1905, il a poursuivi le combat indépendantiste engagé depuis plus d'un siècle. Il engage la révolution irlandaise à Pâques 1916, date à laquelle est créée l'Irish Republican Army (IRA). L'actuel Sinn Féin est issu d'une scission de 1970 contre les dirigeants officiels de l'organisation qui voulaient l'orienter dans une réorientation marxiste-léniniste faisant passer le combat nationaliste au second plan ; ces derniers se sont transformés en Workers' Party, qui a un temps représenté l'extrême gauche en République d'Irlande avant de devenir marginal. Sinn Féin a mené de front une action politique et paramilitaire, qui en ont fait un acteur incontournable du Good Friday Agreement et de la vie politique démocratique en Irlande du Nord. Depuis 1997, Sinn Féin a également réussi sa réimplantation politique en République d'Irlande passant de 1,5% à 25% des suffrages aujourd'hui, où il est à la fois le premier parti du Dáil, l'assemblée irlandaise, et l'opposition au gouvernement libéral-conservateur. Son idéologie est évidemment nationaliste, mais surtout républicaine et socialiste.

7 Alliance Party : Le Parti de l'Alliance d'Irlande du Nord est un parti non confessionnel, fondé en 1970. C'est le 5ème plus grand parti d'Irlande du Nord avec 8 sièges au sein de l'assemblée provinciale et un siège à Westminster. À l'origine, le parti de l'Alliance défend un unionisme modéré et non confessionnel. Toutefois, avec le temps et notamment dans les années 1990, il devient plus neutre sur la question de l'Union et se tourne davantage vers le libéralisme et le non-confessionnalisme. Il est membre du Parti libéral démocrate européen.

8 SDLP : Social-Democratic and Labour Party – Parti travailliste et social-démocrate d'Irlande du Nord. Ce parti a été fondé en 1970 par plusieurs parlementaires régionaux proches du mouvement des droits civiques et refusant « l'abstentionnisme » (le refus de participer aux institutions provinciales et britanniques) des leaders traditionnels du nationalisme irlandais en Irlande du Nord. John Hume en a été le dirigeant emblématique de 1979 à 2001 et a été l'un des principaux négociateurs du Good Friday Agreement, pour lequel il a reçu le Prix Nobel de la Paix avec David Trimble, président de l'Ulster Unionist Party. Longtemps premier parti représentant les intérêts nationalistes irlandais dans la province, il a été surpassé depuis 2003 par Sinn Féin.

très jeune manifestant unioniste s'apprêtant à lancer un cocktail Molotov sur les véhicules du PSNI

très jeune manifestant unioniste s'apprêtant à lancer un cocktail Molotov sur les véhicules du PSNI

Aux racines du conflit nord-irlandais

Nous n'allons pas revenir ici sur un conflit colonial qui est né voici près de 800 ans avec la volonté anglaise de conquérir l'Irlande, ambition relancée à compter de la dynastie des Tudor à la Renaissance. La conquête et la domination ethno-politique de l'île Verte par la monarchie de l'île voisine s'est doublé à compter du début du XVIIème siècle d'un conflit politico-confessionnel, la monarchie britannique réservant le pouvoir et les droits civiques aux Anglicans et aux Presbytériens d'origine écossaise, minoritaires sauf en Ulster la province du nord-est qui a fait l'objet d'une véritable stratégie de colonisation et d'implantation agricoles de populations protestantes écossaises.

L'influence de la Révolution française puis le processus d'émancipation progressive des catholiques de la monarchie britannique ont conduit au réveil de l'identité nationale irlandaise, à la fin du XVIIIème siècle. Le ressentiment contre la monarchie britannique a été porté à son comble par la Grande Famine de 1845 et 1852 qui provoqua plus d'un million de morts et plus encore d'émigration. L'Irlande ne s'en est jamais réellement remise et son développement économique et humain en subit toujours les lointaines conséquences. La disparition progressive de la langue irlandaise engagée par la Grande Famine suscita un réveil culturel gaélique qui nourrit également l'idéal nationaliste. La lenteur du processus d'autonomisation politique, promis et toujours remis à plus tard, aboutit à la radicalisation politique d'une partie des nationalistes irlandais qui, associés aux socialistes, lancent l'insurrection de Pâques 1916 et fondent ensemble l'IRA (fusion entre l'Irish Republican Brotherhood et la Citizen Army des socialistes irlandais).

Si l'insurrection est un échec, la violence effroyable de l'armée britannique pour la détruire puis la répression terrible qu'elle organisa (avec le soutien de milices paramilitaires protestantes qui ressemblent beaucoup aux futurs « faisceaux » de Mussolini) finissent par rallier la population irlandaise au Sinn Féin. Le gouvernement britannique, dont l'administration sur l'île s'est effondrée et a été de fait remplacée par des institutions parallèles, finit par négocier avec les nationalistes irlandais et obtient après le chantage d'une « guerre totale » qu'ils acceptent une indépendance relative en 1922 et la partition de l'île, le Royaume-Uni conservant six des neufs comtés de la province d'Ulster, majoritairement peuplés des descendants des anciens colons anglais et écossais, mais surtout partie la plus riche et la plus industrialisée (avec notamment les importants chantiers navals de Belfast). Le Sud connut une guerre civile de deux ans (l'IRA sera la branche armée du Sinn Féin maintenu refusant le traité imposé par la Grande-Bretagne) et n'accéda à l'indépendance pleine et entière qu'en 1938, la République y sera enfin proclamée en 1948-1949.

Au nord, c'est un régime ségrégationniste qui se met en place sous l'autorité de dirigeants politiques acquis à la couronne britannique et considérant les Irlandais catholiques qui constituent alors quelques 40% de la population de la province au mieux comme des ennemis de l'intérieur, souvent comme des sous-hommes ou des demi-sauvages. Ainsi dans l'une des provinces appartenant directement à la démocratie européenne la plus avancée un gouvernement anti-démocratiques va diriger le territoire pendant plus de 40 ans, sans aucune autre réaction que quelques attentats ratés organisés par ceux qui se considèrent comme les continuateurs de l'IRA de 1916 et de 1922.

Plusieurs dirigeants de l'apartheid qui régit l'Afrique du Sud en visite en Irlande du Nord au début des années 1960 s'exprimeront publiquement sur place pour dire tout le bien et l'admiration qu'ils éprouvent pour le régime nord-irlandais, qu'ils jugent « plus efficace » que le leur !?! Les Irlandais catholiques sont de fait exclus de la plupart des offices publics, l'embauche des Protestants est systématiquement favorisée. Ainsi malgré l'existence d'une importante classe ouvrière en Irlande du Nord, les ouvriers unionistes défendirent toujours le point de vue de leurs industriels unionistes considérant les ouvriers catholiques comme des ennemis. L'Ulster Unionist Party règne en maître sur la Province avec l'appui de l'Ordre d'Orange, officine maçonnique protestante. Seuls quelques députés provinciaux indépendants arrivent à se faire élire dans les comtés les plus catholiques de la province, où une partie des habitants acceptent de participer aux élections.

En 1964, pour dénoncer les discriminations économiques est créé le mouvement Campaign for Social Justice. Après plusieurs attaques contre les Irlandais inspirées par le Révérend Ian Paisley, la Northern Ireland Civil Rights Association (NICRA) est fondée en 1967 sur le modèle du mouvement d'émancipation des noirs américains ; elle en reprend d'ailleurs l'hymne We Shall Overcome. Le mouvement aconfessionnel, soutenu par toutes les organisations et tendances politiques ne soutenant pas le régime, a pour objectif l'instauration d'une véritable démocratie fondée sur l'égalité des droits civiques, sociaux et économiques dans la Province. Ces manifestations de plus en plus massives vont systématiquement être attaquées physiquement par les organisations paramilitaires « loyalistes », ce qui justifiera l'envoi en 1968 d'un contingent militaire britannique initialement pour garantir la paix civile. Mais la troupe et l'encadrement militaire vont rapidement considérer la population irlandaise, non unioniste, comme suspecte ou en soi hostile ; ils vont collaborer avec les mouvements paramilitaires loyalistes. Des attentats organisés par ces groupes sont même attribués à l'IRA qui n'a à cette époque pas une seule arme en état de marche ou d'explosifs.

L'IRA scissionne en décembre 1969, entre ceux qui (fidèles à la direction marxiste-léniniste du Sinn Féin) veulent privilégier la lutte « politique et économique » et ceux qui face aux exactions croissantes des paramilitaires et de l'armée britannique veulent se réarmer pour protéger la population irlandaise. Sinn Féin scissionne sur les mêmes modalités dans les semaines qui suivent. Le réarmement de l'organisation politico-militaire nationaliste débute alors. Cependant aucune des manifestations de la NICRA ne peut se dérouler en sécurité : le 30 janvier 1972, l'armée britannique tire sur des manifestants pacifiques et fait 14 morts. La fable d'une provocation armée de l'IRA a été depuis longtemps éventée et la justice britannique a reconnu la responsabilité entière et totale de l'armée dans ce massacre. Le gouvernement britannique supprimera les institutions autonomes de la province cette même année. Mais la guerre civile est lancée. Elle fera plus de 3 500 morts. L'IRA va désormais recruter à tour de bras et ses actions militaires vont rattraper celles des mouvements paramilitaires loyalistes. D'un côté comme de l'autre, les cibles ne furent pas seulement policières et militaires et des dérives mafieuses ont été fréquentes. Après que John Major eut fait échouer la plus longue trêve décrétée par l'IRA en 1994 par son refus d'engager des discussions politiques, une nouvelle trêve est décrétée après l'élection de Tony Blair en 1997. Les négociations s'engagent qui conduiront aux « accords du Vendredi Saint », à la démocratie, au partage du pouvoir et au désarmement.

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9 avril 2021 5 09 /04 /avril /2021 08:40

Nous avons eu droit hier soir lors du conseil municipal à un débat sur le vote du budget dans la continuité du précédent conseil, la vulgarité et la violence verbale de la Maire en moins.

Je ne répéterai pas ce que j'ai déjà dit et écrit voici 10 jours, mais il y a quelques enseignements à retenir. La Maire avait annoncé des ruptures avec l'équipe précédente, il y en a … dans la mauvaise direction.

1️⃣ Il n'existe aucun effort particulier pour renforcer et consolider le centre municipal de santé. Il semblerait que la Ville de Bezons et les Bezonnais n'aient pas souffert de la crise sanitaire depuis plus d'un an, donc il n'y a évidemment pas de raison d'en tirer les leçons. Mme Menhaouara compte donc sur la seule initiative privée, j'ai déjà expliqué pourquoi c'était un choix hasardeux et pourquoi la Ville devait s'engager avec détermination sur ce dossier. Notons que Mme Menhaouara n'a même pas jugé bon de répondre à mon interpellation sur ce dossier ; ce n'est pas pas une priorité pour elle.

2️⃣ La Maison des Associations, pourtant inaugurée en février 2020, est abandonnée. Mme Menhaouara – après avoir pendant plusieurs mois cherché une justification pour expliquer qu'elle avait laissé vides des locaux flambant neufs – nous a expliqué que les associations n'en voudraient donc pas et que d'ailleurs il n'y avait pas de pression particulière pour demander des locaux en général !? La vérité est que Mme Menhaouara ne veut pas mettre les moyens nécessaires pour faire fonctionner la Maison des Associations comme nous l'avions prévu. Pour ne pas être en reste, elle y a installé le Service Municipal de la Jeunesse et prétend y construire un « tiers lieu ». Autant dire que si ces services ferment à 17h ou 18h comme Mme Menhaouara nous l'a expliqué, ils ne rencontreront pas leur public ; pour rencontrer leur public, il faudra répondre aux questions d'organisations qu'elle a refusé d'affronter pour faire vivre la Maison des Associations. Elle promet désormais un « village associatif » d'ici deux, trois ou quatre ans, horizon non mesurable, promesse de Gascon, les associations attendront donc, et elles risquent d'attendre très longtemps.

3️⃣ Le Stade des Berges est abandonné. La Ville de Bezons n'aura donc pas le stade, ses tribunes, locaux et sa piste d'athlétisme qui étaient attendus par les sportifs. Comme pour le « village associatif », Mme Menhaouara promet encore qu'il y aura « un jour », on ne sait où, un stade, plus tard, peut-être... les sportifs attendront et devront se contenter d'un nouveau petit terrain de sport qui sera construit à la place de l'ancien salle Louis-Aragon, sous les fenêtres des personnes qui devaient s'installer dans des appartements « vendus » pour avoir vue sur un parc paysager... Au demeurant cela implique que le label éco-quartier du « Cœur de Ville » risque d'être perdu avec des conséquences juridiques et certainement financières non mesurables aujourd'hui.

4️⃣ La nouvelle municipalité se prétend écologiste ? Vérifions donc ce qui découle de ces premières vraies décisions : mise en danger du label éco-quartier du « Cœur de Ville » ; amputation de l'extension du Parc Bettencourt (pour des élus écolos, c'est ballot d'empêcher l'agrandissement d'un espace vert...!?) puisque celui-ci devait s'étendre sur les espaces libérés par salle Aragon et les terrains à proximité immédiate et comprendre des espaces de loisirs pour tous les âges ; le budget pour les espaces verts et l'environnement n'est pas en progression par rapport aux années précédentes dont Mme Menhaouara prétendait se distinguer. Elle a bon dos de rappeler la rénovation du square de la République, alors des aménagements y étaient déjà prévus et qu'une réflexion était nécessaire sur sa relocalisation tant sa proximité avec la Départementale constitue un handicap en soi. À tout prendre, Mme Menhaouara est donc moins écologiste que « l'affreux bétonneur communiste » Dominique Lesparre qu'elle a dénoncé et qu'elle livre à chaque conseil municipal à la vindicte publique.

Ces quatre points en eux-mêmes suffisaient à ce que nous rejetions ce budget municipal, ce que nous avons fait. Après avoir expliqué le lundi 29 mars que l'action menée pour le développement économique était nulle, Mme Menhaouara n'a pas pu contester quand j'ai réaffirmé qu'en réalité ce développement avait été une réussite, un atout incomparable envié à notre commune par toutes les villes voisines et notamment celles de l'agglomération St.-Germain/Boucles-de-Seine (dont elle a voté le budget de droite), la principale recette fiscale de Bezons... tout cela à mettre au crédit de l'équipe précédente qu'elle vomit, tout comme il faut mettre à son crédit la bonne santé financière de la commune tout aussi enviée à l'extérieur ; on verra ce qu'elle en aura quand elle rendra enfin les clefs de la mairie.

Mme Menhaouara fait donc beaucoup de communication, beaucoup de promesses. Personne ne lui reprocherait de vouloir expliquer aux habitants les décisions qu'elle prend et comment elle agit... Mais elle n'agit, elle promet, elle communique, elle annonce « on verra ce qu'on verra » dans plusieurs années ! On se croirait encore en campagne électorale ! En attendant les équipements sortis de terre ou ceux qui étaient programmés par l'ancienne équipe sont abandonnés et les Bezonnais attendront... longtemps...

Mme Menhaouara a une réponse à TOUTES les objections qui lui sont faites : « c'est la faute à Lesparre ! » On pourra dire que c'est le jeu, les successeurs dénoncent toujours leurs prédécesseurs et je prends les paris que nous entendrons pendant les 5 prochaines années « c'est la faute à Lesparrre ! », y compris quand celui-ci ne siègera plus au conseil municipal... C'est vouloir faire oublier que Mme Menhaouara a été sans discontinuer l'adjointe au Maire de Dominique Lesparre de 2008 à 2020 ; elle ose expliquer que pendant 12 ans elle a été tenue à l'écart, que l'inaction sur les délégations qu'elle était censée avoir en charge (il a fallu la remplacer par Philippe Cloteaux sur l'éducation lors de son premier mandat tant elle était inactive ; il a fallu que le Maire prenne les initiatives à sa place sur la sécurité – après que son ami Manuel Valls ait sabordé notre commissariat – tant elle était attentiste) n'était pas de sa responsabilité !? Si j'avais été adjoint au Maire à sa place et confronté à une telle mise à l'écart, j'aurais mis plusieurs alertes puis quitté la majorité municipale et démissionné de mon mandat d'adjoint au Maire. Il faut croire que Mme Menhaouara trouvait donc de l'intérêt à être dans une majorité municipale pendant 12 ans qu'elle dénonce aujourd'hui et à bénéficier pendant 12 ans d'un mandat d'adjointe au Maire. Sans rire, elle nous a expliqué hier soir que cela lui permettait de faire les « commissions de sécurité » et d'acquérir une connaissance aigüe des équipements municipaux... 12 ans, juste pour ça ?!? Je suppose que Monsieur Pierre Bordas sera ravi d'apprendre cela, lui qui l'a remplacé les ¾ du temps sur ces commissions de sécurité.

On aura compris que les promesses n'engagent que ceux qui y croient, ce budget 2021 est un mauvais signal pour notre commune et ses habitants.

Frédéric FARAVEL
conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste
responsable du groupe "Vivons Bezons"

L'extension du Parc Bettencourt, c'est fini...

L'extension du Parc Bettencourt, c'est fini...

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8 avril 2021 4 08 /04 /avril /2021 07:47
Lundi 29 mars, 10 jours à peine avant le conseil municipal qui aura lieu demain sur le vote du budget (!?), nous devions débattre du rapport d'orientation budgétaire... Nous avons découvert un document tronqué, à peine digne d'une propagande électorale, manquant d'une partie des informations obligatoires et modifié 4 heures avant le conseil !?! Ce n'était plus un débat mais un déni de démocratie : j'ai exprimé la colère du groupe municipal "Vivons Bezons" face aux éléments de fond et de forme...
Vous retrouverez le détail du décryptage que j'avais initialement prévu de faire en ligne 👉 https://bit.ly/3cZg9CJ
Par ailleurs, en visitant ce site de référence, vous constaterez que notre commune a été bien gérée en prévision des projets d'investissements que nous voulions porter et mettre en œuvre 👉 https://www.fiscalite-locale.com/
La Maire de Bezons n'a donc aucune excuse et ne peut tirer aucun prétexte de la situation qu'elle trouve pour tenter de se défausser.
Frédéric Faravel
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons
Responsable du groupe municipal "Vivons Bezons"

La vidéo est également disponible sur ma chaîne YouTube 👉  https://youtu.be/UvHTAYuquyM

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6 avril 2021 2 06 /04 /avril /2021 20:37

Lors du conseil municipal du lundi 29 mars 2021, Nessrine Menhaouara présentait ses comités consultatifs incarnant SA vision de la "démocratie participative"... Un long moment édifiant : la Maire assume ses "hyper-pouvoirs" et de décider seule... Je vous laisse regarder les débats.

Frédéric Faravel
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste
Responsable du groupe municipal "Vivons Bezons"

La vidéo est aussi sur ma chaîne YouTube 👉 https://youtu.be/B3KLrivqlnY

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2 avril 2021 5 02 /04 /avril /2021 13:22

Le lundi 29 mars 2021, en début de conseil municipal, ma collègue et amie Florelle Prio interrogeait la majorité municipale sur les critères qui avaient conduit au choix de certaines écoles plutôt que d'autres pour participer aux Clubs Lecture Écriture et Mathématiques avec l'association "Coup de Pouce".

C'était le cœur du dossier qui était soumis à notre vote... Nous avons eu quelques réponses de l'adjointe au Maire, mais la Maire elle-même est intervenue de manière particulièrement irrespectueuse à l'égard de Florelle Prio prétextant que le conseil municipal n'était pas le lieu pour poser de telles questions (!!!?!!!)... Mais où alors ?

J'ai été particulièrement choqué par l'attitude terriblement irrespectueuse, et indigne de sa fonction, de la maire Nessrine Menhaouara à son égard. Il faut que la Maire divers droite de Bezons accepte que l'opposition pose des questions, même celles qui la gêne ! Je suis donc intervenu en fin de séquence pour rappeler la Maire divers droite au respect de Florelle Prio et de l'opposition municipale.

Cette délibération a donné le ton du reste du conseil municipal : agressif et irrespectueux de la part de la "Maire".

Frédéric FARAVEL
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons
Responsable du groupe municipal "Vivons Bezons"

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1 avril 2021 4 01 /04 /avril /2021 17:47
Esther Benbassa, sénatrice EELV de Paris, hier à 23h28 au Sénat pendant sa déclaration méprisante ... et méprisable

Esther Benbassa, sénatrice EELV de Paris, hier à 23h28 au Sénat pendant sa déclaration méprisante ... et méprisable

communiqué de presse du syndicat CGT des collaboratrices et collaborateurs parlementaires

Les collaboratrices et collaborateurs parlementaires ont été particulièrement choqués d'entendre la sénatrice de Paris Esther Benbassa lors de l'examen de l'article 4 bis du dangereux projet de loi visant à « conforter le respect des principes de la République », le mercredi 31 mars 2021 à 23h28, énoncer que : « quand on voit qu’un étudiant agrégé gagne 2000€ en début de carrière alors que les collaborateurs parlementaires au Sénat commencent à un taux beaucoup plus élevé ». La discussion concernait la situation des enseignant·e·s dont les conditions de travail et de rémunération sont effectivement indignes de notre pays.

Nous considérons qu'un rattrapage massif doit être opéré, à rebours des choix malthusiens et néolibéraux que l'éducation nationale et toute la communauté éducative subissent depuis plusieurs quinquennats. C'est l'une des conditions essentielles pour mettre fin à la crise des vocations dans ce métier nécessaire à l'émancipation des élèves et des étudiant·e·s, nécessaire à notre démocratie. Les organisations syndicales, dont la CGT, demandent depuis des années la revalorisation du point d’indice des fonctionnaires et l’augmentation des salaires des agents du service public d’éducation nationale. Venir renforcer ce combat est appréciable, mais pour ce faire il est impropre de caricaturer nos collègues en « nanti de la République ».

Les collaboratrices et les collaborateurs parlementaires sont parfaitement conscient·e·s des écarts de rémunération avec les enseignant.e.s qui débutent leur carrière et nous le regrettons. Mais nous devons rappeler à la sénatrice Benbassa qu'au Sénat 26% des collaboratrices et collaborateurs parlementaires touchent moins de 1950 € nets par mois, ancienneté comprise. Certain·e·s collaborateurs et collaboratrices parlementaires sont encore embauché·e·s pour un temps plein au minimum de la grille soit 2037 € bruts (sans que cela soit forcément justifié par une faible qualification). Les abus des contrats à temps partiels sont fréquents, avec un écart de 1 à 8,26 entre le salaire annuel brut le plus faible et le plus élevé. Nous devons rappeler également l'existence des contrats dérogatoires permettant d’embaucher en dessous du minimum légal de 24h/semaine. La CGT-CP rappelle aux parlementaires-employeurs/employeuses que la contrepartie des conditions de rémunération correspond à un temps de travail effectif largement supérieur à la durée légale, avec des sollicitations les soirs et les week-ends.

Le panorama professionnel des collaboratrices et collaborateurs parlementaires traduit donc en réalité une grande disparité des situations. L’absence de formation au management des parlementaires employeurs et employeuses conduit une grande majorité de nos collègues à être mal considéré·e·s, certain·e·s subissant même du harcèlement professionnel.

À tout cela s'ajoute une insécurité professionnelle inhérente à notre profession, où un·e parlementaire peut décider du jour au lendemain de licencier le collaborateur ou la collaboratrice en prétendant ne plus avoir confiance en lui et utiliser cela comme une forme de chantage à l’emploi. Rappelons enfin qu'on ne fait pas carrière dans notre métier et que la durée moyenne des contrats des collaboratrices et collaborateurs parlementaires est seulement de 3 ans.

La CGT-CP est disponible pour échanger avec la sénatrice Benbassa et ainsi que l’ensemble des parlementaires qui souhaitent améliorer nos conditions de travail et de rémunération et devenir des employeurs et employeuses exemplaires.

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1 avril 2021 4 01 /04 /avril /2021 17:37

Je publie ici ce texte que j'ai rédigé pour la Gauche Républicaine & Socialiste démontrant les dangers du narcissisme macronien face à la pandémie.

Frédéric FARAVEL

beau visuel où l'on voit que le prince président s'aime beaucoup

beau visuel où l'on voit que le prince président s'aime beaucoup

L’intervention du président de la République le soir du mercredi 31 mars 2021 à 20 heures est l’illustration d’un homme prenant ses décisions seul malgré l’échec du pari qu’il avait fait au début de l’année 2021, pari dont on peut se demander si c’était la santé des Français qui en était l’enjeu ou son entrée en campagne présidentielle.

Car il faut bien le constater, c’est bien l’échec des précédentes décisions d’Emmanuel Macron à court, moyen et long termes qui conduit aujourd’hui à généraliser une forme de semi-confinement à tout le pays pour tenter de freiner une troisième vague de l’épidémie que les pouvoirs publics sous la férule de l’Elysée ont laissé filer pour ne pas – aussi longtemps que possible – désavouer la parole macronienne.

Les mesures annoncées hier soir sont prévues pour quatre semaines, mais l’expérience aidant comment les Français pourraient-ils avoir la garantie de cet horizon ?

Alors que l’éducation nationale – après un an de crise sanitaire – n’a toujours pas pu se donner les moyens d’assurer l’enseignement à distance partout et pour tous dans de bonnes conditions, la fermeture des établissements scolaires se traduira évidemment par de nouveaux dégâts chez les élèves et les étudiants. Le gouvernement a nié durant trop de mois que le niveau des contaminations dans les écoles, étant équivalant à celui en population générale, il participait évidemment à la diffusion du COVID ; pourtant jamais les établissements scolaires ne se sont vus dotés des moyens pour appliquer correctement les « protocoles sanitaires renforcés » ; quant aux campagnes de tests salivaires dans ces établissements, elles sont trop peu intenses, trop tardives, et non suivies (une fois un établissement testé on n’y revient plus ?), sans obligation de s’y soumettre pour être efficace. Les victimes de cette légèreté seront d’abord les élèves.

En deuxième, viennent leurs parents car – sauf à considérer que les Français avaient les reins économiques suffisamment solides pour partir en vacances – sans solution pour affronter 4 semaines sans école, le télétravail jouant déjà sans doute au maximum, les salariés risquent de se voir massivement contraint au chômage partiel, avec les dégâts économiques et sociaux qui suivront. Quand les familles ont déjà du mal à s’en sortir avec 100% du salaire, on peut déjà mesurer la détresse qui les guettent avec 80% du salaire. Sans compter les salariés qui perdront leur emploi…

L’intervention d’Emmanuel Macron marque aussi l’échec de la stratégie vaccinale de l’exécutif, sujet qui a été largement éludé hier soir. La seule stratégie de sortie de crise efficace est une campagne de vaccination massive : force est de constater que le gouvernement ne se donne pas les moyens de combler le retard, la pression exercée sur les groupes pharmaceutiques par l’Union européenne et la France étant très faible. Cette faiblesse se double d’un entêtement idéologique à refuser les vaccins russes, cubains, indiens ou chinois.

Enfin, que dire de la promesse de revenir à 10 000 lits de réanimation pour faire face. Alors que les soignants sont épuisés par plus d’un an d’errances diverses du gouvernement face à la crise sanitaire, on se demande si les propos du président de la République ne sont pas une provocation pure et simple ! Depuis un an, le gouvernement et les ARS ont poursuivi une politique de fermeture de lits (y compris en réanimation !). Depuis un an, rien de sérieux n’a été fait pour mobiliser dans la durée les hôpitaux privés aux côtés des hôpitaux publics. Depuis un an, rien de sérieux n’a été fait pour tarir l’hémorragie de personnels soignants qui quittent l’hôpital public démoralisés, découragés et épuisés. Depuis un an, le gouvernement nous explique qu’il ne peut pas former les professionnels compétents nécessaires à l’augmentation des lits de réanimation « en claquant des doigts » ; on en déduit que, dans ces conditions, l’augmentation « en claquant des doigts » du nombre de « lits de réa » se traduira par une dégradation de la prise en charge et de la qualité des soins. Il aurait pourtant été possible en un an de recruter les personnels compétents qui existent dans le pays et de retenir ceux qui continuent de partir en ayant la considération qui convient à leur égard !

Comment enfin considérer qu’avec de tels échecs et de telles annonces notre démocratie ne serait pas atteinte. Depuis un an, le parlement est écarté des décisions, l’exécutif gouverne par ordonnances et par le truchement d’un état d’urgence sanitaire débarrassé de tout contrôle réel des députés et sénateurs. Le Parlement sera convoqué cet après-midi non pour avoir un débat éclairé, données à l’appui, pour discuter des mesures à prendre et dégager les moyens nécessaires, mais pour être sommé de partager, sous une forme de chantage, la responsabilité des décisions de l’oracle élyséens. Comment imaginer également que dans les semaines qui viennent, on puisse envisager dans des conditions sereines et équitables de conduire des campagnes électorales pour les élections départementales et régionales. Renvoyer à une dématérialisation de la campagne, on le sait, n’apporte aucune garantie d’information des citoyens, c’est empêcher tout émergence d’offre politique alternative à celles « grands partis » qui disposent déjà d’une audience sur les réseaux sociaux ou de financements importants, c’est l’assurance de ne récolter qu’une abstention massive qui atteindra la légitimité des futurs élus.

Emmanuel Macron a failli. Emmanuel Macron a depuis un an décidé seul, écartant le Parlement pour lui préférer l’opaque conseil de défense. Emmanuel Macron a joué avec le bien-être des Français comme on joue au loto. Emmanuel Macron est responsable des dégâts qu’il a causé et il devra en assumer les conséquences le jour de rendre des comptes.

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30 mars 2021 2 30 /03 /mars /2021 08:32

Hier soir, en conseil municipal à Bezons, nous devions examiner le rapport d’orientation budgétaire. Mais la Maire s’est permise d’envoyer un nouveau rapport modifié 4 heures avant le conseil municipal ; document nouveau et modifié que les oppositions n’ont de ce fait pas pu examiner et étudier correctement.
D'une manière plus générale, les documents qui nous ont été envoyés par la Maire de Bezons ont été volontairement tronqués pour ne pas donner à l’opposition les éléments nécessaires pour aborder correctement le débat sur les orientations budgétaires : c’est une pratique scandaleuse qui vise à masquer les nombreux mensonges de son équipe et privilégier la communication publique sur l’action au service des Bezonnais et enfin à empêcher l’opposition municipale d’exercer correctement son mandat.

D'autre part, la Maire de Bezons s'est à nouveau illustrée par des comportements agressifs, irrespectueux et à la limite de l'insulte à l'égard de l'opposition municipale, qu'elle avait quelques dizaines de minutes plus tôt exclu de la commission municipale qui aura en charge d'examiner les dossiers d'aménagement économique et commerciaux du territoire. La commune de Bezons ne semble plus vivre sous la loi de la démocratie mais de l'autocratie.

Dans ce contexte je me suis refusé à faire l’intervention prévue que je publie cependant ci-dessous.

Frédéric FARAVEL
conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons
responsable du groupe municipal "Vivons Bezons"

Débat d'orientations budgétaires à Bezons : déni de démocratie

Je me permettrai pour commencer une remarque liminaire, c'est la légèreté qui marque la façon dont vous traitez ce débat d'orientation budgétaire. Personne ne vous reprochera de présenter un rapport d'orientation budgétaire sous une forme plus attractive ou agréable que précédemment, mais ne plus faire un dossier de 30 pages de texte indigestes avec des tableaux compliqués ne justifiaient pas que nous recoltions une sorte de powerpoint de campagne électorale dans lequel il manque des informations essentielles, qui doivent obligatoirement figurer dans un ROB. Qui plus est quand aujourd'hui nous avons reçu à 15h12 un nouveau document remplaçant le précédent le jour même du conseil municipal, moins de 4 heures avant la séance... c'est une façon de ne pas permettre aux oppositions de préparer correctement le conseil, au cas où vous l'auriez oublié nous sommes nombreux autour de la table du conseil à être des salariés dont les journées de travail sont chargées et pas seulement consacrées à la préparation du conseil. Dans tous les cas, il n'est pas licite de de tenir compte du deuxième document que vous avez envoyé, seul celui qui a été envoyé avec la convocation d'origine peut faire l'objet d'un vote ou d'une prise d'acte, seul celui-là pourra donc être envoyé avec les délibérations du conseil en sous préfecture.

Ces considérations posées en introduction, il convient désormais d'aller au fond de votre rapport.

Je voudrai d'abord rappeler que contrairement à ce que vous indiquez dans les pages de « contexte international », ce n'est pas la croissance qui baisse … si la croissance baissait cela voudrait dire que nous sommes encore en croissance économique si faible soit-elle... Non nous sommes entrés en récession en 2020 du fait de la crise sanitaire : c'est l'activité économique qui a baissé de 8,3% en France, pas la croissance.
Par ailleurs, les collectivités ont été dans ce contexte les grandes absentes de la loi de finances pour 2021 comme des trois lois de finances rectificatives qui ont marqué l'année 2020, toutes les associations d’élus locaux (notamment l’AMF et l’ADF) ont ressenti du mépris de la part du Gouvernement face à l’absence de mesures de soutien voire pire. J'avais déjà fait la remarque lors du débat d'orientation budgétaire de juillet 2020 : le premier confinement seul avait entraîné une perte de 7,5 Mds € pour les collectivités qui n'avait été compensé qu'à hauteur de 4 Mds €. Il est curieux que la municipalité ne s'en fasse pas l'échos et ne participe pas en s'exprimant politiquement sur le sujet à la pression nécessaire des représentants des communes, départements et régions sur l'Etat.
Les dotations sont en apparence stables, mais leur montant ne prend pas en compte l’inflation, la hausse démographique. Par ailleurs les augmentations de la Dotation de solidarité urbaine et de la Dotation de solidarité rurale se font à enveloppe constante, donc par écrêtements de la dotation forfaitaire…
En réalité là encore, l'Etat ne fait rien pour soutenir l'effort des collectivités locales ; non seulement la Dotation Globale de Fonctionnement reste stable c'est-à-dire qu'à euros courants, elle baisse, mais en plus pas plus en 2021 qu'en 2020, l'Etat ne tient compte des incertitudes ou plutôt des pertes pour les communes du fait de la situation économique et de l'état dégradé des entreprises, ce qui se fera immanquablement ressentir en matière de recettes.
Autre élément grave d'incertitude : L'ensemble des modifications de la fiscalité locale engagées par les gouvernements Macron, avec aujourd’hui la réduction de la fiscalité économique locale compose un mouvement de recentralisation massive des finances locales, distanciant le lien entre élus locaux et citoyens. Finalement cela aboutit aux mêmes résultats que les réformes d’organisation des collectivités passées, on ne sait plus à qui rendre des comptes ni qui est responsable de quoi => caractère anti-démocratique alors que les élus locaux ont bien la légitimité du suffrage universel !

Ce qui est plus embêtant dans le document que vous nous présentez comme un rapport d'orientations budgétaires c'est qu'il manque des éléments pourtant essentiels qui devraient y figurer. Vous ne communiquez pas les résultats ou même des informations partielles sur 2020, mais uniquement des ratio de 2019... vous transmettez des estimations vagues, mais dont aucune donnée ne permet de les attester. Ainsi les effets de la crise sanitaire sur les finances et les actions communales (j'y reviendrai) ne nous sont pas communiquées, c'est un comble ! Sur quoi voulez-vous donc que nous basions pour considérer un débat sérieux ?
Quelle sera en effet la balance réelle de fonctionnement ? Si vous ne vous donnez pas cette information, comment pouvons-nous comprendre et évaluer vos arbitrages ? Comment comprendre notamment que vous prétendez arriver à 20% de capacité d'autofinancement en 2021 alors qu'elle était de 11,7% en 2019 et que la crise sanitaire est passée sur notre commune comme sur le reste du pays ?
Pour l'investissements, revenons en arrière un peu voulez-vous...
Les dépenses d'investissements entre 2016 et 2018 avaient chuté en suivant en grande partie l'effondrement réel de la dotation globale de fonctionnement. La reprise des investissements dès 2019 à hauteur de 12 M€ a donc été l'effet à la fois de l'augmentation de la DGF, mais surtout de l'effort important de résorption de la dette opérée par l'équipe de Dominique Lesparre et du travail tout aussi important mené en faveur du développement économique et des nouvelles recettes qu'il générait. Les investissements que vous proposez aujourd'hui – j'y reviendrai – sont donc possibles grâce au travail et au sérieux du mandat précédent que vous dénoncez.

Sur les 15,6 millions d'investissements que vous avancez 3,6 M € concernent le remboursement de la dette ce qui ramène l'investissement réel à 12M€, comme en 2019. Pour financer ces 12M€, 9 millions sont financés par un emprunt d'équilibre qui vous est permis parce que l'équipe de Monsieur Lesparre a restauré une forte capacité d'endettement.
Or vous annoncez une baisse de l'encours de la dette de 2,6M€ en 2021. J'imagine qu'à stock constant l'évolution des taux peut permettre de réduire l'encours ; cependant comme vous annoncez tout à la fois que vous allez donc rembourser 3,6M€ de dette et emprunter à nouveau 9M€ pour équilibrer l'investissement, de combien en réalité baissez-vous ou augmentez-vous la dette de la ville.
Vous évoquez le plan de relance uniquement dans le cadre du contexte national. Je suis plus qu'étonné qu'il n'en soit jamais question dans vos orientations budgétaires concrètes quand vous abordez l'action de la Ville... Vous aviez claironné que vous mettriez le paquet pour récupérer des ressources supplémentaires... Mais avez-vous seulement engagé les démarches pour aller chercher des subventions dans le cadre du plan de relance, car cela n'apparaît pas dans le rapport d'orientation budgétaire ? Avez-vous répondu aux AAP ?
Si ce n'est pas le cas, votre Rapport d'orientation budgétaire est là pour faire de la publicité au plan de relance du gouvernement (que pour ma part je juge insuffisant) mais sans que la commune ne se soit donnée les moyens d'en profiter... voilà bien une logique originale en tout cas qui m'échappe.
Il y a plusieurs dispositifs faciles auxquels, auxquels la commune aurait pu souscrire comme les CRTE (en matière d'écologie quand tu nous tiens), subvention pour les numérique dans les écoles, etc. l'avez-vous fait ? Je ne vois rien en termes de pistes ou de sources de recettes potentielles de recettes dans votre rapport.
Si vous n'y avez pas encore pensé, il est presque trop tard car les délais sont pour l'essentiel avant le 31 mars ou le 30 avril. Si c'est prévu, si les dossiers sont en construction, comprenez que nous soyons surpris que cette information ne figure pas dans le ROB.
Je le redis à Nanterre par exemple c'est ainsi 1,7 million d'euros qui ont été récupérés pour la construction de la maison de la santé avec un dossier déposé en novembre ou en décembre dernier... je ne vois rien ici qui correspondent à une prise en compte des appels à projet dans le cadre du plan de relance donc de deux choses l'une, soit vous n'avez pas fait de dossier ou soit vos priorités ne correspondent pas aux attentes du plan de relance : transition écologique, insertion professionnelle des jeunes...
Or vous n'annoncez que 390 000€ de subventions en investissements c'est vraiment très peu et particulièrement étonnant.

Pour les espaces verts, vous affichez 1 million d'euros : C'était la même somme en 2019. Où est donc la priorité à l'environnement que vous revendiquez...? et dans la conclusion vous parlez de "création" mais si j'ai bonne mémoire il s'agit plutôt des "études", ce qui est nécessaire mais qui reporte à beaucoup plus tard la création et une réalité vécue par les habitants...
La ville manque selon vous d'école, de crèche, d'équipements sportifs... mais avec de tels considérations on s'attendrait à retrouver des orientations correspondantes dans les investissements, rien à part des Algeco - ce qui pose la question de savoir quand ils seront mis en service et avec quel engagement de l'éducation nationale d'avoir des enseignants pour y faire classe ; côté sport rien de nouveau sauf des équipements lancés avant votre municipalité (Gilbert Trouvé), rien sur les crèches...
Enfin, sur l'investissement réel 12 millions (3 millions de remboursement du capital de la dette, les intérêts comptant au budget de fonctionnement) soit autant qu'en... 2019.
A la lecture du rapport d’orientation, il est intéressant que les termes « sanitaire » ou « Covid » sont quasiment exclusivement réservés aux contextes nationaux. A la page 11 vous mentionnez que le Covid a entrainé « de nombreuses dépenses supplémentaires » telles que « logistique pour permettre les tests et la vaccination des habitants, heures supplémentaires, aménagements des bâtiments publics ». Or, il n’y a mention de ces coûts nulle part dans ce rapport ! Les surcoûts pour la commune s’élèvent-ils au niveau de la moyenne nationale autour de +1,1% de dépenses de fonctionnement ? N’y a-t-il pas de décisions structurelles en fonctionnement ou en investissement qui puissent mériter d’être prises ? 
Dans les investissements se pourrait être l’aide à l’implantation de médecins notamment par la mise à disposition d’infrastructure médicale ou encore l’accroissement du volume d’espaces verts…
En fonctionnement, on peut penser à des recrutements dans les métiers du lien notamment au CCAS (j'y reviendrais) ou pour renforcer les effectifs municipaux éventuellement un ou deux agents au service informatique pour mettre en place une véritable politique de télétravail en assurant la continuité des services municipaux tout en la préservant les données municipales sensibles et les données personnelles des agents.
Je ne vois aucune trace des dépenses Covid de l’année passée au titre de 2020, ni de l’année prochaine tant pour répondre à l’urgence que pour construire l’avenir. 
C’est à ce moment que je dois vous formuler une proposition que me parait essentielle tant pour les citoyens que les élus d’oppositions voir pour le Gouvernement à terme. 
Vous devez absolument parvenir à circonscrire – à l’instar du cantonnement de la dette covid – les dépenses qui relèvent de la gestion de la crise sanitaire. Il faut les isoler pour les mesurer, pour les évaluer finalement pour les traiter pour ce qu’elles sont : des dépenses de fonctionnement et éventuellement d’investissement. Nous voudrions, enfin nous devrions, pouvoir expliquer aux Bezonnaises et aux Bezonnais les mesures et les coûts des dépenses Covid. Cela pourrait prendre la forme d’une ligne budgétaire intégrée à la nomenclature actuelle ou encore une annexe qui retrace les mesures et les décaissements au fur et à mesure de l’exécution. Je vous livre cette proposition, faites-en bon usage !

Dans le même état d'esprit, je m'étonne qu'alors que notre commune et nos habitants subissent une crise sanitaire et une crise sociale intimement liées, cela n'apparaisse quasiment pas dans vos priorités... Il est vrai que la prise en compte de cette crise sanitaire n'a pas été votre priorité cette année ni au marché, ni pour installer un centre de dépistage ou obtenir un centre de vaccination... alors oui votre powerpoint cite bien l'action sociale et la santé dans les priorités nominales, mais quand on regarde dans les diapositives suivantes, le sujet est évacué en un tiers de page sans beaucoup de précisions et sans montrer quelles sont les évolutions en ce domaine.
Pourtant les dégâts économiques et sociaux de la crise sanitaire plaiderait pour que la prise en compte de la solidarité sociale soit une priorité affichée et affirmée d'une politique municipale dans une commune où de nombreux habitants ont été fragilisés par l'année qui vient de s'écouler. Cela devrait figurer en termes d'orientations sur le renforcement des actions du CCAS notamment. En tout c'est ce qu'aurait fait une municipalité de gauche.
De même, une municipalité de gauche aurait affirmé une orientation de renforcement du centre municipal de santé face à la crise sanitaire. Nous savons tous que le CMS a connu des difficultés ces dernières années, mais grâce à ses agents et à la détermination de Mme Prio pendant le premier confinement il a tenu et fait face. L'amélioration très forte de la santé financière de la commune qui est à mettre au crédit de l'équipe municipale conduite par Dominique Lesparre et vous permet aujourd'hui d'exploiter des marges de manœuvre fortes aurait dû plaider pour que les orientations budgétaires soient marquées d'un effort particulier face à la crise sanitaire avec un plan urgent d'investissement afin d'accroitre les capacités de notre CMS. L'offre de soins proposée aujourd'hui est intéressante mais reste insuffisante, car la majorité des médecins du centre sont là à temps partiel. La crise sanitaire plaidait pour cela, pour avoir dans ce domaine un objectif ambitieux, car Bezons est un désert médical, et pour ma part je ne miserais pas tout sur l'installation de médecins libéraux  qui me paraît à ce stade si ce n'est aléatoire du moins compliquée.

D'autant que les jeunes médecins aspirent à un exercice salarié, il est donc plus facile de recruter un médecin salarié que de trouver un médecin libéral qui s'installe. Enfin les études montrent que plus un CMS est grand, avec une offre de soins importante, plus il est à l'équilibre économique. En effet, que le CMS soit très gros ou petit, les coûts de fonctionnements sur le plan administratifs sont les mêmes (1 directeur; 1 RAF, pas de grande différence sur le secrétariat, etc.). Un plan municipal en 3 ans permette de doubler l'offre de soins, avec en parallèle soit un agrandissement du CMS soit en créer un deuxième (de nombreuses villes proposent des CMS en multi sites), voilà qui serait une véritable orientation municipale.
Dans la continuité, le contrat local de santé (dont j'espère que vous nous transmettrez le rapport d'activité) devrait créer un avenant pour ajouter à ses missions un plan spécifique autour du Covid. Le but du CLS est la coordination entre les acteurs, il faut ici faire un état des lieux de l'impact du Covid sur les bezonnais (impact sanitaire, sociale, mentale), et mettre en place une prise en charge systématisée et coordonnée sur le territoire. Et enfin le CLS devrait également créer une mission de prise en charge des souffrances psychiques chez les jeunes, ainsi qu'une meilleure prise en compte de l'addictologie à tous les âges car on sait bien que les confinements ont fait exploser l'une comme l'autre.
Je ne peux que constater que vous avez choisi d'utiliser les marges de manœuvre héritées de vos prédécesseurs à sens unique, ou en tout cas dans l'optique avant tout de développer la police municipale. Quitte à atteindre 70,5% des dépenses de fonctionnement en personnel municipal, j'aurais pour ma part équilibré les choix pour prendre en compte la réalité sanitaire et sociale de notre commune, c'est ce qu'aurait fait une municipalité de gauche. Cette impasse sera donc votre marque de fabrique tout comme vous n'avez tenu compte de la crise sanitaire qu'au niveau national...
En conclusion, vous héritez d'une commune qui a été extrêmement bien gérée financièrement par vos prédécesseurs et chacun d'entre nous devrait les en remercier, vos actions ne révolutionnent absolument pas en volume global ce qui était engagé déjà par vos prédécesseurs... par contre, oui nous ne plaçons dans le même ordre les priorités, les nôtres sont de gauche, les vôtres ne le sont pas.

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18 mars 2021 4 18 /03 /mars /2021 15:37
commémorations du 150ème anniversaire de la Commune de Paris, sur la butte Montmartre, ce jeudi 18 mars 2021

commémorations du 150ème anniversaire de la Commune de Paris, sur la butte Montmartre, ce jeudi 18 mars 2021

C'est aujourd'hui le 150e anniversaire de la Commune de Paris. J'ai rédigé l'article ci-dessous pour la Gauche Républicaine et Socialiste.

Frédéric FARAVEL
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons
Coordinateur national adjoint des pôles thématiques de la GRS

Le 18 mars 1871, le Gouvernement de « Défense Nationale » ordonne le désarmement de Paris. Partout dans Paris, des troupes s’activent pour retirer l’attirail qui permettait de défendre la capitale, encerclée par les armées prussienne et des princes allemands coalisés. Mais sur la butte de Montmartre, les ouvriers parisiens refusent qu’on leur retire les canons. Les soldats envoyés pour désarmer Montmartre reçoivent l’ordre de tirer sur les ouvriers ; ils refusent, finissent par rejoindre les ouvriers et livrer leurs officiers à la fureur vengeresse de la foule. Ainsi débute l’insurrection de la Commune.

Avec le sens de la formule qu'on lui connaît quand il se fait journaliste ou chroniqueur, Karl Marx écrivit à son propos « La plus grande mesure sociale de la Commune était son existence en actes »… Le retentissement de cet événement révolutionnaire dépasse les âges et les frontières : bien que la Commune n'ait pas grand chose à voir avec l'idéologie du fondateur de l'URSS, l’ambition de Lénine, en octobre 1917, était de durer plus que les 72 jours des Communards ; on dit qu'il se mit à danser de joie dans la neige et sur une des places du Kremlin après qu'un proche lui rappela que le délai espéré était dépassé.

barricade de fédérés parisiens au printemps 1871

barricade de fédérés parisiens au printemps 1871

Ferments et origines de la Commune

Ce sont d'abord les conditions économiques et sociales, qui avec les débuts de la Révolution industrielle accélérée par le Second Empire a fait naître un prolétariat industriel massif à Paris et dans sa proche banlieue. Nous sommes encore loin des grandes usines, Paris, ses rues et coursives entassent les ateliers qui sortent peu à peu de l'artisanat. Les rares lois sociales sur le travail sont truffées de dérogation et de toute façon ne sont pas ou peu appliquées, comme celle qui fixe à 11 heures maximum la journée de travail dans le département de la Seine. La grande pauvreté et une insalubrité effroyable sont la cause de taux de mortalité vertigineux ; la probabilité de mourir avant cinq ans, pour un enfant né dans le département de la Seine avoisine les 40 %. L'exploitation capitaliste est à son comble et la doctrine socialiste commence donc à faire des émules parmi les ouvriers de la Seine.

Mais il y a surtout et d'abord la guerre. Comme en 1793, « la Patrie est en danger » ! La France est envahie, largement occupée et Paris est encerclée. Le Peuple de Paris est porté par une mystique jacobine héritée de la Grande Révolution. Comme de celle déclenchée par Louis XVI en 1792, le Peuple ne voulait pas de cette guerre inutile déclenchée en 1870 par un nouveau caprice du « Prince Président » qui avait renversé la République pour se faire Empereur. Mais maintenant que le danger est là et que l'oppression étrangère est aux portes, le Peuple ouvrier et ses idoles libérées par la proclamation (pleine d'arrières pensées) de la République le 4 septembre – comme Auguste Blanqui – ne peuvent tolérer que le gouvernement de « Défense nationale » ne fasse rien pour libérer le territoire. Il ne s'agit pas d'un nationalisme chauvin, comme Déroulède, Barrès ou Maurras l'incarneront plus tard, ou celui institutionnalisé et mis en scène de la IIIème République en gestation, c’est le patriotisme égalitaire de 1793 et des sans-culottes. La patrie c'est la communauté elle-même, la communauté nationale, la communauté des citoyens, celle qui rend possible d'envisager la construction d'une société d'égalité et de justice, celle qui est la propriété commune de tous et non des seuls artistocrates et grands bourgeois qui se complaisent dans l'Empire ou la Monarchie.

Le déclenchement de la Commune est donc d'abord l'affaire d'un sentiment populaire patriotique puissant ; son instauration est réclamée depuis plusieurs mois par les plus radicaux des Républicains parisiens, comme Jules Vallès, journaliste dont l'audience et celle de son journal Le Cri du Peuple ont cru fantastiquement depuis l'automne 1870… réclamée comme conditions nécessaire pour une levée en masse, pour une défense populaire de la Capitale qui permettra au Peuple de réussir le désencerclement de Paris et le refoulement des armées occupantes.

illustration de la Commune par Jacques Tardi

illustration de la Commune par Jacques Tardi

Le déclenchement de la Commune c'est ensuite l'histoire d'une défiance légitime des Parisiens et de leurs leaders à l'égard du gouvernement de « défense nationale ». La République du 4 septembre, proclamée par surprise et à la va-vite, a des assises très faibles ; les Républicains sont divisés depuis le lendemain même de la proclamation entre ceux qui veulent réellement la Défense nationale, ceux qui recherchent une « paix honorable » et les « radicaux » (qui ne sont pas du gouvernement) qui espèrent que la levée en masse et la libération du territoire précéderont la République sociale. Le Gouvernement de « défense nationale » rassemble Républicains modérés et monarchistes (plus ou moins recyclés comme Adolphe Thiers) ; Léon Gambetta, tenant de la contre-offensive, va rapidement être isolé en son sein, après avoir quitté la capitale en ballon : Républicains modérés et monarchistes s'entendent d'autant plus pour une paix rapide que la levée en masse est nécessaire pour chasser les Prussiens et qu'ils craignent dans la foulée un nouveau Valmy, une renaissance de sans-culottes de l'An II, avec une population en armes qui pourrait alors s'en prendre aux possédants qui abusent sans vergogne. La tiédeur et la résignation devant la défaite se changent bientôt en trahison ; le gouvernement fait tout pour décourager toute tentative sérieuse de désencerclement de la Capitale. Le peuple de Paris se rend bientôt compte qu'on lui ment et qu'on le trahit alors qu'il porte sur lui les principales douleurs de la guerre et du siège. Vallès parle d'une croix pour laquelle d'innombrables "Judas" fournissent le clous enfoncés par de multiples bourreaux ; Blanqui écrit dans son journal La patrie en danger le 15 janvier : « le cœur se serre au soupçon d’un immense mensonge ». Il dénonce « l’abominable comédie » du Gouvernement de Défense Nationale qui refuse de donner au peuple les moyens de chasser les Prussiens. Conscient de son influence sur l’opinion, le Gouvernement de Défense Nationale le fait arrêter et mettre en prison. En tentant de désarmer, le 18 mars, Paris, ce dernier allume l'incendie révolutionnaire.

Si Communistes et Anarchistes se sont emparés – plus que d'autres encore – tout au long du XXème siècle de la mémoire de la Commune, celle-ci n'avait pas grand chose à voir avec le Communisme. L’action et les aspirations de la Commune étaient « toute empreinte de ce sentiment, vaguement socialiste parce qu’humanitaire, mais surtout jacobin », affirmait Gaston da Costa1. Mais la doctrine sociale des Jacobins était trop imprécise pour proposer à ce stade un programme économique cohérent (un des principaux reproches que fit Marx aux Communards). On peut cependant affirmer que la Commune marque une des étapes essentielles du basculement du jacobinisme au socialisme au sens large.

Réalisations et postérité

Si les Républicains ont eu tant de mal avec la Commune, c'est d'abord à cause de la mauvaise conscience et de l'hypocrisie d'une partie d'entre eux quant aux objectifs de la République, dont ils prétendaient faire un régime de conservation de l'ordre social ; c'est pour une autre partie une sorte de complexe d'infériorité ou de syndrome de l'imposteur : pour une part, la Commune aura mis quelques semaines à réaliser ou à initier ce que la IIIème République mettra 30 ans à faire (et encore).

L’école gratuite, laïque et obligatoire pour tous est votée et des écoles sont construites. C’est l’« instruction intégrale » dont parle Edouard Vaillant2, délégué à l’enseignement, et qui était pour lui la « base de l’égalité sociale ». Une part importante de l’action des municipalités devait être consacrée à l’éducation des filles et à l’enseignement professionnel. Une école d’arts appliqués réservée aux filles sera ainsi inaugurée le 13 mai. Dernier aspect, l’augmentation et l’égalisation, le 18 mai, du traitement des instituteurs et des institutrices, la commission constatant que « les exigences de la vie sont nombreuses et impérieuses pour la femme autant que pour l’homme ».

La Séparation des Eglises et de l'Etat est également décrétée.

La Commune a également imposé des mesures d’urgence chargées de soulager la population parisienne : extension du remboursement des dettes sur trois ans, interdiction d’expulser un locataire de son logement, rationnement gratuit…

1Gaston Da Costa, né à Paris le 15 décembre 1850 , mort à Bois-le-Roi le 11 décembre 1909, était un pédagogue, militant de gauche et communard français.

2Edouard Vaillant est une des figures centrales du socialisme français en gestation. Dirigeant après la Commune du Comité Révolutionnaire Central, organisation politique des blanquistes, il sera l'un des acteurs de l'unification progressive du socialisme français qui aboutit à la création de la SFIO en 1905 et à la reprise en main par les socialistes de la CGT en 1909.

illustration de la Commune de Paris par Jacques Tardi

illustration de la Commune de Paris par Jacques Tardi

Par ses avancées concrètes en matière d’organisation du travail, la Commune mérite aussi le nom de révolution sociale. Citons l’interdiction du travail de nuit pour les ouvriers boulangers, la suppression des amendes sur les salaires (décret du 27 avril) et des bureaux de placement, véritables instruments de contrôle social sous le Second Empire. La formule de l’association des travailleurs était considérée comme le principe de base de l’organisation de la production : il ne s’agissait pas de remettre en cause brutalement la propriété privée, mais d’en finir avec l’exploitation ouvrière par la participation collective à l’activité économique. Le décret du 16 avril prévoyait à la fois l’appropriation temporaire des ateliers fermés et la fixation par un jury arbitral des conditions financières d’une cession ultérieure et définitive aux associations ouvrières ; le travail y est limité à 10 heures par jour. Afin que le salaire assure « l’existence et la dignité » du travailleur (décret du 19 mai), les cahiers des charges des entreprises en marché avec la ville devaient indiquer « les prix minimums du travail à la journée ou à la façon » (décret du 13 mai) fixés par une commission où les syndicats seraient représentés. Dans cette logique, le salaire minimum aurait pu ensuite s’imposer à tous les employeurs.

Quant au chantier judiciaire, il réclamait sans doute bien plus de temps que celui dont bénéficia le délégué à la justice, Eugène Protot. Son bilan est pourtant loin d’être négligeable : suppression de la vénalité des offices et gratuité de la justice pour tous, y compris dans l’accomplissement des actes relevant de la compétence des notaires (décret du 16 mai), élection des magistrats au suffrage universel. Concernant les libertés publiques, le langage officiel — « Il importe que tous les conspirateurs et les traîtres soient mis dans l’impossibilité de nuire, il n’importe pas moins d’empêcher tout acte arbitraire ou attentatoire aux libertés individuelles » (14 avril) — contraste avec la réalité moins glorieuse des actes commis sous le couvert de l’« ex-préfecture de police », sans parler de l’exécution des otages entre le 23 et le 26 mai 1871.

Des Jacobins aux Anarchistes, il existait un objectif commun parmi les Communard : l’institution des conditions d’une souveraineté populaire concrète. La Commune privilégiait, comme les sections du Paris révolutionnaire et conventionnel, le mandat impératif : les élus n’étaient pas autonomes de leurs électeurs, mais constamment révocables. C'était la mise en pratique de la conviction que sans contrôle des élus par le peuple, sans implication permanente du peuple dans les affaires politiques, sans politisation permanente de la vie quotidienne, la démocratie deviendrait une coquille vide. Karl Marx y voyait un choix positif, considérant que le suffrage universel sous un régime représentatif ne permettait au peuple que « de décider une fois tous les trois ou six ans quel membre de la classe dirigeante doit « représenter » et fouler aux pieds le peuple au parlement ». La Commune faisait , selon lui, du suffrage universel l'outil du peuple pour « remplacer les maîtres toujours hautains du peuple par des serviteurs toujours révocables ». Le débat resurgit après l'écrasement de l'insurrection et on connaît la réponse du Gambetta qui, rallié à la République modérée, défendit le mandat représentatif après avoir endossé le principe du mandat impératif en 1869. Sans aller jusqu'à la nécessité de la révocation des élus, la caricature de nos institutions et de l'intervention des citoyens devraient aujourd'hui nous inciter à trouver des solutions ambitieuses pour redonner son souffle à la souveraineté populaire.

Dans ce même esprit de concrétisation de la souveraineté populaire, la Commune a encouragé la prise du pouvoir militaire par la population. L’armée de métier a été abolie, les citoyens sont en armes et l'objectif est de créer une « milice nationale qui défend les citoyens contre le pouvoir, au lieu d’une armée qui défend le gouvernement contre les citoyens ». On retrouvera cette même intuition quelques décennies plus tard dans L'Armée nouvelle de Jean Jaurès.

L'effervescence politique a également conduit au questionnement du rôle que la société avait assigné aux femmes : celles de citoyennes passives, par nature inférieures. La Commune a permis aux femmes de s’impliquer dans la vie de la cité au même titre que les hommes. À la tête des clubs populaires et de leurs journaux comme La Sociale d’Andrée Léo, elles ont imposé dans la Commune les mesures sociales les plus avancées. Personne ne peut nier que l'une des leaders populaires les plus marquantes de cette Révolution, l'institutrice libertaire Louise Michel (présente pour défendre les canons de Montmartre le 18 mars), est une des plus fortes et grandes figures féministes de notre pays.

Preuve supplémentaire de l'absence de nationalisme obtus chez les Communards, qui reprennent à leur compte l'universalisme républicain, les étrangers sont associés dans le processus. Nombre d’entre eux ont combattu aux côtés des troupes françaises après la proclamation de la IIIème République, le 4 septembre 1870 : Garibaldi et ses « chemises rouges », mais aussi des Belges, des Polonais, des Russes, etc. A propos de l’élection de l’ouvrier bijoutier Léo Frankel, né en Hongrie, la commission des élections explique : « Considérant que le drapeau de la Commune est celui de la République universelle ; considérant que toute cité a le droit de donner le titre de citoyen aux étrangers qui la servent, (...) la commission est d’avis que les étrangers peuvent être admis ».

Les Communards affirmaient ainsi la vocation internationaliste de leur idéal tout en multipliant par ailleurs les appels à la fraternisation à l’égard des soldats allemands. Alors même que la lutte avec les Versaillais avaient débuté, les Communards ne renoncèrent en rien aux principes de démocratie directe au sein de leur armée, avec une perte catastrophique de coordination, de cohérence et d'efficacité dans leur défense militaire… Voilà bien une « leçon » que les Bolchéviques auront retenus : il suffit de voir sur quelles bases, avec quelle dureté et quelle violence, Léon Trotsky organisa l'Armée Rouge et la guerre contre les « Blancs ». Voilà bien un domaine supplémentaire qui démontre à quel point les Communards différaient du communisme bolchévique qui domina nominalement l'imaginaire de la gauche durant une bonne moitié du XXème siècle.

allégorie de la répression sanglante et criminelle de la Commune par les Versaillais (dessin de Jacques Tardi)

allégorie de la répression sanglante et criminelle de la Commune par les Versaillais (dessin de Jacques Tardi)

Les Versaillais vont incarner une autre internationale, celle des possédants. Le gouvernement Thiers a signé l'armistice et ratifié le traité qui sanctionne la capitulation française, comme l'avait craint les Blanqui et Vallès. Faux républicains et vrais Bourgeois s'entendent parfaitement avec le pouvoir du nouvel Empire allemand pour tuer dans l'œuf au plus vite cette révolution sociale parisienne qui pourrait faire tâche d'huile avec ses acteurs mêlant héritiers des jacobins français et représentant anarchistes et marxistes de la Première internationale (AIT1). La levée en masse de troupes venue des quatre coins de la France a bien été réalisée finalement mais elle sera utilisée pour marcher contre Paris. Avec la complicité de l’armée prussienne, les Versaillais pénètrent dans la capitale le 21 mai et massacrent méthodiquement les insurgés, mal organisés, mal préparés, mal informés par leurs journaux, tétanisés par la cruauté des premiers combats. La « Semaine Sanglante » du 21 au 28 mai 1871 se conclura par la mort et l'exécution de quelques 17 000 Communards (dont Charles Delescluzes, Eugène Varlin, Louis Rossel…) ; c'est un véritable massacre, bien plus sanglant que les victimes mises sur le compte de la Terreur révolutionnaire de 1792-1794 pour toute la France ! Près de 5 000 prisonniers politiques seront déportés – « la guillotine sèche » – en Nouvelle-Calédonie comme Louise Michel ; un nombre comparable ne devra la vie qu'à l'exil (tels Jules Vallès, les frères géographes et libertaires Elie et Elisée Reclus ou encore Gustave Courbet à qui la République réclamera les sommes pour relever la colonne Vendôme, ce symbole abject de l'oppression bonapartiste…) en Belgique, en Suisse, en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis. Peu d'entre eux reviendront après l'amnistie de 1880 comme Benoît Malon (fondateur de la Revue Socialiste, enterré au Mur des fédérés et dont l'éloge funèbre fut prononcée par Jean Jaurès), Jules Vallès ou Jules Guesde (rentré en France en 1876, il est le fondateur du Parti Ouvrier français, organisation marxiste qui sera l'une des composantes, après bien des péripéties, de la SFIO en 1905).

* * * * *

« Le cadavre est à terre mais l’idée est debout » : ces mots de Victor Hugo reviennent régulièrement sous les plumes célébrant l’héritage de la Commune de Paris. Mais Hugo, tout en transition vers le socialisme qu'il était, ne fut pas exempt d'ambigüités ; ainsi écrivait-il dans Le Rappel, en avril 1871 : « Je suis pour la Commune en principe, et contre la Commune dans l’application. » Une phrase qu'aurait pu prononcer quelques Républicains ralliés au compromis comme Gambetta ou plus tard les Radicaux des années 1880-1900 pour justifier leur mauvaise conscience et leur mauvaise foi vis-à-vis de l'évènement. Hugo lui au moins condamna avec la dernière énergie les massacres commis par la répression. Mais d'une certaine manière, l’enjeu présent est là, loin des momifications mémorielles et parfois dévoyées qui ont souvent accompagné les célébrations et les récupérations de la Commune. Il ne faut pas, il ne faut plus s’en tenir à des principes, souvent formulés aujourd’hui sous la forme de droits – droit au logement, droit au travail, égalité femmes-hommes, liberté de conscience – ou parfois restés évanescents – la souveraineté populaire et la liberté d'informer plus fortes que la propriété privée et capitaliste – ; non il est urgent de passer à leur mise en application.

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13 mars 2021 6 13 /03 /mars /2021 09:19

Il n'y a pas qu'à Bezons que l'opposition de gauche se trouve maltraitée.

Pierre Font, maire LR de Sartrouville et président de la communauté d'agglomération Saint-Germain/Boucle-de-Seine, use de pratiques déloyales pour s'assurer qu'il n'entendra pas de voix discordantes. Avec le groupe de gauche du conseil communautaire, nous dénonçons les pratiques douteuses de la majorité de droite dont est complice par ailleurs la maire de Bezons Nesrine Menhaouara et sa majorité divers droite.

Pour mieux expliquer que ne le fait l'article du Courrier des Yvelines (que vous trouverez ci-dessous), alors qu'initialement le conseil d'agglomération avait été annoncé à 20h (et que le couvre-feu était déjà en vigueur), le président de l'agglomération Pierre Fond a justifié sans rire une convocation à 17h pour ... "tenir compte du couvre-feu à 18h" !?! vaste blague car évidemment cet horaire ne permettait ni aux élus, ni au public (justification invoquée uniquement en réponse aux journalistes et non à l'intention des élus - car il n'y a jamais de public lors des conseils communautaires, en pratique) d'être rentrés avant 18h... d'ailleurs les services communautaires ont indiqué que les élus recevraient une attestation leur permettant de circuler après le couvre-feu.

D'autre part, du fait des mesures relatives à l'état d'urgence sanitaire, les ordonnances autorisent les assemblées locales a se réunir sans la présence du public : c'est ce qui se fait à Bezons au demeurant depuis plusieurs mois. On notera que la maire de Bezons s'est bien gardée de le faire remarquer à M. Fond dont elle est la vice-présidente et complice. L'obligation de tenir le conseil communautaire en présence du public et donc une toute petite heure avant le couvre-feu ne tient donc pas - et un système de diffusion en direct sur le site internet de l'agglomération aurait en plus garanti la publicité des débats.

Une fois écartée la mauvaise foi évidente de Pierre Fond, il ne reste qu'une explication rationnelle : Pierre Fond ne supporte pas la présence d'une opposition communautaire, dont la présidente Isabelle Amaglio  lui cause déjà quelques soucis en démontant les incohérences de sa gestion municipale à Sartrouville. A titre de rappel, nous avons déposé un recours au tribunal administratif contre le règlement intérieur du conseil d'agglomération au regard d'une méconnaissance évidente des droits de l'opposition... une procédure comparable à celle engagée contre le règlement intérieur du conseil municipal de Bezons.

Je vous invite à visiter le site internet du groupe de gauche de l'agglomération : https://casgbs-aces.fr/ mais aussi sa page facebook : https://www.facebook.com/casgbsaces et son compte twitter : https://twitter.com/casgbsaces.

Frédéric FARAVEL
conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons

article extrait du Courrier des Yvelines

article extrait du Courrier des Yvelines

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