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Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

9 juillet 2020 4 09 /07 /juillet /2020 08:10

J'ai rédigé pour la Gauche Républicaine & Socialiste un décryptage rapide de la feuille de route irresponsable que le Prince Président a donné à son nouveau gouvernement. J'ajouterai par ailleurs que je ne vois pas dans quel calendrier parlementaire cette volonté de passage en force pourrait s'insérer, sauf à de nouveau violer tous les cadres.

Frédéric Faravel

Soldes d'été sur les retraites

Si le gouvernement fraîchement nommé ne pourra pas faire sa déclaration de politique générale devant le Parlement avant les 15 et 16 juillet pour cause de caprice présidentiel autour du 14 juillet, qu’importe ! Nous connaissons déjà les grandes lignes de ce que prononcera la poupée du ventriloque élyséen. La feuille de route fixée par le Président de la République marque le retour de la réforme des retraites. « Il n’y aura pas d’abandon » a-t-il précisé dans la presse régionale. Le premier ministre s’exécutant a affirmé vouloir régler ce dossier à court terme.

Cette réforme avait pourtant été suspendue parce qu’elle n’apparaissait plus prioritaire, parce qu’elle divisait en réalité gravement le pays, alors que le Président de la République prétendait désirer la concorde nationale face à La crise pandémique. Ces appels à l’unité nationale se fracassent sur la reprise de ce projet, repoussé par une large majorité de nos concitoyens.

Le premier ministre prétend rouvrir le dialogue mais en réalité, sur commande, Il souffle sur les braises de la division. Et de quel dialogue s’agirait-il ? Tous les syndicats de salariés, et le MEDEF lui-même, sont opposés à La relance de cette réforme irresponsable et injuste. On voit cependant bel et bien où le locataire de Matignon souhaite les emmener. Il cherche à faire renaître la division syndicale en « séparant » les supposés « réformistes » des prétendus « contestataires » : il tentera de vendre le maintien de la retraite par points prétendant évacuer les questions paramétriques qui fâchent les cédétistes (âge pivot, durée de cotisation). Pour Macron il s’agit de cranter une victoire idéologique : ce dogme libéral selon lequel, travailler plus durant sa vie comme durant la semaine, c’est la seule voie pour l’équilibre financier. Pour rappel, si leur supposé système universel avait été mis en place, les retraites auraient baissé de 10 à 15% pendant la crise sanitaire.

C’est un marché de dupe car l’exécutif panique devant les conséquences financières de la crise économique sur toute la sécurité sociale. Céder sur la retraite par points ne nous protégera pas du retour prochain des mesures paramétriques des libéraux et des conservateurs s’ils restent au pouvoir. C’était d’ailleurs l’essentiel de l’argument du Premier ministre devant le sénat lors des questions d’actualité au gouvernement ce mercredi 8 juillet : on notera que comme son prédécesseur il s’intéresse avant tout à trouver des expédients austéritaires pour parer au plus pressé.

Les sommes considérables dégagées pour venir en aide aux entreprises montrent que ces richesses sont là, et peuvent satisfaire l’intérêt général. La fuite en avant de l’exécutif concernant le financement de la sécurité sociale n’en est que plus criante : les budgets rectificatifs de crise votés ou en cours d’examen font porter à la sécurité sociale l’essentiel de l’effort réel sans que l’État ne respecte plus son obligation de compensation financière. De même il refuse depuis le début de la crise (avec le soutien de LR ici) un budget rectificatif de la sécurité sociale car il aurait au moins l’avantage de démontrer à quel Point le gouvernement creuse artificiellement les déficits des différentes branches de la sécu.

Le conte pour enfants du supposé « Gaullisme social » de Jean Castex ne tient pas une seconde quand on le voit au service de la déferlante libérale portée par M. Macron. Cette déferlante pourrait bien créer une explosion supplémentaire dont notre société ne peut se payer le luxe : en cela – alors que le débat public avait largement démontrer qu’en termes de principes, de financements et de calendrier des alternatives multiples existaient face au projet présidentiel – l’entêtement de l’exécutif est véritablement irresponsable.

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6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 08:29

Vous trouverez ici mon intervention lors du conseil municipal d’installation le samedi 4 juillet 2020 un peu après 12h30. Ce conseil municipal a été particulièrement pénible, non parce qu'il matérialisait notre défaite électorale pour seulement 106 voix d'écart (ce qui en soi est bien cruel mais qu'il faut accepter sans rien renier de ce que l'on défend), mais parce que la nouvelle majorité institutionnelle de ce conseil municipal a démontré tout au long de la séance son impréparation et son incompétence, indigne d'une équipe aspirant à diriger une collectivité, indigne d'une équipe qui compte en son sein des adjoints au maire qui ont siégé avec ce mandat parfois 12 ans. Cela rappelle à quel point ils ont été fantomatiques pendant les mandats 2008-2014 et 2014-2020, ne prenant aucune initiative et n'assumant aucune des responsabilités qui leur avaient été confiées. La soif du pouvoir seule les anime. Je vous avoue être très inquiet pour l'avenir de Bezons si la Ville devait rester réellement pendant 6 ans entre leurs mains. Nous serons là avec les élus de gauche, avec l'opposition pour défendre les Bezonnais.e.s contre les actes de cette majorité opportuniste, sans aucune conviction puisqu'elle mélange des élus prétendant avoir l'étiquette PS et EELV, avec d'autres issus d'une liste au premier tour mêlant LREM à la droite dure. C'est donc une majorité de droite qui siège à Bezons et je sais que ce n'était pas là la volonté des Bezonnais.e.s.

Frédéric Faravel
conseiller municipal Gauche Républicaine & Socialiste de Bezons
Liste "Avec Dominique Lesparre, Vivons Bezons"

« J’ai souhaité intervenir sur la Charte de l’élu local. J’y lis effectivement quelques mots significatifs comme impartialité, dignité, probité et intégrité, ou encore la poursuite du seul intérêt général. Nul n’est parfait bien sûr, mais je pense qu’avec un tout petit peu d’efforts mes camarades et moi-même devrions pouvoir nous y conformer. Je crains – aux vues de ce qui s’est passé pendant la campagne, le jour du second tour, et après – que ce ne soit pas si évident pour tous dans la salle.

Avec les conditions de l’installation de ce matin que vous avez imposées au forceps, vous avez voulu nous faire vivre aujourd’hui comme une sorte de couronnement, un début de règne. N’oubliez pas cependant que nous sommes dans une République une et indivisible. La presse a révélé pendant la campagne combien ce concept vous était étranger.

J’appelle tous les élus ici présents à faire preuve d’humilité – et ce conseil vous est adressé en premier lieu : avec 34,5% de participation, nous avons malheureusement comme partout en France été tous mal élus. Nous nous efforcerons à notre niveau de travailler à réduire cette dépression civique.

L’humilité devrait s’imposer d’autant plus à vous Mme Menhaouara : grâce à ce mode de scrutin, vous êtes sur les bancs de la majorité et nous sommes l’opposition. N’oubliez jamais que l’opposition – dont les projets ne pouvaient s’accorder (nous n’avons pas par exemple la même conception que M. Roullier de la justice sociale que vous avez oubliée dans votre discours) car nous avons plus de convictions et de scrupules que vous n’en aurez jamais – les bancs de l’opposition donc représentent deux fois plus de suffrages exprimés que vous n’en avez recueillis. À notre place, nous défendrons tous les Bezonnais car je sais que vous n’êtes pas là pour servir.

Ceci étant dit, nous prenons acte avec plaisir de cette Charte de l’élu local ! »

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2 juillet 2020 4 02 /07 /juillet /2020 15:40

J'ai rédigé pour la Gauche Républicaine et Socialiste cette analyse des élections municipales. Je la publie également ici.

Bonne lecture,
Frédéric Faravel

Municipales 2020 (en France) : au-delà de plusieurs symboles réjouissants, les défis restent immenses

Au soir du second tour des élections municipales, et le lendemain encore, nombreux sont ceux à gauche qui crient victoire. Il n'est pas question de leur reprocher, il est légitime que des candidats et des militants se réjouissent de leurs résultats après une campagne qui n'a ressemblé à aucune autre. Les militants de la Gauche Républicaine & Socialiste se réjouissent tout autant lorsqu'ils ont participé à la victoire des forces de gauche là où elle a eu lieu. Nous tentons de consoler aussi d'autres camarades, amis et sympathisants qui ont connu la défaite, parfois attendue, toujours amère et souvent injuste.

Une fois dit ou écrit cela, il faut cependant prendre garde à ne pas tomber dans le triomphalisme en tirant des conclusions erronnées du scrutin qui vient de s'achever. Rien ne serait pire pour la gauche de répéter la même erreur interprétative que celle de mars 2001, où dans un accès de cécité volontaire, la conquête de Paris et de Lyon avait permis de masquer des résultats plus mauvais que ce que la presse et les partis avaient alors présenté. Le fait qu'un certain nombre de grandes villes basculent vers des listes rassemblant la gauche et les écologistes (Lyon, Bordeaux, Tours, Montpellier, Nancy, Annecy, Corbeille-Essonnes, Périgueux, Bourges, etc.), que certaines d'entre elles soient conservées par ce type de liste ou des rassemblements plus classiques (Grenoble, Lille) ou qu'ils évitent des basculements vers LREM (Strasbourg) [le cas de Marseille est plus complexe en attente d'un troisième tour] – c'est une excellente nouvelle – ne doit pas nous faire oublier qu'en réalité le ratio droite/gauche n'a pas réellement bougé : en 2014 il ne restait plus que 84 villes de plus de 30 000 habitants à gauche ; en 2020, elles sont 86, le bilan des gains et des pertes par la gauche et les écologistes est donc mitigé et il le reste si l'on regarder toutes les strates de population (sauf pour les villes de plus de 100 000 habitants). Le rejet du parti présidentiel semble cependant acté un peu partout – sauf exception – ce qui n'empêchera pas l'exécutif de continuer, après ce désaveu, à user sans vergogne de tous les moyens institutionnels dont il dispose

Le premier enseignement de ce scrutin, avant toute autre chose, c'est l'effondrement de la participation, alors que les élections municipales étaient réputées pour être plus fréquentées que les autres il n'y a pas si longtemps...

La crise pandémique, qui semble désormais relativement maîtrisée dans notre pays, n'explique pas pour l'essentiel cette chute brutale. Si elle a pu nous paraître expliquer l'abstention massive du premier tour (avec des appels publics dès la fin de la matinée du 15 mars à ne pas aller voter ou réclamant l'annulation du scrutin), le maintien d'une abstention aussi massive au second tour nous raconte une autre histoire, dans laquelle une large partie du peuple français a décidé de décrocher des élections. Alors qu'on pouvait imaginer que nos concitoyens – à défaut de considérer que les élections nationales avaient une influence réelle sur les choix gouvernementaux et l'évolution concrète de leurs vies – croyaient encore à l'efficacité du vote pour orienter des politiques publiques locales, il nous faut constater que ce n'est plus le cas pour une grande majorité d'entre eux. Les discours qui insistent sur le fait que les électeurs manqueraient de responsabilité sont un peu courts ; il faut faire droit à une idée désormais très répandue dans les catégories populaires selon laquelle la politique ne peut plus changer leur vie.

On aboutit donc du fait de cette abstention massive à une contradiction qui n'est qu'apparente : plus un territoire souffre de la mondialisation libérale plus il vote à droite ; plus un territoire semble s'y être bien inséré, plus il vote écologiste ou à gauche. Il faut mesurer ce que peut signifier une partie du vote écologiste dans les « métropoles » : c'est le retour d'un électorat qui avait voté Macron et LREM au printemps 2017 qui revient à un vote de centre gauche, où l'écologie se substitue peu à peu à la social-démocratie comme idéologie des catégories socio-professionnelles supérieures qui se pensent « progressistes ». Le risque de voir s'estomper encore la question sociale s'aggrave donc, les dirigeants des partis appartenant peu ou prou tous à ce milieu social et adhérant à la culture dominante des centre-villes métropolitains. D'une certaine manière, la France est en train d'achever le parcours qui conduit à l'américanisation de sa vie politique. L'abstention massive rejoint ce que l'on connaît depuis plusieurs décennies aux États-Unis et qui est une victoire de la pensée libérale : les structures collectives sont démonétisées et le business devient l'organisateur du corps social plus que la décision publique. C'est là un des résultats navrant des échecs de la gauche qui se prétend « de gouvernement » et qui a progressivement convaincu les citoyens qu'elle ne peut ou ne veut pas changer le monde. L'impuissance (volontaire) de la gauche face au Capital a provoqué la grève ou la dépression civique.

Nous avons donc franchi un cap qui marque une nouvelle étape de la crise démocratique, révélant encore avec force une fracture sociale et territoriale :

  • En effet, la forte abstention de dimanche (et du 15 mars) risque d'alimenter une rupture au sein même de nos villes qui pourrait créer des dégâts importants et à long terme sur l'acceptation même des politiques publiques locales. Si nous nous se réjouissons de l'adoption de programmes locaux mêlant officiellement solidarité et transformation écologique, leur mise en œuvre sera-t-elle aisée alors que dans certains cas ce sont plus de 70% des habitants qui ont boudé les urnes ? La remarque est d'ailleurs valable pour les communes qui ont choisi ou reconduit une majorité de droite ;

  • Cette abstention peut également renforcer des logiques clientélistes, puisque certaines forces politiques ont choisi de ne pas lutter contre la désertion des urnes. Il s'agit pour elles désormais de mobiliser sur un faible nombre d'électeurs leurs sympathisants et de faire ce qu'il faut pour être devant. Il n'est plus question ici de mobiliser les citoyens et de les convaincre de la pertinence de votre projet. On sait ce que cette logique comporte comme risques de corruption, de clientélisme, de communautarisme et parfois d'achat de voix ;

  • Cela marque également une fracture au sein du pays : qui peut croire que le pays bascule vers une gauche écologique, aux contours parfois indéfinissables, uniquement parce que les grandes villes et en leur sein les centre villes ont choisi dimanche majoritairement ce camp ? Très souvent en milieu rural, périurbain ou dans les quartiers populaires, les habitants sont restés indifférents aux propositions politiques qui leur étaient ainsi soumises, par la gauche comme par la droite. Les écologistes percent essentiellement dans les grandes métropoles. À l'inverse, on voit que la plupart des villes moyennes restent aux mains des maires sortants LR et divers droite (et certaines ont basculé cette année). Notre pays est donc de plus en plus clivé, avec des métropoles qui s'autonomisent, qui font sécession d'une certaine façon, et de l'autre des périphéries qui votent pour des forces plus « rétrogrades ». Ce rapport centre-périphérie est visible jusqu'au sein des métropoles.

Il conviendrait donc de ne pas tirer de conclusions hâtives du scrutin municipal. Les victoires médiatiques – aussi réjouissantes soient-elles – dans les grandes villes masquent des clivages nationaux profonds. Cette élection municipale était fortement désynchronisée du contexte national en raison de l'absence de logique d'alternance. Enfin une élection à 30% de participation et une élection à 80% de participation n'ont rien à voir. Les classes populaires n'ont pas voté. Lorsqu'elles se déplaceront à la présidentielle, elles pourraient faire entendre une toute autre musique.

On peut retenir que la gauche réussit mieux lorsqu'elle est unie et cohérente, que son projet a été travaillé et n'est pas qu'un bricolage de dernière minute. Le travail est encore largement devant nous. Et le défi d'engager une dynamique politique qui permette de convaincre l'ensemble des Français de l'utilité de la Démocratie et en son sein de la gauche républicaine et écologique reste entier. Nous devons être vigilants et éviter que (pour reprendre le concept d'américanisation de la vie politique française) la gauche française souffre du même aveuglement que les Démocrates américains qui tombèrent de haut face à Donald Trump.

Quoi qu'en dise les différents partenaires, les égos sont aiguisés dans la perspective de la course à la désignation d'un candidat pour élire un monarque présidentiel. Nous nous attacherons, nous, à retisser le lien abîmé avec nos concitoyens, là où nous pouvons le faire, que nous participions à des majorité ou à des oppositions municipales. Nous n'aurons également de cesse de plaider pour le rassemblement et un travail de fond pour un programme de transformation. Tout reste à faire.

il est impossible de faire mentir les chiffres : les rapports de force issus des élections municipales de 2020 sont sensiblement les mêmes que ceux d'il y a 6 ans, plus mauvais score de la gauche depuis 1971... sauf pour les communes de plus de 100.000 habitants...il est impossible de faire mentir les chiffres : les rapports de force issus des élections municipales de 2020 sont sensiblement les mêmes que ceux d'il y a 6 ans, plus mauvais score de la gauche depuis 1971... sauf pour les communes de plus de 100.000 habitants...il est impossible de faire mentir les chiffres : les rapports de force issus des élections municipales de 2020 sont sensiblement les mêmes que ceux d'il y a 6 ans, plus mauvais score de la gauche depuis 1971... sauf pour les communes de plus de 100.000 habitants...

il est impossible de faire mentir les chiffres : les rapports de force issus des élections municipales de 2020 sont sensiblement les mêmes que ceux d'il y a 6 ans, plus mauvais score de la gauche depuis 1971... sauf pour les communes de plus de 100.000 habitants...

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26 juin 2020 5 26 /06 /juin /2020 07:22

Dans le débat actuel et parfaitement légitime qui se développe sur le rapport des sociétés européennes et de leurs institutions au racisme et à ses causes profondes, j'ai été amené à rédiger cette note pour la Gauche Républicaine & Socialiste (et j'en éprouve une certaine fierté, que d'aucuns pourront trouver mal placée ... mais tant pis).

La République française a une approche particulière qui découle des choix initiaux qu'elle fit à sa création et sa re-création. Cela ne veut pas dire qu'elle ait été parfaite, qu'elle n'ai jamais commis de fautes - l'histoire prouve d'ailleurs le contraire -, mais que les fautes qu'elle a commises le furent quand elle s'est éloignée de ses propres principes.

Bonne lecture.

Frédéric Faravel 

Contre l'esclavage, le racisme, les discriminations : la République et son idéal !

Prolongeant la dynamique du mouvement d'indignation qui a saisi toutes les sociétés occidentales après le meurtre raciste de George Floyd aux États-Unis d'Amérique commis par un policier blanc de Minneapolis, le débat public et les manifestations s'étendent aujourd'hui plus largement à la question de la mémoire, de l'esclavage et des logiques structurelles qui nourrissent toujours dans notre société le racisme et les discriminations.

Une partie du débat et des happenings se cristallisent aujourd'hui sur les statues de personnalités d'époques diverses, que certains souhaitent déboulonner comme représentations symboliques d'une oppression raciste passée. Sans parler du cas particulier des États-Unis et de la mémoire de la Guerre Civile qui seule permit l'abolition de l'esclavage, la statue d'un commerçant esclavagiste britannique a été jetée dans la rivière à Bristol ; elle avait été érigée plusieurs siècles plus tôt pour le remercier d'avoir apporté la prospérité à la ville grâce au détestable « commerce triangulaire », la symbolique était ici particulièrement puissante.

Mémoires de France

En France aussi, les happenings militants se développent et le débat bat son plein. Si cela peut donner lieu à des caricatures, disons le la question n'est pas en soi illégitime. Il ne doit plus, heureusement, rester en France de statue, de rue ou d'avenue Pétain et plus aucun républicain ne lui rend hommage, le chef du régime défaitiste et collaborationniste qui trahit la France ayant effacé le « vainqueur de Verdun » (et sur cette dernière image d'Épinal, il y aurait beaucoup à dire). Pour s'émouvoir de la raréfaction des rues Adolphe-Thiers ou reprocher encore à Gustave Courbet d'avoir fait abattre la colonne Vendôme, il faut être un adorateur particulièrement zélé des « Versaillais ». Que notre pays évolue et choisisse au cours de son histoire et de l'évolution de sa société d'honorer telle ou telle figure est dans l'ordre des choses, mais nous sommes en démocratie et cela doit se faire lors d'un débat serein.

Si d'aucuns ont choisi de s'en prendre à la statue de Colbert devant l'Assemblée nationale ou exigent que l'on rebaptise la salle Colbert dans le Palais Bourbon car il aurait promulgué le « code noir », rappelons qu'il a promulgué une bonne partie des codes de l'époque, qu'il n'en est pas l'initiateur en tout cas pas plus que Louis XIV qui pourrait bien être visé par la même colère. Personne ne semble retenir que les fresques de la Salle des Conférences du Sénat racontent dans ce grand palais républicain une histoire de France quasi exclusivement monarchique et catholique, ce qui est pour le moins cocasse. De même personne ne songe sérieusement à réduire en cendres le Sacré Cœur, alors qu'il a été construit pour célébrer le massacre de la Commune de Paris et prévenir le peuple de la Capitale qu'il serait toujours surveillé par l'Église et l'Armée. Quand a contrario un buste du Général De Gaulle est vandalisé à Lille sous le prétexte de racisme ou que la statue de Jacques Cœur subit le même sort à Bourges (on peut s'interroger sur une opération de provocation volontaire en pleine campagne des élections municipales) en l'accusant de colonialisme, nous faisons face à de l'inculture et à une méconnaissance affligeante de notre histoire qu'il faudra réparer.

Évidemment, la France a une longue histoire, dans les siècles qui se sont écoulés on trouve le pire et le meilleur. Il faut savoir vivre avec et savoir la regarder sereinement et démocratiquement ; que les promoteurs de l'esclavage ou des militaires connus pour avoir perpétré des massacres de populations civiles dans l'hexagone ou en Outre Mer soient progressivement écartés ou que leurs méfaits soient rappelés ne devraient pas nous effrayer. Mais il est important qu'alors que nos commémorations symboliques peuvent évoluer nous ne jetions un voile sur tout ou partie de notre histoire : les régimes, gouvernements, monarques, ministres, généraux, etc. qui ont fait la France doivent être présentés aussi avec leurs zones d'ombre ; l'histoire de l'Outre Mer où vivent plusieurs millions de nos concitoyens mériterait elle aussi d'être valorisée, enseignée aussi bien dans la Creuse qu'à Fort-de-France.

La République face à l'histoire

L'esclavage – en quelques époques ou lieux que ce soit – ne peut apparaître à un républicain et un humaniste sincère que comme une abjection morale. Il laisse des traces profondément dans les sociétés qu'il a blessées et parfois plusieurs générations après. Quiconque veut bien être un peu observateur constatera que c'est encore le cas à bien des égards en Martinique, Guadeloupe ou à la Réunion, où la stratification économique et sociale ou même certains comportements portent encore l'héritage de l'esclavage. Clemenceau, journaliste pour Le Temps, s'était rendu aux États-Unis d'Amérique après la victoire de l'Union sur la confédération, il avait vu l'horreur des conséquences de l'esclavage même après son abolition, il en était revenu profondément anticolonialiste.

Révolte et indépendance d'Haïti

Révolte et indépendance d'Haïti

Or l'un des premiers actes de notre pays en devenant République fut de rompre symboliquement avec cette pratique abominable. La République française s'est constituée en abolissant l'esclavage, une première fois en 1794, et l'un des premiers actes du gouvernement provisoire qui établit la Deuxième République en 1848 c'est à nouveau l'abolition de l'esclavage et la création pour la première fois en droit positif dans le monde occidental de la notion de crime contre l'humanité, puisque le citoyen français qui continuerait à posséder et/ou à acheter des esclaves serait déchu de sa nationalité française. Qui se souvient de cela ? Qui se souvient que la proclamation devant la face du monde de l'aspiration à l'égalité par la Nation française avait bien dès le départ cette portée universelle puisqu'elle s'adresse à tous les êtres humains quelle que soit leur couleur de peau ? C'est dire combien les attaques récentes contre la mémoire de Victor Schoelcher, père de l'abolition, sont absurdes. Cela ne doit par contre pas effacer une réalité historique et politique qui est trop peu enseignée, voire pas du tout : l'abolition n'est pas un cadeau accordé dans un élan de pure générosité humaniste ; si l'abolition put être décidée (avec le compromis qu'on trouverait aujourd'hui aberrant sur l'indemnisation des propriétaires) c'est aussi la conséquence des nombreuses révoltes d'esclaves à la Martinique et à la Guadeloupe, notamment, et de la lutte réussie pour l'indépendance d'Haïti. L'abolition répondait donc aussi à un rapport de force et des intérêts bien compris. L'ensemble de cette histoire, plus complexe que l'image d'Épinal qu'en fit plus tard la IIIème République, mériterait d'être rappelée et enseignée.

Si l'idéal républicain est donc bien universaliste et égalitaire, la République n'est pas acquise une bonne fois pour toute. Napoléon Bonaparte au moment d'établir le Consulat – qui était déjà une forme d'abolition de la République – rétablit l'esclavage en Guadeloupe avec une répression féroce (la Martinique occupée par les Britanniques ne connut jamais cette première abolition) et tenta de reconquérir Haïti pour y rétablir l'esclavage. La motivation profondément raciste de ce personnage pourtant illustre de l'histoire de France ne fait pas de doute. Ainsi lorsque nous enseignons l'Histoire du Consulat et de l'Empire, notre récit national devrait sans doute célébrer l'instigateur du code civil, mais peut-être brosser aussi le portrait moins flatteur du dirigeant raciste d'un régime très autoritaire et intrusif, qui mit souvent pour de mauvaises raisons l'Europe à feu et à sang (revers de la médaille de la gloire militaire temporaire qu'on lui attribue). La République fut également progressivement subjuguée par un autre Bonaparte ; les missi dominici de Napoléon le Petit imposèrent ainsi un régime particulièrement oppressif pour les Antillais et Réunionnais que la Deuxième République venait de libérer de l'esclavage. Ce régime se perpétua d'ailleurs au-delà de la chute du Second Empire, il ne tomba réellement qu'avec départementalisation de 1946 et l'action publique ne cesse depuis de corriger petit à petit les séquelles de cette histoire.

Ce tableau mettant en scène la lecture publique aux Antilles du décret abolissant l'esclavage est typique de cette image d'Epinal sur la "générosité" de la Métropole alors que la réalité pratique avant et après fut toute autre... ce hiatus avait été parfaitement "recontextualisé" dans une exposition magnifique du Musée d'Orsay voici quelques mois sur "Le modèle noir de Géricault à Matisse"

Ce tableau mettant en scène la lecture publique aux Antilles du décret abolissant l'esclavage est typique de cette image d'Epinal sur la "générosité" de la Métropole alors que la réalité pratique avant et après fut toute autre... ce hiatus avait été parfaitement "recontextualisé" dans une exposition magnifique du Musée d'Orsay voici quelques mois sur "Le modèle noir de Géricault à Matisse"

Si l'idéal républicain est bien universaliste et égalitaire, les gouvernements de la République et ceux qui les dirigent ne sont pas parfaits et peuvent même avoir commis des fautes. On peut établir que l'esclavage et la colonisation naissent de concert. Pour soutenir l'idée de l'esclavage, il faut évidemment soutenir l'idée d'une inégalité entre les Hommes, l'existence de races inférieures et supérieures. Les premières colonies antillaises et africaines sont ainsi totalement liées à l'histoire de l'esclavage. La poursuite de la colonisation après l'abolition symbolique de l'esclavage est héritière de cette idée que les peuples colonisés seraient de ces « races inférieures » et l'Européen, le Français, serait donc légitime à les dominer. La colonisation porte ainsi un message radicalement opposé à celui de la République. Comment plaider la cohérence d'une France républicaine qui puisse prétendre diriger des territoires et des populations auxquelles elle refuse les bénéfices des droits qu'elle proclame pour toute l'humanité ? En Algérie, seule véritable colonie de peuplement française (considérée comme partie intégrante du territoire national dès les années 1880), le code de l'indigénat impliquait des peines spéciales décidées par l'administration coloniale pour les Algériens, qui bien que Français ne bénéficiaient pas pleinement de la citoyenneté. Il n'est pas possible d'arguer après coup que c'était une autre époque et qu'il serait inapproprié de mesurer la fin du XIXème siècle et le début du XXème siècle avec les lunettes de 2020 : les débats politiques et parlementaires sur la pertinence de l'aventure coloniale, tant du point de vue philosophique que pratique, furent particulièrement vifs. On l'a dit, des Républicains radicaux comme Clemenceau étaient profondément anticolonialistes, mais certains nationalistes ou monarchistes voyaient également dans la colonisation une diversion par rapport à la « nécessaire » préparation de la revanche sur l'Allemagne, quand l'inventeur de l'école républicaine obligatoire, gratuite, publique et laïque – Jules Ferry – fut un colonialiste convaincu. Jean Jaurès qui commença sa carrière politique à l'ombre de ce dernier devint ensuite tout à la fois socialiste et anticolonialiste, mais il faut dire que la vigueur anticolonialiste concrète de la SFIO s'effaça rapidement après son assassinat. Charles De Gaulle, envoyé dans les années 1930 en mission au Liban, rédigea lui-même une note indiquant que de tels régimes supposant que des peuples soient ainsi mis sous tutelle étaient déjà anachroniques et qu'il était dans le sens de l'histoire qu'ils prennent leur indépendance. De quoi éclairer sous un jour particulier l'action qu'il mena quelques trente années plus tard (après avoir compté sur « l'empire » comme base arrière de la France Libre), qui est elle-même percluse de multiples contradictions.

La Guerre d'Algérie... une guerre civile des deux côtés de la Méditerranée

La Guerre d'Algérie... une guerre civile des deux côtés de la Méditerranée

L'universalisme républicain en acte

La République et son idéal font ainsi souvent les frais des rapports de force politiques, quand ce n'est pas plus prosaïquement et banalement la conséquence de « petits jeux politiciens ». La République est un combat ; on ne peut tenir notre devise Liberté – Égalité – Fraternité pour acquise du simple fait qu'elle serait énoncée. Comme socialistes, nous connaissons bien les logiques inégalitaires à l'œuvre en économie capitaliste qui ne plient ou reculent que sous l'effet du rapport de force politique et social que l'on construit (ou pas). Pourquoi serait-ce différent pour les inégalités et discriminations fondées sur l'origine, la couleur ou la religion supposée ? Pourquoi serait-ce différent quand les Libéraux et le monde capitaliste instrumentalisent également les enjeux d'identité pour réduire la personne à l'individu, pour diminuer d'autant la capacité des travailleurs à s'organiser collectivement en les dressant les uns contre les autres en fonction de leurs origines ? Pourquoi serait-ce différent quand les discriminations liées à l'origine croisent les inégalités économiques et sociales ?

D'ailleurs en d'autres points du globe, ce type de processus a été parfaitement utilisé, y compris à des fins économiques, entre des populations différentes que ne séparaient pas la couleur de peau : l'opposition au sein de la classe ouvrière d'Irlande du Nord entre Unionistes et Nationalistes (Protestants et Catholiques) grâce à l'encouragement du sectarisme est un modèle du genre.

Raison de plus pour ne pas se laisser piéger par des concepts ambigus ou même pervers. Ainsi la notion de « privilège blanc » (expression popularisée par une écrivaine de talent et à succès mais dont on peut s'interroger sur son sens des réalités) peut évidemment être comprise, dans une certaine mesure, s'il s'agit de désigner cette situation où, par le fait d'être blancs, certains d'entre nous ont accès facilement à un logement, un emploi, à un certain nombre de choses sans même nous en rendre compte. Mais cette notion, même si on peut en comprendre l'intention (chez certaines personnes de bonne foi), est viciée à la base car le concept de « privilège » renvoie à quelque chose qu'il faudrait en principe abolir. Or, le souci aujourd'hui n'est pas de savoir si les « blancs » doivent avoir accès facilement à un logement, etc. ou s'il faudrait leur retirer cette capacité, alors même qu'elle n'est pas l'apanage de tous les « blancs ». Cette façon de penser est même quelque part une manière de réinvestir le principe de « hiérarchie des races », entre les « blancs » qui auraient (forcément) une vie merveilleuse et « les autres ». La question c'est de se demander pourquoi d'autres n'ont pas accès, pourquoi nous tolérons encore que dans les faits de telles discriminations perdurent concrètement ; la question est de se demander – lorsqu'on a constaté qu’il y a des gens, en raison de leur couleur, de leur religion, de leur sexe, de leur orientation sexuelle, de leur handicap, pour lesquels l’exercice des droits humains est soit tronqué, soit inexistant – comment il faut agir pour faire reculer puis mettre fin concrètement à cette rupture d'égalité. Car à nouveau ce que l'universalisme républicain nous rappelle c'est bien l'unité de l'humanité, l'égalité entre tous les Hommes, en cela il n'est en rien un concept évanescent et surplombant comme le prétendent certains militants différentialistes ou intersectionnalistes. L'universel ne relève pas d'une sorte de dogme surplombant, d'un ensemble de principes qu'on accepte tels quels. L'universel c'est une aspiration qui est toujours en construction, qui est traversée d'une réflexion sur les façons de faire progresser ces aspirations universelles. L'universalisme républicain devient concret lorsqu'il existe une volonté politique pour le mettre en œuvre.

Ainsi, après la démonstration que nous venons de faire, si l'expression de racisme d'État nous semble impropre dans la République française, le débat sur la définition de « racisme structurel » peut être entendu mais doit faire l'objet de beaucoup de précautions. Le Défenseur des Droits vient de pointer une politique systématique dans un arrondissement de Paris d'arrestations de personnes de couleur ; il considère ici qu'il ne s'agit plus de l'acte d'un individu mais d'une structure, il a également pointé le fait que ses interpellations sur les dysfonctionnements de l'institution n'avaient pas reçu de réponses depuis 5 ans. Soyons clairs, il existe en France une politique ou une stratégie particulière qui a des effets de « racisme institutionnel », c'est celle qui préside aux contrôles d'identité. C'est un cas particulièrement choquant : toutes les études montrent que lorsque vous êtes jeunes, noirs ou d'origine maghrébine, vous avez 10 à 20 fois plus de « chances » d'être contrôlés : cela signifie que 3 ou 4 fois par jour au bas mot une personne issue de ces catégories peut-être contrôlée, ce qui explique aisément un sentiment de ras-le-bol, de révolte et parfois les propos et les actes qui vont avec (avec les conséquences que l'on peut imaginer). Cette pratique s'apparente donc à une peine administrative appliquée à une catégorie de la population qui doit justifier plus que d'autres de son appartenance à la Nation, du fait de son apparence … et cela devant ses amis, devant ses proches, devant les collègues de travail qui eux ne seront pas contrôlés, et le fait que cela se passe également parfois sans témoin n'en diminue pas l'ineptie. Les justifications prétextées pour cette pratique discriminante sont de deux ordres : l'immigration irrégulière et le trafic de stupéfiant... Notre police est affectée pour une trop grande part au contrôle et à la répression du commerce et de la consommation d'une drogue qui est aujourd'hui légale au Canada et dans de nombreux États européens et des USA : la marijuana. Ces policiers doivent être affectés à des tâches autrement plus importantes pour l'ordre public, notre sécurité et la concorde civile. Avec cette réforme, l'essentiel des contrôles d'identité et leur justification tendancieuse disparaîtraient. La fin de cette stratégie de fait des contrôles d'identité discriminatoires auraient également pour conséquence de participer à la modification de l'état d'esprit d'une partie des forces de police, à qui la hiérarchie impose de fait une façon de penser qui s'éloigne des principes républicains.

campagne publique contre le contrôle au faciès

campagne publique contre le contrôle au faciès

Notons aussi que le choix des hommes compte sur ce chemin semé d'embûches. Dans la suspicion qui existe entre une partie de la population et les forces de l'ordre, le problème ne vient pas directement des policiers, mais de la stratégie qu'on leur demande d'appliquer. Les hommes comptent dans ces matières : M. Papon était dans les années 1960 Préfet de police de Paris ; sous son autorité ont eu lieu le Massacre de Charonne (8 février 1962, 9 morts et 250 blessés) et celui des manifestants pro-FLN du 17 octobre 1961 (pas moins de 200 morts). Le Préfet Grimaud qui lui a succédé avait une toute autre politique en matière de maintien de l'ordre, il est évident que de nombreux manifestants de Mai-68 doivent la vie à ce changement de préfet. À un moment, il y a la responsabilité des chefs qui donnent des consignes et des stratégies, et les policiers ne sont souvent que des agents qui doivent obéir aux ordres qui leur ont été donnés (tant qu'ils ne sont pas illégaux). Rappelons le courrier adressé à ses troupes par le Préfet Grimaud le 29 mai 1968 : « Frapper un manifestant tombé à terre, c'est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. Il est encore plus grave de frapper des manifestants après arrestation et lorsqu'ils sont conduits dans des locaux de police pour y être interrogés. Je sais que ce que je dis là sera mal interprété par certains, mais je sais que j'ai raison et qu'au fond de vous-mêmes vous le reconnaissez. » La hiérarchie, l'administration républicaine et ses cadres se doivent en tout temps et toute circonstance d'impulser un discours, des consignes et des stratégies conformes à l'idéal républicain, si l'on veut que l'ensemble des représentant de l'État en toute matière (et pas seulement en ce qui concerne la sécurité et le maintien de l'ordre) agisse selon les principes républicains.

L'éducation est aussi un terrain à réinvestir. Nous avons insisté plus haut sur l'enseignement de l'histoire, sur un récit national qui prenne mieux en compte la diversité du peuple français, qui tienne compte avec raison des faces sombres et lumineuses de notre pays. Faire face à notre histoire avec réalisme est la meilleure manière de renforcer l'unité de la communauté nationale. Il faudra donc revoir notre enseignement de l'esclavage et de la colonisation, l'enseignement des l'histoire de l'Outre Mer et des pays qui ont été si fortement liés, pour le pire mais parfois aussi le meilleur, au nôtre avant de prendre leurs indépendances. Le fait que l'immigration algérienne se soit poursuivie – dans des proportions importantes – après 1962 montre également que la France était capable de dépasser la guerre civile qu'elle avait subi et fait subir des deux côtés de la Méditerranée. Il ne faut pas non plus oublier les conditions souvent indécentes dans lesquelles beaucoup de travailleurs maghrébins puis leurs familles furent reçus, ou plutôt parqués. Une histoire de l'immigration doit donc être intégrée au récit national, en ayant à l'esprit que le fait que celle-ci depuis les années 1960 provienne très majoritairement de pays dont les populations ont été dominées par la France modifie quelque peu la manière dont nous pouvons atteindre les objectifs républicains d'assimilation et d'intégration que nous avons appliqués aux immigrations précédentes. Au demeurant nous récusons l'idée parfois avancée (au comptoir du café du commerce) que si les Italiens, Polonais, Yiddish, Espagnols ou Portugais ont subi un forme de « bizutage », il serait tolérable que les immigrations maghrébines et subsahariennes le subissent aussi.

Enfin, la crise sanitaire que nous venons de subir a de nouveau démontré les discriminations de tout ordre dont font l'objet des habitants de certaines parties de notre territoire. La Seine-Saint-Denis a enregistré ainsi un niveau de contamination, de décès et de verbalisation (cf. notre paragraphe sur le contrôle au faciès) plus important que la moyenne nationale. On sait parfaitement que ce département compte aujourd'hui de très nombreux habitants d'origine méditerranéenne, subsaharienne et chinoise. Les statistiques ethniques réclamées par certains – en prenant le risque de figer les identités – n'apporteraient rien de nouveau et d'utile à l'action publique. La sous dotation médicale ou en services publics de ce territoire est ancienne et n'est pas liée à la nature de son peuplement actuel mais l'a précédé. Le déficit d'égalité de la Seine-Saint-Denis s'est donc creusé au fil des décennies ; il a commencé à le faire selon une logique que nous qualifierons de « méfiance » à l'égard de « classes laborieuses » considérées comme des « classes dangereuses ». L'installation des familles de travailleurs immigrés à la sortie des bidonvilles dans lesquels ils étaient cantonnés parfois jusque dans les années 1970 n'a fait que renforcer cette discrimination territoriale, dans un territoire frappé dès le début des années 1980 par une violente désindustrialisation. Ici encore l'inégalité économique et sociale rejoint la problématique des discriminations « ethniques » et celle de la ségrégation géographique. Le retour à une « Politique de la Ville » digne de ce nom (elle a fini d'être mise en lambeau sous le quinquennat de François Hollande), parallèle à un renforcement massif des services publics et des politiques de droit commun pour ramener ces territoires à l'égalité républicaine, ou un renforcement des contrôles et des sanctions pénales en matière de discrimination à l'embauche et dans l'emploi, est une urgence absolue.

* * *

La République est un combat. La réalisation de la promesse de l'universalisme républicain est un combat. Elles ne peuvent se satisfaire de notre immobilisme ; pour faire un peu de provocation, détournons dans cette conclusion le fameux slogan maoïste : « La République est comme une bicyclette : quand elle n'avance pas, elle tombe ! »

La République est née en rejetant radicalement l'esclavage et le racisme, en proclamant l'égalité humaine à toute l'humanité. Notre pays n'a pas besoin d'accommodements, de négociations, de tractations, de privilèges : il a besoin d'égalité et de République. Plus que jamais ! La concrétisation de notre idéal ne va pas de soi et dépend des actions que nous aurons la volonté et le courage de mettre en œuvre : au travail !

Jérôme Rodrigues, une des voix des Gilets Jaunes, exfiltré d'une manifestation après avoir été gravement blessé par un tir de LBD

Jérôme Rodrigues, une des voix des Gilets Jaunes, exfiltré d'une manifestation après avoir été gravement blessé par un tir de LBD

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19 juin 2020 5 19 /06 /juin /2020 10:45

NOUS SOMMES SOCIALISTES et nous aimons Bezons. Nous nous sommes engagés pour notre ville. Dès la campagne du 1er tour des élections municipales, nous avons fait le choix de soutenir Dominique Lesparre. Sa liste est arrivée en tête. Nous sommes plus que jamais convaincus que ce choix est le bon !
Depuis, les autres listes ont commis des tractations lamentables. Nous vous avions prévenus dès décembre qu'il n'y avait rien à attendre de Mme Nessrine Menhaouara ; elle vient à nouveau de le démontrer.
Motivée par ses seules ambitions personnelles, elle a fusionné avec la liste soutenue par le parti de Macron et une partie de la droite. Cette élue sortante qui a soutenu tous les projets municipaux qu'elle dénonce a ainsi vendu ses « convictions » pour tenter d'accéder au pouvoir. Elle n'a pas d'autres motivations et ce sont les Bezonnais.e.s qui en feront les frais.

Pour Bezons nous voulons :
 Une ville de gauche qui porte toujours haut ses valeurs de solidarité : cantine gratuite pour tous, plus de moyens pour le centre d’action sociale, maison des Femmes, moyens aux associations renforcés ;
 Une ville qui continue à se moderniser, où on pourra faire ses courses, se divertir, s’épanouir, faire du sport, boire un verre ou aller au restaurant entre amis ;
 Une ville qui donne sa place à chacun : logement pour tous, privé et social, de qualité, nouvelles crèches, écoles rénovées ;
 Une ville qui rayonne, attirant de nouvelles entreprises, de nouveaux emplois dont pourront bénéficier tous les Bezonnais ;
 Une ville qui poursuit sa transition écologique, avec de nouveaux espaces verts et un parc Bettencourt rénové, de nouvelles pistes cyclables, des bâtiments neufs aux dernières normes écologiques.

LE 28 JUIN 2020, PAS D'HÉSITATION, PAS DE DISPERSION, POUR UNE VILLE SOLIDAIRE, DYNAMIQUE & PLUS VERTE,

VOTONS « AVEC DOMINIQUE LESPARRE, VIVONS BEZONS »

Pierre BORDAS, conseiller municipal et ancien adjoint au maire ; Philippe NGWETTE, ancien adjoint au maire et ancien secrétaire de la section PS de Bezons ; Martin LOLO, adjoint au maire ; Philippe CLOTEAUX, ancien adjoint au maire ; Marie-Christine PASQUET-GRELET, ancienne conseillère municipale ; Farid BERKANE, ancien adjoint au maire ; François MOTAY, ancien conseiller municipal ; Martine COURBEZ, ancienne conseillère municipale ; Patrick BREUNEVAL, ancien conseiller municipal et ancien secrétaire de la section PS de Bezons ; Idriss BROUKSY, ancien conseiller municipal ; Marie-Lucile FAYE, ancienne conseillère municipale ; Luabeya MUTAMBAYGaétan GUIBERT et Yves GRELET, militants socialistes ; Frédéric FARAVEL, ancien membre du conseil national du PS et coordonnateur national adjoint des pôles thématiques de la Gauche Républicaine & Socialiste...

téléchargez le tracts des socialistes de Bezons pour soutenir la liste de Dominique Lesparre

tract des socialistes pour soutenir la liste "Avec Dominique Lesparre, vivons Bezons !" (juin 2020)
tract des socialistes pour soutenir la liste "Avec Dominique Lesparre, vivons Bezons !" (juin 2020)

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11 juin 2020 4 11 /06 /juin /2020 16:17
Dans 17 jours, nous voterons pour les élus qui auront la tâche de nos représenter pendant 6 ans au Conseil municipal. C'est un enjeu important. Vous pouvez encore apporter votre soutien et votre enthousiasme, pour participer à la dynamique autour de la liste Avec Dominique Lesparre, Vivons Bezons, en cliquant en dessous : vous voulez une ville de gauche qui soit toujours solidaire, qui ne trahisse pas ses valeurs, qui ne sombre pas dans les magouilles, qui ne se transforme pas en cauchemar macronien ? Rejoignez nous !
Rejoignez Vivons #Bezons ! #Municipales2020
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11 juin 2020 4 11 /06 /juin /2020 08:53

Je publie ci-dessous le texte élaboré par la Gauche Républicaine & Socialiste face à la saine prise de conscience globale sur les violences policières et les actes racistes. Je veux cependant apporter mon analyse en introduction à ce texte, intéressant car il permet d'élargir la réflexion au-delà des seuls cas américains et français, pour montrer l'universalité des questions qui sont posées à nous et mettre ainsi à mal les aveuglements volontaires de certains de nos responsables.

Ainsi la mobilisation consécutive à l’assassinat de George Floyd à Minneapolis est nécessaire et salutaire. Elle couvre aujourd’hui toutes les démocraties occidentales et européennes et c’est heureux. Rien ne serait pire cependant qu’elle soit conduite par certains (volontairement) dans une impasse, où l’on n’entendrait plus que le dialogue de sourds entre certains syndicats de policiers – qui ne voudraient jamais remettre en cause des pratiques dévoyées au prétexte qu’attaquer les pommes pourries dans l’institution reviendrait à abattre l’institution elle-même – et certains groupuscules différentialistes – qui profitent de la défaillance de l’institution à reconnaître ses torts et à changer ses pratiques pour imposer dans une partie du public une idéologie raciste issue des dérives mal digérées une minorité de la gauche radicale américaine et mette en cause la République...

La République seule est la réponse : les principes édictés en France dès 1794 (abolition de l'esclavage attachée à la construction même de la République) et 1848 (nouvelle abolition de l'esclavage et définition de celui-ci pour la première fois en Europe et en Amérique comme étant un crime contre l'Humanité) en sont la preuve. Le fait qu’ils aient été trahis à de multiples reprises (soit parce que la République avait été mise à bas, par le consulat de Bonaparte en 1798, par le coup d'Etat de son neveu en 1851 pour établir le Second Empire ; soit parce que les gouvernements républicains eux-mêmes se fourvoyaient, avec la colonisation et les guerres de décolonisation notamment) ne les rendent pas moins pertinents. Les gouvernements et les Hommes politiques sont faillibles, c’est donc de la responsabilité des forces républicaines – a fortiori à gauche – d’assurer la mobilisation permanente pour garantir que les actes de l’institution soient fidèles aux principes républicains. Il est de notre responsabilité de tout faire pour que la Liberté, l’Égalité et la Fraternité soient des réalités concrètes et vécues par chacun de nos concitoyens : la tâche est immense car dans tous les domaines – économiques, sociaux, lutte contre les discriminations, accès à la culture et à l’éducation, égalité femmes-hommes – nous sommes loin du compte ! Des décennies de dérives libérales ont conduit à des dégâts immenses dans la vie quotidienne de nos concitoyens, ont aggravé tous les processus de rupture d’égalité, ont donné du grain à moudre à tous ceux qui haïssent la République (qui est la seule manière dont je conçois la France)...

Sur la question des seules violences policières, après avoir contribué fortement à leur aggravation, l’actuel gouvernement semble avoir pris conscience de la déchirure voire du gouffre qui s’ouvrait devant tous les représentants de la puissance publique ; mais il est resté au milieu du gué (sans doute terrifié de devoir affronter quelques intérêts pour consolider et rénover l’institution policière, car les représentants de ces intérêts sont souvent le dernier rempart physique de ce gouvernement dont l’assise politique a toujours été faible et se réduit chaque jour) et devra proposer plus que quelques belles paroles.

Ainsi, si l'expression de racisme d'Etat est donc impropre en France, le débat sur la définition de "racisme structurel" peut être entendu mais doit faire l'objet de beaucoup de précautions. Le Défenseur des Droits vient de pointer une politique systématique dans un arrondissement de Paris d'arrestations de personnes de couleur ; il considère ici qu'il ne s'agit plus de l'acte d'un individu mais d'une structure, il a également pointé le fait que ses interpellations sur les dysfonctionnements de l'institution n'avaient pas reçu de réponses depuis 5 ans. Soyons clairs, il existe en France une politique ou une stratégie particulière qui a des effets de « racisme institutionnel », c'est celle qui préside aux contrôles d'identité. C'est un cas particulièrement choquant : toutes les études montrent que lorsque vous êtes jeunes, noirs ou d'origine maghrébine, vous avez 10 à 20 fois plus de « chances » d'être contrôlés : cela signifie que 3 ou 4 fois par jour au bas mot une personne de ces catégories peut-être contrôlée, ce qui explique aisément un sentiment de ras-le-bol, de révolte et parfois les propos et les actes qui vont avec (avec les conséquences que l'on peut imaginer). Dans un article, Patrick Weil avait comparé cette situation au code de l'indigénat, qui impliquait des peines spéciales décidées par l'administration coloniale pour les Algériens, qui bien que Français ne bénéficiaient pas pleinement de la citoyenneté du temps de l'Algérie coloniale. Cette pratique s'apparente donc à une peine administrative appliquée à une catégorie de la population qui doit justifier plus que d'autres de son appartenance à la Nation, du fait de son apparence … et cela devant ses amis, devant ses proches, devant les collègues de travail qui eux ne seront pas contrôlés, et le fait que cela se passe également parfois sans témoin n'en diminue pas l'ineptie. Les justifications prétextées pour cette pratique discriminante sont de deux ordres : l'immigration irrégulière et le trafic de stupéfiant... Notre police est affectée pour une trop grande part au contrôle et à la répression du commerce et de la consommation d'une drogue qui est aujourd'hui légale au Canada et dans de nombreux Etats européens et des USA : la marijuana. Ces policiers doivent être affectés à des tâches autrement plus importantes pour l'ordre public, notre sécurité et la concorde civile. Avec cette réforme, l'essentiel des contrôles d'identité et leur justification tendancieuse disparaîtrait. Les fonctionnaires de polices et de gendarmerie ont par ailleurs des moyens matériels et logistiques qui leur manquent cruellement pour faire leur métier correctement ; ils ont besoin d'effectifs suffisants et d'une autre répartition de ceux-ci (car si une certaine gauche dénonce la création de plusieurs milliers de postes de policiers ces derniers elle fait fausse route, le problème n'est pas leur création mais là où ils sont affectés, et pour quelles missions).

La crainte d'une partie du public à l'égard de la police s'est également accrue avec la modification des méthodes de maintien de l'ordre depuis plusieurs années, alors qu'auparavant elle était considérée comme un modèle en Europe et aux Etats-Unis. Les nassages, les grenades explosives, les LBD, la stratégie de pression sur les manifestants conduisent aux débordements qu'ils sont censés éviter. Ce problème ici ne vient pas directement des policiers, mais de la stratégie qu'on leur demande d'appliquer. Les hommes comptent dans ces matières : M. Papon était dans les années 1960 Préfet de police de Paris ; sous son autorité ont eu lieu le Massacre de Charonne et celui des manifestants pro-FLN du 17 octobre 1961. Le Préfet Grimaud qui lui a succédé avait une toute autre politique en matière de maintien de l'ordre, il est évident que de nombreux manifestants de Mai-68 doivent la vie à ce changement de préfet. À un moment, il y a la responsabilité des chefs qui donnent des consignes et des stratégies, et les policiers ne sont souvent que des agents qui doivent obéir aux ordres qui leur ont été donnés (tant qu'ils ne sont pas illégaux). Un gouvernement couvre-t-il la violence policière ? Celle-ci doit se gérer par le Juge ; il est donc sans doute souhaitable que l'inspection de ces services ne soit plus dépendante de l'institution policière elle-même, mais d'une administration indépendante comme le Défenseur des Droits. L'indépendance de l'évaluation policière est un sujet sérieux, d'autant plus qu'il faut également protéger les policiers, qui ont un métier extrêmement difficile, que peu de gens ont envie de faire, qui nécessite tout à la fois maîtrise de soi, connaissance de la loi et possibilité d'user de la violence légitime pour protéger la société... Cette évaluation n'en est pas moins nécessaire mais il faut faire confiance aux institutions judiciaires pour résoudre les actes individuels. Il y a quelques jours le media StreetPress révèle voici quelques jours l'existence d'un groupe facebook privé de quelques 8 000 policiers ou gendarmes radicalement raciste, c'est absolument énorme ; mais pourquoi faut-il que ce soit un organe de presse qui révèle cela ? Les services de renseignements et d'information du ministère de l'intérieur ne les avaient donc pas repérés ? Ils lutteraient contre le radicalisme de tout ordre, mais où sont-ils pour démanteler des groupes radicaux comme celui-là ?

C’est donc à une véritable révolution citoyenne que nous devons soumettre à long terme nos politiques publiques. C’est aussi un effort constant tant culturel que politique que nous devrons conduire pour garantir que l’extrême droite soit combattue dans la police et la gendarmerie, pour que nous puissions compter sans faille sur nos Gardiens de la Paix, pour que les communautaristes et les différentialistes ne puissent plus jamais se planquer derrière une quelconque proximité avec une partie de la gauche et soient politiquement combattus comme les racistes de droite et d’extrême-droite dont ils partagent finalement la vision de la société.

Frédéric FARAVEL

Face à la violence et au racisme, redonner force à la République

Le meurtre de Georges Floyd par quatre policiers de Minneapolis (Minnesota) est la dernière goutte de sang faisant rompre des digues dans les opinions publiques occidentales.

La prise de conscience en cours dépasse le cadre américain et rappelle dans l’universalité de la réponse des jeunesses des sociétés riches les mouvements oubliés contre l’apartheid de l’Afrique du Sud des années 1980.

Ainsi, malgré la conscience du risque pris, alors que la pandémie due au Covid-19 n’est pas finie, des dizaines de milliers de manifestants, jeunes pour la plupart, masqués, ont manifesté partout en Europe contre le racisme et les violences policières : Bruxelles, Londres, Copenhague, Berlin, Munich, Francfort, Hambourg, et même, malgré l’interdiction prononcée par les préfets, à Paris et plusieurs grandes villes de France. À Bristol, une statue de l’esclavagiste Colson a été jeté dans le port.

Tous les cortèges ont en commun de rassembler des jeunes, entre 18 et 35 ans, beaucoup de primo-manifestants, tous habillés de noirs. C’est un mouvement d’opinion qui rebondit sur celui des “Friday” pour le climat. Il démontre un refus de thèses et d’organisations sociales et politiques au cœur du néolibéralisme, et dont le protecteur dévoyé est souvent la police.

Il ne constitue pas encore une alternative, et les contradictions sont nombreuses encore entre tenants de l’universalisme humaniste, et ceux, adhérant paradoxalement à la définition néolibérale d’une humanité divisée en identités et inégalités de nature, privilégiant l’individualisme de la communauté, et niant les solidarités de classe. C’est le piège de ce moment : il y a des libéraux souhaitant le repli individualiste ou communautaire pour nier les classes et les questions sociales ; il y a des faux universalistes souhaitant plonger la tête dans le sable, privilégiant la conservation de l’ordre social à la résolution de sa violence. Les uns ne veulent pas de la République, les autres nient qu’elle soit sociale.

L’Allemagne face aux infiltrations terroristes de sa police

À Berlin, à Munich, à Hambourg, à Nuremberg, dans de nombreuses villes allemandes, les manifestations ont fait le lien entre racisme et violences policières.

Dans ce pays, les policiers doivent prêter serment à la loi fondamentale, qui inclut la déclaration des Droits de l’Homme, et proclame le caractère intangible de la dignité humaine.

À ce titre, il est jugé incompatible avec le service public l’engagement dans des partis et mouvements d’extrême droite tels que le NPD.

Il y a presque dix ans, on découvrait cependant que dix meurtres, neuf immigrés d’origine turcs ou grecs, et une policière, avaient été commis par une cellule terroriste d’extrême droite, la NSU. Tout au long des enquêtes, la police n’avait pourtant jamais prospecté sur cette piste, privilégiant des « règlements de compte entre maffias et clans », se plaignant d’une omerta empêchant le recueil d’informations sur cette maffia, qui n’existait pourtant que dans les préjugés racistes des enquêteurs.

Depuis, les groupements d’extrême droite ont renforcé leurs efforts pour infiltrer la police.

Depuis quelques années, les autorités ne réagissent plus par des enquêtes administratives, comme la France continue elle à le faire avec l’IGPN, juge et partie, mais directement en saisissant les services secrets intérieurs.

C’est ainsi qu’en 2018 un groupe Whatsapp de 40 policiers a été identifié et observé : ces policiers, du Land de Hesse, utilisaient les bases de données de la police pour envoyer des lettres de menaces à des militants antiracistes et des avocats des victimes de la NSU. Suite à une perquisition en février 2020, il a été prouvé que certains de ces fonctionnaires avaient détourné armes et munitions des dépôts policiers en vue de préparer des actions terroristes. Les enquêtes en cours ont entraîné les limogeages immédiats des fonctionnaires concernés.

En France, un tel groupe peut grimper à 8 000 participants !

La co-présidente d’un des partis au gouvernement, le SPD, Saskia Esken, a réclamé hier une grande enquête sur le racisme dans la police. Elle n’est pas seule : les autorités hiérarchiques policières elles-mêmes parlent de combattre le racisme dans leur rang, de renforcer formation et encadrement, de se donner les moyens pour maintenir une police républicaine, loyale au serment à la loi fondamentale.

Samedi, malgré des affrontements en fin de manifestation à Berlin et 93 arrestations, le chef de la police a « remercié » les manifestants « majoritairement pacifiques » et loué leurs efforts pour respecter la distanciation physique – discours si différent d’un Castaner déclarant en janvier 2019 « ceux qui viendront manifester savent qu’ils seront complices des débordements » ou d’un préfet de police indiquant à une manifestante âgée qu’ils n’étaient « pas dans le même camp ».

Une culture de l’impunité est la négation de la République

Ce long développement permet de souligner la culture de l’impunité qui s’est établie en France. Aujourd’hui même, le rapport du Défenseur des Droits la dénonce : en cinq ans, le Défenseur des droits a demandé des poursuites disciplinaires dans trente-six affaires de manquements aux règles de déontologie, sans recevoir de réponse.

La République proclame l’égalité de toutes et tous devant la loi. Cela vaut également pour ceux dépositaires, au nom du peuple souverain, du monopole de l’exercice de la violence légitime. Le peuple républicain attend de sa police protection et service, pour pouvoir jouir des libertés publiques garanties par la constitution.

Cependant, l’exercice de la violence ne reste légitime que s’il est contrôlé, encadré, si les Gardiens de la Paix sont formés et dirigés correctement, si des effectifs et des moyens nécessaires et suffisants permettent d’assurer les missions.

Devenir policier est un engagement au service de la Nation qui peut rendre nécessaire le sacrifice de sa vie pour sauver les autres. C’est un métier difficile, ingrat, à la conjonction de demandes contradictoires, entre des politiques néo-libérales qui veulent gérer à coup de matraque les inégalités sociales, une Nation espérant Protection et Soutien, et des groupes sociaux et politiques s’affranchissant de la République.

Il faut le dire : le gardien de la paix est au cœur du pacte social républicain, comme le professeur, l’infirmière, le militaire, le pompier. C’est pourquoi les attentes sont également particulièrement élevées quant à l’exemplarité de son comportement en fonction. Tout cela implique de garantir l’exemplarité par la sanction immédiate des comportements déviants.

En France cependant, de faux républicains affirment l’infaillibilité de nature de la police.

Républicaine par la force des textes de lois, elle serait sans faute ni tâche. Elle devrait dès lors être soustraite à tout examen de son action, ses fonctionnaires considérés au-dessus de tout soupçon.

Cette culture de l’impunité est entretenue par le rôle prééminent donné à l’IGPN, autorité de contrôle administrative interne.

L’absence de contrôle s’accompagne de la lâcheté hiérarchique. Comment un groupe Facebook a-t-il pu atteindre 8 000 membres sans qu’un seul gradé, face aux centaines de messages racistes et sexistes, n’intervienne ? Comment se peut-il qu’un tel groupe ne soit pas surveillé par la sécurité intérieure ?

Cela s’explique par une raison simple : depuis 2005 au moins, la police est utilisée comme instrument principal de lutte contre les révoltes et les colères sociales, tout en restant une variable d’ajustement budgétaire, dont on réduit toujours les effectifs ou les moyens concrets, poussant ses fonctionnaires à bout, jusqu’aux « épidémies de suicides ».

La hiérarchie policière, versée dans la seule répression sociale, au point d’agresser les journalistes et les parlementaires en manifestation, sous estime le danger d’infiltration des institutions par des groupes et idéologie d’extrême droite souhaitant la guerre civile européenne.

Ces idéologies sont à l’origine des attentats d’Anders Breivik en Norvége en 2011, du tueur de Munich en 2016, du meurtre de la députée travailliste britannique Jo Cox en 2016, des attentats en Allemagne contre des élus, des juifs et des turcs en 2019 et 2020.

Pourquoi une police où les syndicats affiliés à l’extrême droite ont fortement progressé ces dix dernières années serait-elle immunisée face à un phénomène européen ?

L’égalité devant la loi nécessite de remettre les deux moteurs inséparables, la sanction et la formation, au cœur de la réforme de la police républicaine.

Il est insupportable que des personnes, interpellées pour des délits, meurent au moment de leur interpellation, qu’ils s’appellent Traoré ou Chouviat. La doctrine et les techniques d’interpellation doivent changer, l’obligation de secours à la vie redevenir prioritaire à l’accomplissement d’un acte administratif visant à sanctionner un outrage.

Il est contraire à la République que la police ne garantisse plus l’exercice des droits fondamentaux, tel que celui de manifester, de s’exprimer, mais au contraire les en empêche. Ce n’est pas le rôle de la police de décrocher, pendant le confinement, des banderoles d’opposants accrochés à des balcons privés. Il est absolument intolérable que des élus, des journalistes, des syndicalistes, soient des cibles dans les cortèges. Personne ne devrait perdre un œil ou une main dans l’exercice d’un droit fondamental. Il est absolument nécessaire de pourchasser devant la justice tous les actes de violence non proportionnés de membres des forces de l’ordre. Il n’est pas proportionné aux impératifs de maintien de l’ordre d’éborgner, amputer, et blesser des citoyens libres de manifester.

* * *

Aux États-Unis, le Parti Démocrate a annoncé une grande réforme de la police en cas d’alternance. En Allemagne, le plaquage ventral est maintenant interdit. La France, en retard, sous la pression internationale, a annoncé l’interdiction de la prise d’étranglement mais reste dans l’ambiguïté sur le plaquage ventral.

La confiance dans la République et sa police exige à la fois de la réformer, de mieux la former et l’encadrer, et de briser la lâche impunité que lui garantit le pouvoir actuel.

Remettre de la République dans la police, c’est remettre de la République dans la société, et par conséquent, s’attaquer aux conséquences sociales de 40 ans de destruction néolibérale de l’Etat et de la cohésion nationale.

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2 juin 2020 2 02 /06 /juin /2020 14:58

Voici quelques jours, George Floyd est mort d'asphyxie suite à une interpellation particulièrement musclée de la part de policiers. Ce n'est pas une première aux États-Unis où les violences policières causent de manière bien plus fréquente que dans d'autres démocraties des décès nombreux.

Cette fois encore, cette interpellation musclée et mortelle se double d'un contexte raciste, puisque le policier causant la mort était blanc, le citoyen interpellé et décédé étant noir. Les très nombreux cas similaires nous rappellent à quel point le racisme est profondément inscrit dans la société américaine, héritage de l'esclavage puis de la ségrégation qui ne prit fin officiellement qu'un siècle plus tard.

Aujourd'hui encore, la politique sécuritaire et pénitentiaire américaine font des personnes de couleur noire les premières « cibles » d'un appareil judiciaire connu pour être un miroir déformant des inégalités sociales. Cinquante années d'affirmative action n'auront pas permis – au-delà de la constitution d'une bourgeoisie et d'une petite classe moyenne supérieure noire – de rétablir un peu de justice sociale en direction de cette partie de la population américaine, qui souffre d'une somme de handicaps sociaux et économiques sans véritable commune mesure avec son poids réel au sein du peuple américain. La structuration profondément communautariste de la société américaine a fait l'objet d'études nombreuses, sur lesquelles nous ne reviendrons pas ici. Rappelons cependant qu'une partie de la violence et des crimes dont est victime la communauté noire est le fait de certains de ses membres.La mort violente de George Floyd aura été une nouvelle étincelle jetée une fois de plus sur la poudrière raciste des Etats-Unis d'Amérique. Plus encore que précédemment – on se souvient du mouvement #BlackLivesMatter voici quelques années sur fond de meurtres racistes et de violences policières – cet événement dramatique aura libéré une colère et une frustration toujours présentes, souvent contenues, mais jamais absentes et jamais guéries, au sein de la population noire des Etats-Unis d'Amérique. Les mobilisations pour demander justice et la fin des violences policières racistes dépassent largement la seule « communauté noire » comme le démontre les très nombreuses manifestations pacifiques (respectant ainsi la volonté de la famille de la victime) dans de très nombreuses villes américaines ; que quelques unes d'entre elles aient été suivies d'émeutes localisées ne sauraient effacer cette réalité sociale et politique.

"I can't breathe" : le cri de George Floyd, métaphore d'une Amérique étouffée par ses propres démons

Les fanfaronnades du président des Etats-Unis, Donald Trump, n'étonnent malheureusement plus personne avec leur avalanche de démagogie, mépris, de provocations, de discours violents et d'appel à la religion, visant à flatter un électorat pour partie raciste et intégriste. Elles sont plus irresponsables que jamais et donnent l'impression qu'un pompier pyromane siège à la Maison Blanche, qui secouerait un gros baril de fuel au-dessus de la poudrière. Si malheureusement, le caractère pacifique des démonstrations actuelles devaient céder le pas à la violence, il en serait grandement responsable.

Les Etats-Unis d'Amérique ont plus que jamais besoin d'une Révolution civique, pacifique et sociale. D'une certaine manière, c'était ce que proposait aux Américains Bernie Sanders. Ironie de l'histoire, alors qu'il était le seul à proposer les changements concrets qui répondaient aux difficultés profondes des USA et de la population noire, c'est l'électorat démocrate noir âgé (à l'instigation de sa bourgeoisie et sa classe moyenne supérieure qui partage peu sa réalité quotidienne) qui a donné au centriste Joe Biden (comme il l'avait donné à Hillary Clinton) les moyens de distancer définitivement le candidat socialiste dans les primaires démocrates. Il faut donc espérer que le candidat libéral prenne la mesure réelle de la situation et que son soutien aux manifestants pacifiques ne soit pas qu'un simple coup électoraliste : il faudra pour l'emporter en novembre prochain (et gagner le vote de la jeunesse qui se mobilise aujourd'hui) puis pour sortir les Etats-Unis d'Amérique de l'impasse actuelle qu'il muscle économiquement et socialement son discours, et que la lutte sur les discriminations institutionnelles se traduisent en actes concrets, afin de permettre au pays de retrouver la paix civile et sociale et à sa communauté noire de ne plus être la première victime de la pauvreté, du crime et de la violence.

Frédéric Faravel

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28 mai 2020 4 28 /05 /mai /2020 16:10

J'ai rédigé pour la Gauche Républicaine & Socialiste un texte pour saluer la publication du plan de sortie de crise par un collectif de 20 organisations associatives et syndicales, plan qu'elles avaient présenté quelques jours plus tôt à plusieurs mouvements et partis politiques de gauche dont le nôtre.

Je le reproduis ci-dessous. Bonne lecture.

Frédéric Faravel

La France et un monde à reconstruire - à propos du plan de sortie de crise de #PlusJamaisCa

Le 26 mai dernier, les 20 organisations associatives et syndicales (dont la CGT, ATTAC, Greenpeace ou OXFAM France) qui avaient publié fin mars sur le site de France Info la tribune « Plus jamais ça » ont présenté leur plan de sortie de crise intitulé « Plus jamais ça : un monde à reconstruire ! ». Quelques jours plus tôt, ces 20 organisations avaient convié plusieurs mouvements et partis politiques, dont la Gauche Républicaine & Socialiste, pour discuter de leurs propositions et engager une démarche collective de long terme qui prépare « le jour d'après ».

Alors que fleurissent un peu partout tribunes et appels en tout genre, nous considérons le travail engagé par ce collectif particulièrement utile car il cherche à établir des objectifs concrets, plutôt que des déclarations de principes, l'invocation de « valeurs » qui tiennent parfois plus de la posture que de l'engagement. C'est tout l'intérêt de l'intervention directe dans le débat public d'organisations habituées à être dans l'action concrète au quotidien. Nous partageons également la volonté affichée par les membres de ce collectif de tout autant penser aux réalités du « monde avec » (le virus) et à ne pas simplement rêver du « monde d'après ».

Contrairement à ce qu'une certaine presse cherche à démontrer ce plan en 34 points ne pêche en rien par un excès de « radicalité », et quand bien même nous ne voyons pas en quoi la radicalité en matière économique, sociale et écologique constituerait un handicap, tant le cours du monde démontre la nécessité d'une grande bifurcation après des décennies de mondialisation néolibérale et productiviste.

Nous partageons avec ces organisations la conviction qu'il faut d'abord et avant tout garantir les conditions pour un déconfinement assurant la sécurité sanitaire, la démocratie et les droits fondamentaux. En effet, notre pays va devoir s'adapter à une présence durable du virus en espérant que soient identifiés des traitements efficaces et soit découvert un vaccin au plus vite. D'ici là, il faut mobiliser tous les moyens nécessaires pour remettre à niveau notre système de santé mis à mal par des années d'austérité, de protéger nos concitoyens, de reprendre une activité économique afin d'éviter des destructions encore plus fortes d'entreprises et d'emplois. De même, il n'est pas acceptable de faire perdurer des mesures régressives en termes de droit du travail et de libertés publiques, par ailleurs inefficaces pour lutter contre la pandémie ; l'état d'urgence sanitaire doit donc cesser au plus vite.

Face à la crise économique et sociale majeure qui s'annonce à l'échelle de la planète, nous partageons également en bien des points la nécessité de prendre le contrepied de la doxa néolibérale qui a conduit nos sociétés dans le mur, sans favoriser le développement réel d'autres continents qui continuent d'être livrés au pillage et à l'exploitation. La « mondialisation heureuse » a toujours été un mirage toxique : le temps est venu de prendre des mesures concrètes au niveau national, européen et international pour mettre un terme à ce processus délétère. Il est temps de changer la hiérarchie des priorités. L'augmentation des salaires, au premier rang desquels doit se situer le nécessaire rattrapage en matière d'égalité salariale femmes-hommes, l'encadrement des licenciements, la nécessité de garantir des conditions de vie dignes pour tous, l'urgence de transformer nos modèles agricoles et systèmes d'alimentation ou encore la volonté de fonder les relations internationales avec les pays du sud sur de nouvelles bases plus saines et plus décentes : ce sont des orientations incontournables.

Nous nous situons également en phase avec les objectifs en matière de politique financière, monétaire, bancaire et fiscale. Nous nous tenons à la disposition de tous les partenaires de cette démarche pour approfondir les propositions en matière de commerce international et pour poser les bases d'une véritable économie républicaine.

Enfin, dans la même perspective, nous considérons que nous ne pouvons plus remettre à plus tard la question de l'urgence écologique ; trop souvent jusqu'ici les mesures annoncées de manière multilatérale ou nationale se sont avérées être des vœux pieux. Les dirigeants du pays continuent de vanter l'excellence de notre action en rappelant la conclusion sous l'égide de la France de l'Accord de Paris en 2015 : la vérité est toute autre, car notre pays ne cesse de reculer devant les objectifs qu'il s'est fixé tout en faisant reposer le poids des efforts sur les plus fragiles. Il est temps de conduire des politiques d'écologie populaire. La transition écologique est complémentaire avec la création de centaines de milliers d’emplois ; elle doit organiser à une vaste échelle une reconversion professionnelle qui permette de maintenir les emplois actuels, d’en créer de nouveaux, et de qualité ! Le plan présenté le 26 mai suppose, justement, une planification écologique pour ne pas relancer un modèle insoutenable et pour rendre complémentaires ces exigences sociales et écologiques.

Ce plan en 34 points est une première étape prometteuse. Nous souhaitons donc durablement nous inscrire dans cette démarche car nous considérons qu'elle est en cohérence avec deux convictions pratiques et stratégiques qui nous animent : la nécessité de construire un véritable programme commun de gouvernement pour la transformation concrète du pays ; la nécessité de construire, pour le porter au pouvoir et en accompagner la mise en œuvre, d'un nouveau Front populaire, qui mobilise au-delà des seuls partis politiques.

Nous sommes également convaincus qu'il ne suffit pas de rêver du « monde d'après ». Les forces qui nous ont conduits dans l'impasse actuelle ne vont pas gentiment s'écarter pour laisser émerger un monde et une société plus fraternels parce qu'une partie des Français aura été confinée pendant deux mois et que des centaines de milliers d'êtres humains dans le monde auront été victimes du CoVid-19. Au contraire, à bien des égards, dans notre pays et dans le reste du monde, les exemples sont légions indiquant que le choix du libéralisme autoritaire ou même la dérive fasciste pourraient être l'issue du processus. Nous ne pouvons rester les bras ballants. Nous nous tenons donc prêts à poursuivre le travail, pour compléter les 34 mesures déjà proposées et aussi pour réfléchir aux voies et moyens concrets de leur mise en œuvre.

Demain commence aujourd’hui !

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27 mai 2020 3 27 /05 /mai /2020 13:12

Avant de reproduire ici la réponse que j'ai adressé à un ami suite à un commentaire très agressif qu'il avait laissé sous une publication que j'avais postée sur mon mur facebook pour présenter la vidéo d'un YouTubeur (sur)nommé Usul intitulée méchamment « le grand retour de la gauche bourgeoise » (vous pouvez y accéder en cliquant sur le titre), je dois vous présenter le cadre général.

Cette vidéo réagit à la publication d'une tribune signée par une centaine de personnalités publiques, engagées ou non dans un parti politique, et intitulée « Au cœur de la crise, construisons l'avenir » (idem) avec parallèlement le lancement d'une page Facebook et d'un site internet. Malgré sa longue liste de signataires et sa publication le même jour dans Libération et L'Obs, elle n'a pas faite l'unanimité et Marianne a publié un édito intitulé lui « Tribune "construisons l'avenir", le retour de la gauche guimauve » (ibidem)...

Grosse ambiance donc à gauche, où le confinement s'il a permis quelques rencontres en distanciation physique et grâce à zoom ne semble pas avoir encore chassé les vieux démons. Le « déconfinement progressif » est arrivé mais les egos restent chatouilleux. Je me suis donc fendu d'une longue réponse à mon ami Jérôme (qui lui a signé la tribune « construisons l'avenir ») pour lui expliquer ma position, mon recul sur cette affaire, mes tentatives pour tenter de conserver le sens de l'humour, mon agacement face aux postures et arrières pensées des uns et des autres et mon souhait malgré tout cela que nous travaillons sérieusement à un rassemblement fondé sur un programme commun de gouvernement, qui convainque nos concitoyens de renvoyer Macron, Le Pen et la droite dans l'opposition.

Frédéric Faravel

Qu'il sera long et pénible le chemin jusqu'à l'indispensable rassemblement de la #gauche ...

Bonjour Jérôme,

Je t'écris ici pour ne pas ajouter à la polémique que certains estiment devoir engager et ce qui m'étonne, alors que, dans la manière choisie par ma pomme pour présenter cette vidéo, je ne ferme aucune porte (je parle de "présentation caustique" et j'appelle à "se mettre autour de la table"), c'est toi qui tient les propos les plus agressifs (je m'attendais plus à une réaction de ce type chez d'autres, mais non il a fallu que ce soit toi, c'est décevant)... donc je me permets une mise au point comme ça tu auras ma réaction de fond et de forme (les deux se rejoignant) à ce texte "génial" initié par Guillaume Duval (rédacteur en chef d'Alternatives économiques, dont j'ai aujourd'hui vu la réaction) et Christian Paul (ex député PS de la Nièvre)... Plus personne aujourd'hui ne pense autrement qu'en supporteur de club de foot, outre le fait que je n'aime pas le foot, ça commence sérieusement à me gonfler...

Alors, pour commencer...

1- quand je poste une publication je n'engage pas mon organisation politique, quand bien même ce serait un article, un CP, une vidéo, un slogan, une affichette ou un visuel de mon organisation, la présentation que j'en fais m'appartiens... donc à la rigueur sous ce post tu pouvais me demander de revenir sur terre, mais pas à la GRS ou à mes « amis de la GRS » car tu sous-entends, plus que probablement à tort, que cette vidéo a provoqué la même hilarité chez eux que chez moi...

2- Il est quand même assez cocasse de voir à quel point une vidéo dont la tonalité comique ou humoristique n'échapperait à personne d'un peu détaché provoque comme réactions excessives chez vous. Que l'excès participe du comique c'est une chose, l'excès de la colère surjouée quand on se prétend sérieux ne peut selon moi s'expliquer que de deux manières :
a) Usul a fait mouche et les egos ont été flétris et ne le supporte pas ;
b) cette réaction est une mise en scène...

Je penche pour la première – ne serait-ce que parce que je ne crois pas que Guillaume Duval et toi participiez aux travers que je pointerai plus bas. Et puis, franchement, Jérôme, je suis moi-même de cette « gauche bourgeoise » que ce youtubeur dénonce, j'ai ri de voir certaines de nos petites manies ou déformations quasi-professionnelles tournées en ridicule... faut aussi savoir prendre du recul par rapport à ça, si tu t'es senti visé je me suis senti visé aussi, mais je ne le prends pas comme toi... et puis j'avoue partager, soit dit en passant, cette idée que je reprends dans la présentation que je fais de la vidéo, cette consternation de voir que l'écologie devient comme l'Europe autrefois le cache sexe de gens qui souvent n'ont plus grand chose à raconter (je ne te range, pas plus que la majorité des signataires de la tribune, pas dans cette catégorie, mais quand je l'ai lue avant même sa publication c'est une des premières réactions que j'ai eues)...

Qu'il sera long et pénible le chemin jusqu'à l'indispensable rassemblement de la #gauche ...

3- il y a un truc très gênant dans ce qui se passe et dans ce que cette tribune implique... c'est peut-être involontaire (voire même cela va à l'encontre de leur intention d'origine) de la part de Guillaume et Christian, mais quand même...

La présentation qui en est faite depuis le départ donne la fâcheuse impression que c'est un aboutissement plutôt qu'un point de départ. C'est un peu gonflé et d'une certaine manière ça dirait pas mal de choses sur la très très très haute et définitive opinion que vous auriez de tout ce qui sort de votre plume. Ainsi « on » donne à croire qu'il y a ceux qui en sont et ceux qui n'en seraient pas, et que les seconds auraient raté le coche. Peu importe les critiques qu'on pourrait faire de bonne foi, et de la démarche, et du fond du texte, nous serions marqués d'un stigmate, qui entacherait en général notre capacité future à participer à des initiatives collectives... parce que tu m'excuseras, Jérôme, d'y faire un peu attention, mais c'est exactement comme ça que le présentent les entourages d'Olivier Faure et de Yannick Jadot et que Le Monde le présente régulièrement. J'ai même lu (alors là je ne me souviens plus si c'était dans le quotidien du soir ou pas) dans un média lu dans notre milieu de la « gauche bourgeoise » les explications complaisantes et mensongères relayées par ces entourages concernant les raisons qui auraient poussé certain(e)s à ne pas signer.

Je vais te dire un truc : nous sommes à la GRS très attentifs à l'initiative #PlusJamaisCa avec OXFAM, la CGT, ATTAC, Greenpeace... nous avons salué dès le départ cette initiative, par contre nous avons trouvé que le texte qu'ils avaient publié pour le 1er mai ne nous correspondait pas, nous n'avons donc pas voulu nous y associer et nous avons publié le nôtre ; cela ne nous empêche pas d'avoir participé à la dernière réunion qu'ils ont organisée... Là encore, la façon dont Le Monde présente les choses (« LFI et le NPA refusent de s'y associer » et sans citer la position d'autres partis autour de la table) est mensongère ; je ne vais pas m'engager pour LFI, je n'en suis pas membre, mais LFI à ce que j'en sais compte bien discuter tranquillement avec ces organisations sans que sa signature soit acquise de principe à l'avance... à ce que je sache, le texte a été publié avec les signatures des seules associations et syndicats, les délais pour réfléchir et discuter côté politique ne sont pas écoulés.

Je suis donc profondément amer par cette façon de faire pour s'assurer qu'on consolide deux blocs politiques antagonistes au sein de la gauche, sans être dupe des responsabilités tout aussi éminentes de LFI dans cette situation...

Qu'il sera long et pénible le chemin jusqu'à l'indispensable rassemblement de la #gauche ...

4- Peut-on considérer calmement qu'on a le droit de trouver ce texte mal foutu voire mauvais ? Sans que cela empêche toute autre initiative mieux ficelée et surtout un futur travail programmatique que j'appelle de mes vœux.

Car pour faire des comparaisons historiques (j'ai ce débat régulièrement avec d'autres personnes : non je ne pense pas que le choses doivent se reproduire à l'identique pour l'avenir) je préfère mener un tout de suite un travail de cette sorte plutôt que de le précéder par un débat visant à « réduire les écarts idéologiques » et de le conditionner à cette « réduction ». Par expérience, je sais que ces discussions sur le sexe des anges sont stériles ; soit on considère qu'on est grosso modo dans le même camp et on travaille ensemble sur un programme commun de gouvernement (dont l'élaboration ne doit selon moi pas se limiter aux seuls partis politiques), soit non... mais cela signifie qu'il faut dès le départ discuter de choses concrètes, lister sur ces questions concrètes des points d'accord et de désaccord et choisir de privilégier la mise en application de réponses concrètes sur lesquelles on s'accorde.

Faire précéder cela d'une discussion générale sur les « valeurs » et les « bonnes intentions » ne sert à RIEN. Je me souviens de 1995 dans ma commune de l'époque où il avait fallu purger toute une discussion absconse et conflictuelle sur l'histoire de la gauche française au risque de s'engueuler et de claquer la porte avant de pouvoir discuter sérieusement d'un programme municipal commun : une fois venu cette discussion enfin concrète, les difficultés s'étaient singulièrement aplanies (cette remarque pour illustrer que ma réflexion n'est pas qu'en chambre ou hors sol en faisant référence au congrès d'Epinay du PS en 1971 que je n'ai pas vécu).

Comprenons nous bien : quand j'ai lu (avant sa publication) la tribune initiée par Guillaume et Christian (j'avoue ne pas connaître le tout premier texte martyre dans ce processus), j'ai eu la désagréable impression de me retrouver devant une motion majoritaire d'un congrès du PS dans les années 2000 ou 2010. Beaucoup de phrases toutes faites, beaucoup de passages qui contredisent d'autres passages, beaucoup d'invocation à des « valeurs » un peu trop évanescentes. Oui je l'avoue le discours sur les « valeurs » (encore un truc où sémantiquement nous nous sommes faits piéger collectivement par la droite sans même chercher à faire de la triangulation) « m'emmerde ». Ça fait donc des années que je ne veux plus signer ce type de texte – et je me suis réinterrogé à cette occasion sur le rapport avantages/inconvénients sans revenir sur mon principe finalement.

Remarque complémentaire sur le fait que lorsque je poste une publication sur facebook, elle n'engage pas automatiquement tous mes amis politiques ou mon parti : tu auras remarqué que les organisations en tant que telles ne signent pas votre tribune, cela n'a pas empêché – et d'ailleurs personne ne le leur reproche ni en interne ni publiquement – certains de nos responsables de la signer. Cela n'empêche pas notre direction politique de continuer à échanger avec les initiateurs. Ceux des membres de la GRS qui l'ont signée (nous en avons discuté) ne sont pas moins critiques sur la qualité de ce texte, voire même le jugent « très mauvais » ; ils ont juste fait un autre choix que le mien en examinant le rapport avantages/inconvénients... tu pourras noter également que ni Fabien Roussel (secrétaire national du PCF), ni Julien Bayou (secrétaire national d'EELV), ni David Cormand (député européen, ex secrétaire national d'EELV) n'ont signé cette tribune, qu'il y a peut-être quelques raisons à cela et qu'il ne faut pas jeter d'opprobre sur d'autres qui ont refusé de signer parfois pour les mêmes raisons.

Tu vois on n'est pas des bêtes, on discute avec tout le monde, vraiment tout le monde … ce qui n'est pas le cas de tout le monde malheureusement...

Qu'il sera long et pénible le chemin jusqu'à l'indispensable rassemblement de la #gauche ...

5- je conclurai ici par des considérations plus politiciennes tu m'en excuseras.

Mais je crains que cette initiative ait échappé à ces initiateurs et promoteurs les plus sincères, en tout cas les plus dénués d'arrière-pensées. C'est parfois une bonne chose : cette initiative aurait pu être tout d'un coup saisie par des centaines de milliers de citoyens, déclenchant une dynamique politique qui les dépasse. Ce n'est pas le cas... mais ce n'est pas grave non plus, cette tribune sera une des briques, parmi mille autres, qui servira à une construction future, mais elle n'est pas LA construction future.

Pour moi (je peux me tromper évidemment), elle a échappé à ses auteurs en étant captée de la plus mauvaise manière : telle que la presse a fini par la présenter, telle que la presse a fini par en réécrire la genèse, elle est devenue la chose de MM. Jadot et Faure. Elle est devenue leur outil pour cristalliser et consolider l'idée de deux blocs en confrontation à gauche, comme certains avaient théorisé voici quelques années les « gauches irréconciliables ».

Je ne suis pas dupe ni aveugle au point de considérer que la stratégie de LFI serait étrangère à la constitution de ces deux blocs. Pour ceux qui comme nous cherchent à mettre tout le monde autour de la table c'est « 1 partout, la balle au centre ». C'est pourquoi j'insiste encore sur ce que je disais dans le point précédent : il faut travailler sur du concret, pas sur des « valeurs »... Les groupes parlementaires LFI, GDR et "socialistes & apparentés" arrivent à s'entendre sur des résolutions et motions communes à l'Assemblée, parce que c'est du pratique !

Par contre, je demande à tous qu'on arrête de mettre des oukases sur les uns et les autres, pour ensuite dire qu'ils ont fait bande à part et que ce sont des salauds ! Je ne suis pas un haut dirigeant politique, tout le monde se fout de mon avis, donc j'en parle d'autant plus librement que je ne suis pas totalement coupé des informations et des processus en cours... Le PCF a fait des propositions d'amendements à ce texte ; elles ont été refusées ce qui explique (peut-être) que Fabien Roussel ne soit pas signataire... Certains aussi ont pu considérer que ce texte confortait un peu trop le tropisme centre-écologiste de Yannick Jadot, avec parmi les signataires des personnalités dont la clarté vis-à-vis de la politique conduite par Emmauel Macron est franchement douteuse, le même Jadot refusant encore dernièrement sur un plateau de TV de se situer dans l'opposition ; cela explique peut-être que Ruffin, Autain, Bayou ou Cormand n'en soient pas signataires, plutôt que les assertions de l'entourage d'Olivier Faure dans la presse indiquant pour les deux premiers qu'ils auraient été terrorisés par Jean-Luc Mélenchon (Ruffin terrorisé par Mélenchon, y a de quoi se marrer).

Quitte à essuyer un refus, il eut été assez simple d'envoyer officiellement le texte à LFI, cela n'a pas été le cas, il est arrivé par d'autres biais. Aujourd'hui LFI n'a même plus besoin de refuser de participer à une initiative, certains refusent a priori de chercher à les y associer, non parce qu'ils craignent un refus mais par principes... Tout cela a d'ailleurs amené quelques personnes à regretter leur signature à cette tribune...

Personne n'est blanc dans ces différentes affaires ! Exemple : que Bayou dise ses 4 vérités à Méluche dans le JDD ne me dérangeait absolument pas, parfois il faut se dire les choses et je partageais quelques unes de ses saillies... mais la façon dont a été amenée l'université de rentrée "commune" fut très maladroite, entre ostracisme et volonté de diriger hégémoniquement le processus. J'ai remarqué qu'ils avaient mis un peu d'eau dans leur vin depuis quelques jours, c'est bien. Mais pourquoi EELV a-t-elle donc refusé d'entrée de jeu de participer à l'initiative que nous avions prise avec « Déconfinons le Débat » (tu devrais aller regarder c'était chouette) ? Et quand, une semaine avant, le PS a lancé une initiative "commune" sur l'abrogation des décrets de réforme de l'assurance chômage, on a été un peu surpris de découvrir que tout le monde y participait sauf nous, alors qu'on n'avait même pas été sollicités (que l'on ne nous rétorque pas qu'on serait trop petit, GDS est dedans) et qu'on discutait avec les responsables du PS tous les jours !

Donc oui tout cela est un peu compliqué et oui l'accusation d'ostracisme à l'égard de la FI est fondée. Je trouve cette stratégie stupide et suicidaire, tout comme je trouve stupides et suicidaires tous les obstacles qu'y mettent de leur côté une large partie des dirigeants de LFI. En conclusion, tu comprendras, cher Jérôme, que je sois très au-delà des réactions excessives que suscitent ma publication. Comme je le disais en conclusion de celle-ci, il est temps de se mettre sérieusement autour de la table, tout le reste, tout le reste !, c'est l'écume des choses.

Frédéric Faravel

Usul vs la "gauche bourgeoise" ... brrrrrrrrrr, un vrai thriller !...

Usul vs la "gauche bourgeoise" ... brrrrrrrrrr, un vrai thriller !...

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