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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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4 janvier 2016 1 04 /01 /janvier /2016 22:07
Présidence déchue

Ainsi, le mercredi 23 décembre 2015, les deux têtes de l'exécutif annonçaient à leur gouvernement, leur majorité parlementaire et aux Français que l'inscription de la déchéance de nationalité pour les binationaux nés Français était maintenu comme article 2 du Projet de loi de révision constitutionnelle.

La déception et les émotions violentes et légitimes que cette annonce a soulevées étaient à la hauteur des espoirs nourris par les « rumeurs » largement entretenues de retrait de cette mesure « discutable » les jours précédents, et notamment les 21 et 22 décembre, avec comme point d'orgue les informations données par la Garde de Sceaux, ministre de la Justice, Christiane Taubira à des médias algériens lors d'un déplacement de l'autre côté de la mer méditerranée. Pour imprudente et peu respectueuse des us et coutumes du pouvoir (on dit qu'on ne parle pas de politique intérieure à l'étranger, mais de si nombreux dirigeants du pays avaient déjà enfreint cette règle auparavant), il n'était pourtant pas étonnant, que la locataire de la Place Vendôme réponde aux questions posées par la presse algérienne, au regard de l'importance de la question de la bi-nationalité franco-algérienne. Il est fort probable qu'elle ait d'ailleurs répondu de bonne foi au moment où la question était posée, car les espoirs de retour à la raison du couple exécutif ne semblaient pas vains.

Les éternels zélotes de l'Elysée diront que nous nous bercions d'illusions, le Président de la République ayant été très clair lors de son intervention solennelle devant le congrès à Versailles. Il ne pouvait revenir en arrière et d'ailleurs, personne dans la représentation parlementaire n'avaient alors songé à dénoncer cette annonce. Il est vrai que sous l'effet de la sidération générale, trois jours à peine après les attentats, les critiques violentes n'étaient pas de mise le lundi 16 novembre ; pourtant déjà des voix s'étaient faites entendre une fois le congrès clôt pour contester la pertinence de cette mesure, sans que l'on sache très bien si elle serait dans le projet de loi de révision constitutionnelle ou l'objet d'une loi simple. Les débats étaient montés quand avait bruissé l'idée de constitutionnaliser la mesure et le soulagement avait point en début de semaine.

En effet, quelques jours plus tôt, le Premier Ministre n'avait-il pas convoqué à Matignon plusieurs journalistes pour prendre un verre et faire entendre que cette mesure n'était peut-être pas nécessaire et posait sans doute plus de problèmes qu'elle n'en réglait ? Les ministres n'avaient-ils pas défilé sur les plateaux pour dire que rien n'était tranché et que son maintien en tant que partie prenante de la révision constitutionnelle n'était pas pertinente ? Le Président de la République lui-même n'avait-il pas fait fuité que les arguments de Patrick Weill avaient fini par le convaincre.

La surprise fut donc totale et violente lorsque l'immense majorité des ministres découvrirent sur la table du conseil que le projet de loi de révision constitutionnelle comportait la mesure contestée. Il se dit que George Pau-Langevin découvrant le texte avec effarement aurait rappelé « Mais ce ne sont pas nos valeurs » ; le Président de la République aurait alors assumé le constat et exigé la solidarité sans faille des membres du gouvernement pour garantir l'autorité de sa parole.

De quoi s'agit-il ?

En effet, tout ou presque a été écrit sur cette mesure. Je reprendrai quelques arguments :

1- Cette mesure n’a strictement aucune efficacité, et c’est admis par ses propres promoteurs
On ne voit pas comment la déchéance de nationalité pourrait faire peur à des terroristes qui ne craignent pas de se faire exploser ou mourir. En matière de lutte contre le terrorisme, ça n’a aucun sens et c’est même contre-productif au niveau international, car on va renvoyer des gens vers d’autres pays où ils pourront tout autant poursuivre leurs activités dangereuses.

2- cette mesure n’est en pratique pas ou peu applicable
Le Premier Ministre a précisé que les personnes frappées par cette déchéance seraient jugées et condamnées en France et purgeraient leur peine de prison en France ; ce ne serait donc qu’à l’issue de leur peine qu’ayant été déchues de la nationalité française, elles seraient expulsées. Un tel dispositif n’est pas pertinent et même contre-productif, car il implique de perdre la maîtrise et la surveillance sur des individus qui resteraient potentiellement dangereux. Dans certains cas, notamment pour l’Algérie, les personnes concernées par une telle procédure ne pourraient pas être expulsées car menacées de la peine de mort. C’est le cas d’Algériens condamnés pour faits de terrorismes et toujours en France ; la déchéance de nationalité perd alors tout sens si elle en avait un.
Enfin le projet de loi ne prend pas en compte l’idée de nationalité effective. Certains États donnent leur nationalité sans qu’on le demande, comme le Maroc pour les descendants de Marocains ou, d’une autre manière, Israël avec la Loi du retour pour les Juifs. Il faudrait donc introduire la notion de lien effectif, par exemple la demande d’un passeport. Or le projet de loi ne comporte pas cette distinction et l’on peut se demander quel serait le sens de la déchéance d’un individu né français et possédant une autre nationalité d’un pays dont il ne connaît absolument rien. Par ailleurs si l’autre pays décide aussi sa déchéance de nationalité, il deviendra apatride sauf a chercher quel est le pays qui a prononcé sa déchéance le premier. On imagine les imbroglios juridiques…

3- L’adoption de cette mesure serait une victoire de l’extrême droite, divisant la gauche, mettant à mal l’unité nationale et ouvrant la porte à des nouvelles extensions. 
Pourquoi reprendre à notre compte une proposition de toujours de Jean-Marie Le Pen et du FN que toute la gauche et le PS ont toujours combattu. Pourquoi reprendre une proposition de Nicolas Sarkozy dans son fameux discours de Grenoble que nous avons fustigé ?
Rappelons que lorsque Nicolas Sarkozy avait prononcé en août 2010 ce discours abject, dont les annonces avaient été qualifiées par Michel Rocard comme étant inégalées depuis Vichy ou les Nazis (petit rappel pour tous ceux qui expliquent qu'on réduirait le débat depuis le 23 décembre à son point Godwin), les propositions portaient uniquement sur les binationaux nés étrangers qui se seraient rendus coupables de polygamie, d'excision ou d'atteintes à la vie de policiers ou de gendarmes ; seule cette dernière logique fut retenue, sans que cela diminue d'ailleurs son caractère indéfendable et qui fut dénoncée alors avec vigueur par toute la gauche, François Hollande compris.
Pourtant, Nicolas Sarkozy lui-même s'était dispensé de toucher à la constitution.

4- sans efficacité, inapplicable, le gouvernement veut donc agir sur les symboles. C’est à mauvais escient, car ils enfreignent la tradition républicaine.
La première préoccupation des autorités devrait être la cohésion nationale, la cohésion entre tous les Français quelles que soient leur origines. Or, Si cette réforme constitutionnelle était adoptée, elle inscrirait la marque dans notre loi fondamentale d’une différence entre deux catégories de Français, la marque de divisions parfaitement artificielles. Cela aura des effets très négatifs sur la cohésion que nous devons rechercher et probablement aucun effet réel contre le terrorisme. Un binational est un Français à part entière aux droits strictement identiques aux autres. Commencer fusse pour des exceptions à rompre avec cette notion laisse entrevoir la possibilité de le faire pour d’autres si l’intérêt national était en jeu. C’est à haut risque 
L’idée que des enfants nés Français ne rentreraient pas tous strictement dans le même cadre constitutionnel est une entorse aux principes du droit du sol, principe datant de la Révolution française et que l’extrême droite a toujours contesté. Car il suffirait d'inscrire dans la loi courante une telle réforme pour qu'elle fut possible – sans qu'elle fut pour cela pour autant plus défendable politiquement –, et de nombreux juristes ont rappelé que le décret-loi Daladier de 1938 restait actif si ce n'est utilisé et qu'il aurait suffit de l'amender pour le même résultat. L'intégrer dans la Constitution n'est pas de la même nature et c'est apporter une conséquence et une efficacité terrible aux agressions des djihadistes que de leur avoir donner ainsi le pouvoir d'avoir instillé une notion de division dans la Constitution de la République.
Certes la mesure ne doit viser que les terroristes mais une fois constitutionnalisée, la mesure peut «évoluer» au cours du temps et la notion de terrorisme, de crime contre le pays aussi. Évidemment en temps normal, quand la démocratie fonctionne bien, les risques sont plus que limités. Mais la constitution est aussi là pour nous garantir quand le pays, ses gouvernants sont tentés de dériver, de s’écarter de nos fondamentaux.
Enfin, il nous parait utile de préciser – puisque ceux qui à gauche défendent soudainement une position que nous avons toujours combattue saluent le respect de l’avis du Conseil d’État par l’exécutif – que le Conseil d’État ne s’est absolument pas prononcé sur le fond du débat laissant à l’exécutif l’entière responsabilité de ses choix. Il n’est donc pas possible de se cacher derrière cet avis pour y trouver une quelconque onction juridique et républicaine.

La fuite en avant de la « déchéance pour tous »

Les arguments des défenseurs de gauche de cette mesure ont vite fait long feu quand l'ampleur de la réprobation politique s'est faite sentir. En quelques heures, Christophe Caresche et Jean-Marie Le Guen déchantaient, car la contestation dépassait plus que largement ceux qu'ils avait désignés avec mépris comme « les indignés habituels ».

Manuel Valls dans le Journal du Dimanche dénonçait une gauche qui s'égare au nom de grandes valeurs, puis se fendait d'une longue publication sur FaceBook pour tenter d'argumenter plus solidement contre les opposants ; la « modernité » du procédé ne suffit pas à masquer les erreurs manifestes qui s'étaient nichés dans son texte et qui durent être corrigées à plusieurs reprises, notamment dans ses comparaisons européennes et internationales sur la bi-nationalité. Ces diverses déclarations publiques jetèrent d'ailleurs plus d'huile sur le feu et motivèrent la saisie par plus de deux cents militants socialistes de la Haute Autorité Éthique du Parti Socialiste, non pas au regard des décisions gouvernementales qui ne sont effectivement pas de sa compétence mais pour les propos publics tenus comme responsable socialiste en défense de ce projet qui entrent évidemment en contradiction totale avec la déclaration de principes du PS.

Point de trêve des confiseurs, la polémique enflait, et seuls Jean-Christophe Cambadélis – rebaptisé Cambaoutai par Libération – et la direction du PS trouvaient le moyen de n'en jamais rien dire, jusque dans les vœux du Premier Secrétaire du parti gouvernementale ou dans le communiqué de presse faisant suite aux vœux télévisuels présidentiels.

Ceux-ci semblaient d'ailleurs offrir une porte de sortie odieuse face à l'accusation de créer deux catégories de Français, pourtant totalement réfutée jusque là par le pouvoir et ses soutiens. Le Président n'a pas parlé de binationaux le 31 décembre 2015. Ainsi l'idée fut-elle développée de manière feutrée ce week-end puis affirmée ce lundi matin par Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, et Jean-Christophe Cambadélis que la déchéance de nationalité pourrait donc s'appliquer à tous les Français qu'ils aient ou non une autre nationalité. Ainsi le Premier secrétaire du PS, dont on disait qu'il s'était opposé jusqu'à la dernière minute dans les discussions avec la dyarchie exécutive, promeut désormais une solution qui vise à créer des apatrides !?! Fantastique avancée...

Deux textes internationaux sont évoqués pour rappeler les engagements internationaux de la France :

Ces considérations juridiques ouvriraient selon certains la possibilité d'engager la France sur cette voix, malgré les difficultés internationales relatives (qui nous en voudraient de réagir après avoir été si violemment frappés ?) ; cependant, cela reviendrait à revenir sur un des acquis moraux et politiques issus de la fin de la seconde guerre mondiale qui était de ne plus tolérer que des Êtres humains soient apatrides, c'est d'ailleurs clairement indiqué dans l'article 15 de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme : « Article 15
1. Tout individu a droit à une nationalité. 
2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité.
 »

Quel magnifique message adresserait ainsi à la Communauté internationale la patrie des Droits de l'Homme et c'est le premier secrétaire du PS qui s'en fait le porte-voix ! J'ai un peu de mal à ne pas me laisser submerger par la nausée ! Qui ne voit d'ailleurs qu'une fois cette borne franchie plus aucune objection politique et morale ne sera possible contre une extension du principe de déchéance apatride à d'autres facteurs (sans compter que l'atteinte à la Nation pourrait être interprétée de différentes manières), et que cette extension viendra de la droite (je ne parle même pas du FN) et pourrait également venir de ceux qui aujourd'hui usurpent moralement l'étiquette socialiste.

Défendre la République sans tomber dans les calculs politiciens ?

Nous avons découverts dans Le Journal du Dimanche du 3 janvier 2016 que pour 14 parlementaires socialistes ce débat ne serait le fruit que de « postures sujouées et surannées » de gens qui n'auraient pas compris que le gouvernement protégeait les valeurs de la Nation, incapables de sortir des calculs et de la politique politiciennes.

Outre le fait que cette argumentation est en contradiction avec celle du Premier Ministre qui reconnaissait au moins que nous nous égarions au noms de grandes valeurs (et sans doute donc pas pour de petites raisons politiciennes), il faut s'interroger aussi sur les moyens donnés pour défendre la Nation : au-delà de ses principes et de ses valeurs dont nous avons parlé plus haut, personne ne doute que nous devions défendre la République et la France contre des agressions djihadistes. Mais la question justement est de savoir les moyens dont on se dote pour y arriver : où sont les efforts budgétaires nécessaires pour renforcer nos moyens d'investigations, de renseignements et d'instructions judiciaires puisqu'ils n'ont pas été pris en compte dans le budget 2016 qui vient d'être voté ? Où en est la nécessaire réorganisation de nos services de renseignement dont chacun s'accorde à constater qu'ils ont été perturbés par les réformes et fusions sarkozistes ? C'est sur ces deux champs prioritaires, plus que sur le renforcement douteux tant du point de vue des valeurs que de l'efficacité d'un arsenal juridique passé et à venir que nous devrions agir... Que devient l'inventaire de nos choix diplomatiques en faveur de monarchies pétrolières archaïques qui ont financé directement ou indirectement le monstre qui nous frappe aujourd'hui ? Rien, ce sont toujours nos meilleurs amis...

Quant aux calculs politiciens, il serait temps de regarder du côté de François Hollande qui n'a donc jamais su rien faire d'autre que des « coups » politiques. De plus en plus, l'intégration dès le 16 novembre 2015 de cette mesure de déchéance de la nationalité apparaît comme l'équilibre marchandé avec une partie de la droite pour faire adopter une révision constitutionnelle qui nécessite une majorité des trois cinquièmes au Congrès. Tout indique que son maintien dans le projet de loi présenté le 23 décembre n'a pour seule justification qu'une fois cette idée avancée devant le Congrès, le Président de la République cédant aux injonctions de la droite s'est convaincu qu'il avait plus à perdre en la retirant qu'en brisant le peu de majorité parlementaire qui lui restait, les arguments d'autorité ou catastrophistes étant déjà sortis pour faire plier suffisamment de parlementaires PS : rendez vous compte, François Hollande s'il n'avait pas la majorité suffisante au Congrès ne serait plus en mesure de se représenter ?! Voilà bien des calculs odieux et dans cette présidence, tout n'aura été que calculs et petite politique !

Sur le plan stratégique, le Président de la République est par ailleurs convaincu que la querelle sur ce thème sert ses intérêts. Au lieu d'être critiqué sur sa politique économique et sociale de droite, il est critiqué sur une mesure hors-sol, qui pour être inefficace et absconse a cependant le soutien des électeurs. Il pense ainsi qu'il remettra à nouveau le couteau sous la gorge d'une gauche qu'il aura à nouveau rendu exsangue pour que personne ne puisse lui contester la gloire de challenger Marine Le Pen au second tour de l'élection de 2017.

Mais Hollande se trompe : jamais la droite ne lui saura gré d'avoir fait avaler à la gauche un boa constrictor ; la course à l'échalotte sécuritaire est déjà lancée, et même un Alain Juppé qui s'oppose à la déchéance vient de publier un projet sécuritaire très réactionnaire. François Hollande vient de placer le débat politique sur le terrain de la droite et de l'extrême droite, cela lui sera fatal à lui comme à toute la gauche.

François Hollande a failli !

Pourtant, tout semblait lui sourire (?!) ; au soir du premier tour des régionales, certains de ses amis qui aujourd'hui le contestent dansaient sur les bords du volcan, argumentant que l'élection présidentielle était pliée en faveur du Président sortant, plus personne à gauche n'oserait « prendre la responsabilité devant l'Histoire » de faire à nouveau éliminer le mieux placé des candidats de gauche au soir du premier tour de la présidentielle. Et si par bêtise Mélechon s'entêtait à aller jusqu'au bout, il subirait le sort de la gauche alternative aux régionales en s'effondrant durant la campagne. À leurs yeux, Hollande était déjà réélu en 2017 face au FN. Calculs monstrueux qui avaient été mis à bas par l'annonce du 23 décembre, la contestation à gauche redonnant des raisons fortes à ceux qui s'opposent à lui de se présenter contre François Hollande. Jouer l'opinion contre ce qu'il reste de la gauche est donc le dernier atout dans les mains du Président sortant ; il n'a eu de cesse durant son quinquennat de la violer et de la mépriser, de l'avouer à François Fressoz dans Le stage est fini, tant sur les questions européennes que sur sa politique économique. François Hollande a érigé le cynisme comme un mode de gouvernement et de conservation du pouvoir à un point que peut-être même François Mitterrand n'avait pas imaginé.

De cette gauche usée, violée et méprisée doit maintenir sortir les ferments du renouveau : François Hollande a failli, il a trahi les engagements pris devant ses électeurs, il a nié les intérêts de ceux pour qui la gauche est censée agir, il a diminué la souveraineté populaire et les intérêts de la République française en s'opposant pas à la dérive ordo-libérale d'une construction européenne devenue post-démocratique. Il doit être écarté par tous les moyens civils.

La gauche qui a encore conscience d'elle-même, qu'elle se reconnaisse dans les aspiration du socialisme démocratique ou de l'écologie politique, avec des tonalités plus ou moins radicales, celle qui veut encore transformer radicalement la société, améliorer la vie quotidienne concrète de nos concitoyens doit s'accorder sur les moyens de proposer une autre voie, un vrai projet et un ou une candidat(e) de rassemblement pour 2017, afin que tout ne soit pas perdu.

Frédéric FARAVEL

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Published by Frédéric FARAVEL - dans République Parti Socialiste gauche PS
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16 décembre 2015 3 16 /12 /décembre /2015 23:30

Le second tour des élections régionales s'achève sur des résultats ambivalents.

Après un premier tour cataclysmique, qui avait porté le Front National à 30% et aux marches du pouvoir régional en régions Nord-Pas-de-Calais/Picardie et PACA, il est heureux que dans ces deux régions l'élection de Marine Le Pen et Marion Maréchal-Le Pen ait été évitée ; mais c'est au prix de la disparition de la gauche des assemblées régionales et, dans le cas de PACA, cela signe parfois la quasi disparition des élus locaux de gauche.

Pour certains, cela démontrerait la pertinence de la stratégie du Front Républicain ; pourtant le maintien de la liste socialiste conduite par Jean-Pierre Masseret – qui ne méritait pas les avanies et les insultes publiques dont ses colistiers et lui-même ont été l'objet – dans le Grand Est doit nous faire relativiser cette option. Rien n'indique que le retrait pur et simple, qu'un « Front Républicain », qui s'apparente avant tout à un hara-kiri pur et simple de la gauche au profit d'une droite qui n'a souvent de « républicaine » que le nom que Sarkozy a donné à son parti, soit forcément la solution adaptée à toutes les situations. Le sursaut « républicain » des électeurs, et notamment d'une partie des abstentionnistes du 1er tour, que chacun salue aujourd'hui aurait peut-être pu se produire malgré le maintien de la gauche ; en tous les cas, personne ne peut aujourd'hui asséner de certitudes dans un sens ou dans l'autre.

* * *

Le « c’est moins pire » que ce que prédisaient les sondages est fallacieux. On ne devait avoir que trois régions et on en a cinq ! N'oublions pas que dans la région Centre/Val-de-Loire et dans la région Bourgogne/Franche-Comté nous ne l'emportons que de quelques milliers de voix. Partout le FN reste à des niveaux élevés, voire inquiétants (cf. Midi-Pyrénées/Languedoc-Roussillon), sauf en Île-de-France.

N'oublions pas que le total des voix de gauche au 2nd tour des régionales est de 32,12% des suffrages exprimés, moins qu'au 1er tour de la présidentielle de 1969.

La réalité est que la gauche préside désormais seulement cinq régions représentant 20 millions d’habitants, tandis que la droite en dirige sept avec 42,8 millions d'habitants soit plus du double. La gauche n’est par ailleurs plus représentée dans deux régions comptant 10,9 millions d'habitants soit 15 à 16% de la population française ! Et même sans compter ces deux régions, la droite dirige donc cinq régions de 31,9 habitants, bien plus que celles de gauche.

Le cas de la Corse est à part et la situation dans les DOM a débouché sur la défaite des candidats soutenus pas le PS.

* * *

Si l'on s'attarde sur l'Île-de-France, oui il y a eu un vote utile des électeurs du FN du 1er tour en faveur de Valérie Pécresse ; mais si l'on se préoccupe de la gauche, notons que les reports de voix ont été bons (près de 70%, ce qui n'était pas gagné d'avance et qui ne se reproduira peut-être plus demain, ils sont cependant en baisse par rapport à 2010 qui avait connu des reports de plus de 90% du Front de Gauche et de près de 80% d'Europe-Ecologie vers le PS) et que nous avons bénéficié comme la droite de la baisse de l'abstention entre les deux tours.

La gauche totalisait quelque 1.300.600 voix (LO comprise) au 1er tour et en a rassemblé 1.569.262 au 2nd tour. Il faut pour mesurer les évolutions et faire la comparaison avec 2010 (alors qu'il y a 5 ans l'abstention était plus forte) :

  • Voix obtenues par la gauche en 2010 en IdF : 1.720.993 ;

  • Voix obtenues par la gauche en 2015 en IdF : 1.569.262 avec une plus forte participation.

Il manque 150.000 voix à la louche, ce qui est largement supérieur aux 60.000 qui nous séparent de Valérie Pécresse. C'est le même problème que celui que nous avons subit aux municipales et aux départementales : l'abstention différentielle importante de notre électorat (Bartolone maintient le score PS du 1er tour avec probablement le retour au bercail d'électeurs ayant voté EELV en 2010, ce qui compense "artificiellement" la désertion de l'électorat populaire). L'abstention de l'électorat populaire motivée par la déception vis-à-vis de la politique gouvernementale jugée insuffisamment à gauche, en tout cas insuffisamment favorable aux catégories populaires (toutes origines confondues cf. Jérôme Fourquet et FJJ : Janvier 2015 : le catalyseur ; Karim vote à gauche et son voisin vote FN - concernant les considérations relatives à l'électorat d'origine immigrée, cet essai a l'intérêt de démontrer que cette catégorie réduite et très spécifique de l'électorat n'exprime pas de vote communautariste ; ses motivations électorales ou abstentionnistes ne sont pas motivées comme certains l'ont répété ad nauseum par des considérations sociétales, par une réaction au mariage pour tous, mais par des conditions de vie quotidienne concrètes et des attentes déçues quant à la prise en charge de la question sociale par la gauche au pouvoir) nous coûtent considérablement bien plus que les conneries de Ensemble et Clémentine Autain (pas pires que les sorties inopportunes de Bartolone entre deux tours)... Ces électeurs ont envie de gauche mais préfèrent l'abstention : ils considèrent que la gauche est un bloc qui paie de la même manière les reproches faits au gouvernement socialistes et le discours de Mélenchon, seul émetteur réellement visible à gauche du PS, n'est pas compris par les classes populaires...

Si l'on regarde l'évolution des voix pour la gauche par département au 2nd tour entre 2010 et 2015 en Île-de-France : on gagne ou on perd moins à Paris et le 92... on perd fortement partout ailleurs du fait des catégories populaires qui s'abstiennent alors même que la participation augmente ; sans oublier la question de l'éloignement de l'agglomération, du sentiment d'abandon par rapport à la puissance publique et aux services publics. Le pass navigo est arrivé trop tard pour contrebalancer et par ailleurs ne couvre pas toutes les attentes des habitants de la grande couronne qui ont pu avoir le sentiment d'être délaissés dans cette campagne.

  Huchon 2010 % abstention Bartolone 2015 % abstention Huchon-Bartolone participation
Paris 342761 49,90% 354117 40,50% 11356 9,40%
Seine-et-Marne 190846 58,50% 151427 47,20% -39419 11,30%
Yvelines 210466 51,20% 179275 43,76% -31191 7,44%
Essonne 202316 51,70% 171669 44,40% -30647 7,30%
Hauts-de-Seine 222359 50,20% 210107 43,02% -12252 7,18%
Seine-Saint-Denis 182376 59,70% 175247 54,10% -7129 5,60%
Val-de-Marne 203453 54,00% 183838 46,80% -19615 7,20%
Val-d'Oise 166108 55,50% 143582 48,75% -22526 6,75%
  1720685   1569262   -151423  

 

N'oublions pas non plus que le FN compte désormais 354 conseillers régionaux et que les socialistes n'en compteront que 320 à 340. N'oublions pas qu'avec les résultats des régionales transposées dans des législatives, plus rien n'empêche désormais le FN, dans un mode de scrutin majoritaire à deux tours, d'avoir un groupe parlementaire puissant (Le Monde a publié une carte démontrant qu'en transposant les résultats du 2nd tour des régionales sur les législatives, 46 députés FN auraient été élus ; c'est sans compter sur la dynamique de ce parti et il faudra regarder dans le détail là où ses listes arrivent deuxième ou troisième avec un écart de voix très faible pour mesurer la gravité de la menace). N'oublions pas que le FN a dépassé lors de ce second tour le nombre de suffrages obtenus par Marine Le Pen lors de la présidentielle de 2012, battant son propre record : il n'y a pas de plafond de verre pour le FN et faire vivre cette illusion serait politiquement irresponsable.

* * *

Je suis effrayé d'entendre en aparté certains de nos responsables nationaux compter sur ce haut niveau de vote pour l'extrême droite en espérant que la droite se divise ou soit pénalisée encore un peu plus par sa progression pour permettre la qualification in extremis d'un candidat socialiste pour le second tour de l'élection présidentielle.

Cette stratégie est non seulement hasardeuse, elle est cynique donc destructrice.

D'aucuns regardent un sondage qui donnait dimanche soir François Hollande à 21% à égalité avec Sarkozy si la présidentielle avait lieu demain, avec une Marine Le Pen à 27%, c'est la preuve pour eux que la présidentielle peut se gagner en affrontant l'extrême droite. Cela fait l'impasse sur l'incapacité à se rassembler à gauche au 1er tour, cela fait également l'impasse sur la réalité des résultats de la politique économique et sociale qui percute directement ceux dont nous recherchons les suffrages :

  • 42.000 chômeurs en plus,
  • baisse de la consommation populaire de 0,7%,
  • baisse de la production manufacturière de 0,7% tout cela en octobre 2015.

Cela rappelle à quel point le choix non équilibré de la seule politique de l'offre depuis l'automne 2012 est inefficace, mais en plus en contradiction avec nos engagements de campagne et nourrit chez nos électeurs l'idée du déséquilibre et de l'injustice économique et sociale qui leur est faite. Combien de temps croyez-vous une fois que la période des attentats et de l'état d'urgence ce sera éloignée (espérons que de nouveaux attentats n'auront pas lieu, car les conséquences politiques tout autant qu'humaine seraient désastreuses), que la remontée du Président de la République dans les sondages tiendra ? Une fois que la réalité économique reprendra le dessus l'embellie de popularité prendra fin et douchera les illusions des apprentis sorciers politiques.

* * *

Ces élections sont et restent une défaite de la gauche et une sanction de la politique menée depuis 2012, qui échoue et qui est contradictoire avec nos engagements de campagne. La réalité politique du pays a été donnée par les résultats du 1er tour.

Il y a un désaccord majeur à gauche sur l’ampleur des changements nécessaires à la société française, à l’Europe :

  • Ceux qui souhaitent ce bloc central, ce fameux « front républicain » estiment au fond que le libéralisme et la logique dominante du système vont dans le bon sens et qu’il convient au mieux d’en corriger les excès, les aspects les plus insupportables ;

  • et ceux qui pensent qu’il est urgent de s’attaquer aux racines des profondes déstabilisations induites par le système et engager, certes par la voie de réformes, de transformations radicales pour imposer plus de justice sociale, une reconquête de la souveraineté démocratique et nationale/populaire, une nouvelle étape dans l’affirmation du modèle républicain.

L’incantation républicaine sera vite vaine si elle se limite à défendre l’ordre Républicain – qu’il est essentiel de garantir-. La République doit faire la preuve de sa capacité émancipatrice pour tous et tenir sa promesse de Liberté, d’Égalité et de Fraternité… c’est d’ailleurs là, que la gauche devrait être au rendez-vous de l’histoire, en donnant chair à la belle idée de République sociale. Ce n’est pas la République a minima qui répondra à la dureté des temps.

Les tenants de la ligne du « front républicain » surjouent par ailleurs l’importance accordée à la question identitaire pour reléguer complètement la question sociale. Cette situation est apparue clairement lundi soir au sein du Bureau National du PS, où certes cette analyse était minoritaire mais venait en écho aux thèses du premier ministre.

La seconde voie est l’exigence d’unité de la gauche et des écologistes. Après trois ans et demi, où elle a été malmenée, elle a impérativement besoin de volonté politique déterminée et durable. Car chacun tentera de refiler le mistigri de la désunion à l’autre, plutôt que de réellement avancer vers un rassemblement crédible. Il convient d’abord d’alerter les responsables socialistes, qui s’imaginent que le PS représente l’essentiel de la gauche, qu’en réalité au premier tour le PS et ses partenaires immédiats représentent 23,43% et les autres forces de gauche et écologistes (certes en ordre dispersé) totalisent 12,54 %.

Face à un « Front Républicain » qui montrera tôt ou tard ses limites, il est temps d'élaborer un nouveau Front Populaire. C’est le seul antidote qui vaille : unité et offensive sociale, de progrès. Le seul problème est que Jean-Luc Mélenchon l’imagine sans une partie du PS, et particulièrement celle qui dirige actuellement. Bref pas le rassemblement de toute la gauche, donc pas le Front Populaire.

Entre ceux qui veulent s’affranchir de l’Union et ceux qui ne l’imaginent qu’autour de leurs thèses, s’expriment les deux faces d’une même impuissance collective.

* * *

Ceux qui ont créé le problème (à droite et à gauche) ne doivent plus pouvoir s'ériger comme le rempart face au monstre qu'ils ont encore contribué à faire progresser.

  • il faut le plus vite possible établir un inventaire de la politique du gouvernement en rappelant que, même si "on s'en sort bien", on a frôlé la catastrophe et qu'on risque de ne pas l'éviter la prochaine fois si on ne s'interroge pas sur les raisons de la progression du FN depuis 2012 et du choix massif de l'abstention dans l'électorat de gauche ;

  • il faut exiger le retrait de tous les projets de loi fracturent la gauche (la loi Macron II, la réforme du code du travail, l'inscription de la déchéance de nationalité pour les binationaux nés Français dans la constitution) et bâtir dans un véritable contrat avec la majorité parlementaire de gauche un nouvel agenda politique qui permettra d'avoir un gouvernement de toute la gauche, avec la relance de l'investissement public et de la consommation...

  • et il faut enfin des primaires si possibles les plus larges à gauche car c'est la seule manière de débattre du bilan et du projet (contrat de mandature) qui permettront de rassembler la gauche ce que nous n'avions pas pu faire aux régionales, pour s'assurer d'être en ordre de bataille pour les présidentielles et les législatives ...

La carte des régions à l'issue du second tour des régionales donne une image trompeuse de la réalité politique de la France

La carte des régions à l'issue du second tour des régionales donne une image trompeuse de la réalité politique de la France

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9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 11:51
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J'étais interrogé hier à 14h05 (8h05 heure de Montréal) dans l'émission Le Plateau Montmartre par François Roberge de Radio Centre-Ville sur l'analyse du premier tour des élections régionales qui ont eu lieu dimanche 6 décembre 2015.

Vous trouverez le fichier mp3 ci-dessous.

L'occasion de faire prendre conscience à nos cousins québécois la catastrophe électorale qu'elles ont à nouveau révélée :

  • le FN à 30%, en tête dans 6 régions sur 13, dépassant ou approchant les 40% dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, PACA et Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes ;
  • une gauche divisée par la politique gouvernementale, et des électeurs qui ont à nouveau sanctionné la gauche toutes sensibilités confondues, parce qu'ils désapprouvent la politique menée, ce qui a également renforcé le FN ;
  • une droite en tassement, car elle ne convainc pas et a depuis 10 ans crédibilisé le discours de l'extrême droite ;
  • une incapacité à rendre audible dans ces conditions le bilan favorable des équipes de gauche dans les régions, et des projets pour l'avenir ;
  • un second tour très incertain qui risque de voir 3 régions tomber dans l'escarcelle du FN, avec un retrait des listes socialistes dans le Nord et en PACA, qui n'empêchera vraissemblablement pas les victoires de Marine et Marion Maréchal Le Pen ;
  • la nécessité de tout faire pour que les régions françaises conservent des projets progressistes là où c'est encore possible grâce au rassemblement de la gauche, et à l'avenir pour réorienter la politique gouvernementale afin qu'elle respecte enfin les engagements de 2012.

Bonne écoute.

Frédéric FARAVEL

en podcast ici

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4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 19:12
Jeremy Corbyn, leader du Labour Party, et David Cameron, premier ministre conservateur du Royaume-Uni

Jeremy Corbyn, leader du Labour Party, et David Cameron, premier ministre conservateur du Royaume-Uni

C'est passé quelque peu inaperçu, surtout en France, car David Cameron a entamé une étape déterminante de sa stratégie de chantage au Brexit quelques trois jours avant les attentats qui ont ensanglanté la France.

C'est pourtant un défi majeur que le Premier ministre conservateur britannique vient de soumettre à tous les Européens, quel que soit leur niveau de confiance ou de défiance dans l'état et l'évolution de la construction européenne.

En adressant un courrier à Donald Tusk, président du Conseil européen, le 10 novembre 2015, et en prononçant le même jour à Chatham House un discours à l'attention de ses compatriotes britanniques (vous trouverez la traduction de l'un et de l'autre en PDF à la fin de cet article), le titulaire du 10 Downing Street met enfin par écrit les conditions auxquelles il souhaite conditionner le maintient du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande-du-Nord dans l'Union Européenne.

Je le répète : nous sommes là purement et simplement face à une opération de chantage politique, dont les conséquences seront déterminantes mais qui joue sur un pari particulièrement périlleux.

David Cameron n'envisage pas un seul instant que l'ultimatum qu'il adresse aux institutions européennes puisse échouer. De fait, l'addition des égoïsmes nationaux et de la lâcheté face à la démagogie conservatrice britannique pourrait bien lui donner raison. Il est en effet fort probable que la Commission et le Conseil européens préfèrent céder plutôt que d'affronter le défi posé par le gouvernement outre-manche ; ainsi David Cameron a beau jeu de faire part de la compréhension que lui ont témoignée ses homologues concernant la manière dont la Grande-Bretagne a et souhaite encore aborder le "traitement" de la crise des réfugiés ; de même, il semble - c'est en tout cas ce que dit et écrit le locataire du 10 Downing Street - que les réunions techniques entre les administrations britanniques et européennes soient particulièrement avancées.

Pourtant, d'un point de vue européen, comme du point de vue britannique, cette opération est à double-tranchant. Voici pourquoi...

Le piège pour les Européens :

La lâcheté est toujours mauvaise conseillère. Céder à David Cameron ouvrirait une période de turbulence qui pourrait s'avérer totalement ingérable pour l'Union Européenne. En effet, David Cameron ne réclame rien de moins que de vider de toute substance la participation de la Grande-Bretagne à l'Union Européenne. Aucune solidarité économique et financière avec le reste des membres de l'Union Européenne, notamment avec ceux qui participent à l'eurozone ; aucune perspective d'harmonisation sociale et fiscale, dans le but de décharger les sociétés britanniques d'une quelconque obligation d'équité économique ; aucune solidarité avec les Etats européens qui font face plus que d'autres, plus que la Grande-Bretagne elle-même, à la crise des réfugiés qui s'est aggravée avec la guerre en Syrie et la montée en puissance de Daesh - au contraire, il s'agit de limiter - en faisant porter la responsabilité des restrictions et des contrôles aux États du continent - plus encore l'entrée de migrants en Grande-Bretagne et notamment ceux qui viennent de l'Union européenne, accusés de vouloir profiter de la générosité du Welfare state britannique (il insiste d'ailleurs particulièrement sur les dernières mesures - et celles à venir - de restriction d'accès aux aides sociales prises par le gouvernement conservateurs à cet effet) ; il s'agit également de se dégager des obligations et de la jurisprudence européenne en matière de droits de l'Homme, jugées attentatoires à la sécurité nationale et contre-productive dans la lutte contre la criminalité.

Seul le marché unique trouve donc grâce aux yeux de David Cameron, qui souhaite bénéficier du beurre, de l'argent du beurre, et ne concédant que le sourire de la crémière tant qu'il se limite à une adhésion purement formelle à l'UE.

On voit bien où mènerait un acquiescement ou une abdication des Européens devant le diktat britannique : la boîte de Pandore serait dès lors ouverte, car chaque Etat serait encouragé à réclamer des accommodements et des dérogations. La pression des eurosceptiques et des formations populistes et nationalistes ne pourraient que croître en ce sens et ce serait aborder une nouvelle étape du délitement des solidarités européennes dans les pires conditions sans que cela ne débouche sur rien de constructif.

Par ailleurs, les citoyens européens seraient alors bien inspirés de se demander à quoi servirait une Union Européenne dont les éléments de solidarité auraient définitivement disparu et dont il ne resterait que les réglementations et les cadres juridiques, budgétaires et financiers ordo-libéraux, qui empêchent déjà de mener des politiques alternatives et de respecter la souveraineté populaire.

S'il y avait encore une possibilité de sauver l'idée de l'unification européenne, laisser Cameron gagner ces arbitrages seraient le premier clou planté dans le cercueil de la construction européenne (dont les conservateurs et les sociaux-libéraux ont déjà assemblé les planches).

Le piège pour les Britanniques :

David Cameron prévient les électeurs conservateurs tentés par les thèses du UKIP : il présente la seule solution pour appliquer de manière réaliste leurs espoirs - conserver les avantages économiques, sans être tenu par des obligations collectives. Le plan Cameron accepté par les Européens et soumis à référendum ne saurait être rejeté pour obtenir une négociation encore plus favorable au sens des eurosceptiques anglais.

Mais le démagogue qu'il est pourrait bien se trouver pris à son propre piège ; alors qu'il pense avoir mis le couteau sous la gorge des Européens (et c'est le cas) et couper l'herbe sous le pieds du UKIP et de Nigel Farage (sans compter qu'en terme de démagogie, Nigel en a encore sous la semelle), il pourrait fournir les arguments pour que le plan de réforme qu'il propose soit finalement rejeté avec l'adhésion à l'Union Européenne.

En effet, aux électeurs europhobes qui trouveront que le "compromis" Cameron sera toujours insuffisant, pourraient s'ajouter tous ceux qui considèrent avec réalisme l'adhésion de la Grande-Bretagne à l'Union Européenne.

Jeremy Corbyn l'avait d'ailleurs parfaitement expliqué dans une déclaration fin septembre (que vous pourrez retrouver sur ce site) : La gauche britannique connaît parfaitement les limites et les dérives de la construction européenne ; lui-même partage la colère et l'effroi de nombreux européens sincères quant au sort infligé en juillet dernier à la Grèce dans le seul but de ne pas enfoncer un coin dans les logiques ordo-libérales qui dominent aujourd'hui la construction européenne. Le Labour Party dirigé par Corbyn aurait sans doute beaucoup de choses à dire avec nous pour proposer une autre Europe ; mais à ce stade, et au regard de la situation juridique et sociale spécifique de la Grande-Bretagne, son appartenance à l'UE est aujourd'hui a peu près la seule source de protection et de progrès social que les Britanniques peuvent invoquer et peuvent opposer à des mesures encore plus drastiques que souhaitent mettre en place les conservateurs. Or précisément, c'est ces protections et ce minimum social dont Cameron souhaite débarrasser la Grande-Bretagne. S'il y parvenait quel intérêt aurait encore la classe ouvrière britannique (la classe moyenne n'existe pas) à souhaiter le maintient du Royaume-Uni dans l'UE, qui ne lui apporterait aucune protection et qui présente un image particulièrement post-démocratique et technocratique ? Si Cameron réussit son pari, la gauche britannique sera confrontée à une question essentielle : quel intérêt pratique et politique aura-t-elle à aider Cameron à remporter son référendum si c'est pour mettre à bas tout ce en quoi elle croit (à nouveau) ? Quel intérêt auront les nationalistes écossais, les travaillistes social-démocrates nord-irlandais ou les républicains irlandais à faire voter YES à un accord qui ne garantit plus les standards de la CEDH, qui abat les politiques sociales et qui va à l'encontre de ce qu'ils jugent être leurs propres intérêts nationaux ?

* * *

En réalité, David Cameron a placé tout à la fois l'Union Européenne et la Grande-Bretagne dans une impasse. Et à ce stade, on voit difficilement comment l'une et l'autre pourront sortir du piège démagogique que cet aristocrate machiavélique a cru intelligent d'inventer.

Frédéric Faravel

 

Lettre de David Cameron à Donald Tusk - 10 novembre 2015

Discours de David Cameron à Chatham House - 10 novembre 2015

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 15:22

Notre pays et nos concitoyens ont à nouveau été frappés ce vendredi 13 novembre par des attentats barbares organisés et revendiqués par Daesh. Nos pensées vont évidemment en priorité pour les 130 victimes, assassinées par les terroristes djihadistes, aux centaines de blessés qu'ils ont causés, à leurs familles et à leurs amis, qui sont dans la peine et qui auront besoin du soutien total de la Nation.
Nous saluons l'efficacité et le sang-froid des forces de sécurité et de santé qui ont accompli un travail formidable pour mettre hors d'état de nuire les assassins et apporter leurs secours aux personnes en danger. Ce sang-froid, cette efficacité s'est encore illustrée dans les jours qui ont suivi dans la traque des criminels, les soins apportés aux victimes.
Nous saluons la réaction ferme et déterminée du Président de la République et de son gouvernement pour faire face à l'agression. Les mesures immédiates nécessaires ont été prises, les discussions internationales ont été relancées à leur initiative.
La gravité de la situation justifiait pleinement que soit décrété l'état d'urgence ; dans notre grande majorité, nous considérons également que sa prorogation pour 3 mois est nécessaire. La mise en cause relative du pacte de stabilité européen et l'appel à la solidarité européenne sont également des actes politiques forts et nous devrons nous appuyer sur ce précédent. Le rappel des dégâts causés par 10 ans de gouvernement de droite dans notre appareil de sécurité a été bienvenu et nous nous réjouissons de l'effort supplémentaire engagé pour remettre à niveau nos forces de police, notre armée et la Justice.
Ces mesures exceptionnelles pour faire face à une situation que nous espérons temporaire, malgré des difficultés internationales qui sont, elles, durables, sont là pour répondre à une menace qui est également exceptionnelle.
Les attentats qui ont suivi ailleurs dans le monde et notamment hier en Tunisie invalident totalement les arguments de ceux qui tentent de nous expliquer que la France serait un peu responsable de ce qui lui arrive en s'étant attaqué militairement à Daesh. La politique étrangère de Tunis justifie-t-elle une "vengeance" d'une entreprise terroriste djihadiste proche-orientale ? Evidemment non ! Là-bas, comme ici, c'est bien la Démocratie, la Laïcité, la République et les libertés individuelles et collectives qui sont directement visées
C'est pourquoi nous ne considérons pas que cette situation exceptionnelle justifie d'abdiquer notre capacité d'analyse, d'interrogation, d'interpellation et de propositions. Cela est vrai dans les domaines économiques et sociaux pour lesquels les débats sur la pertinence de la politique sociale-libérale conduite depuis octobre 2012 restent d'actualité, car un pays fort et sûr de lui se meure également à la force de son économie et sa capacité à dégager les recettes nécessaires pour la puissance publique. Mais c'est également vrai de l'impérieuse exigence de vigilance sur l'encadrement de l'action de nos forces de sécurité, qui sont déjà mises à rude épreuve depuis janvier dernier. Elle ne doit pas éteindre non plus les interrogations légitimes sur l'organisation et l'efficacité de notre dispositif de renseignement, sur les insuffisances de notre stratégie internationale, sur certaines de nos relations (avec le Qatar ou l'Arabie Saoudite), sur les moyens donnés à la justice antiterroriste ou sur le renforcement nécessaire de notre Pacte Républicain, dont les reculs ont empêché de prévenir la dérive individuelle criminelle de plusieurs centaines ou milliers de jeunes gens qui ont grandi à nos côtés.
C'est pourquoi nous avons souhaité publier ici les explications de vote de quatre de nos parlementaires socialistes qui ont voté POUR, CONTRE, ou se sont abstenus sur la prorogation de l'état d'urgence, car ils ont fait cet effort de réflexion et d'explication qui a peut-être manqué à certains. Ils ont le mérite de ne sombrer dans aucune caricature et de remettre en perspective les enjeux tant sur la situation intérieure, sur la question des libertés publiques, que sur notre action extérieure.
Notre République ne vaincra que par un renforcement de la démocratie ; les Socialistes ne relèveront la tête pour affronter les périls qu'à la condition de rester fidèles à leurs valeurs.

Frédéric FARAVEL
mandataire fédéral de la motion B

 

Lire l'explication de vote de J.-P. Blazy                     L'explication de vote de G. Sebaoun

Lire l'explication de vote de M.-N. Lienemann           L'explication de vote de F. Carrey-Comte

 
La France à nouveau frappée, la République et la Démocratie en lutte contre une idéologie de mort
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4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 17:54
La dérive de la construction européenne est-elle (ir)résistible ?

Après sa reprise le 12 octobre et l'excellente intervention de William Leday, l'école de formation a abordé lundi 2 novembre un sujet qui résonne évidemment fortement avec l'actualité de l'année écoulée : "La dérive de la construction européenne est-elle irrésistible ?".

J'animais cette séance.

Je vous encourage à consulter la précédente séance de l'école qui avait abordé la construction européenne avec François Lafon, le lundi 1er décembre 2014 ; c'est une bonne entrée en matière.

Les vidéos de la séance sont disponibles ci-dessous ; vous pouvez d'ores-et-déjà consulter la présentation utilisée pour la soirée et quelques autres documents pédagogiques.

La dérive de la construction européenne est-elle (ir)résistible ?

Histoire de l'ordo-libéralisme allemand

Bibliographie sur la dérive de la construction européenne

Déclaration de Jeremy Corbyn sur le Brexit

La dérive de la construction européenne est-elle (ir)résistible ?
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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 13:39
Portugal : la souveraineté populaire bafouée, nouvel exemple d'évolution post-démocratique en Europe

Le Président de la République portugaise a annoncé hier soir dans une allocution télévisée sa décision de reconduire Pedro Passos Coelho, premier ministre de centre-droit sortant.

Si la coalition PSD/CDS-PP, qu'il menait, est arrivée en tête avec 38,5% des suffrages exprimés le dimanche 4 octobre dernier, elle ne dispose pourtant pas d'une majorité parlementaire, au contraire des forces de gauche qui ont, elles, rassemblé 52% des voix (tous partis confondus).

Pour la première fois dans l'histoire de la démocratie portugaise, Antonio Costa – leader des socialistes portugais – avait engagé et réussi un travail politique important permettant de rassembler l'ensemble des forces de gauche (PS : 32,4%, Bloc de Gauche (BE) : 10,2%, alliance écolo-communiste : 8,3%) derrière un gouvernement disposant d'une majorité parlementaire alternative et absolue de 122 sièges sur 230. Alors qu’Antonio Costa lui a présenté mardi soir un accord de gouvernement majoritaire, le président Anibal Cavaco Silva a décidé de faire fi de cet accord, de faire du message politique extrêmement clair adressé par le peuple portugais pour sortir du « tout austérité ».

Il n'est pas question pour nous d'entrer dans un débat hors sol pour savoir si cette décision respecte la lettre ou l'esprit de la constitution portugaise, mais de condamner avec force le déni de démocratie qu'elle représente.

En effet, le Président portugais a donné pour seul argument de son choix qu'il refuserait de permettre la participation au gouvernement de forces politiques (le Parti communiste portugais et le BE) critiques vis-à-vis des institutions européennes et favorables à la sortie du Portugal de la zone euro. En insistant sur ce point (« Hors de l'UE et de la zone euro, l'avenir du Portugal serait catastrophique »), il a sciemment menti à ses concitoyens puisque le programme de gouvernement rassemblant PS, PCP et BE ne prévoit évidemment ni la sortie de l'UE, ni celle de l'euro et qu'Antonio Costa s'est engagé à respecter les règles financières de l'eurozone.

En fait, M. Cavaco Silva tente un coup de poker : à demi-mot, il espère l’abstention de 16 députés socialistes afin d’obtenir, dans 13 jours, la confiance au gouvernement. Celle-ci semble d’ores-et-déjà utopique. En opposant ainsi une fin de non recevoir définitive à une alternative de gauche pourtant majoritaire, il choisit de maintenir un gouvernement minoritaire de droite qui pourrait ne pas passer le vote de confiance au Parlement et gérer les affaires courantes indéfiniment (c'est-à-dire poursuivre la politique austéritaire engagée par Passos Coelho).

Le Président portugais a pris hier soir le risque de faire entrer son pays dans une période d'instabilité politique, qui ne profitera à terme à aucune force démocratique puisque la souveraineté populaire et l'esprit démocratique sont ainsi battus en brèche.

C'est une nouvelle distorsion entre la volonté exprimée par des citoyens européens et les politiques qui leurs sont imposées. C'était le cas en en 2008 avec la ratification du Traité de Lisbonne malgré le rejet référendaire du TCE en 2005 par les Français et les Néerlandais ; ce fut la même logique lorsque l'eurogroupe a contraignit le gouvernement Tsípras à céder sous sa menace le 13 juillet. À chaque fois, la logique ordo-libérale imposée à la construction européenne« il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités » (Jean-Claude Juncker)nous enferme un peu plus dans une grave dérive post-démocratique, qui risque de tuer à petit feu l'idéal de l'intégration européenne et qui nourrit tous les jours un peu plus les populismes et les formations xénophobes.

Les socialistes français et européens doivent désormais par tous les moyens manifester avec force et détermination leur soutien envers le peuple portugais, Antonio Costa et la coalition de gauche qu’il avait su rassembler. La parole démocratique qui s’est exprimé le 4 octobre dernier doit être respectée. On ne joue pas avec la démocratie sous peine de l’abîmer. Il est temps qu'en Europe les socialistes et toute la gauche se mobilisent ensemble pour exiger une alternative à l'austérité et une réorientation de la construction européenne qui la rende à nouveau conforme aux valeurs démocratique et respectueuses de la souveraineté populaire.

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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 18:41
La gauche confrontée à la crise de la construction européenne

L'année écoulée aura représenté une nouvelle fracture dans l'appréhension, que les citoyens en général, et les militants de gauche en particulier, ont de la construction européenne.

Depuis des années, il est devenu terriblement banal de dire que cette construction européenne se fait sans associer les peuples, qui s'en détournent peu à peu, comme le démontre à chaque élection du Parlement européen le taux d'abstention ou la progression (inégale il est vrai selon les pays) des forces politiques europhobes, populistes ou national-populistes.

Les traités européens, qui se sont succédé depuis la chute du mur de Berlin, ont en effet multiplié les transferts de compétences et de souveraineté des États-Nations vers des institutions supra-nationales, qui n'ont pour la plupart aucun compte à rendre devant les citoyens. Ainsi une partie de la gauche et des socialistes dénoncent depuis plus de vingt ans désormais l'indépendance de la Banque Centrale Européenne et l'insuffisance de pouvoirs réels du Parlement européen, devenu le symbole d'une perte de souveraineté populaire à l'échelle nationale jamais regagné à l'échelle européenne.

À mi parcours, l'épisode du projet de traité constitutionnel européen a illustré une première fois à quel point les choix des électeurs ne pesaient plus sur les destinées de l'Union Européenne : rejeté par référendum en France et au Pays-Bas (sans doute pour des raisons différentes), il réapparaissait en 2007-2008 sous le titre de Traité de Lisbonne pour être ratifié par les parlements sans tenir compte des scrutins référendaires.

La dérive ordo-libérale de la construction européenne est-elle en train de tuer l'idéal européen ?

Lorsque les failles de l'architecture économique et monétaire de l'Union européenne et de la zone euro furent mises au jour par la crise financière de 2008-2009, la réponse des gouvernements européens conservateurs et libéraux fut de graver dans le marbre les politiques d'austérité au travers du TSCG, baptisé traité Merkozy, et depuis complété au parlement européen par les directives Six-pack et Two-pack. C'est sur ce dossier même que l'orientation du quinquennat de François Hollande s'est sans doute joué, dès ses premières semaines, le Président de la République nouvellement élu refusant de renégocier ce traité, comme il s'y était engagé devant les Français, pour négocier des délais supplémentaires afin de se conformer aux mécanismes de contraintes budgétaires que nous avions dénoncés durant la campagne électorale.

Les différents développements de la crise grecque depuis 2009 ont démontré à l'extrême la perversion de la dérive ordo-libérale de la construction européenne : des cures d'austérité sans précédent qui aggravaient les difficultés du pays et saignait à blanc le peuple grec. Lorsque Syriza – au terme d'un processus qui alliait tout à la fois le déshonneur et la déconfiture du PASOK et une profonde aspiration du peuple grec à une alternative anti-austérité – a remporté les élections de janvier 2015, nous avons été nombreux à espérer qu'il y avait enfin une possibilité de faire évoluer le rapport de force, d'abord pour mettre un terme aux supplices infligés aux Grecs et ensuite et à plus long terme pour réorienter l'Union européenne. Mais six mois plus tard, après avoir subi un chantage politique, financier et économique, commis quelques erreurs, et malgré un mandat référendaire sans appel quelques jours plus tôt, le gouvernement d'Alexis Tsípras était contraint par l'eurogroupe d'accepter un troisième memorandum qui ancre dans la durée les politiques d'austérité et enferme la Grèce dans une logique de récession.

Le gouvernement grec n'a pas reçu le soutien qu'il aurait pu espérer des gouvernements de gauche en Europe. La position de la France n'a consisté qu'à maintenir le lien et les négociations quand les pressions pour un Grexit brutal étaient trop fortes, mais François Hollande et son gouvernement n'ont jamais remis en cause la logique austéritaire et le fonctionnement de l'eurogroupe, conseillant aux négociateurs grecs d'adopter une posture identique à celle de la France depuis juin 2012 : accepter les « règles du jeu » de la zone euro et abdiquer finalement toute prétention à mener une politique économique alternative.

A l’issue de la crise grecque – issue provisoire, car le 3ème mémorandum est voué à l'échec –, la question est posée : est-ce qu’on peut concevoir aujourd’hui une politique alternative dans le cadre européen tel qu’il est ? À la fois une alternative au niveau national, alors qu’on est pris dans un réseau de contraintes liées à notre appartenance à l’Union ; mais aussi une alternative au niveau européen, si plusieurs États membres se coordonnent pour infléchir la construction européenne… est-ce que le cadre actuel le permet ? C'est à cette question majeure que la gauche et les socialistes doivent aujourd’hui apporter une réponse car elle détermine la question de la souveraineté populaire, au moment où l'orientation ordo-libérale de la construction européenne semble impliquer un passage durable dans une période post-démocratique.

À ce titre, les propositions reprises par le Président de la République en faveur d'un gouvernement économique et d'un parlement de la zone euro n'apportent pas de réponses : que changerait une telle architecture institutionnelle si ces organes restent soumis aux logiques ordo-libérales inscrites dans les traités ?

La crise des réfugiés est une autre facette symptomatique de la perte de repère et de sens à l’œuvre dans l'Union Européenne. Les institutions et les gouvernements européens n'ont pas découvert cet été la crise migratoire ; si la conquête de territoires immenses à cheval sur l'Irak et la Syrie par Daesh a aggravé le phénomène, il est en marche depuis plusieurs années, conséquences tout à la fois de la transformation des sociétés africaines et moyen-orientales sous l'effet de la mondialisation, du changement climatique et des « déstabilisations » issues des « printemps arabes ».

Voici plusieurs années que les pays méditerranéens de l'UE sont confrontés à un afflux important et dramatique de migrants, dont on fait mine aujourd’hui de découvrir qu'ils mériteraient pour une majorité d'entre eux d'être considérés comme des réfugiés. L'Espagne, l'Italie, Malte ou la Grèce – déjà confrontées à l'imposition des politiques d'austérité – ont été trop longtemps laissées à elles-mêmes pour « gérer » cette situation et les centaines de morts qu'elle provoquait, alors qu'elle concernait l'ensemble des Européens. Les égoïsmes nationaux et l'inertie technocratique ont trop longtemps primé sur l'impératif devoir de solidarité et de fraternité, entre États membres et à l'égard des réfugiés qui sont censées constituer les valeurs de l'Europe.

Lorsque la Commission européenne a commencé à prendre la mesure des enjeux en proposant une répartition solidaire et obligatoire de l'accueil des réfugiés, nous avons tout à la fois été confrontés au populisme et à la xénophobie officielle de certains États d'Europe centrale, comme la Hongrie ou la Slovaquie, l'égoïsme britannique et une certaine hypocrisie française qui n'a rien trouvé de mieux que d'engager une vaine et infondée polémique sur la question des quotas. Poussés par les événements et l'émotion populaire, la Commission et le couple Franco-Allemand œuvrent désormais ensemble pour rattraper le temps perdu. Mais rien ne dit qu'ils arriveront à créer les conditions du consensus qui doivent permettre la mise en place d'une politique migratoire européenne, si ce n'est commune, au moins coordonnée.

Ainsi, l'UE s'accorde finalement sans difficulté sur des contraintes à l'encontre d'un ou plusieurs États membres quand il s'agit d'imposer des politiques d'austérité qui deviennent de plus en plus irrationnelles, mais semble incapable ou impuissante à mettre en œuvre les principes de solidarité et d'humanité qui devrait l'unir.

La crise permanente de la gauche européenne

On pouvait lire en 1972 dans Le Manifeste du PSU «La social-démocratie est devenue gérante, parfois médiocre comme en France et en Angleterre, parfois habile comme en Suède, du capitalisme.» ; on peut dire en 2015 que ce constat est largement dépassé : la social-démocratie, convertie pour l'essentiel au social-libéralisme, est devenue l'un des promoteurs actifs de l'ordo-libéralisme qui vide de son sens la construction européenne. À ce titre, le comportement de Jeroen Dijsselbloem, président de l'eurogroupe, dans la crise grecque aura été parfaitement insupportable. Tout a été fait pour obtenir soit la capitulation de Syriza, soit la chute du gouvernement grec, dans l'objectif officiel de faire respecter les règles budgétaires absurdes inscrites dans les traités européens, et dans le but officieux de faire échouer toute expérience d'une politique alternative à l'austérité. Les propos de Martin Schulz ou de Sigmar Gabriel allaient peu ou prou dans le même sens.

Les élections se succèdent en Europe et confirment toujours la perte d'influence de notre famille politique. À de rares exceptions près, lorsqu'ils gagnent, les partis socialistes le font poussivement, mais leurs défaites sont de plus en plus souvent des déroutes. Dans de nombreux États membres, ils sont déjà réduits à des rôles de supplétifs dans des gouvernements à direction libérale ou conservatrice. La famille socialiste et social-démocrate ne semble pas avoir retenu la leçon des années 1990 et 2000 durant lesquelles ses membres ont mené des politiques d'inspiration libérale, qui se sont révélées funestes tant du point de vue économique et social qu'électoral. Le congrès du PSE à Budapest en juin dernier a démontré l'état de décomposition et d'incohérence politique de cette organisation et de ses membres.

Les socialistes français ont fait l'erreur de considérer l'engagement européen comme un succédané à un internationalisme jamais pensé ; mais que reste-t-il de cette posture lorsque l'idée européenne a été détournée de son sens initial ?... Le PS avait appelé à l'été 2011 à assumer le nécessaire affrontement politique avec les conservateurs allemands, ce qui avait déjà provoqué des réactions surjouées sur la supposée germanophobie des socialistes français. Il paraît aujourd'hui absolument nécessaire, sans préjuger des débats du futur congrès du SPD, d'assumer la confrontation politique avec les dirigeants actuels de ce parti. La gauche du Parti Socialiste doit donc dans ce but entreprendre de consolider les contacts épars avec ses équivalents dans les partis du PSE – quand ils existent. Des contacts peuvent être évidement établis et le sont déjà au Parlement européen, mais il faudra compter également sur le renforcement de nos liens avec le Parti socialiste wallon, qui a pour particularité de n'avoir pas changé son discours européen exigeant entre son passage au pouvoir et désormais dans l'opposition.

La conquête du leadership au sein du Labour Party de Grande-Bretagne par Jeremy Corbyn est un point d'appui évident car, malgré l'affaiblissement réel du Labour, ce parti conduit aujourd'hui un changement de stratégie politique majeur dans la gauche britannique, en rupture avec le libéralisme assumé qui l'a éloigné de sa base électorale après qu'une partie des électeurs blairistes est revenue à ses amours tories, et sans doute avec une évolution marquée des engagements européens de ce parti. L'appui d'un Labour de gauche – même s'il a depuis longtemps pris quelques distances avec le PSE – ne serait pas négligeable pour une alliance des gauches socialistes, qui ont besoin qu'un grand parti demande un fonctionnement plus démocratique et transparent du PSE.

Malgré les désillusions provoquées par l'échec de Syriza face à l'eurogroupe, lorsqu'il existe une dynamique à gauche, ce sont des partis hors PSE qui en profitent, surfant sur les compromissions des sociaux-démocrates ou sur leur incapacité à proposer une alternative crédible à la droite : Syriza en fut le symptôme le plus prégnant, mais c'est aussi le cas de Podemos ou encore d'Izquierda Unida en Espagne. Au Portugal, la gauche radicale (Bloc de gauche BE et alliance écolo-communiste CDU) a plus progressé que le PS (+5,4 points et + 4,3 points) lors des élections du 4 octobre. En Irlande (nord et sud), c'est Sinn Féin qui est en dynamique.

Pour compléter le tableau, plusieurs forces politiques siègent au sein des groupes parlementaires européens écologistes ou GUE/NGL, alors qu'ils portent un discours socialiste assez « classique », c'est le cas de Syriza (dont le leader Alexis Tsípras était le candidat du Parti de la gauche européenne, présidé par Pierre Laurent, à la présidence de la commission) ou de Sinn Féin à nouveau, mais aussi du Parti Socialiste néerlandais, du SNP écossais (qui malgré son échec référendaire sur l'indépendance a triomphé successivement aux élections européennes puis aux élections générales, remportant 56 des 58 membres écossais à Westminster), ou du Parti Socialiste Populaire danois.

Si les socialistes européens, et parmi eux en premier les socialistes français, veulent sortir de l'impasse politique, il est urgent d'engager un dialogue structurel avec ses forces nouvelles ou qui, pour les plus anciennes, ont su se renouveler, alors que nous étions incapables de structurer une alternative à l'offensive libérale engagée depuis la fin des années 1970, au point d'intégrer de manière plus ou moins assumée une partie de ce discours dans notre corpus programmatique.

Nous devons également mettre fin au compromis historique avec les anciens démocrates-chrétiens, devenus conservateurs. Il ne s'agit plus simplement d'assurer la co-gestion du Parlement européen, pour un bon fonctionnement des institutions communautaires, mais trop souvent les compromis s'étendent au fond des politiques et des délibérations et amènent les membres du groupe S&D à concéder trop de points au PPE et aux libéraux. Cela mine durablement la lisibilité et la cohérence de nos options politiques, et nous rend plus inaudibles encore auprès des électeurs européens. Nous devons lui substituer un rapprochement avec le Parti de la Gauche européenne et les Écologistes. Seule cette option nous permet de rendre crédible la perspective d'une alternative politique sur les enjeux de la construction européenne.

Mais ne nous y trompons pas les débats, qui traversent la social-démocratie sur la construction européenne et la possibilité de la réorienter, sont également posés chez nos partenaires écologistes, de la gauche radicale ou (post-) communiste (les positions du PCF sur le mémorandum et la nature de la zone euro en témoignent) : c'est une culture politique dominante dans la « gauche radicale » européenne, qui craint que toute déconstruction ou crise durable d’un cadre international ne finisse par profiter à la droite radicale xénophobe. Ainsi l’idéal européen est finalement confondu avec sa traduction institutionnelle existante, alors même que l’écart entre les deux est régulièrement dénoncé.

Enfin, l'émergence d'une alternative européenne de gauche soit suffisamment forte et coordonnée pour imposer une véritable réorientation de la construction européenne et donc un bouleversement profond des traités actuels s'inscrit forcément sur le temps long.

Il n'est pas dit que les peuples européens soient disposés à attendre jusque là.

Frédéric FARAVEL

La gauche confrontée à la crise de la construction européenne
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29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 09:40
Jeremy Corbyn prend position sur le référendum du Brexit

Lors de la conférence annuelle du Parti travailliste à Brighton, qui se déroulaient ce week-end, couronnant la désignation de Jeremy Corbyn comme chef du parti et potentiel candidat au poste de Premier ministre, à moyen terme, celui-ci était évidemment très attendu sur son analyse de la situation politique engendrée par la convocation par David Cameron en 2016 d'un référendum sur le maintien ou non de la Grande-Bretagne dans l'Union Européenne.

Tout le monde connaît le rapport critique que Jeremy Corbyn entretient, à juste titre, avec la construction européenne et plus encore avec les graves dérives ordo-libérales dont nous subissons depuis plusieurs années les conséquences et qui pourraient tuer l'idée européenne.

C'est pourquoi cette déclaration est importante et démontre la finesse et la profondeur politique du nouveau leader du Labour, qui a décidé de ne pas se laisser piéger par le cynisme des conservateurs.

Vous en trouverez ci-dessous la traduction, que j'ai réalisée à partir du texte original publié par le site SocialEurope.eu

Bonne lecture,
Frédéric FARAVEL

Pour moi, en tant que socialiste, l'Europe a toujours été un paradoxe. Elle a été mise en place par les conservateurs catholiques et les libéraux dans les années 1950 comme une réponse aux nationalismes qui ont détruit l'Europe dans la première moitié du 20e siècle.

Elle n'a certainement pas été de gauche ou socialiste, et ne l'a jamais été. Aujourd'hui, l'Europe est fermement dans les mains des conservateurs du Parti populaire européen avec leurs fonctionnaires en place qui contrôlent de la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le FMI.

Pourtant, l'Europe est le seul bloc régional dans le monde où les droits des travailleurs sont inscrits dans les traités qui la régissent et ils sont confirmées par sa cour de surveillance.

En Amérique du Nord, il y a un accord de libre-échange (ALENA) entre les États-Unis, le Canada et le Mexique. Mais il exclut tous les droits sociaux de ses dispositions. Les chauffeurs routiers mexicains prennent leur bière Corona à la frontière américano-mexicaine et il faut décharger les bouteilles sur des camions américains contrôlés par le syndicat des Teamsters protectionniste avec toute son histoire douteuse.

Les travailleurs mexicains ne sont pas autorisés à partager la prospérité du nord et par conséquent deviennent des migrants économiques forcés à entrer aux États-Unis illégalement. Ou ils se tournent vers la narco-criminalité car, contrairement à l'Europe, il n'y a pas de commerce libre et ou de libre circulation à travers les frontières.

Je ne veux pas créer des obstacles pour les camions britanniques conduits par les travailleurs britanniques et pour les produits britanniques fabriqués par les travailleurs britanniques ; ce serait l'une des conséquences si la Grande-Bretagne quittait l'UE comme de nombreux députés conservateurs pensent que cela devrait se produire.

Ce n'est pas un secret, je suis un internationaliste convaincu. J'ai vu bien plus de soutien du Parlement européen pour les grandes causes internationales de droits de l'Homme et de la justice, de la Palestine à la Colombie, que de la part de tout parlement national, y compris le nôtre.

Je suis opposé à l'idéologie de l'austérité actuelle des conservateurs qui domine le parti populaire européen ; elle a créé des difficultés et des dégâts sur de nombreuses nations européennes et dans le cas de la Grèce, elle a enfoncé dans la pauvreté plusieurs millions de personnes.

L'Allemagne avait annulé sa dette à la Pologne en 1953 et, en 1992, l'Irlande a donné 10 milliards € à George Osborne en 2010 pour renflouer les banques corrompues et véreuses.

La punition de la Grèce pour satisfaire l'idéologie d'économistes amoureux d'une pensée conservatrice économique autrichienne du début du 20e siècle est lamentable. Mais je constate que mes amis dans le PASOK et Syriza ne supportent pas l'idée de se retirer de l'euro et encore moins de l'UE. Pas plus que Podemos en Espagne. Ce sont toujours les travailleurs et les pauvres qui souffrent quand leur monnaie est dévaluée, le prix des biens et services essentiels augmentant.

Un retour à une Europe des monnaies rivales peut être le rêve de les spéculateurs des hedge funds qui financent l'UKIP et les think-tanks eurosceptiques. Ce n'est pas le nôtre.

Je recommande à tous de lire le livre du professeur Ian Kershaw « To Hell and Back. L'Europe de 1914 à 1949 », juste pour nous rappeler ce qu'est un capitaliste, un nationaliste, la fermeture des frontières et les guerres et exterminations en Europe, dans la première moitié du siècle dernier.

Je veux une Europe différente mais, contrairement à David Cameron et Nigel Farage, je ne suis pas prêt à prendre un risque avec notre participation à l'Europe de l'UE et la Cour européenne des droits de l'Homme, juste pour flatter ceux qui rêvent de l'ancienne Europe, celles des nationalismes populistes.

Je veux travailler avec les partis et les penseurs progressistes et socialistes en Europe, au pouvoir ou non, pour un programme de relance de la croissance à l'échelle européenne sur la base de la justice sociale et de l'investissement productif.

La Grande-Bretagne peut apprendre de nombreux exemples dans l'UE : rendre obligatoire la formation, les banques d'investissement régionales, le partenariat social, des syndicats puissants et d'autres mesures qui favorisent la justice sociale et de diminuer le credo de la cupidité qui anime les conservateurs d'aujourd'hui.

Et quand je me rappelle l'histoire des années 1930 et que j'entends les conservateurs du Parti populaire européen – comme le Fidesz (membre du PPE) en Hongrie – refuser tous les réfugiés, je crains que la montée du nationalisme, xénophobe, et la fermeture des frontières de l'Europe pourraient être plus proches que nous le pensons.

Voilà pourquoi, malgré mes nombreuses réserves au sujet de nombreux aspects de la gouvernance de l'UE, je ne soutiens pas la ligne du Daily Mail, le quotidien des Tories et du UKIP, une ligne d'hostilité perpétuelle à l'Europe que nous avons vu gagner en puissance et en influence.

Le UKIP est une émanation du Parti conservateur et rien de ce que dit Nigel Farage à propos de l'Europe n'a pas déjà été dit au cours des 15 dernières années par les conservateurs.

S'il y a un danger pour le Royaume-Uni se retirer de l'Union européenne – et il existe – la faute incombe carrément et complètement à William Hague, Iain Duncan Smith et David Cameron et la presse délocalisés et leur propre aversion contre l'UE.

Margaret Thatcher aimait citer Clement Attlee qui a appelé les référendums « le dispositif des dictateurs et des démagogues ». Le référendum de David Cameron, annoncé en 2013, n'est qu'un stratagème cynique et opportuniste pour essayer de reconquérir votes des anti-UE qui sont passées des Tories au UKIP.

Maintenant, il risque l'isolement de la Grande-Bretagne et pas seulement d'Europe, mais le risque c'est celui d'une nouvelle Grande-Bretagne isolationniste qui perdra en influence et en autorité dans tous les forums mondiaux.

Je ne veux pas que cela se produise. Mais face à la demande de la CBI, de la City et d'autres milieux d'affaires pour un affaiblissement massif des droits sociaux en Europe qui existent dans le Royaume-Uni grâce à notre adhésion à l'UE, une clameur sera sans aucun doute poussée par des millions de travailleurs et leurs syndicats pour voter contre l'UE.

Si David Cameron ramène un accord de l'UE impliquant la réduction des droits pour le monde du travail, que pourrait faire d'autre un parti qui représente le monde du travail ?

La balle est clairement dans la camp de David Cameron. Il a alimenté les passions anti-européennes en Grande-Bretagne depuis que les travailliste l'ont emporté en 1997. Il a demandé à plusieurs reprises une fin ou un affaiblissement de l'Europe sociale en Grande-Bretagne. Il a appelé ce plébiscite inutile et dangereux pour des raisons opportunistes. Il est sans honneur et sans stratégie pour que la Grande-Bretagne soit une des nations leader à l'échelle internationale, ce qu'elle pourrait être au sein d'une Union européenne moderne, réformée, axée sur la croissance, et plus juste socialement.

Si le résultat du vote référendaire aboutit à l'isolement de la Grande-Bretagne, alors la responsabilité en incombera entièrement à David Cameron. Le Parti travailliste soutiendra l'adhésion d'une UE qui défendrait la démocratie, les droits humains, la solidarité internationale et le justice pour les travailleurs.

Ce référendum superflu a été appelé par David Cameron et lui seul peut le perdre. Le Parti travailliste ne peut pas gagner pour lui. La responsabilité de la Grande-Bretagne dans l'Europe réside avec M. Cameron, personne d'autre.

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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 09:58

Je viens de voir que le JDD.fr avait fait lundi dernier un vote en ligne (ils ont d'ailleurs laissé courrir les votes et visiblement la fachosphère s'en est donnée à coeur joie, puisque s'affichent 71% de "oui") pour savoir si nous voulions voir "nos" régions passer au FN ? évidemment que non ! la question n'est pas là, mais savoir quels moyens nous mettons en oeuvre pour l'éviter...

Le premier secrétaire de mon parti propose un référendum sur l'unité aux régionales (je dis bien le premier secrétaire - et évidemment l'appareil rangé derrère lui - car le conseil national du Parti Socialiste réuni le samedi 19 septembre, lorsque Jean-Christophe Cambadélis a conclu sur cette proposition, ne l'a pas voté [Lire l'excellent papier de Paul Alliès sur Mediapart.fr) et c'est sur ce moyen qu'il y a divergence !

Comment faire un tel événement de manière sereine en balayant d'un revers de la main tous les débats sur la nature de la politique gouvernementale qui accroît les divisions à gauche et pèsent de plus en plus sur les élections intermédiaires (on l'a vu aux départementales un seul département avait réussi à faire presque toute l'union dès le premier tour) ?

Comment faire cela quand nos ex partenaires et une grande majorité de leurs électeurs considèrent que notre politique est en grande partie responsable de l'explosion des abstentions à gauche et de la progression du vote FN ?

Comment croire qu'on peut mobiliser des électeurs sur un sujet qui leur paraîtra à juste titre parfaitement politicien (et qu'importe en l’occurrence la manière dont ils répondent aux sondages, car évidemment personne ne veut de la défaite et que les questions posées dans un sondage sont réductrices et n'abordent jamais les causes de la division, mais ceux qui répondent aux sondages n'iront pas voter) !????

Toute l'histoire de la gauche et des refondations de la gauche socialiste démocratique démontre que l'union réelle se fait sur un programme, des objectifs économiques et sociaux, pas sur des admonestations et des injonctions morales...

Or que proposons-nous ? seulement de poursuivre la même politique qu'aujourd'hui qui divise la gauche, qui ne réussit pas, de ne pas demander aux députés et aux sénateurs socialistes d'appliquer les consignes du BN du PS sur le budget 2016... et de réduire le débat à un "chers partenaires, vous dont nous ne tenons jamais compte, venez sur nos listes et faites voter pour nous vos électeurs afin qu'on sauve nos sièges de conseillers régionaux... Belle perspective ! On aura encore plus tendu les choses au matin du 19 octobre, les difficultés dans les négociations entre les deux tours des régionales seront accrues pour élaborer des listes d'union.

La pente sera longue à remonter...

Si on consultait les électeurs de gauche sur la politique menée depuis 2012 et le respect des engagements du candidat Hollande, sur les moyens à mettre en oeuvre pour réussir la fin du quinquennat, cela aurait bien plus de sens. Les primaires citoyennes, élargies à toute la gauche, pourraient jouer ce rôle, mais l'ensemble des appareils politiques - le PS et le PG plus que tous les autres d'ailleurs (tiens ! y a au moins un sujet sur lequel leurs dirigeants s'accordent) - le refusent à ce stade. C'est dire le niveau de défiance collective qui étreint la gauche française.

Pourtant, il n'est pas encore trop tard pour faire prévaloir la raison.

Frédéric FARAVEL

La Rochelle 2014, c'est la dernière fois où les dirigeants des partis de gauche (sauf le PG) étaient réunis à la même tribune

La Rochelle 2014, c'est la dernière fois où les dirigeants des partis de gauche (sauf le PG) étaient réunis à la même tribune

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