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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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14 septembre 2015 1 14 /09 /septembre /2015 16:46
Fraîchement élu, Jeremy Corbyn a participé à une manifestation pour faire avancer l'accueil des réfugiés au Royaume-Uni. Photo : Justin Tallis. AFP

Fraîchement élu, Jeremy Corbyn a participé à une manifestation pour faire avancer l'accueil des réfugiés au Royaume-Uni. Photo : Justin Tallis. AFP

 

Par Albert Ogien, Sociologue, directeur de recherche au CNRS —  - Libération

L’élection du chef du Parti travailliste alimente un mouvement qui gagne les pays démocratiques : les électeurs en ont assez de l’autorité pyramidale des organisations et veulent participer plus franchement à la vie du pays.

L’Europe compte depuis samedi dernier un leader «radical» de plus : Jeremy Corbyn, qui a été élu chef du Parti Travailliste britannique par 60% de ses adhérents. Ce vote donne une autre dimension à ce qui (pour certains) avait commencé comme une mauvaise blague : les 23,5% de voix du Mouvement Cinq étoiles aux élections législatives italiennes de 2013. Cette surprise, qui a été unanimement portée au compte du «populisme», s’est transformée en fait politique avec la victoire du SNP en Ecosse, puis avec celle de Syriza en Grèce et les succès de Podemos en Espagne. Bien sûr, chacun de ces cas est différent : création d’un nouveau parti en Italie et en Espagne ; alliance inédite de partis de gauche en Grèce ; changement au sein d’un parti traditionnel en Angleterre et en Ecosse. Ils sont pourtant tous l’indice d’un mouvement qui gagne les pays démocratiques : la volonté des électeurs de reprendre en main la définition de l’orientation politique des partis pour lesquels ils votent au lieu d’attendre que des dirigeants leur présentent un programme qui, pour drainer large, ne répond aux préoccupations de plus grand monde. Ce qui vaut pour la gauche comme pour la droite (Tea Party aux Etats-Unis, UKIP en Grande Bretagne, Alternativ für Deutschland en Allemagne ou l’extrême-droite dans les pays nordiques).

Ce qui apparente l’élection de Corbyn à la tête du Parti travailliste à ce qui se passe ailleurs en Europe, c’est le fait qu’elle résulte d’une réforme du mode de scrutin. En effet, à un système de collèges électoraux qui réservait la désignation du leader à une négociation entre syndicats et parlementaires (les adhérents et militants disposant d’1/3 des voix), la direction sortante du parti a substitué un système égalitaire (une voix un vote) et, en fixant le coût de l’adhésion à 3£, a permis le triplement du nombre des votants. Et le triomphe de celui qui a fait entendre les revendications portées par ces nouveaux inscrits – jeunes, activistes et laissés pour compte des politiques de privatisation et de paupérisation – que l’establishment politique (conservateur comme travailliste) continue à tenir pour dépassées ou ringardes.

De façon attendue, la victoire de Corbyn a été présentée comme celle du populisme. Or qu’y-a-t-il de populiste dans le projet qui a été adopté ? Vouloir orienter la politique économique vers les classes populaires en faisant émettre de la monnaie par la Banque d’Angleterre ; taxer les riches et l’activité financière ; renationaliser les lignes de chemin de fer ; rendre les études abordables à tous ; arrêter le dépeçage du service public de l’éducation ou de la santé ? L’accusation de populisme tient en un argument : soutenir des idées qui vont à l’encontre de celles défendues par les députés du Parti. Et pour ses caciques, il ne fait pas de doute que les propositions farfelues de Corbyn vont le priver de toute représentation parlementaire pour de longues années. Mais si tel est le prix qu’il faut payer pour entendre enfin un discours qui plaide en faveur du rétablissement d’un peu de justice sociale et s’oppose frontalement à l’affirmation de la rationalité ou de l’inéluctabilité des recettes du libéralisme, il vaut sans doute la peine d’être payé ont pensé les nouveaux «occupants» du Parti travailliste. Est-ce vraiment là faire acte de populisme ?

Les Anglais viennent donc de réaliser une première : des citoyens ordinaires ont repris le contrôle d’un parti en portant à sa tête une personne qui prône un programme qui remplit les attentes et les espoirs qu’ils sont fondés à mettre en lui. Ce résultat est un nouvel indice du fait que le modèle pyramidal de parti qui date du début du XXème est aujourd’hui à l’agonie. Si la professionnalisation de l’activité politique a consacré la puissance de ces machines à sélectionner les élus et à faire voter les citoyens, elle a fini par ruiner la croyance dans l’alternance et à rendre particulièrement pénibles «l’encartement» et l’instrumentalisation des militants. L’élection de Corbyn confirme donc que le temps est à l’autonomie de jugement de citoyens informés qui entendent décider par eux-mêmes de ce qu’est le bien commun et des moyens qu’il s’agit de mettre en œuvre pour le réaliser.

Une nouvelle «offre politique» est en train d’apparaître. Elle n’est pas liée à l’ambition personnelle d’un postulant leader mais vise à pallier le renoncement des partis traditionnels à formuler les problèmes publics qui préoccupent les citoyens. C’est ce qui arrive actuellement en Europe, où les questions de la monnaie, de la souveraineté, de l’austérité, de la croissance, de la démocratie ou du droit des étrangers, trop longtemps tenues sous le boisseau au prétexte qu’elles étaient trop complexes, sont à nouveau portées dans le débat public. Cette nouvelle offre s’accompagne parfois d’un pari : agir autrement en politique, en mettant en place une structure qui soumet le parti et ses mandants au contrôle direct et permanent de ses adhérents, c’est-à-dire faire que la forme donnée à l’activité politique soit partie intégrante du projet qu’elle promeut. Faire vivre la démocratie directe à l’intérieur d’un système représentatif : telle est l’ambition affichée par les «partis mouvementistes» (M5S, Syriza, Podemos, et tant d’autres) qui se présentent comme les héritiers de la vague d’occupations de places de l’année 2011.

Pour juger la nouvelle direction du Parti travailliste, il va donc falloir observer le type d’organisation qu’elle va installer afin de permettre l’expression des revendications anti-capitalistes en son sein et dans la société et de développer les formes d’action susceptibles de les satisfaire. La mue du Parti travailliste ne fait sans doute que commencer (à moins que les pronostics sur le rejet de ce programme et de son porte-parole ne se réalisent ou que des manœuvres d’appareil ne l’écartent). L’avenir de la démocratie radicale est en train de s’écrire, en Grande Bretagne comme en Grèce ou en Espagne. Pendant ce temps, en France, on s’écharpe déjà au sujet des candidatures aux Présidentielles de 2017. Cherchez l’erreur !

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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 14:18
Après "l'accord" de Bruxelles, le 13 juillet, sur la Grèce : la roche tarpéïenne n'est plus très loin...

Je vais peut-être froisser le chœur des ravis de la crèche européenne et des groupies de notre Président de la République, mais je crains que les réjouissances exprimées ce matin - au-delà d'être indécentes au regard des souffrances infligées aux Grecs - sont totalement hors de propos. L'Europe s'est engagée dans une voie dangereuse et la crise ne fait que commencer...

 

Évidemment, sans l'intervention de François Hollande et de la France, l'aboutissement des négociations entre l'Eurogroupe et le gouvernement grec aurait été pire encore que les conclusions de ce matin du lundi 13 juillet 2015. Il faut reconnaître que le Président de la République a enfin décidé d'affronter des exigences conservatrices allemandes totalement délirantes et qu'il faut le féliciter pour cela.

 

Mais peut-on parler de succès quand le gouvernement allemand a multiplié les exigences de dernières minutes, voulant faire payer à la Grèce son coup d'éclat c'est-à-dire le recours au référendum et à la souveraineté populaire après avoir organisé avec la complicité active du Président de l'eurogroupe M. Dijselbloem (travailliste et social-démocrate paraît-il) l'asphyxie financière et économique de la Grèce...?

Alexis Tsípras avait déjà la corde au cou lorsque la France est enfin intervenue, et nous aboutissons à la mise sous tutelle ou Protectorat d'un État membre de l'Union européenne même si Schaüble aurait rêvé d'un Grexit... La solidarité n'est plus une référence politique au sein de l'UE, nous payons et nous paierons encore longtemps de ne pas avoir affronté les conservateurs et les libéraux en juin 2012 quand nous avions les moyens d'exiger une réorientation de la construction européenne.

C'est sans doute l'idéal européen qui va en mourrir lentement. Pendant ce temps là le SPÖ passe des accords avec l'extrême droite (après le SMER SD slovaque et le PS Bulgare) et la Hongrie de Orbán poursuit sa dérive si ce n'est crypto-fasciste tout du moins autoritariste et anti-démocratique : mais ça n'est pas grave, cela ne vaut pas que les dirigeants européens se mobilisent car le danger majeur était qu'un gouvernement de gauche en Grèce puisse contester la légitimité de l'ordo-libéralisme. Désormais, la souveraineté populaire est un mythe dans l'Union européenne concrétisant en cela les prévisions d'Emmanuel Todd (qui se trompe sur d'autres sujets : Charlie ou le "hollandisme révolutionnaire") ; cela ne peut nourrir que les plus dangereux réflexes populistes et xénophobes sur notre continent. Mais soyons heureux il n'y aura pas de Grexit, les Grecs vont continuer à souffrir comme aucun peuple européen ne le supporterait sans aucune garantie que leur dette soit réexaminée mais ouf il n'y aura pas de Grexit... J'ai honte...

Frédéric Faravel

Après "l'accord" de Bruxelles, le 13 juillet, sur la Grèce : la roche tarpéïenne n'est plus très loin...
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9 juillet 2015 4 09 /07 /juillet /2015 11:23
La représentante de Sinn Féin au Parlement européen apporte son soutien à la Grèce

"Irish people, from Kerry to Derry, stand with the people of Greece" ; ça a quand même plus de gueule que les discours de nos hommes politiques...

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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 11:14

Ce mercredi 8 juillet 2015, Alexis Tsipras est venue devant le parlement européen pour exposer son analyse de la situation, renforcé par le mandat référendaire reçu le 5 juillet du peuple grec, proposer une autre voie pour l'Europe que celle de l'Ordo-libéralisme et présenter une série de réformes structurelles de gauche (fiscalité, lutte contre la corruption reconstruction de l'Etat) qui permettrait de corriger les défauts hérités de 50 ans de clientèlisme des partis de gouvernement.

 


Le premier ministre grec Alexis Tsipras s... par lemondefr

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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 11:29
soutenez la campagne 2big2tax : non à la désertion fiscale des multinationales !

L’Europe européenne évalue aujourd’hui le coût de l’évasion fiscale à 1 000 milliards d’euros chaque année pour les budgets européens, soit l’équivalent du budget français. C’est un fait: les grandes entreprises mondiales ne contribuent plus leur juste part d’impôt. Une armée de comptables et de juristes leur permet de savantes esquives, en prétendant réaliser la majorité de leurs bénéfices dans des paradis fiscaux. Nous exigeons une action déterminée des autorités publiques nationales et européennes pour mettre fin à cette situation.

Nous lançons donc ici une nouvelle initiative, structurée autour d’une pétition que vous trouverez à l’adresse suivante, et que nous vous invitons bien évidemment à signer :

www.2big2tax.eu

Pas d’entreprise “too big to tax”
Au moment de la crise, nous avons été contraints de renflouer à grands coups d’argent public les banques, car elles étaient trop essentielles au fonctionnement de l’économie pour qu’on les laisse faire faillite. Bien que leurs tourments ne venaient que de ce qu’elles avaient joué sans limites avec l’argent des autres, elles étaient « too big to fail ». Les citoyens ont contribué à ce sauvetage collectif du monde bancaire, et les PME. Nous ne pouvons pas accepter une seconde que les entreprises multinationales n’y participent pas parce qu’elles seraient « too big to tax », trop puissantes pour être imposées.

L’impôt, notre bien commun
Payer l’impôt est toujours désagréable. Mais c’est à partir des contributions de ceux qui vivent et travaillent dans un territoire, qu’ensemble nous finançons la solidarité, les services publics, la transition énergétique et les investissements de demain. Les grandes entreprises réalisent des profits dans les pays développés parce qu’elles y trouvent des salariés formés, en bonne santé, des systèmes de transport efficaces et tant d’autres avantages. Quand elles en bénéficient elles doivent naturellement y participer, sinon l’effort retombe intégralement sur les individus et les PME.

Travailler ici, déclarer les impôts ailleurs
En travaillant un échantillon représentatif d’entreprises, l’économiste Gabriel Zucman a calculé qu’elles déclarent que 15 % de leurs bénéfices mondiaux ont été réalisés dans des paradis fiscaux qui représentent 2 % de l’économie mondiale. C’est totalement irréel, et n’est possible que parce que chaque groupe donne des informations différentes à chaque administration nationale. Pour prendre l’exemple fameux de Google, cette entreprise a déclaré au fisc américain que son siège se situe en Irlande. Dans le même temps, elle indique aux Européens qu’il se trouve aux Bermudes ! Une part importante des profits de Google n’est donc taxée, ni aux Etats-Unis, ni en Europe.

Les administrations fiscales doivent cesser de se laisser duper
Chacun doit contribuer à hauteur des profits qu’il réalise, à l’endroit où il les réalise. C’est possible, à condition que les administrations fiscales cessent de se laisser duper séparément. Nous appelons les autorités publiques à mettre leurs ressources en commun pour :
– cibler prioritairement le club des entreprises « too big to tax », au cœur des réseaux mondiaux de dérobade à l’impôt.
– adapter la législation fiscale pour faire face.
– agir au niveau européen, d’égal à égal avec ces Goliath
– coopérer dès maintenant en initiant des enquêtes communes sur les déserteurs fiscaux les plus notoires.

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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 10:58
J'ai signé l'Appel "La place de la France est aux côtés du peuple grec"

pour ajouter votre signature, cliquez ici

TRIBUNE - Libération - 18 JUIN 2015 À 18:46

La crise grecque s’exacerbe de façon alarmante. Chaque jour qui passe peut, soit nous rapprocher d’un accord utile à toute l’Europe, soit d’une rupture dont personne ne peut prévoir les conséquences. L’intransigeance des principaux dirigeants européens peut nous conduire alors au bord de l’abîme. Il est aussi vital que pressant de sortir de ce piège. Le moment est crucial.

La responsabilité de chaque acteur concerné est directement engagée. Il serait sordide – et, au demeurant, parfaitement vain – d’escompter une capitulation du gouvernement grec. La fidélité de celui-ci au mandat que lui a confié son peuple n’est pas un défaut mais un exemple à suivre. S’il refuse la compromission, il s’est, en revanche, montré prêt au compromis. Une solution à la fois digne et réaliste est donc à portée de la main. Le moment ultime est venu pour la concrétiser.

C’est dans ce contexte que nous vous lançons, monsieur le président de la République, un appel solennel : la France ne peut, dans un tel moment, apparaître inerte sinon suiviste des puissants. Son message ne peut se réduire à un rappel docile des «règles» à respecter quand la maison brûle. D’autant que ces règles sont aujourd’hui massivement récusées par les peuples, et reconnues contre-productives par nombre de leurs anciens protagonistes eux-mêmes.

Aujourd’hui, alors que la crise de confiance entre les citoyens et les institutions européennes est à son comble, c’est en se montrant capable d’entendre l’exigence de justice, de dignité et de souveraineté d’un peuple debout, qu’un pays comme le nôtre sert la cause européenne bien comprise. A l’inverse, qui humilie la Grèce obère l’avenir de la construction européenne. Car le refus de l’austérité et l’aspiration démocratique sont en Europe les attentes les plus partagées.

C’est pourquoi nous attendons de vous, que vous preniez une initiative politique de nature à débloquer les négociations entre l’Eurogroupe et les autorités grecques. Nous n’évoquerons pas ici les transformations profondes à promouvoir en Europe qui font débat entre nous. L’acte urgent que nous vous demandons d’accomplir est de refuser de participer à la stratégie d’isolement de la Grèce, concernant en particulier le chantage financier et la nature des «réformes» exigées du gouvernement et du Parlement de ce pays.

Apportez un soutien explicite aux mesures saines prises par les autorités grecques, telles que celles qui s’attaquent à la crise humanitaire en Grèce, ou qui permettent enfin de lutter contre l’évasion fiscale.

Désolidarisez-vous, en revanche, nettement des exigences insoutenables de l’Eurogroupe en matière de dérégulation du marché du travail, de révision du système des retraites ou de privatisations.

Acceptez, enfin, le principe d’une renégociation de la dette grecque, dont une large part est notoirement illégitime.

Cette situation est sans précédent dans l’Union européenne. La France doit prendre la place qui est la sienne dans l’histoire, celle-ci est aux côtés du peuple grec et de son gouvernement.

Parmi les signataires :

Pierre Laurent secrétaire national du PCF, président du PGE, Pouria Amirshahi député PS, Clémentine Autain porte-parole d’Ensemble, Guillaume Balas député européen PS, Marie-George Buffet députée GDR, André Chassaigne président du groupe GDR, Jean-Pierre Dubois militant associatif, Hervé Falciani lanceur d’alerte, Liêm Hoang Ngoc socialiste affligé, Marie-Noëlle Lienemann sénatrice PS, Emmanuel Maurel député européen PS, Gus Massiah mouvement social, Jean-Luc Mélenchon député européen GUE-NGL, Jean-Luc Laurent président du MRC, maire du Kremlin-Bicêtre, Pierre Larrouturou Nouvelle donne, Aurélie Trouvé militante associative…

La liste complète des signataires est disponible sur le site du Parti communiste.

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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 15:30
Alexis Tsipras, premier ministre de la Grèce, à Athènes, le 15 mai. Petros Giannakouris / AP

Alexis Tsipras, premier ministre de la Grèce, à Athènes, le 15 mai. Petros Giannakouris / AP

Le 25 janvier, le peuple grec a pris une décision courageuse. Il a osé contester la voie à sens unique de l’austérité rigoureuse du Mémorandum, afin de revendiquer un nouvel accord. Un nouvel accord qui permette à la Grèce de retrouver le chemin de la croissance dans l’euro avec un programme économique viable et sans renouveler les erreurs du passé.

Ces erreurs ont été payées cher par le peuple grec. En cinq ans, le chômage a grimpé à 28 % (60 % pour les jeunes), et le revenu moyen a diminué de 40 %, tandis que la Grèce, conformément aux statistiques d’Eurostat, est devenue l’Etat de l’Union européenne (UE) ayant l’indicateur d’inégalité sociale le plus élevé.

Pis encore, malgré les coups durs qui ont été portés au tissu social, ce programme n’a pas réussi à redonner à l’économie grecque sa compétitivité. La dette publique a flambé de 124 % à 180 % du PIB. L’économie grecque, malgré les grands sacrifices de son peuple, est toujours piégée dans un climat d’incertitude continue engendrée par les objectifs non réalisables de la doctrine de l’équilibre financier, qui l’astreignent à rester dans un cercle vicieux d’austérité et de récession.

Mettre fin au cercle vicieux

Le principal but du gouvernement grec au cours des quatre derniers mois est de mettre fin à ce cercle vicieux et à cette incertitude. Un accord mutuellement bénéfique, qui fixera des objectifs réalistes par rapport aux excédents tout en réintroduisant l’agenda du développement et des investissements – une solution définitive pour l’affaire grecque – est actuellement plus nécessaire que jamais. Par ailleurs, un tel accord marquera la fin de la crise économique européenne qui a éclaté il y a sept ans, en mettant fin au cycle de l’incertitude pour la zone euro.

Aujourd’hui, l’Europe est en mesure de prendre des décisions qui déclencheront une forte reprise de l’économie grecque et européenne en mettant fin aux scénarios d’un « Grexit » (Grèce exit). Ces scénarios empêchent la stabilisation à long terme de l’économie européenne et sont susceptibles d’ébranler à tout moment la confiance tant des citoyens que des investisseurs en notre monnaie commune.

Cependant, certains soutiennent que le côté grec ne fait rien pour aller dans cette direction parce qu’il se présente aux négociations avec intransigeance et sans propositions. Est-ce bien le cas ?

Etant donné le moment critique, voire historique, que nous vivons, non seulement pour l’avenir de la Grèce, mais aussi pour celui de l’Europe, j’aimerais rétablir la vérité et informer de manière responsable l’opinion publique européenne et mondiale sur les intentions et les positions réelles du gouvernement grec.

Après la décision de l’Eurogroupe du 20 février, notre gouvernement a soumis de nombreuses propositions de réformes visant à un accord qui associe le respect du verdict du peuple grec et celui des règles qui régissant le fonctionnement de la zone euro.

Nous nous engageons notamment à réaliser des excédents primaires moins élevés pour 2015 et 2016 et plus élevés pour les années suivantes, étant donné que nous attendons une augmentation correspondante des taux de croissance de l’économie grecque.

Une autre proposition importante est l’engagement à accroître les recettes publiques par le biais de la redistribution des charges à partir des citoyens à revenus moyens et faibles vers ceux qui ont des revenus élevés et qui, jusqu’à présent, s’abstenaient de payer leur part pour affronter la crise, étant donné que dans mon pays ils étaient protégés tant par l’élite politique que par la troïka, qui « fermait les yeux ».

D’ailleurs, dès le premier jour, le nouveau gouvernement a montré ses intentions et sa résolution par l’introduction d’une mesure législative pour faire face à la fraude des transactions triangulaires en intensifiant les contrôles douaniers et fiscaux, afin de limiter la contrebande et l’évasion fiscale. Parallèlement, pour la première fois après de nombreuses années, les dettes des propriétaires des médias leur ont été imputées par l’Etat grec.

Privatisations

Le changement de climat dans le pays est clair. Il est également prouvé par le fait que les tribunaux accélèrent le traitement des dossiers pour que les jugements soient rendus dans des délais plus brefs lors d’affaires liées à l’évasion fiscale. Les oligarques qui étaient habitués à être protégés par le système politique ont toutes les raisons de perdre le sommeil.

Il n’y a pas seulement les orientations générales, il y a aussi les propositions spécifiques que nous avons soumises lors des discussions avec les institutions qui ont couvert une grande partie de la distance qui nous séparait il y a quelques mois.

Précisément, le côté grec a accepté de mettre en œuvre une série de réformes institutionnelles, telles que le renforcement de l’indépendance de l’Agence grecque de la statistique (Elstat), les interventions visant à accélérer l’administration de la justice, ainsi que les interventions dans les marchés de produits, afin d’éliminer les distorsions et les privilèges.

De plus, bien que nous soyons diamétralement opposés au modèle des privatisations prôné par les institutions, parce qu’il n’offre pas de perspectives de développement et n’opère pas de transfert de ressources en faveur de l’économie réelle, mais en faveur de la dette – qui n’est de toute façon pas viable –, nous avons accepté de poursuivre avec quelques petites modifications le programme des privatisations, faisant ainsi preuve de notre intention d’aller vers un rapprochement.

Nous sommes également tombés d’accord pour réaliser une grande réforme de la TVA en simplifiant le système et en renforçant la dimension de redistribution de la taxe, afin de réussir à augmenter tant le taux de recouvrement que les recettes.

Nous avons déposé des propositions concrètes pour des mesures qui conduiront à une augmentation supplémentaire des recettes (contribution exceptionnelle sur les bénéfices très élevés, taxe sur les paris électroniques, intensification des contrôles des grands déposants-fraudeurs, mesures pour le recouvrement des créances arrivées à échéance en faveur de l’Etat, taxe spéciale sur les produits de luxe, appel d’offres pour les concessions de radiotélévision) qui ont été oubliées, comme par hasard, par la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) pendant cinq ans, etc.

Ces mesures visent à augmenter les recettes publiques, tout en évitant de contribuer à la récession puisqu’elles ne diminuent pas davantage la demande effective et n’imposent pas de nouvelles charges aux faibles et moyens revenus.

Nous nous sommes mis d’accord pour mettre en œuvre une grande réforme du système de sécurité sociale avec l’unification des caisses d’assurance sociale, la suppression de dispositions autorisant à tort l’octroi de retraites anticipées, en augmentant de cette façon l’âge réel de la retraite.

Nous devons tenir compte du fait que les pertes des caisses d’assurance sociale, qui ont conduit au problème de leur viabilité à moyen terme, sont principalement dues à des choix politiques dont la responsabilité incombe à la fois aux précédents gouvernements grecs et, surtout, à la troïka (la diminution des fonds de réserve des caisses de 25 milliards d’euros en raison du « Private sector involvement » en 2012 et surtout le taux de chômage très élevé, dû presque exclusivement au programme d’austérité extrême appliqué en Grèce depuis 2010).

Finalement, malgré notre engagement de rétablir immédiatement les normes européennes en matière de droit du travail, qui a été complètement détricoté durant les cinq dernières années sous prétexte de compétitivité, nous avons accepté de mettre en œuvre une réforme du marché du travail après consultation du Bureau international du travail, et validée par lui.

Ne plus toucher aux retraites

En tenant compte de tout ce qui précède, on peut à juste titre se demander pourquoi les représentants des institutions persistent à dire que la Grèce ne présente pas de propositions.

Pourquoi continuer d’arrêter de fournir des liquidités monétaires à l’économie grecque, alors que la Grèce a démontré qu’elle veut respecter ses obligations extérieures, avec le paiement depuis août 2014 de plus de 17 milliards d’euros en principal et intérêts (environ 10 % de son PIB), sans financement extérieur ?

Finalement, quel est l’intérêt de ceux qui font fuiter dans la presse que nous ne sommes pas proches d’un accord, alors que celui-ci permettra de mettre un terme à l’incertitude politique et économique ressentie au niveau européen et mondial, qui se prolonge à cause de la question grecque ?

La réponse non officielle de la part de certains est que nous ne sommes pas près d’un accord parce que le côté grec maintient ses positions pour rétablir les conventions collectives et refuse de diminuer davantage les retraites.

Sur ces points, je dois fournir certaines explications : en ce qui concerne le premier, la position de la Grèce est que sa législation du travail doit correspondre aux normes européennes et ne peut pas violer de manière flagrante la législation européenne. Nous ne demandons rien de plus que ce qui est en vigueur dans les pays de la zone euro. Avec le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, nous avons fait une déclaration en ce sens.

La Grèce est présentée comme le mauvais exemple que les autres Etats et peuples européens désobéissants ne devraient pas suivre

 

 

En ce qui concerne le second point, celui des retraites, la position du gouvernement grec est argumentée et logique. La diminution cumulée des retraites en Grèce pendant les années du Mémorandum est de 20 % à 48 % : actuellement 44,5 % des retraités reçoivent une retraite inférieure au seuil de pauvreté relative et, selon les données de l’Eurostat, 23,1 % des retraités vivent dans des conditions de risque de pauvreté et d’exclusion sociale.

Cette situation, qui résulte de la politique du Mémorandum, ne peut être tolérable ni pour la Grèce ni pour aucun autre pays civilisé.

Il faut donc dire les choses comme elles sont : si nous ne sommes pas encore arrivés à un accord avec nos partenaires, ce n’est pas à cause de notre intransigeance ou de positions incompréhensibles. Cela serait plutôt à cause de l’obsession de certains représentants institutionnels qui insistent sur des solutions déraisonnables en se montrant indifférents à l’égard du résultat démocratique des récentes élections législatives en Grèce ainsi qu’à l’égard des positions d’institutions européennes et internationales qui se disent prêtes à faire preuve de flexibilité pour respecter le verdict des urnes.

Pourquoi cette obsession ? Une explication facile serait de dire qu’elle résulterait de l’intention de certains représentants institutionnels de couvrir l’échec de leur programme et d’obtenir en quelque sorte une confirmation de celui-ci. On ne peut pas d’ailleurs oublier que le FMI a publiquement reconnu, il y a quelques années, s’être trompé sur les effets dévastateurs des multiples coupes budgétaires imposées à la Grèce.

Je pense que cette approche ne suffit pas pour expliquer les choses. Je ne crois pas que l’avenir de l’Europe pourrait dépendre de cette obsession de quelques acteurs.

Les deux stratégies opposées de l’Europe

J’arrive à la conclusion que la question grecque ne concerne pas exclusivement la Grèce, mais se trouve au centre d’un conflit entre deux stratégies opposées sur l’avenir de l’intégration européenne.

La première vise l’approfondissement de l’intégration européenne dans un contexte d’égalité et de solidarité entre ses peuples et ses citoyens. Ceux qui soutiennent cette stratégie partent du fait qu’il est inadmissible de forcer le nouveau gouvernement grec à appliquer les mêmes politiques que les cabinets sortants, qui ont d’ailleurs totalement échoué. Sinon, nous serions obligés de supprimer les élections dans tous les pays qui sont soumis à un programme d’austérité.

Nous serions aussi obligés d’accepter que les premiers ministres et les gouvernements soient imposés par les institutions européennes et internationales et que les citoyens soient privés de leur droit de vote jusqu’à l’achèvement du programme. Ils sont conscients que cela serait l’équivalent de l’abolition de la démocratie en Europe et le début d’une rupture inadmissible au sein de l’UE. Enfin, tout cela aboutirait à la naissance d’un monstre technocratique et à l’éloignement pour l’Europe de ses valeurs fondatrices.

La deuxième stratégie conduit à la rupture et à la division de la zone euro et, de ce fait, de l’UE. Le premier pas dans cette direction serait la formation d’une zone euro à deux vitesses, où le noyau central imposerait les règles dures d’austérité et d’ajustement. Ce noyau central imposerait aussi un superministre des finances pour la zone euro, qui jouirait d’un pouvoir immense, avec le droit de refuser des budgets nationaux, même des Etats souverains, qui ne seraient pas conformes aux doctrines du néolibéralisme extrême.

Pour tous les pays qui refuseraient de céder à ce pouvoir, la solution serait simple, la punition sévère : application obligatoire de l’austérité et, en plus, des restrictions aux mouvements des capitaux, des sanctions disciplinaires, des amendes et même la création d’une monnaie parallèle à l’euro.

C’est de cette façon que le nouveau pouvoir européen cherche à se construire. La Grèce en est la première victime. Elle est déjà présentée comme le mauvais exemple que les autres Etats et peuples européens désobéissants ne devraient pas suivre.

Mais le problème fondamental est que cette deuxième stratégie comporte des grands risques et ceux qui la soutiennent ne semblent pas en tenir compte. Cette deuxième stratégie risque d’être le début de la fin, puisqu’elle transforme la zone euro d’union monétaire en simple zone de taux d’échange. Mais, en plus, elle inaugure un processus d’incertitude économique et politique qui pourrait aussi transformer de fond en comble les équilibres dans l’ensemble du monde occidental.

Aujourd’hui, l’Europe se trouve à la croisée des chemins. Après des concessions importantes du gouvernement grec, la décision repose, non plus entre les mains des institutions qui, à l’exception de la Commission européenne, ne sont pas élues et qui ne rendent pas des comptes aux peuples, mais entre les mains des leaders de l’Europe.

Quelle stratégie pourrait l’emporter ? Celle d’une Europe de la solidarité, de l’égalité et de la démocratie ou bien celle de la rupture et finalement de la division ?

Si certains pensent ou veulent bien croire que la décision que nous attendons ne concernera que la Grèce, ils se trompent. Je les renvoie au chef-d’œuvre d’Ernest Hemingway Pour qui sonne le glas ?

 

 

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29 mai 2015 5 29 /05 /mai /2015 10:33
29 mai 2005 - 29 mai 2015 : 10 ans déjà... et maintenant ?

Il y a 10 ans les Français rejetaient à 55% par référendum le projet de traité constitutionnel européen. Une large majorité des électeurs de gauche, dont 56% des électeurs socialistes, avaient constitué le premier des contingents du NON, bien loin des caricatures sur les motivations xénophobes et nationalistes prêtées aux partisans du NON.

La direction du Parti Socialiste, qui avait organisé une campagne caricaturale pour le référendum interne quelques mois plus tôt et une fraude massive pour obtenir l'accord de 58% des militants socialistes, était désavouée par son électorat. De nombreux militants, qui avaient été contraints de voter OUI dans le parti, avaient voté NON dans les urnes républicaines. Si la majorité des cadres et dirigeants socialistes qui avaient milité en interne pour le NON s'étaient astreints au silence durant la campagne référendaire, les médias avaient retenu les prises de positions publiques de Laurent Fabius et la campagne militante organisée par Henri Emmanuelli et Jean-Luc Mélenchon contre la position officielle du PS. Certains militants socialistes du OUI, toujours amers, le rappellent régulièrement pour psalmodier qu'il faut respecter le vote des militants, sans jamais se soucier que le vote militant est régulièrement contourné voire nié pour servir des intérêts et des positions qui vont dans leur sens... La mémoire et l'éthique sont évidemment sélectives.

Pourtant, ce ne sont pas les interventions publiques du trio Fabius, Emmanuelli et Mélenchon, qui avait fait basculer l'électorat de gauche, traversé par un courant profond d'hositilité à un traité mal écrit. Le choix avait été longuement mûri au regard des graves dérives contenues dans le texte :

  • Dans la partie III du texte, une sancturation de l'orientation libérale et antisociale des politiques européennes, multipliant dans le même sens les contraintes imposées aux Etats pour les empêcher de mener une "autre politique". Cette partie avait été rajouter d'autorité par Valéry Giscard d'Estaing, président de la convention européenne, sans consulter la convention à ce sujet ;
  • Un renforcement de l'autonomie de la BCE, restreignant son rôle à la lutte contre l'inflation pour assurer la seule stabilité de l'euro ;
  • la référence à la "concurrence libre et non faussée" comme règle économique indépassable dans l'Union ;
  • Une partie IV, qui fixait les règles de révision des traités, rendant quasiment impossible tout changement ultérieur ;
  • quelques pépites dans les parties I et II, comme l'affirmation que l'OTAN était l'alliance militaire de référence de l'Union européenne.

On sait depuis ce qui est advenu : rejeté par les Français et les Néerlandais, le traité fut à nouveau présenter sans grande modification sous le titre de Traité de Lisbonne, pour être ratifié par le Parlement avec le soutien de l'immense majorité des parlementaires socialistes et UMP. Le Parlement et les appareils politiques mettaient le peuple en minorité.

Puis Angela Merkel et Nicolas Sarkozy rédigeait le traité pour la stabilité, la coordination et gouvernance, instaurant la "règle d'Or budgétaire" aggravant les critères de convergences du traité de Maastricht ; en juin 2012, François Hollande acceptait la ratification du traité Merkozy sans chercher à le renégocier alors qu'il s'y était engagé devant les électeurs. Le TSCG était finalement ratifié par les parlementaires français. Une fois de plus le message populaire et républicain du 29 mai 2005 était contourné et même ignoré.

Nous étions pourtant dans le vrai à l'époque et les faits nous ont donné raison à de multiples reprises.

L'Union Européenne ne disposait pas des outils politiques pour affronter la crise financière de 2007-2008 et les gouvernements européens ont dû faire en catastrophe ; les traités étaient contradictoires avec la nécessité de mener des politiques contra-cycliques face à la crise économique qui suivit. Passés les premiers moments d'urgence, la Commission et une majorité du Conseil ont rapidement exigé un retour à la normale, imposant de fait des politiques d'austérité violentes aux Etats membres les plus frappés par la crise, empêchant les Etats - comme la France - de mener une politique de relance même limitée. La croissance économique a été anémiée dans toute l'Europe et nous ne sommes toujours pas sortis d'affaire.

La Banque Centrale Européenne était pieds et poings liés face à la crise économique et monétaire : pour l'affronter, trop tardivement d'ailleurs, elle a dû agir, et agi toujours d'ailleurs, hors du cadre des traités existants, donc en parfaite illégalité, comme le prouve toutes les mesures prises par Mario Draghi depuis qu'il en a pris la présidence, jusqu'aux fameux quantitative easing... Toutes évolutions désormais revendiquées par le gouvernement français, alors que son abdication devant les conditions de la Commission européenne a plutôt retardé les choix salutaires pris par la BCE version Draghi. Voilà une démonstration évidente de l'absurdité des règles contenues dans le TCE, le traité de Lisbonne ou le TSCG.

Dans le même temps, les citoyens européens peu associés à la vie politique européenne se sont détachés de plus en plus de l'idéal européen ; leurs choix démocratiques et la souveraineté populaire étaient niés, illustrant qu'il n'y a pas d'autre politique possible dans l'UE ; la crise financière, économique et sociale, rendue plus longue et dure par les choix de l'UE et de ses Etats membres, induits par les obligations inscrites dans les traités, ont alimenté un ressentiment social croissant vis-à-vis de l'Europe qui se traduit trop souvent par la montée de l'euroscepticisme, des formations populistes, nationalistes et xénophobes. Rare sont les pays, comme la Grèce, l'Espagne, l'Irlande ou le Portugal (pourtant les plus touchés par les logiques austéritaires), où c'est la gauche critique, mais restant attaché à une forme de construction européenne, qui tire profit des fautes des conservateurs, des libéraux et des sociaux-libéraux.

Pire encore, ces traités ont fermé la porte à la perspective si ce n'est fédérale, tout du moins d'une démocratie européenne, qui permettrait de rétablir une souveraineté populaire à l'échelle européenne alors qu'elle a été rognée à l'échelle des nations et des Etats-membres. Les institutions les plus fédérales de l'Union sont toutes soumises à des règles technocratiques inspirées par un ordolibéralisme qui a pour objectif de tenir les citoyens à l'écart des "choses sérieuses".

Le sursaut démocratique paraît dans le cadre des institutions actuelles improbable, car les règles de révision des traités sont particulièrement contraignantes, ce qui relativise tout à la fois les espoirs de réformes eurosceptiques de David Cameron, d'un côté, et surtout anéantit l'espérance d'une démocratie européenne, de l'autre.

10 ans après l'idée de l'unité européenne est plus mal en point que jamais. Nous ne pourrons en sortir que par un lent processus de refondation des gauches européennes qui devra permettre le dépassement de l'actuelle social-démocratie agenouillée devant l'ordo-libéralisme. Il faudra vraissemblablement passé par des moments d'affrontements et de catharsis pour avancer réellement et sortir de l'ornière dans laquelle la construction européenne s'est enlisée.

Le chemin va être long, il risque d'être terrible pour beaucoup d'Européens.

Frédéric FARAVEL

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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 13:38
Combien de motions dans la motion A ?

Les présentations des motions en section sont terminées... L'immense majorité s'est bien tenu, même si certaines n'ont pas forcément joué le jeu, annulant leurs réunions au dernier moment ou prévenant trop tard de la date.

Cependant, nous avons pu constater quels étaient les arguments développés par les défenseurs des différentes motions. Et ceux de la motion A ne cessent de nous surprendre...

En effet, selon le camarade qui s'était déplacé pour promouvoir le texte de la direction sortante, vous n'aviez pas droit au même discours.

  • Si vous aviez la chance d'écouter un ancien ami de Martine Aubry, la motion A est la motion du "renouveau socialiste" qui va peser désormais sur le gouvernement pour infléchir sa politique en reprenant nombre de propositions que portaient les camarades réunis désormais dans la motion B et combattus par cette même direction sortante depuis plusieurs mois.

  • Si vous étiez confrontés à un ami de Manuel Valls ou de Pierre Moscovici, le discours était profondément différent : il s'agissait uniquement de défendre la politique du gouvernement pourtant critiquée à demi-mot par cette même motion. Plus question d'infléchissement des choix gouvernementaux, mais des injonctions d'autorité à ne plus rien contester des actes de l'exécutif. Y compris quand les actes de l'exécutif seraient contradictoires avec ce qu'il y a écrit dans la motion A...

Qui croire ? Cité par L'Observateur et le Lab' d'Europe 1, Jean-Christophe Cambadélis expliquait lui-même que l'appel de la motion A à ne pas étendre le travail du dimanche pouvait être interprété de deux manières : soit après l'adoption de la loi Macron en actant son extension à 12 dimanches, soit avant en restant aux 5 dimanches actuels. Ce n'est plus de la synthèse, c'est du cynisme. Tout ce que peuvent reprocher les Français à la "classe politique"...

Qui croire, enfin, quand les ministres signataires de la motion A prennent position publiquement contre toutes, ou presque, les propositions de celle-ci : abaisser la CSG pour les bas revenus (jamais !), fusionner un jour l'impôt sur le revenu et la CSG (c'est impossible !), réorientation ou conditionnalité du CICE (ce serait anticonstitutionnel !?) ou encore récemment généraliser le CV anonyme (François Rebsamen vient d'annoncer la suppression du dispositif)... Déjà la direction sortante n'avait jamais défendu les positions qu'elle avait faites adopter en Bureau nationale sur le CICE ou le projet de loi Macron.

Ce congrès ne peut pas se résumer à la fin à un jeu de dupes où les textes présentés par des responsables politiques n'engagent personne et seront oubliés le lendemain du vote.

Si vous voulez peser pour infléchir la politique économique et sociale du gouvernement, une seule motion vous offre la garantie de sa détermination à tout faire en ce sens : la motion B. Les militants et les parlementaires qui se sont engagés en son sein continueront à défendre ces propositions après le congrès ; ce sera plus facile si vous leur donnez la majorité, mais ils le feront aussi une fois que la direction sortante aura jeté nos propositions communes aux orties.

Frédéric FARAVEL
mandataire fédéral de la motion B dans le Val-d'Oise
membre du Bureau fédéral du PS95
membre du Bureau national des adhésions du PS

 

Combien de motions dans la motion A ?
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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 10:10
Le 21 mai, votez pour un Parti Socialiste utile à la France et aux Français

Les militants socialistes se prononceront demain soir jeudi 21 mai sur l'orientation politique qu'ils souhaitent donner à leur Parti pour les prochaines années. Ce sera la seule et la dernière occasion, avant la fin du quinquennat qu'ils auront pour donner leur avis sur la politique conduite depuis 3 ans maintenant par les gouvernements de Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls (sous la férule du Président de la République), souvent à rebours des engagements pris lors de la campagne des élections présidentielles. Il ne s'agit pas seulement du fameux discours du Bourget, un moment de la campagne, mais bien des 60 engagements du candidat Hollande, qui disaient toute autre chose que ce qui a été mis en œuvre ensuite en termes de politiques économiques et sociales : une ratification du traité Merkozy sans renégociation, un pacte de compétitivité fondé sur l'augmentation de la TVA et sans contreparties des entreprises, un pacte de responsabilité dans la même veine fondé sur la baisse des cotisations sociales des entreprises (qui met à mal les comptes de la sécurité sociale) sans contreparties non plus, une politique fondée sur la baisse du coût du travail qui avait pourtant été dénoncé durant la campagne et lors du congrès de Toulouse alors que la compétitivité française devrait d'abord se jouer sur l'innovation et la modernisation de l'outil productif français, une fausse loi de séparation bancaire, l'enterrement de la réforme fiscale, la baisse des dotations financières des collectivités locales (qui a accru les difficultés économiques des PME), une réforme des retraites éloignée de nos engagements et pour laquelle même le compte pénibilité (véritable avancée) est retardé et rogné en accord avec le patronat, un recul des droits des salariés avec l'ANI, le projet de loi Macron et le projet de loi Rebsamen, un dialogue social dévoyé où les syndicats sont mis sous pression par le gouvernement pour donner chaque jours plus de gages au MEDEF…

Ne soyons pas caricaturaux des bonnes choses ont également été réalisées : la loi consommation, l'augmentation de l'allocation de rentrée scolaire, la refondation de l'école, la loi ALUR sur le logement (mais dont les principales mesures sont aujourd'hui détricotées par le gouvernement Valls) ou encore la généralisation du tiers payant… Cependant ces avancées sont insuffisantes et nos concitoyens considèrent souvent légitimement que la gauche au pouvoir n'a pas répondu à leurs attentes et ne défend pas leurs intérêts comme nos engagements le laisser entrevoir : 600 000chômeurs de plus en 3 ans, un pouvoir d'achat en berne, une stratégie économique contre-productive qui ne jugule pas les déficits faute de recettes. Ils ont le sentiment d'avoir été trompés et de ne pas être entendus.

Pourtant, ils se sont fait entendre à des multiples reprises : nous avons perdu toutes les législatives partielles de 2012 à 2014 (souvent éliminés dès le 1er tour), nous avons été sanctionnés durement aux élections municipales, européennes, sénatoriales et départementales une partie croissante de notre électorat, celui de Hollande au 1er tour, a choisi une abstention raisonnée ; certains de nos électeurs se tournent désormais vers le FN, notamment dans le Nord et l'Est de la France. Les électeurs de nos partenaires de gauche et écologistes ne veulent plus voter pour nous, parfois même quand nous sommes opposés au 2nd tour au FN, les reports de voix entre les deux tours qui étaient auparavant excellents (et qui l'ont été notamment aux présidentielles de 2012) sont très mauvais.

Les perspectives pour les élections régionales de décembre 2015 sont sombres et l'angoisse de revivre l'élimination de la gauche au 1er tour de la présidentielle est de plus en plus prégnante.

J'ai adhéré au Parti Socialiste voici 22 ans, le 28 mars 1993 très exactement, au lendemain de la pire défaite législative du PS, alors qu'il ne restait plus qu'une petite soixantaine de députés socialistes à l'Assemblée Nationale. J'ai vécu avec douleur et violence l'élimination de Lionel Jospin le 21 avril 2002 devant de plusieurs dizaines de milliers de voix par Jean-Marie Le Pen, alors même que nous étions persuadés de la qualité macroéconomique et sociale de notre bilan gouvernemental. Je suis sidéré de constater à quel point notre parti, nos responsables politiques nationaux et nos dirigeants exécutifs semblent n'avoir tiré aucun enseignement des 34 dernières années de vie politique durant lesquelles nous avons gouverné 18 ans... et notamment de nos défaites de 1993 et 2002 

Lionel Jospin avait sorti le PS de l'ornière en 1995 sur un rapport critique à l'exercice du pouvoir, avec un viatique : dire ce que l'on fera, faire ce que l'on a dit… ce ne fut pas seulement un prétexte pour réduire nos ambitions programmatiques, mais c'était tirer la leçon que la gauche doit au pouvoir mettre en œuvre les propositions et les engagements qu'elle a pris devant les Français lorsqu'elle préparait l'alternance dans l'opposition : cette première leçon a été oubliée, puisque nous ne mettons pas en œuvre notre projet socialiste, l'accord programmatique entre socialistes et écologistes (2011) ou une partie majeure (la stratégie économique et sociale) des engagements de Hollande en 2012 !

Lionel Jospin avait plus perdu en 2002 parce que nos concitoyens, malgré la baisse du chômage, les 35 heures et le rétablissement des comptes de la sécurité sociale, n'avaient pas vu leurs conditions de vie concrètes s'améliorer (bien plus que pour des raisons d'insécurité) : nous avions fait l'impasse sur le pouvoir d'achat et l'amélioration des conditions de travail, oubliées sur l'autel de la modération salariale en échange des RTT… Le même effet ciseau s'est produit lors des mid terms de l'année dernière aux USA : alors que la politique économique de Barak Obama rencontrait de véritables succès (baisse du chômage, retour de la croissance), les citoyens américains avaient sanctionné les Démocrates (avec une moindre mobilisation de leur électorat) parce que leurs conditions de vie quotidienne semblaient s'être dégradées. C'est cette deuxième leçon que nous n'avons pas retenu : pour les Français, la gauche au pouvoir est associée à l'idée de progrès social et d'amélioration des conditions de vie. Quand elles ne sont pas au rendez-vous, quels que soient les chiffres macroéconomiques nous sommes sanctionnés. C'est pourquoi l'action sur les rémunérations, sur le renforcement des droits des salariés, notamment, devrait être au cœur de notre politique gouvernementale.

Il reste deux ans pour sauver le quinquennat et mettre la gauche en capacité de reprendre pied pour emporter l'élection présidentielle de 2017 et inscrire notre action dans la durée ce qui seul peut permettre la transformation réelle de la société.

Le gouvernement n'envisage pas d'amélioration du chômage avant 2016. Pourtant, sans décisions immédiates, les conséquences sociales et politiques de ces prévisions seront redoutables. Or, on peut et doit agir vite pour relancer l'activité et répondre à l'urgence sociale.

La motion B présente des réformes à engager immédiatement pour réussir la fin du quinquennat... Quel crédit accorder à des promesses de réorientation en réalité très différentes, voire contradictoires avec ce que prépare le gouvernement ? Peut-on rester sur son Aventin, dans la posture du Ni-Ni, qui est une manière de laisser les autres décider ?

Non !

Oui, soutenir la motion B, c'est clairement peser pour une réorientation raisonnable, efficace ; c'est un vote utile pour la France, la reconquête du peuple de gauche et le rassemblement Rose-Rouge-Vert.

La gauche française traverse aujourd'hui une de ses plus graves périodes de turbulences. Trois ans après la victoire de François Hollande à l'élection présidentielle, le constat est amer et sans circonstances atténuantes possibles.

Pour autant, seule la gauche unie peut relever le défi qui nous est présenté aujourd'hui. Ce n'est qu'unie qu'elle pourra être crédible et revenir sur le chemin de la réussite. Pour cela il faut une volonté politique.

Cette volonté ne saurait surgir d'un discours culpabilisateur et totalement inopérant : maintenant que le FN a terriblement progressé en pourcentage et en voix, il faudrait faire abstraction du projet politique mise en œuvre au gouvernement pour éviter la catastrophe d'une élimination au soir du premier tour d'une élection, comme tant de candidats de gauche l'ont subi aux départementales et comme cela pourrait de nouveau arriver aux élections présidentielles, si nous ne redressons pas la barre très vite. Nos propres électeurs ne sont mêmes plus réceptifs à ses injonctions, à ces appels à l'autorité et à la responsabilité de la part de ceux qu'ils jugent responsables de la détérioration de leur situation.

Cette volonté ne peut pas plus émerger si chacune des composantes de la gauche se croit suffisante à elle seule. Un parti, qu'elles que soient la pertinence de ses analyses et éventuellement de ses propositions, ne saurait prétendre résumer à lui-seul toute la gauche et les écologistes, dans la diversité des cultures politiques du pays auxquelles est attaché le Peuple de gauche.

Dans le même temps, nos concitoyens ne croient pas qu'il existerait deux gauches irréconciliables, dont l'une pourrait remplacer l'autre jugée défaillante. C'est pour cette raison qu'alors que le PS subit défaite sur défaite aucun autre parti plus à gauche que lui n'en profite ; au contraire, l'échec provisoire de la gauche est un instrument à charge contre tous nos partis.

Il n'y a pas dans cette situation de possibilité d'un Syriza français. Ou plutôt uniquement si nous trouvons les ressors pour nous rassembler avant la fin du quinquennat et faire adopter ensemble de nouvelles lois porteuses de progrès, cohérentes avec les engagements présidentiels : séparation bancaire réelle, réforme fiscale, droit de reprise des entreprises, amélioration des conditions de travail, relance économique par l'investissement et le pouvoir d'achat…

A cette première condition doit s'ajouter une seconde fondée sur notre capacité commune à préparer l'avenir et à jeter les bases de propositions communes pour répondre aux défis de la France et des Français en 2017.

Ce n'est que sur cette base que la gauche peut prétendre inscrire son action dans la durée en repoussant le retour de la droite ou la résistible montée de l'extrême droite vers le pouvoir.

Frédéric Faravel
Mandataire fédéral de la motion B « à gauche pour gagner ! » dans le Val-d'Oise
Membre du bureau fédéral du PS95
Section de Bezons

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