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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 18:45

Rassembler notre famille politique autour d'un projet et d'une dynamique

 

L'université d'été des socialistes à La Rochelle du 28 au 30 août 2009 a donné une tonalité un peu nouvelle par rapport aux années précédentes. Les journalistes vous diront que nous avons connu 48 heures sans petites phrases entre socialistes, Rue89 allant jusqu'à titrer « bonne nouvelle pour le PS, il n'est rien passé... ». Au-delà de ces commentaires du microcosme, tous les militants que vous croiserez de retour de La Rochelle témoigneront de l'atmosphère de travail, de l'ambiance fraternelle et festive,de la qualité des intervenant car c'était cela aussi l'une des clefs du succès de ce week-end : le retour en force des intellectuels, de la société civile, des syndicats, de nos partenaires politiques, dans nos débats, dans nos ateliers et nos tables-rondes, pour nous bousculer parfois, mais toujours pour nous enrichir et construire avec nous un discours politique qui peut préparer l'avenir.

La semaine avait mal commencé : menace de crise de nerfs sans propos sur les primaires, photos de « famille » marseillaise alimentant un confusionnisme total... On prédisait le pire au Parti.

Benoît Hamon et Martine Aubry ont voulu ainsi dès jeudi voulu évacuer le débat pour que nous puissions nous consacrer à l'essentiel ; le porte-parole présentait à France Info une feuille de route précise sur des primaires de toute la gauche avec pour préalable un travail programmatique commun aux organisations de toute la gauche qui doit déboucher sur un contrat de gouvernement. Martine Aubry, elle, rappelait sa faveur pour des primaires ouvertes à gauche dans Le Monde, en fixant quelques grandes lignes vite tracées les thèmes des débats à mener avec la gauche.

Cependant dans son discours du vendredi, la Première secrétaire a instillé un doute chez de nombreux camarades qui comme moi attendait une perspective stratégique claire et des outils efficaces pour la mener. Dans son allocution d'ouverture, Martine Aubry présentait une vision des primaires ouvertes mais pour « désigner le candidat socialiste ». Autant le dire immédiatement, cette perspective-là c'est l'assurance de revivre 2006 en pire, et je ne saurais en être !

Le principe des primaires sera soumis avec d'autres questions (comme celle sur le cumul des mandats) au vote des militants le 1er octobre prochain, le Conseil national du Parti socialiste du 12 septembre doit en fixer la formulation ; alors d'ici là disons comme militants et comme courant, mais également et avant tout comme socialiste, soucieux de rassembler son camp pour gagner la gauche, comment le PS peut passer du suicide collectif à une dynamique politique.

 

D'abord quelques soient les obstacles, ne contredisons pas aujourd'hui ce que nous écrivions hier dans motion « Un Monde d'Avance » et dans notre bulletin de liaison.

 

Mais pourquoi fallait-il trancher aujourd'hui ?

Imaginez ce qu'auraient été les 6 prochains mois sans cela. Pollués par un débat de méthode, donnant tous les prétextes nombrilistes aux francs-tireurs qui dans ce parti sont trop heureux de lui saper ses bases en espérant ramasser les miettes. Les « moi-jistes » auraient ainsi court-circuité la campagne des élections régionales, l'auraient rendu inaudible, renforçant vraisemblablement les Verts dans la stratégie de ringardisation du PS qu'ils affectent aujourd'hui. Maintenant nous devons, sans illusion d'obtenir une réponse positive de nos partenaires avant avril 2010 (séquence de concurrence électorale oblige), répéter sur tous les tons et peser sur tous les fronts, quel doit être le cadre, le préalable, les critères, les conditions d'une primaire réussie, préludant à un rassemblement durable de la gauche ; conditions sans lesquelles ces primaires deviendraient illusoires, inutiles, voire nuisibles.

 

Préparer un Projet de la gauche

Ces conditions sont à l'évidence la préparation par un travail de fond avec les militants des organisations de toute la gauche (en tout cas toutes celles et ceux qui répondront chiche !) pour un programme de gouvernement de transformation sociale. Ce contrat de gouvernement devra par ailleurs recevoir une traduction électorale qui pourraient éventuellement être douloureuses pour quelques cumulards socialistes. Mais le rétablissement de la perspective de la transformation sociale ne découlera, j'en suis aujourd'hui intimement persuadé, que de l'ouverture du Parti socialiste sur son étranger proche (partis, syndicats, mutuelles, coopératives, associations).

Le mieux est-il l'ennemi du bien ?

Marie-Noëlle Lienemann e tPaul Quilès défendent depuis plusieurs mois un processus très construits pour la création d'un nouveau Front Populaire - qui au passage n'est pas moins « à prendre ou à laisser » que la pétition de Terra Nova (mais qui a l'avantage de refouler les ambiguïtés).Je ne sais si nous sommes en mesure de mettre en œuvre un processus aussi précis, mais nous pouvons toujours nous inspirer de son esprit, et pour ma part, je n'ai pas senti de contradictions majeures entre l'interview de Benoît Hamon, jeudi 27 août, et la tribune publiée par nos deux compères le même jour sur Mediapart.

Là encore, une petite remarque sur le mieux qui serait l'ennemi du bien : on nous dit qu'il ne faut pas s'engager dans un débat sur les seules valeurs, pour construire un simple « fond idéologique commun », tellement vague qu'il serait acceptable y compris à droite... L'un n'empêche pourtant pas l'autre, mon petit précis personnel d'histoire du socialisme français n'oublie pas que la direction Savary-Mollet issu du congrès d e fondation du Nouveau Parti socialiste de 1969 fut également renversée car elle défendait le préalable de la réduction active des écarts idéologiques d'avec un PCF en pleine glaciation brejnevienne avant tout débat programmatique. Mais je ne vois pas ce qui empêcherait de mener les deux de fronts ; et dans le contexte actuel d'aggravation exponentielle des inégalités, je doute que les Verts, le PCF ou nous-mêmes puissions abstraction d'un débat nécessaire sur la conflictualité sociale, thème inaccessible aux tripes du Modém ou de Villepin. Je ne me résouts pas à m'entendre dire - comme ce fut le cas par un délégué du NPA Val d'Oise, alors que je réunissais de manière inédite tous les partis de gauche du département à l'invitation du PS - que les divergences idéologiques se creuseraient à gauche quand au quotidien je constate et j'entends le contraire ! Pouria Amirshahi n'écrivait-il pas dans sa tribune « Nos futurs » de Mediapart, que l'écologie politique était désormais pleinement l'une des écoles du socialisme démocratique ?

 

La stratégie politique de conquête ne se sépare pas du projet

Ayons ce débat à la fois idéologique et programmatique concret ; démontrons par notre action, notre travail que l'écart est faible, et surtout, qu'il faut être cohérent, que projet et stratégie sont indissociables : une « bobo » de ma collectivité avait cherché à me démontrer que D. Cohn-Bendit et H. Désir avaient tenu sur les plateaux les mêmes discours, mais que le premier faisait vivre sa campagne quand l'autre était soporifique... soit... Cependant rappelons juste un moment avec qui Dany le Vert propose de mettre en musique ce discours : avec des candidats libéraux à opposer au Président sortant de la Commission européenne, j'ai nommé l'inénarrable ex-Mao et ex-Premier Ministre libéral, José Manuel Barroso. Il faudra bien mettre nos partenaires face à la nécessité d'une cohérence : on ne fait rien de précis avec n'importe qui ! On ne mène pas une politique de transformation sociale et écologique avec la droite !Les alliances, la stratégie sont le reflets d'un projet et d'une vision...

Refusons une fois pour tout d'intérioriser la perspective d'être marginalisé, comme si cela était quasiment inscrit dans notre code génétique, intérioriser la défaite. On ne construit rien de bon et d'efficace sur la rédemption dans la défaite ou sur le pessimisme dans l'action.

Nous avons les uns et les autres suffisamment de savoirs-faire, suffisamment de structuration intellectuelle, un esprit suffisamment ouvert pour être les fers de lance d'un rassemblement de la gauche, d'un dépassement du Parti socialiste. La Gauche du PS peut - et d'ailleurs peut-être elle seule - poser des ponts avec des communistes, des républicains (pas moins secoués que les socialistes dans les 20 dernières années) ou même certains écologistes qui se sentent pourtant aujourd'hui pousser des ailes. Alors arrêtons de nous interdire des perspectives et un débouché, quand on ne distingue pas encore ce que pourra être le paysage politique des deux années à venir que nous avons encore la possibilité de façonner. Nous sommes les derniers à défendre encore peu ou prou une vision cohérente de la VIème République, mais de nos rangs seuls peut sortir celui qui acceptera de rétablir la souveraineté populaire. Un Président de la gauche "socialiste" pour achever la Vème, ça aurait de la gueule, non ?

 

Frédéric FARAVEL

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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 17:44
Oui à des Primaires de toute la gauche pour un candidat unique au premier tour
- Primaires PS-Modem ? Non, honteux et ridicule
- Primaires du PS seul, impact plus limité, quel intérêt ? à quelles conditions, comment ?

Les primaires, c’est comme la langue d’Esope, cela peut-être la pire et la meilleure des choses.
Quelle est la base politique ? Quel est leur périmètre ? Quelle organisation ?

L’idée est stimulante s’il s’agit d’unir, de rassembler la gauche derrière un candidat qui fasse consensus sur un programme de transformation social. Dans ce cas-là, plus il y a de votants, plus il y aurait de chances que le candidat soit vraiment à gauche, plus le programme serait avancé, et plus il y aurait de chances qu’il soit en tête dés le premier tour - ce qui serait synonyme de victoire. Il ne faut pas avoir peur des masses de gauche, elles cherchent une issue à gauche, et 52 % des sympathisants du PS estiment eux-mêmes que leur parti n’est pas assez à gauche. (Le 1er décembre 2004 officiellement 42 % des adhérents du PS (en réalité une majorité) avait opté pour le « non » au TCE, mais 59 % de l’électorat socialiste avait voté « non » le 29 mai 2005 : on peut avoir confiance dés que la gauche est mobilisée).

1°) Mais ce qu’une pétition semble proposer  en invitant et en associant le Modem à participer, ce sont des primaires Modem-PS : là c’est honteux, car c’est une manipulation pour associer la droite à la désignation du candidat éventuel de la gauche. Et c’est voué à l’échec d’avance car les militants du parti socialiste n’accepteront fort heureusement jamais de désigner un Bayrou comme candidat. Alors pourquoi les promoteurs de cette initiative appellent-ils le Modem à participer en prévoyant d’ors et déjà une « case » à cocher où ils s’identifient pour participer au vote en tant que tels ? Le Modem n’est pas dans le périmètre de la gauche mais dans celui de la droite.
 
2°) Le parti de gauche et le NPA ont annoncé qu’ils ne voulaient pas de ces primaires-là. S’il s’agit des primaires Modem-PS manipulées par la grande presse, on les comprend. Mais c’est étrange que ces deux partis qui souhaitent à juste titre rassembler un front de gauche, s’opposent à l’occasion de le faire au travers d’un débat et d’un choix au sein de la gauche !
Qu’ont-ils à craindre ? S’il s’agit d’un choix et d’une consultation organisée en commun par toutes les composantes de la gauche, toutes les garanties démocratiques peuvent être données. Si ce n’était pas le cas, ils pourraient se retirer à tout moment.  Pourquoi ne pas saisir la perche ?  Si toutes les composantes de la gauche participent, une chose est absolument certaine, le candidat ne sera pas « social-libéral », il se situera forcément au cœur de la gauche, sur une ligne acceptable par une large majorité de ses composantes ainsi rassemblées.
C’est facile à comprendre comme mécanisme :  si chacun va à la bataille séparément, les voix les plus à gauche seront séparées des autres et le risque est donc que ce soit un “social-libéral” désigné au sein du seul PS qui se retrouve au deuxième tour.  Ce ne sera pas le cas si chacun accepte de chercher un accord et un candidat commun dés le premier tour.
 
3°) Reste une dernière hypothèse, celle qu’une partie des socialistes semblent promouvoir  : à partir du moment où les autres composantes de la gauche refusent un débat préalable sur un programme puis un débat sur le candidat commun, alors on revient dans un schéma presque classique : ce qui est proposé est une « primaire » entre candidats socialistes comme en 2007 mais “ouverte”. Est-on sûr que ce soit aussi mobilisateur ? N’est-ce pas plus incertain, plus dangereux ?
Car dans ce cas, l’intérêt est beaucoup plus limité de vouloir faire arbitrer par des non militants (combien ?) entre les multiples candidats qui surgiraient alors. Il y faudrait deux tours, beaucoup de palabres, et ce ne serait pas forcément plus probant ni plus enthousiasmant, que le choix raisonné et mûri d’un parti.
Dans tous les cas, il faut un débat sur le fond avant, ouvert lui aussi, pour ne pas voter sur des têtes sans programme.
Sans ce débat, tout vote serait démagogique. Personnaliser la politique, c’est dépolitiser les personnes.
Ensuite, il faut des garanties extrêmement sérieuses de non-manipulation par la presse et les médias, qui pousseraient n’importe qui à intervenir et à voter : que ce ne soit pas des gens de droite qui viennent arbitrer pour quelques euros et désigner le plus mauvais candidat. L’organisation doit être soigneusement débattu, les garanties démocratiques doivent être maxima, le financement doit être contrôlé.


Gérard Filoche, pour D&S, jeudi 27 août

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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 14:39

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26 août 2009 3 26 /08 /août /2009 15:27
Voilà plusieurs semaines que j'essayais de mettre les mots sur la dérive du Parti socialiste, sa professionnalisation/proximitisation, j'en avais esquissé quelques lignes dans mon papier sur les leçons des élections européennes. Rémi Lefebvre le fait bien mieux que je n'aurais su le faire dans cette interview de qualité. J'ajouterai qu'à la désidéologisation des élites locales du PS s'ajoute la technocratisation accélérée de leurs principaux collaborateurs dans l'administration territoriale.
Sans avoir peur de dire que je participe sans doute pleinement de cette lente tectonique des plaques et que parfois je me sens assez impuissant face à elle.
Frédéric Faravel

"Un fonctionnement en vase clos"
LE MONDE | 26.08.09 | 14h45  •  Mis à jour le 26.08.09 | 14h45

rofesseur en sciences politiques à l'université de Reims, membre du Centre d'études et de recherches administratives, politiques et sociales (Ceraps) de l'université Lille-II, Rémi Lefebvre est coauteur avec Frédéric Sawicki de La Société des socialistes (Editions du Croquant). Il a dirigé le numéro de la revue de l'Office universitaire de recherche socialiste (OURS) consacré aux "transformations du militantisme socialiste" (éd. OURS, juin 2009).


Quel diagnostic portez-vous sur la crise du Parti socialiste ?

Le terme de crise n'est pas vraiment approprié, car il fait référence à une situation transitoire. Le Parti socialiste est, en réalité, confronté à un processus de décomposition lente engagé bien avant le congrès de Reims. Ce congrès a certes accentué cette évolution, en rendant le PS ingouvernable, mais tout cela vient de plus loin. C'est le résultat d'un ensemble de dérèglements intervenus avec la succession de François Mitterrand lors du congrès de Rennes de 1990, qui se sont traduits par la "désidéologisation" et la professionnalisation du Parti. Je ne suis pas sûr cependant que cette crise affecte tous les socialistes. Un grand nombre d'entre eux semblent s'en accommoder et ne connaissent pas ladite "crise". Le PS n'a jamais eu autant d'élus locaux. Le PS est un Janus : un organisme national démobilisé, privé de leadership et de perspectives, un niveau local qui n'a jamais été aussi florissant.

Le PS ne serait-il devenu qu'un parti de notables locaux bien implantés, mais privé de perspectives nationales ?

Il reste difficile de connaître la composition du PS aujourd'hui, l'âge, l'origine socioprofessionnelle de ses adhérents. La dernière enquête remonte à 1998. Ce qui ressort toutefois, c'est qu'il s'agit d'un parti vieillissant, qui compte un grand nombre de retraités et beaucoup de fonctionnaires des collectivités locales. On sait aussi que la moitié de ses membres sont des élus absorbés principalement par la gestion locale. C'est ce lien essentiel et professionnel qui les retient à l'organisation. Le chiffre de 120 000 adhérents, habituellement retenu, correspond à la cartographie de cette implantation locale.

Dans vos enquêtes, vous évoquez aussi le rôle particulier des "professionnels" du PS, collaborateurs d'élus...

La professionnalisation des militants du PS est un phénomène plus récent. La filière de recrutement n'est plus le syndicalisme ou les réseaux associatifs. Un nombre de plus en plus important de ses adhérents vivent de et pour la politique. Avec la décentralisation, on a assisté à la montée en puissance d'une haute fonction publique territoriale et de collaborateurs d'élus, membres des cabinets ou salariés des collectivités locales qui se retrouvent militants semi-professionnels. Ce système endogamique fonctionne en vase clos, dans un milieu social fermé, entre personnes liées par des intérêts professionnels et politiques qui se confondent. Loin en tout cas des groupes sociaux que le Parti est censé représenter ou défendre.

Le PS s'est donc coupé de ses racines populaires et laïques ?

A l'exception de certaines grandes fédérations comme celles du Nord et du Pas-de-Calais, le Parti socialiste n'a jamais été un parti de masse, ancré dans le monde ouvrier. Il a notamment compensé ses faiblesses dans ce milieu par ses liens privilégiés avec les enseignants, une composante stratégique au coeur de l'organisation, qui étaient des relais d'opinion et la courroie de transmission auprès des classes populaires. Ces liens ont été rompus. Certes, le PS n'en est pas seul responsable. Le monde enseignant s'est transformé. Il est moins politisé et s'est embourgeoisé. Mais le Parti n'a rien fait pour reconstruire ces liens, notamment avec les syndicats. Il n'assure plus de promotion aux enseignants. Il suffit de se souvenir du nombre d'enseignants parmi les députés de la "vague rose" de 1981. Il n'y en a pratiquement plus aujourd'hui chez les nouveaux élus.

Cette transformation a-t-elle eu une incidence sur la ligne politique ?

Cette mutation s'est accompagnée d'un phénomène de désidéologisation. Même si on y débat en permanence - sans rien clarifier -, le PS n'accorde plus d'importance à la réflexion doctrinale, alors même que le déclin du modèle social-démocrate la rend impérieuse. Les prises de position cachent - mal - les luttes de position. Les élus sont dans une culture du pragmatisme. Ils sont devenus des notables qui cherchent à rassembler, à créer du consensus, en masquant souvent à cette fin leur étiquette politique. Cela ne signifie pas que la gestion de gauche est identique à celle de la droite. Le PS continue de s'appuyer sur le pouvoir local, mais il ne le conçoit plus comme un outil de transformation sociale. On est loin du cercle vertueux des années 1970, dans la relation entre le local et le national, lorsque les municipales de 1977 avaient préparé la victoire de 1981. Le désinvestissement de la question idéologique renvoie aussi aux courants en déshérence et aux liens totalement décomposés avec le monde intellectuel.

Comment évaluez-vous le désarroi des militants ?

Le PS, parti pluraliste, a toujours été agité par des divisions internes très fortes. C'est une constante historique. Mais pour les militants, elles s'appuyaient sur des substrats idéologiques qui n'existent plus. Les courants sont devenus des agrégats volatiles de soutiens qui se font et se défont. Les luttes internes, artificielles, n'ont plus de sens que pour les dirigeants. Confrontés aux citoyens et aux électeurs, les militants portent le fardeau de ces divisions et paient l'image de la dégradation de leur parti, d'où beaucoup de souffrance. Ce qui ne rend pas le parti attractif, d'où le repli dans l'entre-soi. Comment adhérer à une organisation qui donne un tel spectacle de mise en scène permanente de ses divisions ?

Sur quelles bases le PS peut-il espérer se reconstruire ?

L'équation sociologique est complexe : il doit réfléchir à la reconstruction d'une alliance de classes entre les catégories populaires et des classes moyennes, et pour cela redonner de la lisibilité au monde social. Ce n'est pas évident de faire converger des intérêts parfois contradictoires. Mais on ne sait plus qui le PS représente, qui il défend, quel est son adversaire. Il y a un déficit de conflictualisation, or la gauche ne peut faire l'économie du conflit dans une société profondément inégalitaire.

Le PS a tenté de se renouveler avec les adhésions à 20 euros. Quel bilan en tirez-vous ?

Comme toujours, le PS agit et bricole dans l'urgence et le court terme. Cette formule a été un succès, puisque 80 000 adhérents l'ont rejoint. Mais la plupart sont aussitôt repartis. Ces militants à 20 euros ont été souvent stigmatisés comme "utilitaristes". Ils ont adhéré pour la désignation de Ségolène Royal à la candidature de l'élection présidentielle. Comme elle a perdu, ils se sont retrouvés disqualifiés. Mais rien n'a été fait pour intégrer ceux qui voulaient rester et s'engager plus durablement. Le nouveau militant n'est pas forcément bien accueilli dans une organisation qui s'en méfie, car il perturbe les équilibres, peut contester l'élu en place, apporter un regard extérieur que l'appareil redoute. Or le PS a besoin de s'ouvrir. Un parti qui veut penser et changer la société ne peut se contenter d'une base étroite de 120 000 militants.


Propos recueillis par Michel Delberghe
Article paru dans l'édition du 27.08.09

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23 août 2009 7 23 /08 /août /2009 09:40
Retour sur la question sociale

Article publié le samedi 22/08/2009 - 18:37, par - Mediapart.fr - Pap N'Diaye est historien à l'EHESS, spécialiste des Etats-Unis.

«Dans son éloquent plaidoyer, «Une juste colère sociale», Edwy Plenel regrette que la gauche française ne défende plus les intérêts du monde du travail. Il écrit: «Défendre les moins fortunés, les moins protégés, les moins armés, les plus exposés, les plus fragiles: il n'y a pas d'autre levier d'action pour la gauche politique.» Il conviendrait donc que la gauche se saisisse à nouveau, et fortement, de la «question sociale», c’est-à-dire qu’elle s’attaque clairement aux inégalités de classe (et à leur approfondissement) générées par l’économie capitaliste.

Plenel appelle ainsi la gauche à un retour à ses origines historiques, c’est-à-dire à la défense des classes sociales opprimées par une bourgeoisie d’affaires que la crise actuelle n’a pas rendue moins arrogante ou moins égoïste. Je partage en bonne partie ce point de vue, à une sérieuse nuance près. Je vais m’en expliquer en revenant sur la fameuse «question sociale».

Historiquement, à gauche, la «question sociale» renvoie à la question du prolétariat, c’est-à-dire aux inégalités intrinsèquement produites par le capitalisme, et à ses contradictions, telles qu’analysées par Marx. C’est bien la question sociale qui a fondé des priorités intellectuelles et politiques à gauche et aussi dans les sciences sociales françaises : l’étude des rapports de classe est centrale en sociologie et en histoire depuis un siècle. Ce faisant, la gauche a négligé l’existence d’agents subissant des torts irréductibles aux rapports de classe.

L’analyse de l’exploitation de classe ne suffit pas, à elle seule, à rendre compte de toutes les formes de domination, même si ces rapports d’exploitation se trouvent imbriqués de telle manière qu'il serait inconséquent de jeter un voile d'oubli sur eux. La question des femmes a longtemps fait l’objet d’un dédain marqué (il s’agissait au mieux d’un «front secondaire» quand ce n’était pas tout bonnement le résultat d’une «fausse conscience»), et il fallut une mobilisation politique des femmes pour que l’irréductible de la condition féminine (au sens de non-réductible à la position de classe) fasse l’objet d’un minimum de reconnaissance intellectuelle et politique.

Il est est allé de même avec les minorités ethno-raciales: à gauche, elles ont été non seulement négligées, mais également suspectées de participer de la démobilisation et de la «désaffiliation» de la classe ouvrière. De tels soupçons ont eu un effet paralysant sur les sciences sociales et les politiques publiques de reconnaissance et de correction des discriminations. Le Parti socialiste a préféré amuser la galerie avec les concerts et les mains jaunes de SOS racisme, son association-lige. Le niveau de désintérêt et d’incompétence des responsables socialistes sur les questions relatives à ces minorités est tout simplement vertigineux.

Fondamentalement, la question qui se pose à la gauche consiste à prendre au sérieux le racisme et les formes de domination raciale, sans les dissoudre dans les rapports de classe, et sans considérer celles et ceux qui en font état comme «aliénés», c'est-à-dire comme incapables de reconnaître la vraie nature des processus matériels et idéologiques par lesquels la classe dominante maintient son pouvoir. Il convient de penser à la fois l'irréductibilité de certaines questions (les questions de genre et de «race», en particulier) et leur lien indissoluble aux rapports de classe. Justement, du côté de la gauche française, le problème a été de penser cette irréductibilité, et donc de secouer le carcan du réductionnisme de classe.

Il est donc question d’éviter le réductionnisme par lequel la question sociale s’est trouvée confondue avec la question de classe. Les plus «fragiles» qu’évoque Edwy Plenel ne sont pas seulement les moins fortunés. Ils cumulent une série de désavantages, parmi lesquels la position de classe, certainement, mais aussi la position juridique (étrangers en situation irrégulière par exemple, ou bien prisonniers aux droits bafoués), la position culturelle (celles et ceux dont les cultures d’origines sont, au mieux, perçues comme un inconvénient momentané en attendant que la fameuse intégration les efface), la position ethno-raciale (les non-Blancs), le genre, etc. Réfléchir sur ces questions suppose de ne pas les hiérarchiser a priori selon leur importance supposée: c’est l’objet de l’enquête de sciences sociales que de montrer comment ces positions interagissent et s’organisent selon les situations et les points de vue des acteurs.

L’enjeu, pour le Parti socialiste et la gauche en général, est de prendre au sérieux les points de vue que j’appelle «minoritaires» (non point au sens démographique mais politique : ils font état de torts qui ne sont pas historiquement représentés par la société civile et la grammaire politique françaises). Cela suppose donc, en ces moments de crise, de ne pas revenir à une conception trop réduite de la question sociale, par laquelle la situation du monde du travail redeviendrait l’alpha et l’oméga d’une politique de gauche.

Une anecdote: un élu local socialiste (un homme admirable à bien des égards, c’est pour cela que j’en parle) me fait part de ses soupçons, après avoir visité une exposition de photographies à Arles, montrant des lynchages de Noirs aux Etats-Unis: il s’agit sans doute d’une manière habile d’acclimater l’idée de diversité en France, m’explique-t-il. Pour lui, c’est la question de l’exploitation du monde du travail qui prime, et elle ne doit pas être détournée par des thèmes à la mode manipulés par la droite, dans la foulée de l’élection d’Obama. Il était donc sorti mécontent de l’exposition.

A cet élu je dirais ceci: pas plus à l’étranger qu’en France, le racisme ne procède simplement des agissements calculateurs des élites et la lutte antiraciste ne se résume à celle contre les inégalités de classe. Votre antiracisme de principe ne suffit pas, et il s’avère même incapable de penser les discriminations, à commencer par celles qui existent au sein même de votre parti, sous vos yeux.

Qu’est-ce alors qu’une politique de diversité, puisque c’est de cela dont il est question? Il ne s’agit pas d’une politique d’affichage à la Sarkozy (le tokenism bien connu des Américains, par lequel on donne l’illusion de la diversité, sans rien faire en profondeur). Il est plutôt question de démocratiser la vie politique française, ce qui passe notamment par son ouverture à des groupes peu ou pas présents et aux situations sociales qu'ils représentent.

Cela suppose des changements profonds dans le mode de fonctionnement des partis et les règles électorales (l’interdiction du cumul des mandats est un minimum). Bien entendu, cela suppose aussi une politique d’accueil aux minorités dans les partis en question, afin qu’elles puissent faire part de leurs situations, exprimer des demandes et accéder à des postes de responsabilité (sans avoir dû, au passage, abdiquer de leur spécificité et subir une violence symbolique qui les transforme en porte-paroles intransigeants du système politique).

Or les témoignages que j’ai entendus vont dans un sens bien différent: celui d’un accueil circonspect, voire hostile, délimitant une frontière entre le «nous» (les militants chevronnés) et le «eux» (les nouveaux, celles et ceux qui ne parlent pas l’idiome, qui sont hors-sujet). Je rêve donc qu’un jour le Parti socialiste ne soit plus le parti du «nous» et du «eux», mais un parti ouvert, multiculturel et en pointe contre les discriminations ; qu’une femme noire ou beure le dirige, et que les hommes blancs âgés soient minoritaires dans ses instances supérieures ; qu’il soit bien le parti de la «question sociale», dame oui, mais d’une question sociale qui ne laisse dans l’ombre aucune de ses facettes multiples, parce que, voyez-vous, comme l’écrivait jadis Martin Luther King du fond de la prison de Birmingham: «Nous en avons assez d’attendre ».


Liens:
[1] http://www.mediapart.fr/journal/france/090809/une-juste-colere-sociale

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21 août 2009 5 21 /08 /août /2009 14:40

I- économie générale de l'avant projet :

Le projet est présenté comme l'élément de rupture de la présidence sarkozienne avec les notabilités territoriales conservatrices. La campagne de communication qui a déjà commencé s'appuie sur deux axes démagogiques et populistes :

  • la réduction du nombre de collectivités qui rationaliserait le fonctionnement administratif du pays et réduirait les dépenses publiques dispendieusement gérées par le collectivités de gauche ;

  • la réduction du nombre d'élus qui contribuerait également à la baisse des dépenses publiques et restreindrait la logique de professionnalisation de la vie politique.

Dans les deux cas, c'est évidemment la gauche qui est visée, à contre-pied au regard des obligations financières qui s'imposent aux collectivités et non à l'État.

On pourra constater que ce projet est loin des effets d'annonce et ne vise effectivement qu'à déstabiliser la gauche et à la décrédibiliser un peu plus dans l'opinion à la veille d'une campagne électorale cruciale pour elle à plus d'un titre. Mais surtout il n'est en aucun cas la grande rupture promise, à bien des égards il n'avance pas fondamentalement par rapport à des débats qui ont déjà eu lieu, laisse bien des questions sans réponse et se trouve même quelques fois en retrait par rapport au Rapport de la commission Balladur.

Ce projet, qui vise à confondre régions et départements, couplé à une réforme de la fiscalité locale menottant les deux, conduirait, s'il était mis en œuvre, à l'affaiblissement des régions, sans renforcer évidemment pour autant les conseils généraux.

Affaiblissement des collectivités locales et, dans la foulée, recentralisation des pouvoirs. Ce projet est dangereux. Il remet en cause des acquis de 25 ans de décentralisation au moment même où la préférence va aux régions pour construire notre devenir. Ce qui nous est présenté nous propose un État donneur d'ordre manipulant des collectivités-marionnettes mais qui assumeraient l'essentiel des financements.

II- Une réforme contradictoire avec son propos supposé :

1) La création des conseillers territoriaux :

Comme l'a bien dit Martin Malvy dans sa tribune du Monde, Le remplacement des conseillers généraux et des conseillers régionaux par des "conseillers territoriaux" offrirait cette particularité d'instituer, non pas le cumul des mandats, mais celui des fonctions.

L'argument utilisé maintenant d'une ressemblance avec le scrutin défendu il y a bien longtemps par un ancien collaborateur de Vincent Auriol est d'autant plus fallacieux qu'Étienne Weill-Raynal n'est jamais parvenu à l'imposer à ses propres amis. Les arrière-pensées partisanes sont transparentes, surtout si, comme cela court dans les antichambres du pouvoir, le scrutin devait être à un tour seulement.

La tradition française étant celle du regroupement de la gauche au 2nd tour, la droite espère s'offrir les pouvoirs locaux avec 30 à 35 % des voix seulement.

Il n'y aurait plus qu'à modifier le scrutin législatif dans le même sens et la droite s'octroierait un certificat de longévité à bon compte.

Le scrutin territorialisé au niveau de gros cantons, l'assemblage d'élus qui n'en seraient pas responsables, mais dont les motivations seraient d'abord celles de leur propre territoire ne déboucheront jamais sur une véritable approche régionale des politiques à mener.

Les assemblées régionales qui sortiraient d'une telle réforme - attention le mode de scrutin n'est pas décrit dans l'avant-projet de loi - seraient vraisemblablement pléthoriques ; à l'échelle de l'Île-de-France, sans même faire l'addition complète des sièges des conseils généraux on pourrait ainsi atteindre plus de 400 conseillers territoriaux. On peut douter de l'efficacité pratique d'une assemblée régionale dans ces conditions.

2) Intercommunalité,reprise en main du préfet et institutionnalisation du cumul des fonctions :

L'achèvement de la carte intercommunale, sa mise en cohérence et sa nécessaire démocratisation sont des objectifs partagés par l'immense majorité des élus et de leurs organisations représentatives. En l'état actuel du texte cependant, les conditions dans lesquelles l'achèvement de la carte intercommunale est envisagé n'échappent pas à une évidente préoccupation d'affirmation de la prééminence de l'État.

Les pouvoirs dont disposerait le préfet, au détriment de ceux que conserveraient les élus locaux, sont contraires à la libre administration des collectivités locales. Pendant l'année 2012, les conseils municipaux seraient appelés à se prononcer sur le projet de création ou de modification du périmètre de l'intercommunalité les concernant, à la majorité qualifiée. Mais en 2013, si cette majorité n'était pas réunie, le préfet pourrait passer outre le veto démocratique et imposer la version de l'État. A quoi auraient servi, dans ces conditions, les délibérations communales ? Un "oui" volontaire en 2012, un "oui" imposé en 2013.

Par ailleurs autant, le texte met fin à un système de désignation des délégués communautaires dans le EPCI à la carte qui entraînait des disparités importantes d'une intercommunalité à une autre, parfois au détriment de la démocratie. Les délégués communautaires seront identifiés dès le scrutin municipal sur les listes soumises aux électeurs, ce qui introduit une transparence plus grande, mais c'est une proposition ancienne, la plus communément admise d'ailleurs au PS. Cependant à regarder le tableau de l'article 21 (page 14) qui définit les strates démographiques de répartition des délégués communautaires, on peut s'attendre également à des assemblées intercommunales pléthoriques : appliqué à la future agglomération de l'Est-Parisien et à la ville de Pantin, nous atteindrions quelques 257 délégués communautaires1, dont 37 délégués pantinois sur 43 conseillers municipaux ! Non seulement on peut douter de la maniabilité d'une telle assemblée locale, mais il s'agit ici d'institutionnalisé un cumul des mandats et des indemnités camouflé en cumul des fonctions, belle opération pour une majorité présidentielle qui crie haro sur le conservatisme intéressé des élus socialistes.

L'avant projet de loi ne dit rien cependant de la proposition du Rapport Balladur, fortement soutenue par MM. Mauroy et Vallini, de transformer les EPCI de type Communautés de communes ou d'agglomération en collectivités de plein exercice.

3) Région, Département, mais aussi Métropole, le gouvernement ne tranche pas :

À la demande du président de la République on a déjà noté que l'avant-projet de loi cherche à dépasser le conflit de primauté Région-Département en cantonalisant la Région et en risquant ainsi d'amoindrir la vision stratégique qu'elle avait prise à son compte. À l'échelle inférieure, le Département est lui-même marginalisé - au point qu'on peut se demander quel sera encore son rôle dans les Bouches-du-Rhône, le Nord, le Rhône - par la création des Métropoles (article 22, page 18 et suivantes), sorte de super-Communautés urbaines qui reprendront à leur compte les compétences du Département sur le territoire qu'elles auront à gérer en propre. Le territoire départemental pourrait même être redessinné à l'occasion de la création des Métropoles s'il s'avérait que l'une d'elle soit à cheval sur plusieurs Départements actuels (vraisemblablement envisagé pour la future métropole lyonnaise).

Par ailleurs concernant la répartition des compétences entre collectivités ne fait que conforter la notion de « bloc de compétences », la répartition des compétences et surtout la clause de compétence générale des collectivité étant renvoyée à une autre loi à venir. Ce qui interroge en terme de courage politique et de rupture affichée. Il est vrai que le débat fait rage sur ce sujet à l'intérieur de chaque organisation politique (sauf chez les Verts partisans affirmés de la fin de la clause de compétence générale des collectivités autres que les communes).

Cependant, l'avant projet est catégorique sur l'exigence qui serait faite aux communes ou communautés de plus de 2 000 habitants de financer à 50 % leurs équipements pour pouvoir bénéficier d'une subvention de la région ou du département. Quand on sait que les collectivités locales financent 73 % des investissements publics, on voit ce que cette contrainte pourrait avoir de conséquences sur le secteur du bâtiment et des travaux publics.

Il faut être singulièrement ignorant pour imaginer qu'une commune ou une communauté de 10 000 habitants pourrait financer à 50 % le centre culturel qu'elle doit dimensionner pour 20 000 ou 30 000, ou même qu'une métropole réalisant un parc des expositions à vocation internationale devrait, pour être accompagnée, consentir à assumer la moitié du coût, alors que son intérêt serait, par définition, départemental et régional. Des milliers de projets échoueraient chaque année si cette proposition devait devenir la règle.

Rien n'est dit par contre de la pratique actuelle de l'État de contraindre les collectivités à participer au financement de projets relevant pleinement de sa responsabilité. Le PS propose de limiter les financements croisés entre collectivités en réservant les co-financements aux collectivités « supra » : l'État ne pourrait obliger les collectivités décentralisées à financer les actions de sa compétence mais une commune pourrait voir son projet financé au mieux par l’intercommunalité, le département, la région, l'État et l’Europe. Le département ne pourrait faire financer ses projets que par la région, l'État et l’Europe.

Rien n'est dit non plus des situations de compétences partagées, car renvoyées à une seconde loi, (10 à 20 % des budgets des régions et des départements) concernent principalement la culture, le sport, les loisirs, le tourisme, ainsi qu’une partie du développement économique et des aides aux communes pour financer leurs équipements. Le PS propose qu'un chef de file soit désigné, principal co-financeur du projet ou des compétences concernées (notion absente de l'avant projet).

4) Les « Communes nouvelles », exemple d'une radicalité sarkozienne molle :

L'avant projet propose de remplacement la procédure de fusion de communes par celui de création de « commune nouvelle ». Il s'agit de fusionner sur demande du conseil communautaire et/ou de tout ou partie des conseils municipaux d'une communauté d'agglomération ou de communes, les collectivités membres de la communauté. Suivrait évidement une validation par un référendum local, nécessitant la majorité des exprimés, représentant au moins 25 % des inscrits.

Mais l'exécutif craint les réactions identitaires, la commune étant un territoire affectif connu des Français, donc il est proposé de maintenir les « communes anciennes » en « territoires », avec des maires de territoires et des conseils de territoire (et donc des conseillers territoriaux), qui sont assimilés à des sortes d'arrondissements sur le modèle PLM (mais sans en reprendre le mode électoral), en charge de programmes d'aménagement de proximité, de l'état civil, de la mise en œuvre de l'obligation scolaire,d'émettre des avis locaux sur les projets de la « commune nouvelle » et des vœux dont celle-ci pourra se saisir.

Tout cela est assez confus et la procédure risque de connaître le même destin que la précédente.

Par contre il aurait été plus subtil d'ouvrir la possibilité aux SAN et anciens SAN, dont l'intégration institutionnelle et territoriale est nettement plus forte pour bien des raisons, de fondre en une seule commune sans création de « territoires » reprenant le finage des vieilles communes. La procédure de fusion aurait été maintenue pour le tout venant, ce qui n'aurait pas changé grand chose.

5) Fusion de Régions et de Départements, démocratie selon les convenances :

L'avant-projet de loi fixe la possibilité de procéder à la fusion de départements ou de régions, mais à la différence de la création de « communes nouvelles » qui débouche obligatoirement sur un référendum local, il n'est envisagé de faire appel aux suffrages des citoyens qu'à la seule condition qu'il existe un désaccord entre les assemblées territoriales concernées.

Par souci de cohérence, il faudrait choisir soit la voie représentative, soit la voie référendaire, mais à l'heure du discours sur l'accroissement de la participation citoyenne, il paraîtrait logique de s'appuyer sur le suffrage des habitants.

Rien n'est dit des procédures qui permettrait à un département de se rattacher à une autre région que celle à laquelle il est aujourd'hui affilié.

6) L'avant-projet fait l'impasse sur la Région-Capitale :

Le texte de l'avant-projet de loi, à la demande expresse du Président de la République, fait l'impasse sur la Région Île-de-France et son organisation territoriale. Le Président affirme vouloir prendre le temps avec les élus d'un débat plus approfondi et regarder le résultat des expérimentations en cours.

On s'interrogera sur la constitutionnalité d'une telle pratique, la spécificité de la Région Île-de-France, si elle est avérée dans la pratique, n'étant pas inscrite aujourd'hui dans les textes. Cela introduit une imprécision majeure sur la manière d'aborder les 4 années à venir ; en effet, si jamais la loi réformant les collectivités territoriales était adoptée fin 2009-début 2010, les Régions et Départements de province seraient au moins fixés sur la manière d'engager les projets d'ici à 2014, futur rendez-vous électoral territorial de mise en œuvre de la réforme. Si le Président de la République veut prendre son temps sur l'Île-de-France, c'est qu'il veut sans doute laisser passer l'élection présidentielle, au passage maintenir l'incertitude sur l'un de ces concurrents potentiels à gauche (Bertrand Delanoë) et provoquer un mini big-bang institutionnel en Île-de-France à la veille des élections territoriales de 2014. Entre temps, il aura réussi à imposer sa stratégie de développement économique (que le SDRIF soit finalement approuvé par l'État) à la Région et à ses élus, placés dans l'incertitude institutionnelle. La Région Île-de-France, plus que les autres, est donc belle et bien soumise à une pression recentralisatrice, où les collectivités seraient considérées comme des vaches à lait dociles d'un État impécunieux.

* * * * *

La rumeur court que l'avant projet de loi pourrait être découpée en quatre projets de loi distincts, tous soumis au parlement au 4ème trimestre de 2009 : fiscalité locale, compétences, modes de scrutin, métropoles. Cela laisse songeur quand on connaît le programme envisagé d'ores-et-déjà pour le parlement dans les trois à venir, avec une session ouvrant prématurément début septembre, et les traditionnels débats budgétaires et sociaux. L'accumulation de projets de loi et la division profonde de l'opposition sur ces sujets augurent mal des conditions de débats et d'adoption de la réforme des collectivités, à l'assemblée comme au sénat.

III- les handicaps internes à la gauche :

C'est sans doute triste à dire mais le principal allié de Nicolas Sarkozy pour permettre l'adoption facile de la réforme territoriale, c'est la gauche elle-même. La gauche, et en son centre le Parti socialiste, est sans doute bien plus divisée, en tout cas visiblement... Depuis que la gauche dirige la majorité des Conseils généraux du pays, le débat institutionnel qui existait en son sein pour savoir quelle était la collectivité d'avenir entre Région et Département a cessé, et il n'est plus question de toucher à un cheveu du département, bien que celui-ci soit sorti exsangue (c'est particulièrement vrai de la Seine-Saint-Denis) de la réforme de 2003-2004 et de ses conséquences sur l'APA et le RMI.

Ce qui tient lieu officiellement de ligne au Parti socialiste est le rapport assez malingre qu'Elisabeth Guigou a fait laborieusement adopter par le bureau national le 20 janvier 2009. Or ce texte est riche de ses incohérences, de ses faiblesses et des chassés-croisés qu'il opère avec les positions affirmées d'autres responsables socialistes.

 

1) Incohérences internes :

Alors que le Parti socialiste développe depuis des années un discours sur la nécessité de renforcer les Régions pour en faire des champions européens, elle dénonce le débat et s'appuie sur la taille de Rhône-Alpes (une des plus grandes de France) pour réfuter la nécessité de rassembler les Régions. Mais après l'avoir réfuté, elle indique la possibilité de fusions volontaires entre Régions.

D'une manière générale, elle subit la situation née de 2004 et renforcée en 2008, qui fait que les intérêts de 20 Régions métropolitaines de gauche doivent se conjuguer désormais avec un lobby puissant que représente la majorité de gauche des conseils généraux qui refusent de voir leur situation évoluer. Le document veut comparer l'organisation territoriale de la France avec celle de ses partenaires européens, indiquant qu'il y aurait partout 3 niveaux territoriaux (sous-entendus les départements ne sont pas de trop), et que la complexité serait un faux débat, or elle occulte complètement à ce stade l'existence des EPCI et des Pays dont la montée en puissance (surtout en province) est évidente.

Néanmoins elle souhaite réduire la complexité du dispositif territorial français en autorisant dans le même temps la négociation de délégations de compétences entre collectivités, ce qui accroît le risque de confusion dans l'esprit des administrés.

2) Faiblesses internes :

Alors que la question des finances des collectivités locales, de leur autonomie et de leur dynamisme apparaît criant, la note d'Élisabeth Guigou se borne à répéter des banalités. Elle revendique une péréquation verticale et horizontale, un équilibre entre impôt sur les ménages et impôt sur les entreprises, une meilleure égalité de l'impôt sur les ménages, et un impôts sur les entreprises qui ne pénalise pas l'investisseur et l'innovation. On est loin d'une réponse construite à la suppression de la TP.

Les DOM-TOM et la Corse sont totalement absents de la note. Les Pays également. Rien non plus sur une éventuelle « métropolisation » des grandes agglomérations françaises.

Il n'y a aucune proposition sur la réforme du mode de scrutin départemental ou du mode de scrutin sénatorial, le Sénat étant pourtant « l'assemblée des territoires ».

Le débat sur la compétence générale des Départements et des Régions n'est pas tranché, la note se borne à revendiquer la reconnaissance légale des blocs de compétences et des logique de « chef de file », mais elle ne se prononce pas sur l'opportunité ou non de conserver la compétence générale.

La question du mode de scrutin et de l'élection directe des représentants aux conseils communautaires n'est pas tranchée : scrutin PLM ou scrutin mixte (élection directe des représentants + maires de droit).

Les EPCI à fiscalité propre ne sont pas amenés à devenir des collectivités de plein exercice.

La spécificité de la Région Île-de-France est niée, Paris Métropole élevé au range de « lieu de gouvernance original », ce qui montre que l'on ne sait pas trop quoi dire de plus. Les propositions du Rapport Planchou sur les outils techniques pour renforcer la Région Île-de-France ne sont même pas évoquées, ce qui montre une incapacité à s'appuyer sur le travail des socialistes de la région.

3) Chassés-croisés :

Il sera difficile de faire de ce texte un support pour une opposition frontale avec le  projet de loi, adossé au Rapport Balladur, car sur bien des points elle le rejoint, bien que le condamnant a priori. Sur la question de la compétence générale des régions et des départements la position faible prônée par Guigou empêche de s'opposer clairement à Balladur quand a contrario Mauroy et Vallini réclament eux le maintien argumenté de cette compétence générale.

La note du BN approuve également la suppression des doublons des services de l'État sur les compétences des collectivités.

L'annonce de la suppression des SIVU-SIVOM se recouvrant avec des communautés existantes est également une propositions communes.

Il sera impossible de s'opposer aux fusions de Régions ou de Départements, car pour les départements la seul envisagée (Alsace) les deux sont volontaires et que plusieurs régions socialistes souhaitent se rapprocher ou s'adjoindre des départements de régions voisines (ex. Loire-Atlantique).

La note Guigou ne dit rien de ce que Mauroy et Vallini appellent comme transferts supplémentaires de compétences vers les collectivités (enseignement supérieur pour les régions ; sport, santé environnement et lycées - avec personnels administratifs - pour les départements).

Enfin, Pierre Mauroy et André Vallini pointent le vide politique des élus franciliens pour l'organisation de la Région et du Grand Paris, ce qui touché là où cela fait mal.

* * * * *

le Parti socialiste ne s'est pas réellement mis en mouvement. À bien des égards, beaucoup de nos élus locaux se satisfont de la « cohabitation territoriale » qui s'est établie en 2004 puis en 2008 (à la droite le national, à la gauche la gestion des collectivités). Si le vrai pouvoir serait - à ce que l'on dit - désormais dans les collectivités pourquoi faire campagne pour les Européennes ? Prenons à garde à ce que ce raisonnement ne finisse par nous toucher pour les prochaines présidentielles ! Doit-on mesurer la capacité des socialistes à la gestion des collectivités ? car malgré tout le respect que j'ai pour nos nombreux élus locaux, dont je fus dans une vie antérieure, j'ai bien l'impression que la gestion locale même dans des collectivités dites à portée stratégique est en train d'anesthésier la pensée socialiste... Le PS étouffe sous ses atouts locaux. Il fait bon être au chaud dans les Hôtels de Ville, d'agglomération, de département ou de région, tellement confortable d'ailleurs que quelques uns finissent par s'accommoder de la "cohabitation territoriale", quand la préoccupation des socialistes ne finit plus que par se concentrer sur les moyens de reconduire des élus et des postes de conseillers techniques... La professionnalisation générale de l’organisation affecte le militantisme: de plus en plus d’adhérents dépendent professionnellement du PS ou de ses élus (permanents, collaborateurs, entourage d’élus, fonctionnaires des collectivités locales, bureaux d’études…). Ces militants ne sont pas «affranchis» de l’organisation mais au contraire y sont de plus en plus liés matériellement (même s’ils peuvent s’aménager un «quant à soi»). La structuration du PS et donc de l’engagement reste fondamentalement territorialisée. On adhère dans une section et on milite d’abord localement. Tout cela risque de ne pas encourager les socialistes à aborder intelligemment dans le sens de l'intérêt général la réforme des collectivités territoriales, ou même à bâtir un contre-projet. Les élus locaux au regard de la tambouille que prépare le locataire de l'Elysée devraient cependant se préoccuper de faire élire un socialiste à sa place en 2012 pour conjurer les effets dévastateurs que pourraient à voir cette réforme sur les territoires et leurs habitants. Mais rien n'est moins sûr, pour l'instant le meilleur plutôt que le pire...

Frédéric Faravel
secrétaire fédéral du PS Val d'Oise aux relations extérieures

 


1À titre d'exemple, le conseil régional d'Île-de-France compte aujourd'hui 209 élus.

Le projet est présenté comme l'élément de rupture de la présidence sarkozienne avec les notabilités territoriales conservatrices. La campagne de communication qui a déjà commencé s'appuie sur deux axes démagogiques et populistes :

  • la réduction du nombre de collectivités qui rationaliserait le fonctionnement administratif du pays et réduirait les dépenses publiques dispendieusement gérées par le collectivités de gauche ;

  • la réduction du nombre d'élus qui contribuerait également à la baisse des dépenses publiques et restreindrait la logique de professionnalisation de la vie politique.

Dans les deux cas, c'est évidemment la gauche qui est visée, à contre-pied au regard des obligations financières qui s'imposent aux collectivités et non à l'État.

On pourra constater que ce projet est loin des effets d'annonce et ne vise effectivement qu'à déstabiliser la gauche et à la décrédibiliser un peu plus dans l'opinion à la veille d'une campagne électorale cruciale pour elle à plus d'un titre. Mais surtout il n'est en aucun cas la grande rupture promise, à bien des égards il n'avance pas fondamentalement par rapport à des débats qui ont déjà eu lieu, laisse bien des questions sans réponse et se trouve même quelques fois en retrait par rapport au Rapport de la commission Balladur.

Ce projet, qui vise à confondre régions et départements, couplé à une réforme de la fiscalité locale menottant les deux, conduirait, s'il était mis en œuvre, à l'affaiblissement des régions, sans renforcer évidemment pour autant les conseils généraux.

Affaiblissement des collectivités locales et, dans la foulée, recentralisation des pouvoirs. Ce projet est dangereux. Il remet en cause des acquis de 25 ans de décentralisation au moment même où la préférence va aux régions pour construire notre devenir. Ce qui nous est présenté nous propose un État donneur d'ordre manipulant des collectivités-marionnettes mais qui assumeraient l'essentiel des financements.

Une réforme contradictoire avec son propos supposé :

La création des conseillers territoriaux :

Le remplacement des conseillers généraux et des conseillers régionaux par des "conseillers territoriaux" offrirait cette particularité d'instituer, non pas le cumul des mandats, mais celui des fonctions.

L'argument utilisé maintenant d'une ressemblance avec le scrutin défendu il y a bien longtemps par un ancien collaborateur de Vincent Auriol est d'autant plus fallacieux qu'Étienne Weill-Raynal n'est jamais parvenu à l'imposer à ses propres amis. Les arrière-pensées partisanes sont transparentes, surtout si, comme cela court dans les antichambres du pouvoir, le scrutin devait être à un tour seulement.

La tradition française étant celle du regroupement de la gauche au 2nd tour, la droite espère s'offrir les pouvoirs locaux avec 30 à 35 % des voix seulement.

Il n'y aurait plus qu'à modifier le scrutin législatif dans le même sens et la droite s'octroierait un certificat de longévité à bon compte.

Le scrutin territorialisé au niveau de gros cantons, l'assemblage d'élus qui n'en seraient pas responsables, mais dont les motivations seraient d'abord celles de leur propre territoire ne déboucheront jamais sur une véritable approche régionale des politiques à mener.

Les assemblées régionales qui sortiraient d'une telle réforme - attention le mode de scrutin n'est pas décrit dans l'avant-projet de loi - seraient vraisemblablement pléthoriques ; à l'échelle de l'Île-de-France, sans même faire l'addition complète des sièges des conseils généraux on pourrait ainsi atteindre plus de 400 conseillers territoriaux. On peut douter de l'efficacité pratique d'une assemblée régionale dans ces conditions.

Intercommunalité,reprise en main du préfet et institutionnalisation du cumul des fonctions :

L'achèvement de la carte intercommunale, sa mise en cohérence et sa nécessaire démocratisation sont des objectifs partagés par l'immense majorité des élus et de leurs organisations représentatives. En l'état actuel du texte cependant, les conditions dans lesquelles l'achèvement de la carte intercommunale est envisagé n'échappent pas à une évidente préoccupation d'affirmation de la prééminence de l'État.

Les pouvoirs dont disposerait le préfet, au détriment de ceux que conserveraient les élus locaux, sont contraires à la libre administration des collectivités locales. Pendant l'année 2012, les conseils municipaux seraient appelés à se prononcer sur le projet de création ou de modification du périmètre de l'intercommunalité les concernant, à la majorité qualifiée. Mais en 2013, si cette majorité n'était pas réunie, le préfet pourrait passer outre le veto démocratique et imposer la version de l'État. A quoi auraient servi, dans ces conditions, les délibérations communales ? Un "oui" volontaire en 2012, un "oui" imposé en 2013.

Par ailleurs autant, le texte met fin à un système de désignation des délégués communautaires dans le EPCI à la carte qui entraînait des disparités importantes d'une intercommunalité à une autre, parfois au détriment de la démocratie. Les délégués communautaires seront identifiés dès le scrutin municipal sur les listes soumises aux électeurs, ce qui introduit une transparence plus grande, mais c'est une proposition ancienne, la plus communément admise d'ailleurs au PS. Cependant à regarder le tableau de l'article 21 (page 14) qui définit les strates démographiques de répartition des délégués communautaires, on peut s'attendre également à des assemblées intercommunales pléthoriques : appliqué à l'APIEP et à la ville de Pantin, nous atteindrions quelques 257 délégués communautaires1, dont 37 délégués pantinois sur 43 conseillers municipaux ! Non seulement on peut douter de la maniabilité d'une telle assemblée locale, mais il s'agit ici d'institutionnalisé un cumul des mandats et des indemnités camouflé en cumul des fonctions, belle opération pour une majorité présidentielle qui crie haro sur le conservatisme intéressé des élus socialistes.

L'avant projet de loi ne dit rien cependant de la proposition du Rapport Balladur, fortement soutenue par MM. Mauroy et Vallini, de transformer les EPCI de type Communautés de communes ou d'agglomération en collectivités de plein exercice.

Région, Département, mais aussi Métropole, le gouvernement ne tranche pas :

À la demande du président de la République on a déjà noté que l'avant-projet de loi cherche à dépasser le conflit de primauté Région-Département en cantonalisant la Région et en risquant ainsi d'amoindrir la vision stratégique qu'elle avait prise à son compte. À l'échelle inférieure, le Département est lui-même marginalisé - au point qu'on peut se demander quel sera encore son rôle dans les Bouches-du-Rhône, le Nord, le Rhône - par la création des Métropoles (article 22, page 18 et suivantes), sorte de super-Communautés urbaines qui reprendront à leur compte les compétences du Département sur le territoire qu'elles auront à gérer en propre. Le territoire départemental pourrait même être redessinné à l'occasion de la création des Métropoles s'il s'avérait que l'une d'elle soit à cheval sur plusieurs Départements actuels (vraisemblablement envisagé pour la future métropole lyonnaise).

Par ailleurs concernant la répartition des compétences entre collectivités ne fait que conforter la notion de « bloc de compétences », la répartition des compétences et surtout la clause de compétence générale des collectivité étant renvoyée à une autre loi à venir. Ce qui interroge en terme de courage politique et de rupture affichée. Il est vrai que le débat fait rage sur ce sujet à l'intérieur de chaque organisation politique (sauf chez les Verts partisans affirmés de la fin de la clause de compétence générale des collectivités autres que les communes).

Cependant, l'avant projet est catégorique sur l'exigence qui serait faite aux communes ou communautés de plus de 2 000 habitants de financer à 50 % leurs équipements pour pouvoir bénéficier d'une subvention de la région ou du département. Quand on sait que les collectivités locales financent 73 % des investissements publics, on voit ce que cette contrainte pourrait avoir de conséquences sur le secteur du bâtiment et des travaux publics.

Il faut être singulièrement ignorant pour imaginer qu'une commune ou une communauté de 10 000 habitants pourrait financer à 50 % le centre culturel qu'elle doit dimensionner pour 20 000 ou 30 000, ou même qu'une métropole réalisant un parc des expositions à vocation internationale devrait, pour être accompagnée, consentir à assumer la moitié du coût, alors que son intérêt serait, par définition, départemental et régional. Des milliers de projets échoueraient chaque année si cette proposition devait devenir la règle.

Rien n'est dit par contre de la pratique actuelle de l'État de contraindre les collectivités à participer au financement de projets relevant pleinement de sa responsabilité. Le PS propose de limiter les financements croisés entre collectivités en réservant les co-financements aux collectivités « supra » : l'État ne pourrait obliger les collectivités décentralisées à financer les actions de sa compétence mais une commune pourrait voir son projet financé au mieux par l’intercommunalité, le département, la région, l'État et l’Europe. Le département ne pourrait faire financer ses projets que par la région, l'État et l’Europe.

Rien n'est dit non plus des situations de compétences partagées, car renvoyées à une seconde loi, (10 à 20 % des budgets des régions et des départements) concernent principalement la culture, le sport, les loisirs, le tourisme, ainsi qu’une partie du développement économique et des aides aux communes pour financer leurs équipements. Le PS propose qu'un chef de file soit désigné, principal co-financeur du projet ou des compétences concernées (notion absente de l'avant projet).

Les « Communes nouvelles », exemple d'une radicalité sarkozienne molle :

L'avant projet propose de remplacement la procédure de fusion de communes par celui de création de « commune nouvelle ». Il s'agit de fusionner sur demande du conseil communautaire et/ou de tout ou partie des conseils municipaux d'une communauté d'agglomération ou de communes, les collectivités membres de la communauté. Suivrait évidement une validation par un référendum local, nécessitant la majorité des exprimés, représentant au moins 25 % des inscrits.

Mais l'exécutif craint les réactions identitaires, la commune étant un territoire affectif connu des Français, donc il est proposé de maintenir les « communes anciennes » en « territoires », avec des maires de territoires et des conseils de territoire (et donc des conseillers territoriaux), qui sont assimilés à des sortes d'arrondissements sur le modèle PLM (mais sans en reprendre le mode électoral), en charge de programmes d'aménagement de proximité, de l'état civil, de la mise en œuvre de l'obligation scolaire,d'émettre des avis locaux sur les projets de la « commune nouvelle » et des vœux dont celle-ci pourra se saisir.

Tout cela est assez confus et la procédure risque de connaître le même destin que la précédente.

Par contre il aurait été plus subtil d'ouvrir la possibilité aux SAN et anciens SAN, dont l'intégration institutionnelle et territoriale est nettement plus forte pour bien des raisons, de fondre en une seule commune sans création de « territoires » reprenant le finage des vieilles communes. La procédure de fusion aurait été maintenue pour le tout venant, ce qui n'aurait pas changé grand chose.

Fusion de Régions et de Départements, démocratie selon les convenances :

L'avant-projet de loi fixe la possibilité de procéder à la fusion de départements ou de régions, mais à la différence de la création de « communes nouvelles » qui débouche obligatoirement sur un référendum local, il n'est envisagé de faire appel aux suffrages des citoyens qu'à la seule condition qu'il existe un désaccord entre les assemblées territoriales concernées.

Par souci de cohérence, il faudrait choisir soit la voie représentative, soit la voie référendaire, mais à l'heure du discours sur l'accroissement de la participation citoyenne, il paraîtrait logique de s'appuyer sur le suffrage des habitants.

Rien n'est dit des procédures qui permettrait à un département de se rattacher à une autre région que celle à laquelle il est aujourd'hui affilié.

L'avant-projet fait l'impasse sur la Région-Capitale :

Le texte de l'avant-projet de loi, à la demande expresse du Président de la République, fait l'impasse sur la Région Île-de-France et son organisation territoriale. Le Président affirme vouloir prendre le temps avec les élus d'un débat plus approfondi et regarder le résultat des expérimentations en cours.

On s'interrogera sur la constitutionnalité d'une telle pratique, la spécificité de la Région Île-de-France, si elle est avérée dans la pratique, n'étant pas inscrite aujourd'hui dans les textes. Cela introduit une imprécision majeure sur la manière d'aborder les 4 années à venir ; en effet, si jamais la loi réformant les collectivités territoriales était adoptée fin 2009-début 2010, les Régions et Départements de province seraient au moins fixés sur la manière d'engager les projets d'ici à 2014, futur rendez-vous électoral territorial de mise en œuvre de la réforme. Si le Président de la République veut prendre son temps sur l'Île-de-France, c'est qu'il veut sans doute laisser passer l'élection présidentielle, au passage maintenir l'incertitude sur l'un de ces concurrents potentiels à gauche (Bertrand Delanoë) et provoquer un mini big-bang institutionnel en Île-de-France à la veille des élections territoriales de 2014. Entre temps, il aura réussi à imposer sa stratégie de développement économique (que le SDRIF soit finalement approuvé par l'État) à la Région et à ses élus, placés dans l'incertitude institutionnelle. La Région Île-de-France, plus que les autres, est donc belle et bien soumise à une pression recentralisatrice, où les collectivités seraient considérées comme des vaches à lait dociles d'un État impécunieux.

* * * * *

La rumeur court que l'avant projet de loi pourrait être découpée en quatre projets de loi distincts, tous soumis au parlement au 4ème trimestre de 2009 : fiscalité locale, compétences, modes de scrutin, métropoles. Cela laisse songeur quand on connaît le programme envisagé d'ores-et-déjà pour le parlement dans les trois à venir, avec une session ouvrant prématurément début septembre, et les traditionnels débats budgétaires et sociaux. L'accumulation de projets de loi et la division profonde de l'opposition sur ces sujets augurent mal des conditions de débats et d'adoption de la réforme des collectivités, à l'assemblée comme au sénat.

1À titre d'exemple, le conseil régional d'Île-de-France compte aujourd'hui 209 élus.

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20 août 2009 4 20 /08 /août /2009 15:58
PS: quel parti de militants?

Article publié le jeu, 20/08/2009 - 00:40, par - Mediapart.fr

Rémi Lefebvre est professeur de sciences politiques à l’université Lille 2. Il est le co-auteur, avec Frédéric Sawicki, de La société des socialistes (Editions du Croquant, 2006).

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Le parti socialiste est l’héritier d’une tradition partisane issue du mouvement ouvrier qui valorise la légitimité militante. Le terme «militant» fut d’ailleurs longtemps le monopole de la gauche avant que la droite ne le revendique (l’UMP se donne désormais à voir comme «un parti de militants» et de ce point de vue, aussi, a «pillé» idéologiquement la gauche).

Le parti de «militants», à gauche, s’opposait, à droite, à celui «de notables» ou, dans une version politologique (Maurice Duverger), au parti de «cadres», peu discipliné, fondé sur la personnalité de ses membres. Les partis ouvriers, à la fin du XIXème siècle, oppose la force du nombre (celui de ses militants qu’il met en scène) à celle du nom, celui des notables locaux, dont la lignée constitue le sésame de l’élection.

Les militants font nombre, ils font masse et s’annulent dans le collectif où ils se fondent. Cette légitimité militante renvoyait aussi à l’idée d’avant-garde théorisée par le marxisme qui fut longtemps une des matrices idéologiques du socialisme français. Le parti est un outil d’émancipation aux avant-postes de la société. Il l’éclaire, la structure, l’encadre, donne aux exploités «la science de leur malheur» pour reprendre une magnifique expression de Fernand Pelloutier.

Le parti est émancipateur parce qu’il est donateur de conscience. Porteur d’une vérité historique, il politise la société, lui trace le chemin à prendre, l’éduque. Le militant a des droits et des devoirs. Il est un citoyen distingué par son engagement et décillé mais aussi celui qui se « donne » au parti. Il faut mériter d’être militant. Militer est un honneur qui n’est pas donné à tous (l’adhésion passe par une série de rites de passage, tout le monde ne pouvant pénétrer la communauté partisane).

 

Une fiction nécessaire
Que l’on ne se méprenne pas: ce modèle partisan, le PS ne l’a jamais historiquement pleinement incarné mais il constituait une fiction nécessaire. Le parti socialiste n’a jamais été «un parti de masses» comme le PC. Ne cédons pas à l’idéalisation a posteriori. Comme pour la classe ouvrière, «le PS n’est plus ce qu’il n’a jamais été». Le PS n’a jamais été un parti de masses militantes mais il a été un parti militant et de militants, tout particulièrement dans les années 70 (que nous avons appelé avec Frédéric Sawicki «la parenthèse militante»).

Le PS des années 70 restaure alors, réinvente, modernise la légitimité militante (c’est un défi de même nature qu’il doit relever aujourd’hui). Le PS se reconstruit en nouant des liens avec les «classes moyennes intellectuelles salariés», le mouvement féministe, les luttes urbaines, le monde associatif les syndicats, les intellectuels…
Le PS invoque toujours aujourd’hui cette légitimité militante mais elle ne trompe plus personne, pas même les socialistes.

La droite n’a plus le monopole des notables. Ils sont devenus la principale ressource (le principal handicap?) d’un parti professionnalisé rétracté sur ses réseaux d’élus et en apesanteur sociale. La légitimité militante n’est plus convoquée que lorsqu’il s’agit de conjurer le risque d’une dilution du parti dans la «démocratie d’opinion». Le parti d’ «avant-garde» n’est plus qu’un entre soi de professionnels de la politique, d’aspirants à la professionnalisation, de salariés des collectivités locales ou de militants vieillissants attachés à leur «vieille maison». Le parti, tel qu’il est, n’a fondamentalement pas besoin de militants en masse puisqu’il est devenu un syndicat d’élus gérant leurs bastions.


Les militants à «vingt euros»
Le militant nouveau: voilà l’ennemi… Il est celui qui n’a pas encore fait allégeance à l’élu et peut venir remettre en cause les équilibres locaux et les routines de la section. L’épisode des «militants à vingt euros» est de ce point de vue particulièrement significatif. L’éphémère vague de «vingt euros» (80 000 !!) n’a pas bouleversé la nature ou «la physionomie du parti» comme de nombreux commentateurs l’annonçaient un peu rapidement. La procédure de recrutement avait été bricolée dans l’urgence, lancée «à chaud», à quelques mois du scrutin présidentiel.

L’inertie organisationnelle a eu raison de cet afflux et a résorbé rapidement la soudaine hétérogénéisation du profil des militants. Dans de nombreuses sections, les socialistes ont tout fait pour ne pas retenir ou intégrer ces militants qui, pour une partie d’entre eux (minoritaire), souhaitait pourtant poursuivre leur engagement au-delà de la désignation du candidat. La brutale rencontre entre ces nouveaux entrants et les militants en place agit alors comme un analyseur particulièrement éclairant de la clôture de l’organisation sur elle-même. On ne perturbe pas l’entre soi socialiste surtout à quelques mois des élections municipales, l’élection reine pour les socialistes.

Les controverses que cet afflux non prévu ont suscité, sur fonds de mise en cause des partis politiques par «la démocratie d’opinion», ont réactivé les mythologies encore tenaces du parti «d’avant-garde» (celui d’une minorité éclairée ou politisée) ou du parti de militants opposé au «parti de supporters». Les dirigeants socialistes ont pourtant intériorisé l’idée, apprise à Sciences Po, que les «médias» font l’élection et que les militants ne comptent plus (même si la campagne et la victoire de Barack Obama ont offert un démenti à cette thèse).

La cartellisation des partis politiques avec le financement public a pu conduire à dévaluer le militantisme: à quoi servent les militants et leurs cotisations quand les partis tirent l’essentiel de leurs ressources de l’argent public et de l’Etat?

Le parti socialiste et la gauche dans son ensemble peuvent-ils pourtant faire l’économie de la forme «parti»?
L’avenir passe de la gauche passe sans doute par la réhabilitation et la modernisation de la forme partisane. Dans la «démocratie du public» et la société médiatique nouvelles, la gauche doit repenser le parti comme acteur de transformation sociale, comme médiateur entre le social et le champ politique institutionnel.

Aucun parti de gauche n’a aujourd’hui la masse critique pour mettre en mouvement la société. Faiblement attractifs, tous les partis actuels sont devenus des machines électorales professionnalisées réduites à un rôle de sélection des candidats (les Verts se professionnalisent, le PC se replie sur ses mairies…). Trop peu en prise avec la société dans sa diversité, ils se révèlent incapables de la mobiliser et de l’éclairer.

Cette situation profite objectivement à la droite qui prospère sur la dépolitisation, la montée d’un individualisme marchand, la fragmentation de la société. La bataille de «l’hégémonie idéologique», prélude de la domination électorale comme Sarkozy, citant Gramsci, l’a compris, ne peut être engagée que si elle s’appuie sur une organisation solide et profondément ancrée dans la société. La reconquête des catégories populaires est à ce prix. Le projet de les encadrer, de les politiser et de leur «donner la science de leur malheur» est-il dépassé? Il y a bien un lien entre les projets politiques et la nature des partis, la politisation et les médiations que l’on construit avec la société.

Une organisation de gauche modernisée doit pouvoir capter toutes les énergies aujourd’hui démobilisées, notamment celles des militants associatifs ou syndicaux insuffisamment pris en compte par les partis politiques. Elle doit offrir de nouvelles pratiques à des citoyens en attente de politique et qui cherchent à s’investir.


Autour de quel militantisme reconstruire le PS?

Le PS doit déjà se poser la question. Aucune réflexivité sur les pratiques militantes ne se déploie au PS (comme sur tant d’autres questions). Le PS n’a pas produit d’enquête sociologique sur ses militants depuis 1998 (il craint sans nul doute les résultats qu’elle produirait). Le modèle partisan ancien a sans nul doute vécu. La société s’est «individualisée» et la conscience de classe s’est effondrée. Les citoyens sont sans doute moins disponibles pour un militantisme actif et constant (même si cela reste à prouver…). «Les femmes travaillent plus», «les pères s’occupent plus de leur enfant»…

Un nouvel adhérent plus réflexif, distancié, individualiste se serait substitué au militant ancien dont la loyauté à l’organisation et la remise de soi étaient plus forts. Cette vision souvent empreinte de nostalgie s’est imposée tant dans le monde savant (dans la littérature scientifique) que chez les acteurs (dans le champ politique). Elle a acquis aujourd’hui la force de l’évidence, s’accréditant et se diffusant de manière circulaire des acteurs vers les observateurs.

Véritable prophétie auto-réalisatrice, elle s’est imposée comme une catégorie du sens commun, contraignant les organisations à s’adapter à une nouvelle donne présentée comme intangible. Un des problèmes redoutables que pose la recherche est que le modèle de l’engagement distancié est à la fois descriptif et prescriptif : il prétend analyser une situation qu’il contribue lui-même à façonner dans la mesure où les acteurs et les organisations se l’approprient. Et le PS tout particulièrement.


Le modèle de l’engagement distancié
Dans un ouvrage appelé à faire date, publié en 1997, le sociologue Jacques Ion oppose deux idéaux types de militantisme. Le premier, communautaire, est celui d’un «militantisme affilié» qui renvoie à l’image de l’adhérent dévoué à son organisation et celui des partis de masses, fortement intégrée et disciplinée. Il est fondé sur une forte sociabilité militante, constitutive d’un nous puissant qui constitue un des ressorts de l’engagement. Il fonctionne à l’intégration communautaire. Le second qui renvoie à un modèle plus «sociétaire» est celui d’un «militantisme affranchi» où l’engagement serait plus distancié et intermittent.

Le nous s’effrite, le je s’affirme. L’engagement, moins arrimé à des collectifs institutionnalisés, devient plus labile, plus ponctuel, plus informel. L’engagé sacrifie moins son engagement sur l’autel de sa vie privée et cherche à optimiser le temps qu’il y consacre. Jacques Ion fait l’hypothèse d’une évolution historique vers un militantisme plus affranchi. Cette tendance s’expliquerait principalement par une montée de l’individualisme et la redéfinition des rapports entre vie privée et vie militante. Cet engagement distancié serait le fait d’acteurs «plus individualistes» se mobilisant de façon ponctuelle sur des objectifs limités et une durée plus ou moins déterminée. « À l’engagement symbolisé par le timbre renouvelable et collé sur la carte, succéderait l’engagement symbolisé par le post-it, détachable et mobile : mise à disposition de soi, résiliable à tout moment ». Ce modèle a été fortement critiqué et discuté (ce n’est pas mon propos ici de le développer). Reste qu’il est devenu le modèle officiel du militantisme au PS.


Les transformations du militantisme au PS
Ce modèle ne permet pourtant que partiellement de comprendre les transformations du militantisme socialiste. On ne peut comprendre ce que font les militants sans prendre en compte ce qu’ils sont socialement. La distance de plus en plus forte du PS avec les catégories populaires et la désouvriérisation de son recrutement contribuent à transformer le militantisme et à dévaluer un répertoire militant ancien fondé sur la convivialité, la sociabilité, le travail de terrain...

Un certain type de pratiques «anciennes» (tractage, affichage…) associé au passé apparaît disqualifié. Le militantisme est globalement de faible intensité au PS. En 1998 (dernière enquête disponible, celle du CEVIPOF), seuls 57% des adhérents se considèrent comme «des militants actifs», 19% se décrivent comme de «simples adhérents» et 23% comme «des militants épisodiques».

S’il existe au PS un modèle de militant actif valorisé, la faible implication apparaît donc largement tolérée voire encouragée. La campagne d’adhésion lancée en 2006 est d’ailleurs fondée sur une offre de militantisme minimal (vote du projet, désignation du candidat). Le modèle légitime du militantisme au PS est donc aujourd’hui proche de celui du militant «distancié» même si «l’utilitarisme» des nouveaux adhérents peut être dénoncé (les «anciens» se pensant eux comme «désintéressés»).

L’offre de militantisme en 2006 (à 20 euros) s’appuie sur la croyance dans l’irréversibilité de cette figure d’engagé peu mobilisé. Si l’acte d’adhésion de ces militants «à 20 euros» a pu être présenté comme relevant d’un acte utilitariste et d’une démarche « consumériste », force est de constater que la réponse de ces nouveaux adhérents était en quelque sorte ajustée à l’offre de militantisme proposée (la désignation du candidat servant de « produit d’appel »).


Le PS et l’individualisme militant
L’arrivée de militants de plus en plus diplômés, au fort capital culturel, transforme les formes de l’excellence militante. Ces nouveaux adhérents sont porteurs de nouvelles attentes, d’une forte réflexivité qui trouve à s’épanouir dans des formes plus délibératives de militantisme (qui contribuent en retour à stigmatiser et à marginaliser les militants d’origine populaire…).

Cette offre de participation est là encore ajustée à la représentation dominante au PS d’un militantisme plus individualiste, attaché à co-produire les orientations du parti et non à s’y soumettre a priori. La posture du militant réflexif se banalise même si les ressources critiques sont très inégalement partagées. La valorisation du débat ouvre la porte à l’affirmation des individualités, à l’expression des ressources culturelles personnelles.

L’entre soi militant devient le lieu du faire valoir de soi (ce qui corrode l’esprit de «camaraderie» qui pouvait être au fondement du lien partisan). Les transformations du militantisme sont ainsi autant affaire d’offre que de demande. Aujourd’hui l’offre de pratiques militantes est tournée principalement vers des groupes sociaux diplômés (ce qui contribue à entretenir la croyance dans l’inappétence des catégories populaires pour le militantisme ou leur «démobilisation»…). Les pratiques anciennes (fêtes de section, parties de cartes…) survivent dans des «niches militantes» (pour reprendre l’expression de Jacques Ion).

La professionnalisation générale de l’organisation affecte le militantisme: de plus en plus d’adhérents dépendent professionnellement du PS ou de ses élus (permanents, collaborateurs, entourage d’élus, fonctionnaires des collectivités locales, bureaux d’études…). Ces militants ne sont pas «affranchis» de l’organisation mais au contraire y sont de plus en plus liés matériellement (même s’ils peuvent s’aménager un «quant à soi»). La structuration du PS et donc de l’engagement reste fondamentalement territorialisée. On adhère dans une section et on milite d’abord localement.

Les nouvelles formes d’engagement réticulaire et «déterritorialisé» (via internet notamment) se développent sans doute au PS (cf. le succès de Désir d’avenir à sa marge) mais se heurtent à cette territorialisation, qui est une des inerties majeures de l’organisation socialiste (un militantisme plus thématique peine ainsi à se développer).
Les formes du lien partisan, de l’attachement à l’organisation, de «l’esprit de parti» enfin se transforment. Ce sont souvent les militants les plus investis dans l’organisation socialiste qui se donnent à voir comme les militants les plus «distanciés» au sens de critiques ou réflexifs sur leurs pratiques et le parti.

Le discours du militantisme distancié peut fonctionner comme une stratégie de «présentation de soi» et de verbalisation d’un engagement qu’il est illégitime de présenter comme «sacrificiel». Il faut garder à l’esprit que le militantisme partisan reste souvent synonyme dans le sens commun d’« enrégimentement » dans une société où l’injonction à l’individuation est forte («être quelqu’un» est devenu une norme sociale, il convient de ne pas s’abîmer dans le collectif).


Quel militantisme?
Quel modèle de militantisme promouvoir? Comment élargir la base militante du parti sans dévaluer le militantisme des plus engagés dans un parti vieillissant et peu renouvelé? Comment faire coexister des militantismes et des investissements très différents dans l’organisation ? Comment «renouveler» sans liquider? Comment s’adresser aux catégories populaires sans sacrifier les militants qui ont un rapport plus intellectuel à la politique? Ce sont là sans doute parmi les défis les plus complexes de la «rénovation» du PS. Sur ces questions complexes, il n’y a pas de solutions toutes faites. Le PS doit réfléchir, expérimenter, innover. On en est loin.


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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 15:55
Après le congrès du Fatah : «Au Proche-Orient, les négociations vont avancer en septembre»

Par Pierre Puchot - mercredi 12 août 2009 - Mediapart.fr

 

En Cisjordanie, le Fatah, parti fondé par Yasser Arafat, majoritaire au sein de l'Autorité palestinienne, a fait entrer du sang neuf en son sein, à l'issue de son congrès, mardi 11 août. Pour l'ambassadeur de la Palestine à l'Unesco, Elias Sanbar, ce premier congrès du Fatah depuis 1989 est «une réussite pour Mahmoud Abbas », réélu à la tête du parti.

Tenu dans un climat parfois houleux et sous le feu des critiques d'une population palestinienne qui s'est peu à peu détournée de ses dirigeants historiques, le congrès du principal parti laïc palestinien en quête d'un nouvel élan après ses déroutes électorales face au Hamas, s'est doté mardi d'une direction rajeunie avec comme figure de proue Marwane Barghouthi, véritable symbole palestinien emprisonné à vie en Israël. Outre Barghouthi, qui purge cinq peines de prison à perpétuité pour son rôle dans l'Intifada contre l'occupation, treize nouveaux membres ont fait leur entrée au Comité central du Fatah sur 18 élus. Pour l'ancien membre de l'équipe de négociation palestinienne, la principale réussite de ce congrès a été «le niveau élevé de démocratie» dans lequel il s'est déroulé, malgré l'occupation israélienne, les désaccords internes et la division interpalestienne. Et il prévient: selon ses informations, en septembre, le Proche-Orient va bouger. Entretien.

 

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Elias Sanbar, quel bilan tirez-vous du congrès du Fatah, le premier depuis 20 ans, auquel vous venez d'assister, et qui s'est achevé mardi après de nombreux reports de vote ?
Quoi qu'on en dise, ce congrès est une réussite pour le président réélu, Mahmoud Abbas. Il tenait à tout prix à avoir ce congrès en Palestine, il s'est tenu en Palestine. Il avait promis qu'il arriverait à faire rentrer les délégués du Liban, de Syrie, de Jordanie, et tous sont rentrés, ce qui apparaissait pourtant délicat par rapport aux autorités israéliennes.
Le congrès s'est tenu dans des conditions difficiles, mais c'est compréhensible: il a réuni plus de 2 500 délégués, sans compter les délégations étrangères, la presse...
Les deux premières journées ont été l'occasion pour beaucoup de dire ce qu'ils avaient sur le cœur. Ces 48 heures ont été extrêmement agitées, mais sans entraves.
Cela a d'ailleurs parfois dépassé les règles du respect mutuel: tout le monde a vidé son sac.
Ensuite, s'est posé un problème au niveau du vote. Le premier aspect de ce problème a été le fait qu'il y avait 500 membres du congrès bloqué à Gaza par le Hamas. Il fallait à tout prix qu'ils votent, et cette question a entraîné un long débat, avant que les membres de Gaza finissent par pouvoir voter.
Le discours d'ouverture du président Abbas a été dans la ligne que l'on connaît: la nécessité de relancer le mouvement, et surtout de remobiliser les troupes dans la perspective assez proche de négociations.
Il est clair que c'était l'un des enjeux principaux de ce congrès.


À quelle échéance auront lieu ces négociations ? Et de quels éléments disposez-vous pour les annoncer, alors que le processus de paix est au point mort depuis près de deux ans ?

Nous avons beaucoup d'informations. Les délégués américains que nous avons rencontrés laissent entendre que quelque chose que va être annoncé au mois de septembre. Il va falloir que le Fatah soit en état d'aller aux négociations. Si le président Obama n'a pas de catastrophe chez lui, il va proposer, avec ses alliés, une approche globale – et non plus spécifique – du conflit israélo-palestinien, une approche qui dresse les contours d'une solution régionale qui inclurait également la partie libanaise et la partie syrienne. C'est en tout cas les informations qui nous parviennent aujourd'hui. Nous savons qu'il y a une volonté du côté américain. Pourra-t-elle se réaliser? C'est la question à laquelle on pourra répondre dans quelques semaines.
Outre ces éléments, il y a aussi des signes annonciateurs d'un changement. En premier lieu, et de manière contradictoire, la folle cadence qu'a pris la colonisation israélienne ces dernières semaines. J'ai le sentiment d'assister à une espèce de course contre la montre avant qu'il ne soit trop tard. Le comportement aussi des autorités israéliennes pendant le congrès est un autre signe. J'avais moi-même la conviction qu'elles ne laisseraient pas faire. Et pourtant, il n'y a pas eu de blocages, et les délégués étrangers ont pu entrer pour participer au Congrès.

«Un niveau élevé de démocratie»

Plusieurs «nouveaux» font leur entrée au comité central du parti, dont Marwane Barghouthi, figure historique emprisonnée en Israël, et qui s'oppose depuis longtemps à la direction du Fatah...
Ce qui a été intéressant dans le processus de vote, c'est qu'il a été profondément démocratique. Plusieurs cadres importants du parti, en position de force dans l'appareil, n'ont pas été reconduits, comme Ahmed Qoreï par exemple. Cela s'est parfois joué à une voix près. De même, lorsqu'on qu'un doute a plané sur la commission électorale, elle a immédiatement été démantelée.

L'enjeu n'est cependant pas lié au nombre de contradicteurs –comme je préfère les nommer, plutôt qu'"opposants"–, car le Fatah possède une grande tradition de débats, souvent houleux. Maintenant, une catégorie de militants (qui a beaucoup lutté et apporté au mouvement, sans recevoir en contrepartie le pouvoir auquel elle avait droit) a du poids dans l'appareil. Mais ceci va-t-il permettre de redynamiser le mouvement, qui était dans une situation de paralysie ? Ce renouvellement au sein des dirigeants va-t-il engendrer un renouvellement à la base ? C'est tout le défi. Je ne sais pas s'il sera relevé. D'autant que tout cela se passe dans une société occupée, sous la domination d'Israël.

Le programme politique, qui constituait jusque-là une des faiblesses du Fatah, a été élaboré lors du congrès par plusieurs commissions. Quels en sont les grandes lignes ?
J'ai participé à la commission politique, et de mon point de vue, le programme élaboré a réussi trois choses: maintenir la continuité, pour un mouvement qui a été le premier, après 1948 à faire émerger une résistance et l'idée d'une libération nationale. Le deuxième facteur, c'est une prise en compte de l'évolution des luttes: le programme entérine la volonté d'aller vers une solution négociée avec Israël, sans rejeter le fait qu'un mouvement peut, dans le cadre d'un échec total des choix diplomatiques, passer de nouveau à d'autres formes de combats.
Le troisième point, d'ordre interne, c'est la question, posée sans tabou, de la nouvelle forme à donner au parti, sans attendre la fin de l'occupation, ce qui est essentiel.
Mais encore une fois, si je suis optimiste face à ce texte, je ne sais pas si le défi pourra être relevé dans la réalité.

Dans ce congrès, quelle a été la place accordée à la question cruciale du dialogue avec Hamas ?
Beaucoup de membres du Fatah pensaient que quelle que soit notre appréciation du Hamas, et les affrontements armés que nous avions eu avec lui, l'intérêt est celui de l'union nationale. Cette question a été prépondérante à la veille du congrès. Mais la prise d'otages de 500 membres du Fatah, empêchés de voter au congrès par le Hamas, a fait basculer les choses. Il est apparu qu'il y a avait un sabotage très clair, qui a durci la position des partisans d'un dialogue.
Le fait qu'ensuite, les 500 membres de Gaza ont finalement voté, a été ressenti comme une grande victoire de ce congrès, contre le chantage du Hamas.
Maintenant, je peux vous dire une chose : je ne sais pas ce que fera le Hamas si la négociation s'ouvre et les négociateurs palestiniens reviennent avec des acquis. Là, il y aura une sacrée crise pour ce mouvement. Car il ne faut pas oublier que la ligne du Hamas est basée sur le fait que les négociateurs palestiniens reviennent en permanence les mains vides. S'ils rentrent cette fois avec des acquis, alors le peuple ne continuera plus à penser que la négociation est stérile. D'autant plus que, selon les informations dont je dispose, il y a aussi un profond mécontentement à Gaza à l'encontre de la gestion du Hamas.

Ce mécontentement des Palestiniens s'exprime aussi depuis plusieurs années, et de manière très forte en Cisjordanie à l'encontre de l'Autorité palestinienne et du Fatah...

Bien entendu, ce mécontentement existe, du fait que l'occupation israélienne continue. Et le peuple estime que sa vie est chaque jour plus compliquée. C'est vrai qu'il y a beaucoup de choses qui ne vont pas, qu'il y a encore au sein de l'administration beaucoup de gens incapables.
Ceci dit, il faut être aussi impartial, et reconnaître qu'il y a eu énormément d'avancées, dans des conditions extrêmement paradoxales, menées par le gouvernement de Salam Fayad [premier ministre palestinien]. Quelques exemples: la quasi-totalité des villes sont aujourd'hui sécurisées, il n'y a plus tous ces phénomènes de voyous qui s'étaient développés; au niveau du ministère des finances, il y a désormais une rationalité incontestable, et les salaires des fonctionnaires arrivent tous les mois à 180 000 familles, ce qui n'est pas évident dans le contexte d'occupation; le ministère de l'éducation travaille très bien également et obtient des résultats. On critique beaucoup l'Autorité palestinienne et le Fatah, parfois avec justesse, mais il faut savoir faire la part des choses, et reconnaître aussi les acquis positifs du gouvernement palestinien.


Links:
[1] http://www.mediapart.fr/club/blog/Pierre Puchot
[2] http://www.mediapart.fr/journal/international/270109/palestine-que-faire-avec-le-fatah-parti-impopulaire-et-exsangue
[3] http://www.mediapart.fr/journal/international/070809/palestine-la-vieille-garde-verrouille-le-congres-du-fatah

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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 15:26

Hamon, ou l'idéal militaire d'un homme de gauche

Nicolas Barotte - Le Figaro - 11/08/2009
L'unique engagement de Benoît Hamon dns l'armée sera son service militaire, qu'il effectuera au 3e Rima à Fréjus.
L'unique engagement de Benoît Hamon dns l'armée sera son service militaire, qu'il effectuera au 3e Rima à Fréjus.Crédits photo : ASSOCIATED PRESS

LA VIE RÊVÉE DES POLITIQUES (9) - Lorsqu'il était jeune, le porte-parole du PS a songé à faire carrière dans l'armée de terre.

Tout est une histoire d'engagement. S'il n'avait pas été happé par la politique, Benoît Hamon aurait pu faire «beaucoup d'autres choses» dans sa vie. Mais l'une d'entre elles est plus inattendue que les autres. «Ça va vous surprendre», prévient-il. «Peut-être, sans doute, aurais-je aimé embrasser la carrière de militaire.» Étonnant de la part du porte-parole du PS, leader de l'aile gauche du parti ? Pas tant que cela.

Si B. Hamon est attiré par les militaires, il précise que sa fascination est intellectuelle : stratégie, batailles, etc. Finalement, la politique l'emportera.
Si B. Hamon est attiré par les militaires, il précise que sa fascination est intellectuelle : stratégie, batailles, etc. Finalement, la politique l'emportera.

Intérêt pour la mission, souci du service… «Je n'ai pas rêvé de l'armée mais cela m'a longtemps fait réfléchir», précise-t-il. Sa famille n'a pas de lien avec les militaires, sauf le lieu où elle vit : à Brest, où est installée la Marine nationale. «Mais ce n'est pas dans la marine que je me serais engagé». Il aurait préféré le contact du terrain, l'armée de terre.

«Souvent, le regard sur l'armée est caricatural», poursuit Benoît Hamon. Pourtant, entre le «militaire facho» et le «chevelu pacifiste», il devrait exister une nuance, une autre façon de penser l'armée. «C'est une fonction noble», explique-t-il. Elle constitue un des «piliers de la cohésion nationale». «Ce qui m'intéresse, c'est l'armée au service de la nation.» C'est l'armée du peuple, pour le peuple. Un reste d'idéal révolutionnaire, une réminiscence historique de septembre 1792, lorsque la «nation» française se mobilise pour défendre le territoire face aux Prussiens et la contre-Révolution lors de la bataille de Valmy ? Pas vraiment, assure-t-il : «Le seul révolutionnaire qui ait fait briller l'armée française, c'est Bonaparte… Et ensuite il s'est transformé !» Benoît Hamon se méfie de ce que l'armée peut produire comme dérive militariste.

On est loin de l'idéal d'ordre ou l'exaltation de la virilité. Il s'inquiète que son sentiment puisse être mal interprété : s'intéresser à l'armée n'est pas forcément bien vu à gauche. «Je n'ai aucune fascination pour l'uniforme ou pour les armes. Je ne suis pas adepte du pan-pan ou du boum-boum», prend-il le soin d'expliquer. Son attrait est intellectuel : la stratégie, les batailles décisives, s'adapter, commander… La politique donc.

«La conscription était une belle idée»

Finalement, il n'a jamais franchi le pas, si ce n'est pour faire son service militaire, comme tous les hommes de son âge. Il est incorporé au 3e Rima à Fréjus, puis il est affecté au service militaire adapté à Paris. Il en garde un bon souvenir. Depuis, le service militaire n'existe plus. Il n'était pas favorable à sa suppression. «Je comprends le souci d'une armée professionnalisée, mais la conscription était une belle idée», estime-t-il, à condition de respecter l'égalité entre les Français. Ce qui n'était plus le cas. «Depuis, on réfléchit à une autre forme de service civil», argumente-t-il.

Les troupes acclamant le général Dumouriez lors de la victoire de Valmy, le 20 septembre 1792.
Les troupes acclamant le général Dumouriez lors de la victoire de Valmy, le 20 septembre 1792. Crédits photo : Credit ©Rue des Archives/CCI

À l'engagement militaire, Benoît Hamon a préféré l'engagement politique. Mais cette vie-là aurait pu s'arrêter. Il l'a appris à ses dépens. Le 7 juin dernier, il n'a pas été réélu député européen. La mauvaise campagne du PS n'a permis d'élire que deux socialistes en Ile-de-France. Il était en troisième position. Privé de légitimité, il songe à rendre sa fonction de porte-parole. Ses amis veulent l'en dissuader. Il leur répond qu'il va devoir trouver un emploi, puisque son poste n'est pas rémunéré. La première secrétaire Martine Aubry lui demande aussi de rester. Il hésite. Finalement, la politique l'emporte.

Ce qui ne change rien à son problème. Une autre vie va donc commencer pour Benoît Hamon. À la rentrée, il va se confronter à une autre réalité : il devrait devenir professeur associé à la Sorbonne, à condition que le ministère valide comme «expérience professionnelle» les années où il a été parlementaire européen. Il faut en effet avoir travaillé un minimum d'années pour obtenir ce statut.

Benoît Hamon compte aussi fonder son entreprise d'analyse de l'opinion. Il connaît bien ce domaine puisqu'il a travaillé pour l'institut de sondages Ipsos après avoir quitté le cabinet de Martine Aubry en 2001 et avant d'être élu député européen en 2004. Mais cette fois, il y a une nouveauté : le leader de l'aile gauche du PS apprendra alors le rôle de patron. Il va commander.

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11 août 2009 2 11 /08 /août /2009 08:48
Socialisme hors-les-murs

Sur une idée de l'historien (EHESS) Vincent Duclert, cette édition participative a vocation a accueillir des contributions (une seule par auteur) émanant de dirigeants, d’élus, d’intellectuels mais aussi de militants, de sympathisants, d’électeurs ou de futurs électeurs: des assises du socialisme hors-les-murs.

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Les élections européennes appellent une réaction de la gauche

11 Août 2009

Cette note a été rédigée le 8 juin 2009 (le lendemain des élections européennes donc) par Frédéric FARAVEL, secrétaire fédéral du Parti socialiste du Val d'Oise en charge des relations extérieures (partis, syndicats, associations...)

Les élections européennes de juin 2009 se sont conclues de manière relativement prévisibles. Elles nous attristent et nous consternent en tant que socialistes, et notre sursaut doit être à la mesure des quelques 16,66 % qui ont sanctionné notre campagne. Il ne s'agit pas aujourd'hui de tirer des conclusions définitives au regard d'une abstention massive et d'un scrutin qui n'a jusqu'ici jamais été totalement suivi durablement dans les rendez-vous électoraux nationaux ou locaux. Mais le 7 juin 2009 doit nourrir quelques leçons relativement fortes tant au niveau européen, que national et partisan.

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