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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. J'anime aussi le groupe d'opposition municipale de gauche "Vivons Bezons" et je suis membre du groupe d'opposition de gauche ACES à la communauté d'agglomération Saint-Germain/Boucle-de-Seine.
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Gauche Républicaine & Socialiste

12 juin 2009 5 12 /06 /juin /2009 07:59
extrait de Puzzle socialiste, blog de la rédaction politique du Monde - http://partisocialiste.blog.lemonde.fr/

 

aaaaaaaubry1.1244739820.jpgC’est Benoit Hamon qui l’a fait remarquer, mardi devant le conseil national du PS. Les deux formations politiques qui, lors des élections du 7 juin, ont réalisé un score en progression sont celles qui sont « sorties d’elles mêmes ». Les écologistes sont forts parce que Dany a réconcilié les Verts et les environnementalistes. Le PCF sort un peu de son coma grâce à son compagnonnage avec le Parti de gauche. A contrario, le NPA, fermé sur lui-même, n’a pas vraiment réalisé la percée attendue. Sans parler du PS, recroquevillé sur ses bases. L’heure serait donc « au dépassement » du parti socialiste. En additionnant toutes les voix de gauche, on atteint des 39,27%, ce qui n’est pas ridicule surtout lorsque l’on compare ce score à celui du premier tour des présidentielles. D’où l’invitation pressante à créer une « Maison commune de la gauche ». Humour involontaire, Martine Aubry dans son discours devant le conseil national a souligné que le PS lançait cette idée « sans volonté hégémonique ». Avec 16,48% des suffrages exprimés (et 6,4% des inscrits…) pour les socialistes contre 16,28% pour Europe-Ecologie, la précision est superfétatoire….

aaaaaaubry2.1244739846.jpgCet appel insistant adressé aux partenaires de gauche ressemble moins à un SOS qu’à un accès de claustrophie. Enfermé dans son score catastrophique, le PS suffoque et craint l’asphyxie. Les ex-partenaires de la gauche plurielle viendront-ils à son secours ? Pas sûr car la proximité des régionales va aiguiser les appétits, en particulier des Verts. L’autre solution, pour se donner de l’air, serait d’organiser des primaires ouvertes, de préférence avec l’ensemble de la gauche, pour désigner un candidat unique. Cela permettrait d’ouvrir les portes et les fenêtres pour prendre un grand bol d’air démocratique. Mais ce ne sera pas plus aisé face à des partenaires auxquels il faudra promettre un joli lot de circonscriptions pour qu’ils acceptent de participer à une telle opération. Au moins, le coup de Trafalgar du 7 juin aura-t-il fait comprendre aux socialistes qu’ils ne pourront pas se régénérer par leurs propres moyens.

aaaaaaaaubry3.1244739764.jpgMais sont-ils vraiment convaincus de la gravité de la situation et de la nécessité de donner un coup de talon pour remonter à la surface ? « J’aurais préféré que la patronne nous promettre du sang et des larmes. Au lieu de çà, elle nous gratifie d’un discours convenu alors que le moment devait être solennel » regrette un député strauss-kahnien qui lui est pourtant très favorable. Fait révélateur ; dans son discours, Martine Aubry n’a à aucun moment cité le score de son parti. Pudeur ou déni ? Le reste de son intervention, inciterait presque à opter pour la deuxième hypothèse tant son discours se sera inscrit en décalage par rapport à la situation créée par les résultats du 7 juin. En se donnant six mois pour refonder – il n’est plus question de rénover – le PS, la première secrétaire cherche à donner « du temps au temps », selon la formule mitterrandienne. Comme si les socialistes n’en avaient pas assez perdu, du temps, depuis le 21 avril 2002. 
Les ethnologues noteront le réflexe patrimonial de la tribu des dirigeants du PS qui, après avoir pris une gifle monumentale, proposent d’incarner la refondation à travers le culte des Anciens (on a pas dit : des Ancêtres) en mettant sur pied une espèce de conseil des Sages comprenant Ségolène Royal (qui a déjà prévenu que ce serait sans elle), François Hollande, Laurent Fabius et Bertrand Delanoë. Ce qui, au passage, est un peu redondant ; ces stars des années 80 et 90 étaient déjà sur le devant de la scène lors des meetings socialistes de la campagne européenne. Quant à la constitution d’un « groupe de 15 », direction resserrée agissant parallèlement au secrétariat national (déjà fort de 64 membres), elle rappelle le mode de « gouvernance » de François Hollande tant décrié par ses successeurs. 

Jean-Michel Normand

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11 juin 2009 4 11 /06 /juin /2009 14:25

LES ÉLECTIONS EUROPÉENNES APPELLENT UNE RÉACTION DE LA GAUCHE

Les élections européennes de juin 2009 se sont conclues de manière relativement prévisibles. Elles nous attristent et nous consternent en tant que socialistes, et notre sursaut doit être à la mesure des quelques 16,66 % qui ont sanctionné notre campagne. Il ne s'agit pas aujourd'hui de tirer des conclusions définitives au regard d'une abstention massive et d'un scrutin qui n'a jusqu'ici jamais été totalement suivi durablement dans les rendez-vous électoraux nationaux ou locaux. Mais le 7 juin 2009 doit nourrir quelques leçons relativement fortes tant au niveau européen, que national et partisan.

Les leçons européennes du scrutin de juin 2009 :

Une logique générale se dégage des élections européennes à l'échelle du continent :

  • les partis conservateurs sortent pour la plupart consolidés des scrutins, le PPE restera très massivement le premier groupe du Parlement européen alors même qu'il devrait être abandonné par les conservateurs britanniques ou tchèques ;

  • les partis sociaux-démocrates - à de très rares exceptions (Suède, Danemark, Grèce, Slovaquie, Malte) - ont perdu les élections, ou se sont même effondrés dans certains cas ;

  • les partis écologistes progressent globalement, même s'ils marquent le pas dans leur fief traditionnel, l'Allemagne ;

  • les partis populistes, anti-sceptiques et parfois xénophobes remportent de véritables succès dans un certains nombres de pays européens comme aux Pays-Bas, en Italie, en Slovaquie, en Grande-Bretagne, en Autriche, en Hongrie, en Roumanie et en Bulgarie).

 

Partout ou presque l'abstention a progressé, le fossé entre les peuples et la dérive de la construction européenne s'accroît. Elle progresse de 2 points à l'échelle des 27 avec 56 %, et dans les pays les plus récemment membres, elles flirtent avec les 70 % (Pologne, Slovénie, Roumanie) ou même avec les 80 % (Lituanie, Slovaquie, République Tchèque).

Que peut-on retirer de ses résultats brossés à grands traits mais relativement convergents ? La déroute du PSE est totale, loin de l'objectif annoncé de changer la majorité du Parlement européen. Nous payons ici collectivement le prix d'un alignement sur le libéralisme depuis une quinzaine d'année… Les électeurs n'ont pas jugé crédibles le discours des sociaux-démocrates alors même que la crise financière et économique internationale démontrait les ratés du néo-libéralisme ; comment croire en effet des socialistes qui du jour au lendemain retrouveraient leurs valeurs protectrices, redistributrices, régulatrices, progressistes quand depuis des années ils ont accompagné le mouvement de libéralisation et de dérégulation du modèle social et économique européen. Le « on vous l'avait bien que le libéralisme était une erreur » a dans ce contexte sonné creux quand parallèlement les gouvernement conservateurs étaient contraints au pragmatisme enfourchant tout autant le discours de la protection et de la relance a minima. Les Européens ont donc choisi en majorité de maintenir des conservateurs en place car les sociaux-démocrates ne leur apportaient d'alternative affirmée et crédible.

La sanction est particulièrement forte pour les partis sociaux-démocrates au pouvoir qui avaient été les fers de lance de la troisième voie : les travaillistes britanniques (15 %) et nos camarades allemands sont lourdement sanctionnés, même si les affaires purement britanniques peuvent expliquer la déconfiture d'un New Labour à bout de souffle. La caricature la plus forte vient effectivement du SPD qui faisait campagne en dénonçant les requins de la finance et qui participe à un gouvernement dominé par les conservateurs après avoir sous Gerhardt Schröder mené une politique d'inspiration libérale.

La contestation de la domination conservatrice est aujourd'hui portées ailleurs avec un versant négatif et un versant positif :

  • le versant négatif c'est la progression de partis populistes ou xénophobes, qui démontrent comme le craignait certains d'entre nous, que les Européens peuvent être tentés par la solution réactionnaire et le repli nationaliste face à la crise du modèle libéral ;

  • le versant positif c'est la progression des verts européens qui en gagnant une dizaine de sièges démontrent l'importance des préoccupations écologiques des peuples européens, la plupart du temps dans un ancrage à gauche.

 

Le Parti des socialistes européens est donc face à ses responsabilités. Il doit cesser d'être une simple conférence des leaders de partis ou de gouvernement, il doit cesser d'être une auberge espagnole - où son membre slovaque pouvait impunément faire alliance avec l'extrême droite pour former un gouvernement -, il doit cesser d'être un Parti dont le président n'a finalement aucune autorité et dont le peu de décisions collectives peuvent être sapées par les chefs de gouvernement, il doit cesser d'être un parti qui ne s'accorde que sur le minimum parce que les débats politiques n'y ont pas réellement leur place. Nous avions choisi de soutenir avec d'autres partis européens la présidence de Poul Nyrup Rassmussen, ancien syndicaliste et premier ministre danois, d'abord pour réorganiser le PSE et éventuellement pour créer une alternative à Barroso : nous devrons poursuivre dans cette voie, mais surtout l'approfondir car les socialistes français doivent cesser d'avoir peur de leur ombre, ils doivent engager avec les autres partis socialistes d'Europe une véritable réflexion sur l'avenir du continent et pour cela nous ne devons pas hésiter à multiplier les contacts à l'intérieur même de ces partis.

Ne nous le cachons la sociale-démocratie européenne est profondément malade, sa convalescence sera longue.

Les leçons françaises du 7 juin 2009 :

La majorité présidentielle est en tête avec 27,7 %, le Parti socialiste durement frappé avec 16,66 % et talonné par les Verts qui remportent 16 % des suffrages exprimés, un Modém loin de des rêves présidentiels de François Bayrou avec 8,4 %. Le tout sur un fond de 60,3 % d'abstention soit 3 points de plus qu'en 2004.

Le niveau d'abstention doit bien entendu relativiser les significations profondes du scrutin, mais il n'empêche qu'avec des résultats fortement divergents un message politique a été adressé aux deux grands partis traditionnels de gouvernement. Avec plus de 27 % les responsables de la majorité présidentielle rappelleront que pour la première fois depuis 1979 un scrutin intermédiaire voit l'arrivée en tête de la majorité parlementaire, mais ils ont de grandes raisons de s'inquiéter car le score de la majorité présidentielle est inférieur à celui de Nicolas Sarkozy au 1er tour de l'élection présidentielle, et les réserves de voix de la droite sont faibles car elles totalisent 40 à 41% en comptant les souverainistes, les gaullistes et l'extrême droite.

La désapprobation de la politique gouvernementale s'est bel et bien exprimée dans cette élection, 45% des suffrages se portant sur les listes de gauche et 8,4 % sur les listes du Modém. Mais le PS est lourdement frappé comme le reste des partis sociaux-démocrates européens ; on pourra noter un score honorable du Front de Gauche qui rassemblait le PCF, le Parti de gauche et la Gauche unitaire avec 6,3 %, mais la véritable expression de ce scrutin à gauche passe par le remarquable résultat des listes Europe-Écologie qui avec 16 % des voix talonnent nationalement le PS et le dépassent même en Île-de-France et dans la grande région Sud-Est.

Des logiques propres au PS et aux écologistes expliquent que les deux familles se retrouvent aujourd'hui dans un mouchoir de poche :

  • le PS n'a pas su faire passer son message européen, constamment renvoyé par les médias à ses dissensions internes (plus ou moins passées) et assimilé à un seul message de vote sanction. Les propositions réelles faites par le PS français et par le Manifesto n'ont à aucun moment été réellement médiatisées dans la campagne. La prise en compte des aspirations écologiques par les socialistes n'a pas été perçue dans l'électorat ;

  • les listes Europe-Écologie présentaient un programme européen, des têtes d'affiche dynamiques et populaires qui portaient une aspiration au rassemblement (aspiration qui peut également expliquer le score honorable du Front de Gauche par rapport à celui du NPA). Les écologistes ont fait le choix de partir tôt en campagne, de ne parler que d'Europe et ils ont bien entendu rencontrés une aspiration profonde des électeurs pour les enjeux écologiques (opportunément renforcés par la diffusion de Home le vendredi soir, mais on ne dira pas non plus que la campagne se soit jouée ce soir-là).

 

On constatera dans la plupart des territoires un phénomène de vase communiquant entre l'électorat PS de 2004 et l'électorat Europe-Écologie de 2009 ; une bonne partie de nos électeurs ont donc choisi de voter Cohn-Bendit, Eva Joly et José Bové car leur rassemblement semblait plus dynamique et plus en phase avec le sujet que ce que nous avions à leur proposer. Et ne nous y trompons pas, malgré les ambigüités libérales de Cohn-Bendit, les verts sont perçus par l'électorat comme plus à gauche que le PS - impression renforcée par l'alliance avec les amis de José Bové et par le discours juste d'Eva Joly sur les paradis fiscaux en pleine crise financière -, il n'y a donc pas ici d'appel au recentrage du Parti socialiste. On est donc loin des appels de Valls à courir après l'UMP sur l'immigration et la sécurité, ou de Collomb )à transformer le PS en parti centriste.

Le Partis socialiste doit donc plus fortement insister qu'il ne l'a fait jusqu'ici sur les enjeux écologiques et il doit plus fortement travailler sur l'alternative économique et sociale nécessaire. Nous pâtissons du même manque de crédibilité que la sociale-démocratie européenne redécouvrant les vertus de ses valeurs traditionnelles, sans avoir aujourd'hui réfléchi aux solutions adaptées à notre époque.

Enseignement collatéral à la gauche, il semble évident que l'anti-sarkozisme ne permettra pas de remporter la victoire contre le président de la République en 2012 : bâtir une alliance électorale de circonstance sur ses fondements nous mènera à l'échec. Que cela ait été notre volonté ou non, nous avons été essentiellement perçu sur le mode du vote sanction, et nous avons subi la même claque que François Bayrou et son Modém dans cette élection pour ces mêmes raisons. Tout ceci devrait nous conduire à relativiser plus encore ce qui devrait nous rapprocher de lui. Outre l'anti-sarkozisme, nous n'avons rien de commun avec le Modém, et l'anti-sarkozisme, quels que soient les reproches que les Français adressent au président de la République, ne les mobilisent pas et ne constituent pas un projet de société.

Le Parti socialiste doit donc s'adresser d'urgence à ses partenaires de gauche pour que nous trouvions collectivement ensemble les voies d'une alternative, avec l'élaboration d'un programme commun et d'une organisation commune afin de remporter les prochaines élections. Il n'est évidemment pas dit que le chemin sera simple, malgré l'abstention qui peut conduire à relativiser les résultats du 7 juin, le PS sort affaibli du scrutin et nos partenaires seront d'autant plus exigeants.

Des leçons pour le Parti socialiste :

Nous pouvons considérer les résultats du 7 juin comme profondément injuste à notre égard. Malheureusement, ils ne sont pas si surprenants que cela si nous prenons le temps de regarder un peu dans le rétroviseur. Les socialistes français peinent à articuler un projet alternatif alors même que la crise économique et financière invalidait le modèle libéral. Nous-même balbutions nos réflexions sur le « juste échange » quand l'Europe est le seul espace économique passoire dans le monde et que les protections des travailleurs européens sont sans cesse amoindries.

Mais le 7 juin interroge le fonctionnement de notre parti sur le long terme ; nous payons notre atonie politique des 8 dernières années, nous avons cru que les élections de 2004 étaient un rétablissement quand elles n'étaient sans doute que l'expression d'un remord coupable du 21-Avril ; nous payons les nombreuses dissensions de notre partis, qui se sont fortement illustrées depuis 2006, lors de notre dernier congrès, et encore ses dernières semaines durant la campagne électorale. Quand le débat politique de fond est absent d'un parti, il laisse tout l'espace au conflits de personnes.

Beaucoup de nos responsables politiques, de nos élus, ont perdu le sens de l'intérêt du parti, de la gauche - et, in fine, le sens des intérêts supérieurs de nos concitoyens. Comment interpréter autrement le fait qu'il faille prier certains de nos leaders pour faire campagne ? Comment interpréter autrement le fait que dans une campagne que l'on savait difficile les coups parfois les plus durs viennent de nos rangs ?

Oui, sans aucun doute, nous avons collectivement commis des erreurs stratégiques :

  • dans la manière de désigner nos têtes de listes (ou dans la façon de revendiquer une tête de liste pour dire ensuite que l'on arrive à contre-cœur dans une circonscription électorale),

  • de composer celles-ci),

  • de donner l'impression que le vote sanction nous intéresse plus que nos propositions, d'afficher une ambition médiocre à 21 % ce qui n'est évidemment pas mobilisateur pour notre électorat (combien se seront dits le jours du vote ou quelques jours avant « finalement le PS semble assuré au regard de sondages de faire le score qu'il désire, je vais donc pouvoir envoyer un message en m'abstenant ou en votant Cohn-Bendit » ?).

 

Mais plus généralement, le Parti socialiste ne s'est pas réellement mis en mouvement. À bien des égards, beaucoup de nos élus locaux se satisfassent de la « cohabitation territoriale » qui s'est établie en 2004 puis en 2008 (à la droite le national, à la gauche la gestion des collectivités). Si le vrai pouvoir serait - à ce que l'on dit - désormais dans les collectivités pourquoi faire campagne pour les Européennes ? Prenons à garde à ce que ce raisonnement ne finisse par nous toucher pour les prochaines présidentielles ! Le Parti socialiste risque de subir une dérive radical-cassoulet ; n'oublions pas que les radicaux ou les communistes étaient riches de bastions électoraux, mais que cela ne les a pas empêchés de péricliter irrémédiablement. Je dis « beaucoup de nos élus », pas tous, car certains mouillent encore la chemise, mais nous avons tous pu constater ici ou là qu'il était parfois compliqué de mener campagne avec des barons locaux qui se comportaient comme des divas.

Le Parti doit réapprendre à faire campagne. Un collage, une distribution sur un marché ou sur une gare, ça permet de marquer le territoire à peu de frais, mais cela rapporte finalement peu de voix, quand une réunion publique n'en rapporte aucune ; nous devons occuper le terrain, nous rapprocher politiquement des électeurs en reprenant le chemin des portes-à-portes et des réunions d'appartement. Espérons que seul le désintérêt général pour les élections européennes explique cette faible mobilisation ; il ne faudra pas louper la marche pour 2010, 2011 et 2012 ! Et pour les Européennes de 2014, il faut espérer que les tréfonds du parti considéreront que la campagne vaut la peine d'être menée.

Ce type de campagne impose une mobilisation continue et profonde. Cela impose que le Parti cesse de ne parler qu'à lui-même pour parler à nouveau à la société française. Comme d'habitude c'est une électorat qui devrait être prioritaire pour la gauche qui s'est massivement abstenu : la jeunesse et les classes populaires. Pour les mobiliser nous devons à nouveau représenter l'espoir, représenter l'avenir. Il est cruel de constater que la sanction dont nous avons fait l'objet frappera avant tout certains de nos candidats qui constituent sans doute l'avenir du socialisme français. Pour rétablir l'espoir, nous devons accueillir plus franchement de nouveaux adhérents parmi nous - et il ne s'agit pas un coup politique pour une désignation de candidats, mais d'aller chercher des militants durables -, de reprendre un dialogue fécond et réel avec les associations sans la tentation du paternalisme et du clientélisme, de reprendre un travail commun avec les syndicats de salariés et les autres partis de la gauche sans volonté hégémonique. Bref, nous devons nous nourrir de la société, pour l'irriguer en retour et proposer un débouché concret à son désir d'alternative.

Ce travail, nous avons le sentiment qu'il avait commencé autour de Martine Aubry et d'une nouvelle équipe de secrétaires nationaux, dont la volonté d'ouvrir franchement les chantiers ne s'était pas démentie. Mais la machine semble avoir pris trop de temps à se mettre en marche ; les pesanteurs de notre parti nous ont sans doute fait raté l'échéance européenne, mais nous ne pouvons pas nous contenter de l'excuse du diesel qui mettrait trop de temps à chauffer. Il est grand temps de relever les manches, de réellement entrer dans un travail engagé et de mettre de côté les dissensions d'hier que certains ont la tentation de faire renaître.

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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 17:27

Marie-Noëlle  LIENEMANN et Paul  QUILES, anciens ministres 

10 juin 2009

« Le nouveau Front Populaire, une idée qui fait son chemin »

 Après l’échec des élections européennes, le Conseil National du PS vient de confirmer la nécessité d’un nouveau cours pour la gauche.

 La démarche que nous avons engagée depuis 4 mois, avec des responsables et militants de toute la gauche autour d’un calendrier et d’une méthode pour « un nouveau Front populaire » a reçu un écho majoritaire au sein de cette instance.

 La proposition de « maison commune » de la gauche faite par Martine Aubry et relayée par de nombreux intervenants permet d’intégrer nos propositions :


°    Création immédiatement d’un  Comité pour un nouveau Front populaire

°   Etats généraux de la gauche

°    Adoption de la Charte pour l’élection présidentielle

°    Mise au point du programme du candidat à la présidence et de l’accord législatif

°    1er semestre 2011 : organisation des primaires (seuls votent les militants des organisations signataires de la Charte)

 Désormais, il faut que le PS arrête clairement la démarche concrète qu’il propose aux autres forces de gauche et écologistes. Il est urgent de passer aux actes.
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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 14:06
Lettre à ces socialistes qui nous désespèrent
URL source: http://www.mediapart.fr/journal/france/090609/lettre-ces-socialistes-qui-nous-desesperent
Links:
[1] http://www.mediapart.fr/club/blog/Edwy-Plenel
[2] http://www.mediapart.fr/journal/france/100609/ps-une-grosse-synthese-edredon-pour-etouffer-la-crise
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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 07:39

Dépasser le Parti socialiste

Posté par Benoît Hamon

Dépasser le Parti socialiste

Cher-e-s Camarades,

Tout à l'heure, un camarade, le visage bronzé, me prenant par le bras, me disait « je suis social démocrate et je pense que ton discours a trop déporté le parti sur la gauche, ce qui explique que tant de voix se soient déplacées des socialistes vers les verts. »

Je me demande parfois pourquoi on ne se respecte pas davantage ? Pourquoi on s'inflige ce type d'analyse grossière et pourquoi on ne regarde pas la réalité de notre échec collectif en face ? Je me demande pourquoi, alors qu'on vient d'enregistrer un échec, après trois défaites successives à des scrutins nationaux, on en est encore à penser que, dans la bataille de l'interprétation, il y a encore une petite place à gratter, une petite victoire à emporter dans l’appareil?Je me demande pourquoi on en est encore à essayer d'enfoncer un peu plus les uns pour se renforcer un peu plus soi-même. J'en prends ma part. Je n'ai jamais prétendu être exemplaire mais je pense que ce qu'on attend de nous, à l'issue d'une campagne difficile, c'est que nous nous respections. Nous appartenons à une grande formation politique qui mérite, à défaut de nous aimer tous, de nous respecter.

Je voudrais remercier tous ces militants qui, dans une campagne qui n'était pas facile parce qu'on ne nous aura rien épargné, ont mis leur orgueil et leurs états d'âme dans leur poche. Je remercie ces camarades qui ont décidé de faire campagne pour le PS, certains avec beaucoup d'engagement et d'envie, d'autres simplement par devoir parce qu'il fallait travailler pour le parti.

Je voudrais dire en quelques mots ce que je vois à l'issue de cette élection. Nous avons obtenu 2,1 millions de voix de moins qu'en 2004. L'extrême gauche en a recueilli 600 000 de plus et les Verts 1,5 million de plus, soit 2,1 millions au total. Il y a sans doute des voix qui se sont éparpillées ailleurs mais pour l'essentiel c'est au sein de la gauche que les voix se sont redistribuées.

La question qui nous est donc posée aujourd'hui est de savoir pourquoi les classes populaires ne votent plus pour nous et pire, pourquoi ont-elles pris l'habitude de ne plus venir voter ?

Si on veut préparer 2012 sérieusement, nous devrons savoir régler cette question là dans les trois ans qui viennent. C'est une question centrale.

Objectivement, la social-démocratie européenne - nous le disons tous avec nos mots – n'en finit pas d'être en crise. C'est même de ses rangs qu'est venu le principal argument qui nous a mis à genou, au début de la campagne. Certains pensaient que nous pouvions faire campagne, parler de la crise économique et sociale, offrir des solutions et en même temps que Barroso devait rester président de la Commission.

Quand Mme Lagarde demande que les déficits liés à la crise soient mis de côté, qui s'oppose à cela ? Deux socialistes européens. D’un côté Joaquin Almunia commissaire des affaires économiques et monétaires issu du PSOE et le ministre des finances allemand Peer Steinbrück du SPD. Ce sont des camarades, qui sur la question du pacte de stabilité et de croissance qui - alors que Mme Lagarde ne peut pas être suspecte d'une grande conversion sociale et régulatrice - défendent l'orthodoxie libérale. Cette crise de la sociale démocratie existe, ne soyons pas dans le déni. Ne soyons pas dans le déni parce que cette crise explique aussi pourquoi certaines thèses que nous avons défendues ensemble au sein du Parti socialiste européen - quelque soit notre appartenance à un courant ou à un autre - n'aient pas été entendues.

Pour cette législature, nous n'aurons, je crois, que 157 euro-députés socialistes.

J'observe que les pays dans lesquels nous avons fait un bon score étaient ceux où le débat était le plus clivé.

J'observe que là où les camarades ont gouverné en coalition, là où ils se sont considérablement recentrés, là où ils ont mis plus de temps à tirer les leçons de la crise que les libéraux, ils ont connu des échecs comparables ou pires que celui que nous connaissons en France.

Nous avons deux tâches historiques : préparer demain la manière dont la gauche socialiste française va reconquérir le pouvoir en France et préparer la refondation de la sociale démocratie européenne.

C'est pour ça que je pense que la réponse à ce que nous venons de vivre ne peut pas être une affaire de design, de mode, de changement de dispositif.

La réponse ne peut pas être de refaire ce que nous avons trop souvent fait : changer un peu le discours, remplacer tel camarade par un autre et espérer que tout ira mieux.

Le problème que nous avons, c'est que nous ne faisons plus envie.

Et même lorsque nous disons des choses intéressantes, les gens ne croient plus en nous.

Sur les marchés, lors des porte-à-porte, en campagne, on nous demandait ce que nous ferions de si différent par rapport aux libéraux. Et quand on arrivait à faire des propositions, on nous demandait si nous étions capables de gouverner malgré les divisions internes.

Nous l'avons tous vécu. Nous n'arrivons pas à incarner une alternative au modèle libéral, ni à rendre crédible une alternance. Nous sommes tous responsables de cette incapacité et je ne m'exclus pas de ce constat.

Nous avons aujourd’hui une base, 17 %. Cela nous laisse quelques raisons de croire que nous avons le devoir d’engager une nouvelle étape historique.

Tous les partis de gauche ont entrepris une tâche qui est celle de leur propre dépassement : à l'extrême gauche avec la création du NPA, à notre gauche avec la création du Front de gauche, - même si ce parti n'obtient que 31000 voix de plus qu'en 2004, alors qu'à l'époque il y avait un gros vote utile favorable aux socialistes -, et du côté des Verts avec la création d'Europe écologie qui est un dépassement réussi de ce qui était jusqu'ici leur identité.

Il nous revient, aujourd'hui, de nous inscrire aussi dans ce processus de dépassement. C'est ma conviction. Je ne crois pas que ce soit dans un énième rebond interne, autour d'un énième casting différent, que nous arriverons à proposer une alternance et une alternative crédibles au modèle libéral.

Alors comment réussir ce dépassement du PS ?

Je pense que nous devons nous laisser submerger par un processus politique qui aboutira à la constitution d'une maison commune de la gauche, - pour reprendre les mots de Martine -, avec trois sujets.

Premièrement, le projet. J'observe, qu’à gauche, tout le monde se pose les mêmes questions : le rôle de l'état, les régulations possibles au niveau national et international, les protections, les salaires, la répartition capital – travail, la protection de l'environnement, etc.

Nous nous posons ces questions de la même manière. Bien sur, nous ne les hiérarchisons pas de la même façon, mais il devrait être facile de réunir autour d'une table les dirigeants politiques et militants des partis de gauche pour en discuter.

Deuxièmement, l'échéance de 2012. Je suis personnellement favorable à un candidat unique de la gauche mais nous devons poser cette question sans préalable et sans imposer un ordre de discussion.

Avec un seul objectif : nous mettre en situation de battre Nicolas Sarkozy, au nom et avec le soutien des classes populaires et moyennes.

Troisièmement, la constitution d’une maison commune de la gauche, peu importe son nom, qui permette utilement aux militants de se parler, de se confronter.

Si nous parvenons à ce dépassement, sans préalable, sans volonté hégémonique, sans dicter nous-mêmes l'agenda, je pense que le PS trouvera là le moyen de se refonder et de redevenir le porteur d'une espérance politique. Je souhaite que nous fixions dès cette semaine cette ambition. Je souhaite que nous proposions publiquement à nos partenaires cette offre de travail commun.

Je vous remercie.

 

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9 juin 2009 2 09 /06 /juin /2009 18:58
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9 juin 2009 2 09 /06 /juin /2009 10:01
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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 15:43
Reportage à l'«épicerie terroriste» de Tarnac: la libération de Coupat relance la bataille politique
Links:
[1] http://www.mediapart.fr/club/blog/david-dufresne
[2] http://www.mediapart.fr/journal/france/280509/affaire-tarnac-nos-enquetes-video
[3] http://www.mediapart.fr/files/Ce romantisme de Tarnac.pdf
[4] http://www.mediapart.fr/journal/france/250409/pourquoi-l-affaire-coupat-nous-concerne-tous
[5] http://www.mediapart.fr/journal/france/220509/tarnac-deux-nouveaux-coups-de-filet-tous-les-interpelles-sont-liberes
[6] http://www.mediapart.fr/journal/france/110509/une-membre-du-comite-de-soutien-aux-9-de-tarnac-un-flic-me-braque-directement-
[7] http://www.mediapart.fr/journal/france/220409/julien-coupat-l-antiterrorisme-est-la-forme-moderne-du-proces-en-sorcellerie-0
[8] http://www.mediapart.fr/journal/france/030409/tarnac-la-defense-passe-a-l-offensive
[9] http://www.mediapart.fr/journal/france/130309/julien-coupat-reste-en-prison-son-entourage-deplace-l-affaire-sur-le-terrain-p
[10] http://www.mediapart.fr/journal/france/040309/tarnac-la-detention-de-julien-coupat-est-discriminatoire-0
[11] http://www.mediapart.fr/journal/france/290109/tarnac-le-depute-le-juge-et-le-detenu
[12] http://www.mediapart.fr/journal/france/230109/tarnac-des-doutes-sur-la-credibilite-d-un-temoin-a-charge
[13] http://www.mediapart.fr/journal/france/220109/tarnac-le-temoin-a-charge-contre-coupat-serait-un-mythomane
[14] http://www.mediapart.fr/journal/france/190109/tarnac-mon-fils-est-otage-du-ministere-de-l-interieur-accuse-gerard-coupat
[15] http://www.mediapart.fr/journal/france/070109/sabotage-sncf-mediapart-publie-une-tribune-de-l-un-des-mis-en-examen
[16] http://www.mediapart.fr/node/31057
[17] http://www.mediapart.fr/journal/france/161208/tarnac-l-emballement-mediatique
[18] http://www.mediapart.fr/journal/france/151208/sabotage-sncf-la-police-a-fait-un-pur-montage
[19] http://www.mediapart.fr/club/edition/les-invites-de-mediapart/article/131208/christ-ou-catenaire-du-sacrilege-religieux-au-s
[20] http://www.mediapart.fr/journal/france/221108/sabotages-a-la-sncf-ce-que-revele-l-enquete
[21] http://www.mediapart.fr/journal/france/151108/anarcho-autonomes-apres-les-mises-en-examen-les-verites-d-eric-hazan
[22] http://www.mediapart.fr/journal/france/121108/les-anarcho-autonomes-le-fantasme-du-reseau-et-la-realite-des-ecrits
[23] http://www.mediapart.fr/journal/france/111108/sabotages-de-lignes-sncf-les-anarcho-autonomes-entre-violences-et-elucubration
[24] http://www.mediapart.fr/journal/france/260608/la-mouvance-anarcho-autonome-nouvelle-cible-de-la-justice-antiterroriste
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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 12:36
Aubry et Royal affichent une unité sans faille devant des militants revigorés

Links:
[1] http://www.mediapart.fr/club/blog/stephane-allies
[2] http://www.mediapart.fr/journal/france/230509/apres-la-crise-quelle-social-democratie
[3] http://www.mediapart.fr/journal/france/230509/l-autocritique-europeenne-d-un-techno-social-democrate
[4] http://www.mediapart.fr/journal/france/250409/toulouse-l-eurovision-sociale-democrate-lance-la-campagne-electorale
[5] http://www.mediapart.fr/journal/france/120509/segolene-royal-toujours-dans-l-evitement-du-ps
[6] http://abonnes.lemonde.fr/elections-europeennes/article/2009/05/28/europeennes-le-ps-decroche_1198834_1168667.html#ens_id=1166395
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27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 08:17
En Guadeloupe, la tragédie de "Mé 67" refoulée
LE MONDE | 26.05.09 | 17h38  •  Mis à jour le 26.05.09 | 19h08
Pointe-à-Pitre, envoyée spéciale

Le jour se lève à peine. On a tiré toute la nuit dans Pointe-à-Pitre. Le feu ne s'est calmé qu'aux petites heures du matin, dans l'épuisement et la peur. Ce samedi 27 mai 1967, Max Jasor, 13 ans, le fils du libraire, est très tôt levé, dans l'appartement familial de la rue Barbès. Au no 25, devant la porte en fer grillagée, on a jeté un homme comme un sac. Il a plusieurs côtes brisées, la mâchoire enfoncée, des dents cassées. Du haut de l'escalier, l'adolescent ne voit qu'une masse informe, qui geint. Son père, Hubert Jasor.

La veille, vendredi 26 mai, des émeutes ont éclaté place de la Victoire, en début d'après-midi, puis se sont propagées dans Pointe-à-Pitre et ses faubourgs. Un millier d'ouvriers du bâtiment, en grève depuis le 24 mai pour obtenir une augmentation de salaire, se sont massés autour de la darse, dès la fin de la matinée.

Huit mois auparavant, le cyclone Ines a ravagé la Guadeloupe, faisant 32 morts et des millions de francs de dégâts. Les ouvriers du bâtiment ont du travail - mais peu de revenus. Ils attendent le résultat de négociations qui traînent à la chambre de commerce. Dans le petit bâtiment blanc de style colonial, au bord de la place - aujourd'hui office du tourisme -, patronat et syndicats se séparent sur un échec.

Hubert Jasor n'a rien à voir avec cette grève. Le libraire a bien été inquiété plusieurs fois pour avoir, l'un des premiers, cru à l'avenir des écrivains antillais. C'est une époque où les livres de Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs ou Les Damnés de la terre, avec sa célèbre préface de Jean-Paul Sartre, sont saisis par la police.

Une époque où littérature se confond avec politique et se conjugue avec décolonisation. Le père aime aussi Voltaire et les encyclopédistes, Racine et les tragédies, Balzac et le roman, les six enfants ont intérêt à connaître leurs classiques. "Un peu comme Prométhée avait volé le feu aux dieux, il fallait voler la lecture aux Blancs", dit aujourd'hui Max Jasor.

Cet après-midi du vendredi 26 mai, Hubert Jasor se pointe sur la darse. Un bâtiment de la marine nationale est au mouillage, les marins en ville. Un matelot blanc est pris à partie par la foule, Jasor s'interpose, une balle lui frôle la nuque. Puis il est blessé par le coup de crosse d'un gendarme. Recousu à l'hôpital Ricou, le libraire rentre chez lui, quand une patrouille de "képis rouges" l'arrête. L'insulte. Emmené dans la cour de la sous-préfecture, il y est battu comme plâtre.

Caché sous des corps inertes, Hubert Jasor entend ces mots qui le glacent : "Les morts, on les fout à la darse ou à la Gabarre" - le pont qui sépare Grande-Terre de Basse-Terre. Vers 4 heures du matin, reconnu par les forces de l'ordre, il échappe à son calvaire. Conduit à la gendarmerie, il entend des têtes cogner contre les murs, lors d'interrogatoires où les aveux pleuvent à la vitesse des coups. "Ils l'ont arrêté puis l'ont jeté devant la maison", raconte son fils.

Depuis des heures déjà, la situation a dégénéré en une violence incontrôlable. Une phrase, que son auteur présumé jure ne jamais avoir prononcée, a fait en un éclair le tour des manifestants et déclenché l'émeute, en tout début d'après-midi : "Quand les nègres auront faim, ils se remettront au travail." Georges Brizard, le président du syndicat des entrepreneurs du bâtiment, patron de la Socotra, l'aurait prononcée. C'est lui qui négocie avec la CGT Guadeloupe. Le Savoyard, bonhomme costaud et fort en gueule, moustache en balai-brosse, a la réputation de ne pas mâcher ses mots. Les CRS devront l'évacuer en urgence, et le plus discrètement possible.

L'un des fils de cet ingénieur agronome, Michel Brizard, 62 ans aujourd'hui, patron d'une PME dans la zone industrielle de Jarry, raconte que son père a été mortifié de vieillir avec cette tache. "Non seulement parce que je ne l'ai pas dit, mais parce que même si j'en avais eu envie, je n'aurais pas osé", lui répétait ce dernier, désormais décédé.

Sur la place, deux sections de 25 CRS et un peloton de 14 gendarmes gardent la chambre de commerce et, en face, la sous-préfecture. Les gardiens de la paix, dépourvus d'équipement de protection, ont été retirés. Au bord de l'eau, où accostent d'ordinaire les bateaux chargés de sel de Saint-Martin ou de boeufs vivants de Porto-Rico - qui s'échappent parfois, semant la panique dans la ville -, des conques de lambis sont entassées. Ce mollusque, spécialité culinaire antillaise, est vendu sans sa lourde coquille, hérissée de six pointes. Les conques, dont les esclaves usaient comme d'une trompe pour communiquer, vont devenir une arme redoutable.

La première atteint un CRS en pleine tête : il a enlevé son casque pour s'éponger, à cause de la chaleur. Il s'écroule, évacué par deux collègues. Jean Chomereau-Lamotte, seul journaliste sur place, témoin de la scène, prend une photo. "Qu'est-ce que vous foutez là ?", lui a demandé le chef de la section de CRS. Il a brandi sa carte de presse, no 19797.

Après une sommation du commissaire Canales, qu'aucun témoin n'a entendue,

le feu se déclenche. "Ils utilisaient des MAT 49 (Manufacture d'armes de Tulle) qui ont beaucoup servi en Algérie","Yo pren Nestor !" Ils ont tué Nestor. Cette nouvelle va porter la tension à son paroxysme. témoigne Chomereau-Lamotte. Il entend les balles ricocher sur la fontaine de la place, au milieu des gaz lacrymogènes, et tout à coup, un cri :

"Jacques Nestor, membre du GONG, et l'un des principaux meneurs", comme l'écrira le préfet Pierre Bolotte, vient de recevoir une décharge en plein ventre. Il meurt en arrivant à l'hôpital. Le GONG, Groupe d'organisation nationale de la Guadeloupe, est la cible désignée pour les autorités. Ce ne sont que quelques dizaines de personnes, mais très actives et très surveillées. Le groupe indépendantiste, créé en 1963 à Paris par une soixantaine de militants anticolonialistes, pour la plupart issus de l'AGEG (Association générale des étudiants guadeloupéens), est même devenu une obsession pour le préfet. Il produit sur ce sujet pléthore de notes pour sa hiérarchie.

Louis Théodore le sait bien, qui passera dix ans dans la clandestinité. Cet ex-militant de l'AGEG, membre du Front antillo-guyanais, organisation interdite, a rencontré Mao, le Che, Ben Bella, voyagé dans les pays de l'Est, au beau milieu de la guerre froide. Quand un camarade vient le trouver, à l'école de Gérard Lauriette - dit "Papa Yaya", figure de la créolité guadeloupéenne -, où il enseigne, il n'hésite guère. "Loulou, Jackie est mort", lui a dit son ami en lui montrant un mouchoir imbibé de sang. "Il y avait énormément d'arrestations. La répression commençait, et je savais qu'ils frapperaient tout le monde." Ces militants avaient été formés avec l'idée qu'ils devraient un jour se cacher, et ils avaient pris des dispositions. "On se déplaçait tout le temps. On a fait rentrer Sonny Rupaire (militant nationaliste et poète) de Cuba. On était un petit noyau." En une nuit, ils sont capables de mobiliser quarante personnes pour couvrir la Guadeloupe de tracts et d'inscriptions.

Mais, dans Pointe-à-Pitre, ils n'organisent rien, ces 26 et 27 mai. Près de 56 % de la population de l'île a moins de 20 ans, en cette fin des années 1960. Devant les CRS, les jeunes voient rouge. Des barrages sont érigés partout, des voitures incendiées, le supermarché Unimag, au bout de la rue Frébault, pillé, les pierres volent. Et surtout, l'armurerie Boyer, rue Delgrès, en centre-ville, a été dévalisée. Noir ou Blanc, il ne fait pas bon être dans les rues.

Le jeune Jasor a raccompagné chez lui l'un de ses copains du lycée Carnot pour le protéger, car il a la peau si claire qu'il pourrait passer pour un Blanc. Au retour, il observe, médusé, une femme noire, assez sophistiquée, que l'on questionne méchamment sur un barrage : "Tu es noire ou tu es blanche ?" Elle : "Je n'ai pas à répondre à cette question." Alors que son véhicule est secoué de plus en plus fort, elle se met à pleurer et dit en créole : "Zot pa ka voué an nwé ?" ("Vous ne voyez pas que je suis noire ?")

Serge Glaude, fils de notables guadeloupéens qui a participé à la fondation du GONG, est enseignant au collège de Sainte-Rose. Il a alors 32 ans. Le jeudi, il a conjuré en vain "Kiki" Nestor de quitter Pointe-à-Pitre. Ce dernier lui a raconté que, la veille, il est allé tirer du commissariat un vieux à qui la police avait pris son vélo et qu'il a été, à cette occasion, pris en photo "en long en large et en travers". Quand il apprend sa mort, Serge Glaude tente de se rendre à la veillée funèbre avec deux amis. Des gendarmes mobiles arrêtent son ID 19. "J'ai fait l'Algérie : ces gars étaient dopés au vin rouge et au bismuth. Ils sautillaient sur place en disant : "On va tirer."" L'enseignant assure que certains d'entre eux parlaient mal le français, des légionnaires. On lui intime l'ordre de descendre de voiture. "Le couvre-feu, on s'en fout. On a ordre de tirer sur les nègres comme sur des lapins." Il est aligné contre un mur quand arrive une Jeep de gendarmes, avec un chef de détachement. Les hommes baissent tout de suite leur arme.

Outre les CRS et les forces de police déjà sur place, le préfet Bolotte reçoit vers 1 heure du matin le renfort de deux pelotons venus de Martinique. Dans l'après-midi, il a aussi pris la décision de ramener sur Pointe-à-Pitre un escadron de gendarmes mobiles sur le point d'embarquer à l'aéroport du Raizet. Leurs armes sont déjà dans l'avion. Ce sont ces "képis rouges" qui ont laissé le pire souvenir. Ces hommes avaient été appelés en renfort au mois de mars, lors d'incidents qui avaient éclaté à Basse-Terre avec Srnsky, un militant de l'UNR, le parti gaulliste.

Propriétaire du magasin de chaussures Sans Pareil, il avait lancé son berger allemand contre un cordonnier-cloutier ambulant, un Noir infirme nommé Balzinc, qui s'était installé sur le trottoir devant sa boutique. Le commerçant blanc, exfiltré par le préfet, avait échappé de peu au lynchage, et sa Mercedes avait fini à l'eau. L'affaire a surtout servi aux Renseignements généraux pour établir des listes de militants à surveiller, voire à arrêter, parmi lesquels le docteur Pierre Sainton, l'un des fondateurs du GONG.

En fin d'après-midi, le préfet reçoit la visite du maire communiste de Pointe-à-Pitre, Henri Bangou. Voici comment il le décrit à son ministre de tutelle, le général Pierre Billotte, avant une visite que ce dernier doit effectuer dans l'île : "Le docteur Bangou, c'est un problème que vous connaissez très bien. Vous le reconnaîtrez vite : il est très grand, une tête très intelligente, un aspect avenant et fort bien élevé." La description tient toujours la route. Au plus fort des troubles, le maire a ceint son écharpe et s'est rendu, accompagné d'une partie de ses adjoints, vers le marché central, où des groupes de jeunes font face aux CRS. "Je vais haranguer la foule, pour dire : calmez-vous", explique-t-il. Mais l'épisode tourne court, l'équipe municipale est obligée de battre rapidement en retraite. Lorsque le maire demande au préfet de retirer les forces de l'ordre, celui-ci refuse. "Il m'a répondu qu'il ne pouvait pas. Qu'il avait été accusé de mollesse lors des événements de Basse-Terre."

La chasse à l'homme a commencé. Dès le 26 mai au soir, à 18 h 45, le préfet envoie un long télégramme au ministre, qui mentionne notamment ceci : "Ai ordonné arrestation principaux meneurs dont TOMICHE, secrétaire syndical employé de commerce et récemment exclu du comité central du Parti communiste STOP." Sur une radio amateur, Paul Tomiche capte les ondes de la police : il faut amener le propriétaire de "l'Opel Corsa 77 MV, Max, Victorine, mort ou vif à Petit Papa" (la gendarmerie de Petit-Pérou). Sa voiture. Il se cache à Bergevin, puis beaucoup plus loin, à Petit-Canal. Coupe sa barbe. Part au Moule. L'Etincelle, l'organe du PCG, titrera : "Les aventuriers ont pris la fuite." Il sera arrêté et fera onze mois de prison.

Le bilan officiel tiré par Pierre Bolotte pour le ministère, dans un télégramme daté du 30 mai, est le suivant : "Sept morts identifiés. Possibilité autres victimes non déclarées." Ce sont tous des manifestants. Il y a de nombreux blessés parmi les civils, mais combien ? Pour les forces de l'ordre : "Armée, un sous-lieutenant sérieusement blessé. Gendarmerie, six gradés et gendarmes, dont deux par armes à feu. CRS, vingt-sept gradés et gardiens, dont dix gravement et quatre blessés par armes à feu." Vingt-sept arrestations de droit commun ont lieu, et vingt et une inculpations. Dix inculpés écopent de peines de prison ferme. Les arrestations vont se poursuivre. Le dimanche 30 mai au soir, à la préfecture de Basse-Terre, les ouvriers, qui demandaient une augmentation de 2,5 %, en obtiennent une de 25 %.

Un autre procès a lieu, à Paris, du 19 février au 1er mars 1968, à la Cour de sûreté de l'Etat, où 18 indépendantistes guadeloupéens sont jugés pour atteinte à l'intégrité du territoire français. La raison ? Leur appartenance au GONG, supposé avoir organisé les émeutes de Pointe-à-Pitre, bien que le rapport du commissaire Honoré Gévaudan, en juin 1967, ait clairement écarté cette hypothèse. Aimé Césaire et Jean-Paul Sartre feront partie des témoins de la défense.

Le préfet Bolotte n'aura jamais à répondre de ses actes, il ne paraîtra dans aucun procès. Il a été enterré le 27 mai 2008. Le commissaire Canales n'ira pas non plus à la barre, prétextant une dépression nerveuse. Glaude, Makouke, Sainton et Théodore ont pris quatre ans avec sursis. Deux inculpés ont eu trois ans avec sursis. Tous les autres, dont Lauriette et Rupaire, ont été acquittés. C'est dans la préface des Damnés de la terre que Jean-Paul Sartre écrivit : "Les voix jaunes et noires parlaient encore de notre humanisme, mais c'était pour nous reprocher notre inhumanité." Depuis 1967, aucun CRS n'a remis les pieds dans l'île.

Béatrice Gurrey
Article paru dans l'édition du 27.05.09
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