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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 10:58
Liens:
[1] http://www.mediapart.fr/club/blog/la-redaction-mediapart
[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Gilles_Deleuze
[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Aimé_Césaire
[4] http://www.lmsi.net/spip.php?article746
[5] http://www.mediapart.fr/journal/france/150209/outre-mer-la-revolte-sociale-s-etend-a-la-reunion
[6] http://www.mediapart.fr/journal/france/140209/en-martinique-derriere-le-conflit-social-le-conflit-racial
[7] http://www.mediapart.fr/journal/france/130209/antilles-domota-accuse-jego-de-mentir-mediapart-le-prouve
[8] http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/190109/edouard-glissant-et-patrick-chamoiseau-s-adressent-a-barack-obama
[9] http://www.mediapart.fr/journal/france/290408/memoire-des-esclavages-edouard-glissant-bouscule-la-commemoration
[10] http://www.mediapart.fr/journal/france/220408/de-cesaire-a-glissant-la-martinique-comme-antidote-au-sarkozysme
[11] http://ugtg.org/mot_134.html
[12] http://fr.wikipedia.org/wiki/Edgar_Morin
[13] http://fr.wikipedia.org/wiki/André_Gorz
[14] http://www.mediapart.fr/files/Manifeste des neuf.pdf
[15] http://www.mediapart.fr/journal/france/110209/martinique-le-documentaire-qui-met-de-l-huile-sur-le-feu

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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 11:01


Matins (les)

Les Matins

par Ali Baddou
du lundi au vendredi de 7h à 9h05

Ecoutez

émission du lundi 9 février 2009
Daniel Maximin
et Axel Urgin

 

 


D. Maximin et A. Urgin
 © M. Chalandon / RF

L’opération « île morte » se poursuit, la Guadeloupe est toujours totalement paralysée depuis plus de 3 semaines par une grève générale contre la vie chère.
Situation bloquée, donc, malgré les négociations qui se poursuivent. Les guadeloupéens ont été rejoints par les martiniquais jeudi dernier pour exprimer leur ras-le-bol face au chômage endémique qui dépasse les 20% et au coût de la vie — les prix atteignent parfois le double de la métropole.
Ce week-end, 50 000 personnes manifestaient encore à Basse-Terre… Alors comment en est-on arrivés là ? Qui a lancé ce mouvement et pourquoi la situation reste-t-elle bloquée ?
Pas un mot sur la situation en Guadeloupe et en Martinique en 90 minutes d’émission « face à la crise » de Nicolas Sarkozy…
On va en parler tout à l’heure avec nos invités, Axel Urgin, ancien secrétaire national du PS à l’Outre mer et l’écrivain Daniel Maximin.
 

Invités

 

Daniel Maximin.  Il est écricain.

Axel Urgin.  Il est maire-adjoint de Créteil et ancien secrétaire national du PS à l'outremer.

Jacky Dahomay.  Il est professeur de philosophie au Lycée de Baimbridge (Guadeloupe).
-Au téléphone depuis la Guadeloupe de 7h40 à 7h50-

     
 


     



           

des livres à découvrir

   
   


 

   
 

Daniel Maximin
Les fruits du cyclone : une géopoétique de la Caraïbe
Seuil, Paris - 16/02/2006

   


Avec la collaboration de Valérie Picaudé.

Empruntant ses illustrations à l'histoire et à la géographie, à la littérature, à la musique, aux arts visuels, comme aux motifs et figures du quotidien, Daniel Maximin propose une géopoétique personnelle de sa Caraïbe natale : une genèse de ses identités, une cartographie de ses singularités. De Cuba aux West Indies, de Haïti aux Antilles, c'est « un archipel d'îles-roseaux nées de la résistance aux chaînes, pliées sans rompre sous les ouragans géographiques et les cyclones de l'histoire. Par la voix de tous ses conteurs et danseurs, paysans et architectes, couturières et cuisiniers, musiciens et poètes, la Caraïbe le proclame depuis quatre siècles après le déluge dont elle a émergé : "nous ramassons des injures pour en faire des diamants", pour elle et pour tout l'homme. »


 
 

Ouvrage collectif
La Guadeloupe vue du ciel
HC Editions - 20 octobre 2008

 
   
 

Autour d'une centaine de photographies aériennes des îles de la Guadeloupe, une soixantaine de poètes et d'auteurs se retrouvent, invités par Daniel Maximin ; des extraits de leurs écrits, en français et en créole, sont ainsi reproduits pour illustrer ces images inédites. L'ouvrage prend, dès lors, l'allure d'une anthologie de la prose et de la poésie guadeloupéenne autant que d'un livre de photographies...
 


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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 16:49
Kadima : 28 sièges ;
Likoud : 27 sièges ;
Yisraël Beitenu : 15 sièges ;
Parti travailliste : 13 sièges ;
Shas (religieux séfarades) : 11 sièges ;
Parti unifié de la Torah : 5 sièges ;
Union nationale : 4 sièges ;
Hadash - Parti communiste israélien : 4 sièges ;
Liste arabe unifiée - Ta'al : 4 sièges ;
Meretz (Gauche socialiste) : 3 sièges ;
Patrie Juive : 3 sièges ;
Balad (parti arabe démocratique) : 3 sièges.
La percée de l'extrême droite ultra nationaliste n'est pas aussi forte qu'annoncée, l'effondrement du parti travailliste est pire que prévu, le scrutin proportionnel jouant à plein les électeurs de gauche ont cherché à sauver Kadima pour éviter que le Likoud arrive en tête (et il faut dire que le parti travailliste n'est plus très crédible).
Mais l'union nationale Kadima-Likoud-travaillistes est-elle la seule solution ? elle risque de toute manière de de buter sur l'ego de Livni et Nethanyahou.
Mais Droite+ultra-nationalistes+religieux = 65 sièges... comment faire ?

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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 15:32
Certains avaient moqué Nicolas Demorand qui avait exprimé son désintérêt pour un exercice de commande du Président de la République ; l'animateur des matins de France Inter, connu pour un interviewer accrocheur, avait balayé une question où on lui demandait s'il n'avait pas de dépit de ne pas être des happy few qui interrogeraient Nicolas Sarkozy le 5 février 2009.

L'émission à laquelle les Français ont assisté lui a largement donné raison. N'en déplaise à Jean-Marie Colombani qui plaidait ce matin la démonstration du virage à gauche du Président (au moins en mots) et dénonçait la critique stérile faite dans la foulée par Benoît Hamon, ce dernier avait bien raison : tout change autour de nous mais Sarkozy ne change pas ; l'échec de son action est patent mais lui continue de se bercer de mots et d'un volontarisme de posture comme au beau temps de la campagne présidentielle, sans aucune prise avec la réalité politique, sociale et économique vécue dans le pays par les Français.
C'est d'autant plus facile de se bercer avec le Président que les happy few, méprisés par Nicolas Demorand, ont tenu le rôle qu'on attendait d'eux : remplir la commande du président et ne poser aucune question gênante ou énervante (on sait jamais avec l'humeur du moment il pourrait finir par croire que les journalistes sont comme les préfets et qu'il peut les virer... et les présidents des chaînes seraient en plus capables d'obéir !).
Ainsi : aucune question sur le contre-plan de relance présenté par le Parti socialiste. Aucune question sur le fait qu'après avoir qualifié le plan de son propre gouvernement de "plan de rattrapage", cela pouvait ouvrir la voie à un véritable plan de relance dans la foulée. Aucune précision sur sa capacité de faire appliquer sa règle des trois tiers pour le partage de la valeur ajoutée. Aucune question sur le vieux rêve centenaire de la droite de détruire l'impôt progressif sur le revenu, car à force de l'attaquer par le haut et désormais par le bas (pour faire semblant d'être social) on tue la logique progressiste de cet impôt. Aucune question sur le fait que la taxe professionnelle ait déjà connu des annonces de suppression nombreuses sans jamais que cela ne rentre en application (rappelez-vous Chirac et Raffarin), aucune question sérieuse sur la mise en péril des recettes des collectivités ou sur la fragilisation de ces bastions de la gauche (au passage c'est la seule annonce concrète de soutien qui va encore une fois en direction des entreprises - 8 milliards d'euros - et qui lèsera in fine les contribuables). Rien sur la Guadeloupe et rien sur la Martinique, qui nous montrent la voie. Rien sur la rémunération des patrons des sociétés soutenues par l'Etat, alors que la droite avait fait sortir la comparaison avec Obama. Rien sur le contexte parfois trompeur des licenciements dont Laurence Parisot demande encore qu'on fasse sauter les derniers gardes-fous.

Bref un vrai parcours de santé pour Sarkozy, pas étonnant que le fossé se creuse, et que se creusait le décalage entre les petits reportages qui ont illustré cette émission, la parole sincère souvent touchante, frappante de Français qui témoignaient de la difficulté de vivre et un président de la République qui, face à un monde dont il constate qu'il change ne change absolument rien à sa politique.
La Gauche et le PS au premier chef doit désormais être à la hauteur et travailler à la riposte et à l'alternative dans l'unité, ce qui ne semble pas être entendu du côté de La Plaine-Saint-Denis où le NPA de Besancenot-Krivine a pour principale préoccupation d'interdire l'alliance avec le PS à ses interlocuteurs.
Frédéric FARAVEL

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5 février 2009 4 05 /02 /février /2009 17:09
Les partis et organisations de gauche réunies mardi 3 février à Paris se félicitent de l'ampleur du succès de la mobilisation sociale du 29 janvier. L'importance des grèves et des manifestations qui ont marqué cette journée témoigne d'un rejet massif des choix politiques du gouvernement Sarkozy-Fillon, marque une colère légitime face aux vagues actuelles de licenciements et de suppressions d'emplois, dans le privé comme dans le public, confirme l'exigence d'un « bouclier social » à l'opposé du « bouclier fiscal » pour les plus riches, et de mesures en faveur de l'emploi et des salaires à l'opposé des choix du gouvernement qui distribue sans contrepartie des milliards aux banques et aux grandes groupes.


Le message de la journée du 29 janvier est clair. Ce n'est pas au monde du travail, à la population de payer la crise. Contrairement à ce que vient d'affirmer le Premier ministre, la journée du 29 janvier porte clairement la demande d'un changement de cap, notamment sur les questions des salaires, de l'emploi, des services publics. Nicolas Sarkozy et le gouvernement ne peuvent se dérober à ces exigences et ignorer les grands axes avancés dans la plate-forme syndicale unitaire.

Plus largement, un très grand débat public est nécessaire dans le pays sur les mesures alternatives aux choix politiques actuels qui permettront de s'attaquer réellement et efficacement aux racines de cette crise et d’imposer une autre répartition des richesses et un autre type de développement.

Les organisations réunies apportent leur soutien aux mobilisations qui se développent ces jours ci dans l'éducation, dans l'enseignement supérieur et la recherche où le gouvernement doit revenir sur la loi Pécresse et ses décrets d'application, dans les hôpitaux et la santé, où l'inscription à l'ordre du jour du Parlement le 10 février prochain du projet de loi Bachelot doit être annulée. Parce que ces textes représentent des attaques inacceptables contre les services publics, elles appellent à prendre et à soutenir dans les jours qui viennent les initiatives nécessaires pour les combattre.

Elles s'alarment dans ce contexte des atteintes répétées aux libertés publiques et syndicales, qui en cherchant à intimider les mouvements de contestation, conduisent à une inquiétante dérive autoritaire du pouvoir qu'elles ne peuvent accepter.

Enfin, elles tiennent à apporter leur soutien à l'imposant mouvement social qui mobilise depuis plusieurs semaines la Guadeloupe, et demandent au gouvernement d'engager au plus vite de réelles négociations sur les revendications exprimées, notamment sur la question du pouvoir d'achat.

Les organisations réunies ont convenu de se revoir après l'intervention télévisée présidentielle du 5 février et la réunion des organisations syndicales prévue le 9 février pour décider de la suite de leur démarche commune en appui du mouvement social.

Signataires:
Les Alternatifs, la Coordination nationale des collectifs unitaires (CNCU), Lutte Ouvrière, le MRC, le NPA, le PCF, le PCOF, le Parti de gauche, le PS, Alternative Démocratie Socialisme (ADS), Alter-Ekolo.

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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 15:37
Il faut croire que museler les parlementaires français de gauche, virer les préfets qui ne peuvent empêcher les manifestations, ignorer les revendications sociales des Français et insulter certains d'entre eux, ne suffit plus à Nicolas Sarkozy ; lundi 2 février 2009, à l'occasion de la visite du premier ministre "libéral" du Québec, Jean Charest, le Président de la République française s'est livré à une véritable agression verbale contre un grand courant démocratique et progressiste de nos cousins francophones d'Amérique.
Il faut croire sans doute que cela recouvre surtout une ignorance crasse de la réalité politique à l'extérieur de l'hexagone, mais peut-être nos camarades du Parti Québécois vont-ils enfin chercher à resserrer les liens avec le PS.
Frédéric Faravel

Sarkozy plaide pour «l'unité» et contre le «sectarisme»

Sarkozy plaide pour «l\'unité» et contre le «sectarisme»

Nicolas Sarkozy a remis les insignes de Commandeur de la Légion d'honneur à Jean Charest, lundi, à l'Élysée.

Photo: AFP

Tommy Chouinard - La Presse

(Paris) Le président français Nicolas Sarkozy en remet. Il a réservé aujourd'hui un enterrement de 1ère classe à la politique de «non-ingérence, non-indifférence», qui définit depuis des années la position diplomatique de la France vis-à-vis le Québec.

En termes à peines voilés, il a plaidé en faveur de l'unité canadienne lors de la remise de la Légion d'honneur au premier ministre Jean Charest. Sans parler directement du mouvement souverainiste, le président a dit rejeter le «sectarisme» et «l'enfermement sur soi».

«La non-ingérence, non-indifférence, honnêtement, ce n'est pas trop mon truc», a lancé M. Sarkozy à l'Élysée.

«On a dit: tu vas toucher un tabou, encore un. Eh oui. Quand on est sincère, pourquoi un ne pas toucher un tabou ?», a-t-il ajouté.

Le président a rappelé qu'à ses yeux les Québécois sont des frères et les Canadiens, des amis. «Je préfère dire aux Québécois que nous sommes de la famille plutôt que de dire : il n'y a pas d'ingérence... Quel amour !» a-t-il affirmé, sous des applaudissements nourris.

Puis, Nicolas Sarkozy a repris à peu de choses près les termes qu'il avait utilisés l'automne dernier à Québec pour manifester son appui à l'unité canadienne. «Croyez-vous que le monde avec la crise sans précédent qu'il traverse a besoin de division ? A besoin de détestation ?» a-t-il dit.

«Est-ce que pour prouver qu'on aime les autres, on a besoin de détester leurs voisins ? Quelle étrange idée! Est-ce que le message de la Francophonie ne doit pas être un message de rassemblement, d'union, un message d'entente, d'ouverture, de tolérance», a ajouté M. Sarkozy.

«Ceux qui ne comprennent pas ça, je ne crois pas qu'ils aiment plus la Francophonie, je ne crois pas qu'ils aient compris le message de la Francophonie, les valeurs universelles que nous portons au Québec comme en France : le refus du sectarisme, le refus de la division, le refus de l'enfermement sur soi-même, le refus de définir son identité par opposition féroce à l'autre

Jean Charest a eu une réaction prudente. «Je vous laisse interpréter ses propos», a-t-il répondu aux journalistes. Il s'est toutefois dit convaincu que la politique de «non-ingérence, non-indifférence» réapparaîtrait si un référendum sur la souveraineté était tenu au Québec.

Nicolas Sarkozy a remis les insignes de Commandeur de la Légion d'honneur à Jean Charest. En plus des membres de la famille de M. Charest, plusieurs invités étaient présents : le premier ministre français François Fillon, son prédécesseur Jean-Pierre Raffarin, le secrétaire général de la Francophonie Abdou Diouf, le maire de Québec Régis Labeaume, Luc Plamondon, Garou, Carole Laure, Paul Desmarais de Power Corporation.

Sarkozy manque de classe, selon Gilles Duceppe

Sarkozy manque de classe, selon Gilles Duceppe

Gilles Duceppe - Photo: André Tremblay, La Presse

Karine Fortin - La Presse Canadienne - Ottawa

Le chef du Bloc québécois Gilles Duceppe n'a clairement pas digéré les récents propos du président français, Nicolas Sarkozy, au sujet de l'indépendance du Québec et de ceux qui en font la promotion.

Aux yeux du politicien montréalais, M. Sarkozy a manqué «à la fois de classe et de dignité» en plus d'étaler «son ignorance crasse de la situation québécoise» quand il a accusé les souverainistes de faire preuve de sectarisme et d'étroitesse d'esprit.

Sans aller aussi loin, ses collègues Louis Plamondon et Pierre Paquette ont eux aussi regretté que le président français se soit à nouveau mêlé des affaires canadiennes en affirmant que la politique de «non-ingérence, non-indifférence» envers le Québec n'était «pas trop son truc».

Les commentaires du chef d'Etat français ont cependant été beaucoup mieux reçus chez les conservateurs. La ministre des Affaires intergouvernementales, Josée Verner, a ainsi déclaré que le discours de M. Sarkozy était «salutaire» et qu'il fallait «passer à autre chose».

Pour la députée de Limoilou, Sylvie Boucher, le message du président a une résonnance particulière, en cette période économique difficile où tous doivent être «unis».

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1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 17:29

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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 15:16
Que faire de cette première mobilisation sociale réussie après la faillite du modèle néo-libéral ?


Le Jeudi 29 janvier 2009 restera comme une journée forte forte dans l'histoire récente des mouvements sociaux. 2 500 000 manifestants dans toute la France avec 195 cortèges recensés officiellement dans tout le pays (là où souvent on ne manifeste jamais) ; 300 000 manifestants à Paris entre République et Opéra, le cortège parisien s'est d'ailleurs lentement écoulé pendant plus de 4 heures sur les boulevards tant l'affluence était massive ; à ce niveau là, on pourra noter le ridicule des chiffres donnés par les préfectures, dont tout le monde reconnaît qu'ils n'ont plus rien à voir avec la réalité (20 000 à Marseille ou 65 000 à Paris !?).

Il est notable qu'à l'origine de cette mobilisation les huit grandes organisations syndicales aient non seulement lancé un texte commun mais également et surtout publié une plate-forme commune précisant les revendications essentielles des salariés :

1 – Donner la priorité au maintien des emplois dans un contexte de crise économique

2 – Politiques salariales : améliorer le pouvoir d’achat, réduire les inégalités

3- Orienter la relance économique vers l’emploi et le pouvoir d’achat

4 – Préserver et améliorer les garanties collectives

5 – Réglementer la sphère financière internationale

Que des syndicats aussi différents que SUD et la CFTC, en passant par la CFDT et la CGT, aient signé le même texte de fond est en soi un signe que quelque chose bouge dans le pays ; mais n'en déplaise aux responsables confédéraux, qui rappellent sans cesse - Charte d'Amiens oblige - que leur action n'est pas politique, ils ont ainsi donné une signification profondément politique à la mobilisation. Tout le texte est un long désaveu de la politique gouvernementale dans sa méthode comme dans le contenu des « réformes » mis en œuvre par les ministres de Sarkozy. Et qui a un tant soit peu écouté les échos des manifestations comprend bien que les manifestants eux-mêmes donnaient un contenu politique à leur participation : le rejet du sarkozisme comme régime politique était évidemment central, démontrant ainsi que la posture et les choix du président de la République continuent d'une part de diviser le pays mais crée aussi les conditions d'un rassemblement conjoncturel plus large que le seul peuple de gauche ; mais avant tout c'est la logique néo-libérale, dont chacun peut mesurer aujourd'hui la faillite, qui est mise en cause, avec l'idée au-delà que ce n'est pas aux salariés qui s'en sont toujours méfiés de payer pour cette faillite et qu'il ne s'agit plus aujourd'hui (outre le fait qu'il faut bien préserver les conditions de circulation du crédit pour faire fonctionner l'économie, et assurer les ratios de solvabilité des banques) de se contenter de discours lénifiant sur la moralisation du capitalisme ou de consentir au sauvetage d'un système capitaliste en échec, sans que les travailleurs n'obtiennent les garanties d'une véritable régulation et d'une justice sociale plus grande, c'est-à-dire le renversement de la tendance qui a fait que depuis 30 ans le capital a pris plus de 10 points à la rémunération du travail.

Nous en sommes à un point où les questions de fond ne peuvent plus être contournées ; les manifestants d'hier savent bien que c'est désormais à des choix de société que nous sommes confrontés. Que ces débats soient en train de s'ouvrir à leur manière aux États-Unis d'Amérique sous l'impulsion du président Obama indiquent de façon flagrante qu'on ne saurait encore moins les éluder en Europe et particulièrement en France. Il est particulièrement marquant de noter que les mobilisations sociales en temps de crise économique sont généralement inexistantes ou anémiées : nous sommes au début de l'une des pires crises financière, économique et sociale que nous ayons connu depuis près d'un siècle, et non seulement la mobilisation est forte mais en plus elle dépasse largement les contingents dénoncés comme des « secteurs protégés ». Les salariés du privé, voire même des artisans et des commerçants, s'étaient joints fortement aux manifestants, malgré la peur et l'angoisse des répressions patronales, des licenciements, du chômage technique, de la perte de salaire et des plans sociaux.

C'est dire si l'attente est forte, c'est dire si la nécessité d'un débouché politique est plus pressante que jamais.


Ne pas enterrer trop tôt l'UMP

Il serait pour conclure dangereux de s'accorder trop tôt sur l'annonce de défaite que signifierait le rabaissement momentanée de la morgue présidentielle. Cela nous fait plaisir qu'une grève soit visible ; nous nous sommes sans doute réjouis de la mine déconfite et décontenancée de Xavier Bertrand face à Martine Aubry jeudi 29 au soir sur France 2 ; vu l'aplomb du personnage c'est suffisamment rare pour le souligner, il n'avait sans doute pas mesuré les changements qui s'étaient produits à la tête du Parti socialiste depuis décembre. Mais cette situation n'aura qu'un temps.

N'oublions pas que Nicolas Sarkozy dispose de tous les leviers du pouvoirs et que ceux qu'il ne contrôle pas encore il s'emploie aujourd'hui à les confisquer peu à peu malgré l'opposition renouvelée de nos parlementaires.

N'oublions pas non plus que le président de la République reste maître du calendrier électoral et que les élections intermédiaires (sauf les européennes) sont d'autant plus incertaines que Nicolas Sarkozy n'aura sans doute aucun scrupule à en changer les règles du jeu quelques mois avant.

Par ailleurs, bien que Bernard Thibaud ait fait part du décalage probable qui existerait entre les organisations syndicales et le président de la République, si ce dernier s'avisait de ne parler que de l'agenda de ses réformes, n'oublions pas que certaines confédérations auront besoin pour justifier leur radicalité du 29 janvier 2009 d'avancées sociales - mêmes infinitésimale - qui ne peuvent attendre l'arrivée de la gauche au pouvoir. En France, l'unité syndicale est souvent plus prompte à se fissurer qu'à se consolider.

Enfin, prenons garde aux évolutions sémantiques instillées à l'occasion de la prise de fonction de Xavier Bertrand comme secrétaire général de l'UMP. L'UMP n'est plus, vive le « Mouvement Populaire »… Je ne crois pas que la droite française cherche aujourd'hui à refaire le coup de la campagne de 2007, avec un Sarkozy s'essayant au lyrisme en citant Jaurès, Blum ou évoquant les mânes de Guy Môquet ; par contre n'ayons aucun doute sur le fait que la conquête de l'électorat ouvrier soit un objectif essentiel du parti présidentiel. Il est d'ailleurs assez amusant que Brice Teinturier de la Sofres indiquait la forte présence des ouvriers dans les cortèges du 29 janvier quand voici quelques années certains socialistes annonçaient la disparition des ouvriers dans les débats du parti. Le vote ouvrier de droite a toujours existé en France, fait de pression patronale, d'appel au nationalisme et d'instrumentalisation de la valeur travail (on l'a déjà vu) : les réactionnaires n'ont jamais hésité à orienter les inquiétudes des ouvriers vers des dénonciations populistes. C'est le rôle confié au ministère de l'immigration et de l'identité nationale, sous la gouverne d'Éric Besson (également adjoint de X. Bertrand) - l'histoire du socialisme fourmillant d'opportunistes prêts à retourner leurs valeurs (Rochefort, Millerand, Péguy, Déat, Faure) de manière tout aussi radicale.

Et l'UMP compte aussi sur la division de la gauche, espérant qu'une stratégie gouvernementale d'exacerbation des tensions sociales pourrait finalement handicaper le Parti socialiste. En effet, si le PS ne parvenait pas à offrir un débouché à une certaine radicalité qui s'exprime aujourd'hui dans tous les milieux sociaux, c'est le NPA qui couperait définitivement les jarrets de la gauche. Mais ce scénario catastrophe nous pouvons encore l'éviter.


La responsabilité du PS et de la gauche

Les éditoralistes ont noté la mobilisation forte du « cortège » socialiste à l'occasion du mouvement. Le point fixe entre Alternative Libertaire et Lutte Ouvrière au Cirque-d'Hiver était effectivement assez marquant, mais n'oublions pas non plus la présence du PS dans de nombreux défilés en province, de manière plus massive qu'avant (car il faut bien dire que les socialistes manifestaient en général jusqu'ici plus facilement en province que dans la capitale).

Mais le simple retour du Parti socialiste dans la rue aux côtés des salariés n'est pas une fin en soi, elle est nécessaire pour rappeler que le Parti socialiste est l'héritier du mouvement ouvrier français et qu'il doit à l'avenir de nouveau se ré-ancrer dans les revendications sociales, alors que les catégories populaires souffrent déjà depuis longtemps de la dégradation de leurs conditions et que nous assistons au décrochage des classes moyennes. Mais enfin, le Parti socialiste doit avant tout être le moteur d'une dynamique qui peut mener enfin à une alternative politique.

Au regard de la plate-forme syndicale pour ce 29 janvier 2009, il n'est pas inutile de noter les correspondances avec le contre-plan de relance présenté le 21 janvier dernier par Martine Aubry et le secrétariat national du PS. Le Parti socialiste ne peut plus se voir opposer qu'il ne présente pas de propositions, et c'est déjà l'un des acquis majeurs de la nouvelle direction du Parti socialiste. La lutte engagée par ailleurs à l'Assemblée nationale prouve également que depuis décembre, les groupes parlementaires socialistes & apparentés mènent une opposition plus résolue au gouvernement et à la majorité UMP, rencontrant dans cette bataille les aspirations d'une partie de la population contre le régime sarkoziste ; et c'est le deuxième acquis majeur de l'équipe menée par la première secrétaire du Parti socialiste.

Mais il va falloir aller au-delà. Le contre-plan du PS vise à répondre à l'urgence de la crise, à de plus le mérite de démonter les faux-semblants de l'action gouvernementale, démontrant que dans l'immédiat une autre politique est possible pour relancer l'activité. Mais les 50 milliards d'euros proposés pour l'année 2009 (de manière virtuelle car nous ne sommes pas aux responsabilités) ne font pas une doctrine ou une politique durable ; nous pouvons souligner les convergences qui existent avec les plans britanniques, espagnols, américains et allemands comme le faisait Martine Aubry sur France 2 le soir du mouvement, mais cela ne sert pour le moment qu'à démontrer l'isolement, l'aveuglement et le ringardisme des conservateurs français.

Le dur est devant nous. Les débats qui ont commencé à s'ouvrir à l'occasion du congrès de Reims doivent impérativement être assumés : Quelle alternative à la logique néo-libérale ? Quel contenu donner à l'économie sociale et écologique de marché ? Comment sortir du libre-échange généralisé pour créer les conditions du « juste échange » ? Comment changer le cours de la construction européenne pour que l'union devienne un agent actif de l'économie mondiale et protège enfin ces citoyens ? Comment promouvoir une société d'émancipation collective et individuelle ?

Dans ces débats, rien ne sera évident : la dépolitisation du Parti socialiste a laissé des traces durables, la porosité du grand parti de la gauche française à l'air du temps libéral (sous prétexte de respectabilité gouvernementale) a durablement éloigné le Parti socialiste de sa base sociale, la présidentialisation des institutions ont créé des dégâts catastrophiques dans le Parti impliquant qu'aujourd'hui encore certains réservent leurs coups les plus durs leur camp alors que l'unité sociale et politique était au rendez-vous du 29 janvier. Le Parti socialiste doit se rassembler dans la construction d'un projet alternatif et il peut y être aidé par la déconfiture complète des vieilles lunes libérales.

À partir de là, il doit proposer à la gauche sociale et politique de se coordonner pour rendre efficace sa lutte contre l'action du gouvernement Sarkozy. Alors qu'à l'Assemblée nationale, la motion de censure socialiste a rassemblé à elle les voix des verts, des radicaux, des communistes et même du Modém, sur des orientations économiques et politiques, il vient de la responsabilité de tous les autres partenaires de la gauche de choisir désormais si le Parti socialiste doit être considéré comme un ennemi de classe. Et il ne suffira pas à Olivier Besancenot de dire que tolérer dans la rue les socialistes est l'alpha et l'oméga de sa conception de l'unité d'action : cette stratégie ne peut conduire à terme qu'à se constituer un petit fond de commerce tranquille fondé sur la protestation, en empêchant la gauche de devenir majoritaire et de lui redonner une possibilité de transformer le quotidien des gens.

Aujourd'hui toute la gauche est face à ses responsabilités ; elle a pour impérieuse obligation de rechercher ensemble les voies d'une alternative politique au néo-libéralisme. Que ceux qui veulent mettre les mains dans le cambouis le disent haut et clair. Déjà certains commencent à perdre leurs illusions sur les chances de créer un « front » à la gauche du PS : Jean-Luc Mélenchon et son Parti de Gauche en synergie avec le Parti communiste de Marie-George Buffet viennent de se voir rejetés par le NPA d'Olivier Besancenot qui ne semble « pas intéressé par un score à deux chiffres » aux élections européennes.

Nous ne pouvons pas nous satisfaire de ces discours de feux qui n'allument en définitive aucun espoir. Nous ne pouvons pas plus reproduire à l'avenir les rapports convenus entre les différentes organisations issues de la Gauche plurielle, qui bien que gérant ensemble la grande majorité des collectivités françaises se sont montrées incapables jusqu'ici (en 1981 et en 1997) de produire autre chose des accords entre les deux tours des élections nationales pour constituer une majorité et rédiger un programme de gouvernement. D'ici 2012, il nous faudra travailler ensemble à un programme commun de toute la gauche si nous voulons créer une dynamique, ce qui implique que nous créions les conditions d'un véritables dialogue politique entre organisations et ente militants de ces organisations.

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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 14:45
LE MONDE | 28.01.09 | 14h10

u cours d'une interview à la chaîne Public Sénat, la ministre UMP de la santé, Roselyne Bachelot, a troussé un joli compliment à la patronne du Parti socialiste. "J'aime bien Martine Aubry, a-t-elle déclaré, parce que c'est une femme qui a beaucoup d'allant, beaucoup de dynamisme. (...) Elle a vraiment choisi une mission impossible, je lui souhaite de tout coeur qu'elle se casse la gueule." C'était dit de manière charmante, avec le rire de gorge inimitable de Mme Bachelot. Mais l'essentiel devait venir ensuite : "Je ne vais pas lui souhaiter qu'elle réussisse à la tête du Parti socialiste, je serais tout de même un petit peu incohérente."

 

Imaginons un instant que tous les responsables politiques français, de gauche et de droite, décident d'être cohérents : qu'ils choisissent d'exprimer publiquement, en toutes circonstances et sans aucune hypocrisie, le fond de leur pensée et leurs véritables souhaits. Chirac parlant de Sarkozy, Sarkozy de Fillon, Fillon de Bayrou, Bayrou de Royal, Royal de Fabius... Stop ! Assez ! Coupez ! Il faudrait voter immédiatement une loi pour les censurer. Cette motion de censure-là, au moins, serait adoptée à l'unanimité.


Robert Solé
Article paru dans l'édition du 29.01.09

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27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 09:43
Point de vue
Peut-on accepter une telle régression pour la télévision d'Etat ?
par Michèle Cotta et Hervé Bourges
LE MONDE | 26.01.09 | 14h17  •  Mis à jour le 26.01.09 | 14h17

ue n'avons-nous entendu, depuis plusieurs semaines, sur "l'hypocrisie" de la désignation, par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), des présidents de la radio et de la télévision de service public. Sans considération aucune pour les batailles menées, pour les combats réussis, pour les hommes et les femmes qui assurent, chacun à son poste, la bonne marche des télévisions et radios publiques.

 

Qu'à l'occasion de toutes les nominations, le CSA, ou la Haute Autorité qui l'a précédé, n'aient pas délibérément choisi de défier le pouvoir, c'est certain. Qui l'aurait fait, à moins d'être, le mot est à la mode, irresponsable ? Mais il est faux et injurieux de dire, à grands coups d'allusions malveillantes ou de propos méprisants que, depuis 1982, les différents membres des instances de régulation et leurs présidents n'ont été que des marionnettes dont le pouvoir tire les ficelles.

Si tel avait été le cas, beaucoup de ceux qui ont fait la richesse du service public, professionnels ou autres personnalités qualifiées, n'auraient pas été désignés, ni maintenus en fonction. A l'inverse, combien d'amis de tous les pouvoirs en place, de 1982 à aujourd'hui, auraient indûment, et peut-être brièvement, occupé les places promises par les maîtres de l'exécutif.

Oui, sans doute, la politique, ou plus exactement, les hommes politiques, leurs incessantes pressions, leur permanente indignation à voir leurs projets, leurs décisions, en un mot ce qu'ils croient être leur oeuvre, passés au crible des rédactions de France Télévisions ont parfois lourdement pesé sur les désignations. C'est parce qu'ils étaient pragmatiques que les organes de régulation ont souvent pris le pouls de l'exécutif avant de procéder au choix qui leur revenait. Et ce choix ne correspondait pas toujours à celui de l'actionnaire...

Mais comment ne pas voir qu'ils ont, en plus de 20 ans d'existence, progressivement pris leurs distances avec ceux qui les abreuvaient de leurs conseils et de leurs consignes ? Parce que les hommes politiques eux-mêmes ont tout fait pour limiter les prérogatives et les champs d'action des instances de régulation, faut-il pour autant les supprimer ? Parce qu'un système n'a pas été toujours parfait, faut-il, par un bond en arrière de plusieurs années, revenir à un système de nominations qui, lui, de RTF en ORTF, est aujourd'hui unanimement dénoncé ?

Un peu d'histoire : la nomination en conseil des ministres n'est pas une invention d'aujourd'hui. Elle a été pratiquée en France de 1945 à 1982, avec un permanent insuccès, faisant de la télévision française, partout dans le monde, ces années-là, un objet de stupeur, ou du moins d'interrogation. Fonctionnaires ignorant tout de la télévision ; professionnel compétent, nommé par le premier ministre en dépit de la volonté du président de la République (Pierre Desgraupes en 1969) ; président entré en conflit immédiat avec le ministre de l'Information (Arthur Conte en 1972) ; enfin, conseiller d'Etat, désigné par le président de la République pour mettre fin à la permanente insubordination, aux incessants désordres de la télévision d'Etat (Marceau Long, en 1974) : l'histoire de l'audiovisuel en France ne manque pas d'exemples, que la mémoire défaillante de l'actuel exécutif ne peut parvenir à faire oublier.

Si ce mode de nomination a été refusé partout en Europe, peut-être y a-t-il une raison ? Peut-être, au demeurant, y a-t-il, dans la panoplie des différents systèmes de nos voisins, quelques exemples dont il serait opportun de s'inspirer ? De la nomination des intendants allemands - les présidents des différentes télévisions décentralisées - par des commissions indépendantes, avec des représentants de toutes les composantes de la société, politique et civile. De celle du directeur général de la BBC, nommé par le BBC Trust, dont les membres sont désignés sous le contrôle d'une autorité indépendante.

Mais quelle bizarre procédure a-t-on inventée là, avec un choix du prince qui doit ensuite recevoir l'avis conforme du CSA, avant d'être soumis à un vote, à la majorité des 3/5èmes des commissions compétentes de l'Assemblée et du Sénat... Quel inconscient osera être candidat pour passer dans ce triple laminoir ? Au-delà même de la régression démocratique que constitue cette double reprise en main politique d'une nomination qui avait été confiée à une autorité indépendante de l'Etat, le CSA, comment ne pas voir le caractère ubuesque de ce recrutement ? Comme la même procédure est requise pour sa révocation, le président désigné sera de fait inamovible pour la durée de son mandat. Est-ce bien ce que l'on voulait initialement ? Pas le moins du monde !

On aurait pu imaginer de perfectionner le mode de nomination existant et de conforter l'indépendance des choix de l'instance de régulation, si on pensait devoir la contester. Le président de France Télévisions aurait aussi pu être nommé par un conseil d'administration, composé de personnes qualifiées indépendantes et responsables, au terme d'une procédure de recrutement professionnelle, ainsi que procèdent les instances de nomination allemande et anglaise. Mais réunir à la fois une régression démocratique et une usine à gaz en termes de désignation, c'était une gageure. Elle est tenue.

Est-il trop tard pour que, après le vote du Sénat, France Télévisions et Radio France puissent échapper à cet avenir incertain, qui mettrait le service public dans la main des pouvoirs politiques, pour ses dirigeants, ses ressources, son budget, sa ligne éditoriale même ? Veut-on un tel retour à la télévision d'Etat ? Une télévision qui ne serait pas celle de tous les Français, puisqu'elle appartiendrait à quelques-uns, une télévision qui ne fédère pas, mais divise ?

Nous avons l'un et l'autre exercé les fonctions que le président de la République refuse au futur CSA, en essayant de nous placer au-dessus des clivages partisans. Que son président actuel se félicite, presque avec soulagement, du nouveau mode de nomination des présidents de l'audiovisuel public, c'est son droit et sa responsabilité. Pourtant, le système, aussi inachevé fût-il, demeurait perfectible, préférable, en tout cas, à une incroyable régression.


Michèle Cotta est ancienne présidente de la Haute Autorité (1982-1986).
Hervé Bourges est ancien président du Conseil supérieur de l'audiovisuel (1995-2001).

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