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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

8 août 2008 5 08 /08 /août /2008 23:00
ça y est c'est les vacances, à cette heure-ci je dors au fin fond du Poitou, en rêvant de la semaine que je passerai un peu plus tard dans le Connemara en famille...
Donc le blog prend également des congés.
Je ne me remettrai à écrire qu'à compter du premier septembre 2008.
Fred

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8 août 2008 5 08 /08 /août /2008 10:44
aujourd'hui se déroulera la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin. J'ai décidé de bouder non seulement les célébrations mais aussi la retransmission des épreuves.
Désolé pour les sportifs qui attendent ce moment depuis 4 ans, mais j'estime que la situation, les mensonges de Pékin et le gouvernement totalitaire sont des sujets trop graves pour que l'on ne se concentre que sur la "grande fête du sport". Et je préfère ne pas dire ce que je pense de la lâcheté et de l'obséquiosité de notre président de la République.
salut,
Fred

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7 août 2008 4 07 /08 /août /2008 15:45
Je continue de considérer comme choquant le petit texte de Siné qui provoque aujourd'hui la polémique, mais les faits rapportés ci-dessous par Plenel méritent d'être rappelés ; ils rendent d'autant plus incompréhensible son refus réaffirmé de faire des excuses pour les amalgames douteux qu'il sous-entedait...
Fred


Charlie Hebdo
et Siné : l'exacte vérité sur le précédent de 1982

Par Edwy Plenel - 7 août 2008 - Mediapart.fr

En 1982, dans la nuit du 16 au 17 août, Siné est l'invité de ce que l'on appelait à l'époque une radio libre, en l'espèce Carbone 14. L'animateur, lui-même humoriste provocateur, fera ensuite carrière, de Radio Nova à Europe 1, en passant par Canal Plus, sous le pseudonyme de Jean-Yves Lafesse. Il n'y a, sur cette antenne, ni format contraignant, ni pression publicitaire, mais, en revanche, des libations forcenées, au whisky semble-t-il, ainsi que des audaces détestables. Le résultat est une virée radiophonique nocturne qui tourne au désastre et au massacre.

Dans le contexte dramatique de l'été 1982, où Paris est ensanglanté par des attentats d'origine proche-orientale dont les cibles disent l'antisémitisme de leurs auteurs - c'est notamment le cas contre le restaurant Goldenberg, rue des Rosiers -, tandis qu'Israël a lancé au Liban l'opération dite «Paix en Galilée» qui conduira son armée jusqu'aux portes de Beyrouth, Siné ne se contente pas déraper. Au prétexte de défendre la cause palestinienne, il se lance dans une tirade délirante où il soutient les attentats terroristes, souhaite la destruction d'Israël et se revendique antisémite. Extraits, et ce ne sont même pas les pires : «Tant que je serai vivant, Israël n'existera plus. Je suis prêt à faire des Brigades internationales contre Israël. [...] Je veux que chaque juif vive dans la peur, sauf s'il est pro-palestinien. Qu'ils meurent. [...] Je suis devenu antisémite depuis qu'Israël bombarde. Je suis antisémite et je n'ai plus peur de l'avouer, je vais faire dorénavant des croix gammées sur tous les murs.»

Proférés sur des ondes alors marginales, ces propos seraient passés inaperçus sans la vigilance de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) dont Me Bernard Jouanneau était à l'époque l'un des avocats et l'un des animateurs de sa commission juridique. La plainte de la Licra avec constitution de partie civile mit en mouvement l'action publique, entraînant l'ouverture d'une instruction judiciaire confiée au magistrat Claude Grellier. Le directeur de Carbone 14, l'animateur Lafesse et, bien sûr, Siné furent tous trois inculpés - on dit aujourd'hui mis en examen - des chefs de «provocation à la haine, à la discrimination ou à la violence raciale et complicité». Le 30 janvier 1984, le juge Grellier rendait une ordonnance de non-lieu partiel pour le responsable de la radio ainsi que pour son animateur, et décidait de renvoyer le seul Siné devant le tribunal correctionnel.

Trois pages d'excuses et une réponse de la Licra

C'est alors que cette histoire connut un dénouement inattendu qui est indissociable de ce qui précède. Sauf à être inéquitable, on ne peut se contenter de rappeler les propos inadmissibles de Siné, vieux de 26 ans, sans prendre soin de rappeler aussi ce qui suit. Le 22 septembre 1984, Siné écrivait une lettre à la Licra. Vous pourrez la découvrir intégralement dans sa version originale aux pages suivantes – 3, 4 et 5 – de cet article. Vous pouvez également la télécharger en format PDF en cliquant sur ce lien: la lettre de Siné à la Licra.

Siné s'y dit «atteré» par... Siné. «Je m'excuse bien volontiers et très sincèrement auprès de tous ceux que j'ai pu blesser», écrit-il en conclusion de ce manuscrit de trois pages. Même s'il assure qu'il était «complètement ivre», il reconnaît que ses propos étaient «odieux», faisaient «voler en éclats toutes les limites permises » et atteignaient « le paroxysme de délire verbal». S'il évoque toutefois le contexte proche-oriental pour «faire comprendre, sinon admettre, [sa] colère et [sa] déraison», ce n'est pas, précise-t-il, pour chercher «à [se] disculper».

A ses frais, Siné fit publier, dans Le Monde des 21-22 octobre 1984, sous forme d'encart publicitaire et sous le titre «Siné à la Licra», les principaux passages de cette lettre. Dans la foulée, Me Bernard Jouanneau, au nom de la Licra, lui répondit par une «Lettre à Siné», publiée dans le journal de la Licra, Le droit de vivre. Après avoir rappelé que Siné avait dit «des choses ignobles, les pires que l'on puisse entendre», l'avocat lui donnait acte de cette «lettre de réconciliation» et ajoutait : «Lisez-la, apprenez-la par cœur, récitez-la à vos enfants. Vous avez là un morceau d'anthologie : une page du cœur». Vous pouvez découvrir et lire la version originale de la lettre de Me Jouanneau sous l'onglet "Prolonger" de cet article. Vous pouvez également la télécharger en format PDF en cliquant sur ce lien: la lettre de Me Jouanneau à Siné.

Sur la recommandation de sa commission juridique, la Licra décidera ensuite de retirer sa plainte et sa constitution de partie civile. Mais ce geste n'interrompait pas l'action publique, d'autant moins qu'une toute jeune association, née en 1983, prit le relais : Avocats sans frontières, créée par Me William Goldnadel. Contrairement à ce que semble indiquer son intitulé général, cette association se donne surtout pour but de traquer l'antisémitisme parmi les soutiens français de la cause palestinienne, dans un combat politique dont ses animateurs ne cachent pas l'engagement très à droite de la droite. On la retrouvera, de nos jours, contre le sociologue Edgar Morin, qu'elle traina devant la justice pour antisémitisme, heureusement en vain, tandis qu'à l'inverse, Me Goldnadel assurera la défense de la journaliste italienne Oriana Fallaci dont les écrits, à tout le moins, ne témoignaient pas d'une grande humanité envers les musulmans, tout comme il soutiendra le nationalisme serbe face aux musulmans bosniaques.

Siné sera donc logiquement condamné, ses excuses publiques n'effaçant évidemment pas son délit radiophonique. Mais ses excuses font aussi partie de cet épisode, tout comme leur acceptation par la Licra. Près de 25 ans plus tard, les nuances de cet épisode des années 1980 et les précautions de ses protagonistes semblent d'un autre âge, tant nous avons basculé dans une autre époque depuis les attentats du 11 septembre 2001, une époque autrement guerrière, autrement passionnelle, autrement intolérante.

Tournez les pages suivantes pour lire la lettre d'excuses de Siné.

«Mes essais de provocation étaient ratés et odieux»

«Je possède le sens de la démesure, je gagne ma vie avec»

«Ces propos sont en flagrante contradiction avec tout ce que je pense»

URL source:http://www.mediapart.fr/journal/france/070808/charlie-hebdo-et-sine-l-exacte-verite-sur-
le-precedent-de-1982

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6 août 2008 3 06 /08 /août /2008 15:04

De quelle majorité nouvelle le PS a-t-il besoin ?

par Frédéric Faravel,
Secrétaire de la section PS plaine de France
Membre du bureau fédéral du PS du Val d'Oise
Membre du bureau du comité régional du PS Île-de-France

sommaire

Renouer avec la conquête et l'exercice du pouvoir : 2

Une nouvelle synthèse de la Droite 2

La défaite culturelle de la Gauche 2

Sortir de l'impasse de la cohabitation territoriale 4

Mettre fin à la présidentialisation de la vie publique : 5

Lever une nouvelle espérance européenne : 7

Pour dépasser les crises, mettre enfin le Parti socialiste au travail : 8

Rassembler la gauche autour d'un Parti socialiste refondé : 10

Pas de faux débats 10

Nos finalités, notre identité 10

Pour un «parti de la gauche» 12

Et maintenant ? 13

La cuisine de juillet 2008 13

La majorité qu'il faut au PS 14

Le Parti socialiste français va connaître un rendez-vous déterminant lors de son congrès du mois de novembre 2008. Peu de partis politiques connaissent, en Europe ou dans le monde, une procédure aussi transparente et démocratique que celle qui est mise en œuvre tous les 3 ans (pour des congrès ordinaires respectant le calendrier statutaire) par la direction du PS.

Bien sûr, les média s'acharnent à décrire intrigues de couloir et cacophonie idéologique (certains vont même jusqu'à prétendre que des camarades socialistes parfaitement réformistes sont en fait de dangereux crypto-révolutionnaires) ; on l'a déjà dit - et je ne ferai pas preuve d'originalité en le répétant une nouvelle fois - que dirait-on du PS si la réflexion politique en était totalement absente. S'il y a foisonnement politique, des divergences se font automatiquement jour - respectant cependant le minimum qui est contenu dans notre déclaration de principes (adoptée le 14 juin 2008) et qui est censé nous rassembler dans une même famille politique, le socialisme démocratique.

Genèse de la médiocrité des contributions générales

Je n'irai pas jusqu'à dire que seules les distinctions idéologiques dictent le dépôt de si nombreuses contributions générales ou même thématiques. C'est l'un des handicaps originels du socialisme français : son peu d'ancrage réel dans le mouvement ouvrier (à la différence de ses homologues allemands ou britanniques) s'est trouvé «compensé» par une très forte intellectualisation de ses débats internes. Son autre «handicap» est d'être depuis le début du XXème siècle un parti d'élus, qui a bientôt pris le relais du moribond Parti radical, et bien des postures seront dictées dans le parti par les intérêts électoraux de tels ou tels barons locaux. Cette solide implantation locale constitue par ailleurs souvent un repli électoral fort confortable incitant de nombreux élus socialistes à la paresse politique (qu'on est bien au chaud chez soi en attendant des jours meilleurs au niveau national !). La SFIO avait été surnommée dans les années 1960 «syndicat des agents communaux» . En bref, beaucoup de responsables socialistes se contentent depuis leurs Hôtels de ville, d'agglomération, de département ou de région, de suivre l'air du temps, de sucer la roue de la pensée unique, bien loin des déclarations lénifiantes et inopérantes sur «l'intelligence des territoires» ou sur cet espace essentiel d'expérimentation politique que serait la direction des collectivités locales.

C'est bel et bien ce mauvais penchant quasi naturel d'un parti d'élus qui nous pend au nez une nouvelle fois (sans compter que les modifications statutaires adoptées le 14 juin dernier ont instauré un nouveau «conseil national des territoires», comme si les grands élus de province ne squattaient déjà pas suffisamment les différentes instances du PS au point de les scléroser) : les victoires des élections municipales et cantonales de mars 2008, assises sur le discrédit de la politique de la droite gouvernementale depuis 6 ans, ont apporté toute une nouvelle série de petits ou grands élus dont bien peu auront le recul nécessaire pour ne pas se laisser aller au confort de ce que François Hollande a baptisé la «cohabitation territoriale». Pire, une partie du discours national durant les campagnes électorales du printemps a été structurée sur un véritable marché de dupes : «votez pour des collectivités de gauche, elles vous protégerons des méfaits de la politique de Sarkozy !» ?!? Qui ne voit qu'un tel discours est la genèse de désillusions énormes chez nos électeurs (qui n'ont déjà pas une confiance à toute épreuve dans notre parti) alors que les collectivités n'ont ni les moyens ni les compétences pour s'opposer, ralentir ou empêcher les graves régressions induites par la politique de droite menée depuis 2002, et notamment la déconstruction systématique des solidarités collectives ?

Force est de constater qu'en conséquence logique le Parti socialiste, comme a pu le dire Jean-Christophe Cambadélis, n'a pas abordé le chemin vers son congrès par le bon bout : il ne me viendrait pas à l'idée de dénoncer la multiplicité des contributions générales (après tout 21 contributions - 19 si l'on retire celles de pure forme du prétendu « pôle écologique » du PS ou de la fédération de Meurthe-et-Moselle - ce n'est pas tellement plus que les 18 contributions générales déposées en 2005 pour la préparation du congrès du Mans…) si elles représentaient un véritable effort de réflexion politique et pédagogique en direction des militants et de nos concitoyens. Or, il est assez effroyable de lire la médiocrité qui s'étale dans les colonnes du numéro spécial de L'Hebdo des Socialistes que chaque adhérent a reçu au début du mois de juillet ; beaucoup de discours de la méthode, peu d'innovation, certains dépositaires tentant de compenser leur manque d'imagination par la longueur de leur texte (s'ils font de belles et longues phrases, c'est qu'ils doivent bien être intelligents, dame !), d'autres prenant le contre-pieds de ce à quoi ils nous avaient habitués les congrès précédents, réduisant leur texte au maximum quand certaines de leurs idées auraient mérité un approfondissement…

Pourtant, la nécessité de faire face…

Bref à lire L'Hebdo spécial, on en viendrait presque à donner raison aux journalistes qui ne voient dans cette première phase du congrès qu'une longue montée des marches du festival de Cannes des socialistes et la mise en scène des ego avant leur affrontement. En tout cas, la qualité des différentes contributions générales ne m'apparaît pas être à la hauteur de ce qui me semble être les 5 enjeux majeurs du prochain congrès du Parti socialiste :

  1. l'accumulation des défaites consécutives lors des élections nationales - présidentielles de 1995, 2002 et 2007, législatives de 2002 et 2007 - face à l'illusion de victoires électorales locales ou intermédiaires - cantonales, régionales et européennes de 2004, municipales et cantonales de 2008 ;

  2. la personnalisation accélérée du débat politique, médiatique et institutionnel ;

  3. la panne de la construction européenne et la crise collective de la sociale-démocratie européenne qui vient d'essuyer 13 défaites consécutives lors des 15 derniers scrutins nationaux ;

  4. les 4 crises majeures auxquelles fait face la planète (financière, climatique, alimentaire, énergétique) et qui interrogent notre modèle de développement et la pertinence des « solutions » néo-libérales doivent trouver des réponses dans la gauche française et pour cela le Parti socialiste doit se doter d'un véritable programme de travail ;

  5. la gauche française est anémiée et émiettée, elle doit se rassembler sur un projet et un objectif pour apporter une alternative aux Français ; pour mener à bien cette ambition le Parti socialiste doit consolider son identité politique et ses procédures démocratiques.

[...]

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5 août 2008 2 05 /08 /août /2008 08:52
Charlie Hebdo : la vérité des faits contre la folie des opinions
Par Edwy Plenel  - 3 août 2008 - Mediapart.fr

C’est la folie de l’été, et cela ne présage rien de bon. De tribunes en points de vue, de pétitions en excommunications, de réquisitoires en plaidoyers, l’affaire Charlie Hebdo semble devenue la discorde majeure du moment. Il y a deux semaines, Mediapart avait tenté de sauver un peu de rationalité pour, à la fois, rendre intelligible cette histoire, la remettre à sa juste place et enrayer le déchaînement des passions. L’article s’intitulait L’affaire «Charlie Hebdo» ou la caricature de l’époque et, depuis, c’est peu dire que de constater combien la réalité a dépassé nos craintes. Le licenciement du dessinateur et chroniqueur Siné par Philippe Val, directeur de l’hebdomadaire, au motif d’une phrase publiée sur la soif de réussite de Jean Sarkozy, appuyée par l’évocation de son éventuelle conversion au judaïsme pour épouser sa fiancée, héritière des fondateurs de la chaîne Darty, a désormais échappé à ses premiers protagonistes – l’équipe de Charlie Hebdo. C’est devenue l’Affaire du moment, très parisienne et fort violente, devant laquelle chacun est sommé de choisir son camp, sans qu’on lui donne les moyens de s’informer avant de se prononcer.

Ce retournement a vraiment commencé avec un point de vue de Bernard-Henri Lévy, publié dans Le Monde le 21 juillet, 3 jours après notre propre article. Selon une stratégie offensive rodée depuis l’irruption sauvage des «Nouveaux philosophes» à la fin des années 1970, BHL sonnait la charge sans nuances ni précautions, assimilant le dessinateur à «l’antisémitisme le plus rance» dans un propos qui frappait large, dénonçant comme ses complices «l’islamo-gauchisme» en général et le philosophe Alain Badiou en particulier. Le titre de l’article en suggérait clairement l’enjeu politique : «De quoi Siné est-il le nom ?» est un décalque de l’intitulé de l’essai consacré, fin 2007, par Badiou à la critique du sarkozysme, De quoi Sarkozy est-il le nom ? (Lignes, 2007). 4 jours plus tard, le 25 juillet, dans un unanimisme inhabituel, c’était au tour du Figaro et de Libération de prendre le relais.

Dans les colonnes du quotidien de droite, l’éditorialiste Alexandre Adler, après avoir affirmé que Siné présente «les juifs comme les maîtres de l’argent et de la société française», appelait solennellement nos concitoyens à faire de cette affaire «un test en grandeur réelle de la santé de notre corps politique» en manifestant, «au-delà des clivages politiques traditionnels», l’«horreur» et le «mépris» qu’elle leur inspire. Auparavant, il s’était interrogé sur «la haine antisarkozyste» en ces termes : «Un homme, Nicolas Sarkozy, proclame, sans cesse, qu’il est une opportunité pour une France qui peut se secouer de la rancœur petite-bourgeoise de la corporation et de l’éloge de la paresse, et voici que les antisémites, comme un essaim de mouches, s’en prennent à sa personne, ou, le cas échéant, à celle de son fils».

Pour finir, Adler comparait Philippe Val, pour sa «trempe», au Zola de l’affaire Dreyfus – le célèbre «J’accuse», paru dans L’Aurore – et décernait aux «pétitionnaires semi-trotskistes en faveur de l’éternel stalinien Siné» un brevet de déshonneur : ils ont, selon lui, «la bassesse de Drumont, de Maurras ou de Bernanos», façon de les renvoyer à l’extrême droite en associant pêle-mêle Edouard Drumont (1844-1917), l’auteur de La France juive, Charles Maurras (1868-1952), le fondateur de l’Action Française, et Georges Bernanos (1888-1948), qui rompit avec celle-ci, soutint les Républicains espagnols et refusa la Collaboration pétainiste, mais continua, après-guerre, de se dire antisémite. Le même jour, Laurent Joffrin, directeur de Libération, quotidien classé à gauche, choisissait, pour dénoncer Siné et ses soutiens, les mêmes références que l’éditorialiste du Figaro, à une exception près : Bernanos était remplacé par Robert Brasillach, écrivain collaborateur fusillé à la Libération.

Sans les citer précisément – ce que ne faisaient pas plus BHL et Adler –, Joffrin rendait son verdict : «On dit que les écrits de Siné ne sont pas antisémites ? Quelle blague ! Le polémiste lourdingue associe dans la même phrase le juif, l’argent et le pouvoir, en expliquant que l’alliance avec le premier vous donnera les deux autres… Si ce cliché n’est pas antisémite, alors les écrits de Drumont, de Maurras, et de Brasillach, ne le sont pas non plus». Dès la première phrase, le directeur de Libération avait désigné la cible de son courroux, au-delà du caricaturiste lui-même : «Les bataillons quelque peu cacochymes de l’extrême gauche “antisioniste”». La suite de l’article se voulait une réflexion opposant ce condamnable «antisémitisme de gauche» à la critique légitime de l’islamisme, et débouchait elle-même sur un dérapage, dont nous reparlerons : «Attaquer une religion n’est pas attaquer une race. […] On choisit sa religion, on ne choisit pas sa race. […] Le fait d’être juif n’est pas un choix». Sur le site du quotidien, le mot race a, depuis, été remplacé par celui de communauté, pour la première occurrence, et par celui d’origine pour la seconde – Joffrin ayant juste admis que «l'apparition du mot race dans un texte antiraciste n'est pas heureuse».

Une gauche contre une autre

Quelques jours plus tard, éditorialistes et commentateurs étaient rejoints par des voix plus officielles. Le 28 juillet, la ministre de la culture et de la communication, Christine Albanel, faisait savoir son soutien à Philippe Val, assurant dans un communiqué que «le dessin et les propos de Siné renvoient à des clichés et caricatures d’un autre temps que l’on aimerait voir disparaître à jamais», sans que l’on comprenne à quel dessin elle faisait allusion puisque la polémique a pour seul point de départ quelques lignes écrites d’une chronique manuscrite. Le même jour, le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) assurait de sa solidarité le directeur de Charlie Hebdo «dont la décision fait l’objet d’une véritable campagne de haine». Le lendemain, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), dont le président, Patrick Gaubert, ancien membre du cabinet de Charles Pasqua au ministère de l’intérieur (1993-1995), est, depuis 2004, député UMP au Parlement européen, annonçait son intention de poursuivre en justice Siné, qualifiant ses propos de «poncifs de l’antisémitisme le plus éhonté».

2 jours plus tard, le 31 juillet, une spectaculaire tribune du Monde élargissait de façon significative le cercle des défenseurs de Philippe Val et des procureurs de Siné. Elle élargissait aussi l’objet même du procès, campant le dessinateur en récidiviste «des propos homophobes, antisémites et racistes» avec le rappel d’autres dérapages verbaux ou écrits de Siné, l’un en 1982 sur les ondes de la radio Carbone 14 – «Je suis antisémite et je n’ai plus peur de l’avouer» –, l’autre de 1997 à propos de la GayPride – «Les gousses et les fiottes qui clament à tue-tête leur fierté d’en être me hérissent un peu les poils du cul» –, le 3ème de 1997 également, à propos des harkis – «Traîtres à leur patrie, ils ne méritent que le mépris !» En réalité, écrivent les 20 pétitionnaires, c’est «ce qu’a écrit et dit Siné depuis 30 ans» qui est en cause et «le seul tort de Philippe Val aura été de supporter ce qui, en réalité, n’était plus supportable depuis longtemps».

L’originalité de ce texte est qu’outre les BHL et Adler précédemment cités, ses 18 autres signataires représentent la gauche dans sa diversité plurielle, d’appartenances ou d’itinéraires, à l’exception de l’extrême. Le PS est représenté par le maire de Paris, Bertrand Delanoë, et par le sénateur Robert Badinter ; le PCF par Jean-Claude Gayssot, vice-président de la région Languedoc-Roussillon et, surtout, auteur de la loi de 1990 qui tend à réprimer «tout propos raciste, antisémite ou xénophobe» ; les Verts par la sénatrice Dominique Voynet. De plus, les relais ou soutiens sociétaux de la gauche de gouvernement y sont incarnés par SOS-racisme, via son président, Dominique Sopo, et par des intellectuels connus pour leurs fidélités à cette famille – la metteur en scène Ariane Mnouchkine, l’historienne Elisabeth Roudinesco, les écrivains Hélène Cixous et Fred Vargas. Enfin, les signatures emblématiques d’Elie Wiesel, prix Nobel de la paix, et Claude Lanzmann, auteur du film Shoah, ajoutent au poids de ce texte.

Voici donc où nous en sommes, stupéfaits ou perdus, égarés ou divisés, en tout cas passés en un mois d’une étincelle à un incendie : des quelques lignes de Siné sur Sarkozy fils parues le 2 juillet à un aussi vaste que violent règlement de compte au sein de la gauche, d’une gauche contre une autre, acharnée à traquer – sous les masques divers de l’antisionisme, de l’anticapitalisme, de l’anticonformisme, de la provocation et de la caricature, du gauchisme ou du trotskysme – un «antisémitisme de gauche», danger à ce point immédiat que le directeur du Nouvel Observateur, Jean Daniel, s’en est emparé dans son dernier éditorial, pour à la fois le relativiser et le condamner. Au-delà des convictions de chacun sur l’affaire elle-même et sans négliger aucunement l’enjeu symbolique de l’antisémitisme, on peut douter que la gauche socialiste, déjà bien atteinte par ses divisions et ses impuissances, aura gagné à la mise au centre de ses préoccupations de cette polémique, alors même que le pays est toujours en panne d’une opposition digne de ce nom à la politique concrète du pouvoir sarkozyste.

D’autant moins que ce tsunami parti d’une vaguelette est une machine à produire de la confusion. Il semble avoir tout emporté sur son passage, tout ce qui pourrait rendre intelligible cette histoire : le respect des faits, l’exercice de la raison, la compréhension des contextes, la mise en perspective, la précision et la rigueur. C’est ce que l’on voudrait ici démontrer en s’essayant au décryptage. Car, dans ce déluge de tribunes accusatrices, on se sait plus ce qu’a écrit exactement Siné, ni pourquoi ni comment est né le conflit avec Val. Ainsi, on écrit qu’à travers ce dernier, il faut soutenir Charlie Hebdo, mais on ne dit pas que, dans le dernier numéro de l’hebdomadaire, paru le 30 juillet, son fondateur, Cavanna, et son rédacteur en chef adjoint, le dessinateur Charb, n’épousent pas le parti pris du directeur.

Un journal se réduit-il à son directeur ?

Le premier, Cavanna, écrit : «L’affaire se réduit à cela : une plaisanterie, certes dangereuse mais occasionnelle de Siné, une erreur d’appréciation de Val. Une gaminerie, une bouffée de panique. Pas de quoi fouetter un chat». Et, comble du paradoxe, Cavanna d’inviter Siné le licencié à revenir – mais comment puisque Philippe Val exclut ce scénario ? – plutôt que de jouer les martyrs «d’un malentendu monté en mayonnaise». Quant à Charb, il écrit ceci, qui paraît à mille lieues de ce qu’on a lu plus haut : «Tous les protagonistes de cette histoire ont dû sérieusement merder (moi aussi) à un moment donné pour que le débat, qui s’est élargi à toute la France, tourne autour de l’antisémitisme de Siné. L’est-il, ne l’est-il pas ? A Charlie, personne n’a eu à répondre à cette question et personne n’a dit que Siné était antisémite (y compris ceux qui ne peuvent pas blairer ses chroniques), parce que ça n’a jamais été le sujet du débat. Aurait-on travaillé durant seize ans avec un antisémite ? Moi, non. Une phrase – la phrase, désormais – dans une chronique pouvait être mal interprétée par des gens de bonne foi (quelques uns) et instrumentalisée contre Charlie par des gens de mauvaise foi (plus nombreux). […] Le débat en interne à Charlie était : la phrase de Siné pouvait-elle paraître ambiguë à certains ? C’est tout. Il s’agissait de lever une ambiguïté, pas d’accrocher le panneau « antisémite » autour du cou de Siné.»

Ces citations nous rappellent utilement les particularités de la scène sur laquelle se joue ce petit théâtre de la cruauté : un journal. Un journal, c’est-à-dire le lieu par excellence de la liberté d’expression, d’information et d’opinion – de son libre exercice, de son pluralisme préservé et, surtout, de son élaboration collective. Un journal qui, par conséquent, en tant que collectif rédactionnel, ne saurait se réduire à son seul directeur. Charb y insiste : Siné est depuis le premier jour de l’aventure du second Charlie Hebdo. Et il n’aurait pas travaillé durant 16 ans à côté d’un antisémite. Les dérapages opportunément exhumés par les détracteurs du caricaturiste étaient aussi publics que connus dans l’équipe, sans que jusque là on y trouve à redire. Loin de nier les plus spectaculaires d’entre eux, notamment cette désastreuse tirade antisémite de 1982, nocturne, alcoolisée et radiophonique, pour laquelle il sera condamné sur instance de la Licra, Siné s’en est soit excusé soit expliqué. De plus, rien dans ses engagements publics ne permet de l’assimiler à la récurrente mouvance rouge-brune, spectaculairement incarnée par la dérive de Dieudonné, passé de l’antifascisme militant au lepénisme criant. Enfin son ultime chronique, non publiée, pour Charlie Hebdo tout comme ses droits de réponse à Libération montrent qu’il rejette par avance les solidarités nauséabondes que pourraient lui valoir les résonances douteuses de sa phrase initiale, point de départ du conflit.

Un journal, donc, mais surtout un journal satirique, outrancier, provocateur, choquant, blasphématoire, etc. Au-delà du cas spécifique de Siné, dont le trait de dessinateur est plus généreux, voire tendre, que ne sont ses paroles ou ses écrits, on peut – c’est mon cas – ne guère supporter les registres misogyne, homophobe, antireligieux, xénophobes, racistes, etc., sur lesquels surfent, peu ou prou, avec plus ou moins de talent, plus ou moins de légèreté, les humoristes et caricaturistes de nos gauloiseries hexagonales – écrites, mais aussi radiophoniques, télévisuelles ou théâtreuses. Mais, sauf à céder à une police de l’humour et de la caricature, qui imposerait sa bienséance bornée et son conformisme bêta aux insolents, aux malséants et aux mal-pensants, tout authentique défenseur des libertés démocratiques doit ici raisonner comme le libéral Tocqueville, au mi-temps du XIXe siècle, à propos de la jeune et excessive presse américaine : «Il n’y a pas de milieu entre la servitude et la licence de la presse… Pour recueillir les biens inestimables qu’assure la liberté de la presse, il faut savoir se soumettre aux maux inévitables qu’elle fait naître». Cela signifie-t-il, pour autant, qu’il n’y a jamais de limites, ni lois, ni règles ? Evidemment, non. Mais elles font droit – comme l’a justement rappelé le procès gagné par Charlie Hebdo dans l’affaire des caricatures de Mahomet dont l’une d’elles assimilait indistinctement les musulmans à la violence – à des circonstances atténuantes, à des excuses de contexte, à des nuances d’expression.

Même à cette aune, celle non pas de nos avis subjectifs mais de la jurisprudence objective, il n’est aucunement certain que, dans ce cas d’espèce, Siné serait condamné. Ce n’est pas, en tout cas, l’avis, sur son blog, d’un magistrat qui a longtemps requis, comme procureur parisien, sur des délits de presse, Philippe Bilger, ni d’un confrère plutôt pondéré du Nouvel Observateur, François Reynaert. Car il faut bien en revenir au corps du délit, aujourd’hui noyé sous les attendus, idéologiques ou historiques. Les détracteurs de Siné soit oublient de le citer, se contentant de le résumer par l’association scandaleuse des mots «juifs» et «argent» – ce qui est leur interprétation et non sa citation –, soit sortent leurs vieux dossiers à la manière d’un casier judiciaire – ce qui témoigne d’une vision vengeresse plutôt que d’un examen serein. La phrase exacte de la chronique de Siné qui est au cœur de la polémique est celle-ci : «[Jean Sarkozy] vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit.» On devine, et nous l’avons écrit, ce que peut suggérer de façon subliminale cette association de la conversion au judaïsme, de l’envie de réussir et du mariage avec une héritière. Mais la justice peut-elle condamner le subliminal, qui renvoie aux mauvaises pensées ou aux idées malfaisantes des lecteurs, quand, en vérité, elle est saisie de l’explicite ? Et quand l’auteur assure qu’il aurait écrit la même chose s’il s’agissait de la conversion du même jeune homme pressé à n'importe quelle autre religion ?

La Licra et le précédent de «Libération»

Surtout, que dire alors des phrases suivantes, publiée une semaine avant la chronique de Siné dans le quotidien Libération ? Il s’agit d’un article de Christophe Ayad et Antoine Guiral, intitulé «Sarkozy comme chez lui en Israël» et paru le 23 juin. Après une évocation des liens familiaux de Nicolas Sarkozy, catholique non pratiquant, avec le judaïsme, on y lit ceci : «Patrick Gaubert, président de la Licra et ami de Nicolas Sarkozy, assure n’avoir jamais parlé de ces questions avec lui. “Nous partions parfois en vacances ensemble avec une bande de copains juifs, mais ne parlions jamais de religion.” Il remarque qu’aujourd’hui, le fils de Nicolas Sarkozy, Jean, vient de se fiancer avec une juive, héritière des fondateurs de Darty, et envisagerait de se convertir au judaïsme pour l’épouser. “Dans cette famille, on se souvient finalement d’où l’on vient”, s’amuse-t-il.» Nous sommes donc devant ce paradoxe que la probable source d’inspiration de Siné n’est autre que cette propagation par le président de la Licra, qui pourtant entend maintenant le poursuivre en justice, d’une information qui est présentée aujourd’hui comme une rumeur et que le caricaturiste s’est contenté de reprendre sans pratiquement y ajouter un mot, sauf ce commentaire : «Il fera du chemin dans la vie, ce petit».

On doit à Delfeil de Ton, chroniqueur au Nouvel Observateur, figure du premier Charlie Hebdo et ardent défenseur de Siné, le premier rappel de ce chassé-croisé qui ajoute à la folie de cette histoire. On lui doit aussi, plus récemment, une mise au point sur un réquisitoire contre le «propalestinien» Siné du défunt Pierre Desproges, brusquement convoqué comme témoin à charge, dont il apparaît qu’il s’agissait d’un des procès pour rire de la vieille émission de France Inter, «Les flagrants délires», parodie de la justice expéditive des flagrants délits. «On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui», avait coutume de dire Desproges soulignant ainsi que la disqualification de l’outrance langagière en dérapage douteux dépend du contexte, de l’émetteur comme du récepteur, de ce qui accompagne et contredit, etc., bref de tout ce qui constitue, s’agissant d’un journal, une identité éditoriale. Il est, après tout, permis d’avoir toutes sortes de raisons de conviction, d’opinion ou d’idéologie pour vouer aux gémonies Siné. Mais un minimum d’honnêteté intellectuelle devrait faire admettre qu’en le jugeant, on juge forcément ce qu’il représente : la liberté de caricaturer, donc la liberté elle-même car, s’il n’est pas de liberté sans limites, il n’en est pas non plus sans excès – ce qu’a fort bien rappelé, dans Le Monde, l’écrivain Jean-Marie Laclavetine.

Impossible dès lors d’ignorer ce fait que nombre de dessinateurs, qui souvent n’ont rien de gauchistes altermondialistes, soutiennent leur confrère, de Plantu à Tardi, en passant par Wiaz, Geluck, Pétillon, Got, Willem, Faujour, Tignous, Thouron, etc. De même que les quelques 9000 signataires de la pétition en faveur du caricaturiste comprennent nombre de figures dont l’engagement contre le racisme et l’antisémitisme n’est guère discutable. Mais, hélas, dans l'un de ces emballements irrationnels qui – je pourrais en témoigner – n’ont pas toujours servi l’honneur de la presse, le temps des plaidoiries semble déjà dépassé et le verdict déjà rendu par les procureurs eux-mêmes. «On a tout fait à l’intérieur de Charlie pour qu’il n’y ait pas de procès, or à l’extérieur, Siné est condamné pour antisémitisme sans même avoir été jugé», confiait ainsi Charb à l’AFP le 1er août, confirmant au passage ce que Mediapart avait indiqué, à savoir que le déclencheur de la crise était la menace d’un procès du fils du président de la République.

C’est cette démesure que l’on voudrait interroger, pour finir. Non seulement, comme nous avons tenté de le démontrer, elle est indifférente aux vérités de fait, leur préférant les folies d’opinion, mais, de plus, elle laisse parfois entrevoir, comme des lapsus, une vision de l’humanité fort éloignée de l’universalisme dont elle se réclame. Il n’est tout de même pas indifférent qu’au début du XXIe siècle, le directeur supposément éduqué et cultivé d’un quotidien respectable puisse écrire au fil de la plume, c’est-à-dire comme il le pense spontanément : 1. que l’on ne choisit pas sa race, 2. que l’on ne choisit pas d’être juif. Ce n’est pas seulement ignorer le b.a.ba, fort bien rappelé sur Mediapart par Thomas Heams, à savoir que les races n’existent pas et qu’évidemment, il n’y a pas de race juive, mais c’est aussi ne rien comprendre ni ne rien connaître de l’histoire juive elle-même, de la religion et des cultures qui y sont associées, de leur diversité et de leur complexité.

Fixités identitaires et dénonciations aveugles

Renvoyant tel un miroir le lieu commun du racisme, l’énoncé catégorique de cette fixité identitaire est à rebours de tous les acquis d’une culture progressiste ouverte au monde et aux autres. Dès lors, la chasse à l’antisémite subliminal, potentiel ou imaginaire, masque une régression vers l’identitaire, le clos, le fermé, l’immuable, l'enraciné. C’est la diabolique ruse de cette folle histoire : la dénonciation d’un antisémitisme ancien, que revitaliserait l’ombre portée du conflit israélo-palestinien, rend aveugle à l’émergence d’un nouveau racisme, aussi banalisé que théorisé, qui voit dans le brassage, le mélange et le métissage, le symbole même de la perdition et de la dégradation d’identités fantasmées, qu’elles soient nationales ou communautaires. Un racisme dont, évidemment, non seulement l’immigration contemporaine, maghrébine ou africaine, mais tout simplement les Français issus de notre empire colonial et de ses confettis résiduels, sont les premières victimes, dans l’ordinaire de notre indifférence collective.

L’antisémitisme ne sera jamais une affaire classée, tant sa longue généalogie appelle une durable vigilance, tant la mémoire du génocide doit continuer de nous alerter sur le possible surgissement de la barbarie au cœur de la civilisation. Et il n’est pas niable que ses relents émergent parfois aux recoins de solidarités ignares ou grossières avec la cause palestinienne. Mais il n’est pas niable non plus que la fixation exacerbée sur le seul antisémitisme, au risque de l’aveuglement sur d’autres racismes, sert des dispositifs qui, loin d’apaiser les passions, les attisent au service d’une cause qui recouvre les théories les moins raisonnables des néo-conservateurs américains et des faucons israéliens. Dès lors, la peur devient la seule conseillère d’une fuite en avant dans le conflit, la guerre, l’abîme.

Dans sa récente réponse aux attaques dont il est l’objet, Alain Badiou a fort clairement démonté cette mécanique. La criminalisation répétée, sous l’accusation infamante d’antisémitisme, des défenseurs estimables et respectables de la cause palestinienne – cause dont la diplomatie mondiale s’accorde à dire qu’elle a le droit pour elle mais lui en refuse toujours la réalité – fait partie de cette stratégie qui n’est rien moins qu’une politique du pire. Le sociologue Edgar Morin en a été honteusement victime et s’en est expliqué dans un essai, Le monde moderne et la question juive (Seuil, 2006). Tout comme le philosophe Daniel Bensaïd qui a consacré à l’antisémitisme et à l’antisionisme tout un chapitre de son récent livre fort péguyste de réponse à Bernard-Henri Lévy, Un nouveau théologien B.-H. Lévy (Lignes, 2007). Tous 2 sont juifs, de culture, d’histoire, de famille, et en connaissent l’ancestral prix de persécutions, mais ils se refusent à en faire une clôture ou une crispation identitaires. Tous 2, évidemment, ont signé la pétition de soutien à Siné.


URL source:http://www.mediapart.fr/journal/france/030808/charlie-hebdo-la-verite-des-faits-contre-
la-folie-des-opinions

Liens:
[1]
http://www.mediapart.fr/club/blog/edwy-plenel
[2] http://www.mediapart.fr/journal/france/180708/l-affaire-charlie-hebdo-ou-la-caricature-de-l-epoque
[3] http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/07/21/de-quoi-sine-est-il-le-nom-par-bernard-henri-levy
_1075542_0.html

[4] http://www.editions-lignes.com/public/livre.php?motsClefs=9782355260032
[5] http://www.lefigaro.fr/debats/2008/07/24/01005-20080724ARTFIG00612-l-antisemitisme-ciment-du-vertige
-identitaire-.php

[6] http://www.liberation.fr/rebonds/341125.FR.php
[7] http://www.liberation.fr/rebonds/341552.FR.php
[8] http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/07/31/pour-philippe-val-charlie-hebdo-et-quelques-principes_
1079062_3232.html

[9] http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/opinions/editos/20080730.OBS5270/un_antisemitisme_de_
gauche_.html

[10] http://tempsreel.nouvelobs.com/galeries_photos/medias/medias__pouvoirs/20080723.OBS4227/la_
chronique_non_publiee_dans_charlie.html

[11] http://www.liberation.fr/rebonds/342208.FR.php
[12] http://www.philippebilger.com/blog/2008/07/siné-monde.html
[13] http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/medias/medias__pouvoirs/20080722.OBS3939/
sine_asko_et_moi.html

[14] http://www.liberation.fr/actualite/monde/334081.FR.php
[15] http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/opinions/commentaires/20080728.OBS4999/
comment_fonctionne_la_calomnie.html

[16] http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/medias/medias__pouvoirs/20080801.OBS5593/
revelations_sur_sine_et_desproges.html

[17] http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/07/31/nous-avons-besoin-des-outrances-de-sine-
par-jean-marie-laclavetine_1079061_0.html

[18] http://soutiensine.blogspot.com/
[19] http://www.mediapart.fr/club/blog/thomas-heams/220708/usages-raciaux-de-la-genetique-importante-
declaration

[20] http://www.liberation.fr/rebonds/342553.FR.php
[21] http://www.ehess.fr/centres/cetsah/CV/morin.html
[22] http://www.editions-lignes.com/public/livre.php?motsClefs=daniel_bensaid_un_nouveau_theologien_
bernard_henri_levy_bhl

[23] http://www.soutenir-sine.org/petition/
[24] http://www.mediapart.fr/club/blog/corcuff

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1 août 2008 5 01 /08 /août /2008 14:49

Siné : Filoche répond aux vingt politiques et intellectuels qui soutiennent Val

NOUVELOBS.COM | 01.08.2008 | 15:25

Sous le titre "O combien je soutiens mon pote Siné contre les 20 que vous êtes !", le socialiste Gérard Filoche s'en prend au texte notamment signé par Bertrand Delanoë, Robert Badinter, Elie Wiesel ou encore BHL, qui prend la défense du directeur de la publication de Charlie Hebdo.

Siné

Siné

Dans un texte rendu public vendredi 1er août, le socialiste Gérard Filoche prend la défense du chroniqueur Siné et dénonce le soutien apporté par vingt politiques et intellectuels au directeur de la publication de Charlie Hebdo, Philippe Val. Siné a été accusé d'avoir tenu dans Charlie Hebdo des propos antisémites liés aux projets de conversion au judaïsme et de mariage de Jean Sarkozy avec la fille du fondateur des magasins Darty, pour lesquels il a été renvoyé de l'hebdomadaire.
Voici le texte de Gérard Filoche:

"O combien je soutiens mon pote Siné contre les 20 que vous êtes ! Et combien je suis offusqué que certains signataires ci-dessus se joignent aux bien-pensants ampoulés et ridicules, à l’ordre officiel de Madame Albanel pour soutenir celui qui n'a commis d'autre "crime" récent que de s'en prendre au fils Sarkozy… Car qu'est ce qui décide ces 20 signataires à faire le procès de la carrière entière d'un dessinateur aujourd'hui âgé de 80 ans célèbre depuis ses caricatures et prises de position lors de la guerre d'Algérie, le manifeste des 121, et son immortel dessin où il montre des soutanes devant un crucifié se moquant d'un pauvre hère devant son totem ? Ce n’était pas seulement des "fulgurances", il en fallait du courage !… Siné est un combattant depuis les années 60 de toutes les causes démocratiques, antiracistes et, d'ailleurs, ne l'avez-vous pas côtoyé aux nombreux dîners des parrains de SOS-Racisme auxquels il participait, c'est là que je l'ai rencontré avec vous tous, en 1988, lorsqu’il y serrait la main de François Mitterrand, et les vôtres ? Qu'est ce qui vous prend de faire un autodafé à partir de citations tronquées, tirées de leur contexte, de sa vie, de son œuvre entière ? Vous l’excommuniez? C’est un grand honneur que vous lui faites ! Où a-t-on vu cela, vous vous prenez pour Jdanov? Comme l’a fait la ministre de la culture du père de Jean Sarkozy qui veut voir "disparaître à jamais" (un autodafé, vous amenez le briquet?) Siné, sa vie, son œuvre?

Tous, absolument tous les juristes répètent qu'il n'y a pas d'antisémitisme dans le texte incriminé de Siné, juridiquement ça n’est pas plaidable, ce n'est qu'une reprise d'une info exprimée déjà dans Libération le 23 juin par un ami de Jean Sarkozy, membre de la Licra, en termes similaires...

Vous parlez peu de l’objet précis et récent de l’affaire, ce que vous en citez est tronqué malhonnêtement, et vous étendez surtout la question "aux dérapages" de toute la vie d’un homme, en l’occurrence d’un artiste, en extrayant des excès qui vous ont semblé contestable en lui -d’un point de vue universel suprême, celui de votre absolue autorité.

Rien ne vous donne ce droit d’exécuter ainsi quelqu’un. Personne ne vous a demandé de vous mettre à 20 pour juger le bon ou le mauvais goût des caricatures de Siné, c'est son droit, sa liberté, son œuvre, et s'il est apprécié depuis plus de 50 ans, lui, ami de Prévert, de Léonor Fini ou de Malcolm X, il y a sûrement une raison à ses centaines de milliers d'admirateurs... Toute licence en art! Même pour les dessinateurs de chat, bouffeurs de curés et provocateurs! Même pour Plantu que vous exécutez au passage en donneur de leçons suprêmes que vous êtes…

Vous vous mettez en 20 pour faire la police de la pensée officielle, et estimez que cela fait des décennies que Siné aurait dû être réduit au silence? Bouh, ça fait froid dans le dos! Toute l'équipe de Hara-Kiri, Charlie Hebdo première mouture, (avant que Val ne s'en empare), est censurée épurée, réduite au silence, en un même coup, par vos propos: soit 80 % des caricaturistes célèbres dans ce pays depuis 40 ans. Votre logique, c'est d'interdire une seconde fois "Bal tragique à Colombey", ça se faisait à l’époque, après que les Yvon Bourges aient interdit "La Religieuse" de Jacques Rivette. Vous voulez, vous aussi, liquider quelque chose de mai 68 en vous en prenant à Siné et en donnant raison à Val?

Parce que vous croyez que Val a une constance dans son engagement ? Qu’il est "démocrate, défenseur et garant des principes" de Charlie Hebdo et de sa rédaction? Voulez-vous qu’on joue au même jeu des citations le concernant? Ce serait aussi facile, cruel mais dégradant. Ou comment Val a tiré profit de Charlie, et comment il traite le droit de ses salariés dans le journal sur lequel il a mis la main, comment il vient de "licencier" un prétendu "droit d’auteur" qui était plus ancien que lui à la fondation ? La rédaction de Charlie qui a votre "entier soutien", ce sont aussi Charb et Cavanna défendant Siné contre toute votre accusation: "Je n’aurais pas travaillé 16 ans aux côtés d’un antisémite", "Siné n’est pas antisémite" écrivent-ils!

Comme Willem, Delfeil de Ton, Carali, Barbe, Geluck, Malingrey, Pichon, Pétillon, Got, Faujour, Picha, Tignous, Thouron, Tardi, Wiaz... qui le soutiennent. Alors pourquoi est-ce Siné qui est viré, vilipendé, lynché et comment pouvez-vous donner votre "entier soutien" à ce Val-là?"

Gérard Filoche

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1 août 2008 5 01 /08 /août /2008 09:35
Pour Philippe Val, Charlie Hebdo et quelques principes
LE MONDE | 31.07.08 | 14h00  •  Mis à jour le 31.07.08 | 16h23

e Siné, nous voudrions rappeler quelques fulgurances passées, que ni ses menaces, ni ses rodomontades, ni son agitation médiatique ne parviendront à effacer. En 1982, quelques jours après l'attentat de la rue des Rosiers, Siné déclarait sur les ondes de la radio Carbone 14 : "Je suis antisémite et je n'ai plus peur de l'avouer, je vais faire dorénavant des croix gammées sur tous les murs... je veux que chaque juif vive dans la peur, sauf s'il est propalestinien. Qu'ils meurent !"
Le 2 juillet 1997, Siné écrivait à propos de la GayPride : "Loin d'être un empêcheur d'enculer en rond, je dois avouer que les gousses et les fiottes qui clament à tue-tête leur fierté d'en être me hérissent un peu les poils du cul... Libé nous révèle leurs chanteuses favorites : Madonna, Sheila et Dalida... On ne peut que tirer la chasse devant un tel goût de chiottes probablement dû au fait que c'est l'un de leur lieu de plaisir préféré."
Le 8 octobre 1997, Siné écrivait à propos de la communauté harkie : "Traîtres à leur patrie, ils ne méritent que le mépris !... Quant aux enfants de ces harkis, les pauvres, ils n'ont guère le choix ! Soit 1) ils en sont fiers ou 2) ils en ont honte. Dans le premier cas, qu'ils crèvent ! Dans le second, qu'ils patientent jusqu'à ce qu'ils deviennent orphelins !"
Le 2 juillet 2008, enfin, il y eut cette fameuse phrase sur la prétendue conversion de Jean Sarkozy au judaïsme afin d'épouser "sa fiancée juive", cela étant supposé lui permettre de "faire du chemin dans la vie".
Las de ces dérapages, Philippe Val et sa rédaction ont condamné ces propos, comme ils avaient condamné les précédents, et ont réclamé à leur auteur des excuses. Celui-ci s'y est refusé et le voilà, au terme d'un invraisemblable retournement de situation, métamorphosé en martyr d'une liberté d'expression qui, si les mots ont un sens, consisterait donc à pouvoir librement tenir des propos homophobes, antisémites et racistes.
Certains ont pétitionné et pris position en faveur d'un homme qui n'en est pas à son coup d'essai en matière de dérapage. Une partie de la presse, en particulier sur Internet, a préféré imaginer que ce sont de sombres complots qui ont conduit à l'éviction de Siné. Entre autres outrances, nous avons été attristés de voir Plantu dans L'Express se distinguer en croquant Philippe Val en nazi. Pourquoi ne pas admettre l'évidence - à savoir qu'une fois de trop, Siné venait de franchir la barrière qui sépare l'humour de l'insulte et la caricature de la haine ?
Pour notre part, nous ne pouvons supporter de voir le démocrate, le défenseur et le garant des principes traité comme s'il était l'agresseur et le coupable. C'est pourquoi nous entendons apporter notre entier soutien à Philippe Val et à la rédaction de Charlie Hebdo pour la constance de leur engagement contre le racisme, l'antisémitisme et toutes les formes de discrimination. Lorsque la raison aura repris ses droits, quand on acceptera de lire et entendre, vraiment lire et entendre, ce qu'a écrit et dit Siné depuis 30 ans, alors chacun pourra constater que le seul tort de Philippe Val aura été de ne plus supporter ce qui, en réalité, n'était plus supportable depuis longtemps.

Alexandre Adler (historien) ;
Elisabeth Badinter (philosophe) ;
Robert Badinter (sénateur) ;
Pascal Bruckner (écrivain et philosophe) ;
Hélène Cixous ;
Bertrand Delanoë (maire de Paris) ;
Jean-Claude Gayssot (vice-président de la région Languedoc-Roussillon) ;
Blandine Kriegel (philosophe) ;
Claude Lanzmann (cinéaste) ;
Daniel Leconte ;
Pierre Lescure (directeur du Théâtre Marigny) ;
Bernard-Henri Lévy ;
Daniel Mesguich (directeur du Conservatoire national supérieur d'art dramatique) ;
Ariane Mnouchkine (metteur en scène) ;
Elisabeth Roudinesco (historienne) ;
Joann Sfar (dessinateur) ;
Dominique Sopo (président de SOS-racisme) ;
Fred Vargas (écrivain) ;
Dominique Voynet (sénatrice) ;
Elie Wiesel (Prix Nobel de la paix).

Article paru dans l'édition du 01.08.08

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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 09:13

Israël : Ehoud Olmert démissionnera en septembre

NOUVELOBS.COM | 31.07.2008 | 09:16
Mis en cause dans une affaire de corruption et malmené dans les sondages, le Premier ministre israélien a annoncé qu'il ne se présentera pas à la primaire de son parti, Kadima, le 17 septembre et qu'il "libérera son poste" immédiatement après. Tzipi Livni et Shaul Mofaz sont les mieux placés pour lui succéder.

Ehud Olmert

Ehud Olmert - (c) Reuters

Eclaboussé par des accusations de corruption, le Premier ministre israélien Ehoud Olmert a annoncé, mercredi 30 juillet, qu'il quitterait son poste après la désignation de son successeur à la tête du parti Kadima prévue le 17 septembre.
"J'ai décidé de ne pas participer aux primaires au sein du mouvement Kadima et de ne pas intervenir dans ces élections", a déclaré Ehoud Olmert depuis sa résidence officielle à Jérusalem.
"Lorsque le nouveau président [de Kadima] sera choisi, je démissionnerai du poste de Premier ministre pour lui permettre de former efficacement et rapidement un gouvernement", a-t-il ajouté.
Le parti centriste Kadima avait annoncé la veille qu'il organiserait le 17 septembre une consultation interne pour choisir un nouveau chef de file. En l'absence de vainqueur, un 2nd tour devrait être organisé une semaine plus tard.

Primaires anticipées
Ehoud Olmert a accepté le principe d'un renouvellement anticipé de la direction de sa formation dans le cadre d'un accord conclu avec le Parti travailliste, qui menaçait de se retirer de la coalition gouvernementale.
L'ancien maire de Jérusalem, soupçonné de corruption dans plusieurs affaires, avait toujours affirmé jusqu'à lors qu'il ne démissionnerait que s'il était officiellement inculpé.
Ehoud Olmert est principalement visé par 2 enquêtes. Il est accusé d'une part d'avoir reçu plus de 150 000 dollars de pots-de-vin en une 15ne d'années de la part de l'homme d'affaires juif américain Boris Talansky, et d'autre part d'avoir bénéficié d'un système de double facturation lors de voyages à l'étranger.
"Je vais démissionner comme il convient de façon honorable et responsable, et ensuite je prouverai mon innocence", a-t-il dit mercredi.

Livni et Mofaz favoris
Plusieurs personnalités du gouvernement, dont la ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni, avaient appelé à plusieurs reprises à sa démission.
"Il est impossible de continuer comme ça. Nous devons réparer les dégâts, avant tout à l'intérieur du parti, et ce processus exige qu'il y ait un autre Premier ministre", avait déclaré mardi Tzipi Livni, qui brigue la succession d'Ehoud Olmert à la tête de Kadima.
3 autres ministres du parti sont sur les rangs, dont l'ancien chef d'état-major de Tsahal et actuel ministre des Transports, Shaul Mofaz.
Mofaz a déclaré qu'Ehoud Olmert avait pris "la bonne décision" et que son parti avait maintenant "la grande responsabilité de choisir le prochain Premier ministre".
Le vainqueur du vote de septembre serait tenu de former un nouveau gouvernement d'ici novembre, disait-on mardi de source informée, avec pour tâche principale de dégager une coalition au sein d'une Knesset divisée.

Elections anticipées ?
Des analystes politiques suggèrent cependant que les difficultés au sein du parti au pouvoir pourraient entraîner la convocation d'élections anticipées.
Selon les sondages récents, le Likoud de Benjamin Netanyahu serait le mieux placé pour remporter un scrutin anticipé.
Tzipi Livni a participé à la fondation de Kadima avec Ehoud Olmert, et lui en conteste la direction depuis qu'il a été mis en cause par une commission indépendante, il y a 1 an, sur la direction de la guerre contre le Hezbollah libanais pendant l'été 2006.
La responsable de la diplomatie israélienne, qui négocie actuellement un accord de paix avec l'Autorité palestinienne dans le cadre des pourparlers relancés sous l'égide des Etats-Unis, se trouvait à Washington mercredi.
Elle y a rencontré la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice, puis a participé à une réunion tripartite avec Rice et le négociateur palestinien Ahmed Koreï, ancien Premier ministre.

L'accord de paix toujours à l'ordre du jour
La Maison Blanche dit toujours espérer amener les 2 parties à un accord d'ici le départ du pouvoir de George Bush, en janvier 2009, mais la démission d'Ehoud Olmert pourrait mettre un sérieux coup d'arrêt au processus.
"Nous continuerons à oeuvrer en faveur d'un accord avant la fin de l'année", a réagi Gordon Johndroe, porte-parole de la Maison Blanche.
"Nous avons décidé de poursuivre la recherche d'un accord avant la fin de l'année", a dit en écho le négociateur palestinien Saeb Erekat.
De son côté, le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a souligné qu'il s'agissait d'une "affaire interne à Israël".
"L'Autorité palestinienne traite avec le Premier ministre d'Israël, que ce soit Olmert ou quelqu'un d'autre", a dit le porte-parole d'Abbas, Nabil Abou Rdainah. "La préoccupation de l'Autorité palestinienne est d'avoir un Premier ministre israélien résolu à faire la paix."
George W. Bush, qui s'est entretenu avec Ehoud Olmert avant l'annonce de sa démission, lui a rendu hommage.
"Le président Bush lui a souhaité bonne chance et continuera à travailler étroitement avec lui tant qu'il restera Premier ministre", a dit son porte-parole.
"Les relations entre les Etats-Unis et Israël pendant le mandat (...) d'Olmert ont été exceptionnellement bonnes et le président a apprécié son amitié, son esprit d'initiative et son travail en faveur de la paix." (Avec Reuters)

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29 juillet 2008 2 29 /07 /juillet /2008 13:35

Et si la Wallonie devenait française ?

Ophélie Wallaert (lefigaro.fr) avec La Voix du Nord et Le Soir - 29/07/2008 | Mise à jour : 14:19
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Une manifestation du parti RWF qui milite pour le rattachement de la Wallonie à la France, en septembre 2007.Une manifestation du parti RWF qui milite pour le rattachement de la Wallonie à la France, en septembre 2007. Crédits photo : AFP

Ce scénario, purement fictionnel, remporte l'adhésion d'une majorité des Wallons et de 60% des Français selon un sondage Ipsos.

Devenir Français et dire adieu à Albert II ? Apparemment cette idée n'est plus taboue chez notre voisin belge. Ainsi, 49% des Wallons se disent désormais favorables au rattachement avec la France, selon un sondage «transfrontalier» réalisé par Ipsos et publié mardi Le Soir, côté belge et La Voix du Nord, côté français. Plus que le chiffre, c'est l'évolution rapide des mentalités qui interpelle. 6 mois auparavant, ils n'étaient que 29% à trouver ce scénario séduisant. Un bémol : 45% des Wallons se déclarent «plutôt pas» ou «pas du tout» favorables à l'union franco-wallonne.

Surprenant également, 60% des Français semblent prêts à accueillir de nouveaux compatriotes après rattachement de la Wallonie à l'hexagone. Une «divine surprise après des décennies de mépris hexagonal», écrit ainsi Luc Delfosse, rédacteur en chef adjoint du Soir dans son éditorial daté de mardi.

La crise politique à rallonge que vit la Belgique semble donc avoir laissé des traces dans les esprits. A la question «la Belgique va-t-elle disparaître ?», 23% des Wallons répondent par l'affirmative alors qu'ils n'étaient que 16% en octobre 2007. A la même date, 78% des Wallons ne croyaient pas à la disparition du royaume, ils ne sont plus que 59% en juillet 2008.

Une idée de pure fiction mais de plus en plus évoquée

Alors que l'éclatement de la Belgique semblait impensable pour les Wallons il y a encore un an, ils semblent donc désormais accorder leurs violons avec ceux des Flamands. Ces derniers, qui représentent 60% de la population, ont déjà manifesté leur attrait pour un tel scénario. En octobre 2007, deux Flamands sur trois jugeaient ainsi la scission inéluctable, selon un sondage publié par Le Soir.

Purement fictionnelle, l'implosion de la Belgique hante de plus en plus les esprits. Le scénario avait été mis en scène en décembre 2006 par la RTBF. Alors que tout le monde l'avait qualifié à l'époque de canular, la chaîne publique belge avait affirmé de son côté que son unique but était de provoquer le débat.

L'hypothèse d'une scission de la Belgique et/ou celle d'un mariage franco-wallon a depuis fait du chemin. En témoigne ainsi la publication régulière de ce type de sondages dans la presse belge. Sur internet aussi,l'idée fait un tabac.En septembre 2007, un plaisantin avait par exemple diffusé une annonce sur le site de vente aux enchères eBay pour mettre en vente...la Belgique, qualifiée de «un royaume en 3 parties». Le vendeur déconseillait un achat en un seul bloc. Plus sérieusement, quand on fait une recherche par mots clés à partir du moteur Google, on peut avoir accès à des dizaines de forums et sites Internet évoquant la question. Parmi eux figure notamment le site du parti politique francophone belge RWF (Rassemblement Wallonie France) qui milite pour le «réunionnisme».

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29 juillet 2008 2 29 /07 /juillet /2008 13:03
Rétrolecture 1965
"Pour Marx", par Nicolas Weill
LE MONDE | 29.07.08 | 13h22  •  Mis à jour le 29.07.08 | 13h22 - édition datée du 30 juillet 2008

ès qu'on évoque aujourd'hui une oeuvre qui touche de près ou de loin à la sphère du marxisme, on croit de bon ton de préciser aussitôt qu'il s'agit d'un "continent disparu" dont l'exploration n'aurait qu'un intérêt archéologique. C'est passer un peu vite sur la vitalité nouvelle qu'a acquise, au cours des quinze dernières années, la philosophie inspirée par Marx et Engels. De nombreuses tentatives d'actualisation et de réévaluation ont transformé cette jachère en un domaine singulièrement actif. Une telle réappropriation aurait-elle été possible sans le rafraîchissement du marxisme par la philosophie opéré plusieurs décennies plus tôt grâce à l'austère travail de Louis Althusser (1918-1990), dont Pour Marx, en 1965, sera la spectaculaire révélation ?


La couverture du livre Bien sûr, la vie de ce professeur de philosophie à l'Ecole normale supérieure (il fut longtemps le "caïman", le répétiteur des candidats à l'agrégation de philosophie), dont la fin est marquée par le meurtre de sa femme Hélène Rytmann, en 1980, est traversée par une conjoncture historique et politique particulière. Pour lui, la Théorie (avec un grand "T", entendez : marxiste) devait d'ailleurs servir à en infléchir le cours. La redécouverte de Marx (mais aussi du dramaturge italien Bertolazzi mis en scène par Strehler) qu'Althusser propose dans ce recueil d'articles, pour l'essentiel publiés de 1960 à 1965 dans les revues du Parti communiste - notamment La Pensée -, ne saurait être dissociée des débats du temps. En puisant dans l'autorité de Marx, Althusser et son groupe d'"althussériens" (Etienne Balibar, Alain Badiou, Jacques Rancière, etc.) s'efforçaient de ménager, à l'intérieur même du PCF, un "efficace" à la philosophie. Autrement dit, ils croyaient en leur capacité d'agir sur la réalité des "rapports de production" par l'intervention intellectuelle et militante.

D'où l'importance accordée dans ces pages non seulement à l'auteur du Capital mais aussi aux productions théoriques des grands acteurs du mouvement communiste, Lénine ou Mao (le Grand Timonier étant évoqué avec chaleur pour sa contribution de 1937 sur la "contradiction"). Ce début des années 1960 est encore une époque où la nature criminelle et policière des régimes qui se revendiquent du "socialisme réel", surtout chinois, demeure mal connue dans le détail et peu documentée. D'où certaines évocations qui, aujourd'hui, font tout de même grincer des dents : Staline crédité "paradoxalement" d'avoir mis fin au délire de la "science prolétarienne" d'un Lyssenko qui avait prétendu contester la génétique de la "science bourgeoise" ; Mao loué pour son absence de contamination hégélienne, etc.

Pourtant, la relecture du Marx historique s'inscrivait avant tout dans le projet de mettre à bas une orthodoxie. Celle qui, depuis Staline, avait figé la pensée du mouvement communiste et transformé le marxisme en constat mécanique d'un processus historique qui se faisait pour ainsi dire tout seul et que les instances dirigeantes du mouvement révolutionnaire étaient seules à pouvoir interpréter.

L'"HUMANISME", UNE "IDÉOLOGIE"

Le cours de l'histoire était déterminé en "dernière instance" par l'économie. La situation historique et culturelle ("la surdétermination"), que ce soit l'état de la Russie en 1917 ou de la France au sortir de la guerre d'Algérie, comptait pour rien. Contre cette confiance aveugle, le retour althussérien à Marx offrait discrètement des éléments de perspective critique. Même si Jacques Rancière, dans son texte de rupture La Leçon d'Althusser (Gallimard, 1974), accuse un maître coincé dans son élitisme universitaire d'être resté hermétique à ce que Mai 68 puis la révolte ouvrière de Lip avaient montré de capacité des masses à agir.

L'autre adversaire d'Althusser dans Pour Marx est l'"humanisme" - mot d'ordre alors en vogue parmi les intellectuels organiques du PC, qui visait à étendre l'influence des communistes à d'autres cercles, notamment à ceux des croyants. L'incarnation de cette tendance dominante est alors Roger Garaudy, qui, après son exclusion du PCF en 1970, retrouvera la foi chrétienne puis se convertira à l'islam.

Contre l'économisme/humanisme qui pervertit l'héritage de Marx, Althusser va développer grâce aux concepts forgés par le philosophe des sciences Gaston Bachelard sa thèse fameuse de la "coupure épistémologique". Il y aurait un Marx encore captif des notions de la philosophie et en particulier de l'idéalisme allemand, d'Hegel comme de son adversaire matérialiste, Feuerbach : le Marx des Manuscrits de 1844 et un Marx "scientifique", celui du Capital.

Le fauteur de l'orthodoxie dévoyée serait le Marx des philosophes ; le Marx du parti idéal serait celui qui aurait fini par se débarrasser d'Hegel. Quant à l'antihumanisme, il ne signifie ici que la reconnaissance de l'humanisme comme "idéologie". Une idéologie qui empêche de reconnaître que la notion de sujet n'est que l'interpellation des individus comme tels par les "appareils idéologiques d'Etat" au service du pouvoir.

Vu l'usage que feront du "retour du sujet" ceux qui, dans la décennie 1980, voudront mettre définitivement à bas le marxisme, cette critique de l'humanisme comme paravent illusoire de la domination bourgeoise visait effectivement un point sensible. De même, la dénonciation de la prétention d'une conception théorique à se geler en doctrine, dirigée contre le marxisme officiel d'alors, conserve toute sa pertinence, appliquée à une idéologie libérale qui prétend, sur un mode étrangement proche de la vulgate stalinienne d'hier, se confondre avec la nature des choses elle-même et évacuer toute alternative possible. En cela, un retour à Althusser pourrait se comprendre.

POUR MARX de Louis Althusser. La Découverte, 2005 (réédition), 273 p., 11 €.

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