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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 15:14
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7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 21:55

je_suis_Charlie.jpg

Aujourd'hui, à la mi-journée, en plein cœur de Paris, les locaux de Charlie Hebdo ont été victimes d'une attaque terroriste perpétrée à l'arme de guerre.

À l'heure qu'il est, le procureur de la République fait état de douze morts, des membres de la rédaction de l'hebdomadaire satirique et deux policiers morts dans l'exercice de leurs fonctions, et quatre blessés très graves. Le bilan peut encore s'alourdir.

En s'attaquant à Charlie, c'est la liberté d'expression, la liberté de la presse, la liberté de conscience, la République, qu'ont voulu assassiné les terroristes ! En visant Charlie, ce sont aussi des figures de la gauche intellectuelle, sociale, critique, atypique, un brin « libertaire » et « paillarde », que les assassins ont ciblé ; c'est une part de nous-mêmes qu'ils ont voulu tuer, car ils ont accompagné nombre d'entre nous dans notre adolescence et à l'âge adulte.

« Nous avons tué Charlie Hebdo » ont-ils hurlé… nous devons leur donner tort ; et nous devons, dans les jours, les semaines, les mois qui viennent, apporter notre soutien total pour que ce journal continue de vivre et de porter avec indépendance et irrévérence sa légendaire liberté de parole. Charlie Hebdo a été touché au cœur et va affronter, au-delà de la peine immense de ce jour, de longs moments difficiles.

Nous devons continuer à vivre, le peuple, la société française ne doit pas céder à la paranoïa et au repli, mais démontrer la force au quotidien de la République française et de ses valeurs démocratiques et sociales.

Je voudrais ici citer les mots très justes de notre camarade parlementaire valdoisien, Gérard Sebaoun : « La République ne doit jamais rien céder à la terreur d'où qu'elle vienne. Unis sur nos valeurs, nous allons faire face ensemble sans nous laisser déborder par la panique et les réactions irrationnelles, malgré la tristesse et la colère.
Le danger d'attentats est permanent, la France est exposée mais nous avons le devoir de continuer à vivre debout en hommes libres, en démocrates et en citoyens.
J'ajoute que notre vigilance ne doit pas céder un pouce de terrain à ceux qui tenteraient d'instrumentaliser ces assassinats pour nourrir l'islamophobie.
 »

L'attentat d'aujourd'hui ne doit évidemment pas effacer ou éteindre les débats qui nous animent, les questions qui sont posées au pays pour sortir de la crise qu'il traverse depuis trop longtemps.

Mais ce soir, nous sommes aux côtés de Cabu, de Charb, de Tignous, de Georges Wolinski, de Philippe Honoré et de Bernard Maris, dans le recueillement et la détermination ; nous pensons à leurs familles, leurs amis et leurs collègues, qui traversent une épreuve inimaginable. Ce soir, nous avons de la peine et nous sommes emplis d'émotion. Nous sommes avec tous les véritables républicains rassemblés sur les places de France pour refuser l'innommable, pour rejeter les amalgames et réaffirmer l'unité des citoyens français.

Face à la barbarie, nous devons faire front et démontrer aux ennemis de la Liberté que la France – qui a donné au monde tant de ses idéaux démocratiques – dans la réponse qu'elle leur opposera n'abandonnera pas son âme et ses valeurs républicaines. La France doit être et sera à la hauteur hauteur du message universaliste qu'elle porte.

C'est dans cet état d'esprit que nous participerons samedi après-midi à la marche silencieuse à laquelle appellent les partis de gauche français.

Vive la Liberté ! Vive la République !

pour Maintenant la Gauche Val-d'Oise,

Frédéric FARAVEL

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7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 13:46

nouveau-logo-psÀ quoi sert un parti politique ? Quelle peut être l'utilité d'un Parti socialiste ?

Aujourd'hui, la plupart des partis qui ont une visibilité dans l'opinion publique servent avant tout à sélectionner des candidats et à tenter de les faire élire. Les partis politiques sont donc avant tout des machines électorales. Ils le sont parfois indépendamment du discours porté et des projets soumis aux électeurs, c'est-à-dire que le projet politique qui soutient les candidatures est devenu secondaire, s'effaçant derrière des stratégies de communication, de triangulation, de clientélismes divers et variés, etc.

Il y a plusieurs raisons à cela : pour la gauche, la crise idéologique subie depuis plus de 30 ans par les gauches social-démocrates et communistes les ont laissé avec peu de ressources mobilisatrices pour leurs camps politiques et sociaux ; l'exercice de la décentralisation a fait émerger des élus locaux en grand nombre qui se sont habitués à gérer des collectivités locales, dont les marges de manœuvres financières sont réduites, leurs budgets n'ayant souvent pas vraiment plus de 5% de leur masse pour donner l'occasion de faire des choix qui distinguent une gestion de droite d'une gestion de gauche. Avec l'effacement idéologique, une partie des grands élus locaux ont même tenté de théoriser qu'un projet politique national pouvait être l'addition des « innovations » des « territoires », alors que la gauche avait vécu jusque là dans l'idée que l'exercice de son pouvoir dans les collectivités était une occasion d'expérimenter localement son projet global pour en démontrer l'utilité dans le but d'accéder au pouvoir national. Quel renversement ! Quelle défaite intellectuelle et idéologique !

La caricature a été atteinte au niveau national quand le think tank Terra Nova a publié en 2011 une note stratégique impliquant que les socialistes, par efficacité électorale, devaient abandonner les catégories populaires à leur condition sociale et s’en détourner électoralement. Le nouveau bloc majoritaire du PS, porteur de progrès, est composé selon Terra Nova par les diplômés, les jeunes, les minorités des quartiers populaires, les non-catholiques, les urbains. Ce nouveau sujet politique collectif est soudé principalement par des valeurs culturelles d’«ouverture» et de «tolérance». Pour élargir ce noyau électoral et l’emporter, cibler les classes populaires acquises aux valeurs conservatrices de la droite serait renier les valeurs culturelles de gauche. Le projet social était donc remplacer par un tableur excel à mille lieues de la tradition républicaine et socialiste.

L'atténuation des angles saillant des projets politiques a été (relativement) masqués dans les collectivités du fait même des limites du pouvoir local, mais à l'occasion de la déroute socialiste lors des élections municipales de mars 2014, et celles annoncées pour les élections départementales et régionales en 2015, c'est désormais l'appareil politique, la diversité de ses cadres et le maillage territorial du Parti Socialiste qui pourrait être durablement atteint. C'est là que nous atteignons ce que Laurent Bouvet – qui n'a pas toujours raison par ailleurs – décrit comme la « mort des deux corps du roi » : si sous la monarchie, c'est le corps spirituel (pour nous idéologique) qui était permanent passant d'un corps physique à un autre, dans la « république socialiste décentralisée » le décès ou l'effacement progressif du corps idéologique a précédé de près de 30 ans celui du corps physique (appareil, cadres politiques, maillage territorial). Le politiste conclut donc que le PS a vu mourir ses deux « corps » et ne donne donc plus très cher de la peau de ce qui reste de l'appareil politique de notre parti.

Éviter l'acte de décès du Parti Socialiste, suppose donc que l'on se repose un moment la question de la définition de son rôle dans la société, dans la République.

La représentation que se fait le socialisme français de lui-même veut qu'il soit issu ou du moins soit l'héritier du mouvement ouvrier, des idéologies critiques (mais constructives et dynamiques) du capitalisme et de la modernité économique et industrielle que sont les socialismes utopiques des penseurs français de la première moitié du XIXème siècle et le socialisme autoproclamé « scientifique » inventé par Karl Marx et Friedrich Engels. Le socialisme français, comme les travaillismes nordiques et anglo-saxons et les autres partis social-démocrates européens, ont toujours affirmé leur ambition de transformer la société, d'en extirper les causes des inégalités sociales, de créer les conditions durables de l'émancipation (donc l'épanouissement) collectif et individuel. Peu à peu, et assez rapidement à l'échelle historique, dans notre famille politique, s'est également imposé l'idée que seules la démocratie et l'éducation populaire étaient les outils politiques décents et durables pour atteindre ses objectifs, plutôt que la violence, la terreur et la contrainte politiques (attention, ces dernières n'ont pas grand chose à voir avec le concept de « dictature du prolétariat » de Marx et Engels, mais sont l'interprétation – sous forte influence nihilo-populiste – qu'en donna Lénine et ce déjà bien avant la deuxième révolution russe).

Ce rappel historique et philosophique est nécessaire pour établir que dans un parti socialiste démocratique conséquent le projet de société, le projet historique, la vision, l'orientation politique précède très largement l'outil démocratique et électoral qui doit participer à sa réalisation/concrétisation.

Dans ces conditions, si le PS veut éviter sa propre mort, il doit impérativement travailler – et cela peut prendre du temps – à résoudre et dépasser la crise idéologique qui a atteint le socialisme démocratique sous les effets conjugués de la révolution néo-libérale des années 1970 et de l'effondrement du bloc soviétique. Le rôle d'un parti socialiste démocratique, la tâche qu'il confie à ses militants, n'est donc pas en priorité de sélectionner et de faire élire des candidats – cela arrive dans un second temps et on a vu que l'absence durable de cohérence politique finissait par coûter cher électoralement – mais de définir une vision et orientation politiques qui établissent une analyse de la société et les perspectives de transformation sociale. Cette tâche ne sera par ailleurs possible que si nous sommes ancrés dans la société. Pour citer Michel Rocard, qui paraphrasait Karl Marx en conclusion de sa contribution aux états généraux du PS : « Camarades, c'est bien de vouloir changer le monde. Mais vous n'y arriverez que si vous commencez, comme je l'ai fait, à travailler comme des forcenés à longueur de vie pour comprendre comment il marche… » Le rôle d'un militant socialiste et d'un parti socialiste n'est pas de « représenter de manière utile » nos concitoyens, ou de répondre à leurs attentes lorsqu'elles sont conçues comme l'addition d'intérêts individuels, mais de comprendre les ressorts profonds des fonctionnements économiques et sociaux pour trouver les moyens de les transformer et remettre la société sur la voie de l'égalité et de l'émancipation. Le rôle d'un militant et d'un parti socialistes, c'est de travailler à rassembler les citoyens pour chercher ensemble les moyens de concrétiser des objectifs qui nous dépassent. Léon Blum écrivait en 1919 dans une brochure de formation intitulée « pour être socialiste » et rebaptisée « de quoi est né le socialisme ? » : « Le socialisme est donc une morale et presque une religion, autant qu'une doctrine. » Il ajoutait l'année suivante le 27 décembre 1920 lors du congrès de Tours, qui solda la séparation entre socialistes et communistes une démonstration qui fixe une autre tâche essentielle d'un parti et d'un militant socialiste : « Si vous estimez que le but c’est la transformation, que c’est la transformation qui est la révolution, alors tout ce qui, même dans le cadre de la société bourgeoise, peut préparer cette transformation, devient travail révolutionnaire. Si là est la révolution, alors l’effort quotidien de propagande qu’accomplit le militant, c’est la révolution avançant un peu chaque jour. Tout ce qui est organisation et propagande socialiste, tout ce qui est extension à l’intérieur de la société capitaliste de ces organisations ouvrières de toutes sortes, […] tout cela est révolutionnaire. » Le rôle des socialistes est de se doter avec sérieux et ténacité d'un projet de société et de tenter de mobiliser la société pour permettre sa mise en œuvre, ce qui n'empêche à aucun moment de multiplier les allers-retours avec le peuple, de renforcer la démocratie participative, car en aucun cas le parti ne doit être une espèce d'avant-garde éclairée, coupée de la société. L'armée de militants professionnels préparés au renversement du pouvoir bourgeois n'a réussi qu'une seule fois en Russie et dans des circonstances exceptionnelles, et surtout on a vu les résultats qu'il en a résulté : ils sont d'ailleurs en grande partie responsables aujourd'hui de la crise politique des gauches internationales.

Se sentant mis en cause par des camarades qui leur reprochaient que le conseil national du PS du 13 décembre 2014 soit exclusivement consacré à des questions d'organisation et de fonctionnement sur la base d'un rapport un peu hors sol présenté par Christophe Borgel, les amis du Premier secrétaire répliquaient sur le mode léniniste que les questions d'organisation étaient des questions politiques ; ce n'est pas faux, sauf qu'ils oublient largement que les modes d'organisation d'une formation politique ne sont pas détachables de l'image que le Parti a de lui-même, des tâches idéologiques qu'il se fixe et donc de la précision ou de la confusion de son orientation politique. Lorsque Lénine – dès la fin du XIXème siècle – développe ses thèses pour donner une orientation totalitaire à la social-démocratie russe et européenne, les modes d'organisation du parti qu'il propose sont cohérents avec sa vision idéologique, ce qui lui vaudra d'être combattu tout autant en cohérence par Rosa Luxemburg, l'autre pôle mythologique de la radicalité socialiste de l'époque.

Pourquoi le rapport de Christophe Borgel présenté lors du CN du 13 décembre 2014 était-il « hors sol » ? parce qu'il traduit la confusion politique et idéologique de la direction actuelle du Parti socialiste… Ce n'est pas parce qu'il y aurait une mauvaise structuration du Parti que la société civile, les associations, les syndicats rechignent aujourd'hui à rencontrer les représentants du PS (quand ils n'ignorent tout simplement pas ses fédérations départementales) ; ce n'est pas parce que les modalités d'adhésion au PS seraient complexes (ce n'est vraiment pas le cas) que le parti connaît aujourd'hui une perte massive de ses adhérents (en tout cas à ce qu'en dit la presse, car le BNA n'a toujours pas fait le point sur l'état des fichiers, malgré les nombreux démentis estivaux et automnaux de la direction du parti) ; ce n'est pas parce que nous serions mal organisés sur twitter, que nous manquerions de pédagogie ou que nos infographies (ou celles du gouvernement) ne sont pas assez percutantes que l'exécutif et le PS sont désavoués par l'opinion publique : c'est l'effet de la politique économique gouvernementale, qui les éloigne de nous et qui est en contradiction avec nos engagements de campagne et nos valeurs. Pour retenir électeurs et militants socialistes, il n'y a pas besoin d'un « choc de simplification » bureaucratique et partisan, il faut pratiquer la gauche acoustique, et répondre à leurs attentes, respecter la cohérence entre nos engagements et nos actes au pouvoir.

Tant que les socialistes n'auront pas compris et intégré cette réalité cuisante, ils seront à la fois incapables de regagner une dynamique dans la société et de faire vivre correctement leur organisation partisane. Si nos propositions sont fondées sur une mauvaise analyse de la société, nous serons incapables de construire l'alliance de classe qui permettra à nouveau de l'emporter électoralement ; si nous ne redéfinissons pas les bases idéologiques qui sous-tendraient la reconquête de l'hégémonie culturelle, nous pourrons faire toutes les campagnes électorales que nous voudrons, nous ne regagnerons pas la confiance des catégories populaires, qui ont perdu la conscience de classe qui les caractérisaient des années 1920 à 1980. Si nous continuons d'utiliser les mots et les concepts des néo-libéraux, nous serons victimes de la triangulation que nous avons voulu mettre en œuvre, et les droites radicales et le Front National continuerons de prospérer chez les ouvriers et les employés (aux côtés de l'abstention), sur fond de mise en compétition des « opprimés », des « déclassés » contre les « assistés », avec un renforcement de l'ethnicisation de certains rapports sociaux et politiques propices à ce qu'on appelait autrefois la « lepénisation des esprits ». Si nous ne nous mettons pas au clair sur notre rapport au pouvoir, notre rapport à une démocratie toujours plus abîmée par les logiques de la Vème République, nous ne pourrons pas faire fonctionner correctement notre organisation politique qui ne sait plus où elle en est entre la démocratie proportionnelle héritée de son identité politique et la personnalisation croissante instillée dans nos statuts sous la pression du régime institutionnel actuel.

Un parti démocratique, socialiste et favorable à l'action parlementaire ne peut pas continuer à fonctionner avec la concentration des décisions entre les mains de quelques responsables tout puissant : la limitation des candidatures au poste de premier secrétaire réservée au seul premier signataire des deux motions arrivées en tête, l'élection du premier secrétaire au suffrage direct des militants (plutôt que par les délégués au congrès qui avait été la règle instituée au congrès du Bourget en 1993), la désignation des cadres et représentants à tous les niveaux du parti par les seuls mandataires des motions plutôt que par les assemblée générales de motions, l'intégration des premiers secrétaires fédéraux au conseil national et du tiers des secrétaires de section dans les conseils fédéraux sont autant de réformes statutaires héritées du référendum Jospin de l'automne 1995 qu'il faudrait aujourd'hui réinterroger car elles n'ont en rien été des avancées de la démocratie interne, elles n'ont en rien amélioré la capacité du parti à élaborer son orientation politique et à la diffuser parmi nos concitoyens.

Si donc la première tâche d'un parti socialiste démocratique est d'élaborer un projet de société, une orientation politique, en associant les militants à cette élaboration, alors il est indispensable de donner aux militants socialistes les outils intellectuels, critiques, les connaissances, nécessaires à leur intervention dans l'élaboration de l'orientation politique. C'est pourquoi le rôle de la formation dans le parti est vital. Pendant de trop nombreuses années, son action dans ce domaine s'est borné à donner des capacités gestionnaires à ses élus locaux et à apporter à ses cadres des compétences techniques pour conduire des campagnes électorales et organiser des réunions ; ce n'est pas inutile, mais il y a lieu de s'étonner qu'on forme nos cadres à conduire des campagnes électorales abstraction faite du projet politique qu'ils doivent porter, qu'on forme nos élus locaux sur la gestion des collectivités abstraction faite du rôle de celles-ci dans le projet de transformation social que devrait porter le PS.

Il est donc essentiel que la formation idéologique redevienne une priorité du parti ; pour être pertinente, celle-ci doit battre en brèche la pensée unique, sortir des sentiers battus trop souvent jalonnés des poncifs de l’idéologie néo-libérale, aiguiser l’esprit critique des militants, les éloigner de la « zone de confort » intellectuel dans lequel le parti s'est trop longtemps contenté de les cantonner pour éviter de faire naître trop de débats en son sein.



Les rapports problématiques du Parti Socialiste au pouvoir

Il ne s'agit évidemment pas ici de dire que tout ou partie des socialistes auraient des problèmes avec l'exercice du pouvoir. Ce type d'assertion fait partie des poncifs médiatiques, sous-tendus par une analyse néo-libérale de la plupart des groupes de presse, qui fourbissent un arsenal en illégitimité des socialistes au pouvoir qui auraient du mal à assumer la difficulté des responsabilités et à dépasser leur « sur-moi » marxiste.

Que ce soit aux responsabilités locales ou nationales, les socialistes n'ont évidemment aucune difficulté à assumer l'exercice du pouvoir. Et la première partie du quinquennat matignonesque de Lionel Jospin démontre que l'ensemble des socialistes est assez à l'aise avec l'exercice de l’État lorsque l'on met en œuvre les engagements de campagne.

Ici il sera question de s'interroger sur les difficultés rencontrées par le Parti Socialiste à exister et à être utile en tant qu'organisation politique lorsque les siens sont aux responsabilités. D'une certaine manière, on pourrait transposer la réflexion à tous les échelons de responsabilité (la section avec la municipalité, la fédération avec le conseil général, … la région et les EPCI non puisque le PS n'a jamais réussi à transposer efficacement ces niveaux d'organisation dans son organisation), mais nous nous contenterons ici d'évoquer le pouvoir national.

Quelle que soit la période d'exercice du pouvoir, le problème de l'utilité du PS est posé.

« Le PS fermé pour cause de gouvernement » après l'élection de François Mitterrand en 1981 ; l'édredon Hollande de 1997 à 2002… La différence de ces deux périodes avec les autres, c'est qu'au moins de 1981 à 1983, puis de 1997 à 2000, tout ou du moins une grande partie du programme électoral du parti avait été mis en œuvre comme annoncé aux électeurs. Après 1983 et après 2000, les choix gouvernementaux n'ont jamais été réellement débattus dans le parti : la « parenthèse » théorisée par Jospin en 1983, le cantonnement au rôle de porte-parole du gouvernement sans même préparer le mandat suivant avec François Hollande de 2000 à 2002.

Entre 1988 et 1993, la situation est différente, car le président de la République a été réélu sans véritable programme et sans que le Parti socialiste lui-même en ait réellement préparé un auparavant, s'en remettant déjà à l'aura présidentielle pour lui permettre de revenir au pouvoir en 1988 après une cohabitation au détriment du RPR et de l'UDF. Le Parti a connu dans ses conditions une période d'instabilité gravissime, sans boussole qui lui permette de tenir son organisation. Elle n'a pris fin qu'à l'automne 1995 avec le retour de Lionel Jospin au premier secrétariat et l'élaboration d'un nouveau programme électoral qui a conduit ce dernier à Matignon au printemps 1997.

De 2002 à 2009, le PS conduit par François Hollande n'a pas non plus tiré les enseignements des périodes précédentes et notre actuel président de la République n'a pas présidé à la tête du PS à l'effort d'élaboration nécessaire qui lui aurait permis de reprendre le pouvoir. La théorisation de « l'alternance » simple et de la « cohabitation territoriale » a servi de substitut indigent à toute stratégie et projet politiques.

De 2009 à 2011, après le remplacement dans des conditions difficiles de François Hollande par Martine Aubry, le Parti Socialiste a cependant repris un travail d'élaboration programmatique, pas à la même échelle qu'en 1996 et 1997, mais non négligeable ; le PS en 2011 avant les primaires citoyennes disposait d'un corpus très cohérent qui lui permettait d'aborder les élections présidentielles et législatives de 2012 dans de bien meilleures conditions qu'en 2002 et 2007. C'est François Hollande qui a été désigné par le biais des primaires citoyennes comme candidat socialiste à la présidentielle, sur la base d'un programme substantiellement différent de celui du parti, mais entre le discours du Bourget et les 60 engagements du candidats Hollande celui-ci a été clairement identifié par les électeurs, ce qui a permis au candidat d'arriver en tête du premier tour le 22 avril 2012, puis de l'emporter le 6 mai.

Pourtant, depuis juin 2012 et l'abandon de toute velléité de renégocier le TSCG, il apparaît nettement que les engagements du candidat tout du moins sur le plan économique et social ne sont pas mis en œuvre par le président et ses gouvernements.

Le Parti Socialiste se trouve donc plus que jamais pris au piège des institutions de la Vème République : un pouvoir législatif soumis à l'exécutif, doublé d'une déviation radicale de l'action gouvernementale par rapport aux engagements, sans que la direction du parti soit associée aux arbitrages au-delà des mises en scène habituelles. Le parti a été réduit sous la direction d'Harlem Désir a publié des communiqués de presse en contradiction totale avec l'orientation de la motion arrivée en tête au congrès de l'automne 2012, voire parfois en contradiction complète avec les déclarations de ses responsables quelques semaines plus tôt. Depuis son remplacement par Jean-Christophe Cambadélis en avril 2014, la direction du parti tente de se montrer plus incisive lorsque des ballons d'essais libéraux sont lancés dans la presse par différents ministres en exercices (seuils sociaux, indemnisation des chômeurs, etc.), mais à aucun moment cela n'a eu de conséquences sur l'action gouvernementale ou sur les groupes parlementaires socialistes. Car dans le même temps, la direction du PS continue d'exiger de ses responsables et des parlementaires un légitimisme sans faille menaçant d'exclure des parlementaires qui voteraient contre des dispositions gouvernementales. Le Parti Socialiste empêche donc lui-même, en renforçant la position de l'exécutif sur le législatif, les parlementaires de contester certains aspects de la politique gouvernementale dont il conteste par ailleurs également d'autres annonces, tout cela sans que qui que ce soit ne disposent plus de repères programmatiques, renforçant à l'occasion des états-généraux du PS la distorsion entre les discours et les actes.

C'est tout à la fois la conséquence jusqu'au-boutiste de la logique de la Vème République renforcé caricaturalement par le quinquennat et l'inversion du calendrier électoral en 2000, qui soumet finalement tous les pouvoirs et contre-pouvoirs aux errements du l'exécutif, mais aussi une pratique particulière du pouvoir de François Hollande, qui reprend d'une certaine manière à l’Élysée les modes de gouvernance qu'il avait employé à la tête du PS de 1997 à 2008 : maniant le flou et l’ambiguïté, personne ne sait à part le Président lui-même qu'elle est la direction qu'il va imprimer à son action quand il échange avec ses interlocuteurs.

 

L'un des enjeux du congrès qui vient sera de savoir comment le Parti Socialiste peut reprendre une position forte dans le débat sur la politique gouvernementale et de peser sur les choix pour les deux ans qui nous séparent de la prochaine élection présidentielle. C'est un nouveau rapport au pouvoir qui reste à créer, notamment en renforçant la coopération avec les groupes parlementaires tout en mettant fin au caporalisme qui y règne pour que les députés et les sénateurs socialistes puissent eux-mêmes à nouveau peser avec le parti sur les choix de l'exécutif.

Frédéric FARAVEL

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19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 10:35
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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 16:10

nouveau-logo-psLa direction sortante du PS nous a saisi, samedi 13 décembre 2014 après-midi [oui parce que Jean-Christrophe Cambadélis, qui avait décidé que les CN devaient durer toute la journée, a finalement jugé que la période ne valait pas plus qu'une après-midi] de propositions de réformes statutaires qui ne devraient pouvoir être tranchées que par le prochain congrès. Sur cette procédure, nous avions bien entendu que notre Premier secrétaire intérim avait déclaré à la radio que nos statuts n'avaient qu'une valeur indicative, mais jusqu'à preuve du contraire ils restent notre règle de vie collective.

Comme pour les états généraux du PS, bien qu'il y ait des propositions sympathiques dans le rapport présenté par le camarade Christophe Borgel, nous avons dans nos mains (même si la presse l'a eu avant les responsables socialistes) un texte qui navigue entre des passages d'une naïveté confondante et un sabir technocratique affligeant.

Il traduit parfois une méconnaissance surprenante et inquiétante de nos statuts, notamment concernant la manière d'adhérer à notre parti... ce qui est proposé reprend exactement ce qui devrait déjà être appliqué aujourd'hui.

Sur la formation, nous nous réjouissons de la remise à l'honneur de la formation idéologique - nécessaire dans un parti qui prétend associer ses militants à l'élaboration de son orientation politique -, cependant nous nous inscrivons en faux quant à la volonté affichée - et déjà présenté dans certaines fédérations et Unions régionales - de prédésigner hors de tout cadre démocratique de futurs candidats, qui auraient le droit d'accéder à ses formations au prétexte de la reconquête des territoires.

Nous nous associons au souhait d'améliorer la visibilité de l'intervention numérique du parti et des socialistes, mais à la seule condition que l'on ne caporalise pas l'expression des camarades.

Comme pour les états générauxn ce rapport dénote d'une contradiction grave entre les objectifs affichés et les pratiques réelles dans le parti, à tous les étages : nos instances de contrôle tant nationalement que dans les fédérations ne fonctionnent pas normalement. Nos instances de débat et décision - conseils et bureaux nationaux et fédéraux - sont la caricatures d'elles-mêmes, c'est-à-dire une succession d'interventions qui ne se répondent pas et dont personne ne tient compte en conclusion.

Si le parti n'est pas capable aujourd'hui d'entretenir un lien constructif et durable avec la "société civile", les associations, les syndicats, personne dans la direction ne s'interroge sur l'effet de la politique économique gouvernementale, qui les éloigne de nous et qui est en contradiction avec nos engagements de campagne et nos valeurs. Cela n'a rien à voir avec notre organisation interne.

Pour retenir électeurs et militants socialistes, il n'y a pas besoin d'un "choc de simplification" bureaucratique et partisan, il faut pratiquer la gauche accoustique, et répondre à leurs attentes, respecter la cohérence entre nos engagements et nos actes au pouvoir.

Une grande action de rénovation du Parti avait été conduite sous les auspices de Martine Aubry ; nos statuts ont été révisés à l'unanimité lors du dernier congrès à Toulouse. On peut pas dire aujourd'hui que l'application suive !

Lorsque la direction actuelle du PS saura faire respecter le fonctionnement normal de notre Parti, alors seulement il sera temps de regarder avec intérêts ces améliorations qu'elle juge nécessaires.

En l'état, le mieux étant l'ennemi du bien, il serait préférable de ne pas tirer de plan sur la comète à coups d'usines à gaz ; il serait préférable que la direction sortante se concentre sur le respect de nos règles actuelles.

C'est pourquoi dans ces conditions il n'était pas possible de voter pour ces propositions.

Frédéric FARAVEL

Rapport Borgel sur le fonctionnement du PS

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 13:24

israel-palestine-les-artisans-de-la-paix-1Ce matin, le Sénat a adopté à son tour une résolution demandant que la République Française reconnaisse l'Etat de Palestine à 153 contre 146 ; cette résolution était présentée conjointement par les groupes socialiste, communiste et écologiste (voir plus bas les vidéos sur les positions des différents groupes parlementaires), comme quoi il est encore des sujets où le rassemblement de la gauche n'est pas récusé. La gauche n'étant pas majoritaire seule au Sénat, il aura fallu que des parlementaires de droite rallient cette résolution, c'est une bonne chose car elle renforce la position traditionnelle de la France sur le conflit israélo-palestinien. L'opération de terrorisme intellectuelle de Nicolas Sarkozy aura fait long feu (voir plus bas le détail nominatif du vote).

C'est également un acte fort alors que Benyamin Netanyahu a obtenu de la Knesset qu'elle vote sa dissolution pour une élection le 17 mars prochain. Tous ceux qui ont un peu de jugeotte expliquent aujourd'hui ouvertement que Netanyahu est incapable de concevoir des négociations ; avec lui Israël n'aura donc ni paix ni sécurité, comme en témoigne l'escalade de la violence depuis plusieurs mois. La mort en Cisjordanie, dans une manifestation, du ministre palestinien en charge de la question des colonies, Ziad Abou Eïn, à la suite de heurts avec des soldats israéliens, marque encore un peu plus au fer rouge la dérive destructrice de la droite israélienne. Celle-ci est de plus en plus prisonnière de son extrême droite.

Il y a désormais urgence que la Présidence de la République et le gouvernement suivent pour une fois le vote des parlementaires et que François Hollande réalise ce qui l'une de ses promesses de campagne. Le Président est désormais au pied du mur.

Tout la question est savoir quelle peut être l'alternative. On aura compris que depuis plusieurs années le Parti Travailliste Aha'voda, à la dérive depuis l'assassinat de Yitzak Rabbin et surtout la trahison d'Ehud Barak et de Shimon Peres, a choisi de se tourner vers le centre plutôt que d'unifier le camp de la Paix ; il a dans le même mouvement échoué à offrir un débouché politique au mouvement israélien des Indignés, malgré l'engagement de Stav Shaffir, une de ses leaders, à ses côtés.

Aujourd'hui, le parti travailliste a choisi de faire alliance avec le parti Hatnuah de Tzipi Livni, ancienne ministre des affaires étrangères d'Ehud Olmert. La crédibilité et la qualité politique de l'attelage est sans propre à rassurer des politiciens professionnels. Mais il n'est pas sûr qu'elle soit suffisante pour retrouver une position politique centrale à l'issue des élections, alors que le Likud et le Hamas chacun avec leurs moyens se sont acharnés l'un comme l'autre à convaincre les citoyens israéliens que la paix étaient impossible.

Je vous renvoie à l'article que j'avais écrit précédemment sur le sujet.

Frédéric FARAVEL

détail du vote

Groupe Union pour un Mouvement Populaire (143)

Pour : 4 - M. Michel Bouvard, Mme Caroline Cayeux, MM. François Grosdidier, Jean-Pierre Vial
Contre : 124
Abstentions : 8 - MM. René Danesi, Michel Fontaine, Mme Joëlle Garriaud-Maylam, MM. Jacques Legendre, Jean-Baptiste Lemoyne, Philippe Marini, Alain Milon, Jean-Pierre Raffarin
N'ont pas pris part au vote : 7 - M. Gérard Larcher, Président du Sénat, MM. Alain Chatillon, Bernard Fournier, Alain Joyandet, Mmes Fabienne Keller, Élisabeth Lamure, M. Claude Malhuret

Groupe socialiste et apparentés (112)

Pour : 106
Abstentions : 2 - MM. Luc Carvounas, Simon Sutour
N'ont pas pris part au vote : 4 - Mme Nicole Bricq, MM. Gérard Collomb, Jean-Pierre Masseret
M. Jean-Marc Todeschini, membre du Gouvernement

Groupe Union des Démocrates et Indépendants - UC (42)

Pour : 7 - M. Michel Canevet, Mmes Nathalie Goulet, Sylvie Goy-Chavent, MM. Pierre Jarlier, Aymeri de Montesquiou, Christian Namy, Henri Tandonnet
Contre : 17
Abstentions : 9 - MM. Daniel Dubois, Vincent Dubois, Jean-Marc Gabouty, Mmes Françoise Gatel, Anne-Catherine Loisier, MM. Jean-François Longeot, Jean-Claude Luche, Mme Catherine Morin-Desailly, M. Yves Pozzo di Borgo
N'ont pas pris part au vote : 9 - Mme Annick Billon, M. Jean-Léonce Dupont, Mmes Jacqueline Gourault, Teura Iriti, M. Jean-Jacques Lasserre, Mme Valérie Létard, MM. Pierre Médevielle, Gérard Roche, Jean-Marie Vanlerenberghe

Groupe communiste républicain et citoyen (18)

Pour : 18

Groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen (13)

Pour : 8
Contre : 2 - MM. Gilbert Barbier, Philippe Esnol
Abstentions : 3 - MM. Joseph Castelli, François Fortassin, Jean-Claude Requier

Groupe écologiste (10)

Pour : 10

Sénateurs ne figurant sur la liste d'aucun groupe (9)

Contre : 3
Abstentions : 2 - Mme Mireille Jouve, M. Robert Navarro

 

N'ont pas pris part au vote : 4 - MM. Philippe Adnot, Jean Louis Masson, David Rachline, Stéphane Ravier


[Entretien] Proposition de résolution sur la... par Senat

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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 16:45

nouveau-logo-psHier soir, se tenait à Gonesse le conseil fédéral du PS Val-d'Oise. Nous avions le plaisir de recevoir en première partie de réunion Jean-Paul Huchon, Président du conseil régional d'Île-de-France, et Emmanuel Maurel, vice président, qui faisait là ses adieux socialistes à sa vice présidence pour se mettre en conformité, une fois le budget de la région votée, avec ses convictions sur le non cumul des mandats. Nous avons eu doublement du plaisir, puisque le président du conseil régional a réclamé plus d'équilibre dans la politique menée par le gouvernement, histoire de ne pas totalement désespérer les électeurs socialistes et permettre aux collectivités territoriales de conduire leurs missions. Il donnait d'autant plus de force à cette demande qu'il revendiquait un bilan de gauche à la tête de la région, un bilan d'actions acquis grâce à une majorité de gauche rassemblée dans toutes ses composantes. Comme quoi c'est possible.
Evidemment ce point de l'ordre du jour nous a conduit au-delà de 23 heures et j'ai dû rogner sur l'intervention que j'avais prévue ; je la restitue donc ci-dessous en intégralité.

Avant d'aborder les élections départementales, je souhaite faire quelques remarques sur la situation politique. Ce week-end avait lieu une élection législative partielle dans une circonscription il est vrai difficile, puisqu'il s'agissait de celle que François Baroin a abandonné pour rejoindre le Sénat. Mais cette partielle, comme les précédentes qui se sont accumulées depuis 2012, apporte des enseignements graves : le candidat socialiste, notre candidat recueillait 29% des suffrages en juin 2012, il n'en recueillait plus que 14,5% dimanche soir, il est éliminé, le second tour verra s'affronter à nouveau FN et UMP.

Election après élection, les résultats se confirment et il faudrait être aveugle pour ne pas voir que les mêmes causes produisent les mêmes effets : les électeurs socialistes votent avec les pieds.

J'ai bien lu que certains - le député PS du Val-d'Oise Dominique Lefebvre n'ayant rien trouvé de mieux dimanche soir que d'agresser publiquement sur twitter le Président du conseil général et ancien député de l'Essonne Jérôme Guedj - n'avaient aucune retenue et tentaient d'écarter la responsabilité collective des socialistes au pouvoir pour la rejeter toute entière sur les camarades qui proposent - oui proposent - un changement de politique économique.

Qui peut sérieusement penser que les électeurs socialistes de l'Aube auraient déterminé leur choix, leur désaveu sur autre chose que leur déception, leur désaccord avec une politique gouvernementale, qui ne porte pas de fruits, qui est même contre-productive en termes d'activité économique et d'emplois, une politique qui est en décalage pour rester poli avec nos engagements de campagne ? Ce désaveu a commencé dès les premiers mois du quinquennat, dès les premiers accrocs à nos engagements, avant même que les voix "dissidentes" se soient faites entendre. Il a été immédiat et brutal dès les premières partielles, mais la défaite serait donc à mettre à la charge de la gauche - au sens très large - du PS... La politique raconté aux télétubbies...

Voilà donc le climat politique qui va encadrer notre prochaine campagne, et pour revenir sur l'intervention de Jean-Paul Huchon, nous devons au minimum exiger du gouvernement que des signes forts soient donnés pour les électeurs puissent à nouveau considérer que voter PS, cela a un sens :

  • ne pas donner l'impression une nouvelle fois que l'on cède devant les exigences du MEDEF, car depuis le début du quinquennat seul ce camp social semble avoir l'oreille du gouvernement, quand les salariés encaissent tout à la fois la menace accrue du chômage, la dégradation de leurs conditions de travail et celle du pouvoir d'achat. C'est pourquoi je suis convaincu que le PS et les parlementaires de la majorité de gauche peuvent et surtout doivent rejeter le projet de loi  qui sera présenté mercredi - et qui une nouvelle fois ne fait que répondre aux vieilles lunes du patronat - sous peine de voir une nouvelle frange de notre électorat s'éloigner de nous ;
  • Nous devons également exiger de sortir de la logique folle qui fait supporter aux collectivités locales une baisse excessive des dépenses publiques, dont non seulement elles ne sont pas responsables du déficit et de la dette, et qui aujourd'hui les empêchent d'assumer correctement leur rôle auprès des habitants : le Département est censé agir pour les plus faibles, pour les familles, ses investissements remplissent les carnets de commandes des PME. Car les collectivités locales font 66% des investissements publics, baisser les dotations c'est donc affaiblir l'activité économique.
    Le budget n'est pas encore définitivement voté, incitons donc nos parlementaires à un sursaut pour nous donner les moyens d'agir de faire campagne dans des conditions à peu près normales.

J'en viens à la question des accords avec nos partenaires politiques : je le redis, et je l'ai fait plusieurs en conseil, en bureau fédéral, au sein de la commission électorale, nous n'aurons aucun accord ni départemental (le PCF et EELV n'en veulent pas c'est donc réglé) ni même local sans aborder les questions de fond, dont font partie la question du financement des collectivité locales et le périmètre du département du Val-d'Oise sur lequel planent les nombreux risques engendrés par la réforme territoriale. Je ne connais pas d'élu communiste ou écologiste qui accepterait de discuter avec nous pour un accord local, sans que ces questions soient traités dans la discussion et soient donc abordées durant la campagne.

Par contre, je le redis à nouveau il n'est pas non plus possible de tomber dans des marchés de dupes, que certains ont proposé : on ne fait pas d'accord départemental, on ne discute de rien, mais on ne présente pas de candidat ici contre vous, vous ne présenterez pas de candidats là. Un tel gentleman agreement serait fondé sur du sable, il évite toutes les questions qui nous exploseraient à la figure durant la campagne, il empêcherait de porter notre discours socialiste - pas gouvernemental, socialiste - sur un canton entier ! Croyez-vous sérieusement un seul instant qu'une telle combinazione amenérait les électeurs communistes à voter pour les candidats socialistes sur le canton où le PCF se serait effacé ? Croyez-vous un seul instant par ailleurs que cela vous protège d'une éventuelle candidature Front de Gauche sur ce même canton ?

Je suis contre tout montage bancal, certains membres de ses instances refusaient même l'idée de construire un ticket d'union dans un ou plusieurs cantons si c'était pour avoir des candidatures communistes opposées ailleurs dans le département ; a contrario, j'aurais là plutôt choisi l'efficacité politique qui nous aurait permis d'espérer un ou une conseiller(e) départemental(e). N'ayant pas eu de réponse claire à ce sujet je ne voterai pas pour donner la complète latitude à la direction fédérale pour boucler les négociations avec les partenaires.

Frédéric FARAVEL
mandataire fédéral de la motion 3
membre du bureau fédéral du PS95 

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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 16:25

J'intervenais le 24 novembre 2014 devant l'école de formation de Maintenant la Gauche sur "le socialisme français depuis le congrès d'Epinay. Quel avenir pour le PS ?"

Je vous conseille de regarder auparavant les vidéos et documents pédagogiques de la précédente séance, qui s'est tenue le 29 septembre 2014 : http://ecole-formation-maintenantlagauche.fr/histoire-du-socialisme/


"Le socialisme français depuis le congrès d... par FredMouflon
"Le socialisme français depuis le congrès d... par FredMouflon
"Le socialisme français depuis le congrès d... par FredMouflon

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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 14:44

LE MONDE | 03.12.2014 à 17h47 

Michel_Rocard.jpgLe Parti socialiste (PS) vit l’une des crises les plus profondes de sa longue histoire. Pourtant, quel paradoxe. Né du refus de la cruauté inhérente au capitalisme, ce parti s’est formé autour de la certitude longtemps affirmée, puis oubliée sans être pour autant démentie, que le capitalisme était caractérisé par une instabilité structurelle qui finirait par l’emporter. Or le capitalisme est toujours là.

Il a survécu à deux guerres mondiales et aux deux crises les plus gigantesques de son histoire (1929, 2006). Le capitalisme semble maintenant entré dans une période de convulsions, de drames, et de contradictions dont on ne voit guère comment il pourrait sortir.

C’est dans cette situation, que certains, y compris dans nos rangs, et faute d’avoir vu le PS de France porteur de solutions, veulent déclarer sa désuétude et programmer sa disparition. Ce serait pire qu’une folie, une faute et sans doute un geste suicidaire pour la France.

Les forces de progrès ont toujours besoin d’un emblème, d’un nom qui soit un signe de rassemblement. Dans cette période inquiétante où s’effondrent nos anciennes convictions et nos savoirs, la seule certitude qui demeure est que la somme des intérêts individuels qui constitue le marché est incapable de définir et de défendre l’intérêt général.

Certes, la liberté fut si menacée au XXsiècle qu’il ne faut transiger en rien sur sa priorité. Mais l’histoire a fait que le nom de la social-démocratie porte toujours la trace et l’honneur de ces combats. Et ce qui est menacé aujourd’hui est l’intérêt général. Il faut assurer leur compatibilité. Le nom du socialisme, s’il n’a plus guère de contenu concret, dit au moins cela, et ne dit même que cela.

La France n’est pas seule dans cette affaire, et il ne s’agit pas que de nous. Si le PS français est plus affaibli que d’autres, cela ne nous donne en rien le droit de les y entraîner. La disparition du sens de l’international est une des causes majeures de l’affaissement du PS français. Or à peu près tous les objectifs qu’il faut poursuivre maintenant sont internationaux, sinon mondiaux : réguler la finance, endiguer l’effet de serre, réconcilier chrétiens et musulmans, assurer la transition énergétique, recommencer la construction européenne, établir avec le milliard de Chinois ces rapports d’amitié dans la société civile qui dépassent le commerce comme la diplomatie. Préservons une affiliation qui peut nous y aider, notre nom compris.

Jaurès n’a pas quitté les mémoires

C’est le militantisme qu’il faut réinventer, le recréer moins électoral, plus social, territorial, environnemental et international. Nous ne le ferons pas seuls. La terre des ONG est en friche pour nous. Il n’y a aucune raison de les y laisser seules. L’affiliation internationale est ici la clé.

Dans un monde où tous les repères se diluent, les traditions prennent un poids croissant. En crise intellectuelle, la tradition socialiste au moins ne s’est pas déshonorée. Elle demeure, Jaurès n’a pas quitté les mémoires. Et puis, regardez les conservateurs de France : ils changent de nom tous les cinq ou dix ans, et ne savent même plus raconter leur histoire. Quant à l’espoir de recréer de l’émotion et du rassemblement autour d’une tradition, il est hors de portée pour eux.

L’un des drames les plus profonds de la période est la disparition du temps long. Depuis que l’écran a remplacé l’écrit, tout ce qui est complexe comme tout ce qui se situe et se comprend dans la longue durée a disparu de nos façons de réfléchir. C’est un suicide de civilisation. Les médias le leur demandant, les politiques d’aujourd’hui jouent à l’instantané (effet d’annonce…), ce qui est stupide et inefficace, et contribue à tuer leur beau métier qui consiste à planter des cèdres – des institutions, des procédures, des règles – en évitant de tirer dessus pour qu’ils poussent plus vite.

Si le consensus se fait sur la vision, il vaudra aussi pour la méthode : c’est progressivement que se mettront en place les éléments de la nouvelle société, dans l’énergie, le temps, la culture puis l’art de vivre. La machine devra continuer à marcher tout au long, ses cruautés et ses injustices ne s’effaçant que progressivement.

Cela appelle une dernière réflexion nécessaire, concernant le gauchisme. Qu’est-ce que le gauchisme sinon l’attitude consistant à refuser le discours politiquement correct auquel se sont ralliés les institutions et les chefs en place ? Il est des moments où une cure de gauchisme est nécessaire.

LA DISPARITION DU PS SERAIT PIRE QU’UNE FOLIE, CE SERAIT UNE FAUTE
ET SANS DOUTE UN GESTE SUICIDAIRE POUR LA FRANCE

Le gauchisme, je connais, j’en sors, j’en suis, c’est ma famille. J’avais 16 ans, mon pays baignait dans la joie de la liberté retrouvée. Il tomba d’accord, tout entier, socialistes compris, pour entreprendre en Indochine la reconquête de son empire colonial. Je dénonçai cette honte, et me découvris gauchiste. Moins de dix ans après, rebelote, à propos de l’Algérie. L’accord était général. De nouveau, je fus gauchiste, et moins seul dès le début. Nous sauvâmes au moins l’honneur de la gauche.

Et puis un bref moment – Mai 68 – je fus un chef gauchiste, estampillé extrémiste par le ministère de l’intérieur, pour avoir osé réclamer le droit à la parole dans la société hiérarchisée.

Franchement, n’y avait-il pas aussi quelque gauchisme à proclamer, dix ans plus tard, que l’accord solennel de toute la gauche autour du programme commun de gouvernement puis des 110 propositions du candidat ne préparaient pas la vraie transformation sociale dont la France et le monde avaient besoin ?

Une cure de gauchisme n’est donc ni pour me surprendre ni pour me déplaire. Mais, mais… le fondateur du gauchisme, au fond, est un camarade à nous qui s’appelait Karl Marx. J’ai grand crainte que nos gauchistes d’aujourd’hui ne soient en train d’oublier sa plus forte leçon. Il ne l’a pas écrite comme telle, c’est sa vie qui la donne. Elle est évidente à résumer : «Camarades, c’est bien de vouloir changer le monde. Mais vous n’y arriverez que si vous commencez à travailler comme des forcenés pour comprendre comment il marche…»

En l’absence d’une soudaine explosion générale, aussi peu probable que souhaitable, ce sera lent. Le peuple que nous défendons aura toujours besoin de ses emplois, c’est-à-dire que la machine marche. Or elle ne peut fonctionner que dans ses règles, qui certes ne sont pas les nôtres, mais sont celles dont elle a besoin. Si nous avons ensemble une vraie confiance et une vraie unité autour de notre vision de l’avenir long, nous n’avons pas le droit de dérégler la machine par des brutalisations de court terme qui peuvent l’affaiblir. Il n’y a de gauchisme utile que pertinent et cohérent.

Voilà la raison qui nous fait obligation de renouvelerrenforcerréunir notre Parti socialiste, dans la France d’aujourd’hui, le seul outil de demain. Ce faisant, nous pourrions même contribuer au réveil de quelques partis frères, renforçant par là la chance de voir éclore la société des hommes à la place de celle de l’argent.

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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 14:19

israel-palestine-les-artisans-de-la-paix-1.pngL'Assemblée nationale débattra demain d'une proposition de résolution du groupe socialiste en faveur de la reconnaissance de l'Etat de Palestine. Ce texte n'a évidemment aucune portée en droit international et n'est qu'une invitation des parlementaires à ce que la République française le fasse.

Le groupe socialiste du Sénat a déposé une proposition de résolution, identique à celle des députés, mais les socialistes ayant tardé à le faire, les groupes écologistes et communistes avaient déjà déposé la leur. Le calendrier sénatorial aidant, c'est la proposition du groupe socialiste qui sera examinée en premier autour du 8 décembre, tirant ce dernier d'un beau guêpier, car nombreux étaient les sénateurs socialistes qui auraient été sinon tentés de voter (voire de signer la proposition communiste déjà inscrite pour la séance du 11 décembre).

Résolution Palestine

Ces précisions, qui peuvent paraître décalées avec le sujet, sont pourtant importantes ; en effet, si l'adoption de la proposition de résolution socialiste ne fait aucun doute à l'Assemblée Nationale, elle n'est évidemment pas automatique au Sénat dont la majorité a été reconquise par la droite le 28 septembre dernier. Or en déposant (enfin !) leur propre proposition de résolution, les sénateurs socialistes ouvrent une possibilité non négligeable de faire voter une résolution demandant que la République française reconnaisse l'Etat palestinien par les deux chambres, en profitant de la division de la droite sur ce dossier (les sénateurs UDI et UMP n'auraient vraissemblablement pas voté - pour de mauvaises raisons - les propositions de résolution communiste et écologiste).

Les mauvaises raisons de voter ou de rejeter la résolution

J'ai pu entendre certains discours assez lamentable chez certains parlementaires - heureusement isolés -, soit en faveur, soit contre la propositions de résolution. La bêtise peut effectivement habiter les deux camps.

Ainsi, certains expliquent qu'il faudrait voter cette résolution parce qu'elle est attendue "par une partie de notre électorat". Le sous entendu est à peine voilé comme quoi nous tiendrions là l'un des derniers messages possibles en direction des Français d'origine maghrébine et/ou de confession musulmane.

Ce discours est odieux, car il ancre notre conception de la politique dans des méthodes clientèlistes et communautaristes. Il fait le pari qu'un nombre important de nos compatriotes détermineraient, dans les quartiers populaires, essentiellement leurs choix politiques en fonction du conflit israélo-palestinien. Ce serait enfin utiliser cette cause comme une diversion des attentes réelles - essentiellement économiques et sociales - des classes populaires.

Il est vrai qu'à force d'entretenir par de tels discours ou sous entendus, d'avoir ce mépris déguisé sur les attentes d'une "partie de notre électorat", certains finissent par correspondre à la description que ces mauvais élus font d'eux. Mais ils sont minoritaires et que l'on ne se trompe pas, le vote de la résolution ne nous évitera pas le ressentiment d'un électorat socialiste populaire (celui du premier tour de la présidentielle) qui se sent floué par la tournure prise par les choix économiques du gouvernement. Sans amélioration réelle des conditions de vie de nos concitoyens, il n'y aura aucune bouée de sauvetage communautariste.

Certains ont expliqué a contrario qu'ils refuseraient de voter cette résolution ou toute autre, tant que le Hamas continuerait de menacer l'existence de l'Etat d'Israël. D'autres encore, dans un raccourci détestable, en faisant référence aux manifestations contre les bombardements de Gaza, faisaient de l'ensemble des manifestants des individus ayant un penchant coupable pour l'antisémitisme, et que voter la résolution équivaudrait à céder en France devant les Islamistes et les groupuscules communautaristes et/ou fascistes antisionistes (!?).

En arriver à un tel amalgame est consternant de la part de membres de la représentation nationale. Dans le second cas, on est dans la même logique mais renversée que ceux qui veulent satisfaire "une partie de l'électorat". C'est enfermer certains Français dans une logique communautariste et raciste. C'est aussi être incapable de penser que l'on peut, d'une part, refuser la dérive militaire du gouvernement Netanyahu et être solidaire d'une population doublement opprimée (par le Hamas et le blocus israélien), et, d'autre part, soutenir l'existence d'Israël, vivant en paix et en sécurité avec son voisin palestinien.

Concernant la première réfutation, elle frise le non sens. C'est placer le Hamas sur un même rang que la République française et soumettre la position de la République française à l'évolution d'un mouvement terroriste, fasciste et islamiste, qui non seulement veut détruire l'Etat d'Israël et jeter tous les Israéliens "juifs" à la mer mais opprime également la population palestinienne de la bande de Gaza. Au contraire, le vote de cette résolution affaiblirait le Hamas et redonnerait une chance à un processus qu'il veut détruire.

Il n'y a en définitive qu'une seule bonne raison de voter pour cette résolution, c'est de considérer que son contenu est juste et que parce que son contenu est juste cela doit être la position de la République française. On est loin d'une position qui serait déterminée en fonction du sentiment supposé d'électorats "musulmans" ou "juifs" qu'on inciteraient plus encore à s'affronter dans notre pays avec les raisonnements déviants que j'ai décrits plus haut.

L'utilité de la résolution

L'adoption simultanée (ou même uniquement par l'Assemblée Nationale) de ces résolutions a-t-elle une réelle utilité dans la période ?

Elle me paraît déterminante car l'exécutif français semble avoir oublié l'engagement n° 59 du candidat François Hollande : "Je prendrai des initiatives pour favoriser, par de nouvelles négociations, la paix et la sécurité entre Israël et la Palestine. Je soutiendrai la reconnaissance internationale de l’État palestinien."

Le Président de la République ne saurait se sentir déchargé de sa promesse de campagne par le simple fait que la Palestine a été reconnue comme Etat non membre de l'ONU par son Assemblée Générale le 29 novembre 2012. Il est nécessaire que cette reconnaissance s'inscrive dans une réalité concrète du droit international, et c'est ce qui a motivé la Grande Bretagne ou la Suède de sauter le pas récemment.

La pression des deux chambres est d'autant plus nécessaire dans ce contexte, alors que la position de la France a paru évoluer dans le mauvais sens lors des premiers jours du dernier conflit armé dans la bande de Gaza, semblant abandonner l'équilibre de sa position traditionnelle et cautionner la réponse militaire disproportionnée du gouvernement Netanyahu (j'avais déjà eu l'occasion de m'exprimer sur ce sujet cet été). Bien que soutenues à distance par le ministère des affaires étrangères (dont les services avaient proposé des rédactions particulièrement débilitantes et vides de sens) et Laurent Fabius, les initiatives parlementaires ont l'avantage de recentrer la position française sur le conflit israléo-palestinien et de placer l'exécutif face à une pression importante pour opérer la reconnaissance de l'Etat palestinien.

La reconnaissance par la France de l'Etat palestinien, qui devrait donc en découler, est déterminante, parce que dans la situation actuelle, seule la pression internationale permettra de débloquer les négociations de paix aujourd'hui au point mort.

Sortir de l'impasse actuelle

Cela fait plusieurs années que les négociations israélo-palestinienne sont dans l'impasse. Après les échecs de Shimon Peres et d'Ehud Barak à assumer l'héritage d'Yitzhak Rabbin, la droite israélienne n'a cessé de jouer sur la dégradation de la situation. Même la rupture d'Ariel Sharon d'avec sa famille politique, pour créer Kadima - un parti centriste - à l'occasion de l'évacuation unilatérale de la bande de Gaza, s'est faite dans la négation de l'existence d'un partenaire politique. L'évacuation de Gaza, la construction du mur de séparation, l'accélération de la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est sont les facettes de la volonté de transposer en Israël et en Palestine un nouvel Apartheid.

aboumazen.jpgL'impasse n'a amené qu'à renforcer les extrêmistes dans chaque camp. Chaque attentat palestinien est aujourd'hui utilisé comme un prétexte par Benyamin Netanyahu pour en faire porter la responsabilité à Mahmoud Abbas et tenter de le décrédibiliser aux yeux de la communauté internationale. C'est la même stratégie qu'Ariel Sharon et Netanyahu avaient appliqué avec Yasser Arafat et le résultat que l'on connaît.

Loin de moi l'idée que le Fatah (parti du président de l'Autorité palestinienne) soit exempt de responsabilité. La corruption de son appareil explique en grande partie la prise du pouvoir par le Hamas à Gaza et la progression actuelle des extrêmistes du Hamas ou d'autres groupuscules en Cisjordanie.

Mais la stratégie du rapport de force et de la violence militaire disproportionnée n'a pas apporté la paix à Israël et elle n'a pas sécurisée d'avantage la situation politique du Premier ministre israélien. La gauche qui ne s'est jamais remise de l'assassinat d'Yitzhak Rabbin, puis des inconséquences et des trahisons successives de Shimon Peres et d'Ehud Barak, est effectivement dans les choux, mais le Likud ne s'en porte pas mieux. Il a été concurrencé dans le précédent mandat par Isroël Beitenu d'Avigdor Lieberman, il a dû institutionnaliser sa coalition avec lui pour les élections de législatives de 2013, mais a commencé à être talonné par une nouvelle force d'extrême droite HaBayit HaYehudi conduite par Naftali Bennett dont l'électorat s'assoie essentiellement sur les anciens immigrants russes, partisans de la manière forte. La poussé surprise des centristes de Yesh Atid conduit par Yaïr Lapid - qui s'est construite sur les décombre de la gauche et de Kadima - ne saurait masquer que le gouvernement actuel de Benyamin Netanyahu est le plus à droite qu'Israël ait jamais ; plus le temps passe, plus le premier ministre israélien devient l'otage de son extrême droite, à qui il ne cesse de donner des gages. 1501775_10152844196394438_8154562682452833266_n.jpgIl souhaite notamme faire adopter par la Knesset une déclaration instituant «L’Etat d’Israël [comme] patrie nationale du peuple juif», ce qui revient à nier l'existence des arabes israéliens et leur dénier tout droit sérieux à être des citoyens égaux dans l'Etat d'Israël. Tzipi Livni, sa ministre de la Justice, chef du micro parti centriste Hatnuah, et ancienne leader de Kadima, a dénoncé un tel projet comme attentatoire à démocratie israélienne et publié sur sa page facebook un extrait de la déclaration d'indépendance de l'Etat d'Israël dont seraient barrées toutes les formules rendues caduques par une telle loi. Cette affaire rend encore plus prégnante la question de la définition de la citoyenneté israélienne ; Ehud Barak à la fin de son mandat de premier ministre avait voulu engager un débat national sur la définition d'une laïcité israélienne, mais il n'avait dans cette opération qu'une visée tactique visant à diviser la droite israélienne entre ses composantes sécularisées et religieuses : la manœuvre avait donc fait long feu. Et le débat a été décrédibilisé pour de nombreuses années.

Comme preuve de l'échec de la politique violente de Netanyahu, nous pouvons constater avec tristesse les attentats et assassinats qui reprennent à Jérusalem. Depuis plusieurs mois, les attaques contre la ligne de tram (qui longe la ligne verte entre l'Est et l'Ouest de Jérusalem) à la voiture bélier ont recommencé, comme pour marquer la démarcation que le gouvernement israélien nie. L'assassinat voici quelques jours de rabins et de militaires israéliens dans et devant une synagogue de Jérusalem Est a été ouvertement encouragé et salué par le Hamas, et faisait suite à la volonté les jours précédents de groupes extrêmistes hassidiques d'occuper l'esplanade des mosquées.

La réponse de Netanyahu face à ce drame a été d'un non sens supplémentaire : armer une partie de la population israélienne pour faciliter l'auto-défense, dénoncer Mahmoud Abbas comme cible à abattre. Hamas et extrême droite israélienne se nourrissent l'un de l'autre et risque désormais d'emporter avec eux non seulement le processus de paix mais l'existence des deux Etats.

On comprendra que dans ces conditions, sauf miracle, ce n'est pas de Palestine et d'Israël que peut venir le déblocage de la situation, mais d'une pression internationale déterminée qui permettent aux tenants de la paix chez les Palestiniens et les Israéliens de relever la tête, alors qu'ils sont aujourd'hui écrasés par la violence des extrêmistes.

Le choix de la République française de reconnaître l'Etat de Palestine et de réaffirmer ce qui est écrit sur la coexistence de deux Etats et qui a toujours été la position française est donc aujourd'hui crucial.

Frédéric FARAVEL

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