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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 22:22

texte rédigé le lundi 12 janvier 2015

 

Mercredi 7 janvier, en plein cœur de Paris, les locaux de Charlie Hebdoont été victimes d'une attaque terroriste perpétrée à l'arme de guerre. Des membres de l'équipe de l'hebdomadaire ont été sauvagement assassinés, mais aussi des employés et des policiers qui assuraient leur sécurité.

En s'attaquant à Charlie,c'est la liberté d'expression, la liberté de la presse, la liberté de conscience, la République, qu'ont voulu assassiné les terroristes ! En visant Charlie,ce sont aussi des figures de la gauche intellectuelle, sociale, critique, atypique, un brin « libertaire » et « paillarde », que les assassins ont ciblé ; c'est une part de nous-mêmes qu'ils ont voulu tuer.

« Nous avons tuéCharlie Hebdo » ont-ils hurlé… nous devons leur donner tort ; et nous devrons, dans les jours, les semaines, les mois qui viennent, apporter notre soutien total pour que ce journal continue de vivre et de porter avec indépendance et irrévérence sa légendaire liberté de parole. Charlie Hebdoa été touché au cœur et affrontera de longs moments difficiles.

L'horreur ne s'est pas arrêtée là : une policière municipale a été abattue de sang froid le lendemain à Montrouge et le vendredi 9 janvier 2014, le même terroriste organisait une prise d'otages dans l'Hypercacher de la Porte de Vincennes, tuant dès les premières minutes quatre personnes dont le seul tort à ses yeux étaient d'être juifs.

Les trois djihadistes ont finalement été logés et abattus par les unités d'élite de la police et de la gendarmerie, mettant ainsi fin à la tragédie. Ce dénouement était probablement inévitable, au regard de la folie idéologique qui animait ces individus. Nous regretterons malgré tout qu'ils n'aient pas pu être appréhendés, jugés et condamnés ; c'est ce qu'aurait moralement exigé notre conception démocratique de la justice.

Mes-Images-2-9363.JPGAu-delà de la stupeur et de la peine, nous devons continuer à vivre ; le peuple, la société française ne doit pas céder à la paranoïa et au repli, mais démontrer la force au quotidien de la République française et de ses valeurs démocratiques et sociales.

Confrontés à ce drame, les citoyens français ont réagi d'une manière exceptionnelle dès le premier soir, en se rassemblant spontanément à Paris et un peu partout en France pour signifier leur solidarité aux victimes, leur attachement aux libertés républicaines et leur refus de céder à la peur.

Au lendemain de l'équipée terroriste, les rassemblements organisés partout en France puis à Paris ont donné lieu à une mobilisation historique, rassemblant plus de 4 millions de personnes. Une cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement ont tenu le dimanche 11 janvier à affirmer, aux côtés du Président de la République et au milieu de près de 2 millions de manifestants, leur solidarité dans l'épreuve avec la République Française. Malgré la portée symbolique de soutiens internationaux, nous ne pouvons pas non plus être dupes du double discours d'un certain nombre de dirigeants présents sur la liberté en général et la liberté de la presse en particulier, et nous n'aurons pas la naïveté de croire que leur présence – quelque peu incongrue au regard des mots d'ordre de la mobilisation – signifie un quelconque engagement de leur part pour l'avenir.

Mes-Images-2-9362.JPGL'ampleur inégalée de la mobilisation citoyenne des samedi 10 et dimanche 11 janvier a rendu par ailleurs totalement vains les débats sur l'union nationale : les Français se sont rassemblés pour faire face à l'adversité, pour affirmer la volonté d'un peuple de ne pas se laisser dicter par d'autres son destin collectif et ses valeurs partagées. La polémique, qui s'est déclenchée sur l'opportunité de la participation officielle du Front National – parti qui a une fois de plus démontré à cette occasion qu'il n'était pas républicain – dans les rassemblements, n'aurait sans doute pas eu lieu si certains ne s'étaient mis en tête de faire savoir qu'ils avaient officiellement invité l'UMP (parti qui n'avait pourtant même pas songé à l'opportunité d'un tel événement). Les Français n'avaient pas besoin que soient formalisées des invitations à tel ou tel parti politique pour savoir quel était leur devoir républicain, et c'est heureux.

Au lendemain de ces drames et de la réaction rassurante du peuple français, il est désormais temps de s'interroger sur leurs conséquences, sur le contexte dans lequel ils se sont déroulés, sur ce qui nous paraît nécessaire et possible à mettre en œuvre pour répondre aux défis ainsi tristement mis en lumière.

La liberté de la presse est-elle menacée ?

C'est bien elle qui a été visée le 7 janvier par les fanatiques qui s'étaient décidés à « punir » un hebdomadaire ayant usé pleinement de son droit à prendre la parole, à défendre la liberté de croire et de ne pas croire. Cependant, la liberté de la presse en soi n'est pas en danger en France, sauf par l'autocensure des médias que la peur pourrait susciter. Sauf par les difficultés matérielles et financières que toute la presse rencontre depuis des années. Charlie Hebdoconnaissait déjà de graves difficultés, avant même l'incendie de ses locaux ; et si la mobilisation civique pour permettre la survie du journal est bien venue, elle ne suffira pas si les pouvoirs publics ne prennent pas la mesure de l'enjeu auquel la presse française est confrontée, notamment la presse d'opinion. Un gouvernement de gauche se doit de garantir les principes qui ont été édictés pour l'indépendance de la presse dans le programme du Conseil National de la Résistance. Il s'agit notamment d'empêcher leur tutelle par des puissances financières qui ont intérêt à manipuler l'opinion publique. Nous proposons donc de mettre en œuvre une loi interdisant la prise de contrôle des médias et des groupes de presse par des sociétés bénéficiant de la commande publique. Renforçons et révisons également le mode de subvention public à la presse en intégrant dans leur calcul le niveau de création originale (artistique ou journalistique).

La défense de nos libertés rend-t-elle nécessaire des évolutions de notre droit ?

Des questions se posent légitimement sur les défaillances de nos dispositifs de surveillance et de sécurité. L'absence de surveillance durable de personnages connus pour leur potentielle dangerosité et leurs fréquentations djihadistes avérées marque sans conteste l'insuffisance de nos dispositifs et au premier chef des moyens humains et matériels disponibles pour le faire.

Mobiliser des moyens supplémentaires pour le renseignement intérieur et extérieur, pour stopper la dégradation des prisons (surpopulation et promiscuité, insalubrité, insuffisants efforts pour la réinsertion, difficultés croissantes à garantir la sécurité et à contrôler la diffusion du radicalisme), pour la justice en général et les parquets anti-terroriste et financier, pour améliorer les conditions d'exercice des missions des forces de l'ordre, nous paraît bien plus utile qu'une nouvelle loi ad hocréclamée avec insistance et déraison par toute la droite qui l'a déjà baptisée « Patriot Actà la française ». Cette référence démontre la dérive de la droite dite « républicaine » et sa déconnexion de la réalité quand on se rappelle ses résultats pour le moins mitigés Outre-Atlantique : le recul des libertés individuelles, la justification hypocrite du recours systématique à la torture, entre autres, n'ont pas empêché l'attentat du Marathon de Bostonl'UMP veut-elle donc qu'on aille encore au-delà ?

Sans vouloir appliquer sans discernement le discours du Premier ministre norvégien Jens Stoltenberg après le massacre d'Utoya – la Norvège, et les défis auxquels elle est confrontée, n'est pas la France – il peut néanmoins nous servir de boussole : «J’ai un message pour celui qui nous a attaqué et pour ceux qui sont derrière tout ça : vous ne nous détruirez pas. Vous ne détruirez pas la démocratie et notre travail pour rendre le monde meilleur.» «Nous allons répondre à la terreur par plus de démocratie, plus d’ouverture et de tolérance.» Si la droite veut que la France perde son âme et apporte ainsi une victoire posthume aux trois djihadistes, telle n'est pas notre conviction.

Nous considérons en effet que la loi Cazeneuve du 13 novembre 2014 met déjà en place des outils juridiques permettant de mieux lutter face aux filières djihadistes et qu'il n'est pas besoin d'une surenchère : une interdiction administrative de sortie du territoire, comme cela a été prévu dans le plan de lutte contre la radicalisation violente présenté le 23 avril 2014 par le Gouvernement ; renforcement de la répression de l’apologie du terrorisme et de la provocation à des actes de terrorisme ; pénalisation des actes préparatoires aux crimes terroristes et création d'un concept d'entreprise terroriste individuelle qui donnent à la justice et à la police les moyens juridiques d'investigation et de poursuite… Les décrets d'application devront évidemment préciser l'application de la loi sans angélisme et sans dérive.

Nous pensons également que la coopération internationale avec les autres pays de départ et les pays de transit doit être intensifiée. Les démocraties occidentales doivent également concrétiser leur action commune afin que certains de leurs services ne considèrent pas que le cantonnement de foyers radicaux dans un pays voisins est la garantie d'une certaine tranquillité. Des impulsions doivent enfin être données, en France comme au niveau européen, en direction des grands opérateurs de l'internet, afin que les contenus illicites et les sites de recrutement fassent l'objet de procédures de suppression effectives et rapides. Cela devra se faire dans le respect de l’État de droit : une extension du blocage par des entités administratives (ou privées) devra d'une manière ou d'une autre tenir compte d'un contrôle judiciaire.

Contre le choc des civilisations.

Par contre, nous récusons toute forme de discours qui donnerait à croire à l'opinion publique qu'une « guerre de civilisations » est en cours comme le laissent entendre à la fois la droite et l'extrême droite. Rappelons que l'immense majorité des victimes de l'islamisme radical et du djihadisme sont des habitants des pays de culture arabo-musulmane ; la guerre contre le djihadisme est un conflit sanglant qui affecte en premier lieu les sociétés où l'Islam est dominant, qui voit s'affronter des interprétations ô combien divergentes de l'Islam par les musulmans eux-mêmes et les tenants du sécularisme dans ces mêmes sociétés. Durant des dizaines d'années, ces pays ont malheureusement été également le théâtre d'opération sur un mode « apprentis sorciers » des puissances occidentales, ce qui n'a fait qu'accélérer le phénomène.

Aujourd'hui, les démocraties occidentales, dont la France, sont engagées dans un conflit international, que leurs propres turpitudes ont souvent aggravé, avec un ennemi djihadiste difficilement saisissable. Nous en subissons évidemment le contrecoup dans notre chair et désormais sur notre sol. Mais il n'est pas question de le transposer fantasmatiquement dans nos banlieues et nos campagnes, comme une sorte de prélude à la guerre civile. C'est le rêve des relais français du djihadisme : attiser au-delà de toute raison les tensions communautaires pour déchirer un peu plus la société française. De fait, les premiers résultats visibles des attentats du mois de janvier, au-delà de la peine causée par les lâches assassinats, aura été bien plus la multiplication des actes de vandalismes et des violences à caractère raciste qu'une mise à mal directe et durable de nos libertés collectives et individuelles.

Le 10 et le 11 janvier ont exprimé l'attente d'un sursaut républicain.

Les socialistes et la gauche doivent être à la hauteur de l'élan républicain du peuple français qui s'est exprimé deux jours de suite dans la rue. Depuis trop longtemps, nous n'avons pas suffisamment mesuré les dégâts qu'avaient produit les offensives idéologiques des libéraux et dans le même mouvement la montée des thèses fascisantes ou intégristes, les secondes se nourrissant en grande partie des premières. Aujourd'hui encore, nous devons comprendre que la riposte ne peut se contenter d'être morale, sauf à être inopérante. C'est un combat majeur qui doit nous impliquer tous et singulièrement notre parti.

La gauche doit absolument mener une bataille culturelle qu'elle a négligée, alors qu'elle a parfois abdiqué en adoptant les codes intellectuels et le vocabulaire de nos adversaires politiques, laissant trop souvent l'extrême droite définir le terrain et l'agenda du débat politique. Lorsque la droite dénonce l'hégémonie culturelle de la gauche, c'est un vrai pied de nez à la réalité et un artifice supplémentaire pour tromper les citoyens et placer nos responsables sur la défensive : « la plus belle des ruses du Diable est de vous persuader qu'il n'existe pas » écrivait Baudelaire.

Nous devons reprendre l'objectif d'établir une hégémonie culturelle de la gauche afin de consolider les valeurs républicaines : nous défendonsl’idée qu’il faut faire avancer en même temps la Liberté, l’Égalité et la Fraternité. Mais l’égalité recule et c’est insupportable. La fraternité est mise à mal par la ségrégation territoriale, sociale, comme par l’individualisme exacerbé par la mise en concurrence des personnes. Nous sommes convaincus plus que jamais que, pour être plus forte, notre République doit être une République sociale. Et là, il y a tant à faire.

Enfin, notre combat doit conduire à restaurer l’humanisme, le sens de l’intérêt général, la culture et la connaissance, la raison et la science, l’esprit critique, le respect des consciences, des convictions religieuses, des choix philosophiques, mais aussi l’amour de ce qui nous unit au-delà de ces engagements personnels et qui construit notre destinée commune, notre destin national.

Réaffirmer la laïcité de manière décomplexée.

La République française n'est pas neutre, elle est laïque. Elle n'a donc pas à respecter tel ou tel équilibre entre les croyances, ou telle ou telle susceptibilités confessionnelles. La République est là pour garantir à tous les Français la liberté de conscience, celle de croire ou de ne pas croire (la grande majorité des Français est d'ailleurs athée ou agnostique), et elle doit d'abord promouvoir les valeurs qui permettent à tous nos concitoyens de se sentir une seule communauté nationale.

La République et ses représentants doivent restaurer chez chacun de nos concitoyens la fierté d'en être membre. La République ne reconnaît pas les communautés religieuses comme intermédiaires avec les citoyens, et elle doit être capable de rappeler à l'ordre ceux de ses élus locaux qui instrumentalisent et entretiennent les communautarismes.

Mes-Images-2-9359.JPGNous ne devons plus laisser s'installer dans notre pays l'idée contre laquelle Charlie Hebdos'est souvent battu de manière isolée, que le concept de blasphème serait pertinent et que personne ne serait autorisé à critiquer ou moquer une religion quelle qu'elle soit. Tout le monde pense aux caricatures de Mahomet, mais nous avons connu ces dernières années de nombreux actes de violence et de vandalisme contre des œuvres d'art dénoncées comme blasphématoires à l'encontre du catholicisme. Affirmons le haut et fort, en République le blasphème n'existe pas ! Nous ne céderons jamais face à ces pressions permanentes pour établir un délit de blasphème.

À ce titre, il nous paraît urgent de réagir dans la durée à certains comportements constatés dans les établissements scolaires en marge de la minute de silence en mémoire des victimes de l'attentat de Charlie Hebdo. L'équivalence plaidée entre les dessins et propos supposés blasphématoires du journal, la violence terroriste et l'assassinat prémédité dont ses membres ont été victimes ou encore la logorrhée antisémite de Dieudonné Mbala-Mbala, doit nous interroger. Sans doute eut-il sur la méthode été préférable de précéder les minutes de silence de réunions d'information et de débats comme ce fut le cas en 1990 à la suite de la profanation du cimetière juif de Carpentras. Mais au-delà, cela a mis en lumière le désemparement de nombreux enseignants face à des discours intellectuellement violents de beaucoup de jeunes gens eux-mêmes en pleine confusion sous l'influence parfois des entourages mais aussi des discours complotistes et/ou radicaux que l'on trouve facilement sur internet et les réseaux sociaux.

C'est un travail d'éducation civique et républicaine qu'il faudra réinventer et mener sur un temps long et nos enseignants doivent être armés pour réussir. Ce doit être une priorité essentielle du ministère de l’Éducation nationale, avec à l'esprit la nécessité d'y intégrer les associations et les mouvements d'éducation populaire.

Les organisations confessionnelles ont cependant une responsabilité importante : elles doivent entreprendre en leur seinune immense œuvre éducative pour expliquer que certaines dérives sectaires et communautaristes ne font pas partie de leurs messages et ne les représentent pas. Tout le monde s'accorde à dire notamment que, pour lutter contre la diffusion de l'islamisme (qui est une interprétation déviante et politique d'une religion et non une religion), il est crucial que le nombre d'imams formés en France, connaissant et respectant les règles de la République, qui interviennent dans les mosquées soient plus nombreux et que c'est une des rudes tâches du CFCM. Par contre, il n'est pas acceptable d'exiger de nos compatriotes français, qui vivent de manière sereine et aussi souvent distante leur foi musulmane, de se justifier et de témoigner de leur différence avec les terroristes. A-t-on considéré que les catholiques français avaient à s'expliquer pour les commandos anti-IVG ou l'attentat contre un cinéma qui avait projeté La dernière tentation du Christ ? Ce type d'exigence est la trace que certains responsables politiques ne considèrent toujours pas une partie de nos concitoyens comme des Français à part entière. Nous savons parfaitement que les attaques proférées par l'extrême droite et une partie de la droite française, qui dénonçaient dès le soir du 7 janvier des boucs émissaires, contre l'Islam en France visent avant tout à maquiller et à recycler un racisme plus classique contre les immigrés d'origines maghrébine et subsaharienne, et leurs enfants et petits-enfants nés en France. Nous lutterons avec acharnement, demain comme hier, contre le racisme et nous travaillerons encore pour faire disparaître les discriminations et les ségrégations de toute sorte qui leur pourrissent la vie au quotidien. À ce titre, l'engagement non honoré de récépissé de contrôle d'identité est une des mesures à remettre à l'ordre du jour, si l'on veut être crédible sur ce chemin.

Nous voulons également demander aux différentes organisations religieuses juives de travailler avec tous les Français pour convaincre nos concitoyens de confession juive que leur avenir se trouve bel et bien en France, chez eux. Nous savons parfaitement quelle peur pèse sur eux et les angoisses qui les assaillent souvent à juste titre. Nous soutiendrons toutes les mesures qui viseront à les rassurer et garantir concrètement la sécurité à laquelle ils ont droit comme n'importe lequel de nos concitoyens. Nous avons toujours été engagés contre l'antisémitisme ; ce combat est intrinsèque à l'identité socialiste depuis plus d'un siècle, nous le porterons toujours avec force. Nous avons été profondément choqués que la veille de son arrivée en France, et ensuite à plusieurs reprises lors de ses déplacements à Paris, le Premier ministre israélien se soit permis de transformer sa visite dans ce contexte en campagne électorale et d'appeler nos concitoyens à quitter massivement notre pays pour rejoindre Israël. Cette posture est inacceptable ; nous regrettons par ailleurs qu'elle soit partagée par des personnalités israéliennes plus modérées et responsables. Nous pensons que ce n'est pas l'intérêt de ceux à qui cet appel à l'alyahs'adresse, car à tout prendre ils sont plus en sécurité en France qu'ils ne le seraient en Israël ou dans les colonies illégales de Cisjordanie. C'est par ailleurs offrir une victoire posthume aux terroristes puisque c'est l'incarnation absolue de l'antithèse du message républicain qui postule que l'on partage un destin civique commun quelle que soit sa confession.

Nous engageons chaque Français à ne pas céder à la tentation du repli sur soi, la tentation de se barricader derrière des verrous toujours plus nombreux, la tentation du repli sur sa communauté symbolisé par l'affichage toujours plus ostentatoire de son appartenance confessionnelle.

Réinvestir dans l'éducation et la culture.

C'est à l'école publique que la République peut le plus aisément et le plus légitimement faire passer ses messages et transmettre ses valeurs. Le budget de l’Éducation nationale reste le premier de la Nation, mais l'ambition que nous avons toujours portée dans ce domaine doit désormais redoubler d'effort. Nous avons besoin d'investir dans notre école, de lui donner les moyens de recruter et de former des enseignants armés pour mener les missions d'instruction publique mais également armés pour transmettre les valeurs républicaines.

Les écoles supérieures du professorat et de l'éducation doivent donc en conséquence voir leur montée en puissance accélérée, avec les moyens qui vont de pair, pour répondre aux défis auxquels nous sommes confrontés. On peut également s'interroger sur le rythme de recrutement des enseignants et des 60 000 postes annoncés en 2012.

L'action et la création culturelle sont également cruciaux pour créer une émotion partagée, des débats, des échanges, des rencontres. L'effort financier doit être renforcé dans ce domaine également, car ils sont un moyen de créer une identité commune et cela commence par les plus jeunes. Le soutien aux associations nationales ou locales et aux mouvements d'éducation populaire doit enfin être renforcés et nous croyons que la proposition de Maintenant la Gauche de généraliser le service civique à leur profit peut y aider.

Rendre la présence de la République concrète pour nos concitoyens.

Partout où la République recule, partout où la solidarité nationale faiblit, les communautarismes prospèrent.

Mais qu'est-ce que la République au quotidien pour nos concitoyens ? Ce sont les services publics, qui assurent un présence régulière des pouvoirs publics auprès d'eux. C'est le bureau de poste, le commissariat, l'antenne de la CPAM ou de la CAF, c'est aussi la mairie et ses services, qui démontrent au quotidien que l'exercice de la solidarité nationale n'est pas un vain mot.

Ce sont les lignes de train et les gares, même les plus petites, qui assurent concrètement le droit de tous à circuler.

Ce sont aussi tous ceux qui assurent le respect de l'ordre public social dans le monde du travail.

Depuis 20 ans, nos concitoyens ont le sentiment parfois légitime que cette République concrète a peu à peu reculé et que, depuis quelques années, elle entre concrètement en régression : la fermeture d'une gare, d'une ligne de train, d'un bureau de poste, au prétexte d'un manque de rentabilité, la fermeture de commissariats, de gendarmeries, de postes de police, ou encore tout ce qui est vécu comme un recul des droits sociaux, sont autant de faux pas qui nourrissent chez nos concitoyens un sentiment d'abandon, qui se traduit à la fois par une partie du vote d'extrême droite et par le refuge dans les solidarités communautaires ou communautaristes.

Longtemps la décentralisation et le relais pris par les collectivités territoriales – au premier rang desquelles les communes – ont pu donner l'impression qu'une partie de ce recul des services publics était compensé. Mais désormais les collectivités vont être elles-mêmes amenées à réduire leur voilure sous l'effet des baisses de dotations, ce qui ne manquera pas de renforcer cette dynamique régressive.

Le retour de la République concrète n'est pas compatible avec les politiques aveugles de restrictions budgétaires, qui ont montré par ailleurs leur inefficacité dans la lutte contre les déficits et la dette publics. Sur tous les sujets que nous avons abordés – sécurité, justice, éducation, culture, services publics, etc. – il faudra faire des efforts budgétaires conséquents si nous voulons rattraper le temps perdu et retisser un tissu et un imaginaire national particulièrement abîmés.

Le Parti socialiste a un rôle à jouer.

Le rôle d'un parti politique est de proposer un projet de société dans l'espace démocratique. À plus forte raison, le rôle d'un parti socialiste démocratique et républicain est d'offrir une analyse sociale, une vision du monde et un chemin pour la transformation de la société dans le sens de l'égalité et de l'émancipation collective et individuelle.

Depuis trop longtemps, nous n'assurons plus ce rôle d'explication du monde et de projection sociale. Notre tâche est immense et nous voulons que le Parti Socialiste soit à nouveau à la hauteur de sa mission.

C'était l'objet d'un autre article que je vous invite à relire ici.

Frédéric Faravel

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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 15:14
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7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 21:55

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Aujourd'hui, à la mi-journée, en plein cœur de Paris, les locaux de Charlie Hebdo ont été victimes d'une attaque terroriste perpétrée à l'arme de guerre.

À l'heure qu'il est, le procureur de la République fait état de douze morts, des membres de la rédaction de l'hebdomadaire satirique et deux policiers morts dans l'exercice de leurs fonctions, et quatre blessés très graves. Le bilan peut encore s'alourdir.

En s'attaquant à Charlie, c'est la liberté d'expression, la liberté de la presse, la liberté de conscience, la République, qu'ont voulu assassiné les terroristes ! En visant Charlie, ce sont aussi des figures de la gauche intellectuelle, sociale, critique, atypique, un brin « libertaire » et « paillarde », que les assassins ont ciblé ; c'est une part de nous-mêmes qu'ils ont voulu tuer, car ils ont accompagné nombre d'entre nous dans notre adolescence et à l'âge adulte.

« Nous avons tué Charlie Hebdo » ont-ils hurlé… nous devons leur donner tort ; et nous devons, dans les jours, les semaines, les mois qui viennent, apporter notre soutien total pour que ce journal continue de vivre et de porter avec indépendance et irrévérence sa légendaire liberté de parole. Charlie Hebdo a été touché au cœur et va affronter, au-delà de la peine immense de ce jour, de longs moments difficiles.

Nous devons continuer à vivre, le peuple, la société française ne doit pas céder à la paranoïa et au repli, mais démontrer la force au quotidien de la République française et de ses valeurs démocratiques et sociales.

Je voudrais ici citer les mots très justes de notre camarade parlementaire valdoisien, Gérard Sebaoun : « La République ne doit jamais rien céder à la terreur d'où qu'elle vienne. Unis sur nos valeurs, nous allons faire face ensemble sans nous laisser déborder par la panique et les réactions irrationnelles, malgré la tristesse et la colère.
Le danger d'attentats est permanent, la France est exposée mais nous avons le devoir de continuer à vivre debout en hommes libres, en démocrates et en citoyens.
J'ajoute que notre vigilance ne doit pas céder un pouce de terrain à ceux qui tenteraient d'instrumentaliser ces assassinats pour nourrir l'islamophobie.
 »

L'attentat d'aujourd'hui ne doit évidemment pas effacer ou éteindre les débats qui nous animent, les questions qui sont posées au pays pour sortir de la crise qu'il traverse depuis trop longtemps.

Mais ce soir, nous sommes aux côtés de Cabu, de Charb, de Tignous, de Georges Wolinski, de Philippe Honoré et de Bernard Maris, dans le recueillement et la détermination ; nous pensons à leurs familles, leurs amis et leurs collègues, qui traversent une épreuve inimaginable. Ce soir, nous avons de la peine et nous sommes emplis d'émotion. Nous sommes avec tous les véritables républicains rassemblés sur les places de France pour refuser l'innommable, pour rejeter les amalgames et réaffirmer l'unité des citoyens français.

Face à la barbarie, nous devons faire front et démontrer aux ennemis de la Liberté que la France – qui a donné au monde tant de ses idéaux démocratiques – dans la réponse qu'elle leur opposera n'abandonnera pas son âme et ses valeurs républicaines. La France doit être et sera à la hauteur hauteur du message universaliste qu'elle porte.

C'est dans cet état d'esprit que nous participerons samedi après-midi à la marche silencieuse à laquelle appellent les partis de gauche français.

Vive la Liberté ! Vive la République !

pour Maintenant la Gauche Val-d'Oise,

Frédéric FARAVEL

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7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 13:46

nouveau-logo-psÀ quoi sert un parti politique ? Quelle peut être l'utilité d'un Parti socialiste ?

Aujourd'hui, la plupart des partis qui ont une visibilité dans l'opinion publique servent avant tout à sélectionner des candidats et à tenter de les faire élire. Les partis politiques sont donc avant tout des machines électorales. Ils le sont parfois indépendamment du discours porté et des projets soumis aux électeurs, c'est-à-dire que le projet politique qui soutient les candidatures est devenu secondaire, s'effaçant derrière des stratégies de communication, de triangulation, de clientélismes divers et variés, etc.

Il y a plusieurs raisons à cela : pour la gauche, la crise idéologique subie depuis plus de 30 ans par les gauches social-démocrates et communistes les ont laissé avec peu de ressources mobilisatrices pour leurs camps politiques et sociaux ; l'exercice de la décentralisation a fait émerger des élus locaux en grand nombre qui se sont habitués à gérer des collectivités locales, dont les marges de manœuvres financières sont réduites, leurs budgets n'ayant souvent pas vraiment plus de 5% de leur masse pour donner l'occasion de faire des choix qui distinguent une gestion de droite d'une gestion de gauche. Avec l'effacement idéologique, une partie des grands élus locaux ont même tenté de théoriser qu'un projet politique national pouvait être l'addition des « innovations » des « territoires », alors que la gauche avait vécu jusque là dans l'idée que l'exercice de son pouvoir dans les collectivités était une occasion d'expérimenter localement son projet global pour en démontrer l'utilité dans le but d'accéder au pouvoir national. Quel renversement ! Quelle défaite intellectuelle et idéologique !

La caricature a été atteinte au niveau national quand le think tank Terra Nova a publié en 2011 une note stratégique impliquant que les socialistes, par efficacité électorale, devaient abandonner les catégories populaires à leur condition sociale et s’en détourner électoralement. Le nouveau bloc majoritaire du PS, porteur de progrès, est composé selon Terra Nova par les diplômés, les jeunes, les minorités des quartiers populaires, les non-catholiques, les urbains. Ce nouveau sujet politique collectif est soudé principalement par des valeurs culturelles d’«ouverture» et de «tolérance». Pour élargir ce noyau électoral et l’emporter, cibler les classes populaires acquises aux valeurs conservatrices de la droite serait renier les valeurs culturelles de gauche. Le projet social était donc remplacer par un tableur excel à mille lieues de la tradition républicaine et socialiste.

L'atténuation des angles saillant des projets politiques a été (relativement) masqués dans les collectivités du fait même des limites du pouvoir local, mais à l'occasion de la déroute socialiste lors des élections municipales de mars 2014, et celles annoncées pour les élections départementales et régionales en 2015, c'est désormais l'appareil politique, la diversité de ses cadres et le maillage territorial du Parti Socialiste qui pourrait être durablement atteint. C'est là que nous atteignons ce que Laurent Bouvet – qui n'a pas toujours raison par ailleurs – décrit comme la « mort des deux corps du roi » : si sous la monarchie, c'est le corps spirituel (pour nous idéologique) qui était permanent passant d'un corps physique à un autre, dans la « république socialiste décentralisée » le décès ou l'effacement progressif du corps idéologique a précédé de près de 30 ans celui du corps physique (appareil, cadres politiques, maillage territorial). Le politiste conclut donc que le PS a vu mourir ses deux « corps » et ne donne donc plus très cher de la peau de ce qui reste de l'appareil politique de notre parti.

Éviter l'acte de décès du Parti Socialiste, suppose donc que l'on se repose un moment la question de la définition de son rôle dans la société, dans la République.

La représentation que se fait le socialisme français de lui-même veut qu'il soit issu ou du moins soit l'héritier du mouvement ouvrier, des idéologies critiques (mais constructives et dynamiques) du capitalisme et de la modernité économique et industrielle que sont les socialismes utopiques des penseurs français de la première moitié du XIXème siècle et le socialisme autoproclamé « scientifique » inventé par Karl Marx et Friedrich Engels. Le socialisme français, comme les travaillismes nordiques et anglo-saxons et les autres partis social-démocrates européens, ont toujours affirmé leur ambition de transformer la société, d'en extirper les causes des inégalités sociales, de créer les conditions durables de l'émancipation (donc l'épanouissement) collectif et individuel. Peu à peu, et assez rapidement à l'échelle historique, dans notre famille politique, s'est également imposé l'idée que seules la démocratie et l'éducation populaire étaient les outils politiques décents et durables pour atteindre ses objectifs, plutôt que la violence, la terreur et la contrainte politiques (attention, ces dernières n'ont pas grand chose à voir avec le concept de « dictature du prolétariat » de Marx et Engels, mais sont l'interprétation – sous forte influence nihilo-populiste – qu'en donna Lénine et ce déjà bien avant la deuxième révolution russe).

Ce rappel historique et philosophique est nécessaire pour établir que dans un parti socialiste démocratique conséquent le projet de société, le projet historique, la vision, l'orientation politique précède très largement l'outil démocratique et électoral qui doit participer à sa réalisation/concrétisation.

Dans ces conditions, si le PS veut éviter sa propre mort, il doit impérativement travailler – et cela peut prendre du temps – à résoudre et dépasser la crise idéologique qui a atteint le socialisme démocratique sous les effets conjugués de la révolution néo-libérale des années 1970 et de l'effondrement du bloc soviétique. Le rôle d'un parti socialiste démocratique, la tâche qu'il confie à ses militants, n'est donc pas en priorité de sélectionner et de faire élire des candidats – cela arrive dans un second temps et on a vu que l'absence durable de cohérence politique finissait par coûter cher électoralement – mais de définir une vision et orientation politiques qui établissent une analyse de la société et les perspectives de transformation sociale. Cette tâche ne sera par ailleurs possible que si nous sommes ancrés dans la société. Pour citer Michel Rocard, qui paraphrasait Karl Marx en conclusion de sa contribution aux états généraux du PS : « Camarades, c'est bien de vouloir changer le monde. Mais vous n'y arriverez que si vous commencez, comme je l'ai fait, à travailler comme des forcenés à longueur de vie pour comprendre comment il marche… » Le rôle d'un militant socialiste et d'un parti socialiste n'est pas de « représenter de manière utile » nos concitoyens, ou de répondre à leurs attentes lorsqu'elles sont conçues comme l'addition d'intérêts individuels, mais de comprendre les ressorts profonds des fonctionnements économiques et sociaux pour trouver les moyens de les transformer et remettre la société sur la voie de l'égalité et de l'émancipation. Le rôle d'un militant et d'un parti socialistes, c'est de travailler à rassembler les citoyens pour chercher ensemble les moyens de concrétiser des objectifs qui nous dépassent. Léon Blum écrivait en 1919 dans une brochure de formation intitulée « pour être socialiste » et rebaptisée « de quoi est né le socialisme ? » : « Le socialisme est donc une morale et presque une religion, autant qu'une doctrine. » Il ajoutait l'année suivante le 27 décembre 1920 lors du congrès de Tours, qui solda la séparation entre socialistes et communistes une démonstration qui fixe une autre tâche essentielle d'un parti et d'un militant socialiste : « Si vous estimez que le but c’est la transformation, que c’est la transformation qui est la révolution, alors tout ce qui, même dans le cadre de la société bourgeoise, peut préparer cette transformation, devient travail révolutionnaire. Si là est la révolution, alors l’effort quotidien de propagande qu’accomplit le militant, c’est la révolution avançant un peu chaque jour. Tout ce qui est organisation et propagande socialiste, tout ce qui est extension à l’intérieur de la société capitaliste de ces organisations ouvrières de toutes sortes, […] tout cela est révolutionnaire. » Le rôle des socialistes est de se doter avec sérieux et ténacité d'un projet de société et de tenter de mobiliser la société pour permettre sa mise en œuvre, ce qui n'empêche à aucun moment de multiplier les allers-retours avec le peuple, de renforcer la démocratie participative, car en aucun cas le parti ne doit être une espèce d'avant-garde éclairée, coupée de la société. L'armée de militants professionnels préparés au renversement du pouvoir bourgeois n'a réussi qu'une seule fois en Russie et dans des circonstances exceptionnelles, et surtout on a vu les résultats qu'il en a résulté : ils sont d'ailleurs en grande partie responsables aujourd'hui de la crise politique des gauches internationales.

Se sentant mis en cause par des camarades qui leur reprochaient que le conseil national du PS du 13 décembre 2014 soit exclusivement consacré à des questions d'organisation et de fonctionnement sur la base d'un rapport un peu hors sol présenté par Christophe Borgel, les amis du Premier secrétaire répliquaient sur le mode léniniste que les questions d'organisation étaient des questions politiques ; ce n'est pas faux, sauf qu'ils oublient largement que les modes d'organisation d'une formation politique ne sont pas détachables de l'image que le Parti a de lui-même, des tâches idéologiques qu'il se fixe et donc de la précision ou de la confusion de son orientation politique. Lorsque Lénine – dès la fin du XIXème siècle – développe ses thèses pour donner une orientation totalitaire à la social-démocratie russe et européenne, les modes d'organisation du parti qu'il propose sont cohérents avec sa vision idéologique, ce qui lui vaudra d'être combattu tout autant en cohérence par Rosa Luxemburg, l'autre pôle mythologique de la radicalité socialiste de l'époque.

Pourquoi le rapport de Christophe Borgel présenté lors du CN du 13 décembre 2014 était-il « hors sol » ? parce qu'il traduit la confusion politique et idéologique de la direction actuelle du Parti socialiste… Ce n'est pas parce qu'il y aurait une mauvaise structuration du Parti que la société civile, les associations, les syndicats rechignent aujourd'hui à rencontrer les représentants du PS (quand ils n'ignorent tout simplement pas ses fédérations départementales) ; ce n'est pas parce que les modalités d'adhésion au PS seraient complexes (ce n'est vraiment pas le cas) que le parti connaît aujourd'hui une perte massive de ses adhérents (en tout cas à ce qu'en dit la presse, car le BNA n'a toujours pas fait le point sur l'état des fichiers, malgré les nombreux démentis estivaux et automnaux de la direction du parti) ; ce n'est pas parce que nous serions mal organisés sur twitter, que nous manquerions de pédagogie ou que nos infographies (ou celles du gouvernement) ne sont pas assez percutantes que l'exécutif et le PS sont désavoués par l'opinion publique : c'est l'effet de la politique économique gouvernementale, qui les éloigne de nous et qui est en contradiction avec nos engagements de campagne et nos valeurs. Pour retenir électeurs et militants socialistes, il n'y a pas besoin d'un « choc de simplification » bureaucratique et partisan, il faut pratiquer la gauche acoustique, et répondre à leurs attentes, respecter la cohérence entre nos engagements et nos actes au pouvoir.

Tant que les socialistes n'auront pas compris et intégré cette réalité cuisante, ils seront à la fois incapables de regagner une dynamique dans la société et de faire vivre correctement leur organisation partisane. Si nos propositions sont fondées sur une mauvaise analyse de la société, nous serons incapables de construire l'alliance de classe qui permettra à nouveau de l'emporter électoralement ; si nous ne redéfinissons pas les bases idéologiques qui sous-tendraient la reconquête de l'hégémonie culturelle, nous pourrons faire toutes les campagnes électorales que nous voudrons, nous ne regagnerons pas la confiance des catégories populaires, qui ont perdu la conscience de classe qui les caractérisaient des années 1920 à 1980. Si nous continuons d'utiliser les mots et les concepts des néo-libéraux, nous serons victimes de la triangulation que nous avons voulu mettre en œuvre, et les droites radicales et le Front National continuerons de prospérer chez les ouvriers et les employés (aux côtés de l'abstention), sur fond de mise en compétition des « opprimés », des « déclassés » contre les « assistés », avec un renforcement de l'ethnicisation de certains rapports sociaux et politiques propices à ce qu'on appelait autrefois la « lepénisation des esprits ». Si nous ne nous mettons pas au clair sur notre rapport au pouvoir, notre rapport à une démocratie toujours plus abîmée par les logiques de la Vème République, nous ne pourrons pas faire fonctionner correctement notre organisation politique qui ne sait plus où elle en est entre la démocratie proportionnelle héritée de son identité politique et la personnalisation croissante instillée dans nos statuts sous la pression du régime institutionnel actuel.

Un parti démocratique, socialiste et favorable à l'action parlementaire ne peut pas continuer à fonctionner avec la concentration des décisions entre les mains de quelques responsables tout puissant : la limitation des candidatures au poste de premier secrétaire réservée au seul premier signataire des deux motions arrivées en tête, l'élection du premier secrétaire au suffrage direct des militants (plutôt que par les délégués au congrès qui avait été la règle instituée au congrès du Bourget en 1993), la désignation des cadres et représentants à tous les niveaux du parti par les seuls mandataires des motions plutôt que par les assemblée générales de motions, l'intégration des premiers secrétaires fédéraux au conseil national et du tiers des secrétaires de section dans les conseils fédéraux sont autant de réformes statutaires héritées du référendum Jospin de l'automne 1995 qu'il faudrait aujourd'hui réinterroger car elles n'ont en rien été des avancées de la démocratie interne, elles n'ont en rien amélioré la capacité du parti à élaborer son orientation politique et à la diffuser parmi nos concitoyens.

Si donc la première tâche d'un parti socialiste démocratique est d'élaborer un projet de société, une orientation politique, en associant les militants à cette élaboration, alors il est indispensable de donner aux militants socialistes les outils intellectuels, critiques, les connaissances, nécessaires à leur intervention dans l'élaboration de l'orientation politique. C'est pourquoi le rôle de la formation dans le parti est vital. Pendant de trop nombreuses années, son action dans ce domaine s'est borné à donner des capacités gestionnaires à ses élus locaux et à apporter à ses cadres des compétences techniques pour conduire des campagnes électorales et organiser des réunions ; ce n'est pas inutile, mais il y a lieu de s'étonner qu'on forme nos cadres à conduire des campagnes électorales abstraction faite du projet politique qu'ils doivent porter, qu'on forme nos élus locaux sur la gestion des collectivités abstraction faite du rôle de celles-ci dans le projet de transformation social que devrait porter le PS.

Il est donc essentiel que la formation idéologique redevienne une priorité du parti ; pour être pertinente, celle-ci doit battre en brèche la pensée unique, sortir des sentiers battus trop souvent jalonnés des poncifs de l’idéologie néo-libérale, aiguiser l’esprit critique des militants, les éloigner de la « zone de confort » intellectuel dans lequel le parti s'est trop longtemps contenté de les cantonner pour éviter de faire naître trop de débats en son sein.



Les rapports problématiques du Parti Socialiste au pouvoir

Il ne s'agit évidemment pas ici de dire que tout ou partie des socialistes auraient des problèmes avec l'exercice du pouvoir. Ce type d'assertion fait partie des poncifs médiatiques, sous-tendus par une analyse néo-libérale de la plupart des groupes de presse, qui fourbissent un arsenal en illégitimité des socialistes au pouvoir qui auraient du mal à assumer la difficulté des responsabilités et à dépasser leur « sur-moi » marxiste.

Que ce soit aux responsabilités locales ou nationales, les socialistes n'ont évidemment aucune difficulté à assumer l'exercice du pouvoir. Et la première partie du quinquennat matignonesque de Lionel Jospin démontre que l'ensemble des socialistes est assez à l'aise avec l'exercice de l’État lorsque l'on met en œuvre les engagements de campagne.

Ici il sera question de s'interroger sur les difficultés rencontrées par le Parti Socialiste à exister et à être utile en tant qu'organisation politique lorsque les siens sont aux responsabilités. D'une certaine manière, on pourrait transposer la réflexion à tous les échelons de responsabilité (la section avec la municipalité, la fédération avec le conseil général, … la région et les EPCI non puisque le PS n'a jamais réussi à transposer efficacement ces niveaux d'organisation dans son organisation), mais nous nous contenterons ici d'évoquer le pouvoir national.

Quelle que soit la période d'exercice du pouvoir, le problème de l'utilité du PS est posé.

« Le PS fermé pour cause de gouvernement » après l'élection de François Mitterrand en 1981 ; l'édredon Hollande de 1997 à 2002… La différence de ces deux périodes avec les autres, c'est qu'au moins de 1981 à 1983, puis de 1997 à 2000, tout ou du moins une grande partie du programme électoral du parti avait été mis en œuvre comme annoncé aux électeurs. Après 1983 et après 2000, les choix gouvernementaux n'ont jamais été réellement débattus dans le parti : la « parenthèse » théorisée par Jospin en 1983, le cantonnement au rôle de porte-parole du gouvernement sans même préparer le mandat suivant avec François Hollande de 2000 à 2002.

Entre 1988 et 1993, la situation est différente, car le président de la République a été réélu sans véritable programme et sans que le Parti socialiste lui-même en ait réellement préparé un auparavant, s'en remettant déjà à l'aura présidentielle pour lui permettre de revenir au pouvoir en 1988 après une cohabitation au détriment du RPR et de l'UDF. Le Parti a connu dans ses conditions une période d'instabilité gravissime, sans boussole qui lui permette de tenir son organisation. Elle n'a pris fin qu'à l'automne 1995 avec le retour de Lionel Jospin au premier secrétariat et l'élaboration d'un nouveau programme électoral qui a conduit ce dernier à Matignon au printemps 1997.

De 2002 à 2009, le PS conduit par François Hollande n'a pas non plus tiré les enseignements des périodes précédentes et notre actuel président de la République n'a pas présidé à la tête du PS à l'effort d'élaboration nécessaire qui lui aurait permis de reprendre le pouvoir. La théorisation de « l'alternance » simple et de la « cohabitation territoriale » a servi de substitut indigent à toute stratégie et projet politiques.

De 2009 à 2011, après le remplacement dans des conditions difficiles de François Hollande par Martine Aubry, le Parti Socialiste a cependant repris un travail d'élaboration programmatique, pas à la même échelle qu'en 1996 et 1997, mais non négligeable ; le PS en 2011 avant les primaires citoyennes disposait d'un corpus très cohérent qui lui permettait d'aborder les élections présidentielles et législatives de 2012 dans de bien meilleures conditions qu'en 2002 et 2007. C'est François Hollande qui a été désigné par le biais des primaires citoyennes comme candidat socialiste à la présidentielle, sur la base d'un programme substantiellement différent de celui du parti, mais entre le discours du Bourget et les 60 engagements du candidats Hollande celui-ci a été clairement identifié par les électeurs, ce qui a permis au candidat d'arriver en tête du premier tour le 22 avril 2012, puis de l'emporter le 6 mai.

Pourtant, depuis juin 2012 et l'abandon de toute velléité de renégocier le TSCG, il apparaît nettement que les engagements du candidat tout du moins sur le plan économique et social ne sont pas mis en œuvre par le président et ses gouvernements.

Le Parti Socialiste se trouve donc plus que jamais pris au piège des institutions de la Vème République : un pouvoir législatif soumis à l'exécutif, doublé d'une déviation radicale de l'action gouvernementale par rapport aux engagements, sans que la direction du parti soit associée aux arbitrages au-delà des mises en scène habituelles. Le parti a été réduit sous la direction d'Harlem Désir a publié des communiqués de presse en contradiction totale avec l'orientation de la motion arrivée en tête au congrès de l'automne 2012, voire parfois en contradiction complète avec les déclarations de ses responsables quelques semaines plus tôt. Depuis son remplacement par Jean-Christophe Cambadélis en avril 2014, la direction du parti tente de se montrer plus incisive lorsque des ballons d'essais libéraux sont lancés dans la presse par différents ministres en exercices (seuils sociaux, indemnisation des chômeurs, etc.), mais à aucun moment cela n'a eu de conséquences sur l'action gouvernementale ou sur les groupes parlementaires socialistes. Car dans le même temps, la direction du PS continue d'exiger de ses responsables et des parlementaires un légitimisme sans faille menaçant d'exclure des parlementaires qui voteraient contre des dispositions gouvernementales. Le Parti Socialiste empêche donc lui-même, en renforçant la position de l'exécutif sur le législatif, les parlementaires de contester certains aspects de la politique gouvernementale dont il conteste par ailleurs également d'autres annonces, tout cela sans que qui que ce soit ne disposent plus de repères programmatiques, renforçant à l'occasion des états-généraux du PS la distorsion entre les discours et les actes.

C'est tout à la fois la conséquence jusqu'au-boutiste de la logique de la Vème République renforcé caricaturalement par le quinquennat et l'inversion du calendrier électoral en 2000, qui soumet finalement tous les pouvoirs et contre-pouvoirs aux errements du l'exécutif, mais aussi une pratique particulière du pouvoir de François Hollande, qui reprend d'une certaine manière à l’Élysée les modes de gouvernance qu'il avait employé à la tête du PS de 1997 à 2008 : maniant le flou et l’ambiguïté, personne ne sait à part le Président lui-même qu'elle est la direction qu'il va imprimer à son action quand il échange avec ses interlocuteurs.

 

L'un des enjeux du congrès qui vient sera de savoir comment le Parti Socialiste peut reprendre une position forte dans le débat sur la politique gouvernementale et de peser sur les choix pour les deux ans qui nous séparent de la prochaine élection présidentielle. C'est un nouveau rapport au pouvoir qui reste à créer, notamment en renforçant la coopération avec les groupes parlementaires tout en mettant fin au caporalisme qui y règne pour que les députés et les sénateurs socialistes puissent eux-mêmes à nouveau peser avec le parti sur les choix de l'exécutif.

Frédéric FARAVEL

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19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 10:35
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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 16:10

nouveau-logo-psLa direction sortante du PS nous a saisi, samedi 13 décembre 2014 après-midi [oui parce que Jean-Christrophe Cambadélis, qui avait décidé que les CN devaient durer toute la journée, a finalement jugé que la période ne valait pas plus qu'une après-midi] de propositions de réformes statutaires qui ne devraient pouvoir être tranchées que par le prochain congrès. Sur cette procédure, nous avions bien entendu que notre Premier secrétaire intérim avait déclaré à la radio que nos statuts n'avaient qu'une valeur indicative, mais jusqu'à preuve du contraire ils restent notre règle de vie collective.

Comme pour les états généraux du PS, bien qu'il y ait des propositions sympathiques dans le rapport présenté par le camarade Christophe Borgel, nous avons dans nos mains (même si la presse l'a eu avant les responsables socialistes) un texte qui navigue entre des passages d'une naïveté confondante et un sabir technocratique affligeant.

Il traduit parfois une méconnaissance surprenante et inquiétante de nos statuts, notamment concernant la manière d'adhérer à notre parti... ce qui est proposé reprend exactement ce qui devrait déjà être appliqué aujourd'hui.

Sur la formation, nous nous réjouissons de la remise à l'honneur de la formation idéologique - nécessaire dans un parti qui prétend associer ses militants à l'élaboration de son orientation politique -, cependant nous nous inscrivons en faux quant à la volonté affichée - et déjà présenté dans certaines fédérations et Unions régionales - de prédésigner hors de tout cadre démocratique de futurs candidats, qui auraient le droit d'accéder à ses formations au prétexte de la reconquête des territoires.

Nous nous associons au souhait d'améliorer la visibilité de l'intervention numérique du parti et des socialistes, mais à la seule condition que l'on ne caporalise pas l'expression des camarades.

Comme pour les états générauxn ce rapport dénote d'une contradiction grave entre les objectifs affichés et les pratiques réelles dans le parti, à tous les étages : nos instances de contrôle tant nationalement que dans les fédérations ne fonctionnent pas normalement. Nos instances de débat et décision - conseils et bureaux nationaux et fédéraux - sont la caricatures d'elles-mêmes, c'est-à-dire une succession d'interventions qui ne se répondent pas et dont personne ne tient compte en conclusion.

Si le parti n'est pas capable aujourd'hui d'entretenir un lien constructif et durable avec la "société civile", les associations, les syndicats, personne dans la direction ne s'interroge sur l'effet de la politique économique gouvernementale, qui les éloigne de nous et qui est en contradiction avec nos engagements de campagne et nos valeurs. Cela n'a rien à voir avec notre organisation interne.

Pour retenir électeurs et militants socialistes, il n'y a pas besoin d'un "choc de simplification" bureaucratique et partisan, il faut pratiquer la gauche accoustique, et répondre à leurs attentes, respecter la cohérence entre nos engagements et nos actes au pouvoir.

Une grande action de rénovation du Parti avait été conduite sous les auspices de Martine Aubry ; nos statuts ont été révisés à l'unanimité lors du dernier congrès à Toulouse. On peut pas dire aujourd'hui que l'application suive !

Lorsque la direction actuelle du PS saura faire respecter le fonctionnement normal de notre Parti, alors seulement il sera temps de regarder avec intérêts ces améliorations qu'elle juge nécessaires.

En l'état, le mieux étant l'ennemi du bien, il serait préférable de ne pas tirer de plan sur la comète à coups d'usines à gaz ; il serait préférable que la direction sortante se concentre sur le respect de nos règles actuelles.

C'est pourquoi dans ces conditions il n'était pas possible de voter pour ces propositions.

Frédéric FARAVEL

Rapport Borgel sur le fonctionnement du PS

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 13:24

israel-palestine-les-artisans-de-la-paix-1Ce matin, le Sénat a adopté à son tour une résolution demandant que la République Française reconnaisse l'Etat de Palestine à 153 contre 146 ; cette résolution était présentée conjointement par les groupes socialiste, communiste et écologiste (voir plus bas les vidéos sur les positions des différents groupes parlementaires), comme quoi il est encore des sujets où le rassemblement de la gauche n'est pas récusé. La gauche n'étant pas majoritaire seule au Sénat, il aura fallu que des parlementaires de droite rallient cette résolution, c'est une bonne chose car elle renforce la position traditionnelle de la France sur le conflit israélo-palestinien. L'opération de terrorisme intellectuelle de Nicolas Sarkozy aura fait long feu (voir plus bas le détail nominatif du vote).

C'est également un acte fort alors que Benyamin Netanyahu a obtenu de la Knesset qu'elle vote sa dissolution pour une élection le 17 mars prochain. Tous ceux qui ont un peu de jugeotte expliquent aujourd'hui ouvertement que Netanyahu est incapable de concevoir des négociations ; avec lui Israël n'aura donc ni paix ni sécurité, comme en témoigne l'escalade de la violence depuis plusieurs mois. La mort en Cisjordanie, dans une manifestation, du ministre palestinien en charge de la question des colonies, Ziad Abou Eïn, à la suite de heurts avec des soldats israéliens, marque encore un peu plus au fer rouge la dérive destructrice de la droite israélienne. Celle-ci est de plus en plus prisonnière de son extrême droite.

Il y a désormais urgence que la Présidence de la République et le gouvernement suivent pour une fois le vote des parlementaires et que François Hollande réalise ce qui l'une de ses promesses de campagne. Le Président est désormais au pied du mur.

Tout la question est savoir quelle peut être l'alternative. On aura compris que depuis plusieurs années le Parti Travailliste Aha'voda, à la dérive depuis l'assassinat de Yitzak Rabbin et surtout la trahison d'Ehud Barak et de Shimon Peres, a choisi de se tourner vers le centre plutôt que d'unifier le camp de la Paix ; il a dans le même mouvement échoué à offrir un débouché politique au mouvement israélien des Indignés, malgré l'engagement de Stav Shaffir, une de ses leaders, à ses côtés.

Aujourd'hui, le parti travailliste a choisi de faire alliance avec le parti Hatnuah de Tzipi Livni, ancienne ministre des affaires étrangères d'Ehud Olmert. La crédibilité et la qualité politique de l'attelage est sans propre à rassurer des politiciens professionnels. Mais il n'est pas sûr qu'elle soit suffisante pour retrouver une position politique centrale à l'issue des élections, alors que le Likud et le Hamas chacun avec leurs moyens se sont acharnés l'un comme l'autre à convaincre les citoyens israéliens que la paix étaient impossible.

Je vous renvoie à l'article que j'avais écrit précédemment sur le sujet.

Frédéric FARAVEL

détail du vote

Groupe Union pour un Mouvement Populaire (143)

Pour : 4 - M. Michel Bouvard, Mme Caroline Cayeux, MM. François Grosdidier, Jean-Pierre Vial
Contre : 124
Abstentions : 8 - MM. René Danesi, Michel Fontaine, Mme Joëlle Garriaud-Maylam, MM. Jacques Legendre, Jean-Baptiste Lemoyne, Philippe Marini, Alain Milon, Jean-Pierre Raffarin
N'ont pas pris part au vote : 7 - M. Gérard Larcher, Président du Sénat, MM. Alain Chatillon, Bernard Fournier, Alain Joyandet, Mmes Fabienne Keller, Élisabeth Lamure, M. Claude Malhuret

Groupe socialiste et apparentés (112)

Pour : 106
Abstentions : 2 - MM. Luc Carvounas, Simon Sutour
N'ont pas pris part au vote : 4 - Mme Nicole Bricq, MM. Gérard Collomb, Jean-Pierre Masseret
M. Jean-Marc Todeschini, membre du Gouvernement

Groupe Union des Démocrates et Indépendants - UC (42)

Pour : 7 - M. Michel Canevet, Mmes Nathalie Goulet, Sylvie Goy-Chavent, MM. Pierre Jarlier, Aymeri de Montesquiou, Christian Namy, Henri Tandonnet
Contre : 17
Abstentions : 9 - MM. Daniel Dubois, Vincent Dubois, Jean-Marc Gabouty, Mmes Françoise Gatel, Anne-Catherine Loisier, MM. Jean-François Longeot, Jean-Claude Luche, Mme Catherine Morin-Desailly, M. Yves Pozzo di Borgo
N'ont pas pris part au vote : 9 - Mme Annick Billon, M. Jean-Léonce Dupont, Mmes Jacqueline Gourault, Teura Iriti, M. Jean-Jacques Lasserre, Mme Valérie Létard, MM. Pierre Médevielle, Gérard Roche, Jean-Marie Vanlerenberghe

Groupe communiste républicain et citoyen (18)

Pour : 18

Groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen (13)

Pour : 8
Contre : 2 - MM. Gilbert Barbier, Philippe Esnol
Abstentions : 3 - MM. Joseph Castelli, François Fortassin, Jean-Claude Requier

Groupe écologiste (10)

Pour : 10

Sénateurs ne figurant sur la liste d'aucun groupe (9)

Contre : 3
Abstentions : 2 - Mme Mireille Jouve, M. Robert Navarro

 

N'ont pas pris part au vote : 4 - MM. Philippe Adnot, Jean Louis Masson, David Rachline, Stéphane Ravier


[Entretien] Proposition de résolution sur la... par Senat

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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 16:45

nouveau-logo-psHier soir, se tenait à Gonesse le conseil fédéral du PS Val-d'Oise. Nous avions le plaisir de recevoir en première partie de réunion Jean-Paul Huchon, Président du conseil régional d'Île-de-France, et Emmanuel Maurel, vice président, qui faisait là ses adieux socialistes à sa vice présidence pour se mettre en conformité, une fois le budget de la région votée, avec ses convictions sur le non cumul des mandats. Nous avons eu doublement du plaisir, puisque le président du conseil régional a réclamé plus d'équilibre dans la politique menée par le gouvernement, histoire de ne pas totalement désespérer les électeurs socialistes et permettre aux collectivités territoriales de conduire leurs missions. Il donnait d'autant plus de force à cette demande qu'il revendiquait un bilan de gauche à la tête de la région, un bilan d'actions acquis grâce à une majorité de gauche rassemblée dans toutes ses composantes. Comme quoi c'est possible.
Evidemment ce point de l'ordre du jour nous a conduit au-delà de 23 heures et j'ai dû rogner sur l'intervention que j'avais prévue ; je la restitue donc ci-dessous en intégralité.

Avant d'aborder les élections départementales, je souhaite faire quelques remarques sur la situation politique. Ce week-end avait lieu une élection législative partielle dans une circonscription il est vrai difficile, puisqu'il s'agissait de celle que François Baroin a abandonné pour rejoindre le Sénat. Mais cette partielle, comme les précédentes qui se sont accumulées depuis 2012, apporte des enseignements graves : le candidat socialiste, notre candidat recueillait 29% des suffrages en juin 2012, il n'en recueillait plus que 14,5% dimanche soir, il est éliminé, le second tour verra s'affronter à nouveau FN et UMP.

Election après élection, les résultats se confirment et il faudrait être aveugle pour ne pas voir que les mêmes causes produisent les mêmes effets : les électeurs socialistes votent avec les pieds.

J'ai bien lu que certains - le député PS du Val-d'Oise Dominique Lefebvre n'ayant rien trouvé de mieux dimanche soir que d'agresser publiquement sur twitter le Président du conseil général et ancien député de l'Essonne Jérôme Guedj - n'avaient aucune retenue et tentaient d'écarter la responsabilité collective des socialistes au pouvoir pour la rejeter toute entière sur les camarades qui proposent - oui proposent - un changement de politique économique.

Qui peut sérieusement penser que les électeurs socialistes de l'Aube auraient déterminé leur choix, leur désaveu sur autre chose que leur déception, leur désaccord avec une politique gouvernementale, qui ne porte pas de fruits, qui est même contre-productive en termes d'activité économique et d'emplois, une politique qui est en décalage pour rester poli avec nos engagements de campagne ? Ce désaveu a commencé dès les premiers mois du quinquennat, dès les premiers accrocs à nos engagements, avant même que les voix "dissidentes" se soient faites entendre. Il a été immédiat et brutal dès les premières partielles, mais la défaite serait donc à mettre à la charge de la gauche - au sens très large - du PS... La politique raconté aux télétubbies...

Voilà donc le climat politique qui va encadrer notre prochaine campagne, et pour revenir sur l'intervention de Jean-Paul Huchon, nous devons au minimum exiger du gouvernement que des signes forts soient donnés pour les électeurs puissent à nouveau considérer que voter PS, cela a un sens :

  • ne pas donner l'impression une nouvelle fois que l'on cède devant les exigences du MEDEF, car depuis le début du quinquennat seul ce camp social semble avoir l'oreille du gouvernement, quand les salariés encaissent tout à la fois la menace accrue du chômage, la dégradation de leurs conditions de travail et celle du pouvoir d'achat. C'est pourquoi je suis convaincu que le PS et les parlementaires de la majorité de gauche peuvent et surtout doivent rejeter le projet de loi  qui sera présenté mercredi - et qui une nouvelle fois ne fait que répondre aux vieilles lunes du patronat - sous peine de voir une nouvelle frange de notre électorat s'éloigner de nous ;
  • Nous devons également exiger de sortir de la logique folle qui fait supporter aux collectivités locales une baisse excessive des dépenses publiques, dont non seulement elles ne sont pas responsables du déficit et de la dette, et qui aujourd'hui les empêchent d'assumer correctement leur rôle auprès des habitants : le Département est censé agir pour les plus faibles, pour les familles, ses investissements remplissent les carnets de commandes des PME. Car les collectivités locales font 66% des investissements publics, baisser les dotations c'est donc affaiblir l'activité économique.
    Le budget n'est pas encore définitivement voté, incitons donc nos parlementaires à un sursaut pour nous donner les moyens d'agir de faire campagne dans des conditions à peu près normales.

J'en viens à la question des accords avec nos partenaires politiques : je le redis, et je l'ai fait plusieurs en conseil, en bureau fédéral, au sein de la commission électorale, nous n'aurons aucun accord ni départemental (le PCF et EELV n'en veulent pas c'est donc réglé) ni même local sans aborder les questions de fond, dont font partie la question du financement des collectivité locales et le périmètre du département du Val-d'Oise sur lequel planent les nombreux risques engendrés par la réforme territoriale. Je ne connais pas d'élu communiste ou écologiste qui accepterait de discuter avec nous pour un accord local, sans que ces questions soient traités dans la discussion et soient donc abordées durant la campagne.

Par contre, je le redis à nouveau il n'est pas non plus possible de tomber dans des marchés de dupes, que certains ont proposé : on ne fait pas d'accord départemental, on ne discute de rien, mais on ne présente pas de candidat ici contre vous, vous ne présenterez pas de candidats là. Un tel gentleman agreement serait fondé sur du sable, il évite toutes les questions qui nous exploseraient à la figure durant la campagne, il empêcherait de porter notre discours socialiste - pas gouvernemental, socialiste - sur un canton entier ! Croyez-vous sérieusement un seul instant qu'une telle combinazione amenérait les électeurs communistes à voter pour les candidats socialistes sur le canton où le PCF se serait effacé ? Croyez-vous un seul instant par ailleurs que cela vous protège d'une éventuelle candidature Front de Gauche sur ce même canton ?

Je suis contre tout montage bancal, certains membres de ses instances refusaient même l'idée de construire un ticket d'union dans un ou plusieurs cantons si c'était pour avoir des candidatures communistes opposées ailleurs dans le département ; a contrario, j'aurais là plutôt choisi l'efficacité politique qui nous aurait permis d'espérer un ou une conseiller(e) départemental(e). N'ayant pas eu de réponse claire à ce sujet je ne voterai pas pour donner la complète latitude à la direction fédérale pour boucler les négociations avec les partenaires.

Frédéric FARAVEL
mandataire fédéral de la motion 3
membre du bureau fédéral du PS95 

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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 16:25

J'intervenais le 24 novembre 2014 devant l'école de formation de Maintenant la Gauche sur "le socialisme français depuis le congrès d'Epinay. Quel avenir pour le PS ?"

Je vous conseille de regarder auparavant les vidéos et documents pédagogiques de la précédente séance, qui s'est tenue le 29 septembre 2014 : http://ecole-formation-maintenantlagauche.fr/histoire-du-socialisme/


"Le socialisme français depuis le congrès d... par FredMouflon
"Le socialisme français depuis le congrès d... par FredMouflon
"Le socialisme français depuis le congrès d... par FredMouflon

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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 14:44

LE MONDE | 03.12.2014 à 17h47 

Michel_Rocard.jpgLe Parti socialiste (PS) vit l’une des crises les plus profondes de sa longue histoire. Pourtant, quel paradoxe. Né du refus de la cruauté inhérente au capitalisme, ce parti s’est formé autour de la certitude longtemps affirmée, puis oubliée sans être pour autant démentie, que le capitalisme était caractérisé par une instabilité structurelle qui finirait par l’emporter. Or le capitalisme est toujours là.

Il a survécu à deux guerres mondiales et aux deux crises les plus gigantesques de son histoire (1929, 2006). Le capitalisme semble maintenant entré dans une période de convulsions, de drames, et de contradictions dont on ne voit guère comment il pourrait sortir.

C’est dans cette situation, que certains, y compris dans nos rangs, et faute d’avoir vu le PS de France porteur de solutions, veulent déclarer sa désuétude et programmer sa disparition. Ce serait pire qu’une folie, une faute et sans doute un geste suicidaire pour la France.

Les forces de progrès ont toujours besoin d’un emblème, d’un nom qui soit un signe de rassemblement. Dans cette période inquiétante où s’effondrent nos anciennes convictions et nos savoirs, la seule certitude qui demeure est que la somme des intérêts individuels qui constitue le marché est incapable de définir et de défendre l’intérêt général.

Certes, la liberté fut si menacée au XXsiècle qu’il ne faut transiger en rien sur sa priorité. Mais l’histoire a fait que le nom de la social-démocratie porte toujours la trace et l’honneur de ces combats. Et ce qui est menacé aujourd’hui est l’intérêt général. Il faut assurer leur compatibilité. Le nom du socialisme, s’il n’a plus guère de contenu concret, dit au moins cela, et ne dit même que cela.

La France n’est pas seule dans cette affaire, et il ne s’agit pas que de nous. Si le PS français est plus affaibli que d’autres, cela ne nous donne en rien le droit de les y entraîner. La disparition du sens de l’international est une des causes majeures de l’affaissement du PS français. Or à peu près tous les objectifs qu’il faut poursuivre maintenant sont internationaux, sinon mondiaux : réguler la finance, endiguer l’effet de serre, réconcilier chrétiens et musulmans, assurer la transition énergétique, recommencer la construction européenne, établir avec le milliard de Chinois ces rapports d’amitié dans la société civile qui dépassent le commerce comme la diplomatie. Préservons une affiliation qui peut nous y aider, notre nom compris.

Jaurès n’a pas quitté les mémoires

C’est le militantisme qu’il faut réinventer, le recréer moins électoral, plus social, territorial, environnemental et international. Nous ne le ferons pas seuls. La terre des ONG est en friche pour nous. Il n’y a aucune raison de les y laisser seules. L’affiliation internationale est ici la clé.

Dans un monde où tous les repères se diluent, les traditions prennent un poids croissant. En crise intellectuelle, la tradition socialiste au moins ne s’est pas déshonorée. Elle demeure, Jaurès n’a pas quitté les mémoires. Et puis, regardez les conservateurs de France : ils changent de nom tous les cinq ou dix ans, et ne savent même plus raconter leur histoire. Quant à l’espoir de recréer de l’émotion et du rassemblement autour d’une tradition, il est hors de portée pour eux.

L’un des drames les plus profonds de la période est la disparition du temps long. Depuis que l’écran a remplacé l’écrit, tout ce qui est complexe comme tout ce qui se situe et se comprend dans la longue durée a disparu de nos façons de réfléchir. C’est un suicide de civilisation. Les médias le leur demandant, les politiques d’aujourd’hui jouent à l’instantané (effet d’annonce…), ce qui est stupide et inefficace, et contribue à tuer leur beau métier qui consiste à planter des cèdres – des institutions, des procédures, des règles – en évitant de tirer dessus pour qu’ils poussent plus vite.

Si le consensus se fait sur la vision, il vaudra aussi pour la méthode : c’est progressivement que se mettront en place les éléments de la nouvelle société, dans l’énergie, le temps, la culture puis l’art de vivre. La machine devra continuer à marcher tout au long, ses cruautés et ses injustices ne s’effaçant que progressivement.

Cela appelle une dernière réflexion nécessaire, concernant le gauchisme. Qu’est-ce que le gauchisme sinon l’attitude consistant à refuser le discours politiquement correct auquel se sont ralliés les institutions et les chefs en place ? Il est des moments où une cure de gauchisme est nécessaire.

LA DISPARITION DU PS SERAIT PIRE QU’UNE FOLIE, CE SERAIT UNE FAUTE
ET SANS DOUTE UN GESTE SUICIDAIRE POUR LA FRANCE

Le gauchisme, je connais, j’en sors, j’en suis, c’est ma famille. J’avais 16 ans, mon pays baignait dans la joie de la liberté retrouvée. Il tomba d’accord, tout entier, socialistes compris, pour entreprendre en Indochine la reconquête de son empire colonial. Je dénonçai cette honte, et me découvris gauchiste. Moins de dix ans après, rebelote, à propos de l’Algérie. L’accord était général. De nouveau, je fus gauchiste, et moins seul dès le début. Nous sauvâmes au moins l’honneur de la gauche.

Et puis un bref moment – Mai 68 – je fus un chef gauchiste, estampillé extrémiste par le ministère de l’intérieur, pour avoir osé réclamer le droit à la parole dans la société hiérarchisée.

Franchement, n’y avait-il pas aussi quelque gauchisme à proclamer, dix ans plus tard, que l’accord solennel de toute la gauche autour du programme commun de gouvernement puis des 110 propositions du candidat ne préparaient pas la vraie transformation sociale dont la France et le monde avaient besoin ?

Une cure de gauchisme n’est donc ni pour me surprendre ni pour me déplaire. Mais, mais… le fondateur du gauchisme, au fond, est un camarade à nous qui s’appelait Karl Marx. J’ai grand crainte que nos gauchistes d’aujourd’hui ne soient en train d’oublier sa plus forte leçon. Il ne l’a pas écrite comme telle, c’est sa vie qui la donne. Elle est évidente à résumer : «Camarades, c’est bien de vouloir changer le monde. Mais vous n’y arriverez que si vous commencez à travailler comme des forcenés pour comprendre comment il marche…»

En l’absence d’une soudaine explosion générale, aussi peu probable que souhaitable, ce sera lent. Le peuple que nous défendons aura toujours besoin de ses emplois, c’est-à-dire que la machine marche. Or elle ne peut fonctionner que dans ses règles, qui certes ne sont pas les nôtres, mais sont celles dont elle a besoin. Si nous avons ensemble une vraie confiance et une vraie unité autour de notre vision de l’avenir long, nous n’avons pas le droit de dérégler la machine par des brutalisations de court terme qui peuvent l’affaiblir. Il n’y a de gauchisme utile que pertinent et cohérent.

Voilà la raison qui nous fait obligation de renouvelerrenforcerréunir notre Parti socialiste, dans la France d’aujourd’hui, le seul outil de demain. Ce faisant, nous pourrions même contribuer au réveil de quelques partis frères, renforçant par là la chance de voir éclore la société des hommes à la place de celle de l’argent.

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