Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
en savoir plus

 

Trouve

Maintenant la Gauche !

signez la contribution générale de MLG pour le congrès de Poitiers

 

27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 13:28

Emmanuel Macron est-il en train de réussir là où des efforts perpétuels de communicants d'extrême droite ont échoué jusqu'ici ?

Alors qu'il a toujours été entendu qu'un candidat dit "républicain" l'emporterait forcément au second tour de l'élection présidentielle (en tout cas en 2017), la suffisance, le mépris et le caractère erroné du projet de ce candidat donnent désormais corps à la perspective d'une victoire par quiproquo de Marine Le Pen. Il était déjà compréhensible que de nombreux électeurs de gauche - tout particulièrement ceux de Jean-Luc Mélenchon - puissent renâcler à accorder leurs suffrages au candidat libéral-technocrate, tant il est l'incarnation de ce qui produit partout dans le monde la poussée des populismes d'extrême droite, mais il semblerait qu'Emmanuel Macron et son entourage rivalisent désormais de talents pour pousser certains électeurs à voter directement pour la candidate du Front National. Quand ce ne sont pas ses portes-paroles qui racontent - en échos à son discours de "victoire" du soir du 23 avril - que chaque voix qui se portera sur Macron le 7 mai sera une pierre de plus dans le rassemblement et soutien au projet du candidat, il suffit ensuite de regarder la séquence de la visite des candidats à Whirlpool Amiens pour comprendre ce qui se joue aujourd'hui : la candidate xénophobe comme un poisson dans l'eau au milieu des ouvrier(e)s menacé(e)s, le candidat libéral planqué à la Chambre de Commerce puis sifflé par les mêmes ouvrier(e)s, l'un de ses premiers soutiens Jacques Attali qualifiant la situation des salariés de cette usine, en voie de délocalisation vers la Pologne, d'anecdote.

Dix jours à ce rythme et Marine Le Pen sera élue présidente de la République... Se concrétise sous nos yeux ébahis ce que je raconte - notamment à mes collègues - depuis plusieurs mois : Emmanuel Macron est le plus mauvais (le pire) candidat à opposer à l'extrême droite. Ma colère contre ceux qui ont permis son ascension n'en est que plus grande : ceux des ministres, députés et responsables socialistes qui ont tourné casaque et vendu leur âme pour espérer se perpétuer au pouvoir après avoir consciencieusement fracturé la gauche et la société française pendant 5 ans ; ceux des électeurs qui, convaincus par le chœur organisé des médias sous tutelle des grands groupes économiques, se sont résolus à voter pour lui parce qu'on leur racontait à longueur de journée qu'il était le vote utile pour éviter le duel entre Fillon et Marine Le Pen... Plus de 50% de ses électeurs du premier tour avouent ne l'avoir pas fait par conviction, mais par calcul ou par dépit... S'ils avaient tenu bon malgré les diktats médiatiques, Benoît Hamon ne se serait sans doute pas effondré, ou encore Jean-Luc Mélenchon aurait été qualifié pour le second tour... Face à Marine Le Pen ou François Fillon.

Nous nous retrouvons donc avec le candidat le plus nul pour faire face à Marine Le Pen, qui - mise à part son affreuse affiche de campagne de second tour - semble avoir compris l'intérêt qu'il y avait communiqué efficacement autour de la protection économique et sociale. Et parce qu'il est nul et qu'il risque de nous faire élire une national-populiste, je vais sans doute devoir me résoudre à utiliser son bulletin pour faire barrage. Mais ne comptez pas sur moi pour condamner ceux qui en conscience ne peuvent se résoudre à sauter le pas et voteront blanc le dimanche 7 mai. Je l'ai écrit : "On ne peut pas combattre l'extrême droite avec quelqu'un qui nourrira sa dynamique.
Si donc il faudra faire battre Marine Le Pen et son programme de haine le 7 mai, jamais il ne faudra donner la moindre caution à l'orientation de celui qui sera sûrement élu.
"

C'est là que la tribune signée par 160 "responsables" socialistes, proches de François Hollande, est dans l'erreur. Outre que le PS ait mis plus d'empressement à publier et diffuser en deux jours un tract à 4 millions d'exemplaires pour "faire barrage au FN" (faisant l'erreur d'habiller la candidate en présidente de la République !!?!) qu'à mobiliser fortement pour la campagne de premier tour de son candidat, ce texte fait l'apologie sans nuance du bilan du quinquennat, niant les graves divisions qu'il a fait naître à gauche, niant ses échecs notamment en termes d'emplois la veille de la publication des chiffres d'une nouvelle hausse du chômage (!?), pour en tirer la conséquence logique qu'il faut non pas faire barrage mais voter POUR Emmanuel Macron. Cette logique est suicidaire : que parmi les 160 cela traduise la fin de l'ambiguïté et révèle le penchant qu'ils (comme Stéphane Le Foll qui est à l'initiative de la tribune) n'ont pas osé exprimer par prudence pendant la campagne, c'est une chose ; mais pour tous ceux qui par habitude ou volonté de rassemblement ont signé ce texte proposé par leurs amis je veux leur dire qu'ils se sont piégés. Les socialistes n'ont aucun intérêt de fond et de forme à se situer dans une "majorité présidentielle" macronienne.

  1. Le projet de Macron c'est une pseudo modernisation libérale à marche forcée sous pilotage de l'Etat, ou plus précisément de Bercy : c'est le quinquennat Hollande en pire (le président ayant imposé par la force des institutions à un appareil partisan récalcitrant mais lâche des mesures qu'il aurait combattu dans toute configuration) avec énormément de Fillon à l'intérieur ;
  2. La principale force parlementaire, malgré les déboires de Fillon, sera celle de la droite ; Macron sera donc l'otage de LR et de l'UDI, même s'il arrive à faire élire des députés En Marche ! ; alors que le FN devrait obtenir entre 50 et 80 députés, on voit mal quel intérêt auraient les socialistes alors qu'ils seront peu nombreux à venir soutenir une politique de régression sociale et laisser l'extrême droite représenter la seule alternative.

Le Parti Socialiste doit donc trancher très rapidement sa perspective stratégique :

  • soit le PS se donne à Valls, Le Guen et consorts, qui l'ont insulté et méprisé et devient un supplétif du président Macron et il se rend complice de la régression, de l'adieu aux idéaux de la gauche (qui n'est pas de s'adapter aux diktats de la "réalité" mais de transformer la réalité pour permettre l'émancipation individuelle et collective) de nouvelles progressions du FN, de la perspective de sa victoire en 2022 ;
  • soit le PS annonce clairement sa volonté de s'opposer non seulement à l'extrême droite, mais également à la droite sous toutes ses formes qui avec Macron, le Modem, LR et l'UDI s'apprête d'une manière ou d'une autre à gouverner la France dans quelques semaines. Dans ce cas, il est urgent de s'assurer des conditions permettant la constitution d'un groupe parlementaire de gauche ou de plusieurs groupes parlementaires de gauche alliés, et surtout structurés, dans la future Assemblée Nationale, pour s'opposer à la potion libérale que Macron ne pourra pas toujours administrer par ordonnances. Pour y arriver, nous devons dès aujourd'hui décider de parler à ceux qui n'auraient jamais dû cesser d'être nos partenaires : EELV, le PCF, le MRC, mais aussi Jean-Luc Mélenchon, pour faire émerger partout où cela sera possible des candidatures de rassemblement de la gauche pour les législatives qui permettent de dépasser les 12,5% des suffrages nécessaires pour être qualifié au second tour et espérer être élu.

Cette stratégie défensive face à une offensive en ciseau des libéraux et des conservateurs d'un côtés, de l'extrême droite de l'autre, doit précéder une phase de plus long terme, qui permette la refondation d'une nouvelle gauche capable de construire une alternative différente de celle de l'extrême droite. Et nous devons voir large : pas question de s'enfermer dans le petit monde des bobos socialos-écolos, de créer un nouveau PSU. Il faudra conjuguer toutes les cultures de la gauche, résoudre tous les débats éludés entre nous, y compris ceux de la souveraineté, de l'Europe, de la réaffirmation de l'identité républicaine, de la production industrielle adaptée à la transition écologique, plutôt que de s'enfermer dans une "deuxième gauche" étriquée et piégée dans des débats sur la fin du travail et le multiculturalisme.

Ce travail est de longue haleine, il faut pourtant l'engager dès maintenant. Car si malgré sa suffisante nullité, Emmanuel Macron est élu pour faire barrage à Marine Le Pen le dimanche 7 mai, sans ce travail, sans cette refondation, la "fille du borgne" sera à l'Elysée au printemps 2022 et disposera d'une majorité parlementaire.

Au boulot !

Frédéric FARAVEL
Mandataire fédéral de la motion B du PS Val-d'Oise

Sans enjamber le 7 mai, refonder l'alternative à gauche...
Sans enjamber le 7 mai, refonder l'alternative à gauche...
Repost 0
23 avril 2017 7 23 /04 /avril /2017 20:58

Comme en 2002, la gauche sort éliminée du premier tour de l'élection présidentielle ; à une différence près... le score total de la gauche est bien plus catastrophique (à peine 28%, le pire jamais cumulé à une présidentielle), comme le laissait imaginer les reniements et les échecs du quinquennat de François Hollande (qui sur les questions européenne, économique et sociale aura fait l'exact contraire de ce à quoi il s'était engagé devant les citoyens). Par sa politique, il aura fracturé la gauche, durablement peut-être, il aura également inscrit les rapports de la gauche socialiste et des Français sous le signe de la défiance, durablement sans doute.

Pourtant un temps, avec la réussite (inespérée) de la primaire de la gauche et l'élan réel de la campagne interne de Benoît Hamon, avec ensuite la dynamique de fond de Jean-Luc Mélenchon, on a pu espérer que la gauche saurait se reconstruire et retrouver enfin le sens de son projet et de ses valeurs. Las, on ne dira jamais assez à quel point leur incapacité partagée à s'accorder et se rassembler place aujourd'hui la gauche et surtout la France dans une impasse.
J'espère que désormais l'intelligence prévaudra et que pour les élections législatives la gauche saura se rassembler sur la base des projets de ses deux candidats pour qu'un groupe parlementaire d'opposition fort puisse combattre les politiques de faillite économique et de régression sociale qui s'annoncent.

Car si le réactionnaire François Fillon est heureusement écarté, les projets portés par Emmanuel Macron sont du point de vue économique, social et européen à la fois dans la continuité libérale, mais aggravés, de François Hollande et dans une certaine convergence avec les propositions de François Fillon.

Tout le monde connaît mon opposition viscérale à l'extrême droite et à Marine Le Pen, comme à son père auparavant et à tous leurs séides ; je ne confond pas la droite et l'extrême droite, même si depuis Nicolas Sarkozy la droite s'est donnée beaucoup de mal pour nourrir la confusion. Cependant, ce soir, j'ai bien plus peur qu'auparavant car deux courses vers l'abîme nous sont présentées : le nationalisme xénophobe et le libéralisme technocratique... Emmanuel Macron propose de poursuivre en l'aggravant la politique de François Hollande qui a échoué et qui a été rejetée au point que celui-ci a renoncé à se représenter. Il propose même des orientations que la droite réactionnaire partageait (autonomie des établissements scolaires, parmi tant d'autres) ou n'osait pas imaginer (déconstruction de l'assurance-chômage).
Ces politiques ont fait prendre 5 points au Front National en 5 ans, il lui a permis d'atteindre plus de 27% aux élections régionales. On imagine ce que pourraient donc être les conséquences de la perpétuation de ces politiques. Enfin le profil présenté par Emmanuel Macron, fait de libéralisme éculé, de technocratie sourde et d'indifférenciation politique droite-gauche, propose une incarnation presque parfaite à l'argumentation du FN sur l'UMPS ou LRPS.

En conscience, je ne peux soutenir une personnalité et une politique qui serviraient de marchepied à Marine Le Pen en lui permettant une nouvelle progression qui lui apportera la victoire en 2022 avec sans doute une majorité parlementaire à la clef. Je ne veux pas soutenir  quelqu'un qui permettra à l'extrême droite d'arriver en meilleure position plus tard. On ne peut pas combattre l'extrême droite avec quelqu'un qui nourrira sa dynamique.
Si donc il faudra faire battre Marine Le Pen et son programme de haine le 7 mai, jamais il ne faudra donner la moindre caution à l'orientation de celui qui sera sûrement élu. Dès aujourd'hui, nous devons nous mobiliser pour dénoncer l'extrême droite comme les libéraux lors des élections législatives et engager une opposition frontale à leurs projets dans le prochain hémicycle de l'Assemblée Nationale.

Nous devons maintenant construire une nouvelle gauche qui soit capable de conjuguer toutes ses cultures et d'offrir une espérance et un projet neuf qui a pu parfois, même imparfaitement, émerger des campagnes de Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon ou Arnaud Montebourg. Cette nouvelle gauche devra combattre tout à la fois la voie du libéralisme technocratique dépolitisé, la droite radicalisée qui n'hésitera pas à dériver encore, et enfin l'extrême droite en lui opposant un projet politique et culturel puissant et diamétralement différent.
Voila comment nous ferons reculer durablement l'extrême droite ; voila comment nous ferons renaître l'esprit de la République sociale.

Frédéric FARAVEL
membre des instances nationales du PS
membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du PS

Macron-Le Pen : reculer pour mieux sauter ? Probablement, sauf si une nouvelle gauche nait...
Macron-Le Pen : reculer pour mieux sauter ? Probablement, sauf si une nouvelle gauche nait...
Repost 0
27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 21:03
Débat à la salle Gavroche samedi 26 novembre 2016
Débat à la salle Gavroche samedi 26 novembre 2016
Débat à la salle Gavroche samedi 26 novembre 2016
Débat à la salle Gavroche samedi 26 novembre 2016

Débat à la salle Gavroche samedi 26 novembre 2016

Diversité, difficultés et richesse du Front Populaire.
Qu'en reste-t-il ?

Soirée débat organisée par Le Lab' de Bezons – samedi 26 novembre 2016 19h00 - Maison de Quartier Gavroche - 35 rue des Barentins

J'intervenais aux côtés de Frédérick Genevée, Président du Musée d'Histoire Vivante à Montreuil et directeur des archives nationales du Parti Communiste Français.

Avant-propos :

Je suis membre du Conseil National du Parti Socialiste. J'y siège au titre de la motion B « à gauche pour gagner ! » qui réunit les « frondeurs » et l'aile gauche du PS et qui a rassemblé 30% des suffrages à son dernier congrès ; je suis le mandataire départemental de cette motion qui a reçu le soutien de 25% des adhérents valdoisiens du PS.

Mon intervention sera forcément partielle au regard du temps imparti ; elle sera également évidemment partiale, car j'assume parfaitement d'avoir sur le sujet un point de vue politique orienté.

Nous nous attacherons ici à traiter des conditions politiques qui ont permis la création du Front populaire, les conditions politiques dans lesquelles s'est accomplie sa victoire électorale, « l'exercice du pouvoir » et enfin celle qui ont présidé à son délitement (rapide).

en fin d'article vous trouverez tableaux électoraux et panoramas des Chambres de 1924 à 1936

Introduction :

L'historiographie traditionnelle veut que le Front Populaire soit né le 12 février 1934 lorsque les manifestants socialistes et communistes ont fait converger à la stupeur des organisateurs leurs cortèges respectifs, appelant à l'unité contre le fascisme, après la manifestation des Ligues d'extrême droite du 6 février 1934 contre le gouvernement Daladier empêtré dans l'affaire politico-financière Stavisky.

S'il est vrai que des comités contre la menace fasciste se créent spontanément dès le lendemain de la manifestation d'extrême-droite, il faut introduire quelques éléments de relativisme :

  • l'appareil du PC ne souhaite pas à ce moment l'unité et dénonce de la même manière un régime corrompu. Les cadres du PC envoyés dans la manifestation avaient consigne de se poster devant le cortège socialiste pour convaincre les militants de rejoindre leur parti ;

  • il n'y a à ce moment pas réelle menace d'extrême-droite pour la IIIème République, le gros des manifestants – c'est-à-dire les Croix-de-Feu du Colonel de La Rocque – du 6 février 1934 n'ont pas traversé la Seine, contrairement à quelques centaines de militants des Camelots du Roi et de l'Action Française ;

  • sans minimiser l'événement et le nombre des morts, il faut comprendre cette manifestation et ses conséquences comme une instrumentalisation de la droite parlementaire pour obtenir la chute du gouvernement Daladier – ce qu'elle obtiendra...

Les facteurs de la création du Front Populaire dépassent donc largement la spontanéité militante du 12 février 1934. Ils découlent tout à la fois d'une prise de conscience des menaces fascistes à l'échelle internationale et d'une volonté de répondre à la crise économique qui frappe durement le pays après avoir mis un certain temps avant de traverser l'Atlantique.

On peut étudier donc les conditions politiques en plusieurs étapes :

  1. le changement de stratégie du Komintern et une coalition de type nouveau au service de la mobilisation anti-fasciste ;

  2. une coalition qui ne peut masquer de profondes divisions ;

  3. la question du pouvoir et la dynamique du mouvement social ;

On verra ensuite quel bilan en tirer...

Congrès de Tours de décembre 1920, Cartel des Gauches, Léon BlumCongrès de Tours de décembre 1920, Cartel des Gauches, Léon BlumCongrès de Tours de décembre 1920, Cartel des Gauches, Léon Blum

Congrès de Tours de décembre 1920, Cartel des Gauches, Léon Blum

I- le changement de stratégie du Komintern et une coalition d'un type nouveau au service de la mobilisation anti-fasciste

C'est le PCF qui permet la création du Front Populaire. Sans changement de stratégie politique des Communistes, cette construction politique eut été impossible.

Après le ralliement des deux-tiers des adhérents socialistes à la IIIème Internationale en décembre 1920, la SFIC puis le PC a connu plusieurs phases :

  1. une lutte entre fractions pour construire l'identité communiste française, une organisation politique d'un type nouveau, où se dénoue les quiproquos entre les nouveaux militants révolutionnaires et certains chez les plus anciens qui pensaient que les 21 conditions d'adhésion à la 3ème étaient une vaste blague... Dans la bascule instable entre les différents groupes, les scissions et les exclusions se multiplient ;

  2. une lutte entre Trotskystes et ceux qui défendent la ligne portée par le Kremlin pour le contrôle de l'organisation ;

  3. une reprise en main complète à partir de 1927-1928 par le Komintern lui-même dans la main de Staline depuis qu'il a définitivement écarté tous ses concurrents du Kremlin (Trotsky, puis Boukharine, puis Kamenev et Zinoviev). À partir de cette date, le PC qui va s'incarner à partir de 1930 (qui s'est repenti de ses supposées sympathies trotskystes) dans la personne de Maurice Thorez, va être un élève appliqué des consignes du Komintern.

Or, durant toute la période et plus encore à partir de la dernière phase, l'ennemi politique principal désigné est la social-démocratie et son équivalent en France : la SFIO et sa principale figure, Léon Blum. En 1929, le PC maintiendra son candidat au 2nd tour à Paris dans la circonscription de Blum dans le but avoué de le faire perdre... C'est pourquoi Blum atterrira dans l'Aude quelques mois plus tard à la demande des socialistes locaux pour revenir à la Chambre des Députés.

La stratégie du Komintern se traduit en Allemagne par l'aveuglement complet du KPD, qui conduit des grèves dans le métro de Berlin avec les syndicats nazis et refuse l'alliance avec le SPD en 1932 et 1933 pour empêcher l'arrivée d'Hitler au pouvoir : il sera le premier à en faire les frais.

Pourtant, la situation ne change pas tout de suite : la coopération militaire entre l'URSS et l'Allemagne – établie sous la République de Weimar – se poursuit jusque début 1934.

Le pacte germano-polonais du 26 janvier 1934 est la première alerte pour Staline, rendant tangible dans son esprit qu'Hitler a bel et bien pour stratégie politique d'étendre « l'espace vital » de la race aryenne vers la Russie en réduisant les « sous-hommes slaves » en esclavage. La mort d'Hindenberg et la purge des SA sont des éléments supplémentaires démontrant qu'Hitler en concentrant tous les pouvoirs devient une menace réelle.

La priorité désormais pour l'URSS et Staline sera de conclure des alliances de revers avec les Démocraties occidentales : Staline a besoin de budgets militaires croissants à l'ouest et les partis communistes qui le peuvent doivent être mis au service de cette stratégie.

Donc lorsque Maurice Thorez appelle le 26 juin 1934 les socialistes à l'unité avec le PCF se conjuguent plusieurs éléments :

  • une aspiration unitaire à la base face à la menace fasciste et aussi aux échecs politiques de la stratégie précédente (le PCF a perdu de nombreux électeurs entre 1928 et 1932, contrairement aux périodes précédentes) ;

  • une validation politique du Komintern dont la priorité géopolitique change et qui tire les enseignements de la tragédie allemande.

À Compter de ce moment et jusqu'à la fin de 1937 (si tant est qu'on puisse considérer que le Front Populaire dura jusque là), le PCF peut être considéré comme l'un des meilleurs élèves de la stratégie d'unité.

Ainsi la Victoire d'une coalition de gauche, où serait partie prenante le PC, est perçue par le Komintern et par l'URSS comme une garantie supplémentaire et un renforcement des engagements du pacte franco-soviétique conclu par le cabinet Laval le 2 mai 1935.

Le « Front Populaire », l'expression est trouvée par Eugen Fried, représentant du Komintern en France, est d'abord formé le 27 juillet 1934 par le Pacte d'unité d'action entre deux partis marxistes, la SFIO et le parti communiste, qui devient officiellement PCF à cette époque.

Le Front Populaire rassemble donc des partis politiques : SFIO et PCF, d'une part, mais aussi le Parti d'unité prolétarienne (issu de deux scissions du PC), le Parti frontiste (scission de gauche du Parti Radical), mais également la CGT (socialisante) et la CGT-U (communisante) – qui vont se réunifier en mars 1936 au congrès de Toulouse après 15 ans de scission –, le Comité de Vigilance des Intellectuels Anti-fascistes (Paul Rivet, Paul Langevin et le philosophe Alain), la Ligue des Droits de l'Homme mais également de nombreuses associations de jeunesse, paysannes et d'anciens combattants.Au-delà de la presse nationale et locale des partis socialiste et communiste le Front Populaire bénéficie également du soutien d'un journal de gauche indépendant : Le Canard Enchaîné.

Edouard Herriot, président du Part Républicain Radical et Radical-Socialiste - Paul Faure, secrétaire général de la SFIO - Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste françaisEdouard Herriot, président du Part Républicain Radical et Radical-Socialiste - Paul Faure, secrétaire général de la SFIO - Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste françaisEdouard Herriot, président du Part Républicain Radical et Radical-Socialiste - Paul Faure, secrétaire général de la SFIO - Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste français

Edouard Herriot, président du Part Républicain Radical et Radical-Socialiste - Paul Faure, secrétaire général de la SFIO - Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste français

II- Une coalition qui ne peut masquer de profondes divisions

Malgré cette mobilisation sociale et politique sans précédent, cette coalition ne peut à elle seule créer une dynamique majoritaire. Maurice Thorez prend donc l'initiative de déborder la SFIO par la droite en appelant le 10 octobre 1934 à Nantes à « l'alliance des classes moyennes avec la classe ouvrière » et à la constitution d'un rassemblement non seulement ouvrier mais « populaire » ; clairement il appelle le Parti Radical d’Édouard Herriot à rejoindre le Front Populaire, ce qu'il refuse d'abord mais qu'il finira par accepter à l'été 1935 pour trois raisons :

  • la pression des « Jeunes Turcs » du Parti Radical – c'est-à-dire son aile gauche (Pierre Cot, Jean Zay, Pierre Mendès France, Jean Moulin) – qui sont en désaccord avec les alliances de droite et la politique de déflation, mais aussi d’Édouard Daladier qui veut récupérer l'espace politique qu'il a perdu au lendemain du 6 février 1934 ;

  • la conclusion du pacte franco-soviétique de Mai 1935, qui fait de l'URSS l'alliée de la France, permet au PCF de voter les budgets militaires (Maurice Thorez n'aura de cesse d'ailleurs de rassurer le parti radical en s'adressant à son électorat : c'est le sens de la main tendue aux artisans, aux commerçant, aux anciens combattants et même... aux catholiques) ;

  • le parti radical n'a plus le luxe de refuser l'alliance avec la SFIO, comme il l'a fait en 1932, les élections municipales de mai 1935 ont sanctionné un nouveau recul du parti radical sauf là où il était allié aux socialistes.

Le Part Radical adhère donc à la dynamique unitaire antifasciste, mais la nécessité de sa présence va limiter fortement la portée du programme du Front Populaire qui sera donc défensif, modéré et ambigu :

  1. défense de la démocratie :

    1. désarmement et dissolution des Ligues ;

    2. publication des bilans financiers des organes de presse pour permettre au public de connaître leurs commanditaires ;

    3. promotion des droits syndicaux et de l'école laïque ;

  2. défense de la paix :

    1. désarmement relatif ;

    2. promotion de la sécurité collective ;

    3. négociation dans le cadre de la SDN ;

    4. nationalisation des industries d'armement ;

  3. programme économique :

    1. réformer la Banque de France ;

    2. réduction de la semaine de travail sans réduction de salaire ;

    3. plan de grands travaux d'utilité publique ;

    4. création d'un fonds national de chômage et d'un régime de retraite pour les vieux travailleurs ;

    5. création d'un office national des céréales.

La modération de programme s'explique par les profondes divisions du Front populaire entre ces membres, la volonté du PCF de ne surtout pas froisser le Parti Radical, et des divisions au sein même des deux piliers de la coalition [sans compter que plusieurs partis rejoignant peu à peu le Front Populaire et sa dynamique politique sont des scissions du Parti Radical (Parti frontiste ou PRS Camille-Pelletan), de la SFIO (PSdF-UJJ) ou du PCF (PUP)]...

Une lutte à mort oppose en fait Parti Radical et la SFIO. Dans les votes populaires, la SFIO dépasse depuis plusieurs scrutins le parti radical en voix.

Les socialistes ont été très déçus par le soutien au gouvernement de « Cartel des Gauches » en 1924-1925 (listes communes et soutien sans participation). Le Canard Enchaîné tire la conclusion de cette expérience à sa chute en avril 1925 : « Quelle que soit l'opinion que l'on porte sur le gouvernement de M. Herriot force est bien de reconnaître que les questions essentielles de son programme, il les a respectées... Respectées au point de ne pas vouloir même y toucher. » (toute ressemblance avec des situations politiques actuelles n'est pas purement fortuite).

La SFIO avait publié en 1932 un programme minimal baptisé « Cahiers de Huyghens » pour négocier avec le Parti Radical après coup, ce dernier avait rejeté tout ce qui est surligné en jaune :

  1. réduction des crédits militaires ;

  2. Nationalisation des fabrications d'armement ;

  3. Équilibre des budgets sans réduction des crédits sociaux ;

  4. Protection de l'épargne par un contrôle des banques ;

  5. Contre la spéculation, création d'offices publics du blé et des engrais ;

  6. Déchéance des compagnies de chemins de fer et création d'un réseau unique d'intérêt général ;

  7. Création de l'assurance-chômage et de l'assurance contre les calamités agricoles, avec nationalisation des assurances privées ;

  8. semaine de 40 heures sans réduction du salaire hebdomadaire ;

  9. Amnistie...

Léon Blum en avait conclu une opposition de vue complète.

L'échec des négociations post-électorales de 1932 va d'ailleurs créer une crise grave dans la SFIO. Le 14 juillet 1933, le congrès de la Mutualité est le théâtre de l'offensive des « Néos », conduite par l'aile droite parlementaire (Pierre Renaudel, Barthélemy Montagnon, Adrien Marquet) et certains jeunes loups eux-mêmes parlementaires (Marcel Déat). La crise naît des frustrations gouvernementales et de la dénonciation de la pusillanimité de Blum. Mais au-delà des débats sur la politique économique – qui auraient pu être fructueux –, la violence des propos, l'appel au modèle mussolinien « Ordre-Autorité-Nation » (Marquet) pour séduire les classes moyennes et les détourner du fascisme, tend évidemment le congrès.

La scission aura lieu plus tard : en novembre 1933, le conseil national de la SFIO constate que 7 députés ont rompu la discipline en soutenant un cabinet radical/droite et les exclut. 28 députés, 7 sénateurs et 20 000 adhérents partiront en dissidence en fondant le Parti Socialiste de France – Union Jean-Jaurès.

Les élections vont mal se passer car le Parti Radical est lui-même divisé : son aile droite accepte difficilement ou pas du tout le Front Populaire. Aucun candidat radical ou presque ne fera campagne sur le « programme commun ». Très souvent, les fédérations départementales du Parti Radical susciteront des candidats radicaux indépendants, ce qui aboutira à l'absence de député de gauche dans le Doubs, le Parti Radical faisant élire contre la SFIO en accord avec la droite plusieurs candidats comme François Peugeot dans la circonscription de Montbéliard. Dans le Puy-de-Dôme, les Radicaux en feront les frais au profit de la SFIO. Dans l'Aude les radicaux tentent de faire battre Léon Blum... On pourrait prendre des exemples nombreux département par département.

Le PCF fait campagne sur le programme du Front Populaire, la SFIO fait campagne sur son programme et celui du Front Populaire...

Les résultats sont « étonnants » : la Gauche n'augmente pas en suffrages, ceux-ci ont été redistribués, avec un gain de 6 points pour le PCF, une stagnation de la SFIO, un chute pour le Parti Radical et une bonne tenue de tous les petits partis de gauche liés au Front Populaire.Les règles de désistement de 2nd tour ayant joué correctement la majorité est acquise et la SFIO devance largement le Parti Radical pour la première fois de l'histoire.

Marcel Déat, Adrien Marquet, Pierre Cot, Jean Zay, Pierre Mendès FranceMarcel Déat, Adrien Marquet, Pierre Cot, Jean Zay, Pierre Mendès France
Marcel Déat, Adrien Marquet, Pierre Cot, Jean Zay, Pierre Mendès FranceMarcel Déat, Adrien Marquet, Pierre Cot, Jean Zay, Pierre Mendès FranceMarcel Déat, Adrien Marquet, Pierre Cot, Jean Zay, Pierre Mendès France

Marcel Déat, Adrien Marquet, Pierre Cot, Jean Zay, Pierre Mendès France

Front Populaire : campagne et victoire électoralesFront Populaire : campagne et victoire électorales
Front Populaire : campagne et victoire électoralesFront Populaire : campagne et victoire électorales

Front Populaire : campagne et victoire électorales

III- La question du pouvoir et la dynamique d'un mouvement social inattendu

Léon Blum a longtemps fait son possible pour écarter son parti du pouvoir, jugeant que l'unité de la SFIO n'y résisterait pas.

Il a théorisé un distinguo entre conquête et exercice du pouvoir :

  • conquête du pouvoir : les partis ouvriers disposent de la majorité absolue – ou le prenne à l'issue d'un épisode révolutionnaire – et de tous les leviers, ils engagent la transformation sociale et le changement du régime de la propriété ;

  • exercice du pouvoir : les partis ouvriers sont dans une coalition qu'ils ne dominent pas, mais en position de force, ils engagent des réformes profondes mais pas la transformation sociale.

La menace fasciste – et la crise interne à la SFIO de 1933 (éviter le pouvoir n'a pas préservé l'unité du parti) – l'amène à concevoir l'idée d'une occupation défensive du pouvoir, à laquelle la SFIO ne saurait se dérober. Dans le cadre d'une occupation défensive, on fait des compromis et on est un gestionnaire loyal du système capitaliste, on n'engage pas la transformation de la société par surprise.

Le « pari » des responsables socialistes, c'était qu'une fois de plus le Parti Radical arriverait en tête en nombre de sièges (malgré son retard de suffrages) et que la SFIO n'éviterait pas cette fois-ci la participation au gouvernement mais comme junior partner. Ce qui explique que la SFIO n'ait pas choisi de demander un programme plus offensif à partir du moment où le PCF n'y poussait pas non plus pour rassurer le parti radical. Or le discrédit du Parti Radical explique le transfert d'une partie de son électorat vers la SFIO, une partie des électeurs de la SFIO votant pour la première fois communiste rassurés par la dynamique unitaire.

Le programme de la SFIO est beaucoup clivant : nationalisations massives, congés payés, délégations ouvrières, conventions collectives, etc. plus tout ce qu'il y a dans les « Cahiers Huyghens » ; certains pensent qu'une partie des parlementaires modérés de la SFIO ont lâché la bride à l'aile gauche, convaincus que ce programme n'avait aucune chance d'être appliqué.

C'est donc totalement surpris que Léon Blum constate les résultats : 72 PCF (+62), 6 PUP (-3), 149 SFIO (+17), 110 Parti Radical (-50), 40 divers gauche (dont 29 apparentés socialistes). Il se voit contraint d'accepter le pouvoir dans des conditions très particulières. C'est ainsi qu'il faut comprendre que le soir de la victoire Bracke ait dit « Les difficultés commencent » ce qu'il retraduira de manière plus positive le 10 mai 1936 devant le conseil national de la SFIO « enfin, les difficultés commencent pour nous ».

Blum se conçoit donc dans la posture de l'occupation défensive du pouvoir. C'est ainsi qu'il faut comprendre le légalisme de Léon Blum, celui-ci refusant d'anticiper la prise de fonction du nouveau cabinet, bien que le patronat le lui ait demandé. Tout juste a-t-il accepté de recevoir pendant ce délai constitutionnel le délégué général du Comité des Forges, Lambert-Ribot, par l’intermédiaire de Paul Grunebaum-Ballin. En effet, la pratique institutionnelle de l'époque impliquait que la nouvelle Chambre et le nouveau cabinet ne se réunissent pas avant début juin alors que le 2nd tour avait lieu le 3 mai 1936.

Or le mouvement social débute le 11 mai et prend une ampleur inédite, qui rendra enfin sa dignité à la classe ouvrière aux yeux du monde.Au regard du programme de Front Populaire, le mouvement social donne à Léon Blum une force inattendue et donc une voie de passage entre l'occupation et l'exercice du pouvoir : les acquis sociaux et économiques sont donc d'abord une victoire des travailleurs en lutte et une rencontre avec un programme politique qui n'aurait jamais dû être mise en œuvre.

Front Populaire : grèves et gouvernement
Front Populaire : grèves et gouvernement
Front Populaire : grèves et gouvernement
Front Populaire : grèves et gouvernement

Front Populaire : grèves et gouvernement

IV- Quel bilan ?

Le Front Populaire n'a pas résisté à ses contradictions internes et aux soubresauts internationaux.

La priorité du Komintern est de sécuriser l'alliance française, pas les progrès sociaux. Donc le PCF va devoir tenir les deux bouts en terme de stratégie :

  • soutenir et amplifier la mobilisation sociale, mais sans pouvoir agir directement sur le pouvoir car Staline refuse que le PCF entre au gouvernement ce que souhaitait Maurice Thorez ;

  • profiter de cette situation de « ministère des foules » pour demander la fin des grèves, car il est temps notamment que les usines d'armement (nationalisées) recommencent à tourner.

La SFIO, comme s'en doutait Léon Blum, n'était pas prête à gouverner (il y aura d'ailleurs une nouvelle scission avec les amis de Marceau Pivert qui partiront créer le Parti Socialiste Ouvrier & Paysan avec le renfort d'une partie de trostkystes qui avaient rejoint la SFIO). Non pas qu'elle et ses ministres n'en aient pas les compétences ou des idées sur la forme et la conduite d'un gouvernement (Blum avait largement théorisé la question après son expérience de chef de cabinet de Marcel Sembat durant la guerre et il a initié des innovations majeures dans la machine gouvernementale), mais :

  1. Blum n'avait pas les moyens d'aller au bout de la politique qu'il aurait sans doute voulu mener car les partis « prolétariens » n'étaient pas majoritaires, et donc Blum n'a de fait pas voulu renverser le système. Encore une fois, il y du vrai et du faux dans ce qu'on lui reproche mais Le Canard Enchaîné résume bien l'affaire :
    « Léon Blum, vous êtes trop chic. Vous jouez le fair-play avec les tricheurs. Vous leur prêtez une honnêteté, une franchise, un courage dont ils sont dépourvus. Or, vous avez charge d'âmes.
    Si vous ne renoncez pas à votre charmante gentillesse, si vous n'enfermez pas à double tour les 200 familles dans leur caveau, les 200 familles vous grignoteront et la vieille France deviendra quelque chose comme une nouvelle Espagne. Qui commande ? Vous avez la parole.
     »
    Henri Jeanson, Le Canard Enchaîné – 5 août 1936

  2. Les socialistes n'étaient pas armés en terme de théorie économique pratique. Les théories de Keynes ont plus facilement franchi l'Atlantique que la Manche. Elles commencent tout juste à être mises en œuvre par Roosevelt. Il n'y a pas encore de retour d'expérience. Dans cette logique et pour satisfaire le Parti Radical, les membres du Front Populaire se sont engagés à ne pas dévaluer le Franc : c'était idiot et il fallut le faire dans le pire moment alors qu'on eut pu le faire dès juin 1936. Enfin, dégât collatéral de la crise des « Néos », la question du planisme (théorisé par le socialiste belge Henri de Man) et donc la planification démocratique n'a pas été débattue et intégrée, faisant prendre plus de 10 ans de retard aux outils disponibles pour une politique de gauche.

La première conséquence des soubresauts internationaux impliquent une rupture avec la vulgate socialiste de l'époque : la SFIO, traumatisée par la Guerre, sa participation à l'Union Sacrée et la scission de 1920 qui en découle, est pacifiste jusqu'à l'irrationnel. Elle prône le désarmement unilatéral la baisse des crédits militaires. Or Blum découvre une armée française dans un tel état de dénuement et de désorganisation (conséquences des conceptions de Pétain comme ministre de la défense) qu'il doit engager un plan quinquennal de réarmement, une relance de l'industrie militaire, une réorganisation de l'armée... il auditionnera avec intérêt le Colonel De Gaulle sur sa théorie de la guerre de mouvement. Mais par contre un de ses proches qui a le tort d'être « belliciste anti-fasciste » se verra interdire d'être ministre de la défense pour rassurer les socialistes et les radicaux ; il s'agit de Léo Lagrange dont vous connaissez le bilan comme secrétaire d’État à la jeunesse et aux sports chargé de gérer les premiers congés payés. Le pacifisme de la gauche explique également le manque de réaction face au réarmement de la Ruhr par Hitler qui est intervenu en février 1936.

Sur le terrain du pacte franco-soviétique, il faut noter un changement de posture de l'état-major français qui ne tarissait pas d'éloges sur l'Armée Rouge avant le Front Populaire et commence à contester la pertinence de cette stratégie dès l'installation du cabinet Blum : les purges staliniennes n'ont pourtant pas commencé et n'ont pas encore affecté l'état-major soviétique, ce n'est donc pas la raison de ce changement de pied. Il faut croire que l'idée d'un cabinet socialiste soutenu par les communistes refroidit les généraux et, sur le moyen terme, les conceptions militaires de Pétain vont peu à peu reprendre le dessus. Ce manque de confiance entre Occidentaux et Soviétiques explique en partie le revirement du Pacte Germano-Soviétique d'août 1939.

Au pacifisme profond de la gauche française s'additionnent l'hostilité affirmée des Radicaux et des Britanniques au soutien à la République Espagnole. Blum se sachant incapable de soutenir la République proposera la démission de son gouvernement, celui du Frente Popular lui demandera de rester malgré tout en poste, préférant un gouvernement neutre mais bienveillant à Paris que des Radicaux hostiles. Avec Vincent Auriol (ministre des finances et des douanes) et Jean-Pierre Cot (ministre de l'air, dont le directeur de cabinet est Jean Moulin), Blum organisera le passage en contrebande d'un maximum de matériel. La « non intervention » faisait un pari (insensé ?) sur le fait que Britanniques et Radicaux constateraient la perfidie de l'Allemagne et de l'Italie et comprendraient qu'il fallait agir. Malheureusement, il aura quitté le pouvoir entre temps et le soutien ouvert des fascismes à Franco n'aura jamais fait bouger Britanniques et Radicaux.

La somme de ces contradictions a conduit à la chute du gouvernement Blum. Il essuie un vote de défiance du Sénat, dominé par les Radicaux, sur les questions financières ; en soi, cela n'obligeait pas à la démission du cabinet, mais Léon Blum ne pouvait que constater qu'il n'avait plus de marges de manœuvre avec un Parti Radical redevenu ouvertement hostile et dont les principaux responsables jugeaient déjà que les concessions faites étaient excessives. Le Radical Sarraut reprend la présidence du conseil, refuse la participation des communistes que Thorez avait été autorisé à lui proposer. Les Radicaux vont gérer majoritairement les affaires courantes avec des ministres socialistes.

Dès le début 1938, après l'Anschluss, et l'échec de la formation d'un deuxième gouvernement Blum – qui voulait se donner les moyens financiers et militaires que la situation exigeaient –, les Radicaux et Daladier en tête vont retrouver leurs alliances à droite, déconstruire les acquis du Front Populaire, signer les accords de Münich...

Il est peu pertinent de dire que le Front Populaire existait encore fin 1937...

Conférence sur les 80 ans du Front Populaire à Bezons - Samedi 26 novembre 2016Conférence sur les 80 ans du Front Populaire à Bezons - Samedi 26 novembre 2016
Conférence sur les 80 ans du Front Populaire à Bezons - Samedi 26 novembre 2016Conférence sur les 80 ans du Front Populaire à Bezons - Samedi 26 novembre 2016Conférence sur les 80 ans du Front Populaire à Bezons - Samedi 26 novembre 2016

Tableau de l'évolution électorale des élections législatives de 1924 à 1936

Panoramas des Chambres des Députés de 1924 à 1936

Repost 0
18 novembre 2016 5 18 /11 /novembre /2016 17:55

Dimanche prochain aura lieu le premier tour de la primaire de la droite et du centre, qui doit désigner le candidat du parti Les Républicains et de l'UDI.

La confusion étant totale à gauche, je sais que nombreux sont les électeurs de gauche qui s'interrogent sur la pertinence d'aller participer à cette consultation, jusque dans les rangs du Parti Socialiste et pourquoi pas parmi les militants de la motion B "à gauche pour gagner !" [qui rassemble l'aile gauche du PS et ceux qu'on appelle les "frondeurs"].

Je comprends que beaucoup s'interrogent sur la situation politique, que vous soyez nombreux à être dépités par l'état dans lequel le quinquennat de François Hollande a plongé la gauche et le pays, que vous soyez nombreux à douter que la gauche puisse encore être présente au second tour de l'élection présidentielle… mais d'ici dimanche, je souhaitais rappeler que la stratégie du « moindre mal » – s'assurer la désignation de Juppé pour éviter un candidat pire – n'a jamais rien donné de bon, que cette réalité est valable aussi bien pour la primaire de droite que pour la recomposition de la gauche.

Je me permets d'insister sur quelques points :

  1. Il n'y a pas eu de déplacements massifs d'électeurs de droite en 2011 pour les primaires citoyennes qui justifieraient « moralement » qu'on s'autorise à faire de même en 2016 pour le camp adverse. Au-delà de quelques provocations gratuites et marquantes (comme Madame Mothron à Argenteuil), ces votes n'ont jamais pesé sur les résultats, tout porte à considérer (si on prend du recul sur les consultations similaires aux États-Unis ou en Italie, ou si on regarde les enquêtes d'opinion) que le nombre d'électeurs de gauche allant voter à cette primaire ne sera jamais assez significatif pour peser sur les résultats. Si donc il n'y a aucune capacité à perturber un jeu qui sera déterminé par les électeurs de la droite et du centre, pourquoi s'exposer aux désagréments qui suivent ;

  2. On participe à une primaire lorsque l'on partage des valeurs avec le camp qui les organise. C'est le sens de la charte que nous avions publiée en 2011 et que nous demandions de signer aux votants ; c'est celui de celle que Les Républicains ont éditée pour leur propre consultation. Stricto sensu, ce qui sera à signer « ne casse pas trois pattes à un canard », puisque les « valeurs de la droite et du centre » n'y sont pas définies. Mais vous avez pu constater quelles étaient aujourd'hui – après trois débats télévisés – les valeurs de la droite et du centre au regard des déclarations de chacun des sept candidats. Le fait même que les six autres candidats acceptent de débattre avec M. Jean-Frédéric Poisson en dit long sur les valeurs qui leurs sont communes. On a constaté à quel point les débats volaient haut par ailleurs, abordant finalement peu leurs programmes tous plus réactionnaires les uns que les autres. Et en écoutant bien les uns et les autres, je suis de moins en moins convaincu que nous partagions quoi que ce soit de commun avec eux ;

  3. Plus la participation à cette primaire sera importante, plus le candidat qui sera désigné en tirera de la légitimité. Plus il sera difficile de lui contester d'être présent au second tour à sa place, plus la dynamique électorale sera importante, plus son élection « probable » au second tour de l'élection présidentielle pourra devenir écrasante. Si nous devions revenir dans l'opposition, nous nous serions encore plus affaiblis – comme si nous en avions besoin avec les quatre années et demi que nous venons de subir – pour contester le programme de régression du nouveau président et reconstruire une gauche digne de ce nom ;

  4. Les Républicains n'ont pas exactement copié le dispositif que nous avions mis en place en 2011 pour les primaires citoyennes. En effet, aucun engagement n'a été pris pour détruire les listes électorales ainsi réalisées (au-delà des gens qui avaient « volontairement » accepté d'être recontactés). Vous vous exposeriez donc à recevoir leur propagande à l'issue de la consultation ad vitam aeternam... Personnellement j'évite le masochisme.

* * *

Mais au-delà de toutes ces considérations, je veux réaffirmer que pour ma part je ne me résigne pas à ce que la gauche soit morte et que d'ici l'élection présidentielle rien ne puisse être fait pour éviter le naufrage et la débandade.

S'il faut participer à une primaire, c'est à celle de la gauche. C'est celle-là qu'il faut faire réussir, y compris malgré tous ceux qui cherchent encore à la faire trébucher. Cela passe par nous assurer qu'il y aura suffisamment de bureaux de vote : il n'est pas nécessaire d'être membre du PS pour être assesseur ou même président d'un bureau de vote.

Cela passe aussi par nous mobiliser en faveur des candidats qui portent une alternative à la politique de François Hollande et Manuel Valls ; et au second tour pour le candidat représentant cette alternative. Nous devons convaincre tous ceux qui ont été déçus par le quinquennat – que ce soit des électeurs socialistes, écologistes ou du Front de gauche – de venir s'exprimer pour mettre en échec une ligne politique qui a affaibli le pays, aggravé les divisions sociales, fracturé la gauche comme jamais auparavant. Seule la victoire d'une alternative à gauche à cette primaire peut encore créer une dynamique qui rebatte les cartes à gauche et permette à notre camp politique de déjouer le fatalisme d'un nouveau 21-Avril qui serait plus encore déflagrateur que le précédent.

Au-delà de l'agitation médiatique, ne nous laissons pas abuser : il n'y a pas de différences notables, sauf des postures et de nouvelles impostures, entre François Hollande, Manuel Valls et Emmanuel Macron, qui ont défendu ensemble les mêmes choix gouvernementaux néo-libéraux, qui les ont imposés au forceps (avec le recours au 49.3) en dépit de notre programme, de nos valeurs et des engagements très modérés de François Hollande lors de la précédente campagne présidentielle.

Et si jamais malgré cette primaire, nous n'arrivions pas à conjurer la défaite, seule la victoire d'une alternative à gauche dans cette primaire nous permettra d'avoir une base suffisante pour reconstruire une gauche de transformation sociale qui s'assume.

Camarades, je vous appelle au sursaut.

Camarades, je vous appelle à l'espoir.

Frédéric FARAVEL
mandataire fédéral de la motion B « à gauche pour gagner !

#Gauche : ne pas se tromper de Primaire !
#Gauche : ne pas se tromper de Primaire !
#Gauche : ne pas se tromper de Primaire !
#Gauche : ne pas se tromper de Primaire !
#Gauche : ne pas se tromper de Primaire !
#Gauche : ne pas se tromper de Primaire !
#Gauche : ne pas se tromper de Primaire !
Repost 0
26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 19:44

Hollande_ile_de_sein.jpgFrançois Hollande et Manuel Valls viennent de nous offrir un spectacle politique violent comme la Vème République nous y avait rarement habitué. Alors qu'ils sont confrontés à l'échec de l'orientation libérale que le Président de la République a impulsé depuis l'automne 2012 et qu'il a décidé de renforcer depuis janvier dernier et la nomination de Manuel Valls comme premier ministre en avril ; alors que la contestation s’accroît progressivement au sein de la gauche et surtout du Parti Socialiste face à l'échec économique et social de ces choix pris en contradiction flagrante avec nos engagements et les orientations du PS (y compris le texte majoritaire lors du dernier congrès du PS en 2012 ; alors que la gauche dans son ensemble a essuyé à deux reprises, lors des élections municipales et de l'élection européenne, des sanctions sévères et que le couple exécutif ne cesse de perdre le soutien de l'opinion publique ; alors que la menace à venir du Front National, prospérant sur leurs erreurs politiques et la désespérance sociale, n'a jamais été aussi forte, le Président et son Premier ministre ont décidé de provoquer une crise politique supplémentaire en dissolvant le gouvernement Valls pour sanctionner plusieurs ministres éminents.

Le prétexte leur en a été « offert » par la timide offensive médiatique opérée conjointement par Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, désormais ex ministres de l'économie et de l'éducation nationale, à l'occasion de la traditionnelle fête de la Rose de Frangy-en-Bresse, dans le « fief » de l'ancien chantre de la « démondialisation ».

Ce rendez-vous initié voici près de quarante ans par Pierre Joxe, ancien élu du territoire, avait été précédé de deux entretiens avec la presse, qui portaient en creux une critique des orientations politique du Président de la République et de son zélé Premier ministre. L'ex ministre de l'économie avait confié dès le 23 août dans un entretien au Monde,titré « les choix politiques ne sont pas figés », sa volonté faire bouger les lignes à l'échelle européenne et donc nationale, l'ex ministre de l'éducation nationale lui emboîtant le pas le soir même dans les colonnes du Parisienqui le citait ainsi en titre « on n'est pas loin des frondeurs ». Les discours de Frangyfurent cependant plus policés et normalement tout aurait dû en rester là. Cependant, la réaction de l'exécutif a été cinglante et brutale ; elle ouvre nécessairement une période nouvelle pleine d'incertitudes et de dangers pour le pays et la gauche.

Des expressions pourtant prudentes et répétées

Ce qui contraste avec la réaction brutale de l'exécutif, c'est la prudence renouvelée des prises de position d'Arnaud Montebourg, prises de position qui avaient déjà été formulées voici quelques semaines à peine, dans l'exercice de ses fonctions dans le même gouvernement. En effet, dans Le Mondeet ce dimanche à Frangy, l'ancien candidat aux primaires citoyennes n'a pas dit autre chose que ce qu'il avait affirmé depuis Bercy le 10 juillet dernier en présentant « [sa] feuille de route pour le redressement économique de la France ».

Depuis son entrée dans les gouvernements Ayrault et sa promotion dans le gouvernement Valls I, il n'a jamais cessé de dénoncer les dégâts et l'inefficacité des politiques d'austérité imposées aux États européens et prônées par la Commission européenne et les gouvernements d'Angela Merkel ; mais il a toujours pris garde (y compris jusqu'au 24 août 2014) de situer le débat à l'échelle européenne et de présenter la France comme une victime un peu contrainte de cette orientation politique. Pourtant, tout au long des deux années de ce quinquennat, l'exécutif français n'a cessé de protester de sa volonté de respecter les contraintes libérales européennes, se défendant même qu'elles soient imposées de l'extérieur et qu'elles avaient été décidées librement car c'était la seule voie possible pour la France. Qu'à cela ne tienne, Montebourg a choisi de maintenir un affichage, une fiction politique, selon laquelle la France poussait à la réorientation des politiques européennes, ce qui justifiait à la fois sa position de ministre et son discours politique.

Pourtant, que le ministre autoproclamé du « made in France » se soit bercé d'illusions ou que cela soit encore l'effet d'une auto-construction mentale et politique, cette brèche européenne était inexistante.

On sait en effet depuis plusieurs mois, les langues s'étant déliées, que François Hollande n'a jamais cherché à obtenir une réorientation des politiques européennes et encore moins de la construction européenne. Alors qu'il aurait pu construire un réel rapport de force, face à une Angela Merkel en pleine campagne électorale, assis sur la légitimité toute neuve de sa récente élection, le Président de la République n'a pas demandé la renégociation du traité Merkozy à ses partenaires européens, comme il s'y était pourtant engagé durant la campagne de l'élection présidentielle, mais a simplement réclamé un délai supplémentaire pour atteindre les 3 % de déficit public. L'habillage de cette abdication d'entrée de jeu a été le fameux « pacte de croissance », qu'il aurait arraché et qui justifiait après coup que l'on ratifia le traité Merkozy pourtant vierge de toute correction ; « pacte de croissance » de 200 milliards d'euros dont on a depuis pas vu l'ombre d'un centime, le Président Hollande ayant également cédé devant l'offensive des britanniques et des néerlandais sur la réduction du budget européen. Autant dire que dès ce jour, la France a déçu nombre de ses partenaires européens, qui ont choisi de ne plus placer leur confiance dans le Président Hollande. L'Espagne conservatrice mais durement frappée par l'austérité s'est finalement ralliée à Angela Merkel, espérant plus de la négociation avec la Chancelière, désormais en coalition avec les sociaux-démocrates, que d'un rapport de force construit avec un allié aussi pusillanime ; l'Italie centriste a décidé de mener et d'organiser son offensive sans la France, au point que Matteo Renzi, tombeur d'Enrico Letta, fait aujourd'hui figure de leader de la contestation économique et sociale au sein du concert des chefs de gouvernement.

La nouveauté du week-end était peut-être plus à rechercher auprès des nuances pourtant elles-aussi timides que Benoît Hamon a émises les 23 et 24 août. Tant à Bercy qu'à Grenelle, le grand écart a été un exercice finalement réussi jusqu'ici par l'ancien ministre, puisqu'il a fait preuve d'une loyauté sans faille dans ses fonctions gouvernementales tout en durcissant le ton à l'occasion de la réunion de ses amis d'Un Monde d'Avancedébut à la mi-septembre 2013 au Vieux-Boucault, les députés de sa sensibilité prenant une part importante à l'opération des « frondeurs ». Le fait que l'économie sociale & solidaire ait été méprisée jusqu'ici par l'exécutif et les défenseurs du social-libéralisme lui a sans doute apporté un peu plus de liberté et a permis sa promotion à l’Éducation nationale en avril dernier, pour récompenser l'habileté d'un responsable politique qui arrivait tout à la fois à tenir une partie de la gauche du PS tout en étant un bon petit soldat gouvernemental.

Le titre du Parisienronflait bien : « on n'est pas loin des frondeurs », ça en jette pour une rentrée politique d'un ministre clef du gouvernement. Mais si on regarde de plus près, tout reste dans la nuance au point de proférer de terribles oxymores : « La relance de la demande est la condition de la réussite de la politique de l'offre qui a été faite depuis deux ans []. » Voilà une assertion difficilement tenable, car dans les circonstances actuelles de panne de la croissance et de menace de déflation, c'est la politique de l'offre du gouvernement qui entretient les échecs et la relance de la demande etde l'investissement qui est l'alternative politique urgente et indispensable à mettre en œuvre pour faire repartir l'activité économique, notamment en remplissant à nouveau les carnets de commandes désespérément vide des entreprises hexagonales.

En visant l'Allemagne de la Chancelière Merkel, en ciblant la hausse du pouvoir d'achat des classes populaires et moyennes inférieures (objectif affiché des baisses d'impôts supplémentaires envisagées par Manuel Valls) et en critiquant sans nuance le livre de Cécile Duflot, l'ex ministre de l'éducation nationale pensait comme son comparse de Frangy rester dans une zone de discussion compatible avec le Premier Ministre, qu'ils avaient largement contribué à placer à Matignon sur les cendres de Jean-Marc Ayrault, victime expiatoire des défaites municipales provoquées par la politique décidée par François Hollande.

Il est certain que ni Arnaud Montebourg – dont il est évident qu'il avait cependant programmé un départ prochain et sans doute théâtral du gouvernement (en partie pour éviter qu'on ne lui reprocha à l'avenir l'inefficacité concrète de ses propres grands écarts) – ni Benoît Hamon n'avaient envisagé être limogés au lendemain de la fête de Frangy. Peu de monde d'ailleurs attendait des faits politiques fracassant à l'occasion de cette fête de la Rose, Emmanuel Maurel expliquant rationnellement son absence à cette sauterie «Sauf à ce qu'il annonce qu'il démissionne du gouvernement, je ne vois pas ce que l'on peut attendre de cette journée. Montebourg restera forcément solidaire !» en pleine cohérence avec son ami Paul Quilès qui interpellait avec force le ministre de l'économiepour qu'il mette un terme à son petit jeu fictionnel de chat et de souris avec François Hollande et Manuel Valls.

La brutalité Vallsiste, soutenue par François Hollande, ouvre une période dangereuse

Rien de neuf n'a effectivement émergé de Frangy. Les discours des ministres restant même en deçà de leurs confidences à la presse nationale les jours précédents. Le choix de limoger avec énergie, c'est-à-dire en faisant démissionner l'ensemble du gouvernement, a été fait plus tôt. Sinon comment expliquer, que dès la fin des festivités à Frangy, Matignon ait fait savoir que « la ligne jaune [avait] été franchie » par Arnaud Montebourg, alors que rien nouveau n'avait été prononcé depuis les entretiens et que les discours n'avaient pas encore reçu de retour presse importants. Il est probable donc que Manuel Valls ait pris la décision de se séparer au moins d'Arnaud Montebourg et d'Aurélie Filipetti (on y reviendra plus tard) dès la publication des entretiens des deux ministres ; le discussion avec François Hollande n'a dû porter que sur le timinget la procédure de la sanction et il semble que la solution la plus radicale, vraisemblablement prônée par le Premier ministre – Hollande ayant souvent privilégié dans le Parti et dans le gouvernement des méthodes plus rondes mais pas moins pernicieuses – l'ait emportée dans la journée de dimanche, Manuel Valls décidant alors de communiquer sur l'imminence du couperet.

Mais pourquoi choisir de sanctionner à ce point les deux ministres alors que leur expression – on l'a rappelée plus haut – n'est pas une réelle innovation ?

Parce qu'il a voulu couper l'herbe sous le pied de deux rivaux potentiels – rivaux avec qui il s'était précédemment entendu pour obtenir à son profit la tête de Jean-Marc Ayrault – pour la plus haute fonction dans l'avenir en réaffirmant son autorité, qualité pour laquelle il pense avoir été mis là où il est ? Sans douteIl pensait peut-être ainsi déstabiliser le calendrier politique du ministre de l'économie, en effrayant Benoît Hamon suffisamment pour le récupérer plus docile ensuite (la tentative semble avoir été faite de ce côté là, mais peut-être que ce dernier a enfin compris que le numéro d'équilibriste n'était plus tenable et que la violence et la brutalité politique de Manuel Valls étaient trop fortes pour chercher à maintenir un accord politique en position de faiblesse).

Parce qu'il a considéré que la violence de la décision assurerait la loyauté des autres ministres, qui ne seraient ainsi plus tentés – si jamais ils l'avaient été, ce qui est assez improbable – de critiquer sa ligne ? Probablement

Mais surtout, une raison politique profonde a créé une tension telle pour ce dirigeant qu'elle l'a acculée à procéder d'une manière qui laisser durablement des traces et à montrer une facette de lui qu'il aurait sans doute préféré garder en arrière-plan. Les mois passant l'augmentation constante du nombre des chômeurs et l'absence obstinée de la croissance vient marquer l'échec de la politique de l'offre décidée non pas en janvier dernier par le Président de la République ou en avril avec le discours de politique générale de Manuel Valls, mais en octobre 2012 avec le lancement du pacte de compétitivité. Le Pacte de responsabilité dont on nous répète à l'envie qu'il n'est pas encore entré en vigueur n'est que l'aggravation du sillon que Montebourg, Hamon ou Filipetti avaient avalisé dès les prolégomènes du congrès de Toulouse. Comme le disait Laurent Joffrin à ses confrères éditorialistes hier soir sur France Info [oui je cite positivement LJ et c'est bien la première fois], l'échec patent des choix politiques de François Hollande et Manuel Valls (politique de l'offre, austérité, soumission aux exigences de la commission européenne et d'Angela Merkel) « agit comme un acide » qui effrite chaque jour qui passe un peu plus la solidité des attelages politiques et la confiance des dirigeants dans la politique conduite, sans parler de la confiance de l'opinion. Ainsi, les critiques d'avant-hier qui paraissaient supportables et admises dans la triade Valls-Montebourg-Hamon n'étaient plus tolérables hier pour le Premier Ministre dont la légitimité est désormais atteinte par l'inefficacité et l'injustice de sa politique.

L'acide amène aussi certains ministres que l'on croyait à jamais muets à contester, en interne – mais ce n'était jamais arrivé –, la pertinence des mesures défendues. Ainsi, Aurélie Filipetti aurait déclaré jeudi durant la réunion du gouvernement « puisque le gouvernement en arrivait à ce point, s’il ne fallait pas mieux renoncer tout de suite à faire une politique de gauche, s’il ne fallait pas s’excuser d’être de gauche pour plaire au patronat. » (Mediapart23/08/2014). On imagine la rage du Premier Ministre de voir une personnalité aussi effacée, qui n'avait pas osé soutenir ouvertement les intermittents et les institutions culturelles pour ne pas contredire Hollande et Valls qui voulaient la mise en œuvre l'accord du 22 mars, émettre une telle défiance, et surtout qu'elle soit relayée dans la presse quelques jours plus tard. Depuis des mois, l'exécutif et ses relais parlementaires (Jean-Marie Le Guen, Thierry Mandon, Bruno Le Roux, Christophe Caresche) expliquent que l'initiative des « frondeurs » est non seulement vouée à l'échec mais qu'elle ne rencontre qu'hostilité parmi les députés socialistes simples, et voilà que le débat qu'ils portent avec arguments et contre-propositions solides surgit dans le gouvernement par la voix du pendant ministériels des députés silencieux de la base… Qu'Aurélie Filipettit cherchât depuis à se réécrire une conscience après toutes ses absences (et l'histoire) n'ôte en rien la qualité intrinsèque de son irréfutable réquisitoirecontre la conduite des affaires politiques au moment du départ.

Le durcissement de Manuel Valls rappelle la folie de Lénine expliquant que le Parti se renforçait en s'épurant. Désormais, son gouvernement devra consacrer la soumission absolue à la ligne libérale et autoritaire qu'il représente, mais au prix de l'assise politique de celui-ci. Le gouvernement Valls II pourra bien s’afficher comme encore plus resserré et encore plus combatif, il ne pourra s’appuyer que sur un noyau de hollandais historiques, agrémenté de quelques représentants de courants minoritaires voire groupusculaires. Exitle Front de gauche depuis juin 2012, exitles écologistes depuis avril dernier (sauf éventuellement quelques débauchages qui seront immédiatement désavoués), exitdes figures socialistes marquantes qui se découvrent subitement contestataires alors que le Parti et le groupe parlementaire sont déjà en proie au doute.

Que reste-t-il de la majorité présidentielle de François Hollande ? Le PRG qui voudra obtenir des gages sur la réforme territoriale pour soutenir la politique social-libérale de Manuel Valls ? Le MUP de Robert Hue qui ne représente que lui-même et qui ne conserverait plus qu'un seul parlementaire si l'ancien Président du PCF entrait au gouvernement ? Le duo des groupuscules écolo-centristes de Corinne Lepage et Jean-Luc Benhamias qui ne représentent personne ?

Quand on sait que Michel Barnier (ancien commissaire européen UMP) a été consulté hier et que Jean-Louis Borloo aurait été approché pour entrer au gouvernement, il faut commencer à se préparer à ne plus rien attendre de ce gouvernement.

Montebourg et Hamon viennent de comprendre que le débat gouvernemental tel qu'il avait été théorisé par le mandat de Lionel Jospin n'a pas sa place sous Hollande et encore moins avec Manuel Valls. On ne peut pas compter sur l'exercice des responsabilités gouvernementales pour peser sur les choix de celui-ci. Il est probable que, pour un temps, le débarquement des trois ministres, dont deux vont retrouver leur place sur les bancs de l'Assemblée Nationale, donne un coup de fouet et une vitalité supplémentaire à la fronde des parlementaires de Vive la Gauche ! qui se réunira ce week-end à La Rochelle, mais je n'irai pas jusqu'à dire comme Régis Juanico « Chaque vote au Parlement va se faire à la roulette russe »; l'efficacité parlementaire des contestataires s'en trouvera renforcer mais il ne me paraît pas sérieux de penser – sauf à ce que Manuel Valls franchisse d'autres lignes jaunes, notamment du point de vue du comportement politique – que des députés PS prennent le risque de mettre en minorité le gouvernement sur des textes importants. Paul Quilès nous a dernièrement largement alerté sur les « conséquences des institutions de la Vème République (système de monarchie républicaine) qui renvoient toute décision au sommet de la pyramide, avec un Premier ministre qui « exécute » la politique définie par le Président, une majorité parlementaire contrainte, [] » (et qu'importe si le Premier Ministre actuel a décidé de donner au verbe « exécuter » son sens primal). Manuel Valls version Rambo va confronter les parlementaires socialistes à une nouvelle déclaration de politique générale et à un nouveau vote de confiance, il leur rappellera également également que leur soutien contraint sera mesuré lors du vote des PLF et PLFSS 2015. Même si le débat sera plus tendu, même si des amendements seront arrachés, le gouvernement refusera de modifier en profondeur sa feuille de route et menacera la majorité des députés socialistes d'une dissolution en cas de mise en minorité sur ces deux textes. La dissolution serait un suicide politique pour chaque député socialiste et il n'est pas dit qu'elle soit dans l'intérêt à ce stade de quelque formation que ce soit à gauche. L'énergie des parlementaires de Vive la Gauche ! s'emploiera donc sans doute avec efficacité sur d'autres textes, réforme territoriale par exemple ou sur les projets de loi qui seront présentés par Christiane Taubira qu'on annonce maintenue dans le gouvernement Valls II. Ce n'est donc pas à l'Assemblée Nationale que commencera la nécessaire alternative.

Le congrès du PS est devenu plus vital que jamais !

Jean-Christophe Cambadélis, qui s'est fendu d'un communiqué de presse lunairepour commenter l'annonce d'hier, ne sait toujours pas nous dire quand aura lieu le congrès du Parti Socialiste. Il aurait dû selon nos propres statuts se dérouler en novembre et décembre prochain, mais le Premier secrétaire a décidé, pour noyer le poisson et se trouver un succédané de légitimité politique en l'absence de vote des militants sur son nom, de convoquer des états-généraux du PS à cette date qu'il doit lancer (enfin peut-être) ce week-end à La Rochelle.

C'est pourquoi avec quelques camarades rassemblés dans le collectif des « Socialistes contre l'Austérité » nous avons lancéun nouvel appel pour exiger un congrès du PSau plus vite. En effet, l'impasse institutionnelle est totale, ce n'est ni de l'exécutif ni du législatif que nous pourrons espérer le sursaut nécessaire, les députés socialistes étant dans leur grande majorité encore tétanisés par les menaces de l'exécutif. J'aimerais donner tort, ce qui l'enchantera j'en suis persuadé, aux derniers piliers du pentagone des conséquences de la VèmeRépublique décrites par Paul Quilès « un parti majoritaire sans grande marge d’initiative et dont les militants s’interrogent sur leur utilité. » Les militants socialistes et leur parti s'ils s'en donnent les moyens peuvent être la solution à la crise qui couvent depuis octobre 2012 et que Manuel Valls vient de rendre béante.

Jamais les militants socialistes n'ont été amenés à se prononcer sur les choix de politiques économiques de l'exécutif ; ceux-ci sont en totale contradiction avec les engagements de campagne, avec le projet socialiste adopté en juillet 2011 et avec le texte de la motion majoritaire au congrès de Toulouse (octobre 2012). Non seulement, nous sommes arrivés au terme statutaire qui exigerait la convocation d'un nouveau congrès du PS mais sa direction en soutenant sans discuter les choix économiques du gouvernement n'a donc plus la légitimité de l'orientation politique choisie alors par les socialistes, sans parler de l'onction de son premier secrétaire actuel.

AG motion 3 ToulouseCe sont donc les militants socialistes dans un congrès le plus proche possible qui peuvent enfin décider de s'exprimer sur la politique menée et réaffirmer ainsi la cohérence des convictions socialistes et démocratiques de notre parti. Sur ces bases une nouvelle direction du PS peut être installées, à condition que tous ceux qui ont à cœur ce que nous devons à notre camp social et politique sachent se rassembler intelligemment pour mettre un terme rapidement à la spirale que nous subissons. Cela suppose que les nouveau Christophe Colomb ministériel qui viennent de redécouvrir que la politique de l'offre mène à l'échec ne cherchent pas à s'imposer comme les leaders obligés du renouveau du PS, mais facilitent au contraire le rassemblement des nombreuses sensibilités qui proposent depuis longtemps une politique alternative : parmi celles-ci Maintenant la Gaucheavec Emmanuel Maurel ont apporté depuis deux ans une large palette de propositions étayées y compris quand ils étaient snobés par leurs nouveaux amis ; une partie de la motion 4 semble également disponible ainsi que toute la palette des sensibilités de l'ancienne motion 1 réunies dans Vive la Gauche !avec la motion 3 : Un Monde d'Avance, la Gauche durable, la Gauche populaireou encore les amis d'Arnaud Montebourg. La feuille de route est simple et elle est rappelée dans la tribune publiée par Emmanuel Maurel aujourd'hui dans Le Monde : « L'heure est venue d'élaborer un nouveau pacte majoritaire avec les forces de gauche qui ont permis la victoire de François Hollande le 6 mai 2012. Une politique nouvelle, fondée sur la réorientation de la construction européenne, la relance du pouvoird'achat et de l'investissement : voilà ce qu'il faut pour redonner a notre pays son dynamisme économique et son rayonnement. Voilà ce qui permettrait à nouveau de fédérer une majorité politique et sociale qui souhaite le changement. » Sur ces bases, un rassemblement efficace et intelligent peut emporter la majorité des suffrages des militants socialistes.

Ensuite, le PS pourra redonner leur liberté de ton aux parlementaires socialistes qui n'osent pas aujourd'hui exprimer leurs convictions, leurs craintes et leur colères. Il pourra retrouver la voie du rassemblement à gauche, ce qui suppose que les ministres récemment démissionnés ne viennent pas donner de leçons de choses à nos partenaires d'EELV et du PCF. Il pourra enfin établir un rapport de force avec François Hollande à la hauteur de la brutalité politique que Manuel Valls fait subir à la gauche depuis plusieurs mois, en s'appuyant sur une majorité parlementaire rose-rouge-verte qui existe à l'Assemblée Nationale et qu'il ne faut pas massacrer dans une dissolution suicidaire. Dans ce dispositif, François Hollande ne peut évidemment plus avoir la garantie qu'il sera le candidat des socialistes et de la gauche à l'élection de 2017, mais c'est la condition pour sauver ce qu'il reste du quinquennat et surtout améliorer la situation économique du pays et de nos concitoyens.

Frédéric FARAVEL

Repost 0
Published by FARAVEL - dans à Gauche...
commenter cet article
25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 19:54

Alors que le FN aura près d'un tiers des sièges des eurodéputés français, et nous marque de honte, le PS subit sa pire défaite électorale, sous le résultat qui avait coûté à Michel Rocard sa "carrière politique". Au passage, François Hollande risque de porter la grave responsabilité de faire perdre au niveau européen notre candidat Martin Schulz, qui portait il est vrai un discours politique à l'opposé du sien.

François Hollande n'a pas voulu comprendre le message des Français aux élections municipales, il a décidé d'accélérer les politiques libérales avec Manuel Valls et a organisé une désignation d'opérette au PS pour remplacer Harlem Désir par Jean-Christophe Cambadélis. Les mêmes causes produisent les mêmes effets : les sondages sur l'esthétique des dirigeants politiques n'y changent rien.

Preuve est faite également que les Français ne font toujours pas de différence entre les différents partis de gauche, l'échec provoqué par les fautes politiques du gouvernement plonge toute la gauche dans la défaite : PS+EELV+FDG font à peine 30%. Il convient désormais de tous nous interroger et de réviser nos copies et nos stratégies : assez d'anathèmes méluchiens, assez d'abdication devant les libéraux et les réactionnaires !

La gauche doit se rassembler et elle ne pourra le faire que sur une orientation résolument progressiste qui rompe clairement avec les logiques libérale et austéritaire en France et en Europe.

Les camarades socialistes qui seront élus ce soir - je pense notamment à Isabelle Thomas, Emmanuel Maurel, Pervenche Bérès ou Edouard Martin - vont devoir bousculer notre parti pour aider à la reconstruction de la gauche, rétablir la confiance avec le peuple de gauche, et également éviter que la gauche française ne soit ridicule en Europe.

Frédéric FARAVEL

Repost 0
Published by FARAVEL - dans à Gauche...
commenter cet article
1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 11:01

Mon précédent article tentait de poser quelques analyses sur les résultats du 1er tour des élections municipales.

L'amplification de la défaite du 1er tour

Mes pires craintes ont depuis été vérifiées et concrétisées : les écarts creusés le 23 mars se sont approfondis comme jamais pour aboutir à la plus grande perte de collectivités pour un parti au pouvoir lors d'élections municipales : 155 villes largement au-dessus de la sanction de 1983, du jamais vu sous la Ve République.

Je le redis ici - même si certains à gauche du PS considèrent qu'il faut mettre tous les socialistes dans le même sac, y compris quand ils ont mené localement des politiques locales extrêmement positives et souvent éloignées de celle du gouvernement - la sanction électorale subie par les listes conduites par des camarades socialistes (pour conquérir ou pour solliciter le renouvellement de leur mandat) est injuste car ils ne méritaient pas pour la plupart de payer pour les errements sociaux-libéraux du pouvoir.

4393471_1_4fc5_manuel-valls-le-1er-avril-a-paris_a25a2ecb09.jpgLa question qui se posait au lendemain du 1er tour se pose aujourd'hui avec bien plus d'acuité encore : avons-nous "les moyens d'éviter que la bérézina du 1er tour des municipales ne se reproduisent – peut-être en pire – en mai prochain pour les élections européennes et mars 2015 pour les élections régionales et départementales (si elles sont maintenues à cette échéance)" ?

Pour trouver les moyens du rebonds, il fallait tirer les enseignements de la déroute et du message envoyé par l'abstention massive des électeurs du PS. Car c'est bien parmi les électeurs socialistes, notamment ceux qui avaient voté Hollande dès le 1er tour de l'élection présidentielle, que l'on note une progression significative de l'abstention, signifiant ainsi leur désaveu de la politique conduite depuis septembre 2012 en contradiction avec les engagements (ambigus il est vrai pour certains) de la campagne électorale de François Hollande : les électeurs socialistes n'attendaient pas la ratification du Traité Merkozy sans modification majeure, n'attendaient pas le Pacte de Compétitivité et le Crédit d'impôt compétitivité emploi, n'attendaient pas l'accord national interprofessionnel instaurant la flexibilisation de l'emploi, n'attendaient pas l'allongement de la durée de cotisation pour les retraites et n'attendaient pas l'annonce du pacte de Responsabilité et la confirmation du sillon social-libéral du gouvernement.

A contrario - même si le PCF a connu des défaites (Aubagne, Bobigny, Le Blanc-Mesnil, Saint-Ouen) et que partout ailleurs le Front de Gauche n'affichent pas de scores marquant - on notera :

  • - une résistance plutôt solide des municipalités communistes, le PCF se payant le luxe de reconquérir Aubervilliers sur le PS et Montreuil (malgré la dissidence de Jean-Pierre Brard) et conservant Arles, Dieppe, Thiers et leurs principaux fiefs du Nord et de la Lorraine ;
  • - et les scores assez élevés des listes écologistes au 1er tour, couronnés par la conquête de Grenoble malgré l'indiscipline des socialistes locaux qui avaient refusé de fusionné et de rejoindre la liste EELV arrivée en tête.

N'en déplaise à certains éditorialistes politiques des chaînes d'infos et des radios, qu'on connaît pour leurs sympathies conservatrices (Darmon, Apathie, etc.), les Français n'ont tant voté à droite, ils ont d'abord rejeté la gauche ; l'opinion reste encore aujourd'hui largement plus défiante sur les capacités de l'UMP à gérer les affaires du pays qu'elle ne l'était concernant les socialistes lorsqu'ils étaient dans l'opposition. Ce n'est donc évidemment pas un message pour une politique plus libérale qui a été adressé, mais bien une incompréhension de la ligne sociale-libérale mise en oeuvre, en contradiction avec le discours du Bourget.

Le message des élections municipales n'a pas été compris

Dès le 23 mars au soir, il y avait déjà tout lieu de s'inquiéter quand plusieurs responsables du PS avaient pris la parole sur les ondes, Jean-Marie Le Guen étant parmi eux le plus tranchant : il faut accélérer la mise en place du pacte de responsabilité ; le tort des élus locaux de gauche était de ne pas avoir suffisamment fait évoluer leurs discours pour s'adapter à la nouvelle ligne gouvernementale ; il faut encore plus vite faire muter notre orientation politique...

Dimanche soir, Michel Sapin considérait que l'amplification au 2nd tour des résultats du 1er tour des municipales était un message d'impatience, comme si les Français attendaient une accélération des réformes sociales-libérales de l'exécutif. Un tel aveuglement laisse pantois, mais il semble partagé au plus niveau de l'Etat.

4393211_3_7baa_francois-hollande-lors-de-son-allocution_c70.jpgHier soir, lundi 31 mars, François Hollande a confirmé l'orientation politique qu'il applique depuis septembre 2012 et qu'il a approfondi depuis l'automne dernier :

  • -> maintien et accélération du pacte de responsabilité, qui est pourtant mort-né depuis que Pierre Gattaz a indiqué qu'il n'y aurait pas de contreparties et que les marges dégagées par la baisse des cotisations des entreprises pour la branche famille iraient aux dividendes, et surtout par le retrait de la signature de la CFE-CGC, qui invalide donc la négociation sociale ;
  • -> l'annonce répétée de la transition énergétique, sans en préciser le contenu et avec dans l'idée de donner des responsabilités sur ce secteur aux responsables politiques favorables à l'énergie nucléaire et aux gaz de schiste ;
  • -> annonce d'un pacte de solidarité fondé sur quatre points :
    • - l'éducation qui ainsi élevée au rang de politique sociale rappelle le slogan de Tony Blair "mon programme tient en 3 points : éducation, éducation, éducation" ;
    • - la santé (sans précision) ;
    • - des baisses d'impôts, si la croissance le permet, pour les ménages modestes d'ici à 2017 (autant dire que l'accumulation des conditions rend très improbable leur effectivité) ;
    • - la baisse des cotisations sociales des salariés - si on ajoute celles-ci à celles annoncées pour le pacte de responsabilité, on se demande comment le financement de la sécurité sociale va pouvoir un jour atteindre l'équilibre, sachant que le Président indiquait juste avant que la santé était une de ses priorités dans le "pacte de solidarité".

L'aveuglement politique et économique élevé à ce niveau me consterne proprement.

Non seulement le pacte de responsabilité, déjà contestable d'un point de vue intellectuel, ne peut avoir aucune efficacité économique : je vous oriente pour soutenir mon propos sur l'excellente tribune de David Cayla, membre du collectif Les économistes atterrés, publiée sur les blogs de Marianne.net.

Je suis également atterré par l'impasse faite sur la question de l'investissement ; on ne crée de l'emploi que lorsque les carnets de commandes sont pleins ; c'est un argument qui plaide pour un tournant concret en faveur d'une politique de relance écologique et sociale, ainsi que d'un débat vigoureux sur la réorientation de la construction européenne. La réduction drastique des dépenses publiques n'a pas non plus abouti à la diminution de la dette ; au contraire, celle-ci a crû et les coupes budgétaires commencent à se faire sentir sur l'efficacité du service public, et donc la cohésion sociale, tout comme la fragilisation des finances des collectivités territoriales affectera durablement les investissements publics et donc l'activité économique. Cette réduction des dépenses publiques ne peut être qu'aggravée par les annonces de lundi soir ; ce n'est plus 50 milliards mais 70 qui devront être économisés si on met en oeuvre une telle feuille de route.

Seule une majorité de gauche large et rassemblée aurait pu permettre la mise en œuvre de ce programme qui avait été imaginé et adopté au sein du PS en juillet 2011.

Un remaniement qui aggrave la division à gauche

L'aveuglement qui conduit à persévérer dans une politique qui conduit à l'échec s'est également doublé hier du choix d'un remaniement qui va fragiliser la majorité parlementaire et approfondir le fossé à gauche. Avec mes camarades de la gauche du PS, nous l'avons dit à plusieurs reprises : rien ne sert de remanier si c'est pour poursuivre la même politique.

C'est donc délibérément que le Président de la République fait le choix d'accentuer son entêtement politique délétère en confiant le poste de Premier Ministre à Manuel Valls. Il ne s'agit pas ici de débattre des qualités personnelles et intimes du nouveau locataire de Matignon ; jamais les considérations ad hominem ne tiennent lieu de politique, elles sont détestables. C'est pourquoi j'avais apporté mon soutien quand le Ministre de l'intérieur qu'il était avait attaqué pour avoir dénoncé le passé d'extrême droite de Claude Goasguen en séance publique à l'Assemblée Nationale.

Maurel AG Motion 3Mais Manuel Valls est-il l'homme de la situation ? «Le choix de Manuel Valls est assez surprenant, compte tenu de l'analyse que l'on peut faire du scrutin et de l'indéniable besoin de gauche qui s'est exprimé à l'occasion de cette élection» indiquait hier Emmanuel Maurel, leader de Maintenant la Gauche et Vice Président de la Région Île-de-France. Je partage pleinement cette réaction.

Manuel Valls a fait 5% lors des primaires citoyennes de l'automne 2011, il a défendu la TVA sociale et dénoncé les 35 heures. Quand on voit que ce sont les orientations sociales-libérales du gouvernement qui ont éloigné des urnes une partie importante des électeurs socialistes. Marque d'un véritable aveuglement, on peut que craindre que ce choix aggrave la fracture politique et sociale dans le pays.

La posture blairiste du nouveau Premier Ministre n'est pas seulement inadaptée à l'attente économique et sociale du peuple de gauche. C'est également un responsable politique qui crée du clivage au sein de la gauche, et notamment dans la majorité parlementaire.

Dans ses précédentes fonctions, il a délibérément provoqué des clashs avec son patron - Jean-Marc Ayrault - et ses collègues - Christiane Taubira, Cécile Duflot - et j'avais décrypté son fonctionnement le 30 septembre 2013 dans un article "la résistible dérive libérale-sécuritaire".

AubryDuflotIl crée aussi ouvertement des clivages au sein de son propre parti, sifflé à La Rochelle par une partie de l'auditoire, il dut se justifier à la tribune qu'il était bien de gauche, alors que ses principaux soutiens avaient publiés une semaine plus tôt une tribune dans Libération "La gauche affranchie" aux forts relents de néo-socialisme.

Cécile Duflot et Pascal Canfin ont annoncé clairement qu'ils refuseraient d'appartenir à un gouvernement dirigé par Manuel Valls. L'ancien ministre délégué au développement indiquant qu'il était convaincu que les écologistes refuseraient la participation d'un des leurs à un telle équipe ; il s'avance sans doute un peu mais une chose est sûre François Hollande a réussi à si ce n'est s'aliéner totalement au moins à diviser le principal allié politique (même s'il est turbulent) et donc à réduire l'assise politique de sa majorité.

De même et bien qu'on puisse encore douter que l'initiative aille au bout du processus, les différentes sensibilités de la gauche du PS semble vouloir s'organiser autour d'une ligne politique alternative (certains proches de Martine Aubry, spécialistes des questions économiques, ayant même indiqué que seules les propositions présentées par Maintenant la Gauche depuis plusieurs mois étaient sérieuses, pertinentes et réalistes).

bandeau_logos_gauches_Ps.jpgOn verra ce qui sortira à moyen terme du travail commun entre Maintenant la Gauche, Un Monde d'Avance (handicapé par le "pacte de non agression" qu'aurait conclu selon les média Benoît Hamon avec Manuel Valls), la Gauche Populaire et la Gauche Durable. Mais il semble que le vote de confiance sur le pacte de responsabilité ne soit pas automatiquement acquis alors que le retour de Cécile Duflot à l'Assemblée Nationale rapproche le Groupe PS et app. de la perte de sa majorité absolue, et que les contestataires du PS s'organisent enfin.

Frédéric FARAVEL

dans Le Parisien - édition du mardi 1er avril 2014

Un «contrat de majorité» proposé à Valls
Ce lundi en fin d'après-midi, entre 15 et 50 parlementaires se sont réunis en l'Assemblée nationale à l'appel des deux courants de l'aile gauche (Maintenant la gauche et Un monde d'avance), du courant «la Gauche durable» (aubrystes notamment), ainsi que des responsables de «la gauche populaire». Ces derniers vont proposer à Manuel Valls un «contrat de majorité» axé sur l'investissement, le pouvoir d'achat des bas revenus et une réorientation européenne remettant en cause l'austérité, et censé, sur la forme, donner plus de poids au parlement.
Une autre rencontre, avec les «reconstructeurs» du parti (regroupement transcourant qui réunissait en 2008 les amis de Martine Aubry, Laurent Fabius, Arnaud Montebourg et Dominique Strauss-Kahn), est prévue ce mardi, toujours à l'Assemblée, en fin de matinée, avec l'objectif de «peser sur la ligne politique». Plusieurs menacent de ne pas voter la confiance au prochain gouvernement faute de voir leurs propositions retenues. «Les maires ont payé l'addition. La rébellion parlementaire s'impose : pas de confiance au prochain gouvernement si pas de réorientation», réagi Laurent Baumel (Gauche populaire). On ne se contentera pas d'un «changement de casting», avertissent-ils.

Repost 0
Published by FARAVEL - dans à Gauche...
commenter cet article
15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 08:02

Depuis hier après-midi, j'ai mal à ma gauche et mes convictions socialistes ont souffert avec violence.

post-twitter.pngJe n'ai pas été surpris de l'orientation générale que le Président de la République a donné à sa conférence de presse semestrielle. On a pu constater à plusieurs reprises depuis et dès le début du quinquennat que le Président François Hollande avait tourné le dos au discours du Bourget du candidat à la présidentielle. Je n'étais pas naïf au point de croire qu'il se range enfin à la raison en entendant ceux qui nombreux dans le Parti Socialiste, et bien au-delà des rangs de la motion Maintenant la Gauche, lui réclamaient un tournant de la relance.

1555315_10152230133148304_11113216_n.jpgLe Président a mis un terme définitif à ceux qui faisaient encore semblant de s'interroger sur son orientation politique : il n'y a pas de tournant mais une accélération. Pas de tournant parce que comme je l'écrivais quelques lignes plus haut, le discours du Bourget est depuis plus d'un an remisé dans un placard obscur des archives de campagne ; accélération sans précédent car le Président, malgré le peu de résultats positifs des solutions libérales imposées aux Etats européens, a creusé un peu plus le sillon d'une "politique de l'offre" en rupture complète avec le socialisme démocratique. Les seuls qui se réjouissent sincèrement de cette conférence de presse sont les journalistes économiques libéraux, le MEDEF et Madame Parisot.

Il y a par ailleurs une tartufferie odieuse dans la revendication énoncée par François Hollande de son orientation "social-démocrate". Malgré les débats abscons au sein du PS dans les années 1970 de savoir s'il y avait une différence infranchissable entre socialistes et sociaux-démocrates, ce qu'a présenté hier le Président de la République n'est en rien social-démocrate. La Social-Démocratie, c'est - comme le rappelait France Inter ce matin dans une archive de la campagne présidentielle de 1995 avec Lionel Jospin - la capacité d'un parti socialiste, travailliste ou social-démocrate à agir de concert avec des organisations multiples, syndicales et mutualistes notamment, capable de mettre en branle la société pour arracher après un rapport de force et une négociation un compromis avec les représentants des entreprises. La recherche du consensus a priori n'aboutit qu'à une capitulation en rase-campagne face aux détenteurs du capital et des moyens de production et à nos adversaires libéraux et conservateurs. Il y a en France une profonde difficulté à mettre en oeuvre par ailleurs un telle expérience au regard de la faiblesse des organisations syndicales et mutualistes et la culture conflictuelle du patronat français. Donc soit François Hollande est un social-démocrate sans bras, soit il n'arrive pas réellement à assumer là où sont ces réels modèles politiques : Tony Blair et Gerhardt Schröder qui ont tous deux rompus avec les politiques keynésiennes de la social-démocratie et surtout travaillé à limiter autant que possible les marges d'action des alliés syndicaux traditionnels de leurs partis respectifs. En Grande-Bretagne et en Allemagne, les chefs de gouvernement pré-cités ont conduit des politiques libérales, accrus la pauvreté dans leur corps social, dans le but de renforcer les intérêts des entreprises, dans l'idée naïve et erronée que le patronat finirait par concéder des contreparties. François Hollande est donc social-libéral. [je me permets de vous rappeler en référence la question de la crise de la social-démocratie européenne ici]

Il est social-libéral, quand il annonce qu'il propose de réduire les "charges" des entreprises - rupture grave dans le vocabulaire pour qualifier les cotisations qui financent notre système solidarité nationale et de protection sociale. L'attaque est d'autant plus grave qu'il s'agit ici de supprimer les cotisations sociales des entreprises d'ici 2017 pour la branche famille ; cette même branche famille avait déjà été mise à mal dans la réforme des retraites qu'il a fait adopter au forceps et qui aboutit à un recul inédit des droits sociaux des salariés. Comment financer ce manque de cotisations patronales ? sans compensation par les ménages ? en faisant des économies ? mais comment faire des économies sur la politique familiale de la France sans conduire vers sa perte un système de solidarité qui nous est envié et qui est l'une des raisons du dynamisme démographique de notre pays...

François Hollande nous annonce qu'en échange la négociation sociale aboutira de la part des entreprises à des créations d'emlois. Un "observatoire des contreparties" sera créé à cet effet, mais en quoi est-ce une garantie quand on voit qu'il n'y a eu aucune contrepartie à la création du Crédit d'Impôt Compétitivité Emploi (CICE), cet allègement inconsidéré du "prix du travail" financé par l'aggravation du coût de la TVA pour les Français ; il n'y a pas eu plus de contreparties en emploi à la transcription - là encore imposée au forceps - dans la loi de l'accord national interprofessionnel sur la flexibilisation du marché du travail. Aucun cadeau fait au patronat ne trouve de contreparties.

Cette absence de retour en emplois n'est parfois même pas une question de mauvaise volonté pour la majorité des chefs d'entreprises de ce pays ; il n'y a qu'à entendre les commentaires des représentants locaux de la CGPME - qui sont tout de même contents de prendre ce qu'on leur offre - qui rappellent que l'on ne peut créer des emplois qu'à la condition de remplir les carnets de commandes, grâce à l'investissement et à la croissance. Voilà l'erreur du président : sa "politique de l'offre" ne peut pas marcher, elle mettra à mal la cohésion sociale et restera économiquement bancale. Maintenant la Gauche propose pourtant une alternative équilibrée tenant compte autant des enjeux d'offre et de demande dans son plan de relance écologique et social... sans investissement, pas de retour de la croissance, pas de réduction de la dette. L'aggravation de l'austérité annoncée par le Président, à hauteur de 50 milliards d'euros, n'aboutira qu'à une mise à mal des services publics et finalement à éloigner le Graal de la réduction de la dette.

François Hollande est également social-libéral lorsqu'il oublie la nécessité de porter haut la remise à plat de la fiscalité française portée par Jean-Marc Ayrault, son premier ministe, et pour laquellle nous nous étions fortement engagés. Cet oubli sonne comme un enterrement de première classe de cet impératif et de l'autorité du locataire de Matignon.

Le caporalisme social-libéral s'incarne enfin dans l'annonce du Président d'engager la responsabilité du gouvernement sur la politique économique qu'il a annoncée hier. L'usage du 49.3 sur des mesures qui vont forcément fracturer la gauche ne peut aboutir qu'à deux solutions pour ceux - nombreux - qui sont en désaccord avec cette rupture avec tous les référents économiques du socialisme démocratique :

  • - abdiquer devant l'autorité de l'exécutif et ronger sa frustration et son humiliation ;
  • - être exclu de la majorité en assumant son désaccord avec le Président et sa fidélité à la volonté de transformation sociale et à son camp social.

François Hollande vient définitivement de briser la majorité électorale qui l'a portée au pouvoir. L'incapacité du PS a faire vivre une pensée autonome de l'exécutif et sa plasticité pour accepter du jour au lendemain sans barguigner le contraire de ses orientations (ça me rappelle plus la façon dont les partis staliniens racontaient un jour le contraire de la veille parce que le "Petit Père des Peuples" avait changé de stratégie) parce qu'il faut suivre les injonctions de l'Elysée marque également une défaite du socialisme démocratique.

J'ai mal à ma gauche.

Frédéric Faravel

Repost 0
Published by FARAVEL - dans à Gauche...
commenter cet article
6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 14:17
Repost 0
Published by FARAVEL - dans à Gauche...
commenter cet article
17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 11:55

La victoire du FN dans un canton du Var en octobre 2013 est-il emblématique d'une dérive de l'électorat vers l'extrême droite ou faut-il relativiser au regard du contexte local ? La complexité de la situation ne peut pas être traité à la légère. Cette élection partielle interroge encore l'état de notre démocratie.

Encore un cas particulier ?

n-BRIGNOLES-FN-large570.jpgCertains pouvaient encore trouver des arguments pour se rassurer au soir du 1er tour des élections cantonales partielles de Brignoles, le dimanche 6 octobre 2013. Laurent Lopez, candidat du Front national, avait rassemblé sur son nom 40,4 % des suffrages exprimés, mais ses 2 718 voix étaient en légère baisse après les scrutins précédents. Le FN avait obtenu 32,97 % des suffrages au 1er tour en 2011 (2 757 voix), 34,9 % en 2012 (2 734 voix).

Selon cette analyse, il n'y aurait pas une aggravation particulière du risque FN, l'abstention était élevée comme c'est le cas pour les partielles, encore plus dans un contexte de deux annulations de scrutin. Au 1er tour le 6 octobre, seulement 33,40 % des électeurs du canton s'étaient rendus aux urnes. Il eut été dans ces conditions assez intriguant que le FN ne perde pas quelques voix ; au regard de ce niveau d'abstention le score du FN démontre au contraire une remarquable constance mais qui n'avait rien à voir avec un renversement politique irrémédiable. Et puis on est dans le Var et le FN avait déjà emporté de quelques voix le canton en mars 2011, face à un PCF vieillissant («Hanotin style») qui n'a pas su passer le relais. Tout cela finalement ne serait encore une situation particulière dont il ne faudrait pas tirer d'enseignements nationaux.

Sauf que Laurent Lopez a remporté dimanche 13 octobre ce scrutin avec 53,9 % des voix, selon les chiffres définitifs communiqués par la préfecture du Var. Laurent Lopez a recueilli 5 031 voix, contre 4 301 pour son adversaire UMP Catherine Delzers (46,1 %). Le taux de participation était de 45,26 % ce dimanche, en hausse de près de 12 points par rapport au 1er tour, a indiqué la préfecture du Var.

1489157 3 0fb0 marine-le-pen-a-lille-le-5-mars-2011Le FN a donc pour la première fois sérieusement profité de la progression de la participation qui entre les deux tours bénéficiait jusqu'ici au Front Républicain. Il gagne près de 2 300 voix. Laurent Lopez, missionné par Marine Le Pen, pour représenter sur ce territoire le visage supposément «dédiabolisé» du FN et du «Rassemblement Bleu Marine», a donc emporté un très grande partie de l'afflux des abstentionnistes du 1er tour et sans doute (comme à Villeneuve-sur-Lot) 15 à 20 % des électeurs de gauche qui refusent désormais de voter pour une pâle copie UMP alors qu'ils ont l'original FN sous les yeux - que les médias s'échinent à présenter comme ayant évolué.

Dans ces conditions, les résultats du canton de Brignoles marquent une défaite pour l'ensemble des forces républicaines à droite évidemment, mais d'abord à gauche, qui va devoir trouver d'urgence les éléments du sursaut.

Une défaite de la droite

Jusqu'ici, la droite et l'UMP avaient à peu près beau jeu d'expliquer que – malgré les discours ambigus de ses responsables – ils étaient le rempart républicain contre la montée de l'extrême droite. Mais les élections partielles précédentes qui ont opposé au 2nd tour l'UMP au FN ont toujours été emportées de manière serrée, avec la discipline d'une partie majoritaire de l'électorat de gauche, alors que l'UMP a toujours refusé de se prononcer pour la défense républicaine en cas de duel gauche-FN.

Il est d'ailleurs probable que si le candidat communiste soutenu par le PS s'était retrouvé en duel contre le FN, l'UMP aurait ouvertement refusé de donner une consigne de vote «Front Républicain» que la plupart des dirigeants de l'UMP ont déjà du mal à prononcer lorsque le candidat est socialiste.

Mais les précédentes élections partielles avaient placé l'UMP en tête ; le FN n'était que le challenger. À Brignoles, dans un territoire où le FN a le vent en poupe comme dans tout le sud-est de la France, c'est le FN qui est arrivé en tête et l'UMP qui était challenger. Pour une partie grandissante de l'électorat, l'UMP a échoué à représenter une opposition au gouvernement de gauche, et ce pour deux raisons :

  • jfcope-ce3de.jpgl'incapacité à s'organiser démocratiquement et à élaborer des propositions alternatives à celle du gouvernement Hollande-Ayrault ;
    la légitimité que les positions ambiguës de l'UMP offre de fait au FN (il serait un parti républicain puisqu'il n'est pas interdit, le seul problème avec le FN serait sa politique européenne et la volonté de sortir de l'euro…).

Ainsi, l'UMP a convaincu une partie de l'électorat de droite comme de gauche que le FN était désormais l'alternative ; c'est la marque du sondage sur les intentions de vote aux Européennes de mai prochain, qui place l'UMP derrière le FN. En ne se déplaçant pas pour soutenir leur candidate de 2nd tour (alors que le candidat communiste et le PS avaient immédiatement appelé à faire barrage au FN en votant pour elle), les dirigeants de l'UMP ont clairement avoué leur échec et abandonné leurs responsabilités.

On voit mal de quelle autorité ils pourront se prévaloir pour s'opposer en mars prochain aux tentations d'alliance entre la droite et l'extrême droite.

Une défaite de toute la gauche

Mais avant tout, le scrutin de Brignoles marque au premier comme au second tour une brutale sanction de l'électorat de gauche en direction des partis qui s'en réclament.

Au premier chef, c'est une sanction pour la gauche gouvernementale (PS-EELV).

cahuzac referenceToutes les élections partielles depuis juin 2012 ont été perdues par les candidats PS. Avant Brignoles, dans deux scrutins, législatives partielles de l'Oise et du Lot-et-Garonne, le PS a été éliminé, incapable de se maintenir au 2nd tour, condamné à appeler au "Front Républicain" et à voter UMP. À chaque fois, une partie (encore majoritaire mais pour combien de temps) des dirigeants socialistes expliquent que ces élections partielles sont des cas particuliers ; a fortiori, les deux législatives métropolitaines : il est vrai que succéder à Jérôme Cahuzac après le scandale qu'il a provoqué était difficile, mais cela marque l'échec du Parti et du gouvernement à convaincre qu'ils avaient tiré les leçons de «l'affaire Cahuzac». Dans l'Oise, face au candidat UMP ressuscité mais corrompu, Jean-François Mancel, il eut été pourtant plus aisé de faire la différence avec l'adversaire.

La raison est évidemment plus profonde que celle d'une malheureuse séquence de cas particuliers dans des circonscriptions difficiles : à chaque fois, l'abstention dans l'électorat de gauche dès le 1er tour est massive et ces électeurs ne sont plus sensibles aux arguments visant à mettre en avant le risque FN.

discours Maurel samediÀ ce titre, en dehors de l'intervention d'Emmanuel Maurel, la table ronde des universités d'été de La Rochelle consacrée à la lutte contre l'extrême droite, est particulièrement éclairante sur l'erreur politique et stratégique de la direction du PS. Les interventions convergeaient vers une logique fausse :

  • - mettre en avant le danger électoral du FN,
  • - dénoncer moralement ce parti,
  • - tout cela étant jugé suffisant pour que l'électorat de gauche se rassemble derrière le PS aux municipales et aux européennes et fasse ainsi barrage à l'extrême droite.

 

Sauf que le peuple de gauche n'écoute plus de tels discours qui, s'ils portent une partie nécessaire – oui il existe un danger électoral FN, oui il faut dénoncer le hiatus du FN avec les valeurs républicaines –, sont parfaitement biaisés et insuffisants. Répondant à Malek Boutih, Emanuel Maurel a heureusement rappelé que l'extrême droite se nourrissait évidemment de la misère sociale. Il se nourrit également des renoncements de la gauche au gouvernement, jugés comme tels par nos électeurs :

  • - il n'y a pas en France de majorité politique en faveur d'une politique d'austérité à l'échelle européenne et nationale,
  • - il n'y a pas plus de majorité en faveur d'une politique économique de l'offre et de réduction du coût du travail,
  • - il n'y a pas de majorité non plus pour la flexibilité du marché du travail qui a été imposée au travers de l'ANI,
  • - enfin, il n'y a pas de majorité en faveur d'une régression des droits sociaux en matière de retraite.

Il n'y a pas de majorité politique sur tous ces sujets, car les Français n'ont pas voté pour en mai et juin 2012 ! Ce n'était pas les engagements qu'on leur avait soumis et sur lesquels ils se sont prononcés.

Depuis un an et demi, l'électorat de gauche a l'impression que le gouvernement mène une politique économique et sociale qui contredit le programme que le PS avait adopté en juin 2011 et qui contredit les 60 engagements déjà très prudents de François Hollande durant la campagne des élections présidentielles.

Alors ils votent avec leurs pieds au 1er tour, ils votent avec leurs pieds au 2nd tour quand le PS y est encore présent. Et certains font plus grave : ils préfèrent parfois voter au 2nd tour pour le candidat de l'extrême droite car «on ne l'a pas encore essayé». Cela démontre le niveau de défiance qui les animent désormais vis-à-vis de la gauche qu'ils ont porté au pouvoir au printemps 2012.

553049-manuel-valls-cecile-duflotIl est vrai que cette situation ne peut être que renforcée par l'incapacité des deux partis principaux – PS et EELV – du gouvernement à avoir une stratégie commune lors des élections partielles. Ne nous y trompons pas, la décision du parti écologiste dans le Var de présenter un candidat autonome au premier tour de la cantonale partielle n'a rien à voir avec le malaise que peuvent ressentir les militants écologistes, leurs responsables, et au-delà bon nombre de militants socialistes, face à la politique du gouvernement (hors logement et éducation) et plus encore lorsque le ministre de l'intérieur déclenche des polémiques qui contraignent Jean-Marc Ayrault tout autant que Cécile Duflot à le recadrer. Non, la décision de ne pas soutenir le candidat communiste au 1er tour était une erreur. Mais, à l'inverse ne nous trompons pas non plus sur les causes profondes de la défaite de Brignoles : si tous les électeurs de gauche du 6 octobre avaient voté pour un seul candidat (1 579 voix cumulées – 23,47 % des suffrages exprimés), cela aurait sans doute évité l'élimination de la gauche, mais fondamentalement c'est un score historiquement bas et cela n'aurait en rien empêché le FN d'emporter le canton au 2nd tour, les résultats du 13 octobre ayant depuis démontré la dynamique à l’œuvre.

melucheCette défaite n'est cependant pas la défaite de la seule gauche gouvernementale.

Il n'aura échappé à personne que le principal candidat de gauche lors du 1er tour de Brignoles était un élu du PCF. Peut-être y existe-t-il des raisons internes et locales au parti communiste qui expliquent une difficulté à succéder à un conseiller général communiste reconnu ? Mais avant tout, les électeurs de gauche en s'abstenant massivement le dimanche 6 octobre ont fait la démonstration imparable qu'ils ne faisaient pas la distinction entre deux gauches qui seraient aujourd'hui irréconciliables ; l'idée que le Front de Gauche représenterait une alternative au PS ou à l'attelage PS-EELV est parfaitement incompréhensible pour l'électorat de gauche.

Cela marque trois enseignements :

  • - la stratégie de Jean-Luc Mélenchon est condamnée à l'échec ;
  • - les municipalités d'union de la gauche conduites par le PCF souffriront aussi des mauvais choix du gouvernement lors des élections municipales de mars 2014 ;
  • - il n'y a pas en France de communes où le risque de la droite et/ou de l'extrême droite soit suffisamment faible pour donner libre cours aux affrontements internes à la gauche (encore plus quand on a géré une commune ensemble).

Ces enseignements devraient inciter plus encore le Parti Communiste Français à privilégier le rassemblement contre la stratégie agressive du Parti de Gauche ; ils devraient également inciter le Parti socialiste à ne pas dresser artificiellement des listes autonomes contre les dernières municipalités communistes où il était associé.

Mais ces considérations stratégiques sont peu de choses face au problème de fond que toute la gauche doit impérativement résoudre si elle veut réellement transformer la société dans la durée et donc éviter que l'extrême droite ou une droite extrêmisée et radicalisée accède au pouvoir en 2017.

L'urgence du sursaut à gauche

Face aux renoncements de la gauche au pouvoir, qui comme nous l'avons vu impacte électoralement toute la gauche, ce sont d'abord et avant tout les catégories populaires, qui avaient voté Hollande à la Présidentielle et socialiste aux Législatives de 2012, pour sanctionner la politique économique et la violence sociale de Nicolas Sarkozy, qui nous font défaut aujourd'hui… soit en s'abstenant, soit en sautant le pas du vote FN. Notre feuille de route stratégique et politique doit donc impérativement de repartir à la conquête de l'électorat populaire, comme l'indiquer Emmanuel Maurel à La Rochelle le 24 août dernier.

Dans l'électorat FN, on aura noté depuis plusieurs années la distinction qui est possible entre une partie de l’électorat populaire et ouvrier du nord et de l'est de la France, et l'électorat traditionnel de la droite mais radicalisé du midi provençal et languedocien (commerçants, petits artisans, etc.). C'est évidemment l'électorat populaire et ouvrier, qui existe aussi dans le sud-est, qu'il est possible de reconquérir, et qu'il nous faut reconquérir, en menant une politique qui répond à sa détresse et ses préoccupations économiques et sociales.

Cependant, cet électorat populaire et ouvrier souffre de la part d'un certain nombre d'élus socialistes (et leurs conseillers) d'un double mépris.

  • - Le mépris «Terra Nova» : on se souvient de la note publiée par ce think-tank du vivant d'Olivier Ferrand, qui concluait de manière définitive au conservatisme des catégories populaires, proposant au Parti Socialiste d'abandonner son discours habituel fondé sur l'alliance entre classes moyennes et classes populaires, pour s'adresser à l'addition des minorités ethniques et sexuelles et des classes moyennes supérieures éduquées… avec le programme économique social-libéral qui va avec ;
    - Le mépris «Gauche populaire» : un collectif d'intellectuel s'était constitué dans la foulée de cette note pour en dénoncer le grave mépris qui la sous-tendait et la rupture qu'elle impliquait avec la mission émancipatrice historique de la gauche. Mais, ce collectif s'est depuis fait voler son bébé par un certain nombre de députés opportunistes qui ont préempté dans les médias le label «gauche populaire». Ainsi, émerge depuis un nouveau type de mépris : si cette sensibilité propose une réorientation de la politique économique gouvernementale au service des intérêts des catégories populaires, elle rejette plus ou moins toute avancée sérieuse dans les domaines qui lui paraissent au mieux accessoires, au prétexte que les classes populaires rejetteraient par principe celles-ci : donc elles seraient incapables d'entendre ou de comprendre les débats sociétaux (mariage pour tous, PMA, politique migratoire, Rroms) ou européens. C'est là une nouvelle forme de mépris à l'égard de ces catégories sociales, c'est aussi un abandon idéologique en termes d'éducation populaire et d'humanisme qui font toutes deux partie des fondamentaux de la gauche.

D'une certaine manière, la stratégie personnelle d'affirmation de l'ordre et de l'autorité (sans la justice) et de triangulation, portée par Manuel Valls, participe de cette vision méprisante pour les catégories populaires. Plutôt que de faire de la pédagogie sur la nécessité de changer de politique migratoire vers plus d'humanisme, il dénonce les Rroms en tant qu'ethnie, il justifie l'expulsion d'une enfant kosovare de 15 ans scolarisée au sein de l'école républicaine … parce qu'il considère sans se poser de questions éthiques que l'opinion française le soutiendra et servira sa carrière politique. C'est là une des nombreuses illustrations du populisme qui gangrène désormais tout le panel de la vie politique française.

C'est aussi une aubaine pour des postures clientélistes : le clientélisme tel qu’on l’entend d’habitude consiste à établir une relation d’intérêt personnel ou collectif entre un élu et les citoyens. Les suffrages se monnayant contre des services. L’idéologie est bien loin, les considérations politiques inopérantes, seule compte la capacité de l’élu d’actionner les bons leviers du pouvoir afin de régler quelques problèmes concrets et obtenir des avantages pour le plus d’électeurs possibles. Dans l’esprit de bien des élus qui fonctionnent au clientélisme (mais aussi des citoyens, parce que les citoyens sont les premiers soutiens du clientélisme), il n’y rien de répréhensible. Pour eux l’intérêt général n’est que la somme des intérêts particuliers des électeurs clients. La mort des grands modèles, des schémas politiques simples, des structures partisanes tentaculaires qui encadraient et organisaient les luttes, la vie sociale et culturelles des quartiers populaires, a ainsi laissé place à des icônes populistes. Au-delà du clientélisme, du populisme et de la maîtrise parfaite du covoiturage et de la location de mini-bus, l’engouement que suscite Samia Ghali dans les quartiers nord, a de quoi ébranler les derniers rénovateurs de Solférino.

Le Parti Socialiste doit donc revenir aux fondements de sa mission historique transformatrice et émancipatrice. Il doit assumer totalement son «autonomie solidaire», expression inventée par Harlem Désir où on a bien vu la solidarité automatique et irréfléchie mais en rien l'autonomie, vis-à-vis du gouvernement, pour pousser à la réorientation de sa politique.

Maurel AG Motion 3L'émancipation économique et sociale doit de nouveau être au cœur de sa politique, tout en assumant son humanisme et sa mission d'éducation populaire. Il y a urgence à rompre avec les dérives de l'année écoulée :

  • - ce «socialisme de l'offre» où l'on voit bien "l'offre" en réponse aux exigences du patronat, mais en rien le "socialisme" et encore moins les résultats pour l'emploi et les droits des chômeurs et des travailleurs ;
  • - cette abdication devant les logiques austéritaires et libérales européennes qui conduit le gouvernement à tenter de réduire la dette par l'impôt (jusqu'à saturation pour les classes moyennes) alors qu'il aurait fallu la réduire grâce à une politique de croissance (aujourd'hui on ne réduit ni la dette ni les déficits).

Si le Parti Socialiste ne mène pas une campagne sur la réorientation des politiques économiques européennes, sur la révision du traité budgétaire et l'augmentation du budget communautaire, alors il sera durement sanctionné (et dans tous les cas ce sera dur car François Hollande a finalement plié devant les conservateurs européens : pacte de croissance vidé de son sens mais ratification du traité budgétaire ; acceptation sans conditions sérieuses d'un budget européen en recul) ; les électeurs ne nous suivront pas sur un discours moral limité à «il faut sauver la construction et l'idée européennes» ; ils suivront pas le PSE si celui-ci se donne comme candidat à la présidence de la Commission européenne un membre d'un SPD (Martin Schulz) prêts à faire une grande coalition avec Angela Merkel… tout simplement parce que c'est le choix d'abdiquer devant les théories libérales et les partis conservateurs qui est en train de tuer l'idée européenne partout dans le cœur des Européens.

 

Ce tournant doit impérativement être opéré avant les municipales et les européennes, sauf à laisser une nouvelle fois quelques charlatans autoproclamés "docteurs en opinion publique", nous expliquer que décidément les Français seraient de droite et qu'il n'est pas possible de mener une politique de gauche… en oubliant que c'est à gauche que les Français avaient voté au printemps 2012, dans la dynamique du discours du Bourget dont il reste peu de défenseurs aujourd'hui.

Frédéric FARAVEL

Repost 0
Published by FARAVEL - dans à Gauche...
commenter cet article